Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

07.03.2011

Un grand basculement

Ce soir, c'est le grand soir pour une douzaine de millions d'habitants de la région parisienne. Pas le grand soir révolutionnaire. N'en déplaise à Marine Le Pen, qui, hier, commentant ce fameux sondage l'ayant placée en tête du premier tour des prochaines présidentielles, y a vu un «signe du réveil des peuples français», qu'elle a implicitement comparé au réveil des peuples arabes. Nicolas Sarkozy mis sur le même pied que Ben Ali, Moubarak ou Kadhafi... on aura décidément tout entendu. Pas le grand soir révolutionnaire donc, mais le grand soir télévisuel. Puisque, ce soir à minuit, tous les écrans de télé de la région capitale vont s'éteindre. Pour, normalement, se rallumer dans la matinée de mardi en ayant basculé de l'hertzien au numérique – des détails, si cela vous passionne, ici.

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on n'est ni très optimiste, ni très enthousiasmé par ce basculement.

Pas très optimiste sur le fait que notre télé marchera encore demain matin. Déjà, ces derniers jours, alors pourtant qu'on avait pris la précaution d'être épaulé par de bonnes âmes moins technophobes que nous, on n'a même pas réussi à relier ce poste au décodeur de l'offre triple-play qui, depuis qu'on y a souscit, traînait dans le placard. Malgré ce décodeur pourtant censé assurer le basculement au numérique, malgré deux aller-retours chez Orange, malgré d'innombrables euros dépensés à son service d'assistance téléphonique, malgré tout cela, cela ne marche pas: on a l'image numérique, mais un grésillement incessant en guise de son. On va donc se taper la queue ce midi chez Darty pour acheter un décodeur TNT proprement dit, sans même beaucoup d'espoir que lui au moins fonctionne. Et, ce soir, on va encore passer trop de temps à essayer de gérer cela.

En maugréant sans doute un peu. Car elle ne nous fait pas grimper au rideau d'enthousiasme, cette si mirifique télé numérique. On en serait bien resté à nos six chaînes nationales en hertzien, en fait. Vu l'usage, essentiellement informatif, qu'on a de la télé – Drucker, Ardisson-Ruquier-Zemmour, «D&Co» ou «Les Experts»: on a autre chose à faire. Et ce ne sont pas les programmes des «19 chaînes nationales et, dans certaines zones, les 7 chaînes locales» que promet la campagne de pub en faveur de la TNT qui, a priori, nous emballent.

Mais bon, sans doute est-cela le grand progrès sociétal, en France en 2011: le basculement à la télé numérique.

03.03.2011

Une charte touristique

parispanorama.jpgElles ne vont pas changer la face du monde, ces mesures; c'est clair. Tous au plus permettront-elles peut-être aux touristes venus des quatre coins de ce monde de se sentir un peu moins perdus à Paris. Ce qui concerne tout de même pas mal de gens. Pour preuve, cet été, les hôteliers de la région parisienne ont comptabilisé 12 millions de nuitées. Après quelques étés de stagnation, la fréquentation hôtelière à Paris est donc de nouveau à la hausse (+5% en juillet, +3% en août).

Une «charte sur la qualité de l’accueil des touristes d’affaires et de loisir»: c'est ce que les principaux partenaires du secteur touristique viennent de signer. Plusieurs de ses mesures (ici) concernent directement Paris. Ainsi, est prévue «la refonte complète de la signalétique au sein des aéroports Charles-De-Gaulle et Orly». Pas idiot. On a beau connaître Roissy ou Orly par coeur, nous aussi, parfois, a fortiori avec des heures de décalage horaire dans les mollets, on s'y perd (un peu). Cette signalétique plus claire permettra aux touristes débarqués du bout du monde de trouver plus facilement, à CDG ou à Orly, un taxi, un bureau de change, la gare RER, le poste de police ou le comptoir d'informations touristiques – mais encore faudrait-il que leur personnel maîtrise un peu mieux les langues étrangères: il y a du travail.

Envisagée aussi, «l’amélioration de l’accessibilité des distributeurs de titres de transport de la RATP, avec une déclinaison en anglais dès la page d’accueil». Idem: pas idiot. En effet, dans tant de stations de métro ici (même si cela paraît inouï en 2011 et dans une ville accueillant chaque année des millions de touristes du monde entier), les distributeurs de titres de transport sont encore unilingues. C'est le cas de tous les automates de l'ancienne génération. En revanche, les billetteries Navigo, plus récentes, affichent dès leur page d'accueil la possibilité de dérouler les menus en anglais, allemand, espagnol ou italien.

parispanoramaencore.jpgEnfin, parmi les autres engagements pris à la faveur de cette table ronde entre tous les partenaires du secteur du tourisme, figurent également la mise en place d’un accueil spécifique de la RATP aux arrêts de son «Roissybus», le déploiement de personnel d'accueil dans les stations de métro et du RER situées dans les quartiers les plus touristiques, et l’installation d’antennes d’offices de tourisme au sein des gares SNCF.

Tout cela ne mange pas de pain. Mais ne fera pas de mal non plus

 

PS: Rien ne change. Même dans sa politique relative au tourisme, le gouvernement parvient à mettre une touche sécuritaire. En effet, la charte prévoit aussi le «déploiement du dispositif «Parafe», conçu avec le ministère de l’Intérieur et déployé par Aéroports de Paris (ADP), pour faciliter et accélérer le passage aux frontières à l’aéroport de Roissy». « Parafe » – on en avait parlé dans ce blog à l'automne 2009 (ici) – c'est ce fameux dispositif biométrique à la «Matrix». Depuis, pour l'anecdote, à chacune des livraisons de sa lettre d'informations électronique, ADP nous propose d'adhérer à ce «Parafe». On n'a pas encore dit oui. Pas plus en 2011 qu'en 2010 ou en 2009, on ne se prend pour Keanu Reeves.

02.03.2011

Un chiffre qui tombe à point nommé

Moins d'un Français sur quatre (22%) utilisant internet n'a pas connu de problèmes avec ce média au cours des douze derniers mois. On a trouvé ce chiffre dans une étude que l'Insee publie ce mercredi. Etude qui indique que plus des trois quarts des internautes français se sont, dans l'année écoulée, pris la tête avec ce média: soucis de spams, de virus, ou atteinte à leur vie privée. 22% d'utilisateurs d'internet ayant eu des problèmes avec lui, donc. Ce chiffre tombe au lendemain du énième gros bug ayant frappé des dizaines de milliers de détenteurs d'une adresse électronique gmail.

Parmi tous ces infortunés privés de leur correspondance, combien de Parisiens? On ne le sait. Si d'aventure il y en a, sûr que ne les aura pas consolés l'annonce, il y a quelques jours, des grands projets immobiliers de Google dans la Ville lumière. L'entreprise avait déjà quelques bureaux dans le quartier Opéra. D'ici à la fin de l'année, c'est carrément un immense et très bel ensemble immobilier du 19ème siècle qu'elle investira, dans le quartier de la gare Saint-Lazare. «Il s’agit d’un signal fort pour l’attractivité et le dynamisme économique de Paris, capitale de l'innovation», a applaudi la mairie. En juillet dernier déjà, les «geeks» parisiens avaient été aux anges, avec l'ouverture de l'«Apple Store Opéra» dans le quartier du même nom. Un magasin en permanence très fréquenté, situé il est vrai juste à côté du blockbuster du shopping parisien qu'est devenue la boutique Uniqlo.

Tout cela, alors que les Français sont chaque année de plus en plus branchés électronique et informatique. «En dix ans, la proportion de ménages disposant d’un accès internet à la maison est passée de 12% à 64%», note l'Insee. Si l’ordinateur reste à ce jour le support le plus utilisé pour accéder à internet, il n'en a plus l'apanage. «L’internet mobile, par exemple, fait une percée notable: 24% des internautes ont déjà surfé en 2010 sur internet via leur téléphone portable, contre seulement 9% en 2008».

«La fracture numérique tend donc à se réduire», se félicite l'étude. Qui rappelle toutefois que «des différences selon le diplôme et la catégorie sociale demeurent», en ce qui concerne aussi l'accès aux technologies de communication les plus modernes. Ainsi, le chômeur est moins souvent relié à la toile (74%) que la personne ayant un emploi (83%). Et c'est aussi le cas de l'ouvrier (73%) par rapport au cadre (96%).

Internet ou pas, donc, on ne vit toujours pas au pays des Bisounours. Mais nul, sans doute, ne s'y attendait.

25.02.2011

Un terme officiel

Aujourd'hui, une note à l'attention plus spéciale des visiteurs de ce blog qui seraient un peu «geeks» et/ou qui voudraient être «de bons Français», comme disait Eric Besson quand il était ministre de l'Identité nationale – ou, en tout cas, qui voudraient parler un «bon français». Ils ont intérêt à soigner leur langage, mercredi: ce 2 mars, qui est aussi le jour où Apple devrait dévoiler son nouvel iPad2. En France, en effet, depuis dimanche dernier, il n'est plus question d'appeler n'importe comment ce joujou branché. Puisqu'il existe désormais un terme officiel pour le dénommer.

Car, le 20 février, au Journal Officiel, a été publiée la décision de la «Commission générale de terminologie et de néologie» relative aux gadgets du type de l'iPad. Placée sous l'autorité du Premier ministre, cette commission gère «l'enrichissement de la langue française». Concrètement, elle décide de la matière dont il faut dénommer, en «bon français», les innovations, technologiques notamment. Dès qu'ils ont été publiés au Journal Officiel, les termes et définitions qu'a adoptés cet organisme deviennent «d'un emploi obligatoire pour le service de l'État et ses établissements publics». Le grand public, lui, est fortement invité à se conformer à ses avis – sans obligation, toutefois, en ce qui le concerne. Quelques jours avant le jour J, cela tombe bien, ladite commission vient donc de très officiellement recommander un terme français pour l'iPad et ses concurrents .

Premier rappel de ces sages de la langue française: «Les noms de marque tels que «iPad» ou «iSlate» ne doivent pas être utilisés pour désigner de façon générale ces ordinateurs». Proscrits aussi sont les mots étrangers comme «pad(en), tablet(en), touch screen tablet(en)». Tout «bon Français», dès lors, pour parler d'un «ordinateur portable et ultraplat, qui se présente comme un écran tactile et qui permet notamment d’accéder à des contenus multimédias», utilisera dorénavant le terme «ardoise» ou «ardoise électronique» – mais «tablette» ou «tablette tactile» sont également admis.

Dire «ardoise électronique» donc, et non plus «iPad». Le premier terme compte une demi-douzaine de syllabes, contre deux seulement pour le second. Du coup, réussira-t-il à s'imposer dans le langage courant? Pas sûr. Premiers éléments de réponse dès mercredi. Puisque les médias du monde entier ne manqueront pas, une fois de plus, de faire plein de pub gratuite pour Apple.

24.02.2011

Une découverte, ou pas

gouttes-de-rosee-sur-les-feuilles_497.jpgAujourd'hui, parlons un peu des merveilles de la recherche française. Et d'un sujet moins sinistre que ceux des jours précédents – cela ne pourra pas faire de mal. Un sujet néanmoins assez existentiel: peut-on... se passer de sexe?

Peut-on se passer de sexe... quand on est une plante, précisons illico, au risque d'en décevoir certain(e)s. «Les plantes peuvent-elles se passer de sexe?», c'est, en effet, la question que se sont posée des chercheurs de l'Institut français de recherche agronomique (INRA) – on connaît des thésards qui, en ce moment, passent leurs nuits à faire des recherches sur des sujets moins libidineux. Un communiqué de l'INRA, pas peu fier, l'a annoncé hier: ces travaux sur la sexualité (ou l'a-sexualité, comme on veut) végétale viennent d'être publiés dans le prestigieux journal «Science». «Les plantes peuvent-elles se passer de sexe?», donc. Si on a bien compris, la réponse est oui. Certes, en règle générale, «la majorité des plantes, notamment des plantes cultivées, se reproduisent sexuellement». Mais, mais, mais... «certaines espèces produisent des graines différemment, par un processus asexué nommé apomixie. Les descendants ainsi produits sont des clones identiques à leur mère». Pas si anecdotique comme découverte, puisque «l'introduction de l'apomixie chez les plantes cultivées représenterait une révolution. Elle permettrait de multiplier à l'identique n'importe quelle plante intéressante sur le plan agronomique». Trop chouette, donc, l'apomixie.

Les lecteurs qui voudraient en savoir plus sur cette merveille du monde végétal liront cela ici. Les autres, qui auraient l'impression d'avoir perdu leur temps en lisant les lignes qui précèdent, peut-être s'en consoleront avec cette autre info que l'on a apprise hier, concernant cette fois la sexualité humaine.

Entendu sur une radio française, qui en faisait ses choux gras: «13 millions de dollars: c'est le prix de sexe.com, le domaine internet le plus cher du monde». Sur le podium des noms de domaine les plus onéreux, viennent ensuite vodka.com (3 millions de dollars) et pizza.com (2,6 millions). Comme concluait bien le confrère, «c'est beaucoup plus éclairant (sur le genre humain) qu'un long traité de sociologie». Et cela confirme que l'apomixie, pour l'heure en tout cas, est réservée au monde végétal, loin des trivialités du genre humain. Mais cela, assurément, ce n'est pas une découverte.

21.02.2011

Une apostrophe

«Ca suffit!» C'est ainsi que les médias français ont, ce week-end, traduit le «Jalas!» qu'a donc osé lancer le nouvel ambassadeur de France à Tunis, Boris Boillon, à une journaliste tunisienne à qui il voulait clouer le bec. Car elle avait la mauvaise idée de l'interroger sur «des trucs débiles» selon lui: la longue complaisance de Paris envers le despote Ben Ali, les vacances à la plage et les voyages en jet privé de la ministre Alliot-Marie, etc. Si d'aventure cela vous avait échappé, ce langage si peu diplomatique, dans la bouche d'un jeune diplomate censé brillantissime, a provoqué un gros buzz sur le net. Il a aussi conduit des centaines de Tunisiens à manifester, pour réclamer le départ de l'«arrogant» jeune homme. Et a contraint ce dernier à présenter ses excuses à la télévision tunisienne.

«Ca suffit!», donc. Contrairement à Boris Boillon, on n'est pas arabophone, donc on peut se tromper. Mais, de nos voyages dans le monde arabe, jadis, on a tout de même gardé un souvenir assez net que ce «Jalas!», dans le langage courant, était un terme beaucoup plus rude que le «Ca suffit!» français. Une apostrophe très méprisante, même. Du genre de celles que l'on lance aux importuns pour les prier de dégager vite fait , d'aller se faire voir (pour rester poli) ailleurs.

Qui sait peut-on traduire ce «Jalas!» par «Casse-toi, pauvre con!» Par «Casse-toi, pauvre conne!», en l'occurrence. Cela tomberait bien, finalement, cette version arabe et féminisée de la célèbre apostrophe agricole sarkozyste, dans la bouche d'un diplomate qui se définit lui-même comme un «Sarko boy».

09.02.2011

Un feu vert

C'est parti! Hier, le Conseil municipal de Paris a donné son feu vert au projet urbanistique (voir ici, en simulation icono notamment) qui, ces prochaines années, modifiera le plus visiblement la physionomie de la Ville Lumière – sans oublier, tout de même, l'immense rénovation du Forum des Halles, qui ne fait que commencer. Il s'agit de la «piétonisation» (partielle) des voies sur berges: cette interminable autoroute urbaine qui, depuis l'ère Pompidou, fait chaque jour longer la Seine par des dizaines de milliers de véhicules (4000 par heure, exactement).

Bertrand Delanoë a eu toutes les peines du monde à convaincre (vaguement) la préfecture de police et, derrière elle, l'Etat central. Qui craignent comme la peste que, rive gauche en tout cas, la limitation de la place accordée à la circulation en contrebas des quais reporte sur ceux-ci un trafic infernal, et donc d'inextricables embouteillages et une effarante pollution. Pour la même raison, la droite et les milieux d'affaires parisiens enragent. Hier encore, l'UMP a dénoncé «l’amateurisme» d’un «projet aux conséquences néfastes» et d'une majorité qui, à la marge, a modifié «dans l’urgence et dans la précipitation son projet», mais sans que les problèmes de report de circulation aient, selon elle, été réglés. La droite dénonce encore, outre un «gâchis financier» (près de 40 millions d'euros), «l'absence totale de concertation». La Ville, en revanche, fait état d'«un certain nombre de réunions publiques, d’ateliers, d’expositions», ainsi que d'une consultation via le web. Et d'un sondage, qui a montré que 71 % de la population approuvait cette grande réalisation, soit «un large plébiscite». Ce à quoi l'UMP a réagi en consultant à son tour les habitants du 7ème arrondissement (dont l'ex-ministre Rachida Dati est la maire): eux, en revanche, ont voté massivement contre le projet.

Bien sûr, le résultat de ces consultations est si prévisible qu'il en perd de son intérêt. Quand, dans les 1400 sondés du panel de l'Ifop, figurent 1100 Parisiens, il ne faut pas s'étonner que l'avis global ressortant de l'enquête soit favorable au projet, puisque la majorité des Parisiens ne sont pas motorisés. Et quand votent les habitants du si chic 7ème, il ne faut pas s'étonner que ce soit contre le socialiste Delanoë, puisque cet arrondissement est un bastion de la droite.

Mais cela montre, en tout cas, que si d'aventure la droite revenait au pouvoir à Paris aux prochaines élections municipales (2014), elle pourrait revenir sur cette réalisation, et rouvrir donc, en tout ou en partie, les voies sur berges aux voitures. Ce qui est certain, en tout cas, c'est qu'à Paris, on n'a pas fini d'en parler.

13.01.2011

Une solution?

neigedansparis.jpgDes tracteurs dans les rues de Paris et de sa région. Pour, en hiver, les déneiger et sortir les voitures des fossés. Et donc éviter que le moindre épisode neigeux ne provoque à nouveau une immense pagaille. Comme cela avait été le cas fin décembre, quand 10 cm de flocons avaient suffi à paralyser la circulation dans une bonne partie de la capitale et de sa région. Des tracteurs dans Paris? Ce serait très bucolique. Voire carrément exotique. Inimaginable? Non: le projet existe. Qui sait sera-t-il même évoqué en fin de journée à l'Elysée, où, à 18 heures ce jeudi, Nicolas Sarkozy reçoit le nouveau dirigeant du premier syndicat agricole, la FNSEA.

 

«Neige: les agriculteurs ont la solution!», avait claironné, la semaine dernière, la chambre d'agriculture de la région parisienne. Pour qui cette nouvelle mission de déneigement qui serait confiée aux agriculteurs constituerait utilement, pour ces derniers, «un complément de revenus, compensant des cours des matières premières fluctuants et difficilement prévisibles». L'utilisation de tracteurs comme chasse-neige, en fait, ne serait pas vraiment une première. Dans les années 90, en effet, certains départements avaient eu ponctuellement recours à des agriculteurs pour dégager des routes enneigées – en échange d'une indemnisation moyenne de 1000€ par jour. Et, depuis l’hiver dernier, le département de l'Eure et Loir (Région Centre) a équipé les tracteurs d'agriculteurs de lames leur permettant de mener à bien cette tâche. La chambre d'agriculture vient donc de proposer aux préfets et aux présidents de départements de la région parisienne «de réfléchir ensemble à la façon dont pourrait être décliné un tel projet» dans la capitale et sa banlieue.

 

Deux problèmes, tout de même. D'abord, ce serait rémunérer des particuliers pour des tâches qu'on leur confierait alors qu'elles sont censées incomber aux pouvoirs publics et être déjà financées par les contribuables. Ensuite, ce serait transférer de l'Etat aux départements la charge financière du dégagement des routes en cas d'épisodes neigeux importants.

 

Mais sans doute les automobilistes qui, l'autre jour, ont passé une nuit blanche à se geler dans leur voiture jugeront-ils que ces deux problèmes ne sont que des détails technocratiques sans importance. Et, sans doute, si on avait été à leur place lors de cette nuit infernale, serait-on de cet avis aussi.

24.11.2010

Un pessimisme

Dans la crise économique mondiale, la France s'en sort «mieux que les autres et avant les autres». Nicolas Sarkozy dixit, à la télé mardi dernier. Une semaine plus tard, il apparaît (voir ici) que les Français sont beaucoup plus pessimistes que leur chef d'Etat. Pour 70% d'entre eux, «le gros de la crise reste à venir». Les 45-59 ans et les employés sont ceux qui broient le plus du noir. Ce sont particulièrement les délocalisations d'entreprises qui inquiètent l'opinion. Nicolas Sarkozy, pour se refaire une santé, avait misé sur la présidence du G20 par la France? Là encore, grand scepticisme: pour six sondés sur dix, on ne peut faire confiance à cette institution pour «veiller à la stabilité du système financier» planétaire, et, de toute manière, elle «n'améliore pas vraiment les choses au niveau de l'économie mondiale».

Le pessimisme évolue-t-il naturellement en hostilité? Le scepticisme économique débouche-t-il logiquement sur l'antagonisme politique? Sans que l'on sache si l'on peut faire le lien, un deuxième sondage fait grand bruit à Paris, ces jours-ci. Il a trait aux intentions de vote pour les élections présidentielles de 2012.

Dans tous les cas de figure, face à un candidat socialiste (qu'il s'agisse de Martine Aubry, Ségolène Royal ou même François Hollande), Nicolas Sarkozy serait battu. S'il affrontait Dominique Strauss-Kahn au second tour, le Président en exercice serait même carrément humilié: il serait défait par... 62% des voix contre 38%!

Sûr qu'au vu de ce sondage, Nicolas Sarkozy, lui, ne sombrera pas dans le pessimisme. D'abord, cela ne doit pas fondamentalement être dans son caractère. Ensuite et surtout – et sans doute les médias et les instituts de sondage eux-mêmes devraient-ils le souligner davantage – , jamais, dans toute l'Histoire de la Vè République une enquête d'intentions de vote n'a réussi, dix-huit mois avant l'échéance fatidique, à pronostiquer correctement le nom du vainqueur final. Voilà qui relativise largement à la fois l'intérêt de ladite étude et la pertinence de l'agitation parisienne ambiante autour de ce fameux ratio (putatif) de 62-38%.

17.11.2010

Une décontraction

Le tout nouveau gouvernement s'est réuni ce matin, pour la première fois, en Conseil des ministres. Autour de la table: un couple. Puisque le député Patrick Ollier, le compagnon de longue date de la ministre d'Etat Michèle Alliot-Marie, a lui aussi été nommé ministre dimanche: en charge des relations avec le Parlement. Ces derniers jours, tant MAM que... POM (le surnom donné à Patrick Ollier, comme Patrick Ollier-Marie) ont dit toute leur joie de pouvoir enfin travailler ensemble. Au sein d'une cohabitation gouvernementale qui, à les en croire, constituerait le nec plus ultra de la modernité décontractée.

 

On se demande ce que le socialiste François Hollande pense de cette décontraction dans les usages de la République. Lui qui, en vertu de la règle implicite qui était en vigueur avant cette innovation, a été réduit à ronger son frein en dehors du gouvernement pendant toutes ces années où Ségolène Royal était ministre. Non parce qu'il n'avait pas les compétences pour entrer au gouvernement, mais simplement parce que sa compagne de l'époque y siégeait déjà.

 

Michèle Alliot-Marie, en tout cas, a fait elle-même preuve de la plus grande décontraction l'autre jour. Aux médias qui l'interrogeaient sur la portée de cette innovation conjugale et gouvernementale, elle a apporté une nuance. En substance: «Oui, c'est une première que cette présence de deux conjoints au Conseil des ministres. Une première, du moins s'agissant de conjoints officiels...» Et la n°2 du gouvernement de s'en aller en pouffant de rire, laissant les journalistes interloqués.

 

Une répartie qui, donc, tout le monde l'aura compris, faisait allusion aux couples ministériels illégitimes: à la présence, pas rare, de maîtresses et d'amants parmi les gouvernants – présents, passés et futurs. En entendant ce trait d'humour de MAM, les gens ont dû s'imaginer qu'il s'en passait décidément de belles, dans les coulisses voire les alcôves du pouvoir. Nous, en tout cas, on l'a trouvée assez cocasse et bienvenue, cette soudaine décontraction dans le chef d'une ministre d'habitude si péniblement raide.

16.11.2010

Une championne

karategirl.pngPour la première fois depuis longtemps, la France dispose, depuis dimanche soir, d'un ministre des Sports à part entière, et non plus d'un simple secrétaire d'Etat. Contre toute attente, ce n'est pas l'ex-judoka David Douillet qui a été nommé. Le double champion olympique s'est fait coiffer sur le poteau par une femme: l'ex-secrétaire d'Etat à l'Ecologie Chantal Jouanno: treize fois championne de France de karaté – dans la discipline de katas par équipe, pour les lecteurs à qui cela dirait quelque chose. Au printemps dernier, la désormais ministre-karateka était remontée sur le dojo après douze ans d'arrêt de sa discipline, et avait conquis un nouveau titre.

 

C'est donc une mère de famille de 41 ans qui l'a emporté par ippon sur un colosse d'1,90 mètre, s'amuse le tout-Paris politico-sportif depuis 48 heures. Dans la même métaphore sportive filée, l'ex-groupie de Bernadette Chirac et de ses pièces jaunes s'est pris en somme, en pleine face, un mawashi geri (coup de pied circulaire fouetté) digne de ceux qu'a popularisés jadis une scène-culte du film «Les Bronzés». S'est carrément pris, irait-on jusqu'à dire, un yoko tobi geri: le légendaire coup de pied latéral sauté qui fait se pâmer tous les pratiquants d'arts martiaux.

 

«Je suis sur un petit nuage. Le sport est ma passion. J'ai un rapport addictif au sport», a réagi Chantal Jouanno: «Je vais enfin pouvoir aller m'entraîner en ayant l'impression de travailler». Pour gagner ce nouveau combat, cela dit, l'intéressée aura bien besoin de ce mélange si subtil d'ultra-concentration mentale et d'hyper-décontraction physique exigé de tout karateka qui se respecte. En effet, le budget des sports qui a été voté pour 2011 est... le plus maigre depuis près de dix ans (-15% par rapport à 2010).

 

Evidemment, c'est moins ce chiffre que le palmarès de la ceinture noire de ministre que, depuis dimanche soir, les communicants de l'Elysée – et les médias – mettent en avant.

04.11.2010

Une recrudescence?

iphone4.jpgAvis aux usagers de la RATP possédant un iPhone4 et ayant l'habitude de le consulter pendant leurs déplacements en métro. La dernière chose dont on parle à Paris en ce moment, c'est de la recrudescence de vols à l'arraché dont seraient victimes, dans le métro, les détenteurs de ce téléphone. Des vols qui seraient perpétrés y compris en pleine heure de pointe, sur des lignes très fréquentées et dans des trains bondés. On n'irait pas jusqu'à avancer que le vol d'iPhone4 est devenu la dernière mode à Paris: ce serait généraliser à la légère les mésaventures dont on a eu vent en tant que Parisien moyen. Mais enfin, tant de gens parlent de cela ces dernières semaines ici que, manifestement, il y a quelque chose.

 

Si l'on en croit ces racontars, le modus operandi préféré des détrousseurs d'iPhone serait le suivant. Ils aviseraient particulièrement les amateurs du dernier gadget d'Apple qui sont en train de l'utiliser alors qu'ils se trouvent à proximité immédiate des portes de la rame: assis sur un strapontin, appuyés à la main courante faisant face aux issues, etc. Puis, au moment où retentit le signal sonore avertissant de la fermeture imminente des portes, ils arracheraient le smartphone des mains de leur détenteur puis bondiraient hors de la rame juste avant que les portes se referment derrière eux – rendant donc impossible leur poursuite par leur victime.

 

Légende urbaine? La préfecture de police de Paris, en tout cas, a relancé il y a peu (ici) une «campagne de prévention contre les vols de smartphones dans les transports en commun» de la capitale. Chaque usager du métro parisien jugera, selon sa propension plus ou moins élevée à la paranoïa.

 

Reste une question. Dans le métro, s'afficher – poser? – en toutes circonstances, à n'importe quelle heure, sur n'importe quelle ligne et donc sans la moindre précaution avec, en main, un téléphone aussi cher (entre 500 et 700 euros, paraît-il) est-il forcément et toujours très sensé?

28.10.2010

Une thèse (toujours)

casseurs.jpgUne semaine. Il a donc fallu, en gros, une semaine à la classe politique et aux médias traditionnels pour relayer la thèse qui, sur internet, passionne les foules depuis plus de dix jours, et qu'on évoquait dans ce blog mercredi dernier. La fameuse thèse des «policiers casseurs», qui infiltreraient les manifs pour y faire de la casse afin de discréditer le mouvement social. On souligne ce retard à l'allumage non pas spécialement pour le brocarder: cela ne fait sans doute jamais de mal de prendre un peu de recul par rapport à l'immédiateté du net. Mais pour souligner combien parfois est caricaturale cette antienne qui présente la classe politico-médiatique française comme étant en permanence les yeux rivés sur internet, obsédée en temps réel par le moindre buzz qui s'y déroule.

 

Le buzz autour de ces éventuels «policiers casseurs», en tout cas, il est désormais indéniable dans tous les médias. Prenons l'exemple de la radio, ce matin. Car, dans les tranches matinales d'info, il n'y en avait que pour cela. Ainsi, sur une station, on a entendu le syndicaliste Bernard Thibault prêter à certains policiers «des attitudes qui n'ont rien à voir» avec leur mission. Puis avertir les agents en civil qui, cet après-midi dans les cortèges, seront déguisés en manifestants qu'ils y «seront particulièrement surveillés» par les syndicalistes. On zappait et, sur une autre station, on entendait un autre leader syndical, Jean-Claude Mailly, être lui beaucoup plus prudent sur ces éventuels «dérapages» policiers. On zappait encore et, sur une troisième station, on tombait illico sur le porte-parole du PS qui, sur ce même sujet, était tout autant soumis à la question. «Il est très difficile de porter de telles accusations», disait-il. Rappelant tout de même qu'en matière de comportements policiers très limites, la France avait déjà donné – voir la mort du jeune manifestant Malik Oussekine à Paris en 1986, bastonné par les «policiers voltigeurs» à moto du duo ministériel Pasqua-Pandraud. Enfin, et on s'arrêtera là, dans la foulée et sur une autre station encore, on entendait ce matin un député écologiste faire carrément le lien entre ces éventuels «policiers casseurs» et les vols d'ordinateurs dont ont été victimes plusieurs journalistes d'investigation, ces derniers jours. Et oser en déduire: «Là, ca va beaucoup beaucoup trop loin, la dérive de la part du pouvoir sarkozyste!»

 

Cette rapide revue de presse radiophonique matinale française pour dire qu'autant ce sujet brûlant des «policiers casseurs» a tardé à émerger dans la classe politico-médiatique, autant là, maintenant, c'est bon: il bat son plein et sans doute n'est-ce pas fini. Reste à voir si ce tumulte incitera le pouvoir à agréer à la requête de l'opposition de mettre sur pied une commission parlementaire d'enquête sur la question. A priori aucune chance/aucun risque/, évidemment.

06.10.2010

Une ouverture

pubH&M.jpgLe Parisien moyen ne peut pas l'ignorer, tant la campagne de pub faite autour de cet événement a été massive ces dernières semaines sur les panneaux d'affichage en ville comme dans le métro. Ce 6 octobre donc, H&M ouvre sa grande boutique des Champs-Elysées, après deux ans d'une féroce bataille juridique et politique dont on a déjà beaucoup parlé dans ce blog (relire ici ou , par exemple). La mairie, en effet, a freiné des quatre fers contre l'arrivée, sur «la plus belle avenue du monde», de l'enseigne emblématique du prêt-à-porter mondialisé et bas de gamme populaire. Selon elle, cette «textilisation» à outrance d'une avenue qui, d'année en année, est de plus en plus phagocytée par les boutiques de fringues nuira, à terme, à sa réputation, à son cachet et à sa qualité de vie (supposés). Pour mieux faire passer la pilule de cette implantation auprès de tous ses opposants, la grande marque suédoise a cassé sa tirelire en faisant appel à Jean Nouvel – l'architecte français si à la mode depuis vingt ans – pour relooker l'ex-immeuble du Club Med où est désormais installée l'enseigne.

La «textilisation» nuirait donc aux Champs, selon la mairie. Notez que c'est exactement l'argument inverse qu'ont brandi les courtiers immobiliers cet été. Quand a été confirmée la nouvelle de la dégradation des Champs, qui a perdu son titre de la rue commerçante la plus chère d'Europe (au profit de New Bond Street, à Londres). Du coup, ils régressent également au niveau mondial: l'avenue parisienne ne figure plus qu'au cinquième rang du palmarès des rues commerçantes les plus chères de la planète, loin derrière la Cinquième Avenue à New York ou Causeway à Hong Kong. Or, selon le courtier international à l'origine de ce palmarès, Cushman & Wakefield, c'est la mairie de Paris qui, en limitant sans cesse l'ouverture de magasins de prêt-à-porter sur l'avenue parisienne, a contribué à la dégringolade de sa cote immobilière internationale.

Puisque l'on parle de «textilisation» à outrance, il est un autre quartier de Paris dont la mairie ferait bien de s'occuper un peu plus activement: le Marais.

pubH&Mmétro.jpgOn en convenait ce samedi soir encore, avec les copains en compagnie desquels on passait dans ce quartier à l'occasion de la Nuit Blanche: le Marais est vraiment en train de se «saint-germainisé» à une vitesse affolante. Bientôt, comme à Saint-Germain des Prés, il faudra vraiment beaucoup chercher pour y trouver une épicerie, une librairie, un bistrot, un fleuriste, un resto, une pharmacie ou une boulangerie. Bientôt, il n'y aura plus là que des boutiques de fringues. Et des nuées perpétuelles de touristes débarqués par exemple des Champs Elysées – ravis d'avoir ainsi un quartier parisien supplémentaire entièrement dédié à leur shopping et à la fringue mondialisée: Gap, Zarra, H&M, etc.

09.09.2010

Une pléthore

pile-de-livres.jpgFrédéric Mitterrand est content. Hier, en Conseil des ministres, il s'est réjoui de l'abondance et de la qualité des livres constituant la rentrée littéraire 2010 en France. Rentrée qui, avec 701 ouvrages, bat tous les records en termes de nombre de titres publiés. Cette pléthore ne gêne pas le ministre de la Culture. Pour qui cette «production éditoriale riche et diversifiée» témoigne «du dynamisme et de la diversité de l'édition française». Ce qui permet au marché du livre de faire figure de «pôle de stabilité au sein des industries culturelles, avec en 2009 une progression de l'ordre de 2%».

 

Soit. On trouve tout de même un peu courte cette communication ministérielle extatique. Ainsi, pas un mot sur le conservatisme croissant des éditeurs, qui, d'année en année, misent de plus en plus sur les auteurs confirmés, au détriment des écrivains qui essaient de percer. Pour preuve: lors de cette rentrée 2010, seuls 85 premiers romans sont publiés, un nombre historiquement bas – à titre de comparaison, 120 nouveaux romans étaient sortis à la rentrée 2004. Pas davantage d'allusion ministérielle au déséquilibre flagrant et persistant dans la mise en place de tous ces livres en librairies; déséquilibre qui, à chaque rentrée, pénalise les nouveaux auteurs au profit des gros vendeurs. Enfin, n'aurait pas fait de mal, dans cette communication au Conseil des ministres, un rappel par Frédéric Mitterrand du fait que, depuis plus de vingt ans, se maintient à un niveau élevé le nombre de Français qui ne lisent jamais. Ainsi, l'an dernier, un sondage avait confirmé que près d'un Français sur trois (30%) ne lisait pas même un livre par an.

 

Au passage, selon la même enquête, les Français en majorité (34%) ne lisent qu'entre un et cinq livres par an. Faites le calcul: cela veut dire que le lecteur français moyen aurait besoin ...de plus d’un siècle pour avoir lu tous les ouvrages publiés en cette rentrée littéraire 2010...

23.07.2010

Une interdiction

jeune-cigarette.jpgEn cet été où, à Paris, l'on s'agite un peu (ici, notamment) sur la question des terrasses de bistrots ou de restaus à interdire ou non aux fumeurs, entre en vigueur l'interdiction de vendre du tabac aux jeunes de moins de 18 ans – et non plus seulement de moins de 16 ans, comme depuis 2003. En effet, a-t-il été annoncé ce vendredi, a été publié le décret d'application punissant d' une contravention de quatrième classe (135 €) les buralistes enfreignant cette prohibition. Selon des chiffres officiels – mais reflètent-ils la réalité? –, le tabagisme tend à reculer chez les jeunes Français, même s'il reste important. A 16 ans, 58 % des garçons et 61 % des filles déclarent avoir déjà fumé une cigarette dans leur vie; ils étaient près de huit sur dix dans ce cas en 1999. Année où 31 % des ados disaient fumer quotidiennement – contre 17 % en 2007.

Voilà pour la situation. Reste l'application de cette nouvelle interdiction. A en juger par les nombreux témoignages de buralistes entendus depuis ce matin, cela risque de ne pas toujours être facile. Ces commerçants se voient mal, comme des policiers, demander à leurs jeunes clients d'exhiber une pièce d'identité – juridiquement, du reste, on se demande s'ils en auraient le droit. Et ils craignent des réactions hostiles, voire violentes, de jeunes qu'ils refuseraient de servir.

Une excuse facile pour ne pas se conformer à la loi? Pas sûr. Ces dernières années à Paris, on a déjà été témoin, à l'une ou l'autre occasion, de tensions de cet acabit. Aux caisses d'épiceries ou de supermarchés, où, désormais, est systématiquement affiché qu'il est interdit de vendre de l'alcool aux mineurs. On y a déjà été témoin soit d'éclats de voix, en cas de refus de vente à des jeunes, soit (plus fréquemment) de non-applications manifestes de la loi. «Avec le salaire que je gagne et les horaires que je me tape, vais pas en plus risquer de prendre sur la gueule», se souvient-on même d'avoir entendu dire en substance une employée d'un Franprix qui, ce soir-là, venait d'encaisser pas mal de canettes de Kro payées par une bande d'ados en goguette. A l'époque, aucun des clients ayant entendu sa réflexion n'avait protesté.

09.07.2010

Un lauréat

projetturenne.jpgLe mois dernier, on avait évoqué (ici) le concours lancé par la mairie, visant à faire récompenser par les Parisiens «le meilleur de l’architecture contemporaine». Le concours a donné lieu à près de 30.000 votes sur le web. Ce premier «Prix Grand Public des Architectures Contemporaines» vient d'être décerné. Et il montre qu'à, l'occasion, les gens font preuve d'une certaine audace dans leurs choix architecturaux. En effet, l'immeuble récompensé est loin d'être anodin et consensuel.

 

Il est situé dans le coeur historique du Marais et accueille des logements sociaux. La partie la plus spectaculaire du projet a consisté à greffer une espèce de carcasse de métal cuivré, «comme un voilage aux reflets changeants», sur un vaste mur pignon auparavant complètement nu, sale, inutilisé et décrépit – comme on en voit tant à Paris. L'ajout de cette cuirasse métallique, «hommage à l'architecture du fer à Paris», a donné du volume à l'édifice, ce qui a permis d'agrandir les logements et de les relier par un réseau de balcons et de coursives. «La peau métallique, au-delà de l'homogénéisation de la façade, joue aussi le rôle de brise-soleil, de ventilation naturelle (diminution de 5°C dans les logements) et préserve l'intimité». Cette architecture contemporaine ne fait pas l'unanimité dans le quartier. Pour preuve, certains défenseurs du patrimoine, déroutés par cette si inhabituelle cuirasse métallique, ont rebaptisé l'immeuble «Le cuirassé Potemkine».

On peut, en effet, être séduit ou pas par la forme architecturale de ce projet lauréat. Nous en tout cas, s'agissant de sa finalité, à savoir implanter des logements sociaux y compris dans un quartier devenu aussi aisé que le Marais, on applaudit des deux mains. Si Paris s'était souciée depuis plus longtemps de la mixité sociale sur son territoire, le fossé ne serait pas, comme aujourd'hui, si béant entre arrondissements richissimes et quartiers défavorisés.

30.06.2010

Un «pari gagnant»

Un peu de culture, aujourd'hui. Quatre ans après son inauguration, c'est une consécration pour le musée du Quai Branly. Cette institution vient d'être bombardée en tête du classement des 340 musées français, édité chaque année par «Le Journal des Arts». Ce palmarès est établi sur la base de 69 critères concernant par exemple l’accueil du public, le dynamisme de la politique muséale, ou la conservation des oeuvres. C'est la première fois que Branly pointe en tête de ce classement. Ce qui, selon ses concepteurs, consacre le «pari gagnant» de ce musée dédié aux Arts premiers.

 

Dans ce classement, Branly détrône le Centre Pompidou, le Louvre étant stationnaire à sa troisième place. La rétrogradation du Musée d’art moderne de Beaubourg est expliquée par la longue grève qui y a eu lieu l'automne dernier ainsi que par sa politique d’accueil. A Pompidou, en effet, «les aides à la visite (audioguide et téléchargement multimédia) ne sont pas incluses dans le prix d’entrée». A Branly, en revanche, «Le Journal des Arts» a apprécié le fait que cette institution «offre 18 journées de gratuité par an à son public, lequel peut, par ailleurs, visiter l’intégralité de ses espaces d’exposition» – ce qui est loin d'être le cas au Louvre, par exemple. Les confrères se réjouissent aussi que «quatre ans après son ouverture, la fréquentation (de Branly) continue à progresser, avec une hausse de 7,6 % cette année», pour un total cumulé d'une demi-douzaine de millions de visiteurs.

 

En effet. On ne se félicitera jamais assez qu'un jeune musée trouve aussi rapidement et aussi aisément son public. A fortiori lorsqu'il est dédié à une culture et à des arts si lointains de ceux de ses visiteurs, ce qui offre à ces derniers une fantastique ouverture sur le monde.

 

Juste que, sans prétendre remettre en cause le bien-fondé des notes accordées par ces professionnels, nous personnellement, en tant que modeste usager parisien, on a toujours eu un gros problème avec Branly. On trouve ses collections très belles et ses expositions plutôt bien faites. On apprécie assez son grand jardin. Sans en avoir jamais été fan, l'immense vaisseau conçu par l'architecte Jean Nouvel ne nous dérange pas fondamentalement, dans sa physionomie extérieure. En revanche, on a toujours été très désorienté par son agencement intérieur. A chacune de nos visites, on a eu le même problème. Dans ce musée, on ne s'y retrouve jamais. On ne sait jamais où l'on est. On ne repère ni les sorties, ni les cheminements. On ne ressent ni ne comprend ni à la structure de ce vaste bâtiment, ni à l'articulation de ses circulations. Bref, on y ère, on s'y perd, on y flotte, et souvent on s'en agace.

 

Mais, les professionnels de l'art ne semblant pas insister outre mesure sur cet aspect des choses, sans doute a-t-on tout faux: probablement est-on particulièrement et singulièrement déstructuré.

02.06.2010

Une réouverture

Aujourd'hui, un sujet infiniment plus léger qu'hier. Et même carrément bucolique. Du beau monde se pressait hier soir au Jardin des Plantes. Ministres, élus parisiens, mécènes et autres personnalités diverses et variées étaient au cocktail d'inauguration de la réouverture des Grandes serres du Muséum national d'Histoire naturelle. Car ce joyau du patrimoine architectural et botanique, qui était fermé depuis six ans pour restauration, est de nouveau accessible au grand public à partir de ce mercredi. Cela ne peut pas mieux tomber, en cette Année mondiale de la biodiversité qu'est 2010.

 

Ces magnifiques édifices sont les dignes héritiers des orangeries et serres du Jardin du Roy, utilisées à l'époque pour conserver et acclimater les collections botaniques et les plantes rares ramenées par les naturalistes français de leurs voyages d'exploration. Il s'agit même des premières structures de métal et de verre de ce type construites dans le monde, entre 1834 et 1836. Le chantier de restauration a été long et complexe, vu que cet ensemble est intégralement classé. Les vitrages, qui étaient en très mauvais état, ont été entièrement démontés puis replacés dans les règles de l'art. Les boulons et fragments métalliques de l'ossature, parfois si mal en point qu'ils menaçaient de s' écrouler sur les visiteurs, ont eux aussi été réparés. Les lieux ont été reconfigurés pour se conformer aux règles de sécurité et être accessibles aux handicapés. Et le Muséeum a repensé le contenu botanique de l'ensemble, de manière à permettre la découverte d' «une nature imaginaire où cohabitent des plantes des quatre coins du monde; une nature bien réelle, car les plantes y poussent en pleine terre et se laissent admirer de très près». Bref, une «rencontre avec le monde végétal, le plus ancien laboratoire de la vie, tout à la fois poétique et scientifique».

 

«Passer de l'émerveillement (pour le patrimoine végétal présenté) à l'engagement (en faveur de l'environnement et de la biodiversité)»: tel est le voeu formulé pour les visiteurs par l'institution. Celle-ci, soucieuse de mettre ses actes en concordance avec ses discours, a veillé notamment à ce que l'énergie nécessaire au maintien à 22 degrés de la température de la serre tropicale humide provienne du reyclage de la chaleur produite par l'incinération de déchets. Autre initiative appréciable en ces temps de crise: les tarifs d'entrée pratiqués sont plutôt raisonnables: 5 euros le ticket adulte, 3 euros le billet enfant (jusqu'à 14 ans).

 

Tous les ingrédients sont donc réunis pour que, dès aujourd'hui et durant tout cet été – même si la canicule estivale n'est sans doute pas la meilleure période pour visiter cet endroit –, le Jardin des Plantes redevienne, auprès des touristes singulièrement, un des endroits les plus courus et donc les plus bondés de Paris.

01.06.2010

Une campagne

boycottproduitsisrael.jpgCoups de matraques et lacrymos hier soir au Rond-Point des Champs-Elysées, aux abords de l'ambassade d'Israël. La tension entre manifestants et forces de l'ordre était telle que la célèbre avenue a même dû être complètement fermée à la circulation. Des incidents ont aussi éclaté dans des villes de province comme Strasbourg, où pareils rassemblements avaient été organisés en signe de protestation contre les événements survenus le matin même au large des côtes israéliennes. A Paris, les manifestants arboraient des autocollants appelant au boycott de l'Etat hébreu en général et des produits israéliens en particulier. C'est peu dire qu'en France mais aussi sans doute dans d'autres pays, cette actualité va redonner vigueur à la campagne en faveur d'un tel boycott.

 

L'autre jour, d'ailleurs, cet appel au boycott a eu des prolongements en justice. En effet, une association pro-palestinienne radicale (ici) a assigné les magasins de parfumerie Sephora (propriété du géant LVMH), parce qu'ils commercialisent des produits cosmétiques fabriqués en Cisjordanie. Dans le sens inverse, il y a quelques mois, la justice a sanctionné le camp des partisans du boycott. Dans des supermarchés en province, une activiste avait apposé des autocollants sur des produits israéliens, appelant les clients de ces magasins à ne pas les acheter. Le groupe de grande distribution propriétaire de ces supermarchés avait porté plainte contre elle pour «dégradation». Le parquet avait requalifié les faits en «incitation à la haine raciale» en raison d’une «discrimination à l’égard d’un pays». Et l'intéressée avait été condamnée.

 

A l'époque, cette décision de justice avait suscité un vif débat. Le mouvement antiraciste MRAP y avait vu une «stratégie d’intimidation» orchestrée par «certains milieux ultra-sionistes», accusés de «porter contre toutes voix critiquant la politique menée par les gouvernements d’Israël l’infamante accusation d’antisémitisme, pour mieux les disqualifier». Et la Ligue des droits de l'homme – pourtant opposée à tout boycott de produits israéliens – avait dit sa «consternation» pour une sentence «profondément injuste et injurieuse». «Plus attachée que jamais à l'exigence de justice, (en France) comme à Gaza», cette association avait fustigé le fait que, «pendant qu'on traite de la sorte l'expression citoyenne, les crimes de guerre commis à Gaza (...) restent impunis». La condamnation, en revanche, avait été applaudie par les associations juives et de lutte contre l'antisémitisme. Pour qui ces «appels illégaux au boycott incitent à la haine d'Israël et poussent à l'acte antijuif».