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30/11/2015

Un climat de tension

Une fois de plus, hier, on n'a pas dû d'attendre que les flashs d'alerte des agences de presse tombent sur le smartphone pour savoir que ça chauffait à nouveau, dans notre quartier du onzième arrondissement. Il a suffi de tendre l'oreille. Il fallait vraiment être sourd pour ne pas entendre le concert incessant des sirènes de véhicules de police et le vacarme des hélicos tournoyant dans le ciel.

«Liberté! Liberté!». «Etat policier!». Quelques-uns des slogans que plusieurs centaines d'opposants à l'état d'urgence scandaient, dans l'après-midi, place de la République. Les deux tiers des rues du quartier étaient entièrement bloquées à la circulation. Sur la place elle-même, stationnaient plusieurs dizaines de fourgons de police et de CRS. Et, aux grilles de la station de métro, fermée, une grande banderole avait été accrochée. «Anti Cops 21», proclamait-elle. Dénonciation donc à la fois de la conférence onusienne qui s'est ouverte au Bourget ce matin et du dispositif policier qui est de mise depuis l'instauration de l'état d'urgence.

Très vite, l'atmosphère de l'esplanade, saturée de gaz lacrymogènes, est devenue irrespirable. Et, entre huées, coups de matraque, poubelles incendiées et jets de projectiles divers et variés, l'ambiance n'a pas tardé à dégénérer. En fin d'après-midi, les forces de l'ordre ont chargé. Plus de 300 «éléments perturbateurs», comme l'Elysée les a dénommés, ont été interpellés et placés en garde à vue. Dans le quartier, toutefois, les sirènes des véhicules de police ont résonné jusqu'à 21h30 passées.

Sans compter qu'ensuite, il n'a pas fallu attendre trois heures pour que, à nouveau,... la grosse agitation recommence. En cause, cette fois, la venue de Barack Obama (accompagné de François Hollande et de la maire de Paris, Anne Hidalgo) devant le Bataclan, pour s'y recueillir à la mémoire des victimes du 13 novembre. Une fois de plus, donc, ce fut le grand tohu-bohu sécuritaire, dans cette partie du onzième.

A une heure du matin, les dizaines de milliers de Parisiens du coin avaient droit, pour s'endormir, à la berceuse des rotors d'hélicoptères.

27/11/2015

Une évolution marquante

 Attentats, Politique, Personnalités Une journée bleu-blanc-rouge, ce vendredi, à Paris comme dans l'ensemble du pays. Puisque François Hollande a recommandé aux Français de pavoiser, en l'honneur de la Journée nationale d'hommage aux victimes des attentats du 13 novembre.

L'initiative tricolore de l'Elysée a été très bien accueillie en général, et au Parti socialiste en particulier. Il n'y a pas si longtemps, pourtant, ce parti n'était pas si à l'aise que cela, sur un tel sujet.

Ainsi, quand, en 2007, dans la dernière ligne droite de sa campagne présidentielle, la candidate PS Ségolène Royal avait sorti de son chapeau, à l'occasion d'un meeting, la proposition que chaque chaumière de France dispose d'un drapeau tricolore à domicile. Pour pouvoir fièrement l'arborer, lors des grandes occasions de communion nationale et républicaine. A l'époque, en coulisses, tout le monde ou à peu près, au sein de l'état-major du PS, avait grimacé. Une telle incursion du parti à la rose dans le registre patriotique-cocardier – jusqu'à présent l'apanage de la droite gaulliste ou souverainiste et de l'extrême droite –, ce n'était pas précisément dans sa tradition. Mais très peu de socialistes avaient osé publiquement s'émouvoir de la trouvaille de Ségolène Royal. Tout au plus les "camarades" les plus critiques l'avaient-ils mise sur le compte du caractère décidément imprévisible de la candidate, et de son socialisme si baroque.

Il n'empêche, ce vendredi donc, moins de dix ans plus tard, François Hollande à son tour convie la nation à se retrouver autour du drapeau tricolore. Et cela ne suscite plus le moindre débat, au Parti socialiste.

Depuis deux ans, on parle beaucoup de l'évolution du socialisme au pouvoir en ce qui concerne sa politique socio-économique (son "coming out" social-libéral). Bien placé dans le palmarès des ventes d'essais politiques en ce moment, le livre d'un confrère du "Monde" qui est entièrement consacré au tournant «militaro-sécuritaire» des socialistes, depuis que François Hollande est à l'Elysée – jamais avant lui un Président de la Ve République, à ce stade de son mandat, n'avait autant envoyé la troupe guerroyer à l'étranger. Ce vendredi, donc, illustre une autre évolution marquante du premier parti de la gauche française, cette fois dans son rapport à la Nation, à ses symboles et au patriotisme.

26/11/2015

Un élan «dans la durée» souhaité

Dans toute la la presse, ces jours-ci, un placard publicitaire de l'Etablissement français du Sang (EFS). Il remercie (voir ) tous les protagonistes de l'«élan citoyen sans précédent» qui a suivi les attentats du 13 novembre. Les dizaines de milliers de donneurs de sang «qui se sont présentés partout en France» ont «rendu possible la collecte dans des conditions exceptionnelles», salue-t-il. «Votre mobilisation, vos dons, ont sauvé des vies», assure la pub, en lettres capitales rouges et noires.

La réalité est un peu différente. Dans les faits, tout au long de ce mémorable week-end, l'afflux inopiné et si massif de tant de donneurs a complètement pris de court l'EFS et ses centres de collecte, voire les ont pas mal désorganisés. Dès le lendemain des tueries, d'ailleurs, l'organisme s'est empressé de faire savoir (ici) que «le niveau satisfaisant des réserves en produits sanguins a permis de faire face à la situation exceptionnelle de cette nuit». Et de bien préciser qu'il n'avait «pas aujourd’hui de besoins urgents», alors qu'on aurait pu imaginer que le carnage l'avait conduit au bord de la rupture de stock.

Comme il lui fallait rapidement réduire un peu ce flux de généreux donateurs peu commode à gérer vu son ampleur, l'EFS a aussitôt fait passer le message aux autorités. Raison pour laquelle, par exemple, dès le samedi après-midi qui a suivi les attentats, l'ensemble des panneaux lumineux d'information de la mairie de Paris, répartis dans toute la ville, ont exhorté la population à donner son sang «la semaine prochaine aussi». L'information, amplement relayée par tous les médias, a fini par passer dans l'opinion.

A présent, l'enjeu est que cette mobilisation se poursuive «dans la durée». Et particulièrement «en décembre et en janvier, périodes particulièrement sensibles pour les réserves» de l'EFS. Car, au-delà des périodes de crises majeures et ponctuelles, «10.000 dons de sang par jour» sont nécessaires, pour faire face à la demande.

Et c'est particulièrement vrai alors que, demain vendredi, on sera à deux semaines de cette si sinistre nuit. Puisque, selon les chiffres que la ministre de la Santé a donnés cette semaine, 161 blessés sont toujours hospitalisés, dont 26 en services de réanimation.

25/11/2015

Une source d'inspiration inépuisable

 Paris, Terrorisme, Arts, CultureCela avait déjà été le cas après les attentats de janvier, et cela ne manque évidemment pas de se reproduire dix mois plus tard. Les murs et le macadam de Paris sont submergés de tags, graffitis et autres créations de street art se référant aux tueries du 13 novembre. C'est bien sûr particulièrement le cas dans notre quartier du onzième arrondissement, entre Charlie Hebdo et le Bataclan. Et on peut constater que, comme il y a dix mois, les agents de la propreté de la mairie ne font pas trop de zèle pour effacer rapidement ces témoignages, eux qui sont d'habitude si prompts à les recouvrir de peinture fraîche. Sans doute ont-ils reçu des recommandations de tolérance/bienveillance.

Une des figures qu'on a le plus vues, dans le quartier et ailleurs, s'inspire du "Baiser de l’Hôtel de ville", la photo sans doute la plus célèbre de Robert Doisneau, accompagnée ici des slogans «Même pas peur» ou «Même pas mal». Mais les thématiques développées par ces artistes de rue sont vraiment très diverses. L'intervention la plus visible est l'immense «Fluctuat Nec Mergitur», en lettres capitales blanches sur fond noir, apposé notamment sur une palissade de la place de la République. La devise latine de la capitale française – la cité qui flotte et ne sombre jamais –, prenant tout son sens dans un contexte aussi dramatique.

Sur les réseaux sociaux, un hashtag spécial #sprayforparis a même été créé (voir par exemple ici ou ). Il est devenu le point de ralliement de tous ces anonymes ou artistes reconnus, qui veulent faire partager leur expression relative à cette sinistre actualité.

paris,terrorisme,arts,cultureLe mouvement semble gagner y compris un terrain qui est d'habitude peu propice à l'expression artistique: la campagne électorale pour les élections régionales de la première quinzaine de décembre.

Ainsi, à partir de ce mercredi, le Parti pirate et ses mouvements associés au sein de la liste alternative FLUO (relire ) mettent leurs panneaux électoraux à la disposition des artistes. Panneaux «tels des pages blanches», qui «offrent une place à l'expression libre, à l'heure où celle-ci est de plus en plus refrénée par l'état d'urgence». C'est le photographe et plasticien francais Joachim Romain qui, cet après-midi, lancera le mouvement.

24/11/2015

Une vi(ll)e sous état d'urgence

Des magasins de jouets qui retirent les armes de leurs rayons – mais, tout de même, pas les sabres laser ou les pistolets à eau. A La Poste, plus moyen d'envoyer un petit colis pesant plus de 250 grammes sans décliner son identité: «pour la sécurité de nos postiers». A l'école, les parents d'enfants de maternelle qui ne se plus autorisés à pénétrer dans l'établissement pour conduire les mouflets jusqu'à leur classe: ils sont priés de leur dire au revoir sur le trottoir. Au lycée, les ados qui, lors des pauses, sont invités à ne pas fumer devant leur établissement, mais à aller le faire plus loin: plus aucun attroupement n'est toléré devant un bâtiment scolaire. Rideau donc, au passage, sur une vision si commune de la fin de l'après-midi parisien: les parents d'élèves qui, vers 17 heures, se regroupent devant les écoles et y socialisent en attendant la sortie de leurs enfants.

En gare de Paris-Nord, les passagers qui sont désormais tenus d'être présents sur le quai de leur Thalys au moins une demi-heure avant son départ, le temps d'effectuer les formalités de sécurité: contrôle des bagages et de l'identité. Et – Ségolène Royal, ministre des Transports, l'a confirmé, ce matin – des portiques qui, d'ici au 20 décembre, seront installés sur tous les quais d'accès à ces trains (à Paris comme à Lille), comme c'est le cas pour l'Eurostar.

Aussi, s'agissant de la Belgique, l'ambassade et le consulat de ce pays, situés au rond-point de l'Etoile, où l'on ne pénètre plus désormais qu'après avoir été fouillé et palpé sous tous les angles – mais dans la plus parfaite cordialité. Alors que, il y a une dizaine de jours encore, on y entrait à peu près comme dans un moulin.

23/11/2015

Un coup de massue

Paris, Terrorisme, Economie, Culture, International, TourismeOn l'avait déjà vu après les attentats de janvier, qui avaient plombé une bonne partie des soldes, et on le voit à nouveau en cette fin novembre: les Parisiens n'ont pas la tête au shopping. D'où, depuis dix jours, une nette chute de la fréquentation et du chiffre d'affaires des commerces de la "Ville lumière".

La semaine dernière, au Printemps et aux Galeries Lafayette, la fréquentation a reculé carrément de 30% et 50% respectivement. Dans certains secteurs particuliers, c'est la dégringolade: 50% de clients en moins dans les commerces du secteur de l'habillement depuis les attentats, et le secteur de la chaussure qui a vu son chiffre d'affaires s'écrouler de 70%. Ce week-end, les choses se sont un peu améliorées. La baisse de fréquentation des grands magasins a été limitée à quelque 15%, et leurs ventes réalisées ont été moindres de 5% par rapport à un week-end normal à cette période de l'année.

Mais un marasme identique est de mise dans le secteur culturel. La semaine dernière, les grands musées nationaux parisiens ont enregistré un recul de 30% de leur fréquentation, dans le même ordre de grandeur qu'en janvier (relire ). Certains musées en particulier ont été particulièrement frappés: -50% à Orsay, par exemple. De même, c'est un vrai coup de massue qui s'est abattu sur le secteur hôtelier. La semaine dernière, 57% des nuitées qui avaient été réservées dans des hôtels parisiens ont été annulées.

Paris, Terrorisme, Economie, Culture, International, TourismeCela dit, le précédent de janvier a montré que cette dégringolade temporaire de la fréquentation touristique de la "Ville lumière" n'avait pas eu d'impact global majeur sur son attractivité internationale, à l'année (relire ). La question est donc de savoir si l'effet de répétition ne va pas, cette fois, jouer contre Paris.

En début d'année, la ville avait vu son tissu économique se relever après avoir été durement frappé. Car, du monde entier, les clients avaient fini par revenir. La voilà à nouveau touchée par d'identiques événements dramatiques, et même d'une ampleur encore pire. Une deuxième fois, l'impact de cette actualité ne sera-t-il que passager? Ou, à force de se répéter, l'image de la capitale et donc son attractivité vont-elles être structurellement sapées?

20/11/2015

Un réflexe habituel

Sans communiquer officiellement sur le sujet, la RATP a fait savoir que, depuis lundi, elle avait enregistré une baisse de fréquentation de près de 10% sur son réseau métro et RER. Le phénomène serait plus marqué dans les stations desservant les lieux touristiques. La SNCF, pour sa part, fait état d'une réduction, samedi dernier, de 50% de son nombre habituel de passagers en région parisienne. Le début de semaine qui a suivi, le trafic a enregistré une baisse limitée à 5-10%. Depuis mercredi, les choses sont revenues à la normale.

Cette chute de fréquentation est sans doute en partie mécanique: due à la fermeture temporaire de grands monuments et sites touristiques parisiens qui attirent nombre de visiteurs utilisant les transports publics (tour Eiffel, Louvre, Invalides, château de Versailles, etc.). Ces points d'attraction n'étant plus accessibles, cela a automatiquement joué sur l'intensité du trafic. Mais un réflexe de peur collective a aussi pu jouer. En effet, il n'est pas rare que, en période sécuritaire extrêmement tendue, les gens hésitent à emprunter les transports publics, qu'ils considèrent comme des cibles potentielles faciles pour les terroristes. Les sociétés de transport, pourtant, depuis les tueries de vendredi et comme à chaque alerte terroriste, ont renforcé leur dispositif de sécurité (voir ici, par exemple).

Mardi matin, en tout cas, un pic historique de 521 km de bouchons a été enregistré en région parisienne. Le précédent record, qui était pourtant récent, a donc été battu haut la main. Ce n'est qu'au fil des des jours suivants que la situation s'est globalement stabilisée, avec une moyenne quotidienne de 300 km de retenues.

En janvier, déjà, dans la foulée des attentats, le nombre de km de bouchons sur les routes de Paris et sa région avait connu de brusques et brèves envolées (relire ), avant de se stabiliser.

19/11/2015

Un lieu désormais éclipsé

Paris, TerrorismeDes milliers de bouquets de fleurs – au moins – à l'angle des boulevards Voltaire et Richard Lenoir: à proximité du Bataclan. Mais pas un seul à quelques mètres de là, rue Nicolas Appert. Où était située la rédaction de "Charlie Hebdo" avant la tuerie qui, en janvier, l'a décimée.

On s'était dit que, peut-être, le carnage de vendredi et les témoignages d'hommage qu'il a suscités dans le quartier – et bien au-delà – allaient peut-être aussi ramener les foules rue Appert, pour s'y recueillir à la mémoire des victimes des attentats d'il y a dix mois. Mais non. Rien. Tout au long de cette semaine, on n'a croisé personne en ces lieux qui, pourtant, en janvier et ensuite pendant de longs mois, avaient vu les foules émues affluer, venues du monde entier.

On ne dirait pas qu'une émotion chasse l'autre, parce qu'on reste là dans le même registre. Mais, du moins, force est de constater qu'un lieu symbolique a complètement éclipsé un autre (*). Sans doute les gens trouvent-ils désormais hors-sujet de manifester physiquement, in situ, rue Appert, leur souvenir des tragédies de janvier, même si ce souvenir est certainement toujours intact. C'est parfaitement leur droit.

Un jour de cette semaine, tout de même, un quidam est venu apposer un petit écriteau, sur la plaque de la rue de l'ex-rédaction de "Charlie Hebdo". «On n'a pas de chance, Charlie, ça recommence».

 

(*) Mais ce n'est pas valable partout: on peut noter que la place de la République, elle, au-delà des mois qui passent, demeure un endroit immuable d'expression de l'émotion populaire

12:30 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, terrorisme

18/11/2015

Une sage décision

Terrorisme, Cinéma, CultureLe film devait sortir en salles ce mercredi. Vendredi encore, son affiche – choc – était visible sur nombre de panneaux publicitaires, dans le métro de Paris par exemple. Une silhouette de tour Eiffel stylisée en forme ... de kalachnikov.

Le film ne sortira pas. Toute sa campagne de promotion ayant été suspendue en urgence, dès samedi matin, cette affiche n'est désormais plus visible.

"Made in France", c'est le nom de ce long-métrage. Il devait être projeté sur plus d'une centaine d'écrans. «Visionnaire et sans concession», réalisé par un certain Nicolas Boukhrief, il narre la création et le fonctionnement d'une cellule djihadiste constituée par des jeunes de banlieue radicalisés et téléguidés par un terroriste islamiste de retour d'Afghanistan.

A la suite des attentats à Paris et à Saint-Denis, le distributeur de "Made in France" a décidé de reporter sa sortie en salles. «Aujourd'hui, comme toute la France, nous sommes tristes», a-t-il justifié. La page de son site web qui est dédiée à cette oeuvre est présentée comme étant en instance d'être «momentanément suspendue». Elle ne présente plus qu'une affiche édulcorée du film. «Pas de like, de commentaire ou de partage, svp», demande-t-elle aux internautes, en les remerciant pour leur «compréhension».

17/11/2015

Une «très grande demande d'aide»

Depuis hier, dans notre quartier du 11e arrondissement de Paris – le quartier, donc, de Charlie Hebdo et du Bataclan... – , nombre de commerçants affichent, bien en évidence, une note émanant de la mairie d'arrondissement. Elle donne tous les renseignements et coordonnées des initiatives prises pour venir en aide psychologique aux victimes des attentats, aux rescapés, et à tous les riverains traumatisés par cette violence inouïe, qui a ensanglanté leur cadre de vie quotidien.

Dès les premières heures qui ont suivi les tueries, la mairie du 11e a mis en place une cellule de soutien psychologique. Elle ne désemplit pas. Les médecins et psychologues qui la composent donnent chaque jour plus de 200 consultations. Il y a «une très grande demande d'aide et de soutien, de la part de personnes en état de stress post-traumatique», selon le maire du 11e, François Vauglin. Qui, comme en janvier (relire ici), gère la crise avec efficacité et humanité.

Cette demande d'assistance dépasse d'ailleurs largement les limites de l'arrondissement. C'est toute la ville qui paraît sous le choc, comme en témoigne ce qui se passe, depuis trois jours, au 3975.

C'est le numéro du central téléphonique de la mairie de Paris. D'habitude, les gens le composent pour des renseignements très basiques: comment se débarrasser de déchets encombrants, quelle horaire d'ouverture pour tel ou tel service municipal, etc. Mais là, les standardistes sont inondés d'appels de détresse. Emanant de Parisiens traumatisés par les événements, qui ont besoin de verbaliser leur angoisse, leur colère ou leur chagrin.

C'est au point que l'Hôtel de Ville a dû mobiliser en urgence une vingtaine de professionnels de l'assistance psychologique. Dorénavant, ce sont eux qui, à côté des standardistes ordinaires, gèrent tous les appels de ce type, adressés au 3975.

16/11/2015

Un silence, glacé

Paris, Terrorisme

Plusieurs dizaines de mètres des boulevards Voltaire et Richard Lenoir, tout autour du Bataclan, sont désormais transformés en grands "mausolées": en lieux de recueillement et d'hommage aux victimes des attentats de vendredi. Pendant tout le week-end, déjà, le défilé des gens y avait été ininterrompu. En ce lundi, premier jour de semaine après les tueries, il se poursuit. Les trottoirs, les chaussées, les grilles de squares, le bitume sont recouverts d'un impressionnant tapis de fleurs, de dessins et mots d'hommage, et de bougies.

«Même pas peur», proclame l'affiche qui est la plus visible, sur la grande statue trônant au milieu de la place de la République. «Ils ne passeront pas». «Nous sommes la République, nous sommes la liberté». «La vie continue». «La esperanza». «Larme de Paris». «Nous sommes des Résistants». Quelques graffitis, messages, panneaux ou autocollants qu'on a pu voir sur cette place, en fin de matinée.

Une foule immense y a convergé, à l'approche de midi : l'heure qui avait été fixée pour que, dans tout le pays, une minute de silence soit respectée. Des milliers d'anonymes, mais... pas le moindre policier, gendarme, CRS ou militaire en vue, pas un seul – il y a décidément des choses qu'on ne comprendra jamais, dans ce pays.

La foule rassemblée a commencé à faire silence deux minutes avant midi. Les bruits de la circulation environnante n'ont pas couvert les sanglots des participants. Le mutisme a duré bien plus d'une minute. Jusqu'à ce qu'un quidam lance une salve d'applaudissements, reprise ensuite par les gens. Mais brièvement, sans chaleur particulière, bien plus dans la tristesse que dans la ferveur. Puis, une "Marseillaise" fut entonnée par quelques jeunes filles. Une partie de l'assistance a suivi, mais, là aussi, sans beaucoup d'âme.

Longtemps après ce moment, les gens ont tardé à se disperser. Beaucoup, visiblement, ne voulaient ou ne pouvaient bouger. Comme éternellement figés.

14:01 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, terrorisme

15/11/2015

Un impact économique, aussi

Vision frappante ce matin, boulevard Richard Lenoir. Sur le terre-plein central où d'habitude, chaque dimanche dès tôt le matin, se tient l'immense marché qui s'étend jusqu'à Bastille. Rien. Pas un étal ouvert. Personne, ou presque. Pas un client en vue, juste l'un ou l'autre joggueur, promeneur de chien, ou passant. Jamais, depuis bien quinze ans qu'on habite cette partie du onzième arrondissement de Paris, on n'avait vu cela.

Comme tous les marchés à Paris depuis samedi, celui de Richard Lenoir a été interdit d'ouvrir ce dimanche, sur ordre des autorités. Pareillement, dans toute la ville, il est frappant de voir combien la vie habituelle est perturbée. Là aussi, sauf erreur, c'est sans précédent: les écoles, les bibliothèques, les centres sportifs, les piscines, les musées, tout est absolument fermé. Des cinémas et des grands magasins sont même restés volets baissés, hier. Idem, bien sûr, pour la tour Eiffel et Le Louvre.

Le dimanche, d'habitude, des milliers de gens, au minimum, font leurs courses au marché Richard Lenoir, qui est vraiment le lieu dominical de socialisation de tout le quartier. Même si les considérations d'ordre économique ne sont pas forcément les plus prioritaires du moment, en ce temps de recueillement, l'arrêt de ce marché – jusqu'à quand ? – va lourdement peser sur l'économie locale.

Idem pour le Bataclan. Cette salle de spectacles était le poumon économique du quartier. Plusieurs soirs par semaine, depuis des lustres, elle attirait des centaines de spectateurs. Ouvreurs, serveurs, vestiairistes, techniciens, éclairagistes, vigiles, régisseurs, administrateurs: tous ces emplois sont désormais mis entre parenthèses, jusqu'à ce que la salle rouvre (quand?). Sans compter autant d'emplois induits (traiteurs, fournisseurs, etc.), tout autant précarisés par cette dramatique actualité. De même, la grande brasserie attenante à la salle de spectacles, le Bataclan Café, ne désemplissait pas, à longueur de journées. Là aussi, sa fermeture va créer un vide, non seulement en termes de convivialité et d'animation, mais aussi pour l'économie du quartier.

Paris, Terrorisme, Economie, Art de vivreEt cela ne vaut pas seulement pour cette partie de l'arrondissement. A Charonne hier soir, c'était saisissant. Avant les tueries de vendredi, c'était, avec Bastille ou Oberkampf, un des quartiers les plus animés et festifs de l'Est parisien. Mais là, hier, Charonne la noctambule n'était plus que l'ombre d'elle-même. La foule y était au minimum deux fois moins dense qu'en temps normal. De nombreux bistrots n'avaient même pas ouvert. Et, dans les restos, on trouvait facilement une table même sans réservation préalable – là aussi, on n'avait jamais vu cela dans ce quartier, un samedi soir.

C'est l'évidence – même si, on le répète, ce ne doit pas être la préoccupation majeure de l'instant – : les attentats perpétrés vendredi dans ces quartiers de l'Est de Paris vont lourdement peser sur leur économie. Et il leur faudra du temps, pour se relever.

14/11/2015

«Un cauchemar qui recommence»

De grandes bâches opaques tendues sur toute la longueur de la façade du Bataclan. Pendant toute la nuit, les agents de la police scientifique, vêtus de combinaisons blanches, y ont été à pied d'oeuvre. Depuis le début de la matinée, des camions mortuaires par dizaines s'y succèdent, chargés d'enlever les dépouilles des victimes. Des premières gerbes de fleurs commencent à s'amonceler. «Plus jamais cela», proclame l'une d'elle. Les forces de l'ordre, déployées en nombre dans tout le quartier, invitent sans ménagement les badauds à «circuler». Une grande part des artères voisines ont été totalement interdites à la circulation. Ainsi, rues de Charonne et de la Fontaine au Roi, théâtre de deux fusillades meurtrières, on ne passe pas.

Il y a peut-être un peu moins de monde que d'habitude dans les rues, mais, pour l'essentiel, les Parisiens n'ont pas respecté la consigne de sécurité donnée dès vendredi soir de ne pas sortir de chez eux à moins de déplacements d'une absolue nécessité à effectuer. Des déplacements qui, du reste, sont compliqués. La circulation de cinq lignes de métro a été interrompue, et toutes les stations des environs ont été fermées. Rideaux métalliques baissés, également, pour tous les commerces proches des lieux des tueries.

Cette nuit, dans le quartier, à même le trottoir ou dans les bars, devant les clients médusés, les enquêteurs de la police judiciaire ont improvisé les premiers interrogatoires et prises d'identité des rescapés. «Jamais, de toute ma carrière, je n'avais assisté à de telles scènes d'horreur!», confiait, tremblant, un volontaire de la Croix Rouge.Vers 1 heure du matin, une quinzaine de cars, réquisitionnés à la RATP, ont été acheminés vers le Bataclan pour convoyer les victimes non blessées mais traumatisées vers la mairie du onzième, où une cellule de crise et d'assistance psychologique a été aménagée.

Devant l'édifice, sur un petit bureau d'écoliers, a été posé un registre de condoléances. Les riverains viennent y témoigner de leur émotion, de leur effroi et de leur compassion. Cette empathie a été immédiate et très visible, pendant toute la nuit. Grâce à la mobilisation des réseaux sociaux, des dizaines de Parisiens empêchés de rentrer chez eux – le quartier étant entièrement bouclé – ont pu trouver un hébergement, une collation et du réconfort chez des riverains. Des cafetiers proches des lieux des tueries ont spontanément envoyé leur personnel offrir gratuitement des boissons chaudes aux agents et secouristes qui, dans la rue, s'affairaient. Et, depuis ce matin, la population afflue dans les hôpitaux, pour des dons de sang.

Jusque tard dans la nuit, dans notre quartier, on a vu des attroupements de gens en train de se réconforter. Des personnes atterrées, fondre silencieusement en larmes. Des riverains accourus sur les lieux du drame et incapables de rentrer chez eux, comme pétrifiés sur le trottoir. «Ca recommence, le cauchemar...», gémissait un jeune homme. «Ce quartier commençait à peine à se relever!», hurle-t-il, la rage au ventre.

Se relever de la tragédie du 7 janvier. La tuerie à "Charlie Hebdo", rue Nicolas Appert, située à dix mètres à peine du Bataclan, qui l'avait déjà tant traumatisé.

13:53 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, terrorisme

Une nuit d'horreur

BATACLAN.jpgVendredi, vers 23 heures, boulevard Richard Lenoir. A une dizaine de mètres à peine de la rue Nicolas Appert. Là où, jusqu’à la tuerie du 7 janvier qui l’a décimée, la rédaction de “Charlie Hebdo” était située.

Des véhicules de secours foncent sur le boulevard, toutes sirènes hurlantes. Ils se dirigent vers la muraille de gyrophares criards que forme, à l’angle avec le boulevard Voltaire, la dizaine de voitures de police faisant cercle autour de l’entrée du “Bataclan”. Des riverains fuient le halo lumineux, rentrant chez eux à toutes jambes. Les forces de l’ordre sont extrêmement nerveuses. Des automobilistes au courant de rien, qui renâclent à faire demi tour, se font mettre en joue. Des spectateurs qui sortent indemnes de la salle de spectacles, en larmes et choqués, se font néanmoins fouiller. Des gens à moitié nus errent, hagards. D’autres, assis sur le bitume, claquent des dents, de froid ou d’effroi, ceints d'une couverture de survie dorée.

“Dégage, connard!”: les journalistes qui osent franchir le périmètre de sécurité sont molestés. Une nuée de jeeps de l’escadron d’élite du RAID arrivent à vive allure, faisant crisser leurs pneus sur la chaussée. Des tireurs d’élite sont envoyés aux pieds de notre immeuble de bureau du boulevard, identifié dès janvier par les forces de l'ordre comme une cible potentielle des terroristes. Ils pointent leurs mitraillettes sur les riverains qui, affolés, tentent de rentrer se mettre à l’abri chez eux.

SAMUPARIS.jpgLes badauds, tenus à bonne distance, suivent les événements en temps réeel, sur leur smartphone. Un premier bilan provisoire tombe, terrible: plus de quarante morts, probablement. François Hollande décrète l’état d’urgence, ferme les frontières, demande des renforts militaires.

Devant le “Bataclan”, la nuée de brancards n’en finit plus d’évacuer les blessés. Les trottoirs sont jonchés de portefeuilles, de sacs à main, de manteaux que la foule, en panique, a abandonnés. Au milieu du vacarme des sirènes de police, en longues étreintes silencieuses, les rescapés tentent de se réconforter. Effarés. Comme ils l’avaient été le 7 janvier.

(Version longue de ce texte dans "La Libre" de demain samedi matin)

13/11/2015

Une réhabilitation historique (suite)

Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et, en l'occurrence, une page d'Histoire.

Ce blog avait évoqué la possibilité, l'autre jour (relire ), et elle semble se concrétiser. Si l'on en croit un des porteurs du projet (), la station de métro "Belleville" va effectivement être bientôt rebaptisée "Belleville-Commune de Paris 1871". Un consensus, en tout cas, semble s'être dégagé sur le sujet à la mairie de Paris, et la RATP ne serait pas opposée à cette évolution.

Qui ne changera bien sûr rien à la vie quotidienne des habitants de ce quartier de l'Est parisien. Mais qui, au moins, rendra hommage au rôle que le petit peuple de Belleville joua dans ce mouvement insurrectionnel parisien qui fit trembler la IIIe République.

Cela rappellera aussi combien les Bellevillois(e)s eurent à souffrir, tout au long de la "Semaine sanglante". Lors de laquelle, fin mai 1871, le gouvernement versaillais envoya la troupe mater la révolte de la capitale. Car, si l'en croit les récits historiques, haletants, de cette terrible semaine (lire par exemple ici ou ), c'est à Belleville et dans les quartiers de La Villette et Charonne que se jouèrent les dernières heures, tragiques, de cette insurrection populaire. Le 28 mai 1871, précisément, tomba la toute dernière des barricades que les insurgés avaient érigées. Une impitoyable répression suivit.

Le quartier de Belleville «apparaîtra aux yeux des observateurs comme vaincu et terrorisé, mais toujours insoumis», écrivent les historiens Jean-Paul Haghe et Gérard Serra. «Un général écrira même, à son propos: "Le quartier entre la rue de Meaux et la rue de Belleville est le plus mauvais de Paris, les insurgés échappés ne craignent pas d’y manifester leur espoir de recommencer la partie...". Les injures aux agents de police et aux soldats sont monnaie courante et les arrestations de Bellevillois accusés d’avoir affirmé que la revanche viendra et que la Commune n’est pas morte vont se multiplier dans les mois et les années qui suivent la victoire des hommes de Versailles».

Près d'un siècle et demi plus tard, cela valait bien un hommage.

12/11/2015

«Un Tchernobyl politique »

Elections régionales, Activisme, FemmesMoins d'un mois avant les élections régionales. Sauf énorme surprise, comme tant de scrutins précédents, elles devraient être marquées par un fort taux d'abstention et l'ampleur du vote de protestation.

N'échappant pas à une habitude bien ancrée en France, il s'agira d'un scrutin qui fera la part belle aux hommes. A en croire les calculs effectués par un confrère, sur les 132 listes qui sont candidates, seules 28 sont menées par des femmes. Mais, en région parisienne, la féminisation des têtes de listes est un peu meilleure: 30%, contre 21% de moyenne nationale.

Paris et sa banlieue qui, en outre, accueillent ce qui est sans doute la liste la plus improbable du scrutin: celle «des drogués, des putes et des exclus». Elle regroupe des activistes venus de milieux très divers: des défenseurs des free party, des militants pour les droits des gays et assimilés, des partisans de la dépénalisation du cannabis, des prostitué(e)s réclamant le droit au «travail du sexe», des adhérents du Parti pirate, des écologistes en rupture avec leur parti, etc. FLUO est le nom de cette liste, acronyme de «Fédération libertaire unitaire ouverte». Selon son fondateur, «ce qu’on est en train de faire, c’est vraiment Tchernobyl dans le milieu politique». Au programme – encore en cours d'élaboration, via une démarche bien sûr participative – , figurent le «soutien aux cultures alternatives», la mise sur pied d'une coopérative régionale pour la transition énergétique, la «régulation expérimentale du marché du cannabis dans le champ de l’économie sociale et solidaire», ou l'octroi du droit de vote aux étrangers.

Autant d'idées si décalées par rapport au courant idéologique dominant que, à moins que, tout d'un coup, les électeurs aient envie de se lâcher, au soir du premier tour, les résultats de cette liste seront probablement plus gris que phosphorescents.

10/11/2015

Un changement de comportement, semble-t-il

Deux petites nouvelles concernant le tabac, alors que le Parlement s'apprête à boucler l'examen du Projet de la loi Santé, qui énerve tant les buralistes – notamment parce qu'il leur impose, avec plusieurs années d'avance sur la législation européenne à venir, le paquet de cigarettes neutre (dépourvu de logos, de décorations attractives, etc.)

D'abord, à l'échelle de la France, près du quart de la population (24%) fume quotidiennement. C'est ce qu'indique une étude internationale, parue dernièrement. C'est davantage que dans la moyenne des Etats industrialisés (20%), et presque deux fois plus que la proportion de fumeurs dans des pays comme l'Australie ou la Suède – où, cela dit, les cigarettes sont vendues à un prix carrément prohibitif. «La France doit s’inspirer des mesures prises par ces pays pour réduire davantage la consommation de tabac», lui recommande donc l'OCDE.

Ensuite, à l'échelon parisien, ce premier bilan qui a fuité, sur la nouvelle réglementation punissant d'amende tout mégot jeté par terre. Rien que pendant son premier mois d'application, elle a donné lieu à la verbalisation de 350 contrevenants. Ce n'est pas rien, même si cela reste une goutte d'eau dans la mer, par rapport aux centaines de milliers de fumeurs quotidiens que doit bien compter la capitale française, dont bon nombre sans doute jettent leurs mégots dans le caniveau.

De moins en moins, cela dit. Ces dernières semaines, dans nos contacts quotidiens avec des fumeurs parisiens en tout cas, on a pu constater comme un changement de comportement. Visiblement, le ramdam médiatique fait autour de cette prohibition est parvenu à leurs oreilles. Non que, désormais, on ne les voit plus jamais jeter de mégots par terre. Mais, du moins, nombre de ces fumeurs y regardent dorénavant à deux fois avant de récidiver: s'assurent au moins qu'à proximité, ne figure pas au mieux une poubelle avec éteignoir ou un cendrier public, au pire un pandore prêt à les verbaliser.

Sans doute est-ce déjà cela.

09/11/2015

Une hostilité qui perdure

Transports, Tourisme, Paris, Gouvernement, Economie Cela fait des mois – voire des années – qu'on en parle à Paris – relire , notamment. Finalement, la mesure pourrait entrer en vigueur le 1er mars prochain. Soit à quelques semaines de la grande arrivée des touristes venus du monde entier dans la capitale française, pour la saison estivale. L'imposition aux taxis d'un tarif forfaitaire pour les courses de ou vers la "Ville lumière", à destination ou au départ des deux grands aéroports de la région: Roissy et Orly.

Le gouvernement a enfin franchi le cap. Fin de la semaine dernière, il a publié un décret qui fixe le montant de tels forfaits. Selon que l'on se rende ou que l'on parte rive gauche ou rive droite, ce serait de 30 à 35 euros pour Orly, et de 50 à 55 euros pour Roissy. Et le coût de la réservation d'une voiture deviendrait lui aussi forfaitaire: 7 ou 4 euros maximum, selon que la réservation est faite à l’avance (plus d’une heure avant la course) ou non.

Le tout écrit au conditionnel, car les organisations syndicales de taxi (ici ou ) sont toujours vent debout contre ces forfaits. Selon un de leurs représentants, «le gouvernement achève un peu plus les chauffeurs. Une fois les charges déduites, il ne nous restera que 10€ dans la poche», après une telle course entre Paris et ses aéroports. Accusant l'équipe Valls de «passer en force» sur le sujet, les syndicats vont attaquer en justice son décret.

Parmi les arguments des taxis opposés à cette forfaitarisation, le problème que posent les embouteillages chroniques qui, à certaines heures, ralentissent considérablement le trafic sur ces voies d'accès aux aéroports. Ces bouchons rallongent la durée de la course, ce qui rend évidemment ces forfaits encore moins rentables pour les chauffeurs. Dans son décret, le gouvernement se contente de prévoir que, «pour les périodes où la marche du véhicule est ralentie», le forfait peut être remplacé par «un prix maximum horaire», mais il n'en précise pas le montant. Ce n'est pas de nature à calmer ses opposants.

Transports, Tourisme, Paris, Gouvernement, Economie Qui, en plus, sur ce point de leur argumentation, ont été servis par l'actualité.

En effet, le lendemain même de la publication du décret gouvernemental, la région parisienne a connu... son record historique d'embouteillages, à l'heure de sortie des bureaux. 499 kilomètres de ralentissements, précisément, soit encore davantage que le record précédent (483 km, début octobre).

06/11/2015

Une «réaction forte» espérée

Grosse agitation hier en matinée, et même jusqu'en début d'après-midi, aux portes de Paris. Une portion de l'autoroute A1 ainsi que toute la partie nord du périph' ont dû être interdites à la circulation. En cause, une violent incendie survenu dans un campement Rom situé en contrebas du boulevard, porte de la Chapelle. S'il n'a pas fait de victimes, le brasier a mobilisé une trentaine de pompiers pendant près de deux heures, et a produit un dégagement de fumées tel que la circulation a dû être coupée dans les deux sens entre les portes de Clignancourt et d'Aubervilliers.

Hasard de l'actualité, pas très loin de là, est en train de se jouer le sort d'un autre campement Rom, que ce blog avait récemment évoqué (). Lui s'est établi sur les voies de chemin de fer désaffectées de la Peinte ceinture. Le tribunal de grande instance de Paris, saisi par le propriétaire des lieux (une filiale de SNCF), a ordonné son évacuation. Le jugement a été signifié par huissier aux habitants.

Où vont aller ces gens sinistrés ou expulsés? Bonne question. Cette semaine, une trentaine d'associations d'aide aux plus démunis viennent à nouveau d'alerter les autorités sur l'état d'«extrême saturation» des centres d'hébergement. Et, se référant aux milliers de places qui, ces dernières semaines, ont été trouvées en urgence pour les réfugiés, ces ONG jugent «indispensable de tout faire pour éviter les sentiments d'injustice et d'iniquité qui se répandent parmi les publics démunis».

Elles ont demandé un rendez-vous à Manuel Valls. Et disent attendre de lui «une réaction forte, renforçant l’ambition et les moyens mis en œuvre par la nation pour améliorer l’accès au logement et la protection des plus fragiles», tous deux aujourd'hui « fortement malmenés». Le chef du gouvernement n'a pas réagi.

05/11/2015

Une portion vraiment congrue

Sports, Paris, HandicapésPuisque ce blog évoquait hier le nouveau Palais omnisports de Paris-Bercy, il a donc été entièrement remis à neuf, et dans le même temps agrandi. La capacité de sa salle a carrément été portée à 20.300 places, lorsqu'elle est configurée pour des concerts. Ce qui, mine de rien, en fait désormais une des plus vastes salles d'Europe, pour les événements de ce type. Dans la configuration destinée à des compétitions sportives, comme les tournois de tennis, Paris-Bercy peut dorénavant accueillir 15.000 spectateurs, contre 14.500 auparavant.

Le Palais a aussi profité de ces travaux de rénovation pour quadrupler ses capacités d'accueil de personnes à mobilité réduite. Bien.

Oui, mais non. On y compte désormais... «une soixantaine» d'emplacements destinés aux handicapés, contre quinze auparavant.

Seulement 60 moins valides, donc. Pour 15.000 à 20.000 spectateurs "normaux". On vous laisse calculer le pourcentage que cela donne, en termes d'acceptation et d'intégration de la différence.

Et on croit rêver, alors que Paris se pique de vouloir organiser les Jeux olympiques – et paralympiques – de 2024.