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07/01/2015

Un soir de janvier, dans le quartier

Paris, Police, Sécurité Boulevard Richard-Lenoir, dans le onzième arrondissement de Paris, ce soir.

Des camions-régie TV stationnés en double file. Des envoyés spéciaux transis qui, sous la lumière blafarde des projecteurs, enchaînent les billets les uns après les autres. Dans des langues du monde entier. Un journaliste radio d'une grande chaîne française qui effectue le montage de son reportage assis à même le trottoir. Plus de douze heures après l'attentat, le terre-plein du boulevard est encore entièrement interdit d'accès.

Un peu plus loin, une quinzaine de bougies brûlent, entourées de quelques bouquets. Des gens du quartier aimeraient, à leur tour, déposer des fleurs. Mais, tout autour de ce lieu improvisé d'hommage et de commémoration, des bandelettes de plastique siglées «Police nationale – Franchissement interdit» empêchent d'approcher. Quelques jeunes font silence. Drapeau français à la main, ils reviennent sans doute du grand rassemblement qui a eu lieu en fin de journée, à «Répu»: la place de la République, toute proche. A un moment, l'un d'eux fond en larmes. «'tain, c'est pas possible, ce pays!», gémit-il. Sa copine l'enlace, silencieusement. On s'éloigne, se sentant de trop.

Plus loin, d'autres fleurs encore, toutes blanches. D'autres bougies. D'autres petits mots placardés: mots de compassion, d'affliction ou de colère. Et des silences, lourds.

Dans tout le quartier, des agents en civil, brassard orange «POLICE» au bras. A chaque coin de rue, des gendarmes en faction. Certains très aimables, d'autres pas commodes – visiblement épuisés. Les radios et télés d'info continue répètent en boucle que tout le quartier de l'attentat restera entièrement bouclé «jusqu'à au moins 3 heures du matin»: «La police scientifique est toujours sur place». Les pandores de base eux-mêmes n'en savent rien. «On n'a pas reçu d'instructions. On ignore jusqu'à quelle heure on va rester», dit l'un d'eux. Qui donc, avec son binôme, s'apprête à rester stoïquement à son poste «jusqu'à la relève». Voire toute la nuit, s'il le faut.

Paris, Police, Sécurité D'habitude, chaque soir, été comme hiver, le petit bar situé juste au coin de l'allée menant à la rue Appert (où été perpétré l'attentat) est ouvert. Et il ne désemplit pas. C'est le lieu de rendez-vous favori des étudiants de la grande école de design industriel, quelques immeubles plus loin. Tous les autres soirs, en terrasse, cela rigole et picole jusque tard, dans une humeur potache et légère – si parisienne, en somme. Mais là, aujourd'hui, le bar a fermé. Il n'y a pas âme qui vive.

Sinistre ambiance, en ce soir de janvier. Dans notre cher quartier Saint-Sabin. Théâtre du plus meurtrier attentat jamais perpétré en France depuis plus de cinquante ans, ce matin.

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