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14/11/2015

Une nuit d'horreur

BATACLAN.jpgVendredi, vers 23 heures, boulevard Richard Lenoir. A une dizaine de mètres à peine de la rue Nicolas Appert. Là où, jusqu’à la tuerie du 7 janvier qui l’a décimée, la rédaction de “Charlie Hebdo” était située.

Des véhicules de secours foncent sur le boulevard, toutes sirènes hurlantes. Ils se dirigent vers la muraille de gyrophares criards que forme, à l’angle avec le boulevard Voltaire, la dizaine de voitures de police faisant cercle autour de l’entrée du “Bataclan”. Des riverains fuient le halo lumineux, rentrant chez eux à toutes jambes. Les forces de l’ordre sont extrêmement nerveuses. Des automobilistes au courant de rien, qui renâclent à faire demi tour, se font mettre en joue. Des spectateurs qui sortent indemnes de la salle de spectacles, en larmes et choqués, se font néanmoins fouiller. Des gens à moitié nus errent, hagards. D’autres, assis sur le bitume, claquent des dents, de froid ou d’effroi, ceints d'une couverture de survie dorée.

“Dégage, connard!”: les journalistes qui osent franchir le périmètre de sécurité sont molestés. Une nuée de jeeps de l’escadron d’élite du RAID arrivent à vive allure, faisant crisser leurs pneus sur la chaussée. Des tireurs d’élite sont envoyés aux pieds de notre immeuble de bureau du boulevard, identifié dès janvier par les forces de l'ordre comme une cible potentielle des terroristes. Ils pointent leurs mitraillettes sur les riverains qui, affolés, tentent de rentrer se mettre à l’abri chez eux.

SAMUPARIS.jpgLes badauds, tenus à bonne distance, suivent les événements en temps réeel, sur leur smartphone. Un premier bilan provisoire tombe, terrible: plus de quarante morts, probablement. François Hollande décrète l’état d’urgence, ferme les frontières, demande des renforts militaires.

Devant le “Bataclan”, la nuée de brancards n’en finit plus d’évacuer les blessés. Les trottoirs sont jonchés de portefeuilles, de sacs à main, de manteaux que la foule, en panique, a abandonnés. Au milieu du vacarme des sirènes de police, en longues étreintes silencieuses, les rescapés tentent de se réconforter. Effarés. Comme ils l’avaient été le 7 janvier.

(Version longue de ce texte dans "La Libre" de demain samedi matin)

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