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14/11/2007

Un nom, ou l'autre

9e8431ec5e62a322623c9afcb17768d8.jpgEn temps normal déjà, les jours où tout fonctionne dans la ville, les stations de métro du quartier ont des noms délicieux. Mais les jours de grève générale des transports publics, comme aujourd’hui, leurs noms deviennent carrément merveilleux. Ils se transforment en discrets et délicats hommages à tous ces anonymes de la grande ville condamnés à galérer.

 

Il y a «Saint-Sébastien» bien sûr, pour tous les martyrs parisiens des transports en commun. Il y a aussi «Filles du Calvaire», pour les Parisiennes qui n’en peuvent plus. Il y a encore «Chemin vert» (de rage), pour les uns comme pour les autres.

 

Notez qu’à deux pas, cela marche déjà beaucoup moins bien. Ainsi, les stations «Bastille» et «République» ont des noms bien trop lourdement connotés. Ces grandes grèves ont beau constituer des moments politiques importants de l’histoire contemporaine, elle ne s’apparentent tout de même pas à la Révolution de 1789 ni ne menacent – enfin, nous semble-t-il – le sacro-saint pacte républicain.

 

A l’autre bout de Paris, cela ne marche carrément plus du tout. «Invalides» est un nom de station de métro nettement exagéré: les jours de grève, les Parisiens, grâce à leurs pieds, au Vélib et aux rollers, conservent tout de même un semblant de mobilité. «Volontaires» est à côté de la plaque. «Gaieté», les jours de grève, est déplacé. «Liberté» est beaucoup trop polémique: on devrait à nouveau se farcir ces débats enflammés entre partisans de la liberté de faire grève et tenants de la liberté de travailler. «Place des Fêtes» est trop décalé pour une journée de grimaces et de soupirs. «Bonne nouvelle», tout le monde en conviendra, est insultant.

 

Non, décidément, il n’y a que dans cette partie du onzième en bordure du troisième arrondissement que cette magie des noms des stations de métro fonctionne, les jours de grève. Raison de plus pour rester dans notre quartier parisien préféré. Cela tombe bien: on serait malheureux comme une pierre, si on devait un jour le quitter.

 

 

PS: Remarque entendue ce matin chez le marchand de journaux, dans la bouche d'une vieille dame adorable – rides splendides, éclat de rire lumineux – , à propos d'une autre station de métro située pas loin, «Richard Lenoir», qui était fermée depuis des mois pour des travaux de rénovation: «Il paraît qu'ils la rouvrent aujourd'hui! C'est magnifique, non? Juste le jour où aucun métro ne circule!» 

15/10/2007

Un grand moment

Paris n’a donc pu faire la fête au rugby samedi soir – on a tellement entendu pleurer là-dessus ce week-end qu’on n’y reviendra pas. Dimanche matin, en revanche, elle fut le cadre d’une magnifique fête de la course à pied.

En effet, avec le semi et le marathon, les 20 Kilomètres de Paris constituent un jalon majeur de l’année sportive dans la capitale. L’édition 2007 de cette épreuve fut d’autant plus inoubliable qu’elle se déroula sous un soleil quasi estival.

Dès le lever du jour donc, la toute grande foule s’agglutina sur le Pont d’Iéna, lieu majestueux de départ au pied de la tour Eiffel. Dès le coup de sifflet donné, ce fut la bousculade dans la montée du Trocadéro. Les rangs s’étirèrent un peu dans le bois de Boulogne, mais il y avait tellement de monde que les pas martelés des milliers de coureurs sur le bitume faisaient un bruit vraiment impressionnant.

Comme chaque année, le meilleur moment de la course survint juste après le onzième kilomètre. Au moment donc où les jambes commencent à peser, où les genoux commencent à cogner, où les pieds dans les godasses commencent à chauffer, où le souffle dans les montées commence à manquer. A la sortie du Bois, au détour du Boulevard Exelmans, surgit soudain la magnifique perspective de la Seine, que les coureurs descendent puis remontent pendant les neuf derniers kilomètres de la course. Cette année, vu l’automne clément, le ciel était si intensément lumineux et la vue si dégagée qu’on put embrasser d’un seul coup d’œil le ruban de flots bleutés jusqu’au coude formé par le quai Branly.

Comme dopés par ce panorama grandiose, les coureurs alors accélérèrent le pas. Cours Albert Ier et quai des Tuileries, le passage dans les tunnels fut comme chaque année fabuleux, des milliers de spectateurs s’étant massés à leurs entrées et sorties pour acclamer les coureurs. Les trois derniers kilomètres sur la rive gauche furent une formalité, tant courir dans un cadre aussi beau fait s’envoler toutes les souffrances. Et le franchissement de la ligne d’arrivée fut comme chaque fois un moment particulièrement émouvant.

En fin de matinée hier, affalés dans l’herbe du stade Emile Anthoine, torses nus et beaux comme à la plage, des milliers d’athlètes fourbus mais ravis jouissaient d’un repos bien mérité et profitaient d’un soleil inespéré. Des amis venus spécialement de Bruxelles pour y participer en convenaient alors de bonne grâce: ces 20 Kilomètres de Paris figurent sans doute parmi les plus belles courses du monde.

11:00 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris, Sports

30/07/2007

Un homme épatant

Petit pincement au cœur tout de même hier soir, en apprenant la mort de Michel Serrault.

On avait croisé le comédien l’été dernier à Paris, un peu par hasard, à l’occasion d’une interview au débotté pour remplacer un confrère malade, si on se souvient bien. On y était allé, on l’avoue, avec des pieds de plombs. Les confidences des stars de cinéma, Zaza Napoli et tout cela, on en soupirait déjà. En plus, le sujet n’était pas facile: le papier s’insérait dans une série d'articles de fond sur les personnalités et leur rapport à la foi, au sacré, à la religion, etc. On n’avait pas eu le temps de préparer l’entretien. Enfin, c’était un lundi matin tôt et, comme tous les lundis matins tôt, on était mal réveillé.

Le rendez-vous avait été fixé dans un palace de l’avenue Montaigne (soupir, à nouveau). On avait retrouvé l’acteur un peu perdu, minuscule, dans un énorme et moelleux canapé. Impayable avec son petit costume de dandy et, sur le nez, des lunettes de soleil démesurées. Il était couvert du regard par son entourage comme s’il était une petite chose fragile et précieuse.

L’entretien s’était merveilleusement déroulé. Tout de suite, le contact était passé. L’homme était charmant et son propos passionnant. Serrault professait et pratiquait un christianisme pragmatique, attentif, proche des gens, tolérant et profondément ancré dans le social. Autant il s’enthousiasmait pour le petit curé de campagne à l’écoute de ses ouailles ou pour l’ermite ascétique, autant il vomissait les hiérarques romains pétris de certitudes, engoncés dans leurs privilèges et donneurs de leçons. De tout son être, se dégageaient une grande humanité, une réjouissante humilité et surtout, évidemment, un extraordinaire sens de l’humour: cet homme malicieux et taquin, qui cultivait beaucoup l’autodérision, était décidément fabuleusement drôle. Rarement avait-on autant ri dans une interview - et celle-ci pourtant avait beaucoup de profondeur.

On se souvient qu’après avoir pris congé de l’intéressé, on s’était dit que le journalisme, décidément, avait cela d’enthousiasmant qu’il improvisait parfois d'épatantes rencontres.

27/07/2007

Une leçon de français

39e7f70b4edbd099e1d805130a3fb720.jpgUn sourire pour terminer la semaine. C’est un site web qui est destiné aux étrangers de passage ici et désireux de comprendre toutes les subtilités de la langue française. Conçu par le Comité du tourisme d’Ile de France – des fonctionnaires qui cultivent l’humour et le second degré: bien! –, il fait fureur en ce moment, notamment car il reprend des campagnes de promotion délirantes et décalées. Ainsi, cette pub pour le Mondial de Rugby montrant des rugbymen qui… se galochent en pleine mêlée.

On y trouve notamment des leçons de «street french». Sous forme de petites vidéos délicieuses, elles ambitionnent d’enseigner au touriste moyen «how to parler a real parisian». Ainsi, le visiteur étranger est averti que l’expression «poser un lapin» ne veut pas dire «to leave a rabbit» (mais «to stand someone up»), que «chanter comme une casserole» n’a rien à voir avec les «saucepans» (mais signifie «to sing out of tune») et que «se faire plaquer» ne fait pas le moins du monde allusion au rugby.

Avant quelques «Idées et secrets» de plans touristiques supposés parigots branchés (mais pas follement originaux: le canal Saint-Martin, le Showcase ou l’Hôtel Amour, très déjà vu tout cela), on trouve aussi, sur ce «C’est so Paris», un «Lingo quiz» grâce auquel tout étranger en visite dans la capitale française n’ignorera plus le sens d’expressions aussi folkloriques que «ramener sa fraise» ou «appuyer sur le champignon». Et surtout la plus sublime sans doute: «pousser mémé dans les orties».

15/03/2007

Un ajout

medium_malbouffe.jpgVraiment bien, cette nouveauté apparue depuis peu sur toutes les chaînes de télé françaises. Tout le monde l’aura sans doute remarqué: les messages publicitaires pour les produits alimentaires se sont vu ajouter un bandeau défilant incitant les consommateurs à, au choix:
-manger au moins cinq fruits et légumes par jour;
-pratiquer une activité physique régulière;
-éviter de manger trop gras, trop salé ou trop sucré;
-éviter de grignoter entre les repas.
Cette campagne est d’autant moins un luxe que la France succombe à son tour et de plus en plus à l’obésité. Selon les chiffres officiels, 16% des enfants sont en surpoids: c’est trois fois plus qu’il y a 25 ans.
Deux réserves toutefois.
-Les annonceurs peuvent décider de ne pas apposer les messages, en échange du versement au ministère de la Santé d’une taxe de 1,5 % du coût de la publicité. Soit. Mais du coup, le téléspectateur moyen ne comprend plus trop pourquoi tel jambon a droit à son bandeau défilant et pas tel autre, risque de se dire que telle barre chocolatée est meilleure que telle autre puisque, avec elle, on ne recommande pas de faire du sport, etc.
-Pour être juste et complet, les pubs pour les produits alimentaires ne devraient pas être les seuls à faire l’objet d’une campagne de prévention. A quand par exemple des spots pour des voitures surlignés d’un message incitant à la mobilité piétonne, elle aussi excellente pour la forme? Ou, tant qu'à faire, des clips d'autopromotion pour des programmes de télé qui inviteraient par la bande le téléspectateur... à éteindre celle-ci plus souvent, au profit d’une séance de footing ou d’un saut à la salle de gym?
Ca évidemment, c'est moins facile.
B.DL.

20/12/2006

Un coup de vieux

medium_ExpoTintin.jpgEvidemment, être replongé comme cela, en quelques secondes et sans crier gare, dans l’univers pictural qui a marqué l’enfance ne rajeunit pas précisément son homme. «L’oreille cassée», «Le lotus bleu», «Objectif Lune», «Les sept boules de cristal»: on fait un grand bond en arrière, non sans une certaine nostalgie, en visitant l’expo qu’à partir de ce mercredi jusqu’au 19 février prochain, le Centre Pompidou consacre au plus célèbre journaliste belge de la planète: Tintin.
Parmi les quelque 300 pièces exposées, on trouve pas mal de choses amusantes: des crayonnés jamais vus, des planches en cours de coloriage, des dessins pour des cartes de vœux, des jurons du capitaine Haddock peints à même le sol, des exemplaires du «Petit Vingtième» (le journal où travaillait Tintin), des auto-caricatures de Hergé, etc.
La promenade est on ne peut plus distrayante, et ravira sans nul doute les Belges de passage à Paris. Et en plus, l’expo est gratuite.
B.DL.

08/12/2006

Une émission

medium_postederadio.jpgAu micro de France Inter hier soir, invité par une émission -- «Allo la planète», qu’on ne connaissait pas mais qui a l’air extra -- à parler de notre ressenti d’étranger face à la précarité à Paris, dans le prolongement de la note de «ParisLibre» de lundi.
On l’avoue: on avait un peu accepté l'invitation avec des pieds de plombs. Non à cause de l’heure tardive, mais parce qu’on craignait de se farcir à nouveau un énième talk-show avec des correspondants étrangers conviés pour l’exotisme de leur drapeau national et implicitement réduits à ânonner chacun avec leur accent folklorique des poncifs vaguement impressionnistes et donneurs de leçons – dans une sorte de casting à la Christine Bravo pour animateurs un brin paresseux.
Finalement, ce n’était pas du tout cela, et c’était tellement bien qu’on s’est surpris à rester à l’écoute de l’émission jusqu’à la fin. En effet, en lieu et place de journalistes, il y avait des quidams qui appelaient des quatre coins de la planète. De Bangkok, de Montréal ou de New York, ils racontaient comment, au quotidien, vivaient chez eux les SDF. Lors d’agréables digressions, on eut même droit à un appel du Caire sur les pyramides égyptiennes et à une conversation en direct avec le navigateur Jo Le Guen qui, depuis sa barque dans le fin fond de l’Atlantique, disait son émerveillement devant le spectacle des poissons volants.
Le tout était fluide sans être vide, intéressant sans être ronflant, convivial sans être trivial. Et la programmation musicale était épatante: Higelin, Lily Allen, Ali Farka Touré ou, surtout, Ann Pierlé.
Au même moment, à la télé, Dubosc montrait ses fesses sur M6 et Cauet recevait Ludo de la Star Ac’. On s’est couché en se disant qu’on devrait beaucoup plus souvent commencer sa nuit en écoutant la radio.
B.DL.

07/12/2006

Un lancement si comique

Lancement hier soir donc, en direct sur TF1 et France 2, de la nouvelle chaîne internationale d’info continue France 24. Le 20 Heures de France 2 a amplement relayé l’info, à laquelle il a consacré un sujet de six minutes: une durée très longue dans la conduite toujours aussi serrée de ce journal.
On est allé revoir ce sujet sur le site web de ce JT ce matin. On s’est de nouveau farci ces six interminables minutes juste pour le plaisir de revivre 24 secondes involontairement et doublement si comiques.
Comiques à l’image, d’abord. On est supposé voir à l’écran 24 faisceaux lumineux symbolisant la nouvelle chaîne et censés illuminer les Champs jusqu’à la place de la Concorde. Le problème est que, sur «ces images un peu lointaines», comme en a convenu Pujadas, on n'a pas du tout vu ces faisceaux.
Comiques à l’écoute, ensuite et surtout. En effet, les 24 très solennelles secondes de décompte avant le top de départ ont été assorties d’un tapis musical d’une stupéfiante ringardise: un de ces morceaux de disco dégoulinant à la Barry White qu’on utilisait à la fin des années 70 en fond sonore de sous-séries télé américaines ou d’émissions de variétés familiales tel «Champs Elysées».
Ce double raté était très drôle. Et en même temps tellement ridicule.
Pour ne pas trop désespérer, on s’est immédiatement dit que tout cela était évidemment voulu: que cela avait été manigancé par un jeune réalisateur branché doté d'un redoutable sens de l’humour au second degré.
B.DL.

09/11/2006

Une femme

medium_MISSSORCIERES2.jpgOn loupe trop souvent des expos pour ne pas se promettre que celle-là au moins, on fera l’impossible pour aller la voir. Actualité envahissante ou pas, horaires de travail débordants ou pas.
Une galerie de la rive gauche consacre en ce moment une rétrospective à Miss.Tic, cette artiste plasticienne qui, depuis plus de vingt ans déjà, garnit les murs de Paris de ses pochoirs parfois drôles, parfois cruels, souvent bien vus, à l’occasion un peu déjà vus, mais la plupart du temps délicieusement malicieux.
Au fil du temps certes, comme Ernest Pignon-Ernest, l’intéressée a un peu perdu de l’aura de ses débuts. La preuve en est que des galeristes de Saint-Germain des Prés s’y intéressent et que ses œuvres s’arrachent désormais à prix d’or.
Mais même devenue commerciale, Miss.Tic fait et fera toujours partie d’une certaine culture de rue de la capitale. Avec ses «silhouettes de femmes élégantes, parisiennes et délurées, qui clament à la face de la ville leurs espoirs et leurs désespoirs moulés dans leurs paroles comme dans leurs habits noirs érotiques et ironiques, libres et prisonnières de leurs fantasmes et de leurs rêves, une et multiples».
B.DL.

09:05 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Arts, Expos, Paris, Femmes

18/10/2006

Un certain détachement

«Qu’ai-je envie de jouer? Je suis incapable de vous répondre, je n’ai aucune imagination devant une feuille blanche. C’est rigolo de trouver des propositions, mais sinon, je suis très bien chez moi! J’aime lire, me promener, entretenir la nature. Je n’ai pas besoin, comme certains de mes camarades, de travailler. Le travail est fait pour ceux qui n’ont rien à faire».
Une petite phrase saisie au cours d’un déjeuner… de travail. Le comédien Claude Brasseur, que l’on verra ce soir sur France 3 (20h50) dans «L’Oncle de Russie» de Francis Girod (un fait-divers assez jouissif), est nostalgique. La barbe longue pour cause de tournage (il incarne en ce moment, pour Jean-Jacques Annaud, le patriarche d’un village en 3000 ans avant J.C.), il regrette une certaine époque du cinéma français.
«On déconnait beaucoup plus sur les plateaux. Aujourd’hui, on n’a plus le temps, c’est moins gai. Les jeunes ont peur de tout, de se marrer, de bouffer, de baiser!» Ultime confidence: «J’aurais aimé tourner avec mon père (Pierre Brasseur), mais nous n’avons jamais eu de proposition intéressante. Avec mon fils Alexandre, c’est pareil. On ne jouera ensemble que si le sujet s’impose. Le coup médiatique, commercial ne nous intéresse pas. J’aime sa façon d’aborder le métier, il prend son temps, il fait son travail, il n’est pas obsédé par le cinéma».
Petit rappel: la famille Brasseur est dans le métier de la comédie depuis 1820. Le nôtre est décidément fait de rencontres étonnantes, parfois.
C.G.

16/10/2006

Un état d'esprit

medium_lille3000_1.jpgUne fois n’est pas coutume – cela arrive si rarement – on regrettait un peu d’être à Paris, ce week-end. On aurait bien pris le premier TGV pour Lille.
On a toujours adoré cette ville. Quelque part, cela doit être lié à sa spécificité géographique: cité française mais si proche de la Belgique. Ce week-end a dû encore être plus fabuleux que les autres dans la grande ville du Nord, avec le lancement du festival culturel joliment appelé «Bombaysers de Lille», dédié à l’Inde.
On l’a longuement vu à la télé, et on était assez épaté. La gare de Lille-Flandres a été redécorée pour ressembler à celle de Bombay. La rue principale de la ville a été transformée en une impressionnante «Rambla des Eléphants» ponctuée de statues de pachydermes géants. Toute la cité a été métamorphosée aux couleurs indiennes. Et 150.000 personnes sont descendues dans les rues jusque tard dans la nuit pour danser ensemble, entre fanfares du Rajasthan, soieries kitchissimes et DJ électro indiens.
Martine Aubry elle-même avait abandonné l’air revêche et teigneux qu’elle dégage si souvent. Habillée en sari, elle rayonnait d’une lumineuse et sereine beauté. La maire de Lille célébrait un certain état d'esprit: cet "esprit du Nord" fait de spontanéité et de convivialité, du sens de la fête, d'une absence totale de prétention compensée par une grande curiosité aux autres et de la tolérance.
En l’écoutant, on comprenait parfaitement, comme presque intuitivement, ce qu’elle voulait dire.
B.DL.

10:50 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Culture, Régions

13/10/2006

Un plaisir partagé

Un pays formidable, suite – et sans doute pas fin.
Dans le cadre de l’opération «Lire en fête» qui débute ce vendredi, la France va faire l’objet ce week-end d’une gigantesque opération de «book crossing».
On connaît le concept, venu des Etats-Unis. Il s’agit pour des particuliers de laisser un livre qu’ils ont aimé sur un banc public, dans un bus, dans un café ou dans une gare, pour qu’il soit trouvé et lu par d’autres personnes qui le relâchent ensuite dans la nature, et ainsi de suite. Tous ces lecteurs peuvent se retrouver sur un site internet indiqué dans le livre, pour échanger leurs impressions.
Ce week-end, plus de 10.000 ouvrages seront carrément mis en circulation dans quinze gares de Paris et du pays ainsi que dans des trains sillonnant tout l’Hexagone. Ce sont les cheminots de la SNCF eux-mêmes qui les ont choisis et sortis de leurs bibliothèque personnelle. Sur un site internet , les lecteurs pourront partager leur passion pour tel ou tel ouvrage et suivre pendant des semaines leur parcours géographique et leur succès public.
Parmi les 10.000 livres proposés, figurent tous les genres: bandes dessinées, polars, romans, essais, biographies, mangas, etc. Si l’opération marche bien, ce ne seront plus seulement les cheminots mais l’ensemble des voyageurs de la SNCF qui seront invités à échanger leurs lectures et à dialoguer.
B.DL.

09/10/2006

Un fameux courage

C’était il y a vingt-cinq ans, jour pour jour. Le 9 octobre 1981, en six mots laconiques, le Journal officiel scellait un quart de siècle de débat passionnel: «La peine de mort est abolie», disait la célèbre loi n° 81-908.
Rien que pour cette mesure, François Mitterrand mérite d’être entré dans l’Histoire. A l’époque, plus de six Français sur dix et près d’un électeur socialiste sur deux étaient contre l’abolition. Il lui en a donc fallu du courage pour prendre cette mesure si impopulaire.
Un quart de siècle plus tard, le rapport de forces s’est exactement inversé dans l’opinion, puisqu’ils ne sont plus que quatre Français sur dix à prôner le rétablissement de la peine capitale. Ce qui paraît tout de même encore énorme.
B.DL.

02/10/2006

Une couleur

medium_Bleu_Klein.2.jpgC’est sans doute la seule couleur qui ait été déposée, comme une marque commerciale, par son auteur. C’est un bleu puissamment lumineux, qui, selon l’éclairage, la texture de la toile ou l’humeur du spectateur, est violemment électrique, limite agressif, ou infiniment reposant. Et c’est la teinte qui, à partir de jeudi et jusqu’à début février, va faire l’événement artistique à Paris.
C’est évidemment l’IKB : le «International Klein Blue», que le peintre français Yves Klein (1928-1962) créa un jour d’été, allongé sur la plage de Nice, après avoir contemplé le ciel et maudit les oiseaux blancs qui, selon lui, le défiguraient.
Le Centre Beaubourg consacre une grande rétrospective à cet artiste majeur, prématurément disparu à l’âge de 34 ans. On y retrouve évidemment ses mythiques et gigantesques «Monochromes» azuréens. «J’ai signé mon nom au dos du ciel», disait d’eux Yves Klein. «Tous les tableaux, quels qu’ils soient, figuratifs ou abstraits, me font l’effet des fenêtres de prison. Le lecteur d’un tableau à lignes, formes, compositions reste prisonnier de ses cinq sens».
En sept ans de carrière seulement, Klein fut l’artiste de toutes les intuitions, de toutes les libertés, de toutes les folies. Cinq ans avant Gagarine, il pressentit, avec sa mappemonde bleue, que la planète terre rayonnait d’un bleu intense et profond. Il peignit avec le vent, avec la pluie, avec la flamme. Avec la femme aussi, qu’il transforma en pinceau humain pour ses célèbres «Anthropométries». Il imagina une machine pour s’entraîner à léviter, créa une symphonie à un seul ton suivie d’un long silence, illumina de bleu l’obélisque de la Concorde, élabora un projet de fontaines de feu pour le Trocadéro. Se passionna aussi, outre pour le bleu, pour le rose, le rouge, l’or ou l’argenté, autant de couleurs qu’il magnifia.
L’expo était si gaie et lumineuse ce midi qu’en quittant le vernissage, un oeil jeté à la vue sublime qu’offre sur la ville le sixième étage de Beaubourg, le ciel pourtant très plombé de Paris paraissait soudain beaucoup moins gris.
B.DL.

15:35 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris, Arts, Expos

26/09/2006

Une réussite

A la veille de leurs nouvelles émissions, les animateurs télé font quelque fois de gros effets d’annonce, suivis le jour J par une déception non moins importante. Hier soir, en revanche, avec Frédéric Taddeï, on a été carrément gâtés, si tant est qu’on ait pu douter des capacités du créateur de «Paris Dernière» à nous surprendre.
En effet, la quotidienne culturelle «Ce soir ou jamais!», énorme pari pour France 3, en direct s’il vous plaît, avait franchement de l’allure. Et cela ne tenait pas seulement à ce décor, blanc, déstructuré, animé en arrière-plan par les conversations tranquilles de quelques personnes venues accompagner les invités de l’animateur. C’était aussi cette manière, rare sur un plateau de télé, de ne pas figer la parole de l’autre dans un carcan millimétré, minuté, de ne pas l’interrompre toutes les trois secondes, mais plutôt de laisser surgir un débat spontané, vif, entre les invités.
Taddeï nous l’avait promis: il saurait «ne pas être à l’écran». Il se fit discret mais efficace, provocateur sans être racoleur. On a reconnu aussi, dans les mouvements très fluides de caméras, la patte énergique de «Paris Dernière». Une liberté à l’image qui laisse place aux idées profondes, parce que rien n’est jamais trop lourd.
Après la bonne surprise, l’année dernière, de l’arrivée de Marie Drucker aux commandes du «Soir 3» (désormais programmé à 23 heures pile, au milieu de «Ce soir ou jamais!»), on ne peut que se réjouir de l’arrivée de cette nouvelle émission sur une chaîne décidément de plus en plus dépoussiérée.
C.G.

14/09/2006

Un beau moment

C’était hier soir. C’était bondé. C’était légèrement snob et mondain. Cela faisait dix ans que les Parisiens attendaient cela. Et c’était un beau moment. C’était la réouverture du Musée des arts décoratifs, installé dans l’aile Marsan du Palais du Louvre, qui avait fermé ses portes dans les années 90 pour de lourds travaux de rénovation.
Ce musée, à l’époque, était connu pour son côté un peu poussiéreux et «fourre-tout», les 150.000 pièces de ses prestigieuses collections permanentes (du mobilier, des retables, des sculptures, des pièces de tissu, des jouets, des objets de décoration, etc.) étant un peu entassées n’importe où et n’importe comment. Dix ans plus tard, le nouveau musée est une réussite (*). Du Moyen Age jusqu’aux années 90, il propose en effet aux visiteurs un éblouissant panorama de l’évolution des arts décoratifs.
Hier, parce qu’il fallait bien faire un choix vu la foule et la masse de choses à voir, on s’est plus spécifiquement intéressé aux sections consacrées au XXème siècle. Art nouveau (dont des meubles venant d’un célèbre hôtel de maître bruxellois), Art déco, modernisme, design, création contemporaine: la qualité des pièces exposées et l’intelligence de leur choix étaient réjouissantes.
On a particulièrement aimé déambuler au sommet de l’édifice. Dans une petite pièce du 9ème étage, sous la voûte métallique, le public est invité à s’affaler dans des fauteuils mythiques des années 60 et 70 – de véritables icônes des arts décoratifs - et à regarder des extraits de films de cinéma les mettant en situation. L’expérience est sympa. En plus, des petites fenêtres du toit, si loin du vacarme permanent et pollué de la rue de Rivoli, on jouit de la plus belle vue qui soit sur le jardin des Tuileries et la tour Eiffel.
Une agréable redécouverte donc. Et une si belle fin de journée.
B.DL.

(*) Hormis quelques détails agaçants mais à la mode manifestement dans la muséographie française contemporaine (puisqu’on les retrouve notamment au nouveau Musée du quai Branly): une climatisation anémiée, des notices de présentation unilingues, les noms des sociétés privées mécènes légitimement mais tout de même un peu trop ostensiblement mis en valeur, des circulations conçues pour «favoriser les surprises et les événements de nature à soutenir l’attention du visiteur» mais qui, pour le coup, ne sont pas toujours très évidentes.

10:25 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris, Arts, Musées

26/04/2006

Un peintre

medium_envolee_presentation.jpgCela faisait des années qu'on en entendait parler et qu'on tombait de temps en temps sur l'un ou l'autre de ses tableaux. On se disait qu'a priori, comme Pierre Soulages, Olivier Debré ou Nicolas de Staël, on allait beaucoup l'aimer. Mais, les années passant, on n'avait jamais vraiment eu/pris le temps d'approfondir l'artiste et d'y succomber. Et puis, la découverte ces derniers jours d'un de ses plus fameux "Opus" sur les panneaux d'affichage et les placards publicitaires des autobus parisiens nous a décidé: Gérard Schneider, cette fois, on n'allait plus passer à côté.
Ce grand peintre franco-suisse (1896-1986) a été très justement choisi par les responsables du Musée du Luxembourg pour illustrer l'exposition intitulée "L'Envolée lyrique-Paris 1945/1956", qui se tient à partir de ce mercredi et jusqu'au 6 août au Palais du Luxembourg. Avec un "Ciel" sublime signé de Staël et deux Poliakoff épatants, les trois huiles de ce pionnier de l'abstraction dite chaude, par opposition à l'abstraction géométrique, constituent sans nul doute le clou de l'exposition.
Schneider, a écrit le grand historien de l'art Michel Ragon, c'est "une force tumultueuse, un ouragan, un concert endiablé qui rappelle tantôt 'La Symphonie fantastique' de Berlioz, tantôt 'Le Jugement dernier' de Michel-Ange". Ses tableaux dégagent une puissance tellement fulgurante qu'à leur vue, on en a oublié les 1000 bruits parasites, frôlements, réflexions un peu idiotes et autres gloussements mondains de tout bon vernissage parisien. C'est dire.
B.DL.

10:10 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris

21/03/2006

Un appel à l'aide

Reçu au courrier ce matin un mail d'"appel à l'aide" émouvant. Il émane de Français du bout du monde, qui n'en peuvent plus de n'être "pas entendus". Le message a été envoyé précisément par "750 habitants dont 200 enfants et 100 adultes fragiles, répartis sur 10 îlets situés de 300 à 1200 mètres d’altitude, cernés par des falaises de plus de 2000 mètres, pour la majorité à 4 à 6 heures de marche des routes carrossables".
Ce sont les habitants de Mafate, cirque volcanique sublime --on y a longuement randonné -- de l'île de La Réunion, dans l'Océan indien, à 9.000 kilomètres de Paris. "Nous avons des sujets vulnérables à protéger. Nous avons besoin de vous", crient les habitants de Mafate (www.sosmafate.blogspot.com ). Dans ce cirque, "92 patients victimes du Chikungunya ont été recensés à ce jour, à un rythme actuel de cinq nouveaux patients environ par semaine".
Suit une question: "Combien de drames, d’invalidité, de séquelles faudra-t-il pour être écoutés?"
Selon les derniers chiffres officiels, l'on recense 212.000 cas de Chikungunya à La Réunion, soit plus d'un insulaire sur quatre. L'épidémie y a déjà fait 148 morts.
B.DL.

13/03/2006

Une séquence culte

«Vous n’avez pas honte d’exister?», hurle Jean Gabin à des cafetiers dans «La traversée de Paris» de Claude Autant-Lara. Appuyé au zinc, il balance un verre de rouge droit devant lui et encourage Bourvil à en faire autant. A leurs pieds, quatre valises remplies de viande de porc destinée au marché noir. Intense jubilation.
Revoir cette séquence, comme d’autres, célèbres, ayant pour cadre un bistrot parisien. Fabrice Luchini et Sandrine Kiberlain dans «Rien sur Robert» de Pascal Bonitzer, Emmanuelle Devos et Romain Duris dans «De battre mon cœur s’est arrêté» de Jacques Audiard, Emmanuelle Béart et Daniel Auteuil dans «Un cœur en hiver» de Claude Sautet… Tout se joue autour d’un café, d’un coup de rouge. Anonymes parmi les anonymes. Paroles isolées au milieu d’un brouhaha familier. Longs regards. Sentiments violents.
L’expo «Paris au cinéma», à l’Hôtel de Ville (salle Saint-Jean, métro Hôtel de Ville) jusqu’au 30 juin, offre ce montage thématique sur écran géant, ainsi que cinq autres consacrés aux toits de Paris, aux amoureux, aux Parisiennes, aux poursuites ou à la Tour Eiffel.
Une belle promenade aussi dans l’histoire du cinéma: de la lanterne magique des frères Lumière au polar animé en 3D de Christian Volckman.
Et en plus, c’est gratuit!
C.G.

12/03/2006

Une ville, la nuit

Dans la boîte mail ce matin, un message de Madrid : «J'ai reçu cette photo... c'est beau Paris tout de même!». On ouvre le fichier attaché: http://framboise781.free.fr/Paris.htm, en se disant qu’on le savait déjà que c’était beau, en se demandant ce qu’on pourrait encore bien découvrir.
Ladite photo s’affiche. Le choc : les toits de zinc, les lumières, l’ange de la Bastille, la Seine, la ville. On fait défiler le curseur, on tombe à la renverse: rarement avait-on vu panoramique aussi réussi. On recommence, plusieurs fois de suite. On est subjugué.
On se demande si après cela, il est encore nécessaire de bloguer au quotidien sur la chance de vivre et de travailler dans cette ville.
B.DL.
(Photo: Arnaud Frich - http://www.arnaudfrichphoto.com)