Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

29/01/2016

Une «fiction collective et poétique »

paris,arts,culture,sciencesUn peu de culture, pour bien terminer la semaine. De l'art urbain, en l'occurrence. Et du spectaculaire, en plus.

Cela se passe le long du périph' parisien, le boulevard périurbain le plus fréquenté d'Europe. Cette semaine, y a été inaugurée une installation lumineuse monumentale, destinée à y rester dix ans. Elle transforme complètement la physionomie des immenses silos de béton (40 mètres de haut, 20 mètres de diamètre) qui s'élèvent quai d'Ivry, dans le treizième. Grâce à une quarantaine de projecteurs leds installés à leurs pieds, ces édifices monumentaux, sitôt la nuit tombée, s'éclairent de couleurs qui rappellent celles des aurores boréales. "Solar Wind". C'est le nom de cette installation. Elle est due à l'artiste plasticien Laurent GrassoPrix Marcel Duchamp 2008, et qui illumina déjà, précédemment, La Samaritaine et le Palais de Tokyo.

Il s'agit ici d'une oeuvre qui se veut poético-scientifique. N'ayant jamais été très porté sur les sciences, on n'est pas sûr d'avoir parfaitement compris, mais donc, les couleurs illuminant les tours varient en intensité et en teintes en fonction de l'activité solaire et des mouvements cosmiques (voir ), un algorithme créé pour l'occasion traduisant les données recueillies par les chercheurs du Centre d'études spatiales (CNES).

paris,arts,culture,sciencesL'effet visuel créé par ce «moteur de fiction collective et poétique» paraît aussi saisissant que réussi.

Il viendra bien à point, en tout cas, pour détendre (un peu) le million d'automobilistes qui, chaque jour ou presque, pestent contre les embarras de circulation qui font la réputation de ce boulevard – et cette semaine plus que jamais, le périph' ayant été plusieurs fois bloqué par les manifestations des taxis en colère.

28/01/2016

Un remerciement fleuri

«Afin de remercier Madame Taubira d'avoir défendu avec force, conviction et passion l'égalité pour tous, déposons une rose rouge devant le ministère de la Justice, ce vendredi 29 janvier à partir de 18h».

C'est le message qui, hier, après l'annonce de la démission de la garde des Sceaux, a été posté sur Facebook. L'"event" est organisé par deux hommes; donc probablement deux bénéficiaires de la loi Taubira de 2013, qui a ouvert le mariage à tous les couples.

Ce matin, près de 500 participants à cette initiative s'étaient annoncés. C'est encore loin de représenter la grande popularité de l'ex-ministre, dans le communauté gay – où, il y a deux ans, furent même créés... des tee-shirts "Team Taubira". Mais si, demain, tous ces participants annoncés joignent effectivement le geste à l'engagement virtuel, cela fera tout de même un joli amoncellement de roses, devant son ex-ministère.

D'autres fleurs, cela dit, pourraient bien se joindre à cet hommage. Plus funèbres.

En effet, sur les réseaux sociaux, circule l'idée d'apporter demain plutôt des chrysanthèmes. En témoignage, là, de peine et de regret. Concernant, par exemple, le renoncement de François Hollande à "la PMA pour toutes" (procréation médicalement assistée). Ou les restrictions frappant les mariages de couples gays composés de Français et de ressortissants étrangers.

27/01/2016

Une masculinité, plus que jamais

gouvernement,personnalités,femmes,justiceIls ne perdent pas de temps, décidément, les instituts de sondage. La ministre de la Justice, Christiane Taubira, a démissionné ce matin, et, en fin d'après-midi déjà, une enquête d'opinion est venue donner le sentiment des Français sur cette actualité. Dans le pays du monde qui, avec les Etats-Unis, est le plus grand consommateur de sondages politiques.

81% des personnes interrogées approuvent son départ du gouvernement. Mais, à gauche, ils sont moins nombreux (68%) à s'en féliciter. Sans surprise, pour une ministre aussi clivante, son bilan à la Justice est descendu en flammes par les sondés de droite et salué par ceux de gauche.

Puisque, tout au long de cette journée politiquement agitée, les médias français l'ont assez peu souligné, signalons deux conséquences annexes de cette démission. Un: le gouvernement Valls n'est plus paritaire, vu qu'il compte désormais davantage d'hommes que de femmes. Deux: dorénavant, en attendant un probable remaniement en février, tous les ministères régaliens (la Justice, l'Intérieur, les Affaires étrangères et la Défense) sont au mains d'hommes.

Sans doute est-ce le reflet du très mâle contexte sécuritaire ambiant, de mise depuis les attentats du 13 novembre.

26/01/2016

Une impopularité, et comment

Déjà envolé, le regain de popularité dont le duo Hollande-Valls a bénéficié après les attentats du 13 novembre, dû au durcissement de sa politique sécuritaire. A en croire le dernier sondage en date, publié ce mardi, tant le chef de l'Etat que son Premier ministre perdent à nouveau cinq points. Ils sont désormais redescendus à seulement 22% et 35% d'opinions favorables, respectivement.

Plus grave, le chef du gouvernement vient de déposer plainte pour... menaces de mort, après des messages particulièrement hostiles et violents reçus sur sa page Facebook. Cela s'est passé la semaine dernière, mais la chose n'a été dévoilée qu'aujourd'hui – non par un communiqué officiel (silence total en haut lieu, sur le sujet), mais par une fuite dans la presse.

La police judiciaire de Paris a confié l'enquête à sa brigade de répression de la délinquance contre la personne. L'auteur des messages menaçants encourt deux ans de prison et 30.000 euros d'amende.

25/01/2016

Un bug «exceptionnel»

 Paris, Métro, TransportsTrafic normal sur l'ensemble de la ligne 1 du métro, ce matin. Après les énormes problèmes qu'a connus, pendant une bonne partie du week-end, cette ligne qui est une des plus fréquentées de la capitale: 750.000 voyageurs chaque jour.

Du jamais vu, depuis son automatisation: la panne complète de tout le système d'exploitation qui, en temps normal, assure la transmission des informations du poste de commandement centralisé, situé à Bastille, vers les rames. Du coup, celles-ci ne pouvant fonctionner à l'aveugle, la coupure générale de l'alimentation électrique sur toute la ligne. Et l'arrêt complet du trafic. Le bug, survenu vendredi en fin d'après-midi, n'a été résolu que samedi dans la matinée. Entre-temps, une quarantaine de rames bloquées en gares ou dans les tunnels ont dû être évacuées.

Les réseaux sociaux se sont déchaînés (, par exemple). La RATP a beau avoir mobilisé «une centaine d'agents» pour les opérations d'évacuation puis avoir présenté ses plates excuses aux voyageurs pour cet «incident exceptionnel», elle s'est fait incendier par ses usagers. «Cette ligne est vraiment pourrie! Depuis l'automatisation c'est encore pire!!», lui a-t-il été lancé. Ou «On se fiche de vos excuses et vous n'aurez jamais ma compréhension. Il est temps de passer aux dédommagements». Ou «Ce n'est pas en mobilisant 80 idiots que vous réglerez un mauvais fonctionnement chronique». Ou «Mais quels gros nazes! Et c'est comme ça tous les jours». Ou encore «Vous ne contrôlez plus vos machines... Résultat, on reste là à galérer dans les bouches de métro dans le froid, merci hein».

Ce sont particulièrement les modalités d'évacuation de milliers d'usagers puis ses suites qui ont énervé. «Je n'ai jamais vu un truc pareil. Un manque de professionnalisme certain». «Trop aimable (les excuses), on aurait préféré que vous renforciez la logistique, surtout à la Défense. 1 bus toutes les 15 minutes c'est léger». «Non mais ouvrez les portes!!!!!!!!» des rames immobilisées. «Juste sortir! Ca devient étouffant et les enfants commencent à flipper!». Sans oublier cette remarque liée au contexte sécuritaire ambiant: «Evacuation bien compliquée... Alors que tout le monde est calme et coopératif... On n'ose imaginer d'autres circonstances...»

 Paris, Métro, TransportsAu-delà de ces désagréments, cette défaillance majeure du système de pilotage automatique est une catastrophe en termes d'image, pour une RATP qui se vante d'avoir pris «le leadership mondial» dans ce type de pilotage. Et, qui sait, cela promet-il, pour l'avenir. Puisque la prochaine ligne très fréquentée qui est en cours d'automatisation, la 4, bénéficiera du même système d'exploitation que celui qui a magistralement planté sur la 1, ce week-end.

22/01/2016

«Une initiative déplacée»

Ne pas partir en week-end sans faire écho à ce qui a sans doute été l'info parisienne la plus improbable de la semaine. La "Ville lumière" va bientôt accueillir... une course automobile.

Un Grand Prix, non de Formule 1, mais de Formule E: son équivalent pour les voitures électriques. Ce sera le 23 avril. Une vingtaine de monoplaces rivaliseront en faisant des boucles à plus de 200 km/h autour de l'Esplanade des Invalides, sur un circuit de deux kilomètres. Des tribunes pouvant accueillir 15 000 personnes seront construites spécialement pour l'occasion. Jamais depuis la Libération (le Grand Prix Automobile de Paris, au Bois de Boulogne en 1945), un tel événement n'avait été organisé dans la capitale française.

Le patron de la Fédération internationale de l'automobile, Jean Todt, ne se tient plus: «C'est un rêve d'un demi-siècle qui se réalise», et ce sera «notre meilleur ambassadeur pour montrer le développement de la technologie». Dans la foulée, la maire de Paris, Anne Hidalgo, est sûre que la compétition «va permettre de donner un bon coup d'accélérateur à la mobilité électrique». Mais tout le monde n'est pas aussi enthousiaste.

Les élus Verts de la capitale font la grimace. Et, hier, ils ont été relayés () par les associations d'usagers des transports publics, du vélo, etc., qui y voient «une initiative déplacée». A leurs yeux, «cette promotion inattendue et consternante de la vitesse (230 km/h annoncés!), sous prétexte d’écologie, est perverse: on sait que la vitesse est la cause principale des accidents routiers. Elle est totalement contradictoire avec la volonté affirmée par ailleurs d’apaiser Paris, d’y réduire la place de la voiture, d’y encourager la marche et l’usage du vélo par la généralisation des zones 30. Bien loin d’être "un signal fort adressé au monde", cette initiative est nocive pour l’image internationale de Paris: imagine-t-on un tel rodéo à Copenhague ou Amsterdam, villes où la voiture a été remise à sa juste place sans être exclue, et où le bien-être des habitants est une priorité des élus?».

La seule consolation des opposants à cette initiative est acoustique. Au moins, les bolides qui participeront à la compétition seront-ils entièrement silencieux, loin du raffut assourdissant qui est celui des compétitions de Formule 1.

Sans doute est-ce déjà cela.

21/01/2016

Une si grande demande

Paris, Terrorisme, Gouvernement, SantéCe jeudi, Christiane Taubira dresse un bilan de la prise en charge des victimes des attentats du 13 novembre. A cette occasion, la ministre de la Justice a prévu de rencontrer les dirigeants de la nouvelle association qui vient de se créer, baptisée "13 novembre fraternité et vérité" (voir notamment ). Elle regroupe des rescapés ainsi que des familles et des proches des personnes tuées dans ces attentats.

A ce sujet, ce chiffre qu'on a découvert un peu par hasard, l'autre jour, alors qu'on parcourait distraitement la gazette locale de notre onzième arrondissement.

1500. Soit le nombre de riverains et de témoins directs des tueries du 13 novembre à Paris, qui, tout au long du mois qui a suivi, ont été accueillis et pris en charge par la cellule d'urgence médico-psy mise en place à la mairie du 11e, aussitôt après les attentats. 1500 personnes «non blessées physiquement mais choquées», qui avaient donc grand besoin des conseils des spécialistes réquisitionnés pour cette cellule: psychiatres, psychologues et infirmiers.

1500 personnes prises en charge en un seul mois, soit une cinquantaine de consultations chaque jour. C'est dire – s'il en était besoin – la grande demande d'assistance qu'il y eut dans le quartier, et la détresse qu'y provoqua cette actualité si traumatique.

20/01/2016

Une baisse continue

Le froid freinant la dispersion des polluants, un épisode de pollution atmosphérique est en cours ce mercredi, à Paris. Et ce sera sans doute encore le cas demain jeudi. A nouveau cette satanée pollution par les particules fines PM10. Alors que, hasard de l'actualité, les députés viennent de voter (voir ) la proposition de loi prévoyant l'automaticité du déclenchement de mesures d’urgence, en cas de pics de pollution.

Ces particules fines sont dues notamment – mais pas seulement – à la pollution automobile. C'est donc l'occasion d'évoquer cette étude parue il y a quelques jours et qui a fait beaucoup parler d'elle, dans la capitale française. Et pour cause: elle confirme une évolution majeure, concernant les modes de déplacement qui y ont cours.

En 2014 (la dernière année étudiée), la circulation automobile dans Paris intra-muros a encore baissé de 4%, par rapport à l'année précédente. Il se confirme donc, plus que jamais, que le trafic automobile est en chute libre, dans la "Ville lumière". On le constate depuis 2001. Au total, ces quinze dernières années, ce trafic y a été réduit de 30%  ce qui n'est tout de même pas rien.

Cela dit, avec une vitesse moyenne de circulation qui, sur les grands axes de la capitale, est limitée à 15,2 km/h seulement, on comprend un peu que les automobilistes rechignent à prendre le volant – quand ils ont la possibilité d'opter pour un autre mode de déplacement.

Cette baisse du trafic automobile se répercute sur les chiffres de l'accidentologie. Le nombre d'accidents de la route déplorés dans la capitale est en légère baisse (-2%). Ce qui fait tout de même encore plus de quinze accidents de la route chaque jour, dans Paris.

19/01/2016

Un simple rappel à la loi

Arts, Culture, Justice, Musées, ActivismeSa garde à vue a été longue, mais, finalement, elle s'est conclue sans aucune suite judiciaire. Hier, la femme qui, ce week-end, devant le tableau "Olympia", s'était exhibée nue au musée d'Orsay – et que ce blog évoquait, hier – ne fera pas l'objet de poursuites. Elle a bénéficié d'un simple rappel à la loi, et a été remise en liberté. «Tout ça pour ça. On a voulu lui faire peur et l'intimider», n'en a pas moins dénoncé son avocat. Selon qui il est «urgent de réformer le texte réprimant l'exhibition sexuelle, pour ne pas confondre le geste d'un pervers sexuel et celui d'un artiste».

Dans l'immédiat, en tout cas, l'intéressée s'en tire bien. Puisque, théoriquement, sa «performance artistique» aurait pu la conduire en prison. Le Code pénal, en effet, punit (ici) d'un an d'emprisonnement et de 15.000 euros d'amende toute «exhibition sexuelle imposée à la vue d'autrui dans un lieu accessible aux regards du public».

D'autres femmes, d'ailleurs, n'ont pas eu droit à une telle mansuétude. Ainsi, il y a un peu plus d'un an, la justice a condamné à un mois de prison avec sursis et 2000 euros d'amende une militante du groupe Femen jugée pour exhibition sexuelle. Quelques jours avant la Noël 2013, elle avait fait irruption, seins nus, dans l'église de la Madeleine, à Paris. Pour protester contre les projets de loi anti-IVG alors en préparation en Espagne. Le parquet avait requis jusqu'à quatre mois de prison (avec sursis) à son encontre. L'intéressée, à sa sortie du tribunal, s'était insurgée que son «acte militant féministe» soit qualifié d'exhibition sexuelle.

Arts, Culture, Justice, Musées, ActivismeOnt également été renvoyées en correctionnelle, pour le même motif, ses trois collègues activistes qui avaient fait sensation à l'ouverture du procès de Dominique Strauss-Kahn, en février dernier, à Lille. Elles s'étaient jetées sur sa voiture à son arrivée au palais de Justice, leurs corps maculés de slogans en faveur de la pénalisation des clients et des souteneurs des prostituées.

Rien de tel, donc, aucune poursuite en vue, concernant l'incident de ce week-end au musée d'Orsay.

Musée qui, au passage, avait vu juste. Pour sa fameuse exposition consacrée aux "Images de la prostitution, 1850-1910", celle-là même qui a servi de cadre à la «performance artistique» de samedi. Puisqu'une des affiches de promo de cette expo proclamait...: «Emmenez vos enfants voir des gens tout nus». Prémonitoire.

18/01/2016

Un samedi au musée

Une nouvelle sans doute un peu légère pour un début de semaine, mais elle est si improbable qu'on n'y résiste pas. En pensant à la tête qu'ont dû tirer les visiteurs du musée d'Orsay, ce week-end. A la vue d'une femme qui, samedi, s'est allongée... entièrement nue, devant "Olympia", le célèbre tableau d'Edouard Manet.

Adoptant la même position que le personnage du tableau, elle a revendiqué une performance artistique. «Elle portait une caméra portative, pour pouvoir filmer la réaction du public», a expliqué son avocat. Il y a deux ans, déjà, dans le même musée, l'intéressée s'était exhibée devant "L'origine du monde", de Courbet. Samedi, les agents d'Orsay ont fait évacuer la salle puis l'ont priée de se rhabiller. Devant son refus, ils ont appelé la police, qui l'a amenée et placée en garde à vue pour exhibition sexuelle - elle y est toujours, à cette heure. Son avocat y voit «l'expression d'une pudibonderie judiciaire inquiétante», selon lui de mauvais augure pour «tous les artistes performeurs qui souhaitent s'exprimer de manière trop libre dans l'espace public».

Au moins, dans ce cas présent, aucun dommage n'a été causé à la peinture. Contrairement à ce qui s'était produit à la Fondation Lambert, à Avignon, en 2007. Une jeune femme avait alors embrassé une toile du peintre américain Cy Twombly, invoquant «un acte d’amour et un acte artistique». Les traces de rouge à lèvres qu'elle avait laissées avaient nécessité la restauration du tableau. En instance puis en appel, l'"artiste" avait été condamnée à une amende, des dommages-intérêts, des travaux d’intérêt général et le remboursement des frais de restauration. "J'ai trouvé le tableau encore plus beau", avait-elle avancé, pour sa défense. Le commissaire de l'exposition, lui, avait qualifié son acte de «viol», et l'artiste s'était dit «horrifié».

15/01/2016

Une diversification bienvenue

Paris, Culture, Musique, BanlieuesUn peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et, en l'occurrence, le constat du succès remporté par la Philharmonie de Paris, qui fête son premier anniversaire cette semaine. Et qui, visiblement, a remporté un pari pourtant pas gagné d'avance. Celui d'élargir un peu les origines sociologiques du public de la culture musicale de haute volée.

La Philharmonie a succédé à la salle Pleyel. Celle-ci, située dans les beaux quartiers parisiens, fonctionnait beaucoup dans l'entre-soi. Le pari a été de faire rentre l'institution dans une zone nettement plus populaire de la capitale: porte de la Villette, en bordure du périphérique. Coup de poker gagnant. En un an, confirmant ses débuts fulgurants, le nouveau temple parisien de la musique classique a accueilli 1,2 million de visiteurs, soit bien davantage que les 800.000 escomptés au départ. Près de la moitié (42%) de ces visiteurs vient des arrondissements du Nord et de l'Est parisiens: pas les plus aisés de la capitale. Surtout, alors que 60% des spectateurs de Pleyel étaient des Parisiens, les habitants de la capitale sont désormais minoritaires (48%) à la Philharmonie. Le public en provenance de l'étranger (21%) a doublé. Et près d'un spectateur sur trois (31%) vient de banlieue. Dont 19% de la Seine-Saint-Denis: le département le plus défavorisé de la région capitale.

La nouvelle institution, malgré sa naissance dans la douleur (relire ici, notamment), a donc fini par remplir sa promesse de diversification et d'ouverture de son horizon. C'est sans doute le plus bel hommage posthume qu'elle pouvait rendre à son père spirituel: Pierre Boulez, qui vient de disparaître.

14/01/2016

«Un impact concurrentiel négatif»

Les langues régionales, oui. Mais le flamand, non. C'est, en substance, la position du gouvernement Valls, qui vient d'être rappelée () à l'Assemblée nationale. N'en déplaise aux éventuels lecteurs nordistes de ce blog. Ainsi qu'aux quelque 30.000 locuteurs estimés de cette langue régionale de la Flandre française, recensés dans la zone de Dunkerque-Armentières, en région Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

A ce jour, cet idiome n'est enseigné que dans trois collèges privés et six écoles de France. C'est beaucoup trop peu, pour le député du coin, Jean-Pierre Decool (droite souverainiste). Selon qui, «au-delà de l’outil éducatif et culturel, la connaissance du flamand est un outil de développement économique et de valorisation du territoire», ainsi qu'«un pont vers l’apprentissage de toutes les langues qui entourent le Nord: l’anglais, le néerlandais et l’allemand».

Oui, mais non, vient de lui répondre le gouvernement. Dixit le ministre en charge de la réforme territoriale, c’est «avec discernement» que l'Education nationale «conduit l’examen de la situation» de cette langue. Car «accepter son intégration dans un cursus classique pourrait créer un impact concurrentiel négatif avec le néerlandais, langue véhiculaire et de communication avec la Flandre belge et les Pays-Bas, dont il est un dialecte».

Pas cool, pour le député Decool. Selon qui cette position réaffirmée de l'exécutif Hollande-Valls «apportera de la tristesse dans la Flandre». Et s'explique par la méconnaissance qu'on a de ce dossier, à Paris: on y «confond flamand et flamingant», les régionalistes rabiques, or «le flamand occidental est une langue régionale sans connotation régionaliste».

Line Renaud et Dany Boon, les icônes de la région d'Armentières, n'ont pas encore réagi.

13/01/2016

Un sujet trop «brûlant»

Terrorisme, Cinéma, CultureMercredi: jour de sortie des films en salles. Et, sur les grands écrans, toujours pas de "Made in France". Le long-métrage «d'anticipation» du réalisateur Nicolas Boukhrief, dont ce blog avait parlé (), en novembre. Car les attentats de Paris et de Saint-Denis avaient retardé sa sortie. En effet, sa thématique (les agissements d'une cellule djihadiste, en banlieue) rendait son exploitation commerciale délicate, dans un tel contexte d'actualité.

Finalement, sauf nouveau rebondissement, "Made in France" devrait... ne jamais sortir en salles. Après sa déprogrammation, sa sortie avait été repoussée au 20 janvier. Mais là, le distributeur annonce à présent () sa diffusion «exclusivement en e-cinéma sur les plates-formes VOD», à partir de la fin de ce mois.

Un des acteurs principaux, pourtant, interrogé il y a deux mois dans les médias, avait jugé important que le film soit vu par le plus grand nombre. S'agissant de l'«état des lieux d'un fait de société terriblement brûlant», ce long-métrage lui semblait «nécessaire». Et susceptible de «faire avancer le débat».

Il faudra donc se tourner vers des circuits de distribution confidentiels, pour pouvoir en juger.

12/01/2016

Une réouverture (encore)

La vie reprend tout doucement, dans les quartiers de Paris endeuillés par les attentats de la mi-novembre. Pour preuve, demain mercredi – soit deux mois jour pour jour après les tueries –, c'est au tour du café "Le Carillon" de rouvrir ses portes. Quinze personnes avaient été tuées, à la terrasse de ce bar du dixième arrondissement.

En face, le resto "Le Petit Cambodge" est en travaux. Sa réouverture devrait être pour la fin de ce mois. Entre-temps, dans le onzième arrondissement, cela devrait avoir été fait pour la pizzeria de la rue de la Fontaine-au-Roi. A côté, le "Café Bonne Bière" fut, lui, le premier à redémarrer: dès début décembre. Il fut suivi par le "Comptoir Voltaire".

Restent "La Belle Equipe" (19 morts), rue de Charonne, ainsi que, bien sûr, le Bataclan (90 tués). Les concernant, aucune date de réouverture n'a encore été fixée. Et, s'agissant de la salle de spectacles, ce blog l'a déjà écrit (ici), le délai risque d'être extrêmement très long.

Mais c'est tout un quartier qui espère ce moment. Voire qui, confiant, l'attend: persuadé que, sans aucun doute, il viendra.

L'avenir le dira.

11/01/2016

«Une égalité de traitement» réclamée

Paris, Terrorisme, InternationalPuisque la France a beaucoup parlé de terrorisme tout au long de la semaine dernière, signaler que celle-ci s'est achevée par la tentative de plusieurs milliers de manifestants, hier à Paris, de remettre un dossier en haut de l'agenda. Alors que, depuis trois ans, il ne progresse pas.

L'assassinat en plein Paris, rue La Fayette (dixième arrondissement), de trois militantes kurdes, le 9 janvier 2013. Parmi elles, Sakine Cansiz, une des fondatrices du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui était réfugiée politique en France après avoir été emprisonnée pendant onze ans en Turquie. Le tueur présumé (qui nie) est un Turc proche des milieux ultranationalistes et de l'extrême droite des "Loups gris". Il a été renvoyé devant les assises. Ses commanditaires n'ont pu être identifiés. Selon le parquet de Paris, «de nombreux éléments de la procédure permettent de suspecter l’implication du MIT (les services de renseignement turcs) dans l’instigation et la préparation de ces assassinats» – services dirigés par un proche du Président Erdogan.

«Non à l’impunité des crimes politiques!». C'est ce qu'ont scandé hier entre 7000 et 10000 manifestants, venus de toute l'Europe. Et particulièrement déterminés: pendant une bonne partie de l'après-midi, leur sono, poussée à fond, a fait un vacarme considérable, dans tout le quartier Bastille. La manifestation, tendue, a même failli dégénérer: un CRS, tentant de s'interposer dans une rixe, s'est senti menacé et a tiré plusieurs coups de feu en l'air (sans faire de blessés), pour se dégager.

Le cortège a dénoncé l'«absence de volonté des autorités turques et françaises de faire la lumière» sur cet attentat. C'est jugé d'autant plus indigne que ce triple assassinat «a été commis dans le même esprit que ceux de Charlie et, plus récemment, ceux du 13 novembre à Paris: comment ne pas faire le lien entre ces massacres quand on voit la complicité de la Turquie avec Daesh?». Les proches des trois femmes réclament (, par exemple) «l’égalité de traitement avec les autres familles des victimes des actes terroristes».

paris,terrorisme,internationalIls souhaitent particulièrement que cette égalité soit symboliquement actée par une invitation à rencontrer François Hollande, à l'Elysée.

Que l'on sache, hier dimanche, qui était le jour anniversaire de ce triple assassinat, le chef de l'Etat n'a pas donné suite à leur requête – lui qui a pourtant passé une partie de sa journée avec des victimes d'attentats: ceux de janvier et novembre derniers.

08/01/2016

Un an plus tard (suite)

Quelques centaines de personnes réunies place de la République, hier soir. Pour rendre hommage aux victimes des attentats de janvier 2015. Le 11 janvier tombant lundi, c'est la veille, dimanche après-midi, que Paris se souviendra du gigantesque rassemblement qui, un an plus tôt, le dimanche 11 janvier 2015, réunit plus d'1,5 million de personnes entre "Répu" et Nation. Alors que, au même moment, dans toute la France, deux autres millions de manifestants descendirent dans les rues – du jamais vu, une telle mobilisation, depuis la Libération.

François Hollande en personne sera dans la foule à République, dimanche. Une présence volontairement sobre: il ne devrait pas prendre la parole. Le chef de l'Etat et la maire de Paris inaugureront l'arbre du souvenir qui y a été planté, en début de semaine. Un chêne d'une dizaine de mètres de haut, symbole de force et de résistance. A ses pieds, une plaque où l'on peut lire: «A la mémoire des victimes des attentats terroristes de janvier et novembre 2015 à Paris, Montrouge et Saint-Denis. Ici même, le peuple de France leur rend hommage». Dans la foulée, prochainement, le café de la place, qui était dénommé "Monde et Médias", sera rebaptisé "Café du 11 janvier".

«Dieu! Mais que Marianne était jolie. Quand elle marchait dans les rues de Paris. En chantant à pleine voix: "Ça ira ça ira... toute la vie"». Ces paroles ont retenti, hier soir, à "Répu". Issues de la chanson "Que Marianne était jolie", de Michel Delpech (dont on célèbre les obsèques ce vendredi matin, à Saint-Sulpice). Entonnées par la foule, à l'initiative du chanteur Renaud et de l'humoriste Christophe Alévêque, à l'origine du rassemblement.

«Elle est née dans le Paris 1790. Comme une rose épanouie. Au jardin des fleurs de lys. Marianne a cinq enfants. Qu'elle élève de son mieux. Marianne a maintenant quelques rides au coin des yeux», dit aussi la chanson.

07/01/2016

Un an plus tard

Paris, Terrorisme, Police, ArtsIl fut abattu comme un chien, il y a un an jour pour jour: le 7 janvier 2015. Ahmed Merabet, le policier de la brigade cycliste du commissariat du onzième arrondissement. Alors qu'il gisait boulevard Richard Lenoir. Achevé d'une balle à bout portant, tirée par les terroristes qui venaient de semer la mort à deux pas: dans les locaux de "Charlie Hebdo".

Ce matin, un an plus tard, la flamme d'une petite bougie blanche, déposée par un quidam, tremblotait sous la pluie, aux pieds de la plaque commémorative qui, depuis hier, honore sa mémoire.

A côté de cette plaque et de la couronne de fleurs déposée par François Hollande et la maire de Paris, toutes en sobriété, trône une peinture, elle très flashy, qu'un artiste de rue a réalisée sur un transformateur électrique d'EDF. Elle représente, de profil et de face, le visage du policier. Accompagné du slogan «Je suis Ahmed». C215, le nom de ce street artist, a eu cette initiative à la demande des collègues de l'intéressé, qui voulaient qu'un tel hommage lui soit rendu. Il a réalisé la fresque en une heure de temps, lundi, en présence d’une centaine de policiers, de la famille du défunt, et de ses amis. Le geste se veut «une démarche citoyenne et un hommage au civisme». Pour C125, «Ahmed, enfant de l’immigration, de l’intégration et de la police nationale, était un symbole fort du vivre ensemble».

EDF n'a pas fait effacer la fresque. Elle qui, pourtant, apprécie habituellement peu que l'on badigeonne de la sorte ses installations. La présence de François Hollande et d'Anne Hidalgo aux côtés de la peinture l'a implicitement officialisée. Et la maire l'a en quelque sorte adoubée, puisqu'elle en a tweeté la photo.

Deux hommages cohabitent donc, sur cette artère du onzième arrondissement. L'un très officiel, rendu par les plus hautes autorités de l'Etat, l'autre plus informel. Dans une coexistence toute en douceur, et mutuellement respectueuse. Bien.

06/01/2016

Une page à tourner

Reprise de ce blog, et donc retour dans le onzième arrondissement de Paris. Où l'atmosphère est toujours aussi lourde, en ces jours où l'on commémore les attentats de la première semaine de janvier 2015: à Charlie Hebdo, à Montrouge et à l'hypercasher de la Porte de Vincennes.

Les autorités ont veillé à ne pas trop en faire hier, pour le début des cérémonies commémoratives. Les médias ont été tenus à distance, lors du dévoilement des plaques mémorielles apposées sur les lieux des tueries. Aucun discours n'a été prononcé par François Hollande ou la maire de Paris. Le silence et le recueillement avec les familles et proches des victimes ont été privilégiés. Bien.

Pour autant, des habitants de notre quartier Saint-Sabin/Saint Sébastien (le quartier de Charlie – et du Bataclan...) ont grimacé. «C'est avant qu'il fallait nous protéger! Maintenant, c'est trop tard!», a lancé, ainsi, une riveraine en apercevant François Hollande, boulevard Richard Lenoir. Allusion à son allocution radiotélévisée du 31 décembre, dans laquelle il a promis de «protéger» les Français. «On n'en peut plus de ces cérémonies et hommages qui n'en finissent pas! On veut reprendre une vie normale!», a-t-on également entendu, crié par un automobiliste coincé dans les embouteillages. Car, si la préfecture de police a tenté de réduire au minimum les embarras causés aux riverains par ces cérémonies, le quartier a néanmoins une nouvelle fois été entièrement bouclé, pendant une bonne heure. Et plus que jamais quadrillé par les policiers et les militaires.

Tourner la page. C'est visiblement le souhait majoritaire des habitants de cette partie du onzième arrondissement qui a été doublement endeuillée, l'an dernier: en janvier d'abord, puis par les attentats du 13 novembre. Tourner la page, mais évidemment ne pas oublier, et tirer les leçons qui s'imposent.

Laisser les gens, bien sûr, venir exprimer leur douleur et rendre hommage aux morts. Mais ne plus avoir l'impression de vivre au quotidien dans le décor macabre d'un immense mémorial à ciel ouvert. Sujet, en plus, au "tourisme catastrophe" – le nombre de selfies qu'on a vu se faire devant le Bataclan, ces huit dernières semaines...

La mairie de Paris a bien perçu ce sentiment. Pour preuve, dès la fin décembre, elle a commencé à faire le ménage (*) dans les fleurs, bougies, photos, dessins et écrits amoncelés devant les lieux des tueries. En revanche, après les attentats de janvier, elle avait attendu plusieurs mois avant d'oser ce faire.

 

(*) La mairie a fait place nette, mais de manière respectueuse: tous ces hommages seront nettoyés, triés et conservés aux archives municipales, pour la postérité.

12:05 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, terrorisme