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08/04/2015

Un geste «exceptionnel» et «provisoire»

Paris, Social, Economie, Etrangers, Immigration, Femmes, GouvernementCela ne concerne qu'une poignée de travailleurs, mais évoquons cette nouvelle, puisqu'ils sont à l'origine d'un conflit social d'une durée qu'on n'avait plus vue depuis longtemps à Paris. Et puisque leur sort a révélé des pratiques qu'on croyait d'un autre âge – ou, du moins, cantonnées à des pays qui ne revendiquent pas d'être la cinquième puissance économique mondiale.

Ils, ou plutôt elles. Car il s'agit de femmes. Les employées d'un salon de coiffure "afro" du Bd de Strasbourg, pas loin de la gare de l'Est, dans le 10ème arrondissement. La préfecture de police de Paris et le ministère de l'Intérieur ont décidé, à titre «exceptionnel», de leur octroyer des autorisations de travail provisoires (d'une durée de trois mois).

Depuis l'été 2014 (relire , notamment), une quinzaine de ces femmes occupent leur salon de coiffure, pour dénoncer l'exploitation dont elles ont longtemps été victimes. Elles y travaillaient tout en n'étant pas déclarées par leur employeur. Etaient payées "à la tâche", ce qui est illégal. Gagnaient un salaire de misère (400 euros par mois, environ), pour des semaines de travail de 7 jours sur 7, et des journées de 9 heures à 23 heures. Ces cadences de dingues et ce statut professionnel ultra-précaire ne facilitaient bien sûr pas les démarches en vue de leur régularisation – s'agissant d'étrangères sans-papiers. Après avoir très temporairement obtenu de leur employeur la reconnaissance de leur statut de salariées, elles ont vu leur salon mis en liquidation. La justice est désormais saisie de l'affaire. Plainte a été déposée pour, excusez du peu, traite d'êtres humains, faillite frauduleuse, escroquerie, conditions de travail indignes et abus de vulnérabilité. L'an dernier, le ministre de l’Intérieur lui-même, Bernard Cazeneuve, avait dit l'«indignation» que lui suscitait cette «affaire épouvantable» de «femmes exploitées dans des conditions indignes, par des véritables réseaux de la traite des êtres humains».

Son ministère n'en vient pas moins de préciser que le geste en leur faveur ne constituait nullement une régularisation. Les personnes concernées «devront ensuite trouver un emploi déclaré, pour poursuivre la procédure» en vue de l'obtention d'un titre de séjour. Le syndicat qui défend ces travailleuses – et voit dans leur sort l'illustration d'un «système mafieux» – a décidé () de poursuivre l’occupation du salon. Au moins jusqu'à ce que les récépissés ad hoc aient bel et bien été adressés aux intéressées.

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