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18/12/2008

Un engin

Segway.jpgRestons sur les grands boulevards parisiens, mais dans un registre plus léger que ceux de la violence politique et de la précarité que l’on évoquait dans les notes d’hier et d’avant-hier. L’autre jour, en déambulant boulevard Beaumarchais, comme une semaine auparavant déjà sur le boulevard des Filles du Calvaire, on s’est fait dépasser en trombe par un nouveau mode de déplacement que l’on commence à voir pas mal à  Paris: le Segway.

 

Dans la capitale française, cette espèce de trottinette futuriste – on appelle cela un «gyropode», semble-t-il – est même désormais disponible à la location (ici ou , par exemple). Facturé 45 euros la demi-journée, voire carrément 30 euros de l’heure, il n’est pas sûr que ce nouveau mode de déplacement détrônera le Vélib dans le cœur des Parisiens. Mais, manifestement, à en juger aux idiomes que parlaient ses utilisateurs que l’on a croisés,  il a un certain succès auprès des touristes étrangers.

 

L’engin a l’air assez drôle à conduire, en tout cas. On n’a pas encore essayé cela. Pourtant, ce n’est pas l’envie qui manque. Mais, un peu comme avec les rollers – qu’on a tant aimé autrefois user sur le bitume parisien, mais qu’on a depuis remisés au placard –, on a l’impression que, juché là-dessus, on aurait l’air un peu ridicule. Surtout, on aurait vraiment peur de se laisser aller à contribuer peu civiquement à l’insécurité sur les trottoirs. Car l’usage de cet engin a l’air très grisant. Ses utilisateurs qu’on a croisés, en tout cas, riaient tellement aux éclats qu’ils en oubliaient manifestement ses consignes d’utilisation: circuler «à la vitesse du pas», «laisser toujours la priorité aux piétons», «ne pas créer d’inquiétude inutile» chez les autres usagers du trottoir, etc.

09/12/2008

Une mode

Au moment où, en France en général et à Paris en particulier, les sociétés de transports publics, par tous les moyens possibles et imaginables, inondent en permanence leurs usagers de messages publiciaires, elles peuvent tout de même traîner ces usagers en justice pour… «publicité non-autorisée».

 

C’est en tout cas ce qui arrive ce jeudi à un usager du RER D, honnête père de famille et par ailleurs militant anti-pub. En 2007, sur la porte de son RER, il colla un petit autocollant pastiche du célèbre sticker au petit lapin qui, depuis des décennies, sur les portes des métros parisiens, recommande aux enfants de ne pas se faire pincer les doigts. Pastiché à la mode anti-pub, cela donnait «Attention, ne mets pas tes yeux sur les pubs: tu risques de te faire manipuler très fort». Surpris en flagrant délit par la police ferroviaire, le voilà qui doit désormais répondre de son «petit acte symbolique de résistance» devant un tribunal du Val de Marne (banlieue parisienne).

 

L’homme revendique le droit à la «désobéissance civique». Pas sûr que cet argument le servira. En effet, en France, la dernière mode judiciaire en vigueur semble consister à poursuivre et à condamner des activistes pour leurs actions militantes.

 

Ainsi, à plusieurs reprises déjà ces derniers mois, les «Déboulonneurs», ces militants anti-pub qui barbouillent des affiches publicitaires dans le métro, ont été mis à l’amende pour «dégradation légère d’un bien par inscription, signe ou dessin». Dans un autre registre, cette semaine, des intermittents du spectacle comparaissent en justice pour «violation de domicile»: lors de leur mouvement de grève contre leur nouveau régime d’assurance chômage, ils avaient brièvement occupé le siège du syndicat CFDT, grand défenseur de la réforme. La semaine dernière, des militants contre la FrançAfrique ont été condamnés à des milliers d’euros d’amende pour «complicité de violence en réunion»: à la faveur d'une de leur manifestation contre les complicités françaises du génocide rwandais de 1994, l’ancien ministre Hubert Védrine avait été aspergé d’un peu de faux-sang (délébile). Enfin, faut-il le rappeler, la semaine précédant cette condamnation, c’est «Droit au Logement» qui a été mis à l’amende: l’association doit payer 12.000 euros pour dépôt d’objets encombrants sur la voie publique – les objets en question étant des tentes de camping remplies de personnes mal-logées.

 

Décidément, en France en ce moment, il ne fait pas bon être militant.

08/12/2008

Une tradition

Les Français adorent les sapins de Noël. Ce sujet, à défaut d’être d’un intérêt fou dingue, est au moins pile poil dans l’actualité puisque, ce week-end, le premier des Français, Nicolas Sarkozy en personne, a fait installer son sapin de Noël dans la cour d’honneur du palais de l’Elysée.

 

Ce faisant, le Président a un peu devancé ses compatriotes. En effet, si l’on en croit une étude sur la question – 23 pages de chiffres, de tendances et de graphiques rien que sur les sapins de Noël: il y a des sondeurs qui mériteraient le Nobel de l’abnégation – c’est plutôt entre le 15 et le 20 décembre que la majorité des Français achètent leur sapin de Noël. Ce n’est pas un petit marché. Chaque année, un ménage français sur quatre (22,2%) sacrifie à cette tradition, ce qui fait 5,9 millions de sapins vendus chaque Noël, à un coût unitaire moyen de 22 euros.

 

Les Français préfèrent le sapin naturel au sapin artificiel. L’espèce en vogue (celle d’ailleurs choisie par l’Elysée) est le Nordmann, qui supplante l’épicéa et le sapin blanc. Les Français achètent leur sapin coupé plutôt qu’en pot ou en motte. Ils effectuent cet achat au supermarché plutôt que chez le fleuriste ou le pépiniériste. A l’inverse de l’hôte de l’Elysée (9 mètres !), ils préfèrent un sapin de taille moyenne (entre 1 mètre et 1,50 mètre). Le profil type des ménages acheteurs de sapins naturels? Entre 25 et 49 ans, aussi bien artisans que commerçants, chefs d’entreprises, cadres ou professions libérales, résidant en région parisienne ou dans l’Est de la France et ayant des enfants. Les acheteurs de sapins artificiels, eux, sont davantage des professions intermédiaires, des employés et ouvriers, et des ménages de moins de 35 ans.

 

Nicolas Sarkozy a beau être un adepte de la «rupture», il n’en sacrifiera pas moins, comme tous ses prédécesseurs, à la tradition de Noël. Dans dix jours, il recevra des enfants à goûter aux pieds du sapin de l’Elysée, après les avoir conviés à une représentation du «Roi Lion» au Théâtre Mogador. En ces temps écologiquement corrects, le chef de l’Etat a bien pris soin de préciser (ici) que cette opération sapin de Noël  avait été menée «dans un souci constant d’éco-responsabilité, de sa production jusqu’à son recyclage en passant par l’installation et la décoration». Ainsi, l’arbre «sera recyclé en compost après broyage, éclairé par des ampoules basse consommation, et sa décoration a été réalisée par une entreprise favorisant l’insertion professionnelle». C’est donc vraiment Noël.

03/12/2008

Un avis

bluetooth_logo.jpgVoilà un avis qui tombe à merveille. Et qui va intéresser les millions d’usagers quotidiens des transports publics parisiens. Il émane de la Commission informatique et libertés (CNIL), qui veille en France à ce que le développement des technologies modernes ne nuise pas aux libertés individuelles et à la vie privée. Cet avis concerne Bluetooth. Selon la CNIL, aucun message publicitaire ne peut être envoyé via cette technologie sans que la personne destinataire ait prélablement donné son consentement.

 

Cet avis tombe au moment où la RATP et le géant publicitaire Publicis viennent d’inaugurer les premiers panneaux publicitaires numériques dans le métro parisien – pour les curieux: à la station Charles de Gaulle-Etoile, par exemple. Il s’agit de publicités dynamiques et animées, projetées sur des panneaux LCD haute-définition de 70 pouces. Le projet prévoit qu’à terme, les usagers du métro passant devant ces panneaux pourront, en dirigeant leur portable vers ces écrans, télécharger via Bluetooth des infos, des bandes-annonces, voire des bons de réduction relatifs aux produits ou services vantés. Ces nouveaux panneaux publicitaires sont équipés de capteurs capables de recenser à l’unité près le nombre de passants qui se sont arrêtés devant l’écran, la partie du message qui a été regardée et l’heure exacte de ces contacts visuels.

 

Pour pouvoir télécharger les infos annexes à ces messages publicitaires, les usagers du métro devront avoir activé au préalable la fonction Bluetooth de leur portable. Dans son avis, la CNIL s’oppose aux systèmes publicitaires qui envoient d’office de la pub aux passants branchés sur Bluetooth. Le gendarme de l’informatique, en effet, considère «ce nouveau mode de marketing direct particulièrement intrusif». De même, estime-t-il, «l’envoi d’un message demandant à l’utilisateur s’il accepte l’établissement d’une connexion Bluetooth n’est pas une modalité satisfaisante du recueil du consentement, dans la mesure où elle intervient trop tardivement».  La CNIL préconise plutôt «des solutions permettant aux seules personnes réellement intéressées par le contenu publicitaire d’être sollicitées. C’est le cas, par exemple, lorsqu’elles doivent approcher de quelques centimètres leur téléphone de l’affiche afin de recevoir la publicité, ce qui atteste de leur volonté et de leur consentement».

 

mercredimetro.jpgCela dit, ces précautions prises pour limiter le caractère intrusif de ce nouveau dispositif ne vont probablement pas calmer les anti-pubs, qui mènent régulièrement des actions commando contre les 40.000 panneaux publicitaires traditionnels déjà présents dans le métro parisien. Ces activistes ne seront pas ravis d’apprendre qu’outre ces panneaux classiques, 400 écrans publicitaires numériques seront déployés d’ici à la mi-2009 dans le réseau du métro, plus encore 200 supplémentaires d’ici à 2010. La RATP semble d’ailleurs ne se faire aucune illusion sur la popularité de ces nouveaux panneaux publicitaires auprès des activistes: tous ces écrans numériques sont équipés d’une alarme anti-casse reliée en temps réel au terminal de la régie publicitaire.

28/11/2008

Un cadeau de Noël

parfum.jpgSi l’on en juge aux nombreux paquets dont ils sont affublés en rue ou dans le métro, les Parisiens ont déjà commencé à sacrifier au rite annuel des courses pour les fêtes de fin d’année. Il est donc plus que temps de les informer de la sortie ces jours-ci d’un cadeau qui pourrait bien devenir un must dans certains milieux parisiens. On veut parler de la nouvelle game de produits de beauté et de cosmétique aux couleurs du Paris-Saint-Germain – le parfum du footballeur, en somme. Commercialisé par une société au nom merveilleux de «Brume de Rêve».

 

Alors, on entend déjà d’ici les rires moqueurs: les sarcasmes des anti-footeux primaires se demandant quel peut bien être l’intérêt de se parfumer avec des senteurs de sueur, des odeurs de vestiaires, des effluves de gazon mouillé ou des relents de merguès grillés. Mais non, pas du tout. "L’eau de sport" du PSG permet «aux fervents supporteurs de partager l’intimité de leur équipe préférée». C’est même carrément un parfum «magique». En effet,  «une touche de cette fragrance transforme les soirées parisiennes en une fête avec les plus jolies filles de la capitale. Cela sent déjà bon au Parc ou sur les Champs».

 

Parce que c’est Noël, dans "la trousse supporter", on trouve aussi un shampooing: «une vraie fraîcheur matinale aux couleurs de PARIS. Testé et approuvé par les joueurs du club après tous les matchs, pour mieux vivre ton club au quotidien». Il y a encore un gel coiffant: «un gel fruité plein de vigueur et de force pour mieux ressembler à Jérôme ROTHEN!»

 

rothenlabonne.jpgEt puis, tant qu’on y est et parce qu'il n'y a pas de mal à se faire du bien, c’est l’occasion rêvée d’aller refaire un tour dans la si splendide e-boutique du PSG. Plein de très belles choses nous y attendent, idéales pour déposer aux pieds du sapin de Noël et qui feront le bonheur des petits et des grands. Une vénéneuse «nuisette PSG Sport blanc rouge-Femme-PSG 13 euros». Un très chouette «lot 2 paires chaussettes PSG blanc bleu-Junior-PSG 4euros50». Et bien sûr la «médaille PSG logo argent-PSG 40 euros». D’accord, 40 euros, ce n’est pas donné. Mais, c’est «l’indispensable!» 

21/11/2008

Une révélation

Il n’a pas tout perdu, Benoît Hamon: le candidat à la direction du PS qui, cette nuit, s’est fait évincer du second tour final au profit de Ségolène Royal et de Martine Aubry. Le jeune eurodéputé n’a pas tout perdu, puisque, à la faveur de cette course à la présidence, il a au moins acquis une notoriété. Aujourd’hui, si vous le googlisez, vous obtenez quasiment un demi-million de références. Certes, ce n’est rien par rapport à l’audience de ses deux rivales. Mais ce n’est tout de même pas mal pour quelqu’un qui était totalement inconnu du grand public il y a six mois à peine. Tous les ans, un prix décerné par des journalistes couronne la révélation politique de l’année. Pour 2008, le Besancenot du PS pourrait légitimement prétendre à cette distinction.

Par sa jeunesse, son style calme et cool, son look «boy next door», son talent télégénique et sans doute aussi par son discours – brut de décoffrage, les deux pieds bien sur terre, compréhensible, moins langue de bois que les autres –, Benoît Hamon n’est pas passé inaperçu sur le net non plus. Certains forums notamment ont amplement commenté sa plastique de jeune premier.

Signe d’une certaine popularité, le rugbyman amateur fait même déjà l’objet de parodies sur les sites de partage vidéo. Ainsi, ce mini-clip ci-dessous. C’est évidemment purement gratuit, les deux intéressés n’étant absolument pas liés. Par rapport aux enjeux de fond, c’est certainement très futile. Et les grincheux auront même quelques raisons de trouver cela carrément débile. Mais, on l’avoue, on a trouvé que le casting – le si avenant socialiste et la si glamour et talentueuse journaliste – était vraiment très réussi. Un couple tellement joli qu’à la vision de cette bluette imaginaire, on a trouvé ce duo charmant et on a souri.

 

19/11/2008

Un gaspillage?

champs%20elysees.jpgCela se passe ce soir, vers 18 heures: c'est le coup d’envoi donné aux grandes illuminations de Noël des Champs-Elysées, en compagnie d’un aréopage d’officiels et de people – cet hiver, c’est l’actrice Marion Cotillard qui officiera en tant que maîtresse de cérémonie. Une fois encore, on imagine que la scénographie sera grandiose. Sur les 2,4 km de «la plus belle avenue du monde», de la Concorde à l’Arc de Triomphe, 400 arbres seront décorés d’un million de points lumineux. Leurs troncs seront parés de brillants de couleur bleue pour rappeler la présidence française de l'Union européenne, qui s'achève à la fin de l'année.

 

Comme chaque année, cette animation de Noël suscite la controverse. La mairie et les commerçants des Champs mettent en avant le recours aux ampoules à basse consommation, qui réduirait le coût énergétique de cette opération à la consommation moyenne d’électricité d’une famille de quatre personnes pendant un mois. Plusieurs associations de défense de l’environnement (le Réseau action climat, Sortir du nucléaire, etc.) n’en dénoncent pas moins «un grand gaspillage». Et avancent , elles, un bilan carbone de 600 à 700 grammes de CO2 par kilowattheure consommé. Au total, la surfacturation d’électricité générée par ce dispositif engloutirait à elle seule les économies découlant du passage à l’heure d’hiver. Ces opposants n’exigent pas l’arrêt des illuminations de Noël mais au moins leur limitation tant dans leur durée que dans leur ampleur.

 

Pendant les fêtes de fin d'année, les grands magasins parisiens – qui réalisent 25% de leur chiffre d’affaires annuel lors de cette seule période  –, déploient eux aussi la grosse artillerie lumineuse. Ainsi, au Printemps, rien que pour les décors extérieurs, ont été mobilisés «2500 boules jaunes noires pailletées argent ou encore à facettes, 85.760 diodes électroluminescentes, 5000 grosses ampoules led, 3000 ampoules flash reliées par 2800 mètres de câbles de fête foraine, 48 étoiles de 2 à 4 mètres, 2000 guirlandes lumineuses soit 100.000 points lumineux, 3,5 kilomètres de tube de lumière». A cela, il faut ajouter, pour les décors intérieurs, «50.000 mètres de guirlandes lumineuses soit 1.670.000 ampoules, 15.000 étoiles, 3750 m2 de moucharabiehs et 90.000 sequins». Sans oublier les vitrines animées, dont le montage prend à lui seul 200 heures de travail. 80 personnages animés et 1000 objets sont utilisés pour ce décor. Pendant la durée de leur exposition, soit deux mois, ces personnages animés «effectueront 5 millions de fois le même geste et parcourront l'équivalent d'un aller-retour Paris-Strasbourg».

 

printemps.jpgTrès joli tout cela, mais, ici aussi, très très énergivore, non? «Pas du tout!», assurait-on hier, avec un bel enthousiasme, à la direction du grand magasin. Le recours notamment aux ampoules led permettrait de «réduire au minimum les nuisances et l’impact sur l’environnement». L’enseigne se refuse toutefois à communiquer le moindre chiffre concernant le coût financier et énergétique de ce dispositif de Noël: «Vous comprenez: cela tuerait le rêve». On comprend.

 

Tiens, au fond, en cette période de crise économique mondiale, au moment où en France tant de ménages se désespèrent de leur pouvoir d’achat voire craignent pour leur logement ou pour leur emploi, toutes ces dépenses si somptuaires sont-elles vraiment à propos? Cette année, un peu plus de sobriété, un peu moins d’étalage donc, n’aurait-il pas été bienvenu, voire de bon goût? «Aucun client ne nous a jamais fait de remarque allant dans ce sens», assure-t-on au Printemps. «Ici, on est dans le rêve le plus absolu, dans la magie de Noël. Cela n’a rien d’indécent».

 

 

18/11/2008

Une réticence

Mauvaise période, décidément, pour le maire de Paris. Bertrand Delanoë vient de spectaculairement échouer dans la course à la direction du PS. Voilà à présent que, sur le terrain parisien, une de ses marottes urbanistiques est en train de prendre l’eau: les tours.

 

Les tours ou plutôt les «immeubles de grande hauteur», comme dit pudiquement le néologisme. Confronté à un problème d’espace dans la capitale, la mairie a commis six grands projets de tours, dont le plus connu, la pharaonique tour Triangle, est actuellement soumis à consultation – et fait d’ailleurs l’objet d’une mobilisation associative. Ce faisant, le maire a balayé d’un revers de la main l’avis majoritaire des Parisiens. Ceux-ci, dans une consultation en 2004, s’étaient opposés à plus de 60 % au retour des gratte-ciel dans la capitale. Sur ce point, Bertrand Delanoë a aussi fait exploser sa majorité, les Verts refusant de cautionner ses vues urbanistiques. Depuis, est survenue la grande crise économique et financière actuelle, qui va forcément ralentir les méga-programmes immobiliers. Dernière mauvaise nouvelle en date sur ce sujet pour le maire: un sondage publié hier a montré que sont également réticents aux tours leurs premiers occupants présumés (s’agissant majoritairement de projets de bureaux), à savoir les entreprises.

 

Selon cette enquête Médiamétrie, seules 17% des 979 entreprises parisiennes consultées se déclarent prêtes à s’installer dans un gratte-ciel à Paris. La mairie biaise en rétorquant que les entreprises sondées sont surtout des PME ; or ce sont les grandes sociétés qui sont les premiers clients visés par les promoteurs de tours. Il n’empêche, le rejet des gratte-ciel est massif. Les raisons pour lesquelles les entrepreneurs parisiens refusent les tours sont, dans l'ordre, leur taille inhumaine, leur proximité avec le périphérique, leur coût trop important (charges, etc.), leur non-conformité avec la physionomie traditionnelle du tissu parisien, et (malgré tous les progrès qu’on a accomplis dans ce domaine) le fait qu’une tour est toujours plus énergivore et donc moins écologique qu’un bâtiment de taille plus raisonnable.

 

«ll y a une grande dimension psychologique dans ce refus des tours», expliquait en substance un spécialiste de l’urbanisme, à la radio ce matin. «Quand une société veut que son siège soit à Paris, c’est beaucoup pour une question de prestige et d’image de marque. Elle va donc vouloir s’installer dans les beaux quartiers centraux. Et pas dans une tour, aussi belle soit elle, dont les occupants disposeront d’une vue imprenable… sur le périphérique et sur la banlieue». 

13/11/2008

Une innovation

Paris est la capitale mondiale du shopping, avec une densité de boutiques exceptionnelle: 29 pour 1000 habitants, contre 18 à Londres ou 16 à Milan. Ce statut autorise toutes les audaces. Ainsi, dernière innovation en date, annoncée hier: les fashionistas parisiens auront bientôt à leur disposition… un GPS spécialement programmé pour les aider à faire flamber la carte bleue.

 

L’appareil les guidera dans la capitale française tout au long de «cinq parcours dédiés aux serial-shoppeurs». Un parcours «classique» (les grandes enseignes de luxe de l’avenue Montaigne, des Champs, de la Place Vendôme, etc.), un parcours «trendy» (Marais, Saint-Germain des Prés ou Etienne Marcel), un «bobo-chic» (Charonne et Canal Saint-Martin), un «créatif» (Abbesses ou Bir Hakeim) et un «FusionFashionWorld» (Belleville, Ledru-Rollin ou Opéra). Ce GPS «pour fashion geeks», comme d’autres initiatives (des bureaux d’accueil pour les touristes, un partenariat avec " Google map street view", etc.), fait partie de l’opération "Soldes by Paris" lancée hier. Cette énorme opération internationale de promotion du shopping dans la Ville lumière est l’œuvre de la Chambre de commerce et de l’Office du tourisme de Paris. Elle coïncidera avec le lancement de la période des soldes d’hiver, en janvier. Et sera dotée d’un budget d’une ampleur sans précédent: un million d'euros.

 

Contraste saisissant: hier, le jour même où était annoncée cette opération de promotion et de valorisation de la dépense chic et glamour dans les boutiques parisiennes, une étude confirmait que les Français, durement touchés par la crise, allaient se serrer la ceinture pour leurs achats à venir. Plus d’un Français sur deux (53%) prévoit d'acheter moins de cadeaux que l'an dernier. Le budget global qu’ils dépenseront pour les fêtes de fin d’année va baisser de 5%, à 527 euros: 291 euros pour les cadeaux, 159 euros pour la table et 77 euros pour les divertissements.

 

527 euros, cela dit, c’est tout de même un chiffre qui paraît énorme. Dans les faits et loin des savants calculs des experts du cabinet Deloitte, combien de ménages rattrapés par la crise ne pourront-ils dépenser un tel montant, qui équivaut à la moitié d’un salaire minimum? Dans ce contexte morose, évidemment, la futilité dérisoire de ce nouveau GPS «pour fashion geeks» n’en saute que plus aux yeux. A moins que, au contraire, cette pénible situation générale rende encore plus utile ce genre d’innovation. A Paris, «la plus grande boutique du monde à ciel ouvert», quand le client français trinque, il faut d’autant plus s’efforcer d’attirer le client étranger, pour compenser.  

12/11/2008

Une «inflation»

Lendemain de 11 novembre. La journée d’hier a été marquée en France par la controverse autour du rapport de l’historien André Kaspi, qui propose au gouvernement de mettre un terme à l’«inflation commémorative» qui frapperait la France. En gros, selon ses dires, l’Hexagone se complairait en permanence dans un exercice de repentance qui sacrifierait aux «intérêts communautaristes» et au «clientélisme mémoriel». L’historien suggère donc de ne garder désormais que trois grandes dates annuelles et nationales de commémoration: le 8 mai, le 14 juillet et le 11 novembre.

 

Gros, énorme même embarras au sein du gouvernement ainsi que dans les rangs de l’UMP. Et pour cause: faire le tri dans les cérémonies commémoratives est une tâche tout simplement impossible politiquement. Ainsi, comment par exemple faire admettre à la communauté juive la suppression du 16 juillet, jour de l’hommage national aux Justes? Comment faire un trait sur le 25 septembre, journée nationale d’hommage aux harkis, alors que, pendant des décennies, la France a fait une croix sur les souffrances de cette communauté? Comment les DOM-TOM pourraient-ils accepter la suppression du 10 mai, la journée où le pays se souvient de l’abolition de l’esclavage? Impossible.

 

Et pas forcément judicieux, comme idée? Ce 11 novembre 2008, en tout cas, a été très utile dans la mesure où il a montré à merveille, et doublement, combien l’on pouvait tirer des enseignements précieux de ces journées de commémoration.

 

Un enseignement sur le passé, d’abord: avec ce discours très inspiré de Nicolas Sarkozy, qui a historiquement élargi l’hommage de la Nation aux quelque 675 soldats français fusillés pour l’exemple pour insubordination, par des tribunaux militaires à l’issue de parodies de procès. Un enseignement sur le présent voire sur l’avenir, ensuite: avec l’absence si symbolique hier de la chancelière allemande sur les lieux même où François Mitterrand et Helmut Kohl marquèrent l’Histoire en se tenant par la main. Une absence qui en a dit long et mieux que tout discours sur l’état préoccupant du couple franco-allemand.

 

 

 

PS: C’est évidemment très secondaire par rapport au fond. On ne se prend pas pour Maître Capello. Et, habitué des coquilles et autres étourderies langagières, on ne se permettrait évidemment pas de donner des leçons de français à quiconque et encore moins aux collègues journalistes hexagonaux. Mais enfin, hier comme à chaque journée de commémoration, on n’a pu que constater que la langue de Molière avait été joyeusement martyrisée par les médias. Ainsi, ce mauvais usage de commémorer et célébrer. En bon français, on commémore un événement dont on célèbre l'anniversaire. Hier donc, on a commémoré l’armistice, ou célébré l’anniversaire de l’armistice de 1918. Et pas, comme on l’a entendu à longueur de journée à la radio ou à la télé, «commémoré l’anniversaire de l’armistice», «célébré l'armistice» ou autres «commémoré le souvenir de 1918» 

 

30/10/2008

Une fortune

Aujourd’hui, direction le septième arrondissement. Pour les lecteurs qui n’habiteraient pas Paris, le septième, c’est le quartier de la rive gauche autour de la tour Eiffel, du Champ de Mars, des Invalides, de la rue du Bac, et tout cela. Pourquoi s’intéresser à ce quartier? Parce que la réputation dont il jouit de longue date – celle d’être un des plus cossus de Paris – vient d’être très officiellement confirmée, par la direction des impôts en l’occurrence.

 

En effet, les dernières statistiques, portant sur l’exercice 2007, indiquent qu’à Paris, c’est dans ce septième arrondissement que l’on compte le plus grand nombre de foyers assujettis à l’impôt sur la fortune (ISF). Sur les quelque 57.000 habitants dénombrés dans cet arrondissement, très exactement 6.943 contribuables sont taxés spécialement pour leur fortune. Ils déclarent un patrimoine moyen de 3,3 millions d’euros. Et s’acquittent d’un ISF d’un montant annuel moyen de 24.936 euros. Par rapport à 2006, on dénombre dans ce quartier 481 assujettis de plus à l’ISF. Et, en un an, la valeur moyenne du patrimoine qui y est déclaré a augmenté de 200.000 euros. Ce n'est pas la crise pour tout le monde.

 

Dans nul autre arrondissement parisien, pas même dans les très chics seizième et sixième, on ne trouve autant de gens fortunés ni de patrimoines d’une telle valeur. La composition sociologique du quartier l’explique. Selon les propres chiffres de la mairie de Rachida Dati, 40% de la population de cet arrondissement est constituée de cadres et de professions supérieures, contre 30% dans l’ensemble de la capitale. En revanche, seuls 7% des habitants du septième sont ouvriers: c’est deux fois moins que la moyenne parisienne (14,5%).

 

Cela dit, quand on habite aux pieds de la tour Eiffel, on atteint très rapidement le seuil des 760.000 euros de patrimoine: le fameux seuil à partir duquel le fisc considère un contribuable comme fortuné et dès lors l’assujettit à l’ISF. L’immobilier, en effet, s’il est hors de prix en général à Paris, atteint ici des niveaux astronomiques. Faites comme nous hier l’expérience et allez jeter un coup d’œil sur les vitrines des agences immobilières de ce quartier. Vous y verrez des studios de 20 m2 à… 250.000 euros et des trois pièces même pas trop grands, disons 60 m2, à… 700.000 euros!

 

Du coup, et sans pour autant plaindre les intéressés  – il est des sorts tout de même plus scandaleux –, cela veut dire que, quand on vit dans un tel quartier, il ne faut pas spécialement posséder une limousine, des chevaux de course, des beaux bijoux, un bateau de plaisance ou un mas en Provence pour payer l’ISF. Il suffit d’avoir... un trois pièces et, disons, une voiture et l’un ou l’autre compte en banque.

24/10/2008

Un poids

macdoburger.jpgFin hier soir de la saga politico-environnementale de la semaine: on ne taxera pas les sacs plastiques mis à disposition de la clientèle des supermarchés. La controverse autour de cette question a quelque peu éclipsé une autre actualité de la semaine en termes de lutte contre les déchets: la charte qu’ont signée l’Association des maires de France et le Syndicat national de la restauration rapide. Cette charte vise à améliorer la propreté autour des fast-food de France, en réduisant la quantité de détritus qui y sont abandonnés par les clients.

 

Cela concerne énormément de gens: chaque jour dans ce pays, pas moins de 2 millions de personnes vont dans un établissement de restauration rapide. La moitié de ces deux millions de clients quotidiens ne consomment pas sur place, d’où la crasse régnant souvent aux alentours des fast-food. Pour vous en faire une idée, allez vous promener un samedi après-midi dans les environs du McDo du Forum des Halles…

 

Pourtant, McDo  –  plus que jamais le leader de la restauration rapide en France: 1116 restaurants accueillant chaque jour 1,3 million de clients  –  ne reste pas inactif dans le domaine de la lutte contre la saleté. Ainsi, il vient de redessiner les poubelles se trouvant sur les parkings de ses restaurants. Ces nouvelles poubelles, dites «Service au volant», permettent aux mangeurs de burgers façon drive-in d’y jeter leurs déchets sans même devoir sortir de voiture. On peut donc présumer qu’elles seront davantage utilisées. Le groupe travaille aussi sur la valorisation des déchets organiques, à savoir les 15 kilos de restes alimentaires produits en moyenne par jour et par restaurant (burgers tombés par terre en cuisine, aliments pas consommés dans les délais fixés, etc.). Comme cela se fait depuis longtemps en Suède, ces déchets, au lieu d’être idiotement jetés à la poubelle comme aujourd’hui, pourraient bientôt être transformés en compost puis revendus aux agriculteurs.

 

mcdoclown.jpgMais parfois, la réduction des déchets n’est vraiment qu’une question de détail: une affaire de quelques grammes à peine, pour tout dire. Ainsi, ces dix dernières années, à force de recherches et d’améliorations technologiques, McDo a réduit d’1,5 gramme le poids du sachet de papier utilisé pour la vente à emporter. Idem pour l’étui de carton servant aux frites, qui pèse aujourd’hui 9,82 grammes contre 11,5 grammes en 1995. Anecdotique? Non. Ces quelques grammes gagnés ainsi que les mêmes mesures appliquées aux boîtes à nuggets, aux gobelets de coca, aux boîtes de sandwiches ou aux touillettes à café (passées du plastique au bois) permettent au groupe d’économiser chaque année 4100 tonnes de plastique et 4000 tonnes de papier.

 

Plus de 8000 tonnes d'emballages en moins: ce n’est tout de même pas rien. Même si ce n'est qu'une goutte d'eau dans la mer des 849 millions de tonnes de déchets produits chaque année en France. Et même si, on est d’accord, tout cela ne rendra pas les burgers plus appétissants ou meilleurs pour la santé. Ni ne fera maigrir les Français, qui mangent trop et mal et donc grossissent d’année en année. Mais cela, c’est une autre débat.

21/10/2008

Un nouveau venu

velopresse.jpgCes jours-ci, les Etats généraux de la presse écrite évoquent les problèmes de distribution rencontrés par les journaux. On parlait l’autre jour (ici) de la nécessité pour la presse écrite, en France comme ailleurs, de ne pas rester retranchée dans les kiosques, mais au contraire d’aller au devant de nouveaux publics, de descendre sur le terrain pour arracher de nouveaux marchés avec les dents, de créer de nouvelles habitudes d’achat, etc. Et bien, à Paris, en la matière, les initiatives se succèdent.

  

Ainsi, il y a un bon mois, les vendeurs de journaux à la criée avaient fait leur réapparition dans le réseau du métro. Ce dimanche, ce sont carrément des kiosques ambulants qu’on a pu voir dans les rues de la capitale. L’initiative émane des Messageries de la presse. Elle vise à pallier la fermeture de nombreux points de vente de presse traditionnels le dimanche – pas de chance: juste le jour où les gens ont un peu le temps de lire.

  

Les «vélopresse», comme les Messageries les ont baptisés, sont des triporteurs qui, le dimanche, proposent à la vente une sélection d’une trentaine de titres de presse quotidienne nationale, magazine et étrangère. Tous ces prochains dimanches jusqu’à début décembre, on trouvera ces kiosques ambulants sur les huit grands marchés parisiens (les marchés couverts Saint-Germain, Saint-Martin, Saint-Quentin, etc.) ainsi que dans les grands lieux touristiques et/ou très fréquentés par les Parisiens en fin de week-end (le Trocadéro, les Tuileries, le Jardin d’Acclimatation, etc.). Leur offre sera adaptée en fonction de la clientèle potentielle. Ainsi, les triporteurs officiant près de la tour Eiffel seront particulièrement garnis en presse étrangère, alors que ceux basés au Jardin d’Acclimation auront un assortiment de titres destinés aux enfants.

 

Trouver un kiosque ouvert le dimanche à Paris, y compris en plein centre-ville, peut parfois être galère, a fortiori si vous avez fait la grasse matinée, de nombreux points de vente fermant après le rush des acheteurs matinaux des journaux dominicaux. Dès lors, les triporteurs des NMPP devraient se tailler un franc succès. Ce fut d’ailleurs déjà le cas, paraît-il, lorsqu’ils furent expérimentés pour la première fois cet été, à «Paris Plage» ainsi que dans une trentaine de stations balnéaires.

11:03 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, médias, presse

15/10/2008

Une vente

Les Français – enfin, des Français – seraient-ils nostalgiques de l’Ancien Régime? Mardi, en tout cas, une vente aux enchères organisée chez Christie's à Paris a fait un tabac. Il s’agissait de liquider la succession du comte et de la comtesse de Paris: Henri de France (1908-1999) et son épouse Isabelle d'Orléans-Bragance (1911-2003). La collection était constituée de 480 lots: des pièces d'orfèvrerie, des tableaux, du mobilier, des objets d'art et des bijoux. Initialement estimée entre 700.000 et un million d'euros, elle s’est envolée pour atteindre une somme record de... 2,4 millions d’euros!

Ainsi, une pochette de soie brodée par Marie-Antoinette pendant sa captivité au Temple est partie à 97.700 euros. Un pan d'une robe qu'elle portait en prison s’est vendu à 55.700 euros. Et un portrait de son fils Louis XVII incarcéré a trouvé preneur à 46.100 euros.

Plus anecdotiquement, si l’on consulte le site officiel de la vente, on peut constater que, parmi le gratin mondain réuni hier chez Christie's (dont Bernadette Chirac), il s’est trouvé des gens qui ont dépensé 1250 euros pour un petit pot à lait en porcelaine, 750 euros pour un seul et unique verre à pied en cristal, 2000 euros pour une paire de chenets de style Louis XV ou 2500 euros pour une canne en bois ayant appartenu au Roi Louis-Philippe.

En ces temps d’effondrement du CAC 40, les reliques des Rois de France seraient-elles devenues un placement refuge?

07/10/2008

Une évolution

Arrêts de travail, manifestations et perturbations dans les transports publics au programme en France ce mardi, à l’occasion de la Journée mondiale pour le travail décent. «Il y aura des taxis à la gare du Nord?», nous demandait hier un Belge de passage aujourd’hui en région parisienne et qui, à la descente du Thalys, désespérait de trouver un RER pour la banlieue. On lui a répondu que comme déjà, en temps normal, les taxis à la gare du Nord c’était un peu galère, il fallait être vraiment très optimiste pour espérer en trouver un rapidement en ce jour de perturbations annoncées dans les transports en commun. Cela dit, la situation en la matière va peut-être s’améliorer.

C’est en tout cas l’objectif de la SNCF. Les chemins de fer français font visiblement un constat identique sur le manque de taxis aux grandes gares parisiennes. Pour y remédier, ils viennent donc de proposer de carrément entrer dans le marché du taxi. La société a débloqué un budget de 30 millions d’euros, qui lui permettra d’acheter 200 licences de taxi. Elle accordera ensuite ces licences à des chauffeurs indépendants qui rouleront pour la SNCF, seront reliés à une centrale de réservation exclusivement dédiée à ses clients, et attendront ceux-ci à la descente de leurs trains.

«Le taxi, c’est l’un des points noirs du train», justifie le patron de la SNCF, Guillaume Pépy. Selon lui, il est fréquent que des clients d’Eurostar en provenance de Londres doivent patienter près d’une heure à la gare du Nord pour avoir un taxi, la même mésaventure survenant souvent aux clients du TGV-Med débarqués gare de Lyon.

Mais la corporation des taxis parisiens a très mal réagi à ce projet de la SNCF, qu’elle a qualifié hier de «délirant» et d’«inadapté». Selon elle, s’il n’y a pas assez de taxis aux heures de pointe devant les gares parisiennes, c’est avant tout parce que ceux-ci sont coincés dans les embouteillages, souvent encore plus inextricables aux abords des grandes gares que dans le reste de la ville. Pour réduire les délais d’attente des voyageurs aux stations de taxi, il faudrait donc avant tout désengorger la ville. Les taxis parisiens pointent également la propre responsabilité de la SNCF sur ce problème, en ce qui concerne la gestion de ses horaires. Ainsi, si on manque tellement de taxis en semaine et aux heures de pointe à la gare du Nord, ce serait aussi parce que tous les trains grande ligne les plus fréquentés (le Thalys, l’Eurostar et le Lille-Paris) y arrivent aux mêmes heures.

Bref, on n’est pas sorti de l’auberge, et les voyageurs n’auront vraisemblablement qu’à continuer à prendre leur mal en patience. En termes de symbole, néanmoins, les choses bougent décidément à une vitesse stupéfiante en France.

Pour rappel, avant cette annonce du lancement des chemins de fer dans l’activité de taxis, Air France, récemment, avait fait part de son intention d’exploiter, à terme, ses propres trains à grande vitesse. Bientôt, dès lors, on téléphonera à la SNCF pour réserver une voiture et on roulera sur Air France comme hier on volait sur cette compagnie...

03/10/2008

Un job

Des Etats-Unis, la France n’importe pas seulement la culture, les modes de vie ou, à présent, la grande crise bancaire et ses fameux avoirs pourris. Elle intègre désormais aussi ses formes de travail, y compris de travail le plus précaire. Ainsi, aux Etats-Unis, depuis tant de temps, abondent les petits boulots les plus mal payés, y compris ceux qui ne font finalement que remettre au goût du jour la vieille domesticité. Le meilleur exemple de cette tendance sont les innombrables… promeneurs de chiens qui existent dans ce pays: qui vont faire faire un tour au toutou dont le maître est trop occupé pour s'en charger. Et bien, ce genre de job existe dorénavant aussi à Paris.

Pour preuve, cette petite annonce, intitulée «Votre chien a besoin de se dégourdir les pattes», vue cette semaine dans le Marais, un quartier comme chacun sait rempli d'urbains aisés et débordés. «Thierry, jeune homme, la trentaine, sort vos animaux de compagnie». Deux possibilités. «Tout d'abord, une visite guidée du Marais en laisse, tout en discutant pour faire connaissance, bien sûr. Pour éviter tout enrichissement supplémentaire de nos collectivités, les rejets indélicats et naturels seront déposés dans nos "jolis" (sic) mobiliers urbains verts et transparents. Dans l'éventualité d'une meute, ne vous inquiétez pas, j'organiserai un speed dating pour encourager la bonhomie». Ensuite, une formule spécialement destinée aux chiens «en mal d'espace»: «une course à pied dans les bois». Fin du fin, «dans son sac de sport, je prévois une laisse assez longue et une gourde. Si vous avez une brosse pour le coiffer avant de revenir dans le Marais, je lui referai un look pour parader et éviter les regards critiques».

La première formule est facturée 20 euros la demi-heure. Elle s’adresse aux chiens vivant dans les troisième et quatrième arrondissements. Le «forfait expédition sportive» au bois coûte lui 45 euros pour 90 minutes. Il est réservé à un seul animal par sortie, voire à deux animaux ensemble mais uniquement «s'ils se connaissent». Dernière alternative, au même prix: la sortie en vélo, pour le chien «boule de nerf infatigable».

 

Cela nous fait donc 45 euros la séance de footing. Finalement, en tant qu'adepte de la course à pied, on devrait peut-être y songer. A raison de deux ou trois sorties par semaine, cela arrondirait les fins de mois.

18/09/2008

Un artiste

b8157ef6fdfb8f4aa0e66e15ff7e30ef.jpgBelle rentrée culturelle à Paris, décidément, sur le plan des expositions. Après Koons à Versailles, inaugurée la semaine dernière, voilà cette semaine Villeglé à Beaubourg. Une rétrospective qui, outre son intérêt propre, a l’avantage de se dérouler au sixième et dernier étage du Centre Pompidou, d’où l’on jouit bien sûr d’une vue panoramique splendide sur la capitale (*)

Jacques Villeglé est généralement inconnu au bataillon du grand public. Ce vieux monsieur aujourd’hui âgé de 82 ans s’est pourtant illustré dans une technique artistique aussi particulière qu’intéressante: l’affiche lacérée marouflée sur toile. Pendant des décennies, il a parcouru le monde entier en observant les murs des villes, en a prélevé des affiches et les a recollées sur des toiles, parfois après les avoir recadrées. Et cela donne souvent un très beau résultat.

On peut s’en rendre compte en observant la centaine d’œuvres réunies à Beaubourg pour cette rétrospective. Nombre proviennent d’ailleurs des murs de notre cher quartier Bastille-Répu-Marais, Villeglé ayant longtemps eu son atelier rue au Maire, dans le Haut-Marais. Dans les toiles, on retrouve de vieilles affiches d’expositions, de spectacles ou de concerts mais aussi des affiches électorales ou publicitaires. De temps en temps, y surgissent des formes familières: le regard de Giscard, le visage de Barbara Streisand ou le torse d’Iggy Pop.

 

 

d429cf0765046152b62423260c15f62e.jpgMaculées, déchirées, raturées, dégradées, surcollées les unes sur les autres, abîmées par les passants, les ans ou le mauvais temps, ces pelures de murs, puisqu’il s’agit vraiment de cela, prennent une toute autre dimension. Les messages s’y télescopent, amenant souvent de savoureaux rapprochements. Les contours s’estompent, suscitant régulièrement l’interrogation. D’année en année, de ville en ville, de rue en rue et de mur en mur, ce sont des pans entiers de la petite histoire quotidienne qui nous sont rappelés. Esthétiquement, c’est souvent assez réussi, les déchirures de couleurs créant même parfois des fulgurances qui ne sont pas sans rappeler les grands maîtres de l’art abstrait.

 

Du coup, ces œuvres font figure de respirations urbaines qui ne devaient être qu’éphémères mais qui ont été miraculeusement préservées. De créations graphiques momentanées, devant lesquelles les gens n’ont sans doute fait que passer, sans le plus souvent même s’arrêter pour les regarder, mais qui, ici, ont été réhabilitées. Par la grâce de l’artiste, c’est donc un moment du temps de la ville et un souvenir de la trace de l’homme qui, pour la mémoire, ont été figés. Au total, un concentré assez fascinant d’urbanité/d’humanité.

 

 

(*) Il y a quelques années encore, d’ailleurs, avant que le contrôle des billets ne soit déplacé avant le grand escalator, les étages de Pompidou étaint en accès libre, ce qui permettait au tout-venant de jouir gratuitement de ce majestueux panorama. Désormais, celui-ci n’est plus accessible qu’aux détenteurs de billets. C’est vraiment regrettable.

17/09/2008

Une pratique

On a toujours bien aimé les vieux dictons populaires. Ce matin, en arrivant au bureau, on était donc ravi d’en trouver un dans notre boîte mail, un joli en plus: «Charbonnier est maître chez lui». C’est l’association «Union des familles en Europe» qui, dans un communiqué assez comiquement virulent, vient de rappeler cette maxime à la ministre française de la Famille, Nadine Morano.

Cette ministre, l’autre jour, a signé au nom de la France, l’appel lancé par le Conseil de l’Europe contre le recours à la pratique de la fessée dans l’éducation des enfants. L’association familiale ne décolère pas. «Sans se prononcer ni pour ni contre la fessée», elle estime que «les parents sont les meilleurs experts de l’éducation à donner à leurs enfants». La ministre est donc sommée de «s’occuper des questions qui la regardent, par exemple le pouvoir d’achat des familles, au lieu de disqualifier les parents par de telles prises de position!»

L’association en profite pour ressortir les résultats d’une enquête sur les châtiments corporels, qu’elle a réalisée l’an dernier auprès de 685 grands-parents, 856 parents et 776 enfants. Il en ressort que la pratique de la fessée est très courante: 95% des grands-parents, 95% des parents et 96% des enfants ont déclaré avoir déjà reçu une fessée. 84% des grands-parents et 87% des parents ont reconnu en avoir déjà donné une. Ce sondage indique également qu’une majorité de grands-parents (61%) et de parents (53%) – mais seulement une minorité d’enfants (39%) –   s’opposent à l’interdiction de la fessée.

«Qu’ils soient pour ou contre les fessées, les adultes interrogés ont demandé massivement que les pouvoirs publics se mêlent de ce qui les regarde», écrit l’Union des familles, partant du principe que «chacun éduque son enfant comme bon lui semble, sans abus bien sûr». Du reste, «beaucoup font la distinction entre la fessée bien méritée, qui n’a jamais tué son monde, et les autres châtiments corporels. Les familles ajoutent que ce qui vaut pour un enfant ne vaut pas forcément pour un autre». Plus de sept parents sur dix (77%) considèrent que les fessées qu’ils donnent ont une visée strictement éducative. Mais 21% des parents reconnaissent qu’il y chez eux aussi une part de défoulement dans l’octroi de cette punition. Un point de vue que partage plus d’un enfant sur quatre (28%).

28%. Ce chiffre est vraiment interpellant. On n’a pas vraiment de souvenir particulier, mais cela doit être vraiment bizarre, quand on est un enfant, d’avoir le sentiment et d’éprouver la sensation que son propre corps est en train de servir d’objet de défoulement, à ses parents qui plus est.

05/09/2008

Une bestiole (encore)

C’est programmé pour la semaine prochaine, entendait-on – un peu incrédule, on l’avoue – à la radio ce matin. A Paris comme sur l’ensemble de la France. Le grand retour de l’été, les 25 degrés et tous les plaisirs habituellement liés à une arrière-saison ensoleillée.

Les nombreux plaisirs mais aussi les quelques inconvénients. Dont les moustiques, particulièrement voraces à Paris – on n’a pas du tout le souvenir qu’ils étaient aussi agressifs à Bruxelles. Et décidément, dans la capitale française cet été, ces bestioles ont fait l’actualité.

On en parlait (ici) peu avant la pause des vacances: fin juillet, une habitante de la région parisienne piquée par un moustique tigre a contracté le chikungunya – du jamais vu sous ces latitudes.  Fin août, nouvelle sensation: c’est carrément le paludisme que vient d’attraper un couple de Parisiens ayant résidé à proximité de l’aéroport de Roissy. Dans les deux cas, les victimes ont probablement été contaminées par des moustiques ayant voyagé dans des cabines d’avion mal désinfectées.

Enfin, l’autre jour, autre première en région parisienne, des mesures de protection particulière contre les moustiques ont dû être prises par les autorités. Cela s’est passé dans l’Essonne (banlieue sud de Paris), à Sainte-Geneviève des Bois précisément. Confrontée à une prolifération de ces insectes piquants, due au mauvais temps semble-t-il, cette localité a dû distribuer des bracelets anti-moustiques à plusieurs centaines d’élèves d’un groupe scolaire situé à proximité d’une forêt. C’était la seule solution si l’on voulait continuer à permettre à ces élèves d’avoir des récréations. La mesure de protection a été prise pour un mois. Qui sait si cela continue, va-t-on finir par trouver des moustiquaires en vente dans tous les supermarchés de la région parisienne.

11:15 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Santé, Paris

03/09/2008

Une lecture

3134856ce897a7ad8cf7160688ef73a0.jpgAlors que l’«affaire Clavier» (*) continue de faire des remous, c’est évidemment le livre à lire ou à relire séance tenante, cette semaine. C’est une bande dessinée publiée chez «Albin Michel», signée Pétillon (le caricaturiste si souvent hilarant du «Canard Enchaîné») et intitulée «L’enquête corse». C’est sans doute l’ouvrage le plus drôle, et le plus méchant, qui ait jamais été consacré à l’île de Beauté et à l’actualité effarante et clochemerlesque qui la rythme depuis trente ans: les attentats, les rivalités entre bandes nationalistes, le clanisme, l’affairisme, et tout cela.

On y trouve même un passage qui rappelle l’«affaire Clavier». Il dépeint un couple de continentaux fortunés qui occupe une somptueuse villa avec piscine, dans un patelin en bord de mer baptisé «Chuipadéçu» (rien que le nom…). Terrorisés à l’idée de voir leur propriété victime des bombinettes des nationalistes, ces continentaux n’arrêtent pas d’afficher ostensiblement leur amour pour la culture insulaire et rivalisent de complaisance envers les encagoulés.

Ainsi, d’une inscription placée bien en vue sur le portail d’entrée, ils ont baptisé leur demeure «U Ribellu», le nom d’une publication nationaliste proche du FLNC. Dans leurs conversations, ils prennent bien garde de ne pas parler des clandestins ou des terroristes mais des «patriotes» corses. A chaque fois qu’ils reçoivent des visites dans leur villa, le maître de maison lève les bras bien haut vers le ciel en hurlant: «Nous adorons la Corse!». «Nous adorons les produits corses!», scande pour sa part son épouse lorsqu’elle a des invités à dîner. En zakouskis, ce sont du vin «Cap Corse» et de la salsiccia qui sont servis. En plat principal, c’est de la pulenda de chataîgnes. Lors de ces réceptions, un seul fond musical possible: les polyphonies corses. Sur la table du salon de la maison, trônent bien en vue des ouvrages consacrés à Tino Rossi ou à Napoléon.

Victime de racket, obligé de payer l’impôt révolutionnaire, le couple n’en touche évidemment pas un mot à la police. Et de menace en menace, d’inquiétude en inquiétude, finit par rêver de déménager leur résidence secondaire dans le Pas-de-Calais. Dernière réplique de la BD: «C’est une île compliquée, pour un continental»

 

 

 

(*) Pour ceux qui n’auraient pas suivi – en même temps, est-ce possible de ne pas en avoir entendu parler? – : le limogeage lundi soir du grand coordinateur des forces de sécurité en Corse, pour ne pas avoir empêché, ce week-end, l’occupation «pacifique», par des manifestants nationalistes, de la villa du comédien Christian Clavier, grand ami de Nicolas Sarkozy.