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22/09/2008

Un revirement

C’était prévu pour survenir aujourd’hui, premier jour de l’automne. C’était attendu pour ce soir précisément, à Paris à la tombée de la nuit. Et cela n’allait certainement pas passer inaperçu aux yeux de millions de Parisiens et de touristes. Et puis non, finalement, la mesure a été reportée.

On parle de la tour Eiffel. Chaque soir depuis le 31 décembre 1999, vestige des festivités du passage à l’an 2000, le célèbre monument s’illumine et scintille pendant les dix premières minutes de chaque heure. Le spectacle est kitschissime à souhait, mais absolument grandiose, voire carrément féerique. Ce 22 septembre, ce dispositif aurait dû être revu à la baisse: le scintillement n’aurait plus duré que cinq minutes par heure. «Une décision symbolique»: les économies d’électricité ainsi réalisées étaient censées montrer le souci de la capitale française pour le développement durable.

Finalement, il n’en sera rien, a-t-on entendu dans un demi sommeil à la radio, tôt ce matin. La présidence française de l’Union européenne a prié la société gérant la tour de maintenir telle quelle la durée de scintillement du monument. Dans la foulée, est également conservée la décoration lumineuse bleue qui, dès la tombée du jour, éclaire l’édifice aux couleurs de l’Europe.

C’est la deuxième fois que les autorités reviennent sur un projet de réduction de l’illumination de la tour Eiffel. A la mi-2001, la «robe de diamants» dont on avait paré la tour pour l’an 2000 était arrivée techniquement en bout de course et avait été arrêtée. Mais la déception des touristes et les plaintes des Parisiens avaient ensuite conduit la ville à faire marche arrière. Du coup, en 2003, 20.000 nouvelles ampoules lumineuses dites «à éclats» avaient été installées sur toute la structure du monument. Ce sont elles qui, depuis, assurent chaque soir le grand spectacle.

Celui-ci se poursuivra donc, jusqu’à nouvel ordre. Ce ne sera pas très écologique (*). Mais, au moment où à Paris aussi, les jours raccourcissent et les soirées se refroidissent, cela rendra cette nouvelle saison un peu moins sinistre.

(*) Pour, tout de même, faire quelques économies d’électricité, est désormais étudiée la possibilité de poser des panneaux solaires sur les toits des restaurants hébergés dans la structure de la tour. 

12/09/2008

Un siège

Petit conseil d’ami, pour bien terminer la semaine. Si vous comptez circuler dans Paris ces 36 prochaines heures – en tant que Parisien vaquant à ses occupations ou en tant que visiteur de passage ici – , prenez toutes vos précautions et renseignez-vous bien (ici, par exemple). Pour la venue du représentant du Saint-Siège, en effet, la capitale est… en état de siège – c’est le cas de le dire.

D’ici à samedi soir, on ne comptera plus les artères interdites à la circulation, les stations de métro et de RER fermées, les itinéraires de lignes de bus modifiés, et autres «périmètres d’isolement» imposés. Rien que dans la capitale, quelque 3500 pandores sont mobilisés pour assurer la sécurité du Pape et le bon déroulement de son séjour. Pour retrouver pareille mobilisation des forces de l’ordre, il faut remonter à la dernière visite de George Bush.

Selon l’échelle des risques d’attentats établie par l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat), Benoît XVI est classé en degré 2. Un niveau d’alerte qui nécessite par exemple le déploiement des officiers d’élite du Raid ou le recours au Service de protection des hautes personnalités. Ces agents auront notamment à leur disposition des tenues NRBC, qui leur permettront de faire face à d’éventuels attentats bactérologiques ou chimiques. Et pour la visite papale à Lourdes dimanche, ce sont carrément un avion-radar, des avions de chasse et des rampes antimissiles qui ont été déployés.

Tout cela donc pour une personnalité classée en degré 2 par les services anti-terroristes. Du coup, évidemment, on ne peut que se demander quel dispositif de sécurité encore plus impressionnant pourrait être déployé pour une personnalité catégorisée de niveau 1, à savoir le degré d’alerte maximal. Ici, toutefois, on touche sans doute à l’indicible. Ce degré, en effet, se réfère à «une menace absolue et imminente». L’horreur, en somme.

01/09/2008

Une fin d'été

De retour. Par rapport à la reprise en presse écrite, la semaine dernière, on a un peu tardé, on l’avoue, à reprendre ce blog. Envie, en cette fin d’été, de prendre un peu le temps. De ne pas charger d’emblée et plus qu’il n’en faut la barque de la rentrée. Besoin, surtout, de se replonger dans la ville avant de réécrire sur elle. Nécessité de, comment dire, la sentir. La regarder vivre. Humer un peu l’air du temps. S’imprégner des humeurs du moment. Une ville c’est comme une personne, finalement: quand on la quitte un moment, on perd un peu le fil. On n’imaginait pas se remettre à raconter Paris sitôt après y avoir reposé le pied, sans avoir pris la peine, le plaisir, de s’y replonger.

Et, pour tout dire, c’est une capitale un peu morose qu’on a eu l’impression de retrouver, vers la fin août. Habituellement, Paris dès la mi-août est très calme – complètement morte, diront certains. A cette époque de l’année, il ne s’y passe tellement plus grand-chose qu’il ne vient vraiment à l’idée que des seuls touristes d’y séjourner. En cette fin d’été-ci, l’ambiance était limite sinistre, avec une météo aussi plombée. Même «Paris-Plage», paraît-il, a fait un flop retentissant cet été. L’illustre implicitement le fait que, contrairement à son habitude, la mairie de Paris n’a, sauf erreur, pas encore donné le moindre chiffre de fréquentation de l’animation habituellement phare de la saison.

Et puis, ce week-end, avec le retour d’un magistral soleil, l’ambiance a complètement changé à Paris. De chagrine, elle est devenue badine. C’était frappant hier en fin de journée, le long des quais. In extremis avant la rentrée, c’était comme si on assistait au dernier défilé de toutes les petites robes d’été. A l’étalage souriant de tous ces beaux visages bronzés – à tous les coins de rue et plus que jamais, décidément. Le long des flots qui clapotaient, régnait une délicieuse ambiance de fin de saison. Les gens paraissaient retarder le retour à la maison. Les apéros s’éternisaient. Les terrasses déjà se remplissaient. Les flâneries semblaient légères, rieuses et infinies.

A Paris, il ne faudra sans doute que quelques semaines (voire seulement quelques jours? ou quelques heures à peine?) avant que le rythme furieux de la vi(ll)e fasse s’envoler ces derniers parfums d’été et réapparaître sur les visages les traits gris et tirés. Cette rentrée, comme chaque année, n’en est pas moins très excitante. C’est la joie des retrouvailles, la promesse déjà de tas d’événements parisiens, petits ou grands mais passionnants, la réouverture enfin des boutiques préférées, la redécouverte d’endroits privilégiés et la certitude de tomber prochainement sur plein d’autres. Surtout, la sensation très physique de retrouver une ville vive et animée à toute heure de la journée – cela a manqué. A toutes et tous, heureux de vous revoir ici, si vous y passez, et une belle rentrée.

21/07/2008

Un retour

Comme chaque été à la fin juillet, retour ce lundi de «Paris Plages», jusqu’au 21 août inclus.  Comme l’été dernier, l’opération débordera des quais de Seine pour, via le canal Saint-Martin, rejoindre le bassin de la Villette. Les Parisiens détestant la foule mais désireux tout de même de se prélasser au bord de l’eau devront se replier sur la rive gauche. Cette année, en effet, contrairement aux deux étés précédents, aucune animation n’est prévue sur cette rive-là. L’extension de «Paris Plages» aux quais de la Grande bibliothèque n’a semble-t-il pas rencontré le succès escompté (trop «peuple» pour plaire à la si chic rive gauche, «Paris Plages»?)

 

Aux pieds de la même bibliothèque, retour aussi, ce lundi, de la piscine Joséphine Baker: la fameuse piscine flottante de Paris, amarrée depuis deux ans quai François Mauriac (*). Elle était fermée depuis cet automne. Elle rouvre après quelques travaux de rénovation, comme dit pudiquement la mairie de Paris. Ce fut bien plus que cela. Pour tout dire, depuis son ouverture en juillet 2006, ladite piscine s’est transformée en véritable cauchemar pour la ville de Paris.

 

D’abord, quatre jours à peine après son inauguration, elle dut fermer à cause d’une malfaçon affectant le carrelage du bassin. Plus de dix jours de travaux furent nécessaires pour réparer cela. Ensuite, fin octobre 2007, ce fut carrément la panique. Un jour, les responsables réalisèrent que la piscine flottante commençait à gîter dangereusement. Et menaçait donc, si rien n’était fait,… de s’enfoncer dans la Seine. Les pompiers furent appelés en urgence Une dizaine de véhicules et une cinquantaine de sapeurs, dont de nombreux plongeurs, se déplacèrent. Ils durent constater que la piscine flottante, en effet, … prenait l’eau! Il semblerait qu’à la suite d’une opération d’entretien des carénages de l’édifice, de l’eau se soit introduite dans les flotteurs du bassin, qui est construit sur des barges. Du coup, à nouveau de nombreux mois de travaux et de fermeture furent nécessaires.

 

La préfecture de police, après une visite de sécurité, vient de donner son feu vert à la réouverture de la piscine, qui aura donc lieu aujourd’hui. Les responsables de la mairie doivent se croiser les doigts et espérer qu’en termes d’avarie, la règle du jamais deux sans trois ne vaudra pas.

 

(*) Précisons, à l’attention des sportifs qui voudraient cet été aller faire quelques longueurs dans ce cadre sublime, que «Joséphine Baker» n’est pas du tout une piscine pour nager: bassin pas très grand (25m x 10m), lignes de nage rarement délimitées par des flotteurs, monde fou dans l’eau à longueur de journées, marmaille qui braille en pagaille, etc. C’est donc plus un endroit pour, au choix, barboter, frimer, mater, bronzer (sur un très beau solarium en teck), faire un spa (oui madame), admirer le panorama (évidemment fantastique), ou tout cela à la fois. Mais cela plaît beaucoup, manifestement: l’été, les queues à l’entrée sont souvent longuettes. Et ce malgré un prix d’accès plus élevé que celui des autres piscines municipales.

11:10 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Paris, Sports, Tourisme

10/07/2008

Un gros effort

600 millions d’euros débloqués pour le RER A, 200 millions supplémentaires consacrés aux lignes C et D, plus de 300 millions investis dans la rénovation des gares de la région parisienne: ces prochaines années, un gros effort financier va être consacré par les pouvoirs publics à l’amélioration de la qualité (aujourd’hui assez calamiteuse) du réseau de transports publics en région parisienne. C’est ce qui est ressorti de la réunion de crise tenue hier, entre la SNCF et la RATP notamment, au Syndicat des transports d’Ile-de-France.

Pour le RER A, cela signifie notamment l'acquisition de rames à deux étages devant permettre de «décongestionner» cette ligne de transport urbain, qui est la plus fréquentée du monde. On parle aussi de systèmes de vidéoprotection embarqués. Et d’un dispositif d’information des voyageurs annonçant les gares de façon visuelle et sonore – enfin: cela existe dans à peu près toutes les grandes capitales du monde. Les usagers, toutefois, devront s’armer de patience. Très concrètement, les premières rames à deux étages n’arriveront pas avant la fin 2010. Et il faudra attendre 2016 avant que la totalité des trains Transilien SNCF soient neufs ou entièrement rénovés.

Les usagers risquent d’assez mal prendre ce gros effort de patience supplémentaire qui leur est demandé. En effet, majoritairement ils n’en peuvent plus de la situation actuelle. Récemment encore, début juillet, le réseau de transports parisien a même connu une cohue et une désorganisation d’une ampleur mémorable.

Le même jour, en effet, deux lignes ont été complètement perturbées. Sur la ligne E, un train est tombé en panne en plein milieu du tunnel de Magenta, ce qui a totalement interrompu le trafic dans les deux sens. Le train demeurant à l’arrêt, les usagers excédés ont fini par en sortir et ont poursuivi leur voyage à pied. Parmi les centaines de personnes forcées à crapahuter dans l’obscurité du tunnel, certaines ont été prises de malaise. Au même moment, sur la ligne A, le trafic a été interrompu par un mouvement de grève inopiné, causé par l’agression d’un conducteur. Là aussi, cela a été la cohue dans les couloirs. Au point que les usagers en sont arrivés à devoir cheminer sur les rebords surélevés des tapis roulants de la station Châtelet…

Ces incidents ont été abondamment évoqués sur les blogs et les forums. Ils ont aussi été filmés à l’aide de téléphones portables d’usagers, ces vidéos amateurs étant ensuite postées sur des sites de partage. A titre d’exemple, les deux petits films ci-dessous. Ils sont d’une qualité technique assez médiocre. Mais ils donnent une idée à la fois de la pagaille qui, certains jours, règne dans les transports en commun parisiens et du gros effort qu’il reste à accomplir pour améliorer tout cela.


RER E perturbation
envoyé par _Mario_77

26/06/2008

Une menace

On risque d’être pris pour un ratophobe, mais il faut bien y revenir à nouveau. Dès aujourd’hui, en effet, les Parisiens risquent d’en voir, des rongeurs. Et, comme les rats, les odeurs vont être à la fête dans les rues de la capitale. Car les 7000 éboueurs de la ville entament ce jeudi une grève reconductible et illimitée. La collecte des déchets et le nettoyage des rues risquent donc de s’en trouver très grandement perturbés.

A l’origine de ce mouvement de grogne, la décision que va bientôt prendre le maire de Paris de privatiser encore un peu plus la collecte des ordures. En étendant à quatre arrondissements supplémentaires le système mixte déjà à l’œuvre dans huit arrondissements: les camions et les chauffeurs dépendent d’une entreprise privée, mais les éboueurs ont le statut d’employés municipaux.

Les grévistes, qui ont le soutien des alliés verts et communistes de Bertrand Delanoë, assurent que si cette privatisation est votée, la qualité générale du service rendu aux Parisiens va se dégrader (*), notamment à cause des impératifs de rentabilité inhérents au privé. La mairie, elle, promet au contraire une plus grande efficacité dans la collecte des ordures et le nettoyage des rues (*).

En attendant, c’est la menace de ressembler bientôt à Naples qui plane à partir d’aujourd’hui sur Paris. On s’en souvient bien: en 2003, deux semaines de grève des éboueurs avaient été un cauchemar olfactif et sanitaire pour les Parisiens. Mais encore à l'époque était-on au printemps. Cinq ans plus tard, on n’ose imaginer l’effet d’une même grève mais au début de l’été cette fois, alors que la température ici dépasse allègrement les 25 degrés. Et alors que, avec la belle saison, les touristes étrangers par milliers débarquent chaque jour dans la capitale – bienvenue dans la plus belle ville du monde.

(*) Mais, en termes de propreté, la situation à Paris peut-elle vraiment être encore pire que maintenant? Franchement, on ne voit pas.

17/06/2008

Une armée, ou l’autre

2e6287e2378d34b813427bc221f191dc.jpgL’armée française au régime. Nicolas Sarkozy l’annonce ce matin: 54.000 emplois en moins, 50 régiments supprimés, des bases aériennes fermées, moins de chars, des dizaines d’avions, d’hélicos et de camions datant de Mathusalem envoyés à la casse, etc. L’objectif est de faire mieux avec moins d’argent, d’avoir une armée moins pléthorique (moins mexicaine?) mais mieux équipée.

Le seul poste militaire qui verra son budget s’accroître dans les années à venir sera celui du renseignement: les satellites espions, les centres d’écoute ultra perfectionnés, et tout cela. «Ouais, c’est cela: on va donner de grandes oreilles à notre armée, mais on va lui couper les bras et les jambes», grommelait un commentateur particulièrement bougon, à la radio ce matin.

A Boboland, en tout cas, c’est une autre armée qui est en train de se déployer, en ce moment. Ces derniers jours, les murs du onzième arrondissement sont envahis par un régiment d’armes nouvelles et menaçantes. Il y a le chou vert dont le cœur cache une mine hérissée de picots menaçants. Il y a la marguerite dont les pétales sont autant de revolvers. Il y a l’arum dont le pistil ressemble à un missile. Il y a la rose protégée d’une couronne de barbelés d’épines. Etc.

b4fc057c40e45c93154c946452ea3532.jpgCes créatures étranges sont l’œuvre d’un jeune graphiste parisien, un certain Ludo, qui est manifestement un peu perturbé par le devenir de la planète. Avec cette série de dessins muraux intitulée «Nature’s Revenge», il interroge le passant sur la morphologie qu’adopterait le monde végétal s’il devait un jour réagir et se défendre contre les errances technologiques d’une modernité si peu respectueuse de l’environnement. Ses armes végétales perturbent le regard. Vues de loin, elles semblent complètement anodines. Plus on se rapproche, plus on sent que quelque chose, dans leur physionomie, ne va pas. Quand on se retrouve nez à nez avec elles, le détail dérangeant saute aux yeux et l’on ne voit plus que cela. Un univers morbide et obsessionnel. Sinistre, lugubre voire glaçant les jours gris ou les soirs de pluie.

11/06/2008

Une énigme

98a9ed61c4d51decf69e52945b4ed77e.jpg«Remontons les siècles. Cherchez l'origine d'avant et vous obtiendrez les quatre éléments qui composent l'endroit où la pensée d'Empédocle s'est possiblement arrêtée. Quel est le nom de cet endroit?»

 

Ce salmigondis n’a pas surgi de notre cerveau mal réveillé. C’est l’énoncé de la très officielle énigme qui vient d’être dévoilée par la mairie de Paris. Cette énigme sert de préambule à la troisième grande chasse au trésor qui se déroulera début juillet dans la capitale. Trouver la réponse à cette question obscure donne la possibilité de gagner une nuit d’hôtel à Paris le 5 juillet prochain.

 

Ce jour, comme chaque été, la chasse au trésor réunira des milliers de participants dans la capitale – 15.000 l’an dernier. Seuls ou par équipe, ces aventuriers urbains, dont beaucoup de touristes étrangers de passage ici, arpenteront pendant toute une journée le Paris «mystérieux et envoûtant» (bigre) à la recherche d’indices leur permettant de mettre la main sur le fameux trésor. L’aventure se déroulera majoritairement dans «des lieux insolites souvent méconnus: jardins cachés, ruelles étroites ou autres passages secrets». Ce sera l’occasion pour les participants à la fois de découvrir un Paris (un peu) hors des sentiers battus (*) et, tout en cherchant à se faire aider pour trouver les indices, de faire connaissance avec les Parisiens: «commerçants, artisans, artistes ou associations de quartiers». C’est d’ailleurs l’objectif affiché de ce «tourisme participatif et interactif».

 

La mairie aurait dû, dans cette liste d’interlocuteurs, ranger les concierges, gardiens et gardiennes d’immeubles. En effet, ce sont des auxiliaires indispensables à toute chasse au trésor digne de ce nom. Ce sont aussi de valeureuses mémoires vivantes de Paris qui d’année en année, hélas, tendent à disparaître, les digicodes remplaçant de plus en plus souvent les concierges arrivés à la retraite.

4a4f3832688b97220cfca3ed532653be.jpgPas toujours d’un abord très commode, les concierges parisiens: on prévient charitablement les futurs chasseurs non parisiens. Le plus souvent charmants en fait, quand on les connaît bien. Mais aussi et surtout défenseurs très consciencieux de leurs domaines, auxquels dès lors les intrus ne peuvent espérer avoir accès qu’à force de patience, de persuasion et d’amabilités. A la maison, on le vit chaque été, à chaque chasse au trésor, et c’est toujours assez drôle: la vieille gardienne (au compteur plus de 40 ans de bons et loyaux services) passe sa journée complètement affolée à courir après d’innocents chercheurs de trésor invariablement pris pour «des voleurs»

(*) Parcours intégralement accessible aux personnes à mobilité réduite: un bon point pour la mairie.

03/06/2008

Un symbole

e1e722f2ddc8910eac64150c4095b8f7.jpgUne armée de poings levés. La plupart très militairement alignés dans le même axe. Tous peints en quelques heures à peine sur la chaussée, avec une peinture blanche aux reflets argentés. Hier après-midi, à la suite sans doute d’une opération de commando rondement menée, ces poings sont apparus par dizaines sur le bitume du onzième arrondissement, entre Bastille et République notamment.

Bigre, s’est-on dit en les découvrant. L’heure doit être grave pour que Boboland soit ainsi submergé par une telle déferlante activiste. Et puis finalement, sans doute que non: même pas, en fait.

En effet, sur l’avant-bras de tous ces poings levés, comme un tatouage, apparaît une forme familière, qui rappelle le symbole félin d’un célèbre équipementier sportif. Ces pochoirs, du coup, ne doivent probablement que faire partie d’une opération de teasing publicitaire, n'être qu'une sorte de gadget conçu par quelques commerciaux en mal de marketing viral et de buzz urbain.

Quarante ans après mai 68, le symbole révolutionnaire du poing levé est donc recyclé par une grande marque commerciale, fleuron de l’empire mondial du luxe que constitue le groupe PPR. Cela en dit pas mal sur le chemin parcouru.

02/05/2008

Un hommage

C’était hier, en fin de matinée. Un attroupement sur les bords de Seine, au Pont du Carrousel plus précisément. Un endroit d’où l’on a une vue époustouflante sur Paris. D’un côté l’enfilade des quais du Louvre et de la Mégisserie puis la silhouette si élégante du Pont des Arts et le Square galant en proue majestueuse de l’Ile de la Cité, de l’autre côté l’harmonie du jardin des Tuileries puis le fleuve à perte de vue jusqu’à la tour Eiffel. Cadre sublime donc, entaché pourtant à jamais par un drame sinistre dont il fut le théâtre, et que des Parisiens ont commémoré hier matin.

C’était le premier mai 1995. Deux abrutis avinés en goguette sur les quais, retour de la manifestation organisée en l’honneur de Jeanne d’Arc par le  Front national (*), avisent un beur qui traîne dans le coin. Le prennent à partie. L’accablent d’injures racistes. L’empoignent. Puis finissent par le pousser à l’eau. Le jeune Marocain ne sait pas nager. Il coule à pic et se noie. Il s’appelait Brahim Bouarram. Il avait 29 ans. Depuis treize ans, chaque premier jour de mai, les organisations anti-racistes et de défense des droits de l’homme et des étrangers se réunissent sur le Pont du Carrousel pour lui rendre hommage. Depuis 2003, une plaque à sa mémoire a été apposée sur le Pont du Carrousel.

Hier, alors qu’au même moment, quelques dizaines de mètres plus loin, les troupes de Jean-Marie Le Pen paradaient, les orateurs ont dénoncé «la banalisation des thèses du Front national» dans la classe politique. «Le vent mauvais du racisme décomplexé qui souffle sur la société française». La succession effarante de profanations de cimetières et de lieux de culte juifs ou musulmans qui a eu lieu ces dernières semaines. Et, globalement, «le poison raciste qui se répand dans la société» française. Ils ont aussi cité quelques noms figurant sur la longue liste des victimes de crimes racistes ou antisémites en France: Brahim Bouarram donc, mais aussi, la même année 1995, Ibrahim Ali (jeune Comorien abattu par des colleurs d’affiches du FN) et Imed Bouhoud (lui aussi agressé puis noyé, au Havre). Et, plus récemment, le jeune Ilan Halimi (torturé pendant des jours dans une cave en banlieue parisienne, puis que ses agresseurs ont abandonné nu et agonisant le long d’une voie de chemin de fer) ou Chaib Zehaf (abattu de trois balles tirées à bout portant en pleine rue, en banlieue lyonnaise).

Derrière une banderole réclamant «une justice exemplaire» pour les auteurs de crimes racistes, les manifestants sont ensuite descendus le long de la Seine, à l’endroit précis où Brahim Bouarram avait été jeté l’eau. En silence, ils ont lancé des fleurs dans le fleuve, en souvenir de sa mémoire.

En suivant du regard ces roses partant au loin, emportées par le courant, on ne savait pas trop ce qu’il fallait retenir, finalement, de cette cérémonie d’hommage. Le verre à moitié vide ou à moitié plein? Le très petit nombre de manifestants présents pour honorer la mémoire de ce jeune Parisien victime de la haine? Quelques dizaines de personnes tout au plus, une centaine au grand maximum ce qui n’est vraiment rien. Ou le fait que treize ans plus tard, ce drame ne soit toujours pas tombé dans l’oubli? Puisque, d’année en année, chaque premier mai, il se trouve encore et toujours des gens pour venir sur place dénoncer ce crime insupportable ce qui est plutôt bien.

(*) Le parti de Jean-Marie Le Pen, parfois décidément si peu courageux, a toujours démenti que ces deux assassins aient jamais eu le moindre lien avec lui.

29/04/2008

Une récup'

035dd6f8514fcb0e5ef4b379e65d8798.jpgCe qui est rigolo avec les camelots, c’est leur effronterie. Leur culot. Leur absence totale de scrupules quand il est question de recycler tout et n’importe quoi à des fins purement et bassement commerciales. On le voit bien en ce moment en France, avec les célébrations du quarantième anniversaire de Mai 68. Cette commémoration est reprise et cuisinée à toutes les sauces du marketing.

On vient encore de s’en faire la réflexion en passant devant un grand chocolatier, boulevard Saint-Germain. Dans ce quartier, il y a quarante ans, les étudiants débraillés faisaient voler les vitrines en éclats à coups de pavés. Quarante ans plus tard, dans la vitrine de ce chocolatier, un monticule de pavés avait été aussi sagement que proprement amoncelé. Des pavés parisiens grisâtres, nervurés et granulés, assez joliment imités. Des pavés constitués en fait… de chocolat praliné. 600 grammes et 49 euros le pavé.

En quarante ans, s’est-on dit en voyant cela, le pavé du Quartier Latin est donc passé du statut de projectile étudiant révolutionnaire à celui de douceur chic et chère. On ne savait trop qu’en penser. Du coup, on a ravalé notre envie de sucré et on a passé notre chemin sans acheter.

23/04/2008

Un arbre

88804d30dcf11619b9dc53bef8ec7283.jpgJour J pour les quelque 600 à 700 travailleurs sans-papiers de la région parisienne qui, depuis une semaine, sont en grève pour obtenir des titres de séjour. C’est à partir de ce mercredi, en effet, que leurs demandes de régularisation commencent à être examinées dans les préfectures. La plupart de ces clandestins en grève ont un travail en règle, ils paient des impôts et des charges sociales, et sont employés dans des secteurs professionnels dits «sous tension», à savoir manquant chroniquement de main-d’œuvre (hôtellerie, restauration, bâtiment, etc.). Du coup, leurs dossiers devraient être examinés avec un a priori favorable par les autorités, qui s’en tiendront toutefois à une régularisation étudiée «au cas par cas» et non généralisée.

Parlant des sans-papiers, il y a quelques jours en plein centre de Paris, à deux pas de la place du Châtelet – précisément dans le square situé au pied de la tour Saint-Jacques (qui commence à être très joliment restaurée, soit dit en passant) –, un «arbre à papiers» a été planté par les associations de défense des étrangers. Ce petit mûrier se veut un «symbole de l’enracinement en France pour les familles de sans-papiers». Le symbole aussi «des luttes pour que notre pays redevienne le pays des droits de l’Homme et retrouve sa tradition d’accueil».

Puisque, ces deux derniers jours, on évoquait ici la communauté chinoise, cet arbre à la mémoire des clandestins à notamment été dédié à Chunlan Liu. Cette Chinoise Dongbei originaire de Fushun, une grosse ville industrielle du nord de la Chine, a trouvé la mort en septembre 2007 à Paris. Elle avait débarqué dans la capitale française trois ans plus tôt, avec en poche quelques centaines de yuans et la nécessité de refaire sa vie après son licenciement suite à la faillite de son usine textile dans son pays natal. Chunlan («orchidée du printemps» en chinois, paraît-il) vivait dans un  logement collectif pour clandestins, boulevard de la Villette. Le 20 septembre 2007, la police débarqua dans l’immeuble, même pas pour un contrôle d'identité mais pour une banale enquête de voisinage sur un vol. Apeurée, la femme tenta de se cacher sur les toits, mais glissa et se fracassa sur le trottoir. Elle décéda le lendemain des suites de ses blessures.

a5660748f0c5376f21e8663d048a0aee.jpgCette mort atroce par défenestration ainsi que d’autres drames similaires ayant touché des sans-papiers vivant en France ont directement inspiré une affiche très forte, assez saisissante même, qu’on a beaucoup vue cet hiver, collée sur les murs de Paris – notamment dans les quartiers chinois – ainsi que dans quelques villes de province. Réalisée par des associations, cette affiche montrait un drapeau français frappé en son centre d'un seul mot en lettres capitales: «EXPULSION». Drapeau duquel une silhouette tombait, comme irrémédiablement précipitée dans le vide de l’obscurité.

21/04/2008

Une affiche

b529442b35f39dc50e987b2e10c0f71c.jpg«Faites l’amour, pas la guerre», proclamaient les murs de Paris il y a quarante ans. «Faites les Jeux Olympiques, pas de la politique», assènent en substance et en anglais ces mêmes murs, quarante ans plus tard. Accompagné d’un cœur tressé par des rameaux d’olivier, c'est le slogan d’une affiche qui est omniprésente en ce moment dans les quartiers chinois de Paris. C’est particulièrement le cas dans le onzième arrondissement, dans le quartier Sedaine-Popincourt plus précisément. Ces dernières années, ce quartier a vu affluer une importante communauté chinoise spécialisée dans le commerce de textile en gros. La plupart des vitrines de ces commerces affichent désormais l’affiche appelant les passants à «ouvrir leur cœur» et à soutenir les Jeux de Pékin.

C’est de ce quartier qu’est parti le gros de la mobilisation en faveur des JO menée par la communauté chinoise habitant en région parisienne (300.000 personnes). Cette mobilisation a culminé place de la République samedi, par une grande manifestation qui a réuni plus 4000 expatriés chinois, en majorité des jeunes, et transformé la place en impressionnante forêt de drapeaux rouges étoilés de jaune. La protestation se voulait également dirigée «contre l’injustice médiatique». «Allez en Chine. Jugez-la après», «Respectez la Chine, respectez la vérité», «Stop aux préjugés», «La liberté de la presse n’égale pas le droit de mentir»: tels étaient quelques-uns des nombreux slogans que l’on pouvait lire sur les pancartes et les banderoles.

La communauté chinoise de Paris n’est pas loin de mettre l’hostilité aux JO de Pékin et à leur pays sur le compte de la xénophobie. Et ce n’est pas la journée d’aujourd’hui – qui verra le Dalaï Lama devenir citoyen d’honneur de la ville de Paris – qui la fera changer d’avis.

Les critiques contre la Chine, si virulentes et fréquentes en ce moment en France, relèveraient donc de la sinophobie? C’est évidemment un argument aussi commode que caricatural. Toutefois, les Parisiens, et singulièrement les habitants du onzième, s’honoreraient à ne pas balayer cette accusation d’un revers de la main agacé et d’un lever de sourcils hautain, mais au contraire à prendre le temps d’y réfléchir un peu plus longuement.

Ces dernières années, en effet, d’évidents relents sinophobes ont, par moments, flotté dans le sillage de la mobilisation d’élus d’arrondissement et de comités de quartier contre les nuisances engendrées par les grossistes chinois. La mobilisation aurait-elle été d’une même ampleur si les nouveaux arrivants dans le quartier n’avaient pas tous aussi massivement et aussi visiblement appartenu à une communauté étrangère? Ces relents sont d’ailleurs apparus au grand jour lorsque les mêmes qui dénonçaient bruyamment la disparition, sous le rouleau compresseur des grossistes, des petits magasins de proximité se sont ensuite émus de voir des Chinois se diversifier en investissant en masse dans… un symbole même du commerce de proximité parisien: le bar-tabac. Là donc, ce n'était plus de commerce dont il était question, mais, clairement, de couleur de peau. 

PS: Ce slogan maculant un drapeau tricolore français brandi samedi par des manifestants chinois devant le magasin Carrefour, à Wuhan: «Jeanne d’Arc=Prostituée. Napoléon=Pervers. France=Nazi». A côté de cela, dans le registre débilement injurieux, les hooligans du PSG et leur banderole anti-ch’tis peuvent aller se rhabiller. Comme ironisait un humoriste à la radio ce matin, les «Boulogne Boys» devraient, par mesure d'équité, demander et obtenir la dissolution de la Chine.

15/04/2008

Un symbole

90f6dbc649549234b52d352fb72273c3.jpgNombre de pays du Sud sont ravagés par des «émeutes de la faim». En France et à Paris au même moment, les gens se préoccupent… du prix du pain. Preuve que le sujet est vendeur en cette période de grogne de l’opinion française autour du pouvoir d’achat, le quotidien «Le Parisien», l’autre jour, a consacré deux pleines pages à «l’incroyable culbute du prix de la baguette»: un des symboles et des piliers s’il en est de l’alimentation hexagonale – il s’en vend 10 milliards par an dans ce pays.

Selon cette enquête, dans certains quartiers chics de la rive gauche de Paris, la baguette (bio et aux céréales certes, mais tout de même) se vend jusqu’à… 1€60! Ces dix dernières années, et donc bien avant la hausse récente du cours du blé et des céréales, le prix de la baguette s’est envolé de 47% chez le boulanger. Et un professeur d’économie de Paris-Dauphine de dénoncer: «La corporation des boulangers a un peu poussé». Le résultat de cette hausse de prix est mécanique: d’année en année, les Français mangent de moins en moins de pain.

Dans notre quartier du onzième, Nadia, qui, avec sa petite famille, tient la boulangerie du coin, rue Saint-Sébastien, n’estime pas avoir «un peu poussé» sur les prix de vente du pain. Chez elle, la baguette est à 90 centimes, soit pile-poil le prix de vente moyen de ce produit à Paris. «Les industriels cassent les prix», fulmine-t-elle, en faisant allusion aux baguettes à 40 centimes en vente chez «Carrefour». Elle, en tout cas, n’a pas le sentiment de voler le client. La noirceur de ses cernes et la longueur de ses journées de travail en témoignent. Entre le paiement des charges sociales, les matières premières qui flambent et le coût de l’énergie qui ne descend pas, Nadia n’a, depuis des semaines, envie que d’une chose: «un peu de repos». Du coup, dimanche, elle était aux anges: elle s’est fait une grasse matinée jusqu’à … 9 heures.

797839a3164899cd65a078f9b2a7b295.jpgTiens, parlant d’un symbole de la cuisine française, le prix du meilleur sandwich «jambon-beurre» de Paris a récemment été décerné. Prix très sérieux,  puisqu’il est remis chaque année par «Le Figaroscope», qui publie chaque semaine la chronique gastronomique la mieux tenue, à notre humble avis, de la presse quotidienne française. Les «jambon-beurre» candidats ont été testés à l'aveugle et notés en fonction de quatre critères: la qualité du pain, de la garniture, la saveur en bouche et le rapport qualité-prix. Cette année, le premier prix est revenu à «La Crêperie du Comptoir» (pour y aller, un plan ici), le petit établissement attenant et dépendant du restaurant «Le Comptoir – Relais de Saint-Germain», au carrefour de l’Odéon, dans le sixième. Une valeur sûre puisque cet établissement est tenu par Yves Camdeborde, une référence de la gastronomie parisienne, dont la cuisine depuis des années fait saliver les fins gourmets.

Son «jambon-beurre» a obtenu la note de 15,5 sur 20. Loin des 5 ou 4,5 sur 20 donnés aux sandwiches industriels de grandes chaînes comme «Pomme de Pain». On va rarement à Odéon, donc on n’a pas encore goûté le sandwich lauréat et on ne peut pas davantage en donner le prix. Mais vu le quartier, on peut, sans trop de risque de se tromper, avancer que ce «jambon-beurre», il ne ne sera pas donné…

02/04/2008

Un ordre

1324ab8a62715d0461040bbdbb1c3604.jpgAujourd'hui, en assistant au congrès du syndicat FNSEA, Nicolas Sarkozy fait son grand retour dans le monde agricole depuis le mémorable incident, fin février, du Salon de l’agriculture. A l’époque, dans le feu de l’action, la France entière avait surtout glosé sur l’incrongruité de l’insulte présidentielle, analysé la faute de style et l’erreur de com’ élyséennes et raillé l’impulsivité si atypique de son auteur. Un bon mois plus tard, quand la fameuse répartie sarkozyste réapparaît, comme en ce moment, sous forme de pochoir un peu partout sur les murs de Paris – dans le Marais, à Bastille, dans le quartier des Halles ou ailleurs –, c’est surtout la violence des termes qui effare, la brutalité des mots qui sidère.

Quand, au détour d’une rue, alors qu’on ne s’y attend pas le moins du monde, on tombe soudain nez à nez avec ces mots en noir et blanc et en lettres capitales, quand tout à coup ils se détachent d’une manière aussi contrastée, avec une franchise presque obscène, du décor paisible et familier de la ville, on ne peut recevoir cette inscription que comme une gifle. Physiquement sursauter, amorcer un imperceptible mouvement de recul, voire courber l’échine. Puis se ressaisir et passer son chemin.

Non sans se demander à quoi sert et à qui s’adresse donc ce rappel sec et vide, qui ne s’accompagne ni d’un portrait de l’auteur de l’invective, ni d’un slogan le concernant, ni de la moindre revendication politique explicite. S’interroger aussi sur l’effet de ces mots qui claquent comme une gifle gratuite et absurde. Combien de passants moins bien dans leur ville ont-ils pris cet ordre cassant, si excluant, comme étant adressé à eux?

27/03/2008

Un danger

A la radio ce matin, la satisfaction vraiment très mesurée d’un dirigeant de la préfecture de police de Paris, concernant les chiffres de l’insécurité routière dans la capitale pour 2007, qui viennent de sortir. Certes, jamais on ne s’est aussi peu tué dans les rues de Paris. Avec 37 morts dans les accidents de circulation (contre 64 en 2006), on y enregistre même une diminution historique (-42%) de la mortalité routière. Mais d’autres données sont beaucoup moins réjouissantes.

Le nombre de blessés graves déplorés dans la capitale française a augmenté, passant l’an dernier de 714 à 774. Ce qui fait tout de même plus de 2 blessés graves par jour. Et le nombre de cyclistes tués à Paris a, lui, carrément explosé, passant de 2 à 5 (+150%), alors qu’on a recensé 780 cyclistes blessés. Résultat des courses: alors qu’ils ne constituent que 2 à 3% du trafic, les cyclistes représentent désormais 7% de la totalité des victimes de l’insécurité routière. Selon la préfecture de police, l’an dernier dans la capitale, leur exposition au risque s’est accrue de plus de 37%.

C’est incontestablement l’effet Vélib’. Les chiffres sont éloquents. Un cinquième des cyclistes accidentés à Paris l’an dernier l’ont été… sans la moindre intervention extérieure d’un autre usager de la route! Ce qui, selon la préfecture, «signifie qu’ils n’ont pas su s’adapter au milieu routier». Ce qui indique donc qu’il s’agissait de cyclistes occasionnels maîtrisant mal leur véhicule et/ou connaissant mal la ville et ses dangers. D’ailleurs, quand des «vélibeurs» sont accidentés, leur responsabilité est mise en cause dans 60% des cas, soit deux fois plus fréquemment que la responsabilité des autres cyclistes.

Le «vélibeur» est donc souvent un cycliste inconscient et incivique, et en plus il roule comme un manche: il suffit d’être piéton à Paris pour le constater quasiment chaque jour. On n’est pas sûr, toutefois, que cette réalité suffise à expliquer ces mauvais chiffres de l’insécurité pour les deux roues. Deux autres facteurs, au moins, doivent jouer, qui sont un brin plus embarrassants pour les autorités mais qu'elles devront bien un jour finir par admettre.

D’une part, la dangerosité parfois des aménagements de la ville de Paris. Avec, encore trop souvent, des pistes cyclables au cheminement conçu en dépit du bon sens, quand elles n’abandonnent pas purement et simplement le cycliste complètement démuni en plein carrefour. D’autre part, la qualité du matériel mis à la disposition des «vélibeurs». Structurellement, ces bécanes sont trop lourdes et donc pas assez souples et mobiles. Parallèlement, il n’est pas toujours si facile que cela de fixer son attention comme il le faudrait sur les dangers de la route quand on est, si fréquemment, distrait par un pneu en train de se dégonfler, une selle impossible à bien régler, un panier branlant ou une chaîne qui a l'air de vouloir dérailler.

19/03/2008

Une fermeture

cf300bfc6add1e7a548f386a8814e13f.jpgLa nouvelle est tombée il y a une dizaine de jours déjà, mais, à cause de la campagne électorale, on n’avait pas eu le temps d’en parler ici. Il n’est jamais trop tard, puisque, dix jours après, a-t-on encore constaté hier, les gens ne parlent toujours que de cela, dans le Marais: la fermeture de «Goldenberg».

«Goldenberg», c’était, depuis plus de soixante ans, une des adresses les plus célèbres du Marais juif. Une enseigne incontournable de la rue des Rosiers. Un restaurant traiteur qui a longtemps fait figure d’institution de la cuisine juive d’Europe centrale. Cet établissement avait été ouvert par Joseph et Abraham Goldenberg, les enfants de Nahoum Goldenberg, arrivé en 1920 à Paris après avoir fuit les pogroms en Russie.

En août 1982, le restaurant avait tragiquement marqué l’actualité. Des terroristes du groupe Abou Nidal avaient lancé une grenade vers sa terrasse puis mitraillé les clients en train d’y déjeuner. Cet attentat antisémite avait fait 6 morts et 22 blessés. L’an dernier, la plaque commémorative a été arrachée et dérobée. D’autres souvenirs, moins douloureux, étaient, il n’y a pas si longtemps encore, affichés en quantité en vitrine de «Goldenberg»: des dizaines de photos jaunies et émouvantes d’innombrables personnalités    stars du show-bizz, des lettres, de la politique, etc. –  qui, pendant toutes ces années, ont fréquenté cet établissement.

5c9dc71be917404d93d63cf640ff618f.jpgAujourd’hui, les lieux sont totalement vides. En vitrine, on n’aperçoit plus qu’une vieille bouteille de champagne toute poussiéreuse. Et quelques petits écriteaux de mets qui ne renvoient désormais plus à rien: kneïdlech, poitrine d’oie, pastrami, vodka zubrovka blanche, esturgeon, blinis et tarama. Bien visible, en revanche, accroché au grillage, un énorme panneau: «A LOUER».

Après avoir dû fermer ses portes pour des problèmes administratifs en 2006, «Goldenberg» avait été repris par les frères Costes, qui gèrent toute une série de restaurants branchés à Paris. Mais l’investisseur ayant récemment racheté ce fonds de commerce veut en tirer un meilleur loyer, conforme aux prix du marché dans ce quartier très coté. «Goldenberg » a donc définitivement mis la clé sous le paillasson. A sa place, dans quelques semaines, on trouvera sans doute une boutique de jeans, un Starbucks Café ou un H&M.

92431348b7ab4516ddfb1537f058c5fb.jpgA moins que la mobilisation des riverains ne porte ses fruits? L’autre soir, une centaine d’habitants du quartier ont manifesté pour que, dans les affectations commerciales, soit mieux respecté le caractère historique et culturel de la rue des Rosiers. Une pétition circule dans le Marais. Elle appelle les autorités à réagir contre la disparition des «commerces de tradition et de proximité» chassés du Marais juif par la flambée des loyers. En quelques années, affirme cette pétition, «des dizaines» de ces commerces ont fermé: 3 coiffeurs, 6 boucheries, 1 teinturerie, 4 restaurants, 1 hammam, 1 marchand de journaux, 1 PMU, etc.

Cette évolution du Marais juif, d’ailleurs, saute aux yeux quand on s’y promène. Certes, «Sacha Finkelsztajn» est toujours là, avec ses vatrouchkas de fromage. La belle librairie «Chir Hadach» aussi. Et on fait toujours autant la queue pour les baygels et les mazurkis devant le salon de thé «Korcarz». Mais, de tous côtés et de plus en plus, ont surgi les boutiques de vêtements ou de déco, les lunetteries, les bars branchés, etc. La communauté juive ne le supporte plus. Et entend bien ne pas laisser cette partie du Marais se transformer «en une promenade dominicale où l’on vient photographier les restes d’un quartier juif disparu».

e52793cc44fe4d5f0242fd210842c255.jpgLe dimanche, nous en tout cas, dans le Marais, depuis belle lurette on n’y va plus. Tous les jours de la semaine, quand on veut et chaque fois avec plaisir – on y est d’ailleurs souvent: on n’a qu’un boulevard à traverser – mais le dimanche, plus jamais ô grand jamais. Ce jour-là, en effet, depuis que les boutiques y sont ouvertes toute la journée, la masse de touristes et de promeneurs y est insupportablement dense. C’est comme si la ville entière, grégaire, bruyante voire vulgaire, s’était donné rendez-vous dans ce quartier. Qui, du coup, en perd irrémédiablement une grande partie de son indéniable charme. A moins d'aimer la foule, évidemment.

20/02/2008

Une “situation problématique”

30e7296f9d61cb43e111af50f987d640.jpgVous habitez Paris ou la région parisienne et éprouvez soudain l’envie, ou le besoin, d’un bon bol d’air? Ce n’est peut-être pas toujours une bonne idée de se précipiter à la fenêtre ou dans les rues, si l’on en croit le bilan 2007 de la qualité de l’air en région parisienne, dressé par AirParif. Plus que jamais, en effet, ce rapport confirme qu’on respire souvent mal, dans la capitale. Ce n’est assurément pas le meilleur aspect du bilan de Bertrand Delanoë mais, curieusement, on parle assez peu de la pollution en ville, dans cette campagne électorale pour les municipales.

L’année écoulée fut d’autant plus mauvaise en région parisienne qu’on a eu droit à deux bizarreries météorologiques, à l’origine de pics de pollution inattendus: une période de chaleur estivale en avril et une courte vague de froid intense les deux jours avant précédé Noël. Si le gendarme de la qualité de l’air à Paris note d’emblée «une tendance générale à la poursuite de l’amélioration», cela doit être par pure précaution oratoire et pour ne pas trop déprimer les lecteurs de son rapport, qui, dans les faits, identifie d’innombrables problèmes.

Passons rapidement sur les rares polluants sous contrôle, car ils sont en nombre si réduit: monoxyde de carbone, dioxyde de soufre ou métaux lourds tel le plomb. Pour tous les autres polluants, en revanche, AirParif diagnostique une «situation toujours problématique».

45cd1b9d2ea7d9ac8ccb34ebe17299b5.jpgL’ozone? «Les niveaux moyens de l’agglomération ont quasiment doublé depuis quinze ans», la seule (maigre) consolation étant que cela «se vérifie à l’échelle de toute l’Europe». Le dioxyde d’azote? A proximité du trafic routier (en bordure du périphérique, par exemple), les niveaux de pollution restent «forts» («deux fois supérieurs à la réglementation»). Du coup l’an dernier, 3,4 millions d’habitants de la région parisienne ont été exposés à un air de qualité inférieure à l’objectif annuel fixé. Les oxydes d’azote? «La moyenne 2007 n’évolue que très faiblement à la baisse par rapport à 2006, marquant ainsi une atténuation très nette du rythme de baisse régulière enregistrée depuis 1992». Le benzène? «Le niveau annuel est encore supérieur à l’objectif de qualité français».

Mais ce sont surtout les particules qui posent un gros problème. Depuis 2000, le niveau parisien de pollution par les particules s’était stabilisé. Mais 2007 «vient rompre cette tendance avec pour la première fois une remontée des niveaux moyens en Ile de France de 6 à 8% ». C’est habituel le long des axes routiers, où le seuil réglementaire a été «largement dépassé pour la cinquième année consécutive». Mais grosse innovation en 2007: «la réglementation est dépassée pour la première fois loin du trafic également».

4bf3d14ed0b3882ddce9b45a4f3f8f9f.jpgLa situation est-elle à ce point préoccupante qu’elle impose désormais une information et une vigilance accrues des Parisiens? Pour la première fois cette année, en tout cas, ceux-ci y verront un peu plus clair sur l’air qu’ils respirent chaque jour. Dès le printemps, en effet, le grand ballon montgolfière flottant au-dessus du parc André Citroën, dans le quinzième arrondissement, va servir d’outil d’information des habitants. Grâce à un système de diodes électro-luminescentes et selon les niveaux de pollution relevés au sol dans la capitale, ce ballon s’illuminera en vert (très bonne qualité de l’air), en orange (qualité médiocre) ou en rouge (très mauvaise qualité).

En 2007, il se serait majoritairement illuminé en orange voire en rouge. Et cette année? Pas sûr que ce sera beaucoup mieux. Mais au moins les Parisiens en seront-ils informés.

15/02/2008

Une sécurité

bf8076e9d784f701255250cb9953c86b.jpgQuinze points. Si l’on en croit le dernier sondage publié cette semaine, Françoise de Panafieu, la candidate UMP à la mairie de Paris, a quinze points de retard sur Bertrand Delanoë – il y a de quoi en perdre son sang-froid (*) . Dans son programme, figure notamment l’engagement d’installer chaque année dans Paris 500 caméras de vidéosurveillance supplémentaires. Ce qui ferait 3.000 caméras au cours de la mandature. Elles seraient «mises dans des endroits qui doivent être particulièrement surveillés». Ces dernières années déjà, la vidéosurveillance s’est beaucoup développée à Paris. A chaque grand carrefour ou presque, il suffit de lever les yeux pour apercevoir des caméras.

Cet engagement électoral représente «un très gros investissement», admet la candidate UMP. C'est le moins que l'on puisse dire. Une caméra du type de celles qui surveillent les rues de Paris, cela coûte au bas mot 30.000 euros. Soit, pour 3.000 unités, une facture d’achat de 90 millions d’euros. Montant auquel il faut ajouter 20.000 euros de frais de fonctionnement par an et par caméra. Ce qui fait encore 10 millions d’euros à débourser en plus chaque année.

De telles dépenses sont-elles justifiées? Les statistiques officielles, en tout cas, montrent que l’insécurité est plutôt sous contrôle dans la capitale.

A en croire la préfecture de police, pour la sixième année consécutive, la délinquance générale (tous types de faits confondus) a encore baissé à Paris en 2007: précisément de 4,4% par rapport à 2006. La violence contre les personnes a reculé de 5,7% (une première depuis 2004), les atteintes aux biens ont baissé de 8,1%, et la criminalité économique a régressé de 5,2%. Mais la plus forte baisse (10,1%) enregistrée en matière de criminalité dans la capitale provient… de la délinquance sur la voie publique. Or, c’est précisément à la surveillance de la voie publique que contribuera ce bataillon de nouvelles caméras – paradoxe tout de même un peu curieux.

(*) Hier, pour tout argument, elle a traité Bertrand Delanoë de «tocard». Selon elle, c’est un mot «sympa». Selon le dictionnaire, cela désigne un «mauvais cheval, aux performances irrégulières», une «personne incapable, sans valeur». Voilà qui, en tout cas, rehausse le niveau du débat.

06/02/2008

Un «accident»

c58d624f1e252d7e5960082199335e2f.jpgC’est ce que la RATP appelle pudiquement «un accident grave de voyageurs». Un suicide donc, pour parler clairement. Le dernier en date est survenu pas plus tard que lundi midi. Cela s’est passé en plein centre-ville et en plein pendant la pause-déjeuner, à une heure d'affluence donc, sur la ligne 4, à la station "Etienne Marcel" précisément. Un homme s’est jeté sur les rails à l’arrivée du train et a été écrasé. Il a été évacué vivant et conscient par les pompiers. Ces derniers jugeaient toutefois son état extrêmement préoccupant et pour cause: il a eu les deux jambes sectionnées.

 

Ce genre d’atroce fait divers n’est pas rare dans le métro parisien. Le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail de la RATP a comptabilisé 189 suicides en 2005 et 149 en 2006 dans le métro et le RER. Ces chiffres sont relativement stables ces dix dernières années, malgré la forte augmentation du trafic. Ils n’en sont pas moins affolants. A la grosse louche, cela fait tout de même un suicide tous les trois jours dans les transports en commun souterrains parisiens. La RATP estime d’ailleurs qu’en moyenne, chaque conducteur du métro est témoin d’une tentative de suicide dans sa carrière.

 

Des mesures ont été prises pour tenter d’endiguer ce fléau. Les voies de la ligne 4 (la plus dangereuse, car c’est celle où les trains roulent le plus vite) ont été équipées de «fosses anti-suicide»: des petits abris creusés sous les quais, où les suicidés ont une petite chance d’être poussés par les trains qui les percutent, au lieu de finir écrasés sur les rails. Sur toute la ligne 14 (ligne automatique, sans conducteur donc), des portes-palières équipant chaque quai interdisent l’accès aux voies. Une dizaine de stations de la ligne 13 (la plus fréquentée) vont également être munies de ces portes. Idem d’ici à 2011 pour la ligne 1, elle aussi très fréquentée.

 

3c4a642b7b6a9cf41d0ba81568103774.jpgSi tant est qu’il y ait une gradation dans le malheur, il faut être particulièrement désespéré pour se suicider de manière aussi violente qu’en se jetant sous un RER ou un métro. Ceux qui décident de finir leurs jours de cette façon le savent-ils? La moitié des personnes qui tentent de se suicider de la sorte survivent. Mais sortent évidemment dans un état épouvantable de ce genre d’accidents.

 

Le problème dépasse bien sûr largement le cadre du métro et de Paris, et concerne de manière alarmante l’ensemble du pays. L’Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS) comptabilise chaque année en France quelque 11.000 décès par suicide. Celui-ci est devenu la première cause de mortalité chez les 35-44 ans. Dans trois cas sur quatre, ce sont des hommes qui décèdent de suicide, les femmes commettant elles proportionnellement beaucoup plus de tentatives. Quelque 40.000 tentatives de suicide seraient dénombrées chaque année chez les adolescents. Après les accidents de la route, les suicides constituent la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans. Autant de données au cœur des débats des «Journées nationales pour la prévention du suicide», qui ont débuté hier et se tiendront un peu partout en France cette semaine.

 

PS: C’est le jour, décidément. Ce mercredi après-midi, une dépêche AFP annonce qu’une femme de 25 ans s’est grièvement blessée ce midi en se jetant du premier étage de la tour Eiffel. Malgré les filets et barrières de sécurité, elle est parvenue à se lancer dans le vide à une hauteur de près de trente mètres. De source policière, son état est très sérieux.