Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

14/11/2015

«Un cauchemar qui recommence»

De grandes bâches opaques tendues sur toute la longueur de la façade du Bataclan. Pendant toute la nuit, les agents de la police scientifique, vêtus de combinaisons blanches, y ont été à pied d'oeuvre. Depuis le début de la matinée, des camions mortuaires par dizaines s'y succèdent, chargés d'enlever les dépouilles des victimes. Des premières gerbes de fleurs commencent à s'amonceler. «Plus jamais cela», proclame l'une d'elle. Les forces de l'ordre, déployées en nombre dans tout le quartier, invitent sans ménagement les badauds à «circuler». Une grande part des artères voisines ont été totalement interdites à la circulation. Ainsi, rues de Charonne et de la Fontaine au Roi, théâtre de deux fusillades meurtrières, on ne passe pas.

Il y a peut-être un peu moins de monde que d'habitude dans les rues, mais, pour l'essentiel, les Parisiens n'ont pas respecté la consigne de sécurité donnée dès vendredi soir de ne pas sortir de chez eux à moins de déplacements d'une absolue nécessité à effectuer. Des déplacements qui, du reste, sont compliqués. La circulation de cinq lignes de métro a été interrompue, et toutes les stations des environs ont été fermées. Rideaux métalliques baissés, également, pour tous les commerces proches des lieux des tueries.

Cette nuit, dans le quartier, à même le trottoir ou dans les bars, devant les clients médusés, les enquêteurs de la police judiciaire ont improvisé les premiers interrogatoires et prises d'identité des rescapés. «Jamais, de toute ma carrière, je n'avais assisté à de telles scènes d'horreur!», confiait, tremblant, un volontaire de la Croix Rouge.Vers 1 heure du matin, une quinzaine de cars, réquisitionnés à la RATP, ont été acheminés vers le Bataclan pour convoyer les victimes non blessées mais traumatisées vers la mairie du onzième, où une cellule de crise et d'assistance psychologique a été aménagée.

Devant l'édifice, sur un petit bureau d'écoliers, a été posé un registre de condoléances. Les riverains viennent y témoigner de leur émotion, de leur effroi et de leur compassion. Cette empathie a été immédiate et très visible, pendant toute la nuit. Grâce à la mobilisation des réseaux sociaux, des dizaines de Parisiens empêchés de rentrer chez eux – le quartier étant entièrement bouclé – ont pu trouver un hébergement, une collation et du réconfort chez des riverains. Des cafetiers proches des lieux des tueries ont spontanément envoyé leur personnel offrir gratuitement des boissons chaudes aux agents et secouristes qui, dans la rue, s'affairaient. Et, depuis ce matin, la population afflue dans les hôpitaux, pour des dons de sang.

Jusque tard dans la nuit, dans notre quartier, on a vu des attroupements de gens en train de se réconforter. Des personnes atterrées, fondre silencieusement en larmes. Des riverains accourus sur les lieux du drame et incapables de rentrer chez eux, comme pétrifiés sur le trottoir. «Ca recommence, le cauchemar...», gémissait un jeune homme. «Ce quartier commençait à peine à se relever!», hurle-t-il, la rage au ventre.

Se relever de la tragédie du 7 janvier. La tuerie à "Charlie Hebdo", rue Nicolas Appert, située à dix mètres à peine du Bataclan, qui l'avait déjà tant traumatisé.

13:53 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, terrorisme

Les commentaires sont fermés.