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09/03/2006

Une ville formidable

On l’a déjà dit 10.000 fois au moins: à tous ceux -- touristes de passage ici, notamment -- qui pensent que Paris est une ville impitoyable, immense et impersonnelle. Non, Paris est une ville formidable, humaine, attachante, solidaire et conviviale. On se l'est encore dit hier soir en découvrant, Paris Peuplade, une initiative lancée en novembre dernier dans le 17ème arrondissement et qui, depuis, s’est répandue comme une traînée de poudre dans toute la capitale.
Le concept? "Peuplade se donne pour mission d’offrir aux habitants d'un même territoire l’envie et les moyens de vivre ensemble dans un esprit d’ouverture, de liberté, de responsabilité et de justice". En clair? Elle encourage les habitants à concevoir et à lancer, via le web, "des actions de vie sociale": de la promenade à rollers à la rencontre des jeunes mamans du quartier, en passant par un coup de main pour un déménagement ou une soirée jeux de société. "Un rendez-vous pour faire la fête, rencontrer ses pairs, réunir une équipe autour d'un projet, improviser une rencontre collective au coin de la rue... tout est possible, et s'effectue en quelques clics".
Des tas de peuplades ont déjà vu le jour à Paris : les peuplades des musiciens des Epinettes, des informaticiens de Montparnasse, des mères au foyer de la Place de Clichy, des joggers du parc Monceau, des DVD-philes de la Porte d'Orléans, des chanteurs lyriques de l'est parisien, des Bellevillois solidaires, des papis et des mamies du canal de l'Ourcq, des insomniaques du XVIème, etc.
Régulièrement, des "rendez-vous de la peuplade" sont organisés dans un lieu public du quartier : un café, un parc, une piscine, etc. "A ce rendez-vous, on fait ce qu'on veut, on invite qui on veut, on accueille celui qui vient, qu'il fasse partie de la peuplade ou non. La soirée peut avoir un thème ou pas, proposer une activité ou laisser place aux rencontres et aux discussions. L'essentiel est que le groupe soit ouvert, accueillant, et qu'il laisse les participants libres d'aller et de venir à leur gré. Les seuls mots d'ordre d'une peuplade sont : rassemblement, ouverture, indépendance et liberté" .
Epatant.
B.DL.

14:45 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris

08/03/2006

Un coup de poing

Il a eu le plus Parisien des prix littéraires (le Prix de Flore, du célèbre café du même nom, boulevard Saint-Germain), donc on s'autorise à en parler ici. En plus, en cette Journée internationale de la Femme, cela tombe à merveille.
Malgré son titre (mauvais), malgré le nom de son auteur (improbable), c’est un livre (*) fort, juste et touchant : l’histoire d’une fille qui choisit de vivre sa féminité en la niant complètement, ou plutôt en la réinventant en surjouant dans le masculin.
Le portrait est admirablement tracé. On en a tant vu ici à Paris, et en banlieue bien sûr aussi, de ces filles qui, par choix ou parce qu’elles n’en peuvent pas, font le garçon. Ces filles qui marchent comme les garçons, s’habillent comme les garçons, parlent, jurent et se battent comme les garçons, boivent, fument et bossent comme les garçons, parfois même se donnent le prénom d’un garçon.
« Je ne veux ni l’égalité, ni la guerre des sexes, je veux un seul sexe, le sexe viril, univoque, interchangeable, je veux que tout le monde relève la tête. Comme si toi tu n’avais pas pitié de moi, comme si moi je n’avais pas de revanche à prendre, comme si plus aucune fille n’avait besoin de dire à un homme je t’emmerde, comme si plus aucun homme ne pensait dans un sourire tiens, aujourd’hui c’est la journée de la femme. Je ne veux plus de garçons et de filles, je ne veux plus de cow-boys et d’Indiens, plus de colons et de colonisés (…) mais la puissance pour tous, sans distinction, sans héritage, sans territoire ».
Ce livre de fille est un coup de poing à l’estomac de tous les gars.
B.DL.

(*) "Boys, Boys, Boys », par Joy Sorman, 135 pp., Editions Gallimard.

09/02/2006

Un refrain

Rentré un peu tard hier soir: pas trop envie de se coucher avec, dans la tête, le visage hâve et le coeur gros du juge Burgaud.
Au détour d'une rue, le souvenir soudain d'un refrain de ce jeune chanteur français (*) délicatement tourmenté, dont le portrait - yeux baissés, bras croisés - s'affiche beaucoup dans le onzième arrondissement.

"Sur la colline et dans la joie
les hommes vont braver le froid
les habitudes qu'ils n'oublient pas
le jour qui meurt dans mes bras
palpite de ne savoir pourquoi
les lendemains n'existent pas
quand Paris s'allume sous mes pas"


Joseph d'Anvers - 'Les choses d'en face' (Atmosphériques Editions)
B.DL.

(*) Français ou Belge, finalement? Avec un tel nom, on est en droit de s'interroger. Depuis la rédaction de Bruxelles, l'ami Vince Brown nous envoie cette précision: "Nous sommes deux à faire boucler Joseph d'Anvers, que j'ai rencontré la semaine dernière. Le garçon est de Nevers, mais Parisien d'adoption, d'où son pseudo en référence à la station de métro à deux pas de chez lui. Une identité qui renvoie également à son genre musical de prédilection (il a oeuvré dans un groupe rock expérimental... jusqu'à s'en déchirer les cordes vocales) où figurent en bonne place les Anversois de dEUS, de même qu'Arno et la nouvelle scène pop-rock wallonne".

07/02/2006

Une fille bien

Ce mardi matin à Paris, Diam's était à la présentation du lancement de la dernière campagne de la section française d'Amnesty International, consacrée à la violence contre les femmes; une campagne à laquelle la jeune chanteuse de rap, âgée de 25 ans, n'a "pas hésité une seconde" à participer. Et pour cause. Diam's elle-même a été longuement battue, il y a quelques années, par son copain d'alors.
Devant une meute de journalistes -- et, la classe, sans en profiter pour faire la promo de son dernier disque, qui vient pourtant de sortir -- elle a témoigné avec pudeur et sensibilité de ce passé. "J'avais 17 ans. Outre des violences physiques, je subissais un harcèlement pyschologique destructeur. Je n'ai pourtant jamais porté plainte. Parce que j'avais peur. Parce que c'était la honte. Parce que, quand on est jeune, ca fait partie des codes: on ne porte pas plainte à la police".
Quelques années plus tard, elle a consacré une chanson ("Ma souffrance") à cette expérience. "Après cette chanson , j'ai reçu énormément de courrier de jeunes victimes: des filles de 14, 15 ans, parfois 13! Ces filles de 13 ans, elles n'avaient même pas encore l'âge d'aimer que déjà elles prenaient des coups! Comme voulez-vous aimer après ça?"
"Heureusement, je suis debout, je n'ai pas de séquelles", a ajouté la jeune chanteuse. Qui a avoué avoir tout de même "mis 5 ou 6 ans à perdre (mes) réflexes de femme battue". Et la star des banlieues, belle, forte et sobre, de lancer un message d'espoir à toutes les femmes victimes de violences: "On peut aimer sans avoir à se protéger le visage chaque fois qu'une main s'en approche".
B.DL.

02/02/2006

Un éblouissement

Réouverture mercredi soir du Musée d'art moderne de la ville de Paris, après plus de deux années de gros travaux de rénovation et de remise aux normes.
La soirée fut en tous points réussie. Devant le palais de Tokyo, dès la fin de la journée, une queue de centaines de curieux s'est étirée. La rétrospective consacrée au peintre Pierre Bonnard, la première organisée à Paris depuis plus de vingt ans, a accueilli la grande foule. La redécouverte de la collection permanente du musée fut un éblouissement. Soulages, Klein, Picasso, Zadkine, Brassaï, Hantaï, etc. : les trésors de l'institution sont désormais magnifiquement mis en valeur dans ces grands halls d'un blanc immaculé. Plafonds aériens, planant à une dizaine de mètres de hauteur, sols de béton impeccablement vernis, baies vitrées ménageant de belles vues sur la tour Eiffel illuminée: la promenade artistique fut grandiose.
Ellle s'acheva en apothéose, avec la redécouverte de "La Fée électricité", la monumentale fresque de Dufy restaurée et désamiantée, désormais superbement éclairée.
Ce soir-là, en tout cas, le dégradé de couleurs offert par les 250 panneaux si délicatement décorés par le peintre fut miraculeux. Un ravissement.
B.DL.