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22.07.2010

Une (double) évacuation

Joli – ou affreux, c'est selon – catapultage de l'actualité, ces derniers jours à Paris. Par catapultage, on entend la rencontre fortuite entre deux actualités survenant au même moment, n'ayant théoriquement rien à voir l'une avec l'autre, mais dont la coïncidence fait sens. Ces deux actualités parisiennes ont la Seine pour point commun.

D'une part, le long des voies sur berges, vient d'être lancée la neuvième édition de Paris Plages. Comme chaque fin juillet, pour laisser la place à l'animation vedette de l'été, les flots incessants de voitures qui, à longueur d'années, monopolisent les rives du fleuve ont été repoussés sur les quais en hauteur. D'autre part, autre évacuation, au même moment et aux abords du même fleuve, mais cette fois sur le bras de la Seine qui, passé le port autonome de Bastille, devient le canal Saint-Martin. Là, sous l'oeil des CRS, ont été évacués non des bagnoles, mais des gens: les quelque 200 «habitants» du mini-bidonville qui, depuis plusieurs mois, avait été érigé sous deux ponts de ce canal. Là, sous ces tentes et abris de fortune, (sur)vivaient quelque 200 étrangers, pour la plupart venus d'Afghanistan et candidats réfugiés politiques. La mairie comme le tribunal administratif ont estimé que ce campement posait de graves problèmes de salubrité et de sécurité publiques. Les exilés ont été orientés vers des centres d'hébergement.

L'installation de Paris Plages et l'évacuation d'un bidonville. «Ca n'a rien à voir», a bougonné le maire Bertrand Delanoë, agacé d'être interrogé par les médias sur la coïncidence entre ces deux événements. Dans le compte-rendu télévisuel de ces deux actualités, en effet, on a pu voir que cela n'avait rien à voir. D'un côté, on parlait sable chaud et palmiers, brumisateurs et ambre solaire, murs d'escalade, compétition de skate et ateliers smoothies. C'était le visage le plus souriant, le plus insouciant, le plus léger de l'été à Paris. De l'autre côté, on parlait hygiène et insalubrité, exil et asile, errance et désespérance. C'était la face la plus glauque de la réalité estivale dans la capitale. A la télé, de JT en JT, on passait sans crier gare d'un sujet à l'autre. Avec une fluidité et une décontraction totalement décomplexées. C'était vraiment bien, cette aisance télévisuelle. C'était très confortable.

08.07.2010

Une découverte

Aujourd'hui, on prend le risque de paraître complètement décalé par rapport à l'actualité brûlante du moment en France. En faisant dans l'anecdotique, alors qu'une certaine affaire (d'Etat ou pas) agite la classe politique et médiatique. Mais, au vu du nombre de Parisiens qui nous ont parlé de cette info depuis que, relayée par l'AFP, elle est tombée hier après-midi, c'est aussi cela qui intéresse les gens dans leur vie quotidienne, ici. Cette affaire-ci concerne le métro. Et une découverte animalière surprenante qui y a été faite la semaine dernière par les pompiers de la capitale.

 

Des animaux dans le métro de Paris, on en a déjà vu pas mal. Des rats, des souris et des mulots. Des blattes, des guêpes, des mouches et des moustiques. Des pigeons et des moineaux. Des chats et des chiens perdus parfois même, dit-on. L'autre jour, on a même croisé un voyageur qui dans la rame, faisait sensation: il promenait en laisse ce qui ressemblait à un furet ou à une fouine. On sait aussi que les grillons ont cessé d'égayer de leurs crissements provençaux les souterrains de la RATP car ces bestioles, grandes gourmandes paraît-il de mégots, ont déserté le métro dès qu'y a été interdite l'herbe à Nicot. Cela, c'est le bestiaire métropolitain parisien classique et habituel. L'autre jour, en revanche, c'est avec stupeur que la brigade des sapeurs-pompiers de Paris, appelée à la rescousse par la RATP, a dû s'occuper, pour la première fois, d'un... serpent.

 

Si l'on en croit le récit de la préfecture de police, cela s'est passé précisément vendredi dernier à 16h20 à la station de métro Télégraphe, dans le vingtième arrondissement. Une couleuvre a été découverte, lovée dans une poubelle d'un quai de la ligne 11. Le reptile a été capturé puis remis à une animalerie. Nul ne sait comment il avait abouti dans le métro. «L’été amène malheureusement son lot d’abandons d’animaux familiers», a commenté la préfecture, pour qui «le cas de cette couleuvre illustre bien le phénomène s’étendant aux nouveaux animaux de compagnie, qui font l’objet d’un engouement certain». Les pandores en ont donc profité pour rappeler que «tout abandon d'animal est considéré comme un acte de cruauté réprimé par l'article 521-1 du code pénal, et est passible d'une peine de 2 ans de prison et 30.000 euros d'amende ainsi que d'une peine complémentaire d'interdiction de détention d'un animal, provisoire ou définitive».

22.06.2010

Un tintamarre

La Fête de la Musique hier, à Paris comme ailleurs. Comme chaque 21 juin, on est allé y faire un tour en soirée, sans cette fois y passer des heures vu la météo si peu estivale. On y est resté cependant assez longtemps pour constater qu'une fois encore, on jouait et on entendait vraiment un peu de tout dans les rues – un peu n'importe quoi aussi, parfois: c'est le principe de cette festivité – et que, globalement, résonnait dans Paris un tintamarre réjouissant. Et assez assourdissant. Une fois encore donc, on s'est réjoui du privilège que l'on a, tout en habitant dans ce quartier Bastille si animé et donc bruyant, de vivre dans un endroit très calme. La nuit dernière donc, on n'a pas eu besoin de bouchons d'oreilles pour fermer l'oeil.

Ce qui, vu le niveau sonore ambiant, n'a pas dû être le cas de nombre de Parisiens. Pour qui, Fête de la Musique ou pas, le bruit constitue une réelle nuisance au quotidien. C'est d'ailleurs un des facteurs majeurs à l'origine de la difficile cohabitation entre fêtards et riverains. Depuis le lancement cet automne de la pétition contre «La nuit se meurt en silence», on semble avoir assez peu progressé dans la recherche de solutions concrètes pour améliorer cette âpre coexistence. Deux idées, toutefois, ont émergé. Premièrement: l'installation de sonomètres visuels dans les rues les plus animées de la capitale le soir – parmi lesquelles notre bonne vieille, et désormais si festive, rue Amelot, dans notre onzième arrondissement. Ces sonomètres visuels vireraient à un rouge vif et très voyant quand le niveau sonore dans la rue dépasserait les 80 décibels. Ce qui, espèrent (naïvement?) ceux à l'origine de ce projet, inciterait les fêtards, du coup avertis, à baisser le ton. Deuxième idée: la création d'«un service de médiation nocturne» à la Ville de Paris, qui irait à la rencontre des riverains les soirs où ils n'en peuvent plus du tapage nocturne. On sait assez, en effet, combien la police – qui, à Paris comme ailleurs, a d'autres chats à fouetter la nuit – intervient peu quand elle est saisie de plaintes pour nuisances sonores.

Le bruit, cela dit, tout le monde s'en plaint si souvent mais, à l'occasion, chacun se l'inflige aussi. Dernièrement, une étude l'a rappelé. Menée auprès de 2000 lycéens de la région parisienne, elle portait sur le niveau sonore moyen auquel ces ados écoutent leur baladeur. Résultat? En majorité (54%), ils l'écoutent en permanence à un niveau supérieur à 85 décibels, ce qui équivaut au bruit d'une tondeuse à gazon. Ils sont même 7% «à pousser le volume à plus de 100 décibels, soit un niveau dangereux, correspondant au bruit émis par un marteau piqueur». A Paris et dans sa région, dès lors, les campagnes de sensibilisation seront poursuivies voire intensifiées, afin de «faire prendre conscience aux jeunes de l’importance de la qualité de l’environnement sonore et les sensibiliser aux risques auditifs liés à l’écoute prolongée des musiques amplifiées».

03.06.2010

Un coup de poing?

écranpubmétro.jpgLes usagers du métro parisien allergiques à la pub auraient-ils décidé de désormais... faire le coup de poing? C'est en tout cas la question que l'on s'est posée hier en passant à la station «Rome». Où l'on est tombé nez à nez sur un de ces fameux publicitaires lumineux à cristaux liquides LCD. Panneaux qui, après avoir défrayé la chronique pendant deux ans, ont finalement fait leur apparition dans le réseau souterrain de la RATP – on en a vu un aussi à la station «Villiers». En effet, ce panneau supposé high tech était en bien piètre état. Sa façade de verre était constellée d'innombrables éclats, comme si elle avait subi de violents coups. Le résultat d'une expédition punitive d'activistes anti-pub?

 

Ceux-ci, en tout cas, continuent d'être particulièrement remontés contre cette nouvelle étape franchie dans la marchandisation de l'espace public que constituent les couloirs, quais et stations du métro de Paris. Selon eux, ce «matracage publicitaire» par écrans animés est d'autant plus inacceptable que ces panneaux peuvent théoriquement être équipés de capteurs «espions» (relire ici ou ). La régie publicitaire de la RATP n'en a cure: elle est bien décidée à déployer 400 de ces écrans dans son réseau d'ici à la fin de l'année. Tout au plus, dans le souci de «calmer les esprits», a-t-elle, pour l'instant, désactivé leurs fameux capteurs.

 

Il n'y a pas que les anti-pubs, cela dit, qui n'apprécient pas ces nouveaux panneaux si voyants. Une riposte (pour la forme?) est venue également du Conseil de Paris. Dernièrement, en effet, les élus de la capitale ont adopté un voté un voeu priant le maire, Bertrand Delanoë, d'intercéder auprès de la société de transports. Pour qu'elle suspende le déploiement de ces écrans LCD, le temps de présenter les résultats de leur expérimentation menée l'an dernier et de procéder à une concertation en bonne et due forme avec les associations d'usagers. La RATP a l'air de faire la sourde oreille. Et pour cause: à ses annonceurs, elle facture ces écrans LCD deux fois plus cher que les panneaux d'affichage classiques...

09.04.2010

Une invasion

rats.jpgPour bien terminer la semaine, on quitte les rumeurs de la Cour pour revenir à la vraie vie parisienne. On abandonne les caves de la République, qui nous ont occupé ces deux derniers jours, pour plonger dans les sous-sols de Paris. Dans les garages, parkings, égouts, arrière-cours, terrains vagues – bref, les bas-fonds, au sens propre, de la capitale. Autant d’endroits qui, en ce moment, mobilisent les services de l’hygiène de la mairie, à propos d’un des aspects les moins ragoûtants de la vie ici: les rats.

 

Paris, en effet, a été victime ces derniers mois d’une recrudescence de ces rongeurs – phobie urbaine sur laquelle on a déjà pas mal flippé, dans ce blog (relire ici, ou ). C’est, paraît-il, une des conséquences de l’hiver long et rigoureux que l’on a connu ici. Les rats, fuyant le froid des égouts ou de la rue, ont cherché à étendre leur territoire à des endroits plus tempérés, notamment en remontant, via les canalisations, se réchauffer dans les halls d’immeubles voire dans les appartements. Où, visiblement, ils se sont trouvés si bien qu’une bonne partie d’entre eux ont décidé d’y rester. On l’entendait l’autre jour à la radio: la situation est telle désormais que, y compris dans les plus beaux quartiers de Paris, les sociétés de dératisation ne savent plus où donner de la tête. «Même des people habitant dans le seizième ou à Neuilly ont fait appel à nos services!», racontait, amusé, l’employé d’une de ces sociétés qui était interviewé.

 

«Quatre rongeurs par habitant dans les quartiers rupins, et de huit à dix dans les arrondissements où règnent davantage saleté et insalubrité», expliquait «Libération», dernièrement. Qui évaluait carrément à... 6 millions le nombre de rats vivant à Paris! En lisant cela, on était assez pantois, nous qui en étions restés à, en gros, un ou deux rats par Parisien.

 

Ces prochains jours, d’ailleurs, des opérations exceptionnelles de dératisation vont avoir lieu dans un quartier populaire du vingtième arrondissement. Où l'invasion de rongeurs a atteint de telles proportions que des habitants en sont arrivés à aller déposer des cadavres de rats à la mairie, en guise de protestation contre son inaction. «Les jeunes ramassent les cadavres des rats dans le square de la cité pour leur offrir un enterrement officiel», a-t-on même lu, il y a peu, dans les pages locales du journal «Le Parisien».

 

Paris, ville glamour? Pas toujours.

04.03.2010

Un stress

parislemetro.jpg92 minutes. C’est le temps moyen que l’habitant de la région parisienne passe chaque jour dans les transports en commun. Ce chiffre figure dans la dernière étude réalisée par l’Observatoire régional de la santé au travail, une enquête dont les résultats ont été rendus publics au début de cette semaine. A la question de savoir si, d’une manière générale, les transports en commun qu’ils utilisent pour aller au travail subissents des retards, 69% des voyageurs ont répondu par l’affirmative. On découvre aussi dans cette étude que, pour six sondés sur dix, ces trajets domicile-travail sont une source de désagréments. Des désagréments qui, dans plus de la moitié des cas, influent négativement sur leur vie professionnelle, leur vie privée et/ou leur santé.

 

Si l’on estime que quelque 8 millions de personnes empruntent chaque jour un transport commun en région parisienne, cela fait pas mal de millions de gens quotidiennement mécontents de la qualité de ce service public et souffrant de ses dysfonctionnements.

 

Le mois dernier déjà, commentant les résultats d’une étude d’impact, le cabinet privé Technologia, spécialisé dans la prévention des risques professionnels, avait alarmé sur les conséquences de ces transports publics déficients sur le stress au travail. En région parisienne singulièrement, avait-il mis en garde, «la dégradation des conditions de transport est devenue un enjeu de santé pour les salariés», car «elle est à l’origine d’un vrai facteur de stress au travail». D’autant que, souvent, les entreprises, «si elles se soucient de la santé physique (travail à la chaîne) ou psychique (harcèlement) de leurs salariés, n’intègrent pas le fait que des trajets longs et chaotiques pèsent sur leur travail». «Sur certaines lignes, les gens n’en peuvent plus; c’est frappant!», s’était exclamé le patron de Technologia. Qui avait notamment fustigé «l’anarchie» du RER A – 20.000 retards recensés en 2008, pour donner une idée aux lecteurs qui ne prendraient jamais cette ligne.

 

En temps normal déjà, on se réjouit souvent de vivre et de travailler dans le centre de Paris. A la lecture de ces études encore plus, on se dit que c’est vraiment une chance et un privilège. 92 minutes de stress épargnées chaque jour, cela n’a pas de prix.

04.02.2010

Une accélération

jardinlalanne.jpgCe sera le projet urbanistique de la décennie, à Paris: le réaménagement du Forum des Halles – si vous avez raté des épisodes et voulez voir le projet, c’est ici. Le chantier, pharaonique (760 millions d’euros, dont 500 à charge de la Ville), ne sera achevé qu'en 2016. Mais, dorénavant, on décompte les jours avant son démarrage, prévu dès ce mois de mars. Ces dernières semaines, les choses se sont même accélérées.

 

Fin janvier, s’est achevée l’enquête publique relative à la nouvelle gare prévue en sous-sol, destinée à remplacer la gare actuelle des Halles – une des plus grandes d’Europe: 800.000 usagers chaque jour. Peu auparavant, la commission d'experts en charge des cinq enquêtes publiques concernées à lui seul par ce projet colossal avait remis un avis globalement favorable à la Préfecture de Paris. Ce jeudi soir, enfin, les autorités tenteront de faire sauter l’un des derniers verrous: l’opposition de riverains (ici, par exemple) au réaménagement du Jardin Lalanne. Depuis près de trente ans, cet espace vert très fréquenté jouxte le Forum. Nombre de gens du quartier y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Ces derniers mois, ils ont multiplié les manifestations et interpellations d’élus à son sujet. La réunion de ce soir pourrait donc bien être houleuse.

 

lesfuturesHalles.jpgA supposer que le maire Bertrand Delanoë, ses urbanistes et les architectes du projet emportent l’adhésion des riverains, leur restera encore à calmer d’autres riverains mécontents, ou en tout cas assez inquiets: les exploitants des 380 commerces que compte l’actuel Forum. Commerçants qui, eux aussi, l’échéance du début du chantier s’accélérant, commencent un peu à s’agiter.

 

Et pour cause. A l’origine, il était prévu de procéder graduellement au lifting du centre commercial, de manière à ne pas devoir y fermer la moindre boutique pendant le chantier. Mais les architectes ont fini par découvrir que la structure du Forum devrait être consolidée pour pouvoir accueillir «la Canopée»: le nom donné à l’immense et donc très lourd toit de verre qui, culminant à 14,5 mètres de hauteur, recouvrira la galerie et la gare RER rénovées.

 

Au minimum, onze des piliers colossaux soutenant le Forum devront être renforcés. Comme ces piliers passent tous dans des magasins – et y compris en plein milieu de la FNAC des Halles, la plus grande de France –, autorités, architectes et techniciens s’avancent moins, désormais, sur la faisabilité de maintenir ouverts tous les commerces du Forum pendant la totalité des travaux.

 

lesfuturesHalles2.jpgLes commerçants n’en demandaient pas tant, eux qui craignaient déjà la désertification de la galerie pendant cet interminable chantier, vu les embarras de circulation qu’il ne manquera pas de causer – dans un quartier dont les abords, déjà, ne sont pas rarement embouteillés. A Paris, en tout cas, c’est sûr, on n’a pas fini de parler de cet énorme chantier.

06.01.2010

Un luxe

Aujourd'hui, un sujet certes très anecdotique mais qui est aussi pile poil dans l’actualité puisqu’il a trait à l’Epiphanie, que l’on fête ce mercredi à Paris comme partout ailleurs. Si ce n’est que, dans la capitale française particulièrement, les prix de la galette des rois, qu’il est de tradition de déguster aujourd’hui, ont, cette année, atteint des niveaux astronomiques.

 

Cela n’a pas manqué, ces derniers jours: on avait beau changer de boulangerie, à chaque fois qu’on poussait la porte de ce genre de commerce et qu’on jetait un coup d'oeil gourmand aux vitrines, on était estomaqué par les prix de ces fameuses galettes. A Paris, la part de galette des rois vaut en moyenne 3€, entendait-on ce matin sur une radio. Dans notre onzième arrondissement et dans le Marais voisin, pour ce qu’on a pu constater en tout cas, on dépasse largement cette fourchette de prix. Incroyable, le nombre de galettes, même pas si grandes, qui, aux devantures des boulangeries-pâtisseries de notre quartier, sont affichées à 30€ voire à plus de 40€! Et l’on ne parle même pas des galettes spéciales, version cerise ou pistache paraît-il, mais des galettes ordinaires. 30 ou 40€ pour un peu de beurre, quelques œufs, de la farine, de la crème d’amande et de la pâte feuilletée pour recouvrir le tout (sans oublier la fameuse fève, mais qui n’est tout de même pas censée être en or massif).

 

Une boulangère de notre cher quartier Saint-Sébastien avec qui on est un peu copain, à qui on parlait de cela l’autre jour, nous assurait que non, non, pas du tout, sa corporation ne s’en mettait pas plein les poches ces jours-ci à Paris, grâce à cette tradition gastronomique. Le prix en général élevé de ces galettes s’expliquerait par deux facteurs. Le cours élevé de certains ingrédients: le beurre singulièrement et surtout la crème d’amande. Et le travail particulier, proche de «l’artisanat», que représenterait la confection du feuilletage de ces gâteaux

 

Soit. Au moins ces prix prohibitifs auront-ils un avantage indéniable. Celui de conforter dans leur bonne résolution tous les Parisiens qui, en ce début d’année et après des réveillons souvent copieux, ont comme nous fait vœu de sobriété en matière de graisses et de sucre.

03.12.2009

Une envie?

éclairbardotfauchon.jpgUn éclair au chocolat rehaussé par les «arômes doux, sucrés et sensuels de l’amande et de la rose». C’est la dernière trouvaille du si chic pâtissier-traiteur parisien Fauchon. Cela doit sans doute être très bon. Pour autant, on n’est pas vraiment sûr d’avoir envie de goûter. Benoît Couvrant, le chef pâtissier de la maison, voulait créer «la plus glamour des pâtisseries», en alliant de manière inédite «l’incarnation du luxe alimentaire» et «le mythe du cinéma français». Il a donc décoré la coque de chocolat de sa délicatesse d’une réplique 100% comestible d’une célèbre photo de Brigitte Bardot prise par le photographe Sam Lévin en 1959, à la grande époque de l’actrice.

 

Outre le fait que cet «éclair BB» coûte 6€, ce qui n’est tout de même pas rien, la question est de savoir si, quelques décennies après avoir été aussi joliment immortalisée, Brigitte Bardot est encore une figure suffisamment politiquement correcte pour être appétissante. Les hordes de touristes étrangers qui, place de la Madeleine, à longueur de journées, franchissent le seuil de la boutique Fauchon ne se poseront sans doute même pas la question. Et se rueront sur ce nouveau dessert. Mais le Français moyen un minimum au courant de la chronique judiciaire se laissera-t-il, lui aussi, tenter? Pour rappel, ces dix dernières années, l’ex-actrice a été condamnée une demi-douzaine de fois en justice pour incitation à la haine raciale, en raison de propos violemment anti-musulmans. Cette semaine encore, l’intéressée en a rajouté une couche, en fustigeant les «70000 moutons» qui auraient été «égorgés clandestinement» en France lors du «sanglant Aïd-el-Kebir».

 

Est-ce que cela donne envie? Est-ce que ledit éclair n'est pas un peu lourd à digérer? Est-ce que, quand on l'engloutit, les papilles n'entrent pas violemment en collision avec les neurones? Fauchon ne répond pas à ces questions.

 

Nous, en tout cas, même gourmet voire gourmand, on a décidé qu’on ne se laisserait pas tenter par cet «éclair BB». Si donc on passe prochainement place de la Madeleine, on lui préférera le plus consensuel «éclair Madame Joconde» à l’effigie de Mona Lisa («crème amande-chocolat et glaçage chocolat»). Ou le sans doute très roboratif  «chien chaud caramel-framboise». Caloriquement, financièrement et politiquement, on culpabilisera moins.

01.12.2009

Un flashmob

Cela s’est passé avant-hier sous la grande pyramide du Louvre, à la surprise des visiteurs et touristes présents. A 11 heures précises, une poignée de couples ont entamé une valse sur les premières mesures du Beau Danube Bleu. Parmi eux, des danseurs de l'Opéra de Paris, dont quatre étoiles, et la si talentueuse soprano Nathalie Dessay. Ensuite, 300 personnes qui s’étaient donné le mot les ont rejoints pour trois minutes de chorégraphie endiablée, sur des airs de Queen et de Daft Punk. Avant de disparaître aussi vite qu’ils étaient venus. C’était un «flashmob»: un rassemblement-éclair, comme on dit en bon français. Si vous n’avez pas vu cela à la télé dimanche soir et si vous voulez avoir une idée de ce que cela donnait, jetez un oeil (avant de poursuivre plus bas la lecture de la note ) à cette vidéo.

 

La performance était avant tout caritative. Ce happening, en effet, sonnait le lancement de l’opération «24 jours» de «La Chaîne de l’Espoir». Cette ONG vient en aide à des enfants du Sud malades, condamnés dans leur pays faute de soins adaptés alors qu’un acte chirurgical courant en Occident pourrait les sauver. Depuis 20 ans, grâce à cette association, 10 000 enfants ont pu être opérés puis rentrer chez eux reprendre une vie normale. «Il est des causes où les mots ne sont pas suffisants, et où l’action concrète, l’engagement collectif et la bonne humeur sont autant de symboles plus puissants, à même de faire changer les choses», estime l’ONG. «C’est dans cette optique que s’est inscrite la flashmob dansante: du mouvement et du rire, pour dire à tous les enfants malades que eux aussi y ont droit».

Dimanche, ce happening parisien a bénéficié d’une large couverture médiatique et de bons retours dans l'opinion publique. Si seulement pouvaient jouir d’une pareille attention télévisuelle les enfants qui, toutes les six secondes sur cette planète, meurent de faim, ainsi qu’il vient d’être rappelé en marge du récent sommet de la FAO. Si seulement pouvaient bénéficier d’un identique activisme juvénile et joyeux les 2,1 millions d'enfants qui, d’après le dernier rapport de l’Onusida, de par le monde aujourd’hui, vivent avec le VIH – dont c’est la Journée internationale annuelle en ce premier jour de décembre.

27.11.2009

Une fronde

centre pompidou.jpgUn peu de culture pour bien terminer la semaine, écrit-on souvent dans ce blog le vendredi, avant une note consacrée à la culture. Mais à Paris, cette semaine culturelle qui s’achève a vraiment été très mauvaise. Par milliers, en effet, des gens ont vainement patienté puis ont dû rebrousser chemin devant le Centre Pompidou, qui, depuis lundi, est en grève et fermé au public. Pendant une journée, le Musée des Arts décoratifs a lui aussi été perturbé. Sans parler des bibliothèques de la ville de Paris qui, dans un autre dossier, ont également fermé leurs portes. Et la semaine prochaine risque bien d’être encore pire. Dès mercredi, en effet, un mouvement de grève reconductible pourrait carrément toucher une centaine d’établissements culturels: bibliothèques, théâtres et musées dont les plus fameux: le Louvre, Orsay, etc.

 

Pour faire court, les grévistes protestent contre les conséquences de l’application aux institutions culturelles de la grande règle générale fixée par le gouvernement pour l’ensemble de la fonction publique: le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Pour eux, dans les musées, les bibliothèques ou les théâtres, cette règle va «menacer l’avenir du service public de la culture». Le conflit social est parti de Beaubourg parce que la situation y est particulière. En vertu de cette politique de dégraissage des effectifs de la fonction publique, le Centre Pompidou devrait perdre 26 postes en 2010, puis 23 autres en 2011. Ce qui annulera quasiment les 65 emplois qui avaient été créés dans cette institution en 2006, à l’issue, déjà, d’un mouvement de grève – qui, lui, avait duré deux semaines.

 

Ces derniers jours, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a vaguement tenté de calmer la fronde. Sans y parvenir. En effet, il n’entend pas du tout – et, de toute manière, n’a pas le poids politique pour imposer ce revirement à la majorité – revenir sur ce sacrosaint non-remplacement d’un agent sur deux. La culture devra donc elle aussi, comme tous les autres départements de la fonction publique, faire mieux avec moins d’argent.

 

escalator beaubourg.jpgC'est une coïncidence embarrassante pour le gouvernement: hier, au moment où tombait la nouvelle du préavis de grève illimitée déposé pour le 2 décembre contre ce régime d’austérité imposé à l’administration, était publié un rapport (consultable ici) très sévère. Selon lequel «malgré la crise, le train de vie du gouvernement ne cesse de progresser». Ce document a été rédigé par le député apparenté socialiste qui, ces dernières années, s’est fait une réputation pour sa traque des finances opaques et gaspillages au sommet du pouvoir, à l’Elysée particulièrement. A n’en pas douter, ses chiffres seront contestés par la majorité. Il n’empêche, hier, ils ont dû interpeller les grévistes. A les en croire, en 2009, les effectifs des cabinets ministériels ont… augmenté de 11,1%. Ce que ce parlementaire juge «inadmissible, au moment où ces mêmes cabinets recommandent à toutes les administrations de diminuer leur nombre de fonctionnaires».

 

Deux poids, deux mesures dans la fonction publique? Dans les couloirs de Beaubourg aujourd’hui, ce rapport, à n’en pas douter, va faire un tabac.

16.11.2009

Une fermeture

Une mauvaise nouvelle, pour mal commencer la semaine. Mauvaise nouvelle pour notre quartier Bastille, pour le onzième arrondissement plus globalement, pour Paris en général, et sans doute aussi pour la musique et la culture. On en a déjà parlé à plusieurs reprises dans ce blog (ici, ou encore ), vu que l’épée de Damoclès était suspendue au-dessus de sa tête depuis de longs mois. Mais, cette fois, la décision définitive semble être prise et on n’y coupera pas: la FNAC Bastille va bel et bien fermer ses portes à la fin de l’année.

 

C’est le journal “Le Parisien” qui l’a annoncé ce week-end: la FNAC Musique va précisément fermer boutique le 26 décembre prochain. Malgré les 15.000 signatures recueillies par la pétition réclamant le maintien du plus grand disquaire de tout l’Est parisien. Malgré la mobilisation de nombreux citoyens. Malgré les appels à l’aide lancés au ministère de la Culture, restés sans réponse. Malgré les recours en justice introduits naguère par les syndicats. La raison essentielle alléguée par le groupe de luxe Pinault-Printemps-Redoute pour justifier cette fermeture est le manque de rentabilité de ce magasin (*), dû à la fois à l’exiguïté des lieux (dans les sous-sols de l’Opéra Bastille) et au créneau prioritaire qui était celui de la FNAC Bastille: le disque, un marché qui ne cesse de décliner.

 

Les syndicats considèrent être parvenus à limiter les dégâts, puisqu’une cinquantaine des quelque 70 employés du magasin vont être reclassés dans d’autres commerces parisiens de la même enseigne. Il n’empêche, pour le quartier, c’est une page d’histoire qui va se tourner: cela faisait près de 20 ans que les fondements de l’Opéra résonnaient aux sons de la musique de la FNAC.

 

Pour l’heure, nul ne sait quel genre de commerce sera accueilli début janvier dans les sous-sols de béton du paquebot de Bastille. C'est clair que, s’ils sont fichus de nous fourguer un énième Starbucks, McDo ou Gap, on ne sera pas le seul à pester.

 

 

(*) Pas rentable la FNAC Bastille, aux yeux de ses propriétaires. Qui, néanmoins, pour fermer ce magasin, vont attendre le 26 décembre, soit pile poil la fin de la période des courses pour les cadeaux de Noël. Il n’y a pas de petit profit.

03.11.2009

Une trêve, vraiment?

Dans la note d’hier, on faisait allusion, en vitesse, à la trêve hivernale entrée en vigueur dimanche en France. Jusqu’au 16 mars, elle interdit d’expulser à la rue tout locataire en défaut de paiement de loyer. Ce week-end, plusieurs associations ont réclamé, dans un communiqué commun (voir là, ou ici: la pétition ad hoc), que cette trêve bénéficie aussi à une forme d’habitat dont on ne parle quasiment jamais: l’«habitat mobile». A savoir les Roms, tsiganes et autres gens du voyage, dont les campements de fortune flanquent souvent les pourtours glauques des grandes villes de France – et singulièrement ceux de Paris.

 

Ce n’est pas un petit problème, puisqu’on recense dans l’Hexagone quelque 400.000 personnes résidant dans ce type d’habitat. Pour Médecins du Monde, la Fondation Abbé Pierre ou le Secours catholique, ces habitants doivent, eux aussi, pouvoir passer l’hiver avec la certitude de ne pas être expulsés des campements qu’ils occupent. D’autant que ces déménagements incessants compliquent le travail de suivi sanitaire de ces populations par les travailleurs sociaux. Or, l’on sait qu’en la matière, il y a encore du travail à faire. En 2009, dans la cinquième puissance économique mondiale qu’est la France, on trouve toujours, à quelques kilomètres des boulevards rutilants de la Ville lumière, des enfants qui  ne sont pas vaccinés contre des maladies comme le tétanos. Ou des femmes enceintes qui, dans neuf cas sur dix, ne sont pas suivies médicalement pendant leur grossesse.

 

La semaine dernière, quelques jours donc avant l’entrée en vigueur de la trêve hivernale, 300 Roms ont été expulsés par les CRS du campement qu’ils occupaient à Villetaneuse, en Seine-Saint-Denis (banlieue nord de Paris). Du reste, même lorsque les gens du voyage ne sont pas forcés manu militari de dégager, leurs conditions de vie restent peu enviables et soumises à tous les aléas. Ainsi, jeudi dernier encore, en Seine Saint-Denis toujours, un violent incendie a ravagé un camp de quelque 200 Roms situé à deux pas du Carrefour Pleyel, l’important noeud routier à proximité de Saint-Ouen. Le brasier était si intense et les flammes si impressionnantes que la circulation sur l’autoroute A 86 en a été perturbée. Heureusement, aucun blessé grave n’a été déploré. Mais une cinquantaine de baraques ayant été détruites, les Roms n’ont eu d’autre choix que de plier bagages.

 

Pour ces gens-là, en tout cas, pas de doute: aucune trêve dans la précarité. Hiver comme été.

02.11.2009

Une confirmation

placedesvosges.jpgLe Marais s’attendait à un grand spectacle, ce lundi. Imaginez donc: des escouades de CRS débarquant dans ce si chic quartier de Paris, se déployant place des Vosges, une des plus belles places de la capitale, et donnant l’assaut à des «galériens du logement» retranchés dans l’hôtel particulier qui, jadis, vit naître la marquise de Sévigné. Assurément, c’eut été du grand et beau spectacle. Mais il faudra un peu patienter. Ce matin, à la radio, le ministre du Logement a donné quelques jours de rab’ à la quarantaine d’activistes du collectif «Jeudi Noir», qui, depuis quelques jours, ont réquisitionné et occupent l’Hôtel de Sévigné, un splendide hôtel de maître du dix-septième siècle vide depuis plus de quarante années. Le ministre a précisé qu’avant toute action policière, il y avait d’abord le temps de la réponse judiciaire. Les pandores attendront donc un jugement du tribunal avant de donner l’assaut aux galériens. Jugement qui, cela dit, ne devrait pas tarder puisque le propriétaire des lieux a d’ores et déjà porté plainte en justice contre l’envahissement et l’occupation de son immeuble par ces militants contre le mal-logement.

 

Un mal-logement qui n’a décidément pas fini d’être un fléau en France en général et en région parisienne en particulier. C’est ce que confirmait ce matin le ministre. En effet, malgré les 15 milliards d’aides au logement accordés chaque année dans ce pays, on y dénombre toujours 2 millions de gens en difficulté chaque mois pour payer leur loyer. Ce qui, selon les chiffres de la Fondation Abbé Pierre, se traduit chaque année par l’expulsion d’au minimum 50 000 locataires de leurs logements. Autant de gens qui, quand ils n’aboutissent pas carrément à la rue, viennent en tout cas grossir les rangs des victimes du mal-logement. Alors que, dans le même temps, autre confirmation ministérielle ce matin, on compte à ce jour au minimum un demi-million de logements inoccupés en France.

 

jeudinoir.jpgCette réalité, néanmoins, ne pousse pas les autorités à cautionner les opérations coup de poing comme celle menée place des Vosges par «Jeudi Noir». Un collectif qui, a déploré le ministre à la radio, «fait un peu trop de politique» et méconnaît le caractère «inaliénable», «constitutionnel» et donc «intangible» du droit de propriété. Le gouvernement continue donc de s’opposer catégoriquement à toute réquisition de logements vides ou, au minimum, à tout moratoire des expulsions locatives au-delà des périodes de trêve hivernale comme celle ayant débuté ce week-end. Car, selon lui, ce genre de mesures aurait pour effet pervers d’aggraver la crise du logement, en dissuadant encore un peu plus les propriétaires de logements vides de louer leurs biens, de peur de ne jamais les récupérer en cas de non-paiement des loyers.

 

Confirmation, dès lors: un jour ou l’autre prochainement, les mal-logés et précaires de l’Hôtel de Sévigné vont voir débarquer les CRS. Au moins le spectacle sera-t-il assuré. Pour la résolution de fond du problème, c'est moins sûr.

16.10.2009

Un travail

A Paris, la nuit, alors que les habitants sont rentrés tranquillement chez eux, alors que le dernier métro est arrivé au dépôt, il s’en passe de belles, dans les profondeurs du réseau de la RATP. C’est le dernier scandale en date qui agite la capitale, à propos de travailleurs sans-papiers en grève pour leur régularisation. Après les sans-papiers exploités dans les cuisines des restos, voire dans les ministères, ceux dormant dans des tentes sur le trottoir, travaillant comme vigiles sur les quais de gare ou sur le chantier du tramway, voici donc les clandestins utilisés comme bêtes de somme pour, la nuit, rénover les stations de métro.

 

Des hommes travaillant sans casques, sans protections d’aucune sorte, sans masques, sans vêtements de travail hormis un petit gilet jaune fluo. Convoyant sur leur dos des plaques de bitume pouvant pesant «plus de 50 kilos». Parfois brûlés par le matériau bouillant mais incapables de se payer des soins de santé. De toute manière, d’après leurs témoignages, jamais il ne leur est proposé de passer la moindre visite médicale. Des hommes qui, selon leurs propres termes, sont soumis à des conditions de travail «dignes du dix-neuvième siècle».

 

Pour vous donner une (petite) idée de ce que cela donne, voyez ces images volées,  tournées en septembre par un de ces clandestins à l’aide de son téléphone portable. Images de mauvaise qualité mais, en l’occurrence, c’est moins la forme que le fond qui importe ici.


Sans-papiers dans le métro
envoyé par FranceInfo. - L'info internationale vidéo.

Comme à chaque scandale de cet ordre, tout le monde se renvoie la balle. En invoquant le système des sous-traitants faisant eux-mêmes appel à des sous-traitants et ainsi de suite – la protection sociale et la dignité régressant à chaque échelon descendu dans ce mode d’organisation du travail. Dans un communiqué, la RATP a rappelé qu’elle faisait travailler «plus de 5000» fournisseurs et a assuré qu’à sa connaissance, aucun de leurs employés n’était en situation irrégulière. Elle a tout de même demandé des explications à ses sociétés partenaires.

 

Après avoir vu et appris cela, ce qui est sûr c’est que, nous en tout cas, en tant qu’usager régulier du métro, on ne contemplera plus comme auparavant, d’un air si niaisement ravi et sans réfléchir à plus loin, les stations rénovées au moment de les redécouvrir, à leur réouverture. Si le prix humain et social à payer pour avoir un beau métro, c’est cela… 

08.10.2009

Un Palais

palaisdelamutualité.jpgLes syndicats tentent de mobiliser, en ce moment en France. Que ce soit en faveur d’un travail décent (à l’occasion de la journée mondiale sur ce thème, hier), pour les salaires (les routiers, la nuit d’avant), dans les transports (grève à la SNCF le 20 octobre, a-t-il été annoncé hier) ou carrément pour la survie des travailleurs (la vague des suicides à France Telecom, les agriculteurs et éleveurs en train d’agoniser, etc.). Au même moment à Paris, une page de l’histoire sociale se tourne. Cette semaine, en effet, s’est joué le sort d’un bâtiment emblématique des luttes sociales dans la capitale: la Maison de la Mutualité, «la Mutu» comme l’ont appelée des générations de militants, une institution du Quartier latin.

 

Mitterrand, Jospin, Rocard, Royal, les sans-papiers, les chanteurs engagés, les réfugiés politiques, les soixante-huitards, les féministes et on en passe: dans ses grandes (et belles) salles de meeting, dans ses coulisses si souvent enfiévrés, ce palais de style Art déco a accueilli nombre d’événements ayant fait date dans l’histoire sociale, politique ou associative de la République – le rappelle bien la station de métro ‘Maubert-Mutualité’ voisine, sur les murs de laquelle tout cela est résumé en grandes photos. Mais le propriétaire de l’immeuble est un organisme mutualiste désormais quasi en faillite. Depuis des mois donc, il cherchait à rendre plus rentable cette surface exceptionnelle, située au cœur d’un des quartiers les plus prisés de Paris. Cette semaine, il a effectivement concédé la gestion du Palais à une société privée spécialisée dans l’organisation d’événements et la tenue de salons.

 

Du coup, des craintes sont exprimées sur l’avenir de ce haut lieu parisien des luttes syndicales et politiques, que d’aucuns voient transformé bientôt en centre de congrès de luxe. D’autant qu’il va fermer pendant de longs mois pour d’importants travaux de rénovation – un chantier confié cela dit au talentueux architecte Jean-Michel Wilmotte. Depuis des semaines donc, les syndicats mobilisent à la «Mutu», à coups de manifestations notamment. Avec un certain succès, semble-t-il. Le nouveau gestionnaire vient de prendre publiquement l'engagement (ici): «Les manifestations qui étaient accueillies historiquement ainsi que les rencontres, congrès ou conventions, organisés par les entreprises et les institutions au plan national et international trouveront naturellement leur place» demain dans le Palais rénové. En attendant, les services de soins de santé de proximité qui y étaient dispensés, s’ils seront à terme réorganisés, seront maintenus dans une annexe du bâtiment, au bénéfice notamment de la population agée qui habite le quartier.

 

C’est déjà cela.

21.09.2009

Une inconscience?

On parlait l’autre jour, dans ce blog, des «barres métalliques du métro, empoignées chaque jour par les mains de millions de voyageurs, (qui) doivent être de véritables nids à microbes». Et bien, mea culpa, il semblerait qu’on avait tout faux. En effet, le même jour ou presque, lors d'une table ronde organisée à la Cité des sciences à Paris, un épidémiologiste paraît-il réputé, le Dr Antoine Flahault, a mis en garde contre les «peurs exagérées» de ce type. Et a assuré que le risque de contamination par le virus pandémique H1N1 était «extrêmement faible dans le métro». A l’en croire, la transmission du virus «a davantage de chances de se faire entre voisins de bureau, en famille ou à l'école» que dans les transports publics. Car toutes les récentes pandémies grippales ont montré que «la contamination survient à 20% dans les écoles, à 30% ou 40% chez soi, dans la famille».

 

En l’absence de plus amples explications, les patients en puissance que nous sommes tous sont priés de prendre cette assurance pour argent comptant, même si elle ressemble tout de même beaucoup à un argument d’autorité. Cela dit, les gens ne semblent pas exagérément effrayés par cette maladie. Selon un sondage Ifop réalisé les 17 et 18 septembre derniers, 68% des Français se déclarent «pas du tout inquiets» par la pandémie, contre 5% seulement s’avouant «tout-à-fait inquiets». Allez savoir pourquoi, à moins d’avancer d’emblée des considérations sexistes, l’inquiétude est plus forte chez les femmes (39%) que chez les hommes (30%). Confirmation ce matin dans «Le Parisien», via un autre sondage réalisé par l’institut CSA cette fois. Près de six Français sur dix (59%) ne seraient pas inquiets s’ils venaient à attraper la grippe A. Avec, ici encore, un taux d’inquiétude plus élevé (58%) noté chez les femmes au foyer.

 

Malgré donc les 27 morts de cette maladie recensés à ce jour en France, dont certains patients jeunes et en parfaite santé, l’opinion affiche une grande sérénité face à cette pandémie. Du coup, cette question  la question qui tue, en somme: les Français sont-ils totalement inconscients ou, au contraire, remarquablement raisonnables? L’avenir le dira.

 

 

PS: Sinon, depuis quelques jours dans notre quartier de Paris, et sans doute dans d'autres arrondissements aussi, on peut même acheter des solutions hydroalcooliques dans des commerces de proximité comme les kiosques à journaux, les bars-tabac, etc. On ne s'y est pas (encore?) résolu.

18.09.2009

Un visage

unvisage.jpgC’était ce matin tôt, sur le chemin du bureau. Encore un peu dans les brumes épaisses du sommeil. Sous la grisaille de ce ciel parisien si prématurément automnal, ces jours-ci. Quand, à l’entrée d’un petit passage de notre quartier Saint-Sébastien, dans le onzième arrondissement, un gigantesque visage apparut sous nos yeux. Nous toisant d’un regard tranquille. Un visage très expressif, avec un regard prenant. Un artiste de rue l’avait placardé là, sur un pignon aveugle et triste comme la pluie. Sur plusieurs mètres de hauteur et de largeur, ce visage irradiait de quiétude et de sérénité. Donnait une dimension totalement différente à ce bout de trottoir parisien anonyme et banal.

 

Comme d’autres passants tout aussi stupéfaits par cette apparition si inattendue, on s’est lentement approché du portrait. Ce que l’on croyait une œuvre peinte directement sur le mur s’est avérée alors être le collage d’un dessin auparavant effectué sur un papier très fin, genre parchemin. Fragile support qui déjà, sous les assauts sans doute de la météo de ces derniers jours, commençait à se dégrader sur ses bords. Plus on se rapprochait de l’immense visage, plus ses traits se fondaient dans des nuances abstraites d’aplats grisés et noirs. Les rides devenaient vagues. Les plis se faisaient précipices, massifs, dunes ou ombres. Les reflets dans les prunelles semblaient des nuages flottant en plein ciel. Les formes les plus étonnantes surgissaient de ces contours vus de si près. L’effet de ce gigantesque visage apparaissant en si gros plan, face à des passants soudains si petits, était assez  saisissant. Des gens ne résistaient pas au souhait d’effleurer des doigts cette texture de papier si humaine.

 

On n’a pas la moindre idée de qui est cet homme ainsi représenté. Ni s'il a existé ou s’il est dû à la seule imagination de son auteur. Sans doute ne le saura-t-on jamais. A proximité de l’œuvre, pas non plus la moindre trace de signature d’un artiste. Définitivement donc, ce visage n’aura été qu’une fugace apparition croisée un matin au coin d’une rue. Un nouveau voisin brièvement et récemment implanté dans le quartier. Démuni d’identité, un sans-papiers de papier.

 

unvisage2.jpgCette œuvre ne gêne vraisemblablement personne. Au contraire, elle attire, intéresse, suscite la réflexion voire les échanges entre passants. Elle n'en sera sans doute pas moins rapidement effacée par les services de la propreté. En effet, dans la capitale en général et en particulier dans les rues prisées par l’art urbain, la municipalité s'empresse de gommer les traces des artistes de rue. Comme s’il fallait à tout prix hygiéniser une ville menacée d’une dangereuse contagion créative.

 

Du coup, notre beau visage matinal surgi de nulle part laissera rapidement la place à un mur parisien sans strictement rien, respectueux du règlement mais assommant de vacuité. L’art populaire obligé à ce point d’être éphémère, parfois, cela rend un peu amer. 

07.09.2009

Un anniversaire

Mine de rien, en catimini presque, Paris vient de commémorer un jalon de son Histoire urbanistique. Il y a quelques jours, en effet, on a fêté le trentième anniversaire de l’achèvement de l’énorme chantier des Halles. C’était le 4 septembre 1979 que le maire de l’époque, Jacques Chirac, avait inauguré l’énorme édifice. Et, du même coup, scellé la fin d’un gigantesque chantier – baptisé «le trou des Halles» par les Parisiens – qui, pendant des années, avait défiguré le cœur historique de la capitale.

 

Un chantier suivant l’autre, trente ans plus tard, un nouveau projet a été conçu pour le Forum et ses alentours. Si par extraordinaire vous ne l’aviez pas encore vu, c’est ici. Ce lifting sera assurément la réalisation urbanistique majeure de ces prochaines années à Paris. Il devrait se dérouler vers 2013 et coûter la bagatelle de 760 millions d'euros.

 

Il est frappant de constater combien les autorités parlent désormais assez peu de cette future réalisation. Comme si elles étaient gênées aux entournures et craignaient de raviver la polémique, habituelle dans ce quartier, concernant ce lieu si décrié. Il faut dire que, de tous les projets qui avaient été présentés, celui choisi était le plus consensuel, donc à maints égards le moins emballant architecturalement.

 

Il faut dire aussi que, dans le quartier, la controverse ne s’est pas encore totalement apaisée. Régulièrement, les riverains remontent au créneau (ici, par exemple). Que ce soit pour déplorer la refonte de la placette actuelle entre le Forum et l’église Saint-Eustache, avec ses gradins sans cesse si animés. Pour regretter la disparition du jardin d’aventure tout proche, aujourd’hui très apprécié des enfants du quartier. Ou, concernant les commerçants cette fois, pour redouter l’impact de ces travaux pharaoniques sur le chiffre d’affaires de leurs magasins.

 

A Paris dès lors, d’ici à 2013, on n’a pas fini d’entendre parler de ce quartier. A fortiori bien sûr si la grande crise économique actuelle perdure, ce qui pourrait remettre en jeu la viabilité financière du projet des Halles…

02.09.2009

Un slogan

noweekend.jpgMême si tout cela a été finalisé alors que la plupart des Français étaient déjà partis ou en partance à la plage, une réforme sociale fondamentale pour l'Hexagone a été adoptée cet été: la libéralisation de l’ouverture des commerces le dimanche. On n’a d’ailleurs pas fini d’en parler. Pas plus tard qu’hier, à Lille, la justice a enjoint la chaîne de supermarchés ‘Match’ à respecter l'obligation légale de repos hedomadaire. Le syndicat CDFT avait porté plainte après avoir constaté que, dans douze magasins de la région, les supermarchés de cette enseigne ouvraient le dimanche sans fermer un autre jour de la semaine, en compensation. ‘Match’ a donc été prié de respecter la loi, sous peine d’astreintes. «C'est la fin de l'esclavage moderne», s'est félicité hier l’avocat du syndicat. Selon qui «on est tous d'accord pour dire que le travail est une valeur cardinale, mais la valeur du repos est tout aussi importante».

Et à Paris, au fond? La nouvelle loi met théoriquement fin à une situation un peu bizarre, que Nicolas Sarkozy en personne avait maintes fois dénoncée. A savoir le fait que, sur les Champs-Elysées le dimanche, selon que l’on déambulait sur l’une ou l’autre de ses rives, on trouvait soit des magasins ouverts (les boutiques à caractère culturel, sportif ou récréatif), soit des magasins fermés (tous les autres commerces) – plus personne ne s’y retrouvant au final. Depuis l’entrée en vigueur de la réforme, cependant, les choses tardent à changer sur «la plus belle avenue du monde»; nombre de ses boutiques sont toujours fermées le dimanche.

 

Les commerçants parisiens, assure-t-on, sont, dans leur immense majorité, ravis de la nouvelle législation. Dans la capitale, toutefois, des poches de résistance semblent subsister. Témoin, cette affichette que l’on voit parfois collée sur la devanture de boutiques – y compris dans notre Marais, quartier pourtant (péniblement) bondé d’acheteurs le dimanche. L’affichette met en parallèle Nicolas Sarkozy et son grand «copain» Barack Obama. En regard du slogan fétiche du Président américain, elle affuble son homologue élyséen d’un slogan parodique, critiquant sa libéralisation du travail dominical. Cela donne donc… «Yes we can» contre «No week-end»