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27/02/2015

Un (si) léger embarras

Comme une gêne, cette semaine, à un des briefings de presse quotidiens du porte-parole du ministère des Affaires étrangères. A propos de l'Egypte. Pays avec lequel Paris vient de signer un très gros contrat de vente d'armements: 24 avions Rafale et leurs équipements, une frégate, et des missiles de défense anti-aérienne, soit une commande à 5,2 milliards d'euros. Mais pays qui, aussi, est gouverné d'une main de fer par le maréchal al-Sissi, qui réprime et emprisonne à tout-va.

«Quelle est la réaction des autorités françaises suite aux condamnations prononcées par un tribunal égyptien contre Alaa Abdel Fattah, une des principales figures de la révolution de 2011, condamné à cinq ans de prison, et vingt-quatre autres co-accusés, condamnés à des peines de trois à quinze ans de prison?» C'est la (bonne) question qui a été posée, l'autre jour, au porte-parole du quai d'Orsay. Réponse: «Nous avons pris connaissance avec préoccupation des lourdes condamnations prononcées. Ces décisions sont susceptibles d'appel. Nous souhaitons que les prévenus puissent bénéficier, à cette occasion, d'un procès équitable et respectueux des droits de la défense, conformément aux dispositions de la Constitution et aux engagements pris par l'Égypte sur le plan international».

Quelle merveille de novlangue accommodante.

Se serait-il agi de n'importe quel autre Etat, avec lequel donc Paris ne vient pas de signer le contrat du siècle, le quai d'Orsay aurait pas dit simplement sa «préoccupation». Il aurait fait part de sa «désapprobation». Et le «pays des droits de l'homme» ne se serait pas borné à «souhaiter» un procès équitable, pour les infortunés intéressés. Il aurait «insisté» pour que ce soit le cas. Ou, à tout le moins, l'aurait «recommandé».

Mais non. Sans doute est-ce le charme de la «diplomatie économique» si chère à Laurent Fabius. Les 500 entreprises françaises (dont les géants Dassault, Thales et Snecma) qui sont engagées dans le programme Rafale emploient plus de 7000 personnes.

26/02/2015

Un goût douteux

Femmes, InstitutionsC'est le magazine féminin "Causette" qui a repéré la faute de goût, sur la boutique en ligne de l'Assemblée nationale – mais oui, cela existe: on y vend notamment des besaces ou des trousses de toilette affublées d'une cocarde tricolore, des boutons de manchette à emblèmes, des badges ou des briquets clamant fièrement «Pour», «Contre», «Oui» ou «Non», des porte-clés en plexi à l'effigie de Marianne, etc.

Dans cette boutique, donc, dernièrement, est apparu un nouvel article. Un tablier de cuisine. Vendu 24€. Illustré par la photo d'une femme l'arborant. Et baptisé «tablier Olympe de Gouges». En référence à la grande révolutionnaire française (1748-1793), rédactrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, et qui mourut sur l'échafaud.

Voilà donc une Assemblée législative encore majoritairement composée d'hommes, qui, via sa boutique, de manière subliminale, renvoyait les femmes aux fourneaux. Tout en se référant à celle qui fut une icône du féminisme avant l'heure. Et ce, alors qu'approche la Journée internationale des droits de la femme, le 8 mars.

L'affaire a évidemment fait grincer des dents, sur les réseaux sociaux notamment. Du coup, peu après le buzz lancé par "Causette", le fameux tablier de cuisine a été retiré de la boutique. Désormais, quand on fait un copier-coller de l'adresse qui conduisait à cet article, s'affiche le message «Erreur. Désolé, mais le produit que vous avez demandé n'a pas été trouvé».

Un autre message d'«erreur», s'excusant pour cette initiative commerciale si discutable, n'aurait sans doute pas été de trop.

Encore bravo.

25/02/2015

Un (autre) contraste, frappant

Pas de queues interminables de gens patientant devant les kiosques. Pas d'engueulades voire d'empoignades chez les marchands de journaux. Pas d'affichettes y avertissant la clientèle que le produit est d'ores et déjà épuisé. Pas de longues listes d'amateurs ayant pris la précaution, dès avant sa sortie, de le réserver.

A nouveau un contraste frappant ce matin, par rapport au mois dernier, dans notre quartier du onzième arrondissement endeuillé par la tuerie à "Charlie Hebdo". S'agissant, cette fois, de la sortie d'un nouvel exemplaire de ce magazine, ce mercredi. Cette parution n'a nullement suscité d'hystérie collective.

D'après les coups de sonde qu'on a rapidement effectués dans différents points de vente des environs, ce "Charlie" qui suit le mémorable «Numéro des survivants» s'est vendu honnêtement, sans plus. «C'est loin d'être la folie de la mi-janvier», constatait, ainsi, notre kiosquier. Qui n'était pas loin de se demander si la direction de l'hebdo n'avait pas visé un peu trop haut, avec le tirage de ce nouveau numéro – 2, 5 millions d'exemplaires, ce qui est loin des 8 millions vendus le mois dernier, mais n'est tout de même pas rien. «Si ça tombe, on va se retrouver avec des tas d'invendus sur les bras...», maugréait-il, déjà.

On verra cela.

24/02/2015

Un contraste, frappant

Paris, Sécurité, Police, Armée, Terrorisme, Personnalités, HollandeFrançois Hollande hier soir, au dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France. Le chef de l'Etat a () renouvelé son soutien ainsi que celui de toute la nation à la communauté juive. Et il a assuré que les autorités ne baisseraient pas la garde face à la menace terroriste visant le pays en général et cette communauté en particulier.

C'est sans doute le moins que l'on puisse faire et dire. A fortiori alors que, ce week-end, dans une vidéo, les islamistes radicaux des Shebabs somaliens ont appelé à frapper des grands centres commerciaux dont notamment, à Paris, le Forum des Halles et Les Quatre Temps (La Défense).

Juste, cet engagement sécuritaire présidentiel paraît un peu décalé, vu depuis notre onzième arrondissement parisien. En effet, depuis ce même lundi où François Hollande a tenté de rassurer la communauté israélite, le plus grand centre culturel juif du onzième se retrouve... sans le moindre dispositif de protection.

Situé dans une allée parallèle au Boulevard Richard Lenoir, il faisait l'objet d'une surveillance très étroite, depuis les attentats. Une armada de militaires armés jusqu'aux dents étaient postés à ses entrées et patrouillaient sans relâche, nuit et jour, devant ses vingt mètres de façade. Mais, depuis lundi matin, plus rien. Il n'y a plus âme sécuritaire qui vive, devant ces installations. Plus le moindre policier, militaire ou gendarme n'y est en faction.

Curieux.

23/02/2015

Un «saccage», pour la quatrième fois

Cela s'était déjà produit trois fois, paraît-il. Et cela a de nouveau eu lieu en fin de semaine. Place de la République, le mémorial en hommage aux victimes des attentats de janvier a une nouvelle fois été vandalisé.

Des inconnus ont démantelé des couronnes de fleurs, déchiré des dessins, dispersé des bougies, jeté des crayons à terre. «Un véritable saccage», selon le collectif de voisins qui, à la mi-janvier, s'est constitué de manière improvisée, pour entretenir les lieux.

Depuis, ses membres sont partagés entre la stupeur et la colère. «Pourquoi?», interrogent-ils. «Pourquoi détruire ce symbole de paix, en hommage à nos victimes?» Selon eux, «ce n’est pas le vent qui a fait ça, ce n’est pas la pluie, puisque même les objets et les messages (qui étaient) abrités ont été vandalisés. Les autres fois, nous avons réparé les dégâts sans rien dire, mais là, c’est trop. Il ne faut pas laisser faire ce saccage!» Plainte a donc été déposée au commissariat du troisième arrondissement.

Cet incident survient alors que, mercredi, "Charlie Hebdo" sort un nouveau numéro – dont la rédaction dévoile la couverture, ce lundi.

20/02/2015

«Un ressenti» sans doute différent

Transports, Métro, Paris, BanlieuesSept milliards d'euros. C'est ce le montant – pas mince – que les pouvoirs publics investiront dans les transports en commun de Paris et de sa banlieue, ces prochaines années. Ainsi en ont décidé, l'autre jour, les élus de la Région parisienne. 217 rames Alstom à commander pour le métro. De nouvelles rames prévues également pour les trains de banlieue. Un matériel roulant qui, au global, dans la région, sera renouvelé à 60% d'ici à 2016, et à 100% à l'horizon 2020. Le programme a de quoi faire saliver l'usager moyen.

A qui il convient sans doute de faire miroiter monts et merveilles, vu la la galère qu'il n'endure pas rarement, en ce moment. Mardi, ce blog a évoqué la méga-pagaille de la fin janvier, dans le RER A. Cette semaine encore, ce ne sont pas moins d'une centaine de trains qui ont dû être annulés en pleine heure de pointe, sur le réseau reliant à la gare de l'Est (à cause d'un obus datant de la dernière guerre, retrouvé à proximité de la gare de Noisy Le Sec).

Au-delà de ces galères ponctuelles d'anthologie, qu'en est-il, au quotidien, de la ponctualité dans les transports publics parisiens? Selon le bilan chiffré de 2014, toutes les lignes de métro ont été «au-dessus de l’objectif contractuel» de rentabilité qui leur était assigné. C'est largement dû au fait que, ces dernières années, une bonne part du matériel roulant y a été renouvelé – on s'en réjouit chaque fois que l'on prend la ligne 4, dont les antiques rames ont enfin été remplacées. Concernant le RER, le bilan est plus mitigé. Sur la ligne A, «l'amélioration reste en dessous de l’objectif» (94%, contre les 85% atteints). Cela va un peu mieux sur la B (88%), se dégrade sur la C (89%), et la D (87%) connaît une situation «critique, mais en progrès».

Transports, Métro, Paris, BanlieuesCes jours-ci, cela dit, les autorités régionales n'en ont pas trop fait, dans leur com' relative à ces chiffres plutôt corrects. Sans doute craignaient-elles que des communiqués autosatisfaits paraissent très décalés par rapport à ce que, ces derniers temps, les usagers ont enduré. Le président de la Région (le socialiste Jean-Paul Huchon) l'a d'ailleurs lui-même admis: ces données peuvent «ne pas forcément toujours correspondre au ressenti quotidien de l'usager».

C'est sans doute le moins que l'on puisse dire.

19/02/2015

Un certain relâchement (suite)

On se détend, dans notre quartier du onzième arrondissement. On se détend, en termes sécuritaires. Six semaines après l'attentat contre "Charlie Hebdo".

Ce relâchement était déjà perceptible (relire ici ou ), ces dernières semaines. Mais là, il devient tangible y compris dans et aux abords de l'immeuble de bureau du boulevard Richard Lenoir – situé à deux pas de la tuerie –, où est établie la rédaction parisienne de "La Libre".

On l'avait écrit, à l'époque (): depuis début janvier, cet immeuble est sous étroite surveillance policière. Car certains de ses occupants sont considérés comme des cibles potentielles, pour d'éventuels actes terroristes – et cela ne concerne évidemment pas les journalistes de la presse étrangère qui y travaillent, même si n'a pas dû détendre l'atmosphère sécuritaire le fait que, au moment où la tension était à son comble, des menaces de mort, très explicites, aient été adressées à l'un d'eux. Depuis six semaines, donc, des hommes en armes étaient stationnés à longueur de journées et de nuits dans l'enceinte de cette copropriété. Un gros combi de gendarmerie stationnait en permanence devant ses entrées. Et des agents, sur les dents, faisaient les cent pas sur le trottoir du boulevard.

Mais, cette semaine, le dispositif de sécurité s'est allégé. Dans la cour de l'immeuble, les pandores sont désormais beaucoup moins visibles. Le gros combi stationné sur le boulevard a été remplacé par une petite Kangoo de la gendarmerie. Et seuls dorénavant deux ou trois agents assurent la sécurisation des entrées de l'édifice, mais ils passent moins leurs journées à scruter les allées et venues qu'à tenter de se réchauffer, dans leur minuscule véhicule.

On se détend, donc. Sans doute était-il temps.

18/02/2015

Un pataquès, divertissant

Gouvernement, Communication, Parlement, EconomieGros bug de com', décidément, commis hier par le cabinet du ministre Emmanuel Macron. Si par extraordinaire vous n'en aviez pas entendu parler – l'affaire a fait beaucoup jaser, pendant toute la journée.

Au moment même où, à l'Assemblée nationale, Manuel Valls constatait qu'il n'avait pas de majorité pour voter la grande loi de son ministre de l'Economie, le cabinet de celui-ci envoyait un communiqué de presse à toutes les rédactions, communiqué... se félicitant du vote de ce texte. «Emmanuel Macron salue la qualité et l’intensité du travail parlementaire qui a permis l’adoption du projet de loi», se réjouissait-il.

Ce cocorico si prématuré, factuellement erroné, et politiquement très déplacé est parvenu vers 10h50, dans les boîtes électroniques des journalistes. Il a tout de même fallu plus d'1/2 heure pour que, à Bercy, quelqu'un se rende compte de la bévue, et corrige le tir. Un communiqué «RECTIFICATIF» est parvenu vers 11h30 aux rédactions.

On imagine l'énervement du ministre, l'engueulade qu'il a dû prendre de la part du chef du gouvernement, et, par conséquent, le savon monumental qui été passé à la petite main qui, au service de com' de Bercy, a malencontreusement envoyé cette communication ministérielle intempestive à tous les médias de France.

Tous nos remerciements à l'intéressé(e), néanmoins. Pour ce pataquès de com' qui fut l'unique moment de divertissement d'une journée très laborieuse.

17/02/2015

Un temps de réflexion

Dix-huit mois de prison, dont neuf mois ferme. Hier, c'est la condamnation qui a été infligée à l'homme à l'origine d'une grève qui, fin janvier, plongea pas moins d'un million d'habitants de Paris et de sa région dans une galère mémorable.

Usager du RER A, énervé par un incident, il avait asséné un très violent coup de boule à un contrôleur, qui en avait eu le nez cassé. Aussitôt, l'ensemble des agents de la ligne avaient exercé leur droit de retrait, ce qui avait entraîné l'arrêt total de la circulation de ce RER – la ligne périurbaine la plus fréquentée d'Europe – , pendant 24 heures.

«Je suis désolé pour le monsieur, et je suis désolé pour tout le monde», a bredouillé l'homme, à l'audience du tribunal correctionnel. «Je n'explique pas mon geste, et je le regrette. Je ne comprends pas ce qui s'est passé».

Au trou, il n'aura que cela à faire, donc il a neuf mois devant lui pour y réfléchir.

16/02/2015

Un réflexe, immédiat

Paris, Terrorisme, InternationalChangement saisissant ce week-end, dans le quartier. Il a été perceptible dès dimanche matin. Et n'a fait que s'amplifier, tout au long de la journée.

Le retour des gens, rue Nicolas Appert. La reprise du défilé incessant, devant l'ancien siège de «Charlie Hebdo». Les bouquets de fleurs et les crayons que l'on dépose, les dessins et mots de sympathie que l'on affiche, les bougies qu'on allume, les moments émus de recueillement.

Ces dernières semaines, les Parisiens avaient progressivement cessé de s'attrouper en masse et à longueur de journées à cet endroit du onzième arrondissement qui, comme la place de la République, est devenu le symbole de la dramatique actualité de janvier. Ce quartier avait repris une vie plus ou moins normale. Mais, dès que l'information à propos des attentats de Copenhague a été donnée, le mouvement a redémarré, le réflexe a été immédiat: nombre de Parisiens ont repris le chemin de la rue Appert.

Comme pour montrer que, non, ils n'avaient pas oublié, mais étaient toujours mobilisés. Ainsi qu'il l'avaient été lors de ce mémorable week-end du 11 janvier, qui vit quelque 4 millions de Français manifester.

13/02/2015

Une volée de bois vert

Parlons de cette actualité survenue hier en fin de journée, puisque les médias français, eux, l'ont globalement peu évoquée. Une discrétion que l'on trouve assez malsaine, tant elle risque de donner l'image d'une omerta corporatiste.

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) adresse en moyenne une quarantaine de remontrances par an aux radios et aux télés. Mais là hier, en un seul coup, il a carrément mis en demeure (ici) une vingtaine de ces médias. Une telle volée collective de bois vert, c'est sans précédent.

En cause, la manière dont ces radios et télés ont couvert l'actualité des attentats du mois de janvier. Le «gendarme de l'audiovisuel» estime que, dans le feu de l'action, elles n'ont pas peu dérapé.

Il a relevé précisément «36 manquements, dont 15 ont donné lieu à mise en garde et 21, plus graves, ont justifié des mises en demeure». Sont rappelées à l'ordre aussi bien des radios que des télés, et autant des chaînes publiques que des chaînes privées. Ce qu'elles se voient reprocher? «Manque de mesure», «maîtrise de l’antenne» très perfectible, diffusion d'«allégations inexactes», «atteinte au respect de la dignité de la personne humaine», non respect de «la nécessaire conciliation entre la sauvegarde de l’ordre public et le respect de la liberté de communication», révélation d'informations susceptibles de mettre en danger la vie d'autrui, et on en passe. En conséquence de quoi, hier, ces médias ont été mis en demeure de ne pas réitérer de tels manquements à leurs obligations.

Ils s'en tirent à bon compte. En effet, rien que s'agissant de la mise en danger de la vie d'autrui, si l'on voulait faire du juridisme étroit, les responsables de ces radios et télés pourraient être passibles de poursuites et de sanctions judiciaires – l'article 223-1 du Code pénal punissant la chose d'un an de prison et de 15.000 euros d'amende.

Encore bravo.

12/02/2015

Une sécurité globale moyenne

Paris, International, Sécurité, SantéPuisqu'on évoquait la police hier, cette étude comparative internationale qu'a publiée le magazine britannique «The Economist», dernièrement. Elle est consacrée à la sécurité dans cinquante grandes villes. Dans ce classement des métropoles les plus sûres au monde, Paris ne figure qu'en 23e position – juste derrière Bruxelles.

Plusieurs paramètres ont été pris en compte, pour départager toutes ces cités. Ils embrassent des secteurs aussi divers que la sécurité bien sûr (taux de criminalité), mais aussi la santé (qualité des soins de santé et de l'environnement), les infrastructures (qualité des transports ou des routes), et même le numérique (cyberprotection et respect de la vie privée).

C'est dans l'item relatif à la sécurité sanitaire que Paris se distingue: elle apparaît comme la cinquième ville la plus sûre au monde. C'est dû au fait que cet indicateur prend notamment en compte des critères comme le nombre de lits d'hôpital par rapport à la population de la ville, l'espérance de vie de ses habitants, etc. Il n'empêche, ce bon classement a un côté un peu paradoxal. C'est comme si les auteurs de l'étude n'avaient jamais entendu parler du problème chronique de pollution atmosphérique – avec toutes ses conséquences sanitaires – qui empeste cette capitale.

11/02/2015

Une popularité, mais pas partout

C'est un fameux changement, dans un pays où il a toujours été de bon ton, dans une large part de l'opinion, de critiquer et de dénigrer les forces de l'ordre – le pays, aussi, où a été créé le slogan «CRS SS». Depuis les événements dramatiques du mois de janvier, les Français en pincent pour la police. A en croire un sondage publié hier, ils sont 84% à avoir une bonne opinion d'elle, un score en forte progression. Les policiers sont jugés courageux, défenseurs des valeurs républicaines, efficaces, motivés et respectueux. Près d'un Français sur deux encouragerait même son enfant à devenir policier.

Ces résultats sont conformes avec ce qu'on peut observer dans les rues, depuis le 7 janvier. A longueur de journées, les policiers, gendarmes et militaires qui y sont déployés ne cessent d'être félicités et encouragés, par les passants. Ces chiffres contrastent, toutefois, avec l'image donnée par l'énième gros scandale en date qui, à Paris, vient à nouveau d'éclabousser la police judiciaire.

Il n'empêche, depuis que ce sondage est sorti, commentateurs et éditorialistes – de médias de droite, surtout – ne cessent de s'extasier sur ses résultats. Ce mercredi encore, dans une matinale télé, on a entendu le terme «révolution culturelle» cité, pour caractériser cette modification du rapport entre les Français et leurs policiers.

Au risque de casser l'ambiance, signalons juste, au passage, une autre actualité qui, elle, est complètement ignorée par ces mêmes médias.

A savoir, la tenue ce samedi, à Montreuil (banlieue proche de Paris), d'une grande «Marche contre les violences policières». Elle est co-organisée par les proches du jeune Geoffrey: un lycéen de cette ville qui, en octobre 2010, alors qu'il participait au blocage de son école (dans le cadre du mouvement contre la réforme des retraites), s'était pris un tir de de flashball en pleine face. Il en a perdu l'usage d'un oeil. Dans leur appel à manifester, les organisateurs évoquent notamment la mort de Rémi Fraisse: le jeune écologiste qui avait péri dans le Tarn en décembre dernier, touché par une grenade offensive lancée par un gendarme mobile.

C'est évidemment un rappel qui fâche...

10/02/2015

Un appel à la coexistence

Art, Culture, Paris, BanlieuesC'est l'oeuvre de street art que tout le monde cherche en ce moment, sur les murs de Paris. Elle représente un homme en djellabah, avec, à ses côtés, le mot "coexist". La lettre C de ce terme est formée par un croissant musulman, le X et le T étant respectivement constitués par une étoile de David et une croix chrétienne.

L'auteur de cette inscription est un artiste dénommé Combo, Français né d’un père libanais chrétien et d’une mère marocaine musulmane. La semaine dernière, à Paris, il s'est fait ruer de coups alors qu'il apposait cette oeuvre sur un mur.

Cela a suffi pour donner un retentissement énorme à son "coexist". Qui, ce week-end, a même fait l'objet d'un happening artistique, co-organisé par l'Institut du Monde arabe. Cinq cents affiches reproduisant l'illustration y ont été distribuées, puis ont été collées un peu partout. Dans les rues de Paris, mais aussi sur les murs de quartiers de banlieue où, précisément, la coexistence pacifique entre les différentes communautés n'est pas toujours évidente, au quotidien.

Assez curieusement, on n'a pas encore aperçu la chose, depuis ce week-end, sur les murs de notre quartier du onzième arrondissement pourtant si ébranlé par la violence haineuse, en janvier. Mais sans doute cela ne devrait-il plus tarder.

 

PS: Dans un autre registre, un homme a été interpellé puis placé en garde vue à Paris hier soir, pour avoir tagué le mot "Juif" sur une vingtaine de véhicules garés dans le seizième arrondissement, quartier où réside une importante communauté juive.

09/02/2015

Une campagne qui tombe mal

Sportifs de haut niveau, comédiens, personnalités du monde de la mode, vedettes du show-bizz en tout genre: de nombreux people français figurent dans la liste des évadés fiscaux qu'ont mise au jour, hier soir, les révélations sur le scandale «SwissLeaks» – le gigantesque mécanisme international de fraude fiscale, au départ de la filiale suisse de la banque HSBC. Parmi ces stars hexagonales ayant succombé aux sirènes de l'évasion fiscale, une qui tombe particulièrement mal: Gad Elmaleh, le comédien et humoriste, par ailleurs si en cour en principauté de Monaco.

Soit donc le même homme qu'on voit, depuis des mois, dans des spots de pub en faveur... d'une banque française: LCL-Crédit lyonnais. Des spots sur le thème de la banque rêvée, de la banque idéale, etc.

Gad Elmaleh aurait, depuis, régularisé sa situation envers le fisc. Grand bien lui fasse. Il n'empêche, on est curieux de voir si, maintenant que «SwissLeaks» a jeté son nom en pâture à l'opinion, ces spots de pub vont continuer à tourner, à la télé ou au ciné. Ou si, au contraire, LCL va préférer mettre discrètement la campagne en veilleuse. A fortiori que cet établissement lui-même, vu le si sulfureux passé qui est le sien, a, pareillement, pas mal de choses à se faire pardonner, en matière d'éthique et de moralité.

06/02/2015

Un indicateur éclairant

Economie, Social, Logement, Paris23,5. C'est le chiffre de la semaine, à Paris. Soit le nombre d'années qu'il faut au salarié parisien moyen pour devenir propriétaire d'un appartement de 75 m², dans la capitale.

En 1984, en revanche, il était possible d'y acquérir un bien d'une même surface en économisant pendant, non 23 ans, mais 13 ans seulement. Ces dix années de différence sont un bon indicateur de l'ampleur de la perte de pouvoir d'achat immobilier qu'ont subie les habitants de la «Ville lumière», ces trente dernières années. D'autant que le salaire net moyen, entre-temps, a bien sûr augmenté. En 1984, il se montait à l'équivalent de 7€ de l'heure et 12.000€ annuels. En 2014, on en est à 16€ et 26.000€, respectivement.

Rien d'étonnant, dès lors, à ce que les ménages aux revenus moyens aient de plus en plus de difficultés à acheter de quoi se loger, dans la capitale. «L’opération n’est plus envisageable pour un primo-accédant, à moins de gagner remarquablement bien sa vie», souligne l'association de défense des consommateurs UFC-Que choisir, à l'origine de l'étude qui révèle ces données.

On est sans doute prié de se consoler de cette situation en constatant que, en 2014 par rapport à 1984, la part de salaire moyen nécessaire à l'achat de certains produits et services a, elle, diminué – réduction toutefois très théorique, vu que ce même salaire s'est accru, dans le même laps de temps. Ainsi, une bouteille d'huile d'arachide vaut désormais 14 minutes de travail, contre 18 en 1984. Une raquette de tennis, 6 heures au lieu de 15. Et un réfrigérateur, 6 jours et non plus 14.

C'est merveilleux.

05/02/2015

Un homme «changé» (?)

On nous a changé François Hollande. Ce matin, le chef de l'Etat tenait sa grande conférence de presse semestrielle. La cinquième, depuis son arrivée à l'Elysée. La première, depuis la dramatique actualité de janvier. «J'ai forcément changé, à la suite de ces événements. Tout comme ces épreuves ont aussi changé notre pays», a-t-il assuré. Et effectivement, sur un point au moins, le changement présidentiel – tel qu'il était affiché, en tout cas – était saisissant, ce matin.

François Hollande? C'est «M. Petites blagues», l'avait un jour dénigré Laurent Fabius. C'est apparemment fini, cela. Raide comme un piquet, martial, surjouant dans la solennité qu'impose la gravité de l'actualité, l'hôte de l'Elysée a attendu près d'une demi-heure avant de desserrer les dents. Avant d'esquisser un (très léger) sourire, qui tenait d'ailleurs davantage du rictus. Ses quatre conférences de presse précédentes avaient été un festival de vannes et de bons mots, d'allusions plutôt drôlatiques et de petites piques très sardoniques. Là, rien, ou quasiment. A peine une ou deux rapides petites boutades, visiblement maîtrisées, puis retour express à une présidentialité tout en gravité.

Bien sûr, nul ne s'attendait à le voir ce matin dans le registre badin. Cela aurait d'ailleurs été très déplacé, étant donné le contexte. Du reste, à en croire tous les sondages depuis le début de son mandat, il partait de très bas en termes d'incarnation de l'autorité présidentielle, telle qu'elle est perçue par l'opinion. Dès lors, il ne pouvait que progresser, en la matière. Mais, pour autant, l'on ne s'attendait pas forcément à ce que l'ampleur de son changement de ton soit aussi frappante.

Derrière tout cela, évidemment, il y a une bonne part de posture et de calcul politique. Une bonne dose de com', autrement dit. Il n'empêche, dans la forme, ce personnage du nouvel Hollande était plutôt bien interprété, ce matin.

Reste à voir s'il va convaincre ses concitoyens.

04/02/2015

Une régularité perturbée

Paris, Transports, Métro, Sécurité, TerrorismeTrois militaires agressés à l'arme blanche, hier à Nice, alors qu'ils étaient en faction devant des locaux communautaires juifs.

Cela n'a pas forcément grand-chose à voir, mais, depuis ce matin, dans notre immeuble de bureau du onzième arrondissement de Paris, les mesures de sécurité ont été renforcées.

Depuis un mois, deux gendarmes ou policiers y sont en faction, de jour comme de nuit. Ce matin, a-t-on remarqué, ils étaient au nombre de quatre – sans compter leurs collègues se trouvant dans le fourgon qui est stationné devant l'immeuble.

Sinon, à Paris, les attentats de la première quinzaine de janvier continuent à avoir un impact sur... le fonctionnement des transports en commun. Désormais, en effet, sont beaucoup plus nombreux qu'auparavant les signalements faits chaque jour à la RATP par des usagers, relatifs à des colis suspects: abandonnés dans des rames du métro et du RER, sur des quais, ou à l'accueil et dans les couloirs des stations. Avant les attentats, la RATP recensait environ une alerte de ce type tous les trois jours. A présent, et depuis la mi-janvier, c'est carrément une dizaine de ces colis abandonnés qui lui sont signalés quotidiennement.

Paris, Transports, Métro, Sécurité, TerrorismeSelon la direction de la régie, «énormément de colis signalés sont anodins en termes de sécurité, mais l'on se doit de les traiter comme des colis suspects». Chaque signalement impose donc de systématiquement évacuer la zone concernée, y faire intervenir les équipes de déminage, et, en attendant que les démineurs aient achevé leur travail, interrompre le trafic à la station concernée.

Cela «bloque les transports» et «perturbe beaucoup leur régularité», constate amèrement la hiérarchie de la RATP.

La SNCF, sur son réseau de la région parisienne, connaît d'identiques perturbations, dues aux alertes du même type. «Que les gens prennent conscience qu'oublier un sac dans un train ou en gare, c'est un truc grave!», a fulminé, l'autre jour, le grand patron de la compagnie de chemin de fer, Guillaume Pépy.

03/02/2015

Une réplique, bien trouvée

C'est la réponse du petit peuple de Paris à «Fox News»: l'ultra-conservatrice chaîne de télé américaine. Qui donc, le mois dernier, à l'époque des attentats, avait osé décrire des quartiers entiers de la capitale française comme étant des «no go zones». Des zones de non-droit, pas loin d'être des zones de guerre, où nul, hormis les fondamentalistes musulmans, n'oserait s'aventurer. Un regard journalistique si caricatural et à l'emporte-pièce qu'il vaut à «Fox» une plainte en justice, de la mairie de Paris.

Après les édiles, c'est au tour des habitants des quartiers concernés de réagir. Ils ont bien sûr été très choqués d'être stigmatisés de la sorte. Mais, pour autant, n'ont pas perdu ce sens si parisien de l'humour potache. Ils proposent donc désormais (ici) aux touristes étrangers des visites de ces zones urbaines présumées si périlleuses. Des tours de ville en toute convivialité, effectués en compagnie des habitants de ces quartiers.

La proposition s'adresse bien sûr avant tout aux Américains qui sont de passage à Paris. Selon des échos, elle rencontrerait un certain succès auprès d'eux, nombre de ces visiteurs venus d'outre-Atlantique ayant eux-même été estomaqués par cette si grossière propagande télévisuelle.

Bien.

 

PS: On ignore si un avatar russe de la formule est en préparation. Puisque, au même moment, une chaîne de télévision publique de ce pays avait, dans un reportage, présenté Barbès comme un quartier où «pratiquement personne ne parle français», et où «une femme sur deux porte la burqa et le niqab».

02/02/2015

Un business florissant

Gouvernement, Gastronomie, Economie, International, Personnalités, FabiusCe lundi, c'est carrément lors d'une cérémonie au ministère des Affaires étrangères que sont décernées les récompenses gastronomiques annuelles du Guide Michelin. Que les salons lambrissés du quai d'Orsay servent de cadre, si officiel, à une telle manifestation, c'est une première. Mais elle n'est pas si étonnante que cela.

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, en effet, n'a que les mots «diplomatie économique» à la bouche. Il s'est transformé en super-représentant de commerce de l'Hexagone. Or, la gastronomie et tout ce qui y est lié, en amont et en aval, c'est évidemment un atout de taille, pour le tourisme et le commerce extérieur tricolores. Comme s'en gargarise le quai d'Orsay, «avec190 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2013 et 12.000 entreprises (dont 98% de PME de moins de 250 salariés), l'agriculture et l'agroalimentaire constituent un secteur économique majeur, à l'origine du deuxième excédent de notre balance commerciale après l'aéronautique. Trois secteurs – les vins et spiritueux, les céréales et les produits laitiers – constituent 38% du total des exportations» françaises.

A la mi-janvier, d'ailleurs, en pleine semaine qui avait suivi les attentats de Paris – donc alors que le pays et sa classe politique se trouvaient dans un état d'agitation considérable –, Laurent Fabius s'était éclipsé un moment, histoire de s'offrir une petite pause gastronomique. Malgré le contexte ultra-tendu, il n'avait pas bouleversé son agenda et, comme il était prévu, était allé rehausser de sa présence une réunion... du «Club de la table française», à Paris. Cette escapade culinaire ministérielle était passée largement inaperçue des médias, pourtant elle était assez éclairante: quelles que soient les circonstances – et, en l'occurrence ici, même les plus tragiques –, le business ne s'arrête jamais.