Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

09/07/2010

Un lauréat

projetturenne.jpgLe mois dernier, on avait évoqué (ici) le concours lancé par la mairie, visant à faire récompenser par les Parisiens «le meilleur de l’architecture contemporaine». Le concours a donné lieu à près de 30.000 votes sur le web. Ce premier «Prix Grand Public des Architectures Contemporaines» vient d'être décerné. Et il montre qu'à, l'occasion, les gens font preuve d'une certaine audace dans leurs choix architecturaux. En effet, l'immeuble récompensé est loin d'être anodin et consensuel.

 

Il est situé dans le coeur historique du Marais et accueille des logements sociaux. La partie la plus spectaculaire du projet a consisté à greffer une espèce de carcasse de métal cuivré, «comme un voilage aux reflets changeants», sur un vaste mur pignon auparavant complètement nu, sale, inutilisé et décrépit – comme on en voit tant à Paris. L'ajout de cette cuirasse métallique, «hommage à l'architecture du fer à Paris», a donné du volume à l'édifice, ce qui a permis d'agrandir les logements et de les relier par un réseau de balcons et de coursives. «La peau métallique, au-delà de l'homogénéisation de la façade, joue aussi le rôle de brise-soleil, de ventilation naturelle (diminution de 5°C dans les logements) et préserve l'intimité». Cette architecture contemporaine ne fait pas l'unanimité dans le quartier. Pour preuve, certains défenseurs du patrimoine, déroutés par cette si inhabituelle cuirasse métallique, ont rebaptisé l'immeuble «Le cuirassé Potemkine».

On peut, en effet, être séduit ou pas par la forme architecturale de ce projet lauréat. Nous en tout cas, s'agissant de sa finalité, à savoir implanter des logements sociaux y compris dans un quartier devenu aussi aisé que le Marais, on applaudit des deux mains. Si Paris s'était souciée depuis plus longtemps de la mixité sociale sur son territoire, le fossé ne serait pas, comme aujourd'hui, si béant entre arrondissements richissimes et quartiers défavorisés.

30/06/2010

Un «pari gagnant»

Un peu de culture, aujourd'hui. Quatre ans après son inauguration, c'est une consécration pour le musée du Quai Branly. Cette institution vient d'être bombardée en tête du classement des 340 musées français, édité chaque année par «Le Journal des Arts». Ce palmarès est établi sur la base de 69 critères concernant par exemple l’accueil du public, le dynamisme de la politique muséale, ou la conservation des oeuvres. C'est la première fois que Branly pointe en tête de ce classement. Ce qui, selon ses concepteurs, consacre le «pari gagnant» de ce musée dédié aux Arts premiers.

 

Dans ce classement, Branly détrône le Centre Pompidou, le Louvre étant stationnaire à sa troisième place. La rétrogradation du Musée d’art moderne de Beaubourg est expliquée par la longue grève qui y a eu lieu l'automne dernier ainsi que par sa politique d’accueil. A Pompidou, en effet, «les aides à la visite (audioguide et téléchargement multimédia) ne sont pas incluses dans le prix d’entrée». A Branly, en revanche, «Le Journal des Arts» a apprécié le fait que cette institution «offre 18 journées de gratuité par an à son public, lequel peut, par ailleurs, visiter l’intégralité de ses espaces d’exposition» – ce qui est loin d'être le cas au Louvre, par exemple. Les confrères se réjouissent aussi que «quatre ans après son ouverture, la fréquentation (de Branly) continue à progresser, avec une hausse de 7,6 % cette année», pour un total cumulé d'une demi-douzaine de millions de visiteurs.

 

En effet. On ne se félicitera jamais assez qu'un jeune musée trouve aussi rapidement et aussi aisément son public. A fortiori lorsqu'il est dédié à une culture et à des arts si lointains de ceux de ses visiteurs, ce qui offre à ces derniers une fantastique ouverture sur le monde.

 

Juste que, sans prétendre remettre en cause le bien-fondé des notes accordées par ces professionnels, nous personnellement, en tant que modeste usager parisien, on a toujours eu un gros problème avec Branly. On trouve ses collections très belles et ses expositions plutôt bien faites. On apprécie assez son grand jardin. Sans en avoir jamais été fan, l'immense vaisseau conçu par l'architecte Jean Nouvel ne nous dérange pas fondamentalement, dans sa physionomie extérieure. En revanche, on a toujours été très désorienté par son agencement intérieur. A chacune de nos visites, on a eu le même problème. Dans ce musée, on ne s'y retrouve jamais. On ne sait jamais où l'on est. On ne repère ni les sorties, ni les cheminements. On ne ressent ni ne comprend ni à la structure de ce vaste bâtiment, ni à l'articulation de ses circulations. Bref, on y ère, on s'y perd, on y flotte, et souvent on s'en agace.

 

Mais, les professionnels de l'art ne semblant pas insister outre mesure sur cet aspect des choses, sans doute a-t-on tout faux: probablement est-on particulièrement et singulièrement déstructuré.

02/06/2010

Une réouverture

Aujourd'hui, un sujet infiniment plus léger qu'hier. Et même carrément bucolique. Du beau monde se pressait hier soir au Jardin des Plantes. Ministres, élus parisiens, mécènes et autres personnalités diverses et variées étaient au cocktail d'inauguration de la réouverture des Grandes serres du Muséum national d'Histoire naturelle. Car ce joyau du patrimoine architectural et botanique, qui était fermé depuis six ans pour restauration, est de nouveau accessible au grand public à partir de ce mercredi. Cela ne peut pas mieux tomber, en cette Année mondiale de la biodiversité qu'est 2010.

 

Ces magnifiques édifices sont les dignes héritiers des orangeries et serres du Jardin du Roy, utilisées à l'époque pour conserver et acclimater les collections botaniques et les plantes rares ramenées par les naturalistes français de leurs voyages d'exploration. Il s'agit même des premières structures de métal et de verre de ce type construites dans le monde, entre 1834 et 1836. Le chantier de restauration a été long et complexe, vu que cet ensemble est intégralement classé. Les vitrages, qui étaient en très mauvais état, ont été entièrement démontés puis replacés dans les règles de l'art. Les boulons et fragments métalliques de l'ossature, parfois si mal en point qu'ils menaçaient de s' écrouler sur les visiteurs, ont eux aussi été réparés. Les lieux ont été reconfigurés pour se conformer aux règles de sécurité et être accessibles aux handicapés. Et le Muséeum a repensé le contenu botanique de l'ensemble, de manière à permettre la découverte d' «une nature imaginaire où cohabitent des plantes des quatre coins du monde; une nature bien réelle, car les plantes y poussent en pleine terre et se laissent admirer de très près». Bref, une «rencontre avec le monde végétal, le plus ancien laboratoire de la vie, tout à la fois poétique et scientifique».

 

«Passer de l'émerveillement (pour le patrimoine végétal présenté) à l'engagement (en faveur de l'environnement et de la biodiversité)»: tel est le voeu formulé pour les visiteurs par l'institution. Celle-ci, soucieuse de mettre ses actes en concordance avec ses discours, a veillé notamment à ce que l'énergie nécessaire au maintien à 22 degrés de la température de la serre tropicale humide provienne du reyclage de la chaleur produite par l'incinération de déchets. Autre initiative appréciable en ces temps de crise: les tarifs d'entrée pratiqués sont plutôt raisonnables: 5 euros le ticket adulte, 3 euros le billet enfant (jusqu'à 14 ans).

 

Tous les ingrédients sont donc réunis pour que, dès aujourd'hui et durant tout cet été – même si la canicule estivale n'est sans doute pas la meilleure période pour visiter cet endroit –, le Jardin des Plantes redevienne, auprès des touristes singulièrement, un des endroits les plus courus et donc les plus bondés de Paris.

01/06/2010

Une campagne

boycottproduitsisrael.jpgCoups de matraques et lacrymos hier soir au Rond-Point des Champs-Elysées, aux abords de l'ambassade d'Israël. La tension entre manifestants et forces de l'ordre était telle que la célèbre avenue a même dû être complètement fermée à la circulation. Des incidents ont aussi éclaté dans des villes de province comme Strasbourg, où pareils rassemblements avaient été organisés en signe de protestation contre les événements survenus le matin même au large des côtes israéliennes. A Paris, les manifestants arboraient des autocollants appelant au boycott de l'Etat hébreu en général et des produits israéliens en particulier. C'est peu dire qu'en France mais aussi sans doute dans d'autres pays, cette actualité va redonner vigueur à la campagne en faveur d'un tel boycott.

 

L'autre jour, d'ailleurs, cet appel au boycott a eu des prolongements en justice. En effet, une association pro-palestinienne radicale (ici) a assigné les magasins de parfumerie Sephora (propriété du géant LVMH), parce qu'ils commercialisent des produits cosmétiques fabriqués en Cisjordanie. Dans le sens inverse, il y a quelques mois, la justice a sanctionné le camp des partisans du boycott. Dans des supermarchés en province, une activiste avait apposé des autocollants sur des produits israéliens, appelant les clients de ces magasins à ne pas les acheter. Le groupe de grande distribution propriétaire de ces supermarchés avait porté plainte contre elle pour «dégradation». Le parquet avait requalifié les faits en «incitation à la haine raciale» en raison d’une «discrimination à l’égard d’un pays». Et l'intéressée avait été condamnée.

 

A l'époque, cette décision de justice avait suscité un vif débat. Le mouvement antiraciste MRAP y avait vu une «stratégie d’intimidation» orchestrée par «certains milieux ultra-sionistes», accusés de «porter contre toutes voix critiquant la politique menée par les gouvernements d’Israël l’infamante accusation d’antisémitisme, pour mieux les disqualifier». Et la Ligue des droits de l'homme – pourtant opposée à tout boycott de produits israéliens – avait dit sa «consternation» pour une sentence «profondément injuste et injurieuse». «Plus attachée que jamais à l'exigence de justice, (en France) comme à Gaza», cette association avait fustigé le fait que, «pendant qu'on traite de la sorte l'expression citoyenne, les crimes de guerre commis à Gaza (...) restent impunis». La condamnation, en revanche, avait été applaudie par les associations juives et de lutte contre l'antisémitisme. Pour qui ces «appels illégaux au boycott incitent à la haine d'Israël et poussent à l'acte antijuif».

28/05/2010

Une «libération»

Livres.jpgUn peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et on reste dans le domaine des transports qu'on évoquait hier. En effet, depuis jeudi soir et jusqu'à la fin du week-end, la SNCF remet au goût du jour le «book dropping», qui eut son heure de gloire il y a quelques années. Dans le cadre de son opération «Passe-livre», elle a «libéré» 10.000 livres dans la salle d'attente de la gare de Paris-Montparnasse. Ensuite? «Un lecteur découvre un livre qui lui plaît, l’emmène dans ses voyages, le redépose dans une gare ou dans un train, où un nouveau lecteur peut le découvrir à son tour. Et son voyage continue indéfiniment». Comme il se doit, cette libération livresque a été modernisée à la sauce geek du moment. Ainsi, en allant sur la page http://passelivresncf.fr puis en y entrant le code figurant sur la dernière page du livre qu'il vient de lire, le voyageur pourra découvrir le parcours de cet ouvrage et les appréciations des gens qui l'ont lu avant lui.

 

Puisqu'on parle de livres, cette semaine à l'Assemblée, le ministre de la Culture a été interrogé sur «la régression de la lecture traditionnelle dans notre pays depuis plus de vingt ans». Et sur ses projets relatifs aux «bouleversements induits par la révolution numérique», qui «ouvrent de nouvelles opportunités pour redonner le goût de la lecture à nos concitoyens, notamment aux plus jeunes». Frédéric Mitterrand a notamment confirmé son intention d'«adapter les bibliothèques, afin que la lecture sur écran et les nouvelles pratiques culturelles sur internet se développent dans de bonnes conditions ». Un «contrat numérique» sera proposé à ces établissements pour qu'ils «puissent moderniser leurs équipements». Ce n'est pas un luxe: «à ce jour, près de la moitié des bibliothèques publiques ne sont pas équipées» pour avoir accès aux nouvelles technologies. L'on va aussi «mieux soutenir les associations œuvrant au développement de la lecture dans les écoles, les bibliothèques et les quartiers, afin de passer de 600.000 à 2 millions le nombre d’enfants touchés» par leurs initiatives. Parmi ces associations soutenues, «Lire et faire lire», de l'écrivain Alexandre Jardin.

 

Pourquoi pas. Pour autant, il ne faudrait pas croire que la Culture dégage des moyens supplémentaires en faveur de ce plan gouvernemental visant à «développer le goût de la lecture» (ici). Il coûtera 100 millions d'euros? Oui, mais il sera exclusivement financé par un «redéploiement de crédits existants». En clair, cela veut dire que si d'aventure le livre reçoit prochainement quelques euros de financement public en plus, ce sera invariablement au détriment de la musique, du théâtre, du cinéma, du patrimoine ou des arts plastiques. Austérité Rigueur budgétaire oblige.

18/05/2010

Une gratuité

«La femme est l'avenir de l'homme», assurait Aragon. En France comme ailleurs, est-ce également vrai dans le milieu encore assez machiste que sont le sport en général et le foot en particulier? Plus précisément, les femmes peuvent-elles constituer une partie de la réponse au fléau du hooliganisme et de sa violence bestiale – majoritairement mâle cette violence, cela dit. Autant de questions qui seront posées à Paris ce mardi, jour où le PSG présente son grand «plan de pacification» du Parc des Princes.

 

En effet, le club de foot parisien (endeuillé ces dernières années par la mort de deux de ses supporteurs) semble avoir pensé qu'augmenter la présence de femmes dans les tribunes au moment des matchs contribuera à y pacifier le climat. Du coup, à en croire les journaux qui, comme «L'Equipe», faisaient leurs choux gras de cette innovation ce matin, le club parisien a décidé d'instaurer la gratuité d'entrée au stade pour les femmes. Dans le même objectif de diversifier son public, afin que les éléments violents y soient numériquement minorisés, les enfants bénéficieront d'un droit d'entrée réduit (6€) et des «espaces famille» seront spécialement aménagés dans l'enceinte et les tribunes du Parc des Princes.

 

La femme comme remède à la violence, donc. Voilà qui contraste avec le maelstrom médiatique auquel on a assisté en France ces derniers mois, la plupart des télés, radios et journaux ayant inondé leurs publics avec d'innombrables reportages alarmistes (et probablement alarmants) sur la recrudescence de la violence des filles, singulièrement des jeunes filles des quartiers difficiles des banlieues.

07/05/2010

Un léger mieux

Mangerdesfruits.jpgL'autre jour encore, sur base d'une énième et très sérieuse étude sur le sujet, on le répétait dans ce blog (ici): les Français, les jeunes en particulier, mangent mal. Peu de fruits et de légumes, trop de sucre, de graisses, de sel, de sodas. Et souvent trop d'alcool et trop de tabac. Et bien non, finalement. Du moins, à en croire la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot. Qui vient de lancer un (petit) cocorico: la France ferait mieux que ses voisins. C'est si inattendu comme info qu'on va la prendre pour la bonne nouvelle de la semaine.

 

C'est le (bon) résultat du grand «Programme national nutrition santé» (PNNS), qui avait été lancé il y a quelques années. C'est en vertu de ce plan que, depuis, les Français sont inondés à longueur de journées de messages de prévention les invitant à manger cinq fruits et légumes par jour, à ne pas grignoter entre les repas ou à pratiquer une activité physique régulière. Manifestement, toutes ces campagnes ont marché/marqué. Pour preuve, comme l'a souligné Roselyne Bachelot au Parlement avant-hier et devant les médias hier, «la France est le seul pays développé dans lequel la courbe d’obésité des adolescents s’est inversée. Depuis 2000, le nombre des adolescents en surpoids est passé de 18 à 16 %. Ce n’est pas suffisant, mais c’est une véritable inversion de tendance». Chez les adultes aussi, cela s'améliorerait. Ainsi, depuis 1998, on aurait noté une augmentation de la consommation de fruits et légumes et une réduction de la consommation d’aliments sucrés.

 

Trois bémols, toutefois.

 

D'abord, des pans entiers de la population n'ont pas bénéficié de cette amélioration globale. C'est le cas par exemple des populations très précarisées (SDF, etc.) et, souvent, des personnes âgées. Ensuite, ces bons résultats sont souvent issus d'enquêtes purement déclaratives: basées sur les affirmations des gens, relatives à leur régime alimentaire et à leurs habitudes de vie. Ces assertions reflètent-elles toujours, totalement et correctement l'exacte réalité? Il ne nous étonnerait pas que, vu la pression (sociale, médiatique, etc.) autour de la nécessité de privilégier un mode de vie sain, des sondés soient tentés, dans leurs déclarations, d'enjoliver quelque peu leurs comportements. Enfin, certains critères pris en compte pour mesurer cette qualité de vie ne volent tout de même pas très haut. Comme si la barre avait été volontairement fixée assez bas, pour que quasiment tout le monde soit en mesure de la franchir. Ainsi, ce fameux critère des «30 minutes d’activité physique», que deux tiers des Français affirment pratiquer chaque jour. Ici, clairement, on n'est pas dans l'effort très intense ni dans l'endurance: on se réfère par exemple à la «marche rapide» ou la «montée des escaliers»...

 

Mais sans doute est-ce mieux que rien. Et probablement, vu d'où la France vient en matière d'hygiène de vie et d'alimentation, est-il de bon ton de ne pas faire la fine bouche et, pour l'instant, de s'en contenter.

06/05/2010

Un filon

Une fois n'est pas coutume, un fait divers aujourd'hui dans ce blog, en guise d'accroche à la note du jour. Il s'est produit dans notre onzième arrondissement et a été rendu public hier après-midi. Dans un bureau de poste du quartier, la police a interpellé récemment une dame, présentée comme... «acheteuse compulsive». Elle avait fait pour 9.000 euros d'achats avec la carte bancaire de sa mère, qu'elle utilisait à son insu. A son domicile, les policiers ont découvert une caverne d'Ali Baba ainsi décrite par l'agence de presse AP: «15m3 de marchandises emballées dont trois vélos tout terrain, deux lave-linge, 14 fers à lisser, trois lits, un caméscope, six coffres à bijoux, 21 sacs de sport contenant des produits alimentaires, des cosmétiques, des fournitures scolaires ainsi que trois billets d'avions pour la Tunisie». L'intéressée a expliqué avoir acheté ces objets en multiples exemplaires de peur que l'un d'eux tombe en panne.

 

Parlant de carte bancaire, une (petite) découverte qu'on a faite l'autre jour au hasard d'une visite au distributeur d'une agence bancaire près de Bastille, et qui pourrait bien encourager encore un peu plus les acheteurs compulsifs à dépenser sans compter. Sur l'automate, bien en évidence, était apposé un sticker publicitaire dont on n'avait jamais remarqué la présence auparavant. Il félicitait les usagers d'avoir recours à ce distributeur, car la banque l'hébergeant... multiplie les initiatives environnementales. En gros donc, le message subliminal envoyé était le suivant: «Cher usager de passage, plus vous retirez de billets à l'aide de ce distributeur, plus vous contribuez au sauvetage de la planète, donc ne mégotez pas».

 

DABParis.jpgRenseignements pris, ce programme vert s'appelle «Winplanet». Y participent, outre des banques, nombre de grandes enseignes commerciales présentes en France. Sous son égide par exemple, le Crédit agricole a financé une opération de nettoyage des rives de la Seine, offrant même aux nettoyeurs «un agréable buffet campagnard en plein air» – c'est merveilleux. Le Crédit mutuel a collecté des téléphones portables usagés. La BNP-Paribas a systématisé les procédures de recyclage des composants électroniques, ordinateurs, claviers et autres imprimantes utilisés dans ses agences. Et HSBC France a aidé l'Office national des forêts à planter 15 000 arbres sur un ancien site minier.

 

Autant d'initiatives qui, sans doute, ne mangent pas de pain et ne font pas de mal à la planète. A moins que cette exploitation par les banques désormais aussi d'un filon écolo si à la mode ne relève avant tout de l'opération de marketing. De la campagne de com',  finalement: destinée à rehausser l'image de marque du secteur bancaire qui, en France aussi, est sortie très dégradée de la grande crise de l'an dernier.

21/04/2010

Un (nouveau) monde

Matrix en France, suite. Ou l’entrée des nouvelles technologies les plus pointues, dignes d’un film d’anticipation, dans la vie quotidienne. Ce blog avait déjà évoqué le ticket de métro virtuel, l’audioguide de musée téléchargeable sur portable, le parking payé par téléphone mobile, ou l’empreinte digitale permettant de passer plus rapidement les contrôles aux aéroports. Deux autres expérimentations du même acabit viennent d’être lancées.

 

Ainsi, un centre hospitalier a été autorisé (ici) à expérimenter un dispositif biométrique lui permettant de contrôler l'identité de ses patients. Ce dispositif repose sur la reconnaissance de l'empreinte digitale, couplée à la constitution d'une base de données biométriques. Des limites ont toutefois été posées. Par exemple, la durée de conservation des données biométriques par l’hôpital sera limitée à la durée de la prise en charge thérapeutique du patient.

 

Autre innovation – à moins que ce soit un gag, vu que l’annonce en a été faite le 1er avril, jour de cette (fatigante?) tradition de poisson – : une banque cette fois a reçu l'autorisation (ici) d'expérimenter un système de paiement avec... authentification du réseau veineux du doigt. Explication: «Les personnes souhaitant participer à cette expérimentation pourront se rendre dans leur agence bancaire afin d'enregistrer le gabarit du réseau veineux de leur doigt dans leur nouvelle carte bancaire. Une fois cette opération réalisée, le porteur pourra, lors d'un achat en magasin, s'authentifier à l'aide de son doigt au lieu de saisir un code secret». L’organe de contrôle a jugé cette expérimentation proportionnée, car «le réseau veineux est considéré, en l'état de la technologie, comme une biométrie sans trace, c'est-à-dire non susceptible d'être captée à l'insu de la personne».

 

Bientôt à Paris, pour retirer de l’argent, suffira-t-il de simplement fixer des yeux l'écran du distributeur automatique de billets de banque?

07/04/2010

Un mot

dati&bruni.jpgRumoriste. C’est le mot du jour, ce mercredi à Paris. A en juger en tout cas au nombre de fois où on l'a entendu ce matin, à la radio. Rumoriste serait donc le nouveau terme qui, en France en ce moment, devrait remplacer celui de journaliste. Tant, dans ce pays, les journalistes en seraient de plus en plus souvent réduits, non plus à rechercher des infos et à décrypter l’actu, mais à se faire le relais plus ou moins consentant des rumeurs bruissant dans les allées du pouvoir. Précision à l’attention des lecteurs de ce blog qui auraient été sur la planète Mars ces derniers jours: on veut évidemment parler des rumeurs sur les infidélités conjugales émaillant, selon ces ragots, le couple Nicolas Sarkozy-Carla Bruni. Et des ragots selon lesquels Rachida Dati aurait joué un rôle dans la propagation de ces potins – ce qu’elle a démenti vigoureusement, ce matin.

 

Nous voilà donc devenu rumoriste. Echotier des bagatelles présumées et des complots supputés. Chroniqueur des disgrâces de Cour, des conjurations de palais et des coups de colère présidentiels, réels ou fantasmés.

 

Professionnellement, tout comme la «twitterisation» du journalisme, ce n’est pas l’évolution du métier qui nous emballe le plus.

 

Politiquement, on n’est pas sûr que cette dérive «monégasque» de la vie publique hexagonale – «monégasque», en référence à l’époque où l’actualité de la Principauté de Monaco voisine se réduisait au feuilleton de la vie intime de ses princesses – fera davantage voter les gens aux prochaines élections, ou les fera moins voter aux extrêmes.

26/03/2010

Une heure

La Ville lumière un peu moins lumineuse que d’habitude, demain soir. Pour la deuxième année consécutive, Paris s’associe à l’opération «Earth Hour, 60 minutes pour la planète» du WWF. Samedi à 20h30 donc, l’éclairage extérieur de plus de 240 monuments et bâtiments de la capitale (le Louvre, l'Hôtel de Ville, Notre Dame, le Panthéon, les Invalides, la place de la Concorde, l’Opéra Garnier, etc), de même que l’éclairage des ponts parisiens et des mairies d’arrondissement, seront éteints pendant une heure. La tour Eiffel, quant à elle, sera plongée dans le noir pendant cinq minutes. Seule l’éclairera, à ses pieds, la lueur de 1600 bougies disposées pour former le chiffre 60 (comme 60 minutes d’obscurité). Plus d’une centaine de pays et plus de 2000 villes dans le monde participeront à cette manifestation, qui est parrainée par le vice-président (français) du GIEC et par ailleurs prix Nobel de la Paix.

 

L’objectif de l’opération est «de mobiliser le plus grand nombre autour de l’enjeu du dérèglement climatique. 100 jours après le sommet de Copenhague, tous les citoyens ont ainsi l’occasion de rappeler leur volonté de voir les Etats aboutir à un accord international sur le changement climatique équitable, ambitieux et contraignant, lors du sommet de Mexico en décembre 2010».

 

Une heure en moins d’éclairage un peu partout dans le monde: voilà qui, assurément, ne mange pas de pain et qui, énergétiquement, ne pourra faire que du bien. «Un geste pour la planète»: voilà une manifestation qui, à coup sûr, sera très consensuelle. On s’étonne un peu, toutefois, de ne pas entendre les grincheux, si prompts à prendre la parole en France, qualifier de tarte à la crème ce genre de manifestation.

23/03/2010

Une animation, ou l’autre

ikeadanslemetro.jpgRefermons aujourd’hui cette séquence électorale – ce qu’on a fait ce midi, via un chat avec les lecteurs de «La Libre». Si cela vous intéresse et si vous n’avez pas encore eu votre dose de politique régionale hexagonale, c’est ici. Et reprenons notre chronique de la vie quotidienne à Paris. En redescendant dans le métro, qui, ces derniers jours, s’est doublement animé d’une manière inusitée. Comme quoi, un certain activisme n’est pas mort en France.

 

La première animation a eu lieu dimanche à la station Concorde. Pendant dix jours et jusqu’à demain, cette station, comme trois autres (Champs-Elysées, Saint-Lazare et Opéra), fait l’objet d’une campagne de pub d’Ikea. Qui, pour faire la promo de ses produits, a installé des canapés et fauteuils sur les quais de la station, en lieu et place des traditionnelles banquettes. Dimanche donc, une vingtaine d’artistes, d’étudiants et d’activistes prônant la «désobéissance» ont improvisé un «attentat chorégraphique» à Concorde. A un moment donné, ils se sont mis à danser au rythme des tambours autour de ces canapés. Pour dénoncer le fait que la RATP «déroule le tapis rouge pour les grandes entreprises» désireuses de faire leur pub dans le métro, mais, «en même temps, jette les pauvres dehors». En clair: «choisit le mobilier de ses stations pour empêcher les SDF de dormir dans le métro». Allusion à ces banquettes sur les quais où aiment s’allonger les miséreux, mais qui sont de plus en plus souvent remplacées par des sièges individuels ou affublées d’accoudoirs empêchant la position couchée. L’«attentat chorégraphique» de dimanche se voulait donc une dénonciation de l’«apologie du confort à l'endroit même où se réfugiaient ceux qui en sont privés».

 

Dans une autre station, Strasbourg-Saint-Denis, on est tombé fortuitement, l’autre soir, sur une autre animation. Dans les couloirs de cette station, un grand nombre de panneaux publicitaires lumineux s’étaient vu privés de leurs réclames habituelles. A leur place? Des affiches artisanales, peinturlurées de slogans décalés contre... le mercantilisme, le matracage publicitaire et/ou la politique du gouvernement. «A bas l’achat, vive les chats!» ou «Doublez votre profit, exigez une nouvelle planète!», a-t-on ainsi pu lire sur ces panneaux piratés. L’un d’eux avait même été rebaptisé «Zone d’intoxication cérébrale». Deux couloirs plus loin, était fustigé le fait que «L’Etat protège les banques, les riches et les entreprises. Et nous, dans tout cela?» On a vu aussi «Les femmes unies jamais ne seront vaincues».

 

métroantipub.jpgOn n’a jamais su si ces panneaux publicitaires si peu habituels étaient le résultat d’une opération activiste ou faisaient partie de la campagne électorale. Voire – avec les pubards, on ne sait jamais – s’ils cachaient en fait… une vraie campagne de pub, jouant sur le principe du teasing. On n’a pas poussé la conscience journalistique jusqu’à rester des heures dans les couloirs de cette station pour voir ce que devenaient ces affiches; on ne sait donc pas si elles ont ou non été très rapidement enlevées par les agents de la RATP.

 

Ce qu’on a eu le temps de voir, en revanche, c’est la tête tirée par les usagers du métro devant un de ces panneaux en particulier. En substance, il disait: «Moi, j’ai droit à la comparution immédiate et aux peines planchers. Pasqua et Chirac, eux, n’iront jamais en prison». Entre effarement, stupéfaction, colère, incrédulité ou jubilation: la tête des voyageurs qui, au hasard d’un couloir, tombaient sur cette affiche si peu respectueuse de l’ex-Président était assez drôle à observer. 

11/03/2010

Un triomphe

soulages.jpgUn peu de culture aujourd’hui, parce qu’on regrette de ne pouvoir en faire plus souvent dans ce blog. Et une bonne nouvelle, parce que ça fait du bien. Bonne nouvelle, car elle montre qu’à Paris en matière d’arts, oui décidément, le grand public est bien plus ouvert et curieux que ce que prétendent parfois certains esthètes grincheux et volontiers méprisants. Viennent à nouveau d’en témoigner les chiffres de fréquentation astronomiques de l’exposition consacrée au peintre Pierre Soulages, des données qui ont été dévoilées en milieu de semaine par le Centre Pompidou, où s’est clôturée lundi cette rétrospective.

 

Rétrospective assez épatante, on l’avait écrit (ici) le jour de son vernissage. Mais consacrée à un artiste abstrait dont on aurait pu penser qu’il n’était pas d’office d’un accès aisé pour tout le monde. Les monochromes noirs de Soulages, ce n’est pas la migraine assurée, mais cela ne s'aborde tout de même pas aussi aisément que des paysages de Cézanne, des nus de Renoir, des danseuses de Matisse ou des Tahitiennes de Gauguin – cela dit sans déprécier aucunement ces derniers artistes. Et bien, malgré cela, en moins de six mois, l’expo Soulages a été vue par... plus d’un demi-million de visiteurs! 502.000 très exactement, soit près de 5.000 visiteurs par jour. Triomphe d’autant plus inattendu et impressionnant que, pendant la durée de cette rétrospective, le Centre Pompidou a été fermé au public pendant plus de trois semaines, pour cause de grève. Sans ce mouvement social, on aurait sans doute dépassé les 600.000 visiteurs.

 

Voilà qui, au palmarès de la fréquentation des grandes expos de Beaubourg, place carrément ce peintre abstrait français juste derrière les stars internationales aussi populaires que sont Kandinsky (703.000 visiteurs, en 2009), Matisse (735.000, en 1993) et Dali (840.000, en 1979).

 

Ce serait si bien si un tel succès incitait les responsables des grands centres culturels parisiens – et, au-delà, français – à faire preuve d’audace dans leurs prochaines programmations.

26/02/2010

Une Journée

journeesansimmigres.jpgDerniers jours de février, ce week-end. Lundi, premier jour de mars, c’est la «Journée sans immigrés» en France. Cette initiative associative, soutenue par quelques partis, vise à rappeler l’importance de l’apport des populations d’origines étrangères. «Nous, femmes et hommes, de toutes croyances, de tous bords politiques, et de toutes couleurs de peaux, immigrés, descendants d’immigrés, citoyens conscients de l’apport essentiel de l’immigration à notre pays, en avons assez des propos indignes tenus par certains responsables politiques visant à stigmatiser ou criminaliser les immigrés et leurs descendants», dit le manifeste du mouvement. «Nous refusons que les bienfaits passés, présents et futurs des immigrés, qui ont toujours construit la France, soient ainsi niés d’un trait». Lundi, dès lors, les immigrés installés en France, leurs descendants et les sympathisants sont invités à se croiser les bras. Une façon, «par cette absence», de «marquer la nécessité de notre présence».

 

Si ce mouvement avait lieu aujourd’hui et s’il était très massivement suivi, à quoi donc aurait ressemblé pour nous ce vendredi, dans notre quartier de Paris? C’est la question qu’on s’est posée ce matin, au saut du lit.

 

D’abord, on aurait dû faire l’impasse sur les croissants du matin: la boulangerie où on a nos habitudes, dans notre onzième arrondissement, est tenue par une famille d’origine marocaine. On se serait rabattu sur le bar-tabac en face, pour un thé. Mais là aussi, on aurait trouvé porte close: le commerce est tenu par des Chinois. Arrivé le ventre vide et donc forcément un peu bougon au bureau, on aurait eu la mauvaise surprise de constater celui-ci complètement déserté par ses occupants habituels: tous journalistes et photographes de la presse internationale et donc qui auraient forcément été absents en cette journée sans étrangers. La matinée aurait donc été solitaire et morose. Le vendredi midi, quand on a le temps de prendre une pause-déjeuner, on va entre collègues au petit resto du coin. Cette fois là, on n’aurait pas pu y aller: c’est une gargote thaï. Le snack plus loin, alors? Pas de bol: le patron étant originaire d’Algérie, il aurait lui aussi été fermé. En début de soirée le vendredi, on fait du sport. Mais ce soir, pas sûr que l’entraînement aurait été maintenu: en effet, le personnel du gymnase municipal où il se déroule est en majorité antillais, dont quelque part un peu d’origine étrangère. Enfin, la troisième mi-temps, dans le Marais, aurait été beaucoup moins drôle que d’habitude: les bars de ce quartier, fréquentés par une faune d’origines si mélangées, auraient été bien vides en cette journée exclusivement franco-française de souche.

 

Bref, pour nous, cette journée sans étrangers aurait été assez pourrie. Et, sans avoir la prétention de mener une vie complètement représentative, on n’est pas loin de penser que cela aurait été le cas aussi pour pas mal de gens, à Paris et dans le pays.

 

Le simple fait qu’en France, en 2010, soit organisée une journée du type de celle de lundi en dit-il long sur l’état de ce pays?

25/02/2010

Une vedette

Restons un jour encore dans le domaine de la publicité, mais beaucoup plus pacifique. Il n’est plus question cette fois de soldatesque boueuse et transpirante, mais au contraire de folklore sentant bon la fraîcheur et la ruralité bucoliques. On veut parler du retour de… la mère Denis, cette icône mémorable de la pub hexagonale.

 

Cela a vraiment fait beaucoup de buzz en France, cette semaine. C’est donc le grand retour de la célèbre lavandière qui, dans les années 70 et 80, fit les belles heures – «Ah oui, c’est vrai ça!» – de la pub télé pour le fabricant de lave-linge Vedette. Vingt ans après, sa bonne bouille et son physique généreux et campagnard s’affichent en ce moment, en photo murale géante sur le flanc d’un immeuble donnant sur le périph’. Avec ce slogan bien de saison à un mois des élections régionales: «Votez mère Denis!» Et une adresse web renvoyant à la page de fans de l’intéressée.

 

La dénommée Jeanne-Marie Le Calvé épouse Denis n’est évidemment pour rien dans ce retour fracassant. Puisque, depuis 1989, elle repose en paix dans un petit cimetière du Calvados. Sa réapparition en grand format est une opération de teasing publicitaire du groupe d’électroménager Fagor-Brandt, propriétaire de la marque Vedette. Un gros coup de marketing donc. Une opération notamment de marketing viral, comme on dit. Qui est en train de marcher du tonnerre – pour preuve ce matin, quand on googlisait le slogan de l’affiche, «Rendez nous Mère Denis!», on obtenait … 250.000 résultats!

 

250.000! Comme quoi, on en parle, de cette campagne de pub. Les Français seraient-ils en demande de futilité, en ce moment?

22/02/2010

Un marché

On a déjà beaucoup parlé, la semaine dernière, de cette controverse à propos des burgers halal. Que ce soit à Roubaix, à Argenteuil ou dans les quelques autres villes de France concernées, ces restos Quick «muslim friendly», on va dire, marchent visiblement du tonnerre, a-t-on lu, vu et entendu en boucle dans les médias, ce week-end. Cela se confirme donc: il y a un marché pour ce créneau gastronomico-identitaire. Fin janvier déjà, l'une ou l'autre enquête d’opinion réalisée par l’institut Ifop avait mis le doigt sur l’engouement de la communauté musulmane de France pour ce type de produits.

 

A en croire Ifop, 59% des personnes issues de familles musulmanes achètent systématiquement de la viande halal. 28% en consomment la plupart du temps ou de temps en temps, et seulement 12% n’ont jamais recours à ces produits. Le succès des produits halal ne concerne pas que la viande: 40% des musulmans consommateurs de cette dernière achètent aussi des plats cuisinés (frais, en conserve ou surgelés), des desserts, des chocolats ou des bonbons halal. Avec une population musulmane française évaluée à quelque 5 millions d’âmes, cela fait au bas mot un marché de plus de 3 millions d’acheteurs et de consommateurs.

.

L’achat de viande halal «est très étroitement corrélé à la pratique religieuse». Ainsi, 91% des musulmans fréquentant une mosquée consomment halal. Mais 44% des musulmans non-pratiquants en consommant également, ce qui montre qu’il s’agit d’«une consommation identitaire et pas seulement religieuse». L’Ifop note encore que, «si les consommateurs réguliers de viande halal représentent 71% des membres de la première génération» issue de l’immigration, «cette proportion chute significativement dès la seconde génération (51%)». En clair, «plus on est jeune, moins on consomme halal: l’achat systématique de viande halal diminue quand on descend la pyramide des âges, même si elle est encore légèrement majoritaire chez les plus jeunes».

 

Conclusion: si en France il y a inconstestablement un marché halal sur lequel le business peut espérer prospérer, une part de ce marché ne doit pas moins être conquise et développée par les industriels de l’agroalimentaire, s’ils veulent que ce secteur reste florissant à l’avenir. Il ne faut évidemment pas chercher autre part les raisons de l’initiative à l’attention de la communauté musulmane lancée par Quick, enseigne très populaire chez les jeunes comme chacun sait. Ce n’est ni de la philanthropie et encore moins de l’islamophilie. C’est du business, de l’investissement en somme.

19/02/2010

Une contagion

On en avait parlé ici dès mardi: de cette expérimentation de fast-food halal à destination de la communauté musulmane. Et, il a bien fallu le constater: ce fut la controverse de la semaine en France. L’indignation de Marine Le Pen, en effet, a fait contagion un peu partout: dans les partis démocratiques, de droite comme de gauche, sous la plume des éditorialistes, etc. De toutes parts, ces derniers jours, on n’a entendu que les mots «communautarisme», «clientélisme marketing», «grave dérive», «impôt islamique», «indignation», «inadmissible», etc.

 

Cette pittoresque affaire de burgers à la dinde fumée et non au bacon pourrait même avoir des prolongements judiciaires. En effet, le maire (socialiste) de Roubaix, une des villes concernées par cette expérimentation culinaire, envisage de saisir les tribunaux pour pratique commerciale discriminatoire. Car, selon l’argument-massue de la semaine: serait gravement discriminatoire le fait pour les clients non-musulmans de ces restaurants de n'avoir d'autre choix que d’y manger halal. C’est d’ailleurs ce même argument qui a fondé la saisine par cet élu de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde), qui est donc invitée à se prononcer la question.

 

Face à ce tumulte qu’il a jugé complètement disproportionné, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) a fait deux réflexions. Un : «des restaurants qui ne servent que du halal ou que du casher, ça existe depuis toujours» dans l’Hexagone. Deux: «il y a beaucoup de restaurants qui ne proposent pas de nourriture halal, et les musulmans ne crient pas pour autant à la discrimination». Cela semble le bon sens même. Pas sûr, cependant, que cela suffira à apaiser la polémique.

18/02/2010

Une biodiversité

TramwayT3Paris.jpgAujourd’hui, un sujet infiniment plus léger que les jours précédents – cela fait du bien, parfois. Et qui concerne aussi plus directement la vie quotidienne à Paris. Lundi, la mairie va présenter son programme d’actions dans le cadre de «2010, année mondiale de la biodiversité». Il y sera notamment question de dresser des inventaires de la faune et de la flore de la capitale, un recensement qui associera habitants, chercheurs en écologie urbaine et associations naturalistes. Parlant de biodiversité, dans la capitale française elle se cache parfois aux endroits les plus inattendus. Témoin, le (petit) projet, bucolique à souhait, qui pourrait voir le jour… sur les voies du tramway.

 

Cela concerne plus précisément le tramway T3 – la ligne qui, à terme, ambitionne de faire le tour de Paris (voir la carte ici). Dans le cadre des (gros) travaux en cours () pour sa prolongation jusqu’à la porte de la Chapelle, la RATP et la mairie songent à une innovation à la fois odorante et délicieuse. Il s’agirait de remplacer le tapis de gazon qui végétalise habituellement les voies de tram et leurs abords par une autre espèce: le thym. En effet, par rapport à la pelouse, cette charmante plante méditerranéenne aurait l’avantage de nécessiter moins d’arrosages et de tontes à l’année. Et, dans sa modeste mesure, la plantation de cette espèce végétale à cet improbable endroit contribuerait à la biodiversité dans la capitale, assurent les spécialistes.

 

Cette plante aromatique, en tout cas, a réussi les tests que, depuis le printemps 2008, la RATP a fait passer à différents tapis végétalisés susceptibles d'équiper les tramways. Mieux que le romarin, le serpolet, la bruyère ou d’autres plantes vicaces, le thym a montré son «adaptation aux conditions d’exploitation du tramway». Pour ceux que cela intéresse, c’est plus particulièrement une sous-variété de thym, le thym dit laineux, qui aurait la cote auprès des techniciens de la société de transports parisienne. Qui, lors de ces tests, ont noté également les performances d’une deuxième plante vicace: la matricaria tchihatchewii – si, comme nous, vous n’avez pas la moindre idée de ce à quoi cela peut ressembler, coup d'oeil ici

 

Des senteurs de thym, donc des airs de Midi carrément, dans les environnements aussi gris, pollués et bétonnés que sont les portes d’Ivry, de Bagnolet ou d’Aubervilliers. Cela fait (un peu) rêver.

16/02/2010

Une expérimentation

Hamburger.jpgQuick France l’a confirmé hier après-midi: la société de restauration rapide mène actuellement une «expérimentation» dans quelques-uns de ses restaurants. Cette innovation consiste à servir à leurs clients de la viande halal (à savoir, de la viande provenant d'animaux abattus selon le rite islamique). Une dizaine des quelque 450 établissements de cette enseigne dans l’Hexagone sont concernés, situés en banlieue parisienne, marseillaise, lyonnaise, toulousaine ou dans le Nord. Ce week-end déjà, cette expérimentation avait donné lieu à un fameux coup de colère à la télé.

 

C’était dimanche midi, sur Canal. Et c’était assez spectaculaire. Débit saccadé, mâchoires crispées, regard d’acier: Marine Le Pen éructait contre cette expérimentation. «Ceux qui ne veulent pas manger halal n'auront même pas le choix! C’est inadmissible!», tempétait la fille du patron du Front national. Selon qui cela illustrait bien l’ignominieuse avancée du «communautarisme» et de «l’islamisation» en France.

  

En la voyant s’agiter à la télé, on avait vraiment du mal à partager son indignation. Du mal à s’apitoyer sur le sort de ces malheureux carnivores amateurs de Quick qui, même s’ils sont non-musulmans, devront, dans ces quelques restaurants concernés, manger des hamburgers à base de dinde fumée et non de porc ou de bacon. Etait-ce donc si grave? Leur identité de non-musulman était-elle profondément outragée par cette consommation occasionnelle de viande halal? N’est-il pas plus intéressant de se demander pourquoi en France, pays abritant la plus grande communauté musulmane d’Europe, il a fallu attendre 2010 avant qu’une chaîne de fast-food élargisse la gamme de ses menus de manière à ce qu’ils soient accessibles aux consommateurs de toute confession religieuse?

 

Quick avance des raisons logistiques pour expliquer le fait que, dans ses quelques restaurants expérimentant la viande halal, on ne proposera plus de viande non-halal aux clients: il serait difficile de faire se cohabiter ces deux types de viande dans les mêmes cuisines. On n’a jamais travaillé dans un fast-food, donc on n’est pas spécialiste de leurs cuisines, mais, à première vue, l’argument ne nous semble pas complètement absurde.

 

De manière plus générale, en écoutant la tirade de Marine Le Pen, on se disait que, décidément, devenait fatigante cette phobie rabique anti-communautariste régnant en France. Ce républicanisme sourcilleux qui présente comme d’office illégitime, culpabilise voire condamne carrément tout sentiment d’appartenance à une communauté. Nous, on a toujours vu les choses de manière beaucoup moins crispée: ne peut-on donc se sentir une affinité avec tel ou tel groupe particulier et, en même temps, se sentir parfaitement intégré dans la majorité et se sentir solidaire du plus grand nombre?

 

A Paris, on a toujours vécu dans des quartiers où se croisent des tas de communautés et donc autant d’habitudes alimentaires répondant parfois à des prescrits religieux, prescrits dont on ne s’est jamais le moins du monde formalisé. Quand, au supermarché du coin, tel aliment classique vient à manquer et qu’on doit se rabattre sur sa version kasher, on ne se sent pas insulté dans notre identité: on prend cela pour une découverte culinaire sympa. Quand, dans les rues animées des quartiers Bastille ou Oberkampf, on voit de plus en plus de petits restos populaires (kebabs, etc.), très fréquentés par la jeunesse issue de l’immigration, s’afficher halal dès leur porte d’entrée, on s'en réjouit même si on n'est pas musulman, car on trouve cela accueillant. En fait, que l’on mange halal, kasher ou classique, on s’en fiche, pourvu que ce soit sain et appétissant.

 

Mais sans doute est-on, politiquement et culturellement, plus décontracté que Marine Le Pen.

12/02/2010

Une alternative

neigeàparis.jpgFin d’une semaine en blanc. On n’a pas eu beaucoup de temps pour profiter du spectacle de Paris sous la neige, mais, d’après ce qu’on en a vu, c’était une fois de plus ravissant.

 

Tiens, au fond, il y a presque deux mois (relire ici), lors d’un des derniers épisodes neigeux qu’on a connus ici, on avait soulevé le problème environnemental posé par les épandages de sel sur la voie publique. Ce sel, en effet, dégrade les propriétés des sols et empoisonne la végétation par ses racines. Cela peut paraître anecdotique comme souci, mais, quand on sait qu’en cas d’hiver neigeux, une ville comme Paris est amenée à déverser plus d’un millier de tonnes de sel pour rendre ses rues et trottoirs praticables, ce n’est tout de même pas si futile.

 

A l’époque, on avait posé la question à la mairie: ce qu’elle pensait du problème, s’il avait déjà été évoqué, les alternatives qui étaient éventuellement étudiées en la matière, etc. «On vous rappelle», s’était-on entendu répondre. On attend toujours le coup de fil. Passons: c’est habituel. Depuis, a-t-on appris, le sujet n’en a pas moins été officiellement évoqué. C’était lors d’un récent conseil municipal. A l’initiative des Verts, les élus ont adopté un vœu par lequel la ville s’engage à mettre à l’étude une solution de déneigement plus écologique que le sel: l’utilisation de… copeaux de bois. Cette alternative, paraît-il, est déjà utilisée avec succès par plusieurs grandes villes en Suisse.

 

A la radio l’autre jour – comme quoi, on parle pas mal du sujet en ce moment –,on entendait même que, pour remplacer ce sel de déneigement si agressif pour l’environnement, on pouvait très bien utiliser… du sucre. En entendant cela, on s’est demandé si cela ne rendrait tout de même pas les rues et trottoirs de la capitale un peu collants aux chaussures. Mais si c’est la première étape à franchir pour en arriver in fine à une ville l'hiver recouverte de sirop, de caramel ou de chocolat, on est prêt à tenter l’expérience.