14/04/2010
Un (joli) fouillis
L’actualité environnementale du jour dans la capitale, c’est l’annonce ce matin par Bertrand Delanoë de sa décision d’interdire ou non la circulation automobile sur les voies sur berges: les voies qui longent la Seine en contrebas des quais. Le maire de Paris, coincé entre les exigences de la préfecture de police (qui refuse que les voitures soient totalement interdites à cet endroit) et de ses alliés Verts (qui rêvent qu’il soit transformé en «Paris Plages» toute l’année), en sera sans doute réduit à un compromis peu lisible – si ce n’est pas le cas, ce blog y reviendra. En attendant, intéressons-nous à une initiative lancée hier dans le cadre de l’Année de la Biodiversité. Cette Année dont on avait déjà parlé l’autre jour, à la faveur du projet de végétaliser les voies du tram de Paris non plus avec du gazon mais avec des herbes de Provence (relire ici).
Là, prévenons illico, on tombe tellement dans le registre bucolique, léger et ultra-consensuel, limite guimauve tartouille, qu’on se croirait moins à Paris qu’au pays de Candy – «Candy Candy, jolie petite fille aux yeux clairs.Une frimousse qu'un grand sourire éclaire. Quand la nuit se fait câline. Le gentil prince des collines», etc, etc. Il s’agit, en effet, de donner des graines aux Parisiens pour qu’ils puissent semer marguerites, coquelicots et vipérines aux quatre vents, faire fleurir un peu partout trèfle, camomille ou millepertuis – quand on vous disait que c’était le pays de Candy.
«Parce que c’est beau, une rue pleine de fleurs des champs», argumente «Laissons pousser», l’association derrière ce projet. Parce que «en plantant des espèces sauvages sur un rebord de fenêtres, un balcon, une terrasse, dans un jardin partagé ou éventuellement au pied d’un arbre, chacun peut enrichir la flore urbaine, et le maillage de fleurs ainsi créé permet aux insectes butineurs de se développer», ajoute la mairie. Parce que la dispersion de ces fleurs sauvages et graminées dans la capitale permet d’y recréer un fouillis végétal de bon aloi, alors que les parcs et squares sont colonisés par des spécialités horticoles faites sur mesure ou par des espèces végétales exotiques. Parce que, à l’heure où les villes essaient de se passer de produits phytosanitaires souvent si toxiques pour l’environnement, elles n’ont d’autre choix que de «réhabituer les habitants à voir des mauvaises herbes pousser au bord des trottoirs et dans les parcs».
L’éradication systématique voire obsessionnelle des mauvaises herbes nous ayant toujours semblé être le volet le moins sympathique du jardinage – on est tous la mauvaise herbe de quelqu’un –, on applaudit des deux mains.
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31/03/2010
Une trouvaille
On a entendu ce mot pendant toute la journée, hier. Et, définitivement, on l’adore. Ramdam. C’est donc un des termes récompensés mardi à l’issue du petit concours lancé le mois dernier par le quai d’Orsay, qu’on avait évoqué à l’époque (relire ici). Il consistait à trouver des «francomots» qui, un jour, qui sait, réussiraient à concurrencer des anglicismes, comme chacun sait si mondialisés aujourd’hui. Les résultats du concours ont été annoncés hier. Et c’est donc ramdam qui a été sélectionné pour (tenter de) remplacer un jour le terme buzz.
On est sceptique sur les autres termes lauréats (hormis tchatche pour chat, qu’on aime bien aussi), mais on trouve que ce ramdam, c’est une trouvaille.
Déjà, sa sonorité, qui rappelle un peu tam-tam, colle assez bien avec le tumulte souvent provoqué par le buzz. En plus, sa signification (tapage, vacarme: lit-on dans Le Robert), tout comme ses synonymes (barouf, boucan, chambard, raffut, etc.) cadrent eux aussi parfaitement avec l’émoi souvent surdimensionné provoqué par les nouvelles qui buzzent, sur la toile particulièrement. Linguistiquement, dès lors, et avant même de savoir s’il va ou non réussir à s’implanter dans le langage courant face à buzz, on trouve que c’est vraiment une excellente trouvaille, ce ramdam.
En plus, au risque de se voir accuser de tout mélanger, on trouve que ce serait pas mal, symboliquement, que ce mot issu de l’arabe parvienne à s’implanter dans la langue française. Réussisse à se faire une petite place dans la langue donc de ce pays qui, ces derniers mois, a tenu un débat souvent si crispé sur son identité nationale, débat qui n’a pas rarement frisé l’islamophobie. L’identité, si tant est qu’elle soit nationale, n’empêche ni l’ouverture, ni la reconnaissance des apports extérieurs. Et cela passe sans doute aussi par la langue. Qu’après d’autres emprunts arabes comme toubib, clebs, cador, azimut ou magasin, ramdam devienne un terme français d’usage courant, symboliquement, on trouve que ce serait pas mal en France, en ce moment. D’accord, politiquement, cela ne règlerait absolument rien. Mais, parfois, les symboles, cela ne fait pas de mal.
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29/03/2010
Un renouveau
Ces derniers jours dans le quartier, en matière d’urbanisme et de patrimoine, on a beaucoup parlé de la place de la République. Dont on évoquait dans une note récente le grand projet de lifting, qui vient d’être officiellement dévoilé par la mairie (voir les photos ici). Projet ambitieux puisqu’il s’agit de faire en sorte que, d’ici au printemps 2013, «la "Répu" quitte la catégorie des places courants d'air et gaz carbonique, pour offrir la physionomie conviviale d'une grande place populaire du 21e siècle». Cela dit, en ce qui concerne le patrimoine de l’Est parisien, il est un autre chantier dont on a beaucoup moins parlé ces derniers temps mais qui, comme en catimini, vient, lui, de s’achever. On a pu le constater ce week-end, en passant là un peu par hasard: la restauration de la façade de l’Opéra Bastille est enfin terminée.
Depuis 1996, le bâtiment – qui est généralement assez détesté mais que, nous, on a toujours adoré, on le redisait cet été encore (ici) – était péniblement défiguré. Défiguré par les gigantesques filets qui l’entouraient, destinés à éviter des chutes de pierres sur la chaussée. C’était le résultat de malfaçons dues à l’achèvement précipité de l’édifice à l’époque, afin que le Président Mitterrand puisse l’inaugurer dans le cadre des cérémonies commémorant le bicentenaire de la Révolution de 1789. Le chantier de restauration , entamé en janvier 2008, a consisté à poser 28000 m2 de parements neufs (mélange de pierre, d’ardoise et de granit) en lieu et place des blocs de la façade qui, trop fragilisés, menaçaient de s’effondrer.
Le résultat fait plaisir à voir. A fortiori quand, en ces jours printaniers, le soleil éclatant fait ressortir la couleur sable des pierres de l’édifice et souligne d’autant plus les contrastes avec les parois vitrées. Quatorze ans après la pose de ses filets si disgracieux, ce monumental bâtiment peut enfin être apprécié à sa juste valeur – excellente nouvelle décidément, pour le quartier.
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19/11/2009
Une attention
L’audiovisuel français commence à évoluer dans le bon sens, dans son rapport avec le public d’outre-mer. On se le disait hier soir encore, en entendant sur France Info un bulletin météo spécialement consacré aux départements et territoires d’outre-mer. C’est une innovation très récente, concernant cette radio d'info continue du groupe RadioFrance. Qui imite donc l’initiative prise il y a quelque temps déjà par TF1, qui achève ses grands bulletins météo du soir par un focus sur la situation aux Antilles, en Guyane ou en Polynésie françaises. Que ce soit en radio ou en télé, cette météo ultra-marine nous semble une innovation aussi agréable que très sensée.
Agréable car, quand on est plongé dans la grisaille parisienne, il est assez dépaysant, à défaut d’être très utile, d’entendre qu’il va pleuvoir sur Sainte-Rose, faire radieux sur Fort-de-France ou venter sur Saint-Pierre & Miquelon. Somme toute, ce sont de petites respirations futiles mais revigorantes, un peu comme la météo marine de France Inter. Des respirations salutaires même, lorsqu’elles viennent ponctuer un flot ininterrompu d’actualités austères voire sinistres.
Surtout, pour les auditeurs réunionnais, guadeloupéens ou polynésiens moyens, ce ne doit pas être si anodin. Cela leur devait être si lassant d’entendre sur leur service public, depuis des années, uniquement des bulletins météo indécrottablement réduits à la façade atlantique, au massif central ou à la région parisienne. Pour tous ces gens, cette attention portée désormais par des médias de leur propre pays à leur actualité climatique, aussi loin se déroule-t-elle de Paris, doit être assez gratifiante. Quelque part, cela doit participer à cette fameuse «identité nationale» dont les politiques à Paris parlent tant, en ce moment. Car la sensation d’appartenance collective à un peuple passe sans doute aussi par le sentiment d’être ou non considéré comme un public à part entière par les médias de ce pays.
A ce propos, soit dit en passant, il y a encore des progrès à faire en la matière. On l’avait déjà souligné dernièrement dans ce blog (ici), mais, comme depuis cela n’a pas évolué d’un iota, sans vergogne on en remet une couche. En radio, à la télé ou dans la presse écrite, la plupart des journalistes français – donc, de facto, parisiens –, lorsqu’ils évoquent le bilan humain de la grippe A-H1N1, continuent à ne comptabiliser que les seules victimes recensées en métropole. Quand on sait le tribut payé à cette épidémie par les habitants des DOM-TOM, beaucoup plus élevé que dans l’Hexagone, c’est un raccourci journalistique qui, pour ces Français d’outre-mer, doit être particulièrement blessant. Et qui, dans cette France lointaine, ne doit pas contribuer à un sentiment d’appartenance nationale. Car peut-on se sentir bien dans un pays dont les médias ignorent la perte de ses proches, alors pourtant qu’ils sont théoriquement censés être aussi Français que ceux dont les décès, eux, sont évoqués à longueur de journées? Décidément, pour les Français d’outre-mer endeuillés par l’épidémie, ce manque d'attention journalistique, ce 2 poids 2 mesures médiatique, cela doit être pénible.
11:06 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médias, météo, journalisme
05/11/2009
Un visage, une voix
On n’a jamais fonctionné à la nostalgie – état d’âme qu’on a toujours senti terriblement stérile. Cela n’empêche pas, exceptionnellement, d’avoir de courts instants de nostalgie et de trouver cela finalement plutôt délicieux. On l’a ressenti hier soir, en apprenant la nouvelle du décès du comédien Christian Barbier. Un nom qui ne dira absolument rien aux plus jeunes lecteurs de ce blog. Mais qui, pour nous comme pour des générations de téléspectateurs et d’auditeurs, incarna l’image d’une certaine France aujourd’hui complètement désuète mais qui, à l’époque, avait du charme.
Christian Barbier, c’était d’abord un visage. Celui de l’interprète principal de «L’Homme du Picardie», le mythique feuilleton qui, dans les années 70, fit les belles heures de la télé belge et française. Barbier y incarnait un batelier, capitaine de la péniche portant le nom de la région française. Même si, à l’époque, on était vraiment très très jeune, on avait suivi avec passion les aventures de cette famille de mariniers: petits artisans en lutte pour la survie de leur métier, englués dans les problèmes financiers et se débattant dans d’incessants conflits de génération. C’est sans doute le programme télé qui nous fit connaître l’univers si typique, et qui nous semblait alors si exotique, des canaux de la région parisienne et du nord de la France. Vingt ans plus tard, pour dire combien on a été marqué, on se souvient encore de la musique du générique de ce feuilleton, une ritournelle sifflée qui, une fois qu’on l’avait entendue, restait immanquablement dans la tête. Dans «L’Homme du Picardie», Barbier campait un personnage bourru, entier, souvent odieux mais si humain qu’il en devenait attachant. Il n'y a pas si longtemps, non loin de Paris dans la si jolie petite ville de Conflans-Sainte-Honorine, la capitale des mariniers au croisement de la Seine et de l’Oise, on voyait encore des photos de «L’Homme du Picardie» affichées dans des magasins. Et les cassettes vidéo de sa série culte vendues comme de précieuses reliques d’un temps révolu.
Christian Barbier, c’était aussi une voix. Du début des années 80 jusqu’à la fin des années 90, il anima «Barbier de Nuit», une fameuse émission radio du soir, sur Europe 1. A l’époque, la France radiophonique vespérale était coupée en deux. Il y avait d’un côté les inconditionnels du «Pop Club» du regretté José Arthur, sur France Inter. Et, de l’autre côté, les accros à «Barbier de Nuit» sur Europe. A longueur de soirées, Christian Barbier recevait – en direct depuis un bistrot parisien, si l’on se souvient bien – des personnalités du monde du spectacle, de la culture et de la nuit. Sa voix était profondément chaleureuse, son ton admirablement convivial et complice sans jamais être complaisant, ses entretiens souvent passionnants. «Barbier de Nuit», c’était une émission de radio qui pétillait comme le vin mousseux qui sponsorisait ce programme: «Kriter brut de brut» on s’en souvient bien, même si, à l’époque, on était bien trop jeune pour consommer de l’alcool et si depuis, on n’a jamais bu ce vin. Ado vivant en Belgique, on a passé d’innombrables nuits l’oreille collée au transistor, à l’écoute de «Barbier de Nuit». Cette émission radio nous donnait l’impression, déjà, que Paris était une ville extra, formidablement vivante, culturellement épatante, dont les nuits ne finissaient jamais et étaient peuplées de rencontres fascinantes. Vingt ans après, on débarquait et on s’établissait dans la capitale française. Qui sait, Christian Barbier y est-il pour quelque chose.
Ce matin sur Europe 1, la seule évocation qu’on a entendue de Christian Barbier, c’était dans la bouche d’un chroniqueur pénible (pléonasme). Qui moquait le rythme si lent, et à ses yeux si ennuyeux, du feuilleton dont le héros était Christian Barbier. Comme si des histoires ayant la batellerie pour cadre pouvaient se dérouler au rythme d’une course de Formule 1.
C’était si anecdotique comme souvenir, c’était si ingrat comme évocation d’un homme qui pourtant compta tant pour cette radio, qu’on a trouvé cela assez minable. Parfois à Paris, dans le grand monde a fortiori, les gens, décidément, sont petits.
11:30 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : télévision, radio, culture
14/10/2009
Une merveille
Pierre Soulages, Olivier Debré, Gérard Schneider, Cy Twombly, Hans Hartung, Joan Mitchell, David Hockney, etc. Il y a quelques grands peintres qu’on adore tellement, et depuis si longtemps, qu’on a toujours rêvé de pouvoir, un jour, accrocher, au mur à la maison, l’un ou l’autre de leurs tableaux. On sait très bien que cela ne se produira jamais, vu le prix astronomique atteint sur le marché de l’art par leurs créations. Du reste, et c’est le cas pour Pierre Soulages par exemple, si par extraordinaire on avait un jour les moyens d’acheter un de ses tableaux, il serait vraisemblablement si monumental que jamais ils n’entrerait dans l’appart.
Il n’empêche, Soulages, le fameux inventeur de l’«outrenoir» (comme il y a un outremer), on l’a vraiment dans la peau. On a déjà vu des tas d’expositions sur lui, notamment à Paris. Et, à chaque fois, cela ne rate pas: hormis peut-être ses œuvres de jeunesse, auxquelles on est moins sensible, on est subjugué. Ebahi par la maestria de cet artiste. Par l'impressionnante luminosité qui se dégage de ses tableaux pourtant de prime abord si obscurs et monochromes. Par l’incomparable richesse de leurs reflets, de leurs matières, de leurs textures, de leurs rythmes, de leurs profondeurs. Depuis des semaines, dès lors, on était particulièrement impatient à l’idée de découvrir la grande rétrospective que Beaubourg consacre, à partir de ce mercredi et jusqu’au mois de mars, à cet artiste. On n’a donc pas manqué de faire un saut au vernissage, hier midi. Et c’était une merveille.
En effet, avec plus d’une centaine d’œuvres exposées, il s’agit vraiment d’une rétrospective de grande ampleur que le Centre Pompidou consacre à ce créateur. Assez incompréhensiblement, il y manque quelques-unes de ses digressions – ainsi, les tableaux où de fulgurantes touches de bleu électrique viennent violemment s’immiscer dans la noirceur. Mais, globalement, le tour d’horizon proposé par cette expo est si vaste qu’il a de quoi impressionner. D’autant qu’à l’occasion, la scénographie choisie est spectaculaire. C’est le cas de l’immense salle finale de l’expo, dans laquelle ont été suspendus, à l’aide de filins rigides d’acier, une quinzaine des gigantesques polyptiques peints par Soulages. Ou de cette petite salle dont, à l’exception d’une seul paroi éclatant de blancheur, les murs, le sol et le plafond sont entièrement noirs, ce qui permet de mettre en valeur la luminosité des œuvres qui y sont exposées.
Car, si, en général, noir c’est noir, chez Soulages, le noir n’est pas juste du noir. Le peintre l’a bien dit, dans une phrase justement mise en exergue sur un des murs de l’expo: «Mon instrument (n’est) pas le noir, mais cette lumière secrète venue du noir. Lumière d’autant plus intense qu’elle émane de la plus grande absence de lumière». Car malgré «l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité», cette couleur, quand elle est maniée par un maître comme Soulages, s’efface comme par magie au profit de toutes les autres couleurs qu’elle fait apparaître. «Le noir (…), par son rapport aux autres couleurs, c’est un contraste. A côté de lui, même une couleur sombre s’illumine. Pour intensifier un blanc, c’est pareil. Quant au noir absolu, il n’existe pas. Ou n’existe que dans les grottes. Je trouve d’ailleurs fascinant que les hommes soient descendus dans les endroits les plus sombres, dans le noir total de la grotte, pour y peindre avec… du noir. La couleur noire est une couleur d’origine. Et aussi de notre origine».
C’est ici que l’expo de Beaubourg prend une dimension autre que strictement picturale, à laquelle chaque visiteur sera évidemment libre d’adhérer ou pas. On ne voit dans les noirs de Soulages que ce qu’on veut et peut y voir. «Je fais de la peinture pour que celui qui la regarde – moi comme n’importe quel autre – puisse se trouver face à elle, seul avec lui-même», a dit un jour l’artiste. «Si on regarde un tableau noir avec ses yeux et pas avec ce que l’on a dans la tête, on remarque qu’il y a de la lumière dedans», complétait-il l’autre jour, interviewé par un collègue de «La Libre».
On n’irait pas jusqu’à prétendre, comme un confrère le résumait un peu bêtement sur une radio ce matin, que «si vous ne voyez que du noir (dans les œuvres de Soulages), c’est qu’il y a du noir en vous». Mais ce qui paraît évident, c’est que la contemplation de ces monochromes si incroyablement riches chromatiquement est une expérience, artistique voire humaine, tout à fait fascinante.
En plus, l’exposition offre un ultime et saisissant contraste à ses visiteurs. Lorsque, elle qui se déroule au dernier étage de Beaubourg, fait passer le public, en une fraction de seconde, de la contemplation de l’obscurité si profonde, si intérieure, de ces oeuvres, à la redécouverte de l’immense panorama vitré de la capitale – si vivante, si clinquante. On est, alors, physiquement, en plein ciel, mais on redescend sur terre à une vitesse vertigineuse.
11:20 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : arts, culture, expositions
02/10/2009
Une image
On a déjà beaucoup parlé culture dans ce blog cette semaine, mais on va encore en rajouter une petite couche aujourd’hui. Parce que c’est une initiative vraiment bien qui a été prise à Paris. Parce qu’elle a vu le jour cet été et est curieusement passée un peu inaperçue. Et parce qu’on n’avait pas encore eu le temps, jusqu’à présent, de l’évoquer ici. Cela se passe à Beaubourg précisément. Et cela va grandement contribuer à rendre plus accessibles quelques-unes des innombrables merveilles que compte le Musée national d’Art moderne. Accessibles, en plus, à un public qui, par la force des choses, en était jusque ici complètement coupé. Et qui est encore trop souvent laissé pour compte dans le monde de l’art.
Car imaginez donc quelle doit être la frustration, immense, de personnes aveugles ou mal-voyantes qui entendent sans cesse parler du génie d’un Picasso, d’un Soulages, d’un Baselitz ou d’un Basquiat, mais qui n’ont jamais pu appréhender autrement que dans leur imagination les chefs-d’œuvre de ces artistes. Désormais, au Centre Pompidou, ces grands noms de la culture et quelques autres leur seront physiquement un peu moins inaccessibles. Tout cela grâce à des images, mais des images un peu particulières: des images tactiles, en fait.
Le musée, en effet, a équipé de telles images quelques pupitres qu’il a disposés à proximité d’une dizaine de tableaux de ses collections, pupitres que les aveugles sont invités à toucher. Les tableaux choisis sont des «œuvres phares d’artistes majeurs représentant des courants ou des tendances essentiels de l’histoire de l’art du vingtième siècle». Ces œuvres ont été gravées en relief sur des plaques en fibres synthétiques de format A3. Les historiens de l’art, les techniciens et les mal-voyants à l’origine de cette expérimentation y ont reproduit les tableaux de manière telle que les nuances de texture, de contours ou de teintes des œuvres soient perceptibles au toucher. Du coup, «en découvrant petit à petit les différents éléments constitutifs du relief, la personne déficiente visuelle va reconstituer mentalement l’image du tableau. Des notions aussi abstraites pour elles que la perspective ou la profondeur d’une peinture peuvent alors être abordées». Chaque plaque en relief est accompagnée d’une notice explicative en gros caractères et en braille, qui fournit des informations sur l’œuvre représentée, le peintre et le courant artistique qu’il incarne. En parcourant du doigt ces pupitres, les déficients visuels pourront dès lors avoir une perception beaucoup plus concrète qu’une simple description de ces chefs-d’œuvre de l’art moderne.
Excellente initiative, évidemment. Qui, au passage, confirme une fois de plus le dynamisme du Centre Pompidou dans sa politique d’accessibilité aux handicapés. Cette institution est notamment réputée pour le talent de ses guides-conférenciers dédiés aux publics spécialisés que sont les déficients visuels et auditifs. Les déficients mentaux, aussi. A ce propos, il y a longtemps déjà, un peu par hasard au détour d’une visite du musée, on était tombé un jour sur un de ces guides spécialisés, en train de faire visiter les collections à un groupe d’enfants handicapés mentaux. La façon dont il s’y prenait pour leur faire appréhender l’art ainsi que l’accueil enthousiaste que ces derniers lui réservaient avaient fait de cette rencontre fortuite un moment réellement fascinant d’observation.
10:44 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : culture, arts, musées, handicapés, paris
30/09/2009
Une nuit
Une nuit avec Virginie Ledoyen. C’est la proposition plutôt délicieuse qui est faite aux Parisiens, en ce moment. Pour la nuit de samedi à dimanche, précisément. Pour l'édition 2009 de l’opération “Nuit Blanche” donc. Comme Paris n’est tout de même pas le pays de Candy, ce n’est qu’accoustiquement qu’on passera cette nuit avec l’inoubliable héroïne de «Jeanne et le garçon formidable» – on a gardé un souvenir moins impérissable de «La Plage». Mais c’est déjà très bien. D’autant que, la même nuit, si l’on veut, l’on pourra aussi passer d’agréables moments en compagnie d'autres jeunes actrices comme Isild Le Besco ou Lou Doillon.
Pour ce faire, il suffira de télécharger gratuitement, sur son baladeur MP3 ou via une application iPhone, les bandes-son de cinq parcours dans la capitale. Ces promenades sonores commentés (bilingues français-anglais) dureront une heure chacune. Elles feront découvrir, «comme dans un film», un quartier de Paris cher à ces actrices, sur un fond sonore composé spécialement pour l’occasion par un musicien. Ainsi, dans la nuit de samedi, en compagnie musicale de Benjamin Bioley, Virginie Ledoyen entraînera les Parisiens noctambules dans Saint-Germain-des-Prés. Isild Le Besco déambulera main dans la main avec vos oreilles, si l’on ose dire, dans le Marais. Lou Doillon plongera les visiteurs dans Pigalle. Belleville et le quartier du Palais royal sont également au programme.
On a toujours eu un peu de mal à supporter les foules immenses, souvent péniblement hystériques, que draînent habituellement les opérations comme la “Nuit blanche” ou la “Fête de la Musique”. Mais une innovation de ce type serait bien du genre à nous inciter à retenter le coup, samedi.
10:44 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, culture, cinéma, art de vivre, technologie
17/09/2009
Une innovation
Il n’y a pas que les pouvoirs politique et économique qui, en France, sont encore désespérément et majoritairement, on va dire, blancs. Pareillement, les «minorités visibles», comme on les appelle dans ce pays, restent assez peu représentées dans l’establishment médiatique. En tout cas par rapport à des pays comme la Grande-Bretagne (*). Les choses, cela dit, pourraient bientôt changer. Et la société dans toute sa diversité être enfin mieux représentée dans le monde des médias aussi.
Pour preuve, l’excellente initiative que vient de prendre une des plus prestigieuses écoles de journalisme de l’Hexagone, l’ESJ de Lille. Cette institution, qui a formé tant de grands noms de la presse française (et belge, accessoirement), vient de décider d’ouvrir une antenne permanente en banlieue parisienne. A Bondy plus précisément. Dans cette ville de Seine-Saint-Denis où, lors des émeutes de l’automne 2005, avait vu le jour une intéressante innovation en matière de délocalisation d’une rédaction: le «Bondy Blog» – initiative à l’origine de laquelle, soit dit en passant, avait été non la presse française mais la presse étrangère (suisse, en l’occurrence).
En collaboration avec les équipes de ce «Bondy Blog», l’ESJ va donc désormais mettre son expertise et sa réputation au service des jeunes de banlieues qui rêvent de devenir journalistes mais n’ont pas forcément les moyens ni les réseaux pour accéder aux grandes écoles formant à ce métier. Ces jeunes seront pris en charge par les professionnels de l’ESJ, dans l’espoir qu’à l'issue de leur formation, ils puissent à leur tour intégrer des rédactions. Diversifier donc le profil sociologique de la corporation journalistique. Contribuer, dès lors, à une vision et à une pratique moins «parisienne» de l’information.
On applaudit des deux mains. On trouve juste un peu bizarre que les grands médias français, ces jours-ci, aient si peu fait écho à cette innovation. Parce qu’elle embarrassante pour la presse, car elle renvoie à ses propres imperfections?
(*) Minorités peu représentées par rapport à des pays comme la Belgique, aussi? Des années passées dans le plat pays, on a gardé le souvenir qu'à la télévision par exemple, on y voyait bien davantage de gens «de couleur» qu’en France. Sans que cela suscite le retentissement que causa jadis l’arrivée d’Harry Roselmack au 20 Heures de TF1.
10:38 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, médias, jeunes, banlieues, education
15/07/2009
Un monstre?
Vingt ans, déjà! Vingt ans qu’il est là et qu’il domine, de sa silhouette si imposante, notre bonne vieille place de la Bastille. Cette semaine, l’Opéra du même nom fête son vingtième anniversaire, lui qui a été inauguré par François Mitterrand le 14 juillet 1989 précisément. Aucune festivité particulière n’est prévue à Paris pour commémorer cet événement architectural et urbanistique. Et pour cause. Plus que jamais, en ce moment, il est de bon ton de dénigrer ce monument. «Vingt ans après, Bastille n’a pas trouvé sa place», sermonnait l’autre jour le journal «Le Parisien»: «Ce devait être le symbole du rayonnement culturel français… Vingt ans après son inauguration, l’Opéra Bastille continue de susciter agacement et répulsion». Il n’y a pas si longtemps, «Le Figaro», sur base des résultats d’un sondage (de quelle valeur?) réalisé auprès de ses lecteurs, avait rangé l’Opéra Bastille parmi les édifices les plus détestés des habitants de la capitale, à l’égal de la si affreuse Tour Montparnasse. «Pour être honnête, ce n’est pas le projet que j’aurais choisi», a cru bon d’ajouter hier le Belge Gérard Mortier, le directeur (en partance) de l’institution. Même dans les salons dorés du ministère de la Culture, paraît-il, on juge que cet opéra «ne s’est jamais intégré au quartier. Au départ, ce devait être un lieu de vie. Vingt ans plus tard, ce n’est qu’un lieu de passage».
Exagérément massif. C’est le reproche principalement formulé à l’encontre du paquebot construit par Carlo Ott, l’architecte canadien originaire d’Uruguay qui, à l’époque, remporta le concours international d’architecture. Il en impose cet édifice, c’est vrai. En même temps, cette critique nous a toujours fait doucement rigoler. Car, bon, vu les dimensions immenses de cette place de la Bastille, imagine-t-on combien aurait été déplacé, voire ridicule, un bâtiment à taille humaine construit sur un de ses flancs? Il a mal vieilli, cet immeuble: autre reproche habituel. De fait. La saga si coûteuse de ses gigantesques plaques de pierre branlantes (relire ici) l’a abondamment illustré. Et on ne peut nier que les recoins de l’Opéra sentent en permanence les pissotières. Mais si la propreté autour de Notre-Dame était aussi lacunaire, l’imputerait-on à la cathédrale? Du reste, l’Opéra Bastille est loin d’être le seul grand chantier de cette époque à avoir mal résisté au temps. Beaubourg aussi a dû être restauré. Et, quand on prend le temps de les regarder de près, l’Institut du Monde arabe ou la Cité de la Musique montrent un état de délabrement qui n’a rien à envier à celui du monstre de Bastille - puisque tout le monde a l’air de convenir que ce bâtiment est monstrueux.
Il est mal fréquenté: c’est le troisième grief souvent fait à cet édifice. Est principalement visée, la faune qui, à longueur de journées et de soirées depuis 20 ans, a pris l’habitude de squatter ses grandes marches et son parvis. Hier encore, en passant devant l’édifice, on s’est dit, une fois de plus, que cet attroupement permanent, décidément, ne nous gênait pas. Il y avait là des jeunes torses nus qui faisaient du skate, des touristes qui se prenaient en photo, des clochards qui faisaient la manche, des étudiants en goguette qui picolaient, des militaires revenus du défilé du 14 juillet qui se détendaient en prenant le soleil, deux jongleurs qui répétaient, un groupe de punkettes affalées qui bâillaient et fumaient. Comme à chaque fois, il y avait là un monde fou et une réelle ambiance. C’était varié, mélangé, détendu, bruyant. Il y avait là un peu de tout, et c’était un peu n’importe quoi. Bref, c’était bien à l’image de Paris, s’est-on redit.
Nous, en tout cas, on l’a toujours plutôt bien aimé, notre Opéra Bastille. On le considère un peu comme un vieil habitant du quartier qu’on a toujours côtoyé et qu’à force, on finit par apprécier. On le voit comme un repaire où il se passe toujours quelque chose d’inattendu. Comme un repère aussi, à la silhouette si familière, indiquant qu’après tant de pérégrinations dans la capitale, on est enfin arrivé dans notre quartier.
Et puis, les soirs où il y a spectacle, quand on le regarde depuis la place de la Bastille, ce monstre si massif devient touchant, car grâce à ses immenses baies vitrées si bien éclairées, il ose subitement prendre des airs de coquetterie et de légereté. En outre, de l’intérieur, lorsque, à l’entracte, on sort de la salle de spectacle pour déambuler dans les allées du bâtiment, grâce au panorama qu’il offre depuis ses sommets, on embrasse subitement toute la place, le quartier, la ville entière presque. Une vue imprenable sur la cité, d’une beauté telle que cela ne rate jamais: à chaque fois, on est subjugué.
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30/04/2009
Une bonne idée
Puisqu’on parlait de culture hier, un peu d’art urbain aujourd’hui. En rue dans notre onzième arrondissement, fleurit en ce moment un pochoir étrange. Quand on est tombé dessus, l’autre soir, on y a vu un visage un peu menaçant: un guerrier teuton, un vicking, un Highlander ou quelque chose du genre. On avait tout faux. Renseignement pris, il s’agit du visage de l’artiste allemande Konny Steding, décrite par ses amateurs comme «une sorte de rebelle oubliée, enfermée dans une guérilla romantique lointaine, passionaria de causes perdues, radicalité nostalgique de BD sur le retour». Depuis des années, cette artiste multiplie les interventions et installations dans les rues de Paris. Elle s’y livre même à des performances passablement déjantées: ainsi, lorsque, sur fond de musique électro migraineuse à souhait, elle se fait filmer en train de... grimper dans une poubelle.
Les gens rétifs à l’art contemporain vont sans doute lever les yeux au ciel. Ces jours-ci à Paris, cela dit, l'art contemporain fait de gros efforts pour se rendre plus accessible. Témoin, la bonne idée qu’ont eue les organisateurs de la grande rétrospective «La force de l’art», qui a lieu en ce moment au Grand Palais.
Les visiteurs de cette expo peuvent y bénéficier des services de «médiateurs». Ces spécialistes de l’art contemporain sont mis à la disposition du public «pour lui donner des clés de compréhension, l’aider à appréhender les œuvres, leur mode de présentation ainsi que le travail des différents artistes associés à la manifestation». Ces guides spécialisés, historiens de l’art ou artistes eux-mêmes, répondent aux interrogations des visiteurs, dialoguent avec eux, contextualisent les œuvres présentées, les expliquent, attirent l’attention sur tel ou tel aspect intéressant ou novateur, etc. Bref, fournissent des clés de lecture au public pour que ces créations puissent être appréciées (ou pas) à leur juste valeur.
Cet effort de pédagogie, c’est vraiment une bonne idée. Autre bonne idée, le prix d’entrée modique de cette rétrospective: 6 euros, alors que le moindre ticket de cinéma à Paris dépasse largement les 9 euros. Et alors que le prix d’entrée des foires d’art contemporain est généralement prohibitif – 25 euros, se souvient-on d’avoir un jour payé.
Jamais deux sans trois, «La Force de l’art» a aussi eu l’excellente idée de ne pas se cantonner à la seule nef du Grand Palais, aussi beau soit cet endroit, mais d'investir également toute la ville. Ainsi, à l’occasion de cette rétrospective, plusieurs interventions ont lieu dans Paris même. Ces interventions urbaines «parfois surprenantes, toujours inattendues, réinventent le spectacle vivant de l'art et invitent badauds et amateurs à quitter les territoires communs des pratiques artistiques pour pénétrer en des contrées inexplorées».
Des exemples? Le plasticien Bertrand Lavier, ces jours-ci, «dérègle» le scintillement de la tour Eiffel. Et Pierre et Gilles ont carrément investi, avec l’accord des autorités religieuses bien sûr, l’église Saint-Eustache, près du Forum des Halles. Dans une des chapelles de cet édifice, le duo kitschissime, qui a toujours été inspiré par l’iconographie religieuse, a créé une installation de la Vierge à l’enfant.
Décoder les créations. Rendre leur découverte financièrement accessible. Les sortir des galeries et des musées. C’est la triple bonne nouvelle artistique de cette semaine, à Paris. Si l’art contemporain y avait songé auparavant, sans doute serait-il moins boudé par le grand public qu’à présent.
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24/04/2009
Une bénédiction
Un peu de culture, et en l’occurrence un peu de patrimoine, pour bien terminer la semaine. Et deux bonnes nouvelles même, tombées récemment et concernant deux des plus gros chantiers de restauration architecturale menés depuis tant et tant d’années à Paris. Des chantiers si vieux d’ailleurs qu’on a beau fouiller dans notre mémoire de Parisien, on ne se souvient pas d’avoir vu un jour ces deux fleurons du patrimoine autrement que dans leurs habits de fantôme: hideusement recouverts d’échaufaudages et de bâches de protection, tels de sinistres revenants traînant leurs draps blancs.
La tour Saint-Jacques d’abord: un joyau de style gothique flamboyant qui, sur 62 mètres, s’élève au cœur de Paris, rue de Rivoli. Et, pour l'anecdote, un des points de départ du célèbre pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Depuis 2001, ce monument était dissimulé sous les échafaudages et son square attenant était envahi par les baraquements de chantier. Désormais, l’un et l’autre ont retrouvé leurs atours. L’édifice et ses 925 éléments sculptés ont été entièrement nettoyés et restaurés. Et le square a été revu et replanté selon ses plans d’origine.
Ensuite, rive gauche cette fois, sur la si belle place du même nom, l’église Saint-Sulpice: la plus vaste église de Paris après Notre-Dame. Ici, la défiguration par les échaufaudages remonte carrément à… 1999: dix longues années donc. Mais, depuis quelques jours, on compte un peu moins de bâches sur les hauteurs de Saint-Sulpice. En effet, plus de 70 mètres au-dessus du sol, une de ses deux tours est désormais décorée des répliques exactes de deux énormes statues d’évangélistes d’origine, pesant chacune 60 tonnes et représentatives de la statuaire de la fin du dix-septième siècle. Du coup, niveau après niveau, la restauration de cette église, qui depuis tant d’années avait l’air de tant traîner, donne dorénavant l’impression d’avancer.
L’avancement de ces deux chantiers de restauration colossaux n’est pas seulement une excellente nouvelle pour le patrimoine de la capitale. C’est aussi une bénédiction – c’est le cas de le dire, s’agissant d’édifices religieux – pour le promeneur parisien moyen.
Faites l’expérience à votre prochain passage dans les environs de la place du Châtelet, lorsque l’apoplexie vous menace à cause des gaz d’échappement: une pause sur un banc à l’ombre du magniolia du square Saint-Jacques est un ravissement. Puis, traversez la Seine et poussez la porte de Saint-Sulpice. Dans la première chapelle de droite après l’entrée, vous attendent deux grandes fresques peintes par Delacroix en personne. Héliodore chassé du temple et Jacob luttant avec l’ange. Elles sont si belles, si puissantes, si fougueusement romantiques que, dès que l’on pose les yeux sur elles, on oublie tout le reste.
PS : Tiens, un tuyau, parce que les touristes de passage ici ne le savent pas toujours: pour sortir ces peintures murales de la pénombre et donc mieux pouvoir les admirer, il suffit d’allumer la lumière de la chapelle, à l’aide de l’interrupteur situé sur le mur de droite en entrant.
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10/04/2009
Un préféré
A la veille de ce week-end de Pâques, c’est le moment où jamais d’évoquer le sujet: le chocolat. Et le chocolat belge, en prime! Ces derniers temps, en effet, les chroniqueurs gastronomico-mondains français en ont beaucoup parlé: l’ouverture d’une nouvelle boutique de Pierre Marcolini à Paris.
Depuis plusieurs années déjà, ce chocolatier belge est présent rive gauche, à Saint-Germain des Prés: rue de Seine plus précisément. Cette fois, il vient de franchir le fleuve et d’ouvrir un magasin rive droite: rue Scribe (facile à trouver: c’est celle qui jouxte l’Opéra Garnier). D’après les échos qu’on en a eus, ce nouvel endroit est «superbe». Dans son «design minimaliste, les chocolats sont mis en scène comme des bijoux». Particulièrement remarquée en ce moment est la création de Marcolini intitulée «L’Oeuf et les Oreilles». Il s’agit d’œufs de Pâques assez rigolos car surmontés de grandes oreilles également en chocolat, conçues pour pointer dans l’herbe de manière à ce que ces œufs soient plus aisément trouvables par les enfants qui, à cette époque, partent à la chasse au chocolat dans les jardins.
On doit bien l’avouer, au risque de consterner les lecteurs belges: on n’a jamais, au grand jamais, mangé de chocolats Marcolini. Quand on vivait à Bruxelles (cela commence à faire un certain nombre d’années), on n’a pas le souvenir que ce chocolatier y avait déjà percé. Et depuis qu’on habite Paris, on ne cesse d’entendre parler de ce créateur belge paraît-il si doué, mais on n’a jamais eu l’occasion d’y goûter.
Peut-être profitera-t-on de ce long week-end pour faire un saut rue Scribe. Ne serait-ce que pour vérifier si notre préféré de toujours, parmi les chocolats belges dispos à Paris, demeure indétrôné: le ‘Dolfin’ noir aux baies roses.
Ce chocolat-là, à notre humble avis, est une merveille. Mais il n’est pas si facile que cela à trouver à Paris. Un des rares endroits de la capitale où on est toujours sûr de pouvoir l’acheter, c’est la légendaire «Grande épicerie» du «Bon Marché», rue de Sèvres: dans le septième arrondissement, entre le jardin du Luxembourg et les Invalides. Un quartier très snob et un grand magasin affreusement cher, mais aussi et surtout, et depuis des décennies, un temple parisien de l’épicerie fine et du bon goût. Chaque fois qu’on y va, malgré toutes nos bonnes résolutions, on ne résiste pas et on en revient les bras chargés de paquets remplis de tas de choses merveilleusement appétissantes.
Beaucoup plus modestement, et pour conclure sur le chocolat belge, un ‘Côte d’or’ labellisé ‘NOUVEAU’ en grandes lettres capitales sur son emballage a fait son apparition, ces derniers temps, dans les supermarchés de quartier à Paris. Il existe peut-être depuis des lustres à Bruxelles, mais, ici en tout cas, il vient de débarquer dans les rayons. Noir, citron & gingembre. Cela ne vaut pas notre préféré noir et rose, mais ce n’est pas mal du tout.
PS: A l’attention des mauvaises langues toujours promptes à casser du journaliste: cette note n’est pas du publireportage mais du rédactionnel 100% informatif et désintéressé. Elle a été rédigée par pur souci de coller à l’actualité pascale et parisienne, et non parce que son auteur aurait préalablement été gavé à l’œil de kilos de chocolats offerts par les services de com’ des marques citées dans cet articulet ;-)
11:01 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : paris, gastronomie, art de vivre, belgique
24/03/2009
Un label
Aujourd’hui, faisons dans le local. Dans le micro-local, même. Au risque – on prévient tout de suite – de faire bâiller d’ennui tous les lecteurs de ce blog qui n’habitent pas dans le Marais. Mais nous, en tout cas, très égoïstement, on a été ravi en apprenant cela: une raison de plus nous est donnée, depuis quelques jours, de fréquenter un de nos espaces verts favoris à Paris.
Posons le décor, d’abord. Nous sommes dans le troisième arrondissement. Au square du Temple. Un endroit que, depuis qu’on habite Paris, on adore. C’est bien simple : dès qu’il fait beau, il fait partie des endroits où on se précipite. Pour bouquiner, converser, rêvasser, flâner, mater, s’affaler sur les pelouses, s’amuser des facéties des canards qui barbotent dans la mare, etc. Bref, pour profiter de la vie.
C’est pourtant un espace vert qui, a priori, ne paie pas de mine. On est loin des beaux et grands jardins de l’ouest parisien: c’est même un tout petit square, enserré dans un tissu urbain très dense. Mais on l’a toujours trouvé ravissant. Et extrêmement varié et vivant: on y croise des tas de gens différents, qui habitent le quartier. Des ribambelles d’enfants asiatiques venues du Marais chinois, des familles du Marais juif, des jeunes gens du Marais gay, des bobos branchouilles du Haut Marais, ou des petits vieux du Marais populaire avant que ce quartier devienne si friqué. C’est en plus, un haut lieu de l’Histoire de France. A cet endroit, au douzième siècle, régnait le fameux Ordre des Templiers. Et, à la Révolution de 1789, dans l’enclos du Temple que ce square a remplacé, ont été emprisonnés Louis XVI, Marie-Antoinette et le dauphin Louis XVII. Enfin, dans le quartier environnant ce square, on trouve des tas de choses formidables: le Marché des Enfants rouges, où il est si agréable de bruncher le dimanche, des magasins d’alimentation fabuleux, des fleuristes magnifiques (même un magasin de cactus unique), une librairie vraiment bien, des bistrots sympas, des placettes adorables, etc. Bref, chaque fois qu’on va au square du Temple, on se dit que, pour rien au monde décidément, on habiterait dans un autre quartier de Paris.
Voilà pour le décor. La nouvelle, c’est que ce square vient de recevoir le «label espace vert écologique». Les jardiniers y travaillent sans pesticide. Ils ne pratiquent pas le désherbage chimique, ce qui permet au trèfle ou aux pâquerettes d’envahir bucoliquement les pelouses. Grâce à une attention constante portée à la diversité, des oiseaux comme les roitelets, les martin-pécheurs ou les bergeronnettes y ont élu domicile. Parmi les plantations, la priorité a été donnée à des espèces végétales prisées des oiseaux: aubépines, pruneliers, noisetiers, ronces, etc. Des enclos avec des friches naturelles ont été aménagés pour permettre aux animaux de s'y installer. Les déchets verts (résidus des tontes d’herbe, etc.) sont broyés et répandus dans les massifs. Les jardiniers apprennent à recycler l'eau de la mare pour limiter la consommation lors des arrosages. Ceux-ci se font de nuit pour limiter l'évaporation. Etc, etc.
Ouh… alors, on entend d’ici là les récriminations. C’est bien gentil tout cela, mais, écologiquement, c’est peanuts dans une ville où, par ailleurs, s’accumulent les alertes aux pollutions de l’air. Et c’est limite tartouille en ces temps où des milliers de Français, et donc sans doute aussi d’innombrables Parisiens, sont plongés dans une galère pas possible par la crise. D’accord. Cela ne règle rien du tout, globalement. Mais cela ne peut pas non plus faire de mal, fondamentalement, se disait-on ce matin encore en passant devant le suare du Temple.
PS: On parlait l’autre jour, dans ce blog, de l’anniversaire de la démolition des Halles de Paris. Le quartier du Temple a lui aussi sa petite Halle: le Carreau du Temple. Là, on a décidé de préserver le patrimoine. Et une réflexion est en cours pour sa réhabilitation au bénéfice de la population locale (espaces de réunion, salles de sport, lieux de convivialité, etc…). Ce quartier du Marais est décidément bien. Et vivre dans cette ville est définitivement formidable.
11:07 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, environnement, architecture, patrimoine
12/03/2009
Une déclaration
Les transports en commun parisiens ont beau être, pour beaucoup de gens, une horreur quotidienne, ils peuvent aussi être le théâtre de moments merveilleux. C’est ce qu’on s’est dit ce matin en se promenant sur une rubrique d’un des innombrables weblogs ou forums (ici, là ou là) dans lesquels les usagers des transports à Paris racontent leur galère.
Ainsi, cette délicieuse déclaration d’amour: «Recherche charmant conducteur. Cela fait plus d’un an que je te vois occasionnellement au volant de la ligne 206-207. Je n’ai pas souvent la possibilité de te croiser ou de monter dans ton bus mais lorsque j’ai enfin cette chance, je ne te quitte pas des yeux». Ou celle-ci: «Gare Montparnasse vendredi 27 au soir. Il était 23h30 environ quand nous nous sommes croisés. Tu téléphonais en marchant en sens inverse. Tu m’as alors lancé un regard avec des yeux d’émeraude dont je me souviendrai». Ou encore: «Il était 20h45 dimanche 1 mars, nous étions sur la ligne 4, direction porte de Clignancourt. J’avais un blouson noir de moto, je suis brun, yeux marron, mal rasé …Tu étais châtain claire et ravissante!!» Sans oublier «Moi, écouteurs sur les oreilles, la tête dans la lune. Toi devant. Je t’ai marché dessus. Tu en as perdu ton talon aiguille. Oups!»
Tiens, à propos de déclarations d’amour: la RATP récompense ce soir, dans le cadre du Salon du Livre qui se tient en ce moment à Paris, les lauréats de son grand concours « Un regard – Un sms». Il s’agissait, pour les voyageurs, de décrire par texto (en 160 signes maximum) «les regards amusés, amicaux, séducteurs, échangés lors de leurs trajets dans le métro». 9.000 personnes ont participé à ce concours.
La déclaration d’amour lauréate est écrite dans un style on ne peut plus «d’jeuns». Cela donne «Acte 1: Matuvu? Tépavu...Tumavu ? Panonplu Acte 2: Jetévu ! Tumaplu, Tulasu, Jetéplu, Oncévu, Oncérevu, çataplu? Acte 3 : Cétouvu, Onskitplu... ». Le deuxième prix est plus classique, limite poncife romantique: «Et si s'aimer ce n'était pas regarder dans la même direction, mais fermer les yeux et voir la même chose... ?» Le troisième prix, on l’adore: «Deux vitres nous séparaient lorsque nos yeux se sont croisés. Dans le métro, comme foudroyées, nous nous sommes regardées, choquées...Nous avions la même robe!» Si typiquement futile, si délicieusement parisien.
11:37 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, métro, transports, art de vivre, langue française
04/03/2009
Une expo
Ambiance modeuse – modasse, diront ceux qui trouvent cela insupportablement futile, a fortiori vu la crise actuelle et tout cela – ce mercredi à Paris. Aujourd'hui, en effet, est donné le coup d'envoi de la semaine des défilés parisiens des collections automne-hiver pour le prêt-à-porter. C’est donc le moment ou jamais de faire un saut à une expo sympa qui a été inaugurée récemment au palais de Chaillot, au Musée national de la marine précisément. Assez glamoureusement sous-titrée «Sailor chic in Paris», en français «Les marins font la mode», cette rétrospective revisite très agréablement un grand classique de la mode française et internationale: le style marin.
Dès la fin du dix-neuvième siècle, en effet, les uniformes de la Marine essaimèrent dans la garde-robe de la société civile parisienne d’abord, hexagonale dans son ensemble ensuite. Ce furent les canotiers des bords de Seine et de Marne, immortalisés par tant de peintres impressionnistes dans des tableaux mémorables. Les pantalons larges et les chapeaux à rubans flottants qui, à la belle époque, firent fureur dans les bals travestis et masqués sur les Grands boulevards. Les cols marins et les bérets qui déferlèrent en bord de mer, à Deauville et Trouville. Les marinières portées sur les plages de la Côte d’azur par les élégantes des années 30. Gabrielle Chanel qui, en recourant au style marin notamment, bouleversa la mode en ouvrant aux femmes les tenues androgynes très déroutantes pour la bonne société de l’époque. La mode marine était lancée, et n’allait plus s’arrêter. Aujourd’hui encore, elle est une référence récurrente dans nombre de disciplines artistiques.
C’est ce que, de tous côtés, l’on peut constater au Musée de la marine. Tendez l’oreille, et vous réaliserez que la thématique marine est un incontournable de la chanson – mention spéciale pour, dans le fond sonore de l’expo, cette sublime reprise du «Port d’Amsterdam» par Bowie. Ouvrez les yeux, et sur les écrans géants, se succéderont des scènes mythiques du septième art se déroulant dans l’univers marin. L’inoubliable «Dédée d’Anvers» d’Allégret, la divine Anouk Aimée-«Lola» de Jacques Demy, le fascinant Brad Davis-«Querelle de Brest» de Fassbinder, le Frank Sinatra jeune matelot virevoltant dans les vieilles comédies musicales hollywoodiennes.
Plus loin, sur papier glacé, en couverture des magazines «Vogue» ou «Elle», des mannequins et des stars rendent elles aussi hommage au style marin. Sans oublier le plus célèbre gars de la marine dans le neuvième art: Corto Maltese évidemment. Et des marins encore, toujours et partout. Dans le look d’Etienne Daho jeune, époque «Week-end à Rome» et «La notte, la notte». Dans les clips de Duran Duran, tellement années 80. Dans les tableaux kitschissimes de Pierre & Gilles. Dans la vogue actuelle pour les tatouages. Ou dans les pubs sexys pour les parfums de Jean Paul Gaultier. Décidément, la mer n’a pas fini d’inspirer et de faire fantasmer.
Le clou de l’expo est l’immense podium sur lequel sont alignées les créations de grands couturiers rendant hommage au monde de la marine. Robes de cocktail de Thierry Mugler, créations éblouissantes de Yohji Yamamoto, cabans de Martin Margiela ou d’Yves Saint Laurent, cirés jaunes de Castelbajac, tricots rayés d’Agnès b., délires de John Galiano. Attention les yeux: ici, il n’y a rien que du beau.
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03/03/2009
Un joyau
«Il restait là quelques minutes, aspirant fortement l’air frais qui lui venait de la Seine, par-dessus les maisons de la rue de Rivoli. En bas, confusément, les toitures des Halles étalaient leurs nappes grises. C’était comme des lacs endormis, au milieu desquels le reflet furtif de quelque vitre allumait la lueur argentée d’un flot. Au loin, les toits des pavillons de la boucherie et de la Vallée s’assombrissaient encore, n’étaient plus que des entassements de ténèbres reculant l’horizon. Il jouissait du grand morceau de ciel qu’il avait en face de lui, de cet immense développement des Halles, qui lui donnait, au milieu des rues étranglées de Paris, la vision vague d’un bord de mer, avec les eaux mortes et ardoisées d’une baie, à peine frissonnantes du roulement lointain de la houle. Il s’oubliait, il rêvait chaque soir d’une côte nouvelle».
Paris célèbre ces jours-ci le quarantième anniversaire du «déménagement du siècle»: le transfert des Halles vers le marché de Rungis, dans la banlieue sud de Paris, dans la nuit du 2 au 3 mars 1969. Ces quelques lignes sont extraites du «Ventre de Paris» d’Emile Zola, un des plus éblouissants romans consacrés à la capitale française. Ce matin, on n’a pas pu résister au plaisir d’en donner des extraits. En souvenir de ce qui reste dans la mémoire comme le plus grand massacre architectural du vingtième siècle à Paris: la démolition, à partir de 1971, des splendides pavillons de verre et de fer construits par Victor Baltard dans les années 1850 – une des opérations urbanistiques les plus spectaculaires du Second Empire, finalement impitoyablement rasée par l’urbanisme pompidolien.
A l’époque, la démolition des Halles – aujourd’hui remplacées par l’ignoble centre commercial du Forum – plongea le quartier Châtelet dans un chaos inimaginable. Pendant des années, Paris fut affublé du «trou des Halles», du nom donné par la population à l’immense cratère laissé devant l'église Saint-Eustache par le chantier. Trente cinq années après leur destruction, subsiste aujourd’hui un seul des nombreux pavillons de Baltard. Reconstruit en banlieue parisienne, à Nogent sur Marne, cet ex-joyau du patrimoine architectural mondial sert aujourd’hui notamment… de plateau au télé-crochet «A la recherche de la nouvelle star» de la chaîne de télé M6…
Si le patrimoine souvent s’écroule sous le poids de la bêtise humaine, les mots, eux, ne meurent heureusement jamais. Et quand ils sont de Zola, ils pansent merveilleusement les plaies de l’Histoire. Encore quelques lignes du «Ventre» donc, pour la beauté de ce lever de soleil sur Paris.
«Il leva une dernière fois les yeux, il regarda les Halles. Elles flambaient dans le soleil. Un grand rayon entrait par le bout de la rue couverte, au fond, trouant la masse des pavillons d’un portique de lumière; et, battant la nappe des toitures, une pluie ardente tombait. L’énorme charpente de fonte se noyait, bleuissait, n’était plus qu’un profil sombre sur les flammes d’incendie du levant. En haut, une vitre s’allumait, une goutte de clarté roulait jusqu’aux gouttières, le long de la pente des larges plaques de zinc. Ce fut alors une cité tumultueuse dans une poussière d’or volante».
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27/02/2009
Une multitude
Un peu de culture, et en l’occurrence d’art urbain, pour bien terminer la semaine. Ce qui rend la promenade dans Paris toujours plaisante, c’est que cette ville, visiblement, héberge une multitude de jeunes artistes. Et ceux-ci sont tellement inventifs qu’ils découvrent une multitude de modes d’intervention pour s’exprimer. Ce qui donne au décor urbain des couleurs sans cesse changeantes et ménage des apparitions souvent étonnantes – jusque dans les espaces les plus inattendus. C’est ce qu’on se disait l’autre jour encore, en déambulant sur notre bon vieux boulevard Beaumarchais. Arrivé à un très anodin passage pour piétons, on avisait distraitement le brave feu rouge de service avant de traverser. Et là, sur le petit bonhomme vert lumineux, on découvrait soudain qu’une petite créature exotique et désuète, arborant pantalon bouffant et catogan, avait surgi avec espièglerie. Jamais auparavant on n’avait vu un feu rouge servir ainsi de support à un collage.
Renseignement pris, il s’agit d’un petit «projet décoratif» des dénommés Leo et Pipo, deux jeunes neo-Parisiens. Ils se plaisent à coller dans Paris «des figures d’anonymes d’un autre temps, qui ne racontent rien, n’imposent rien, regardent simplement les gens en espérant que ces mêmes gens les regardent en retour». Il s’agit donc de disséminer dans la ville des petits personnages susceptibles de devenir «des acteurs potentiels de la vie de quartier». Façon pour ces jeunes gens venus de banlieue et «frappés par le profond ennui et par l’absence de chaleur humaine qui règnent dans les rues de la mégapole» de «tenter de s’approprier cette ville».
On avait à peine eu le temps de marcher quelques dizaines de mètres que, dans notre cher quartier Saint-Sébastien cette fois, l’on tombait nez à nez sur des affiches intrigantes. «J’aurais préféré un mur blanc plutôt que cette affiche de merde», s’énervait la première. «I don’t really like people who stick bills on walls», insistait la deuxième. «This wall is my property, please do not stick black & white bills on it», concluait une troisième. En découvrant cela, on s’interrogeait: qui était donc ce «client suivant» signataire de ces affiches et que voulait-il? Dénoncer les colleurs er artistes de tout poil qui décorent les murs de Paris? Ou était-ce plus subtil?
Il s’appelle Rero, en fait. Il vient de Bourgogne et a déjà fait pas mal de choses dans Paris. Ce projet-ci questionne le passant sur le thème de l’appropriation de l’espace public et de la cohabitation entre ses usagers. Ce «client suivant» qui porte le nom du projet, vous l’avez sans doute déjà rencontré dans votre vie quotidienne, en vous rendant au supermarché. Nous en tout cas, à Paris, on le croise immanquablement chaque fois qu’on va au Monop’, au Shopi ou chez Franprix.
Cet individu, c’est «celui, qui avant même d'avoir payé ses courses, est fier de marquer les limites de sa propriété à la caisse des supermarchés, et ce, avant même que les produits ne lui appartiennent». C’est ce client qui, ajouterait-on, s’empresse de regrouper fiévreusement ses chères victuailles dès après leur passage en caisse, lorsqu’elles commencent à dangereusement se bousculer avec les vôtres que vous n’avez pas encore fini d’emballer. C’est cet individu qui, à ce moment, vous darde immanquablement d’un regard soupçonneux. Comme si vous étiez à ce point malheureux et/ou désargenté pour profiter de cette cohabitation fortuite entre produits de consommation, si attentatoire au principe de la propriété privée, pour vous approprier en douce l’un ou l’autre de ses achats. La réglette de métal que l’on pose fièrement sur le tapis coulissant, c’est le symbole par excellence du chacun pour soi, même et y compris en ces temps de galère et de dégringolade communes du pouvoir d’achat. Comme dit Rero, c’est une «petite barrière psychologique qui peut paraître anodine mais qui est aussi un très bon révélateur de notre époque».
Tiens, au passage, à propos de courses, on déteste décidément cette habitude qu’ont prise les supermarchés à Paris de donner à leurs clients des sacs en plastique complètement transparents. On n’a jamais été pudibond, mais là vraiment, on n’aime pas du tout cela. Qu’à cause de ces sacs, tout le monde en rue, du coup, puisse voir tout ce que vous avez acheté. Déduire si vous préférez les pommes ou les bananes. Si vous vous apprêtez à manger des conserves ou des plats préparés surgelés. Si vous vous brossez les dents avec des poils durs ou souples. Si vous mettez tel ou tel déo, achetez des préservatifs ou non, vous colorez les cheveux ou pas. Si vous êtes lasagne, pizza ou cassoulet. Si vous buvez de l’alcool ou de l’eau. Si vous êtes chocolat au lait ou plutôt 90% cacao. Accro à la viande rouge ou aux légumes bio.
On a toujours trouvé ces sacs transparents terriblement intrusifs. Vous sortez du supermarché et, hop, vous voilà sur le trottoir en train d’étaler carrément à la multitude toute votre intimité. Et les Parisiens regardent, en plus! Testez cela en allant faire vos courses au supermarché puis en rentrant chez vous en métro, vous le constaterez. Les gens n’ont d’yeux que pour ce que vous transportez dans vos misérables sacs en plastique transparents. Ils scrutent avec avidité leur contenu, puis immanquablement remontent lentement leur regard pour vous dévisager, comme pour bien vérifier si vos habitudes de consommation correspondent à votre look. C’est chaque fois une expérience assez gênante.
11:32 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : paris, arts
02/02/2009
Un attrait
L’attrait majeur de vivre dans une grande ville, c’est qu’on peut y faire à peu près tout ce que l’on veut à n’importe quelle heure. Paris, à cet égard, fait un peu moins bien que Londres, New York ou Tokyo. Notamment à cause de cette curieuse habitude qu’a toujours eue la capitale française de fermer la plupart de ses bars à 2 heures du matin – a fortiori depuis que, ces derniers temps, les autorités tendent à coiffer la ville d’un bonnet de nuit (ici). Mais il n’empêche, sur ce terrain, la capitale s’est améliorée, ces dernières années. Désormais, en cherchant un peu, on peut trouver une aministration encore ouverte à 19 heures, enchaîner les longueurs de crawl dans une piscine municipale à 21 heures, se défouler en allant courir sur un stade d’athlé à 22 heures, et faire ses courses dans un supermarché à 23 heures. Ce week-end, d’ailleurs, un pas de plus, spectaculaire, a été franchi dans cette voie – dans ce qui a constitué semble-t-il une grande première française, voire une première mondiale.
On parle évidemment de l’ouverture 24 heures sur 24, jour et nuit donc, du Grand Palais depuis vendredi soir et jusqu’à ce lundi 20 heures, pour le bouquet final de la grande expo «Picasso et les maîtres». Samedi soir donc, par exemple, des Parisiens ont pu enchaîner en une seule soirée l’apéro au bistrot, le dîner au resto, la nuit en boîte puis l’«after» à l’aube au musée à contempler les toiles de maître!
Visiblement, ils ont adoré l’expérience. Ce week-end, quelque 60.000 visiteurs de plus ont, à toute heure du jour et de la nuit, vu l’expo Picasso. Des noctambules y sont allés terminer leur nuit. Des lycéens, ce matin, y faisaient la queue avant d’aller en cours. Ces 72 dernières heures, des litres et des litres de café ont été servis aux amateurs d’art patientant dehors, pour les réchauffer un peu. Une grande radio, partenaire de l’expo, y a même passé toute une nuit en direct. Depuis vendredi soir, 20.000 entrées supplémentaires ont été quotidiennement enregistrées. Au pic de fréquentation, la file d’attente s’est étirée sur plusieurs dizaines de mètres et il fallait patienter pendant près de 5 heures pour parvenir aux guichets.
Au total, 770.000 visiteurs ont vu l’expo Picasso. L’attrait rencontré par l’innovation de son ouverture 24 heures sur 24 va inciter les organisateurs, ils l’ont dit ce week-end, à «sans doute renouveler l’expérience, ou du moins à ouvrir de nouveaux créneaux horaires». Bien.
10:53 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : arts, expositions, musées, culture, paris
10/12/2008
Un patrimoine
Ils sont une institution de Paris. Ce sont les descendants des colporteurs et des petits marchands d’almanachs du seizième siècle. Aujourd’hui, ils sont certainement les commerçants parisiens qui, à longueur d’années, sont les plus photographiés par les touristes venus du monde entier. Ils sont même répertoriés au patrimoine mondial de l’Unesco. Et ils seraient menacés. Qui? Les bouquinistes de Paris. Ces quelque 200 marchands de livres anciens dont les 900 fameuses boîtes vertes sont accrochées sur les parapets de dix quais de la Seine. Sur une longueur totale de trois kilomètres: du Pont Marie au quai du Louvre et du quai de la Tournelle au quai Voltaire.
L’autre jour, les représentants de cette corporation ont été reçus à et par la mairie. Motif de l’inquiétude: une étude menée pendant plusieurs mois cette année sur leur profession, confirmant une tendance qui n’a pu que sauter aux yeux du promeneur parisien un minimum attentif. Cette étude confirme que, sur les quais, la vente de bibelots et de souvenirs pour touristes est en train de prendre le pas sur celle des livres. Au point que certaines boîtes de bouquinistes hier regorgeant d'ouvrages anciens sont devenues de vulgaires stands à tours Eiffel miniatures, à souvenirs hideux et à croûtes d’aquarellistes du dimanche.
Pour éviter que ces marchands d’esprit ne se transforment en marchands de souvenirs, un comité ad hoc a été mis sur pied à la mairie, qui est spécialement chargé de réfléchir à l’évolution de cette profession. Plusieurs idées très concrètes sont déjà dans les cartons: une meilleure représentation des bouquinistes sur internet, la publication d’un guide entièrement consacré à ces libraires si particuliers, l’organisation d’événements littéraires (lectures publiques, etc.) sur les quais, la création d’un prix littéraire des bouquinistes, etc.
Il serait plus que légitime, en tout cas, que soit conservée et revitalisée cette profession. En effet, avec, dans leurs célèbres boîtes vertes, pas moins de 300.000 ouvrages (livres, BD, vieux magazines, etc.), les bouquinistes de Paris sont à la tête de «la plus grande librairie à ciel ouvert du monde». Et représentent donc un patrimoine culturel d’une valeur inestimable.
11:07 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, tourisme, littérature, culture, economie



