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19/06/2009

Un ticket (virtuel)

métroquai.jpgC’est le jour où jamais pour parler technologie, puisque, ce vendredi, débarque en France l’iPhone 3GS, le dernier smartphone d’Apple. Dans les transports parisiens bientôt, a-t-il été annoncé au début de cette semaine, un (petit) stress sera épargné aux usagers. Celui de se rendre compte, au dernier moment avant de franchir le tourniquet du métro, qu’on n’a plus de ticket en poche ou dans le portefeuille et qu’il faut donc rebrousser chemin, direction les guichets, en se coltinant au passage les récriminations de la foule qui piétine dans votre dos pour accéder au plus vite au métro. Ou le (petit) stress, quand on n’a pas une minute à perdre voire qu’on est déjà en retard, de devoir, pour acheter un titre de transport, faire la queue devant des automates invariablement bondés, si lents et/ou hors service. D’ici à 2010 à Paris, ces opérations seront beaucoup plus simples puisque, pour les effectuer, il suffira de dégainer son téléphone portable.

 

En effet, le ticket de métro (voire à terme l’abonnement) pourra devenir virtuel et être intégré au téléphone. Pour accéder aux quais, il suffira donc d’approcher son portable d’un lecteur magnétique afin de valider ce ticket virtuel qui, via le téléphone, aura été acheté n’importe où, de chez soi par exemple. Sur son téléphone toujours, on pourra dénicher les itinéraires les plus pratiques, contrôler l’état du réseau (pannes, grève, etc.), se renseigner sur les tarifs les moins chers, télécharger son abonnement, donner un ticket à quelqu’un d’autre ou, pour les touristes par exemple, tenter de s’y retrouver dans les correspondances entre métros, bus, RER ou tramways. Autant d’opérations que l’on pourra donc bientôt faire dans le calme à partir de son portable, plutôt que dans l’agitation bruyante et bousculée des stations du métro parisien.

 

C’est ce qu’on appelle la «billettique» électronique. Elle sera permise par le recours à la technologie NFC (Near Field Communication, connexion radio à courte distance), qui permet déjà aux détenteurs du pass «Navigo» de valider celui-ci en l’approchant de la borne au passage des tourniquets.

 

metrocouloirsencore.jpgA propos, depuis pas mal de temps, le débat fait rage à Paris au sujet du respect de la vie privée des usagers des transports publics et des dangers que représenterait une traçabilité de leurs déplacements, rendue possible par ces nouvelles technologies (relire ici ou ). Voulant sans doute désamorcer la controverse, l'organisme qui gère les transports en région parisienne a, dès l’annonce du lancement de cette «billettique» électronique, promis qu’il serait «particulièrement vigilant à conserver l’anonymat des déplacements» de ses clients. Autre engagement: le recours à cette nouvelle technologie n’entraînera «aucun surcoût pour le voyageur».

 

Deuxième innovation annoncée dernièrement en France, relative aux téléphones portables: le ministère de l’Ecologie a confirmé qu’il réfléchissait à la mise en place d’un système de consigne pour ces appareils, similaire à la consigne frappant depuis des lustres certains récipients en verre. Ce ne serait pas un luxe. Les Français, en effet, changent en moyenne tous les 18 mois de téléphone portable. Logique: depuis la fameuse époque des portables à 1 franc, ce produit de consommation a toujours été moins cher à l'achat (mais pas forcément à l'utilisation) en France que dans les pays voisins. Bientôt, les utilisateurs de mobile dans l'Hexagone auront la possibilité de rapporter leur ancien modèle dans les points de vente. En échange de quoi, leur serait remboursée la légère augmentation (de 2 à 5€) de l’«écoparticipation» demandée lors de l’achat.

 

Un petit geste donc a priori indolore pour le portefeuille, mais pas inutile pour l’environnement. Même s’il ne changera fondamentalement rien aux conséquences écologiques désatreuses de cette course consumériste un peu hystérique, qui rend tout appareil électronique invariablement dépassé, six mois après son lancement, par le modèle suivant lancé sur le marché à grand renfort de publicité. Ce qui, chaque année, fait aboutir dans les poubelles et décharges de France des tonnes de matériel électronique souvent en parfait état de marche mais prématurément délaissé par l’utilisateur soucieux d'être toujours au goût du jour, y compris technologiquement.

09/06/2009

Un raz de marée

tournesol.jpgOn savait déjà que, sociologiquement, en habitant dans le onzième arrondissement à la frontière du troisième (côté Haut Marais), on vivait au cœur parisien de «Boboland»: la capitale des bobos. Dimanche soir, cela s’est confirmé politiquement également. Dans ces deux quartiers parisiens, le résultat des élections européennes est même saisissant. Et constitue un camouflet retentissant pour le maire de Paris, le socialiste Bertrand Delanoë.

 

En effet, les Verts sont désormais - et de loin - la première force politique dans ces deux arrondissements. Les Parisiens de notre quartier ont même voté massivement pour la liste de Daniel Cohn-Bendit: 34,8% dans le onzième et 36,7% dans le troisième. Ce sont les plus beaux scores réalisés par les Verts dans la capitale française. Sensation supplémentaire: avec respectivement 17,9% et 17,1% des voix seulement, le PS y est désormais historiquement rélégué à la troisième position, derrière l’UMP. Ajoutons que, dans notre quartier, la gauche radicale (la liste anticapitaliste d’Olivier Besancenot + celle du Front de gauche) a totalisé 10% des suffrages. Dimanche donc, à «Boboland», il restait décidément peu de progressistes pour voter socialiste.

 

C’est une triple gifle pour Bertrand Delanoë. D’abord, parce que c’était un de ses proches qui menait la liste socialiste en région parisienne: l’eurodéputé sortant (et réélu, tout de même…) Harlem Désir. A cet égard, peut-être le résultat socialiste aurait-il été moins mauvais dans la capitale si le casting avait été différent: si ce parti y avait investi à la tête de sa liste son porte-parole Benoît Hamon, qui la réclamait et est identifié comme étant plus à gauche qu’Harlem Désir. Ensuite, parce que les mairies d’arrondissement du onzième et du troisième sont aux mains de socialistes. Enfin, parce qu’aux dernières élections municipales à Paris, les Verts avaient lourdement régressé par rapport aux socialistes.

 

Comme quoi, en politique, rien n’est jamais définitivement acquis. Y compris dans les bastions, fiefs et autres baronnies.

22/05/2009

Une «expérience»

La scène s’est déroulée il y a peu, au pied du Sacré-Cœur. Et sans doute les passants ainsi que les touristes étrangers, toujours si nombreux à Montmartre, n’en sont-ils toujours pas revenus. Au même moment, une soixantaine de jeunes âgés de 20 à 30 ans, qui s’étaient discrètement rassemblés à cet endroit, ont commencé à s’y livrer à des facéties d’enfants. A jouer ensemble à «Un-deux-trois soleil!» A se lancer dans une ronde endiablée. A saluer les passants comme s’ils étaient de bons amis. A se figer comme s’ils étaient frigorifiés, etc. C’était la première «expérience MP3» tenue à Paris.

 

MP3? Car, avant de se rendre à Montmartre, tous ces jeunes avaient téléchargé un fichier de ce type sur internet. Ensuite, à l’heure précise du «happening urbain», ils ont appuyé sur la touche ‘play’ de leur iPod ou de leur téléphone portable. Casque sur les oreilles, ils ont alors scrupuleusement et simultément suivi les instructions du maître de cérémonies. En l’occurrence, un «laboratoire de happenings urbains» baptisé «Improvisons!». Qui, à Paris, avait déjà conçu «Pielib», une parodie pédestre assez farce de «Vélib».

Ces animateurs de scénographies ludiques en plein air conçoivent le happening comme «une intervention artistique, une performance, un événement ou une situation qui peut être considéré comme un art». Carrément régressives, ces chorégraphies collectives se veulent «un moment d’émotion positive». Leur but premier est «de voir des sourires sur les visages des participants et du public»: «Nous jouons, comme de grands enfants, à surprendre positivement les gens».

Une prochaine «expérience MP3» est d’ores et déjà prévue. Elle est programmée pour le dimanche 21 juin, jour à la fois du début de l’été et de la Fête de la Musique. Le lieu de Paris où se déroulera cette expérience est encore tenu secret, mais son scénario est déjà connu. Il s’agira d’un «évènement bête, inutile et décalé», dont il sera fait «un happening festif et coloré». En clair? «Une chenille géante!» Vu le buzz suscité par la première de Montmartre, combien seront-ils, cette fois, à tenter l'expérience?

05/05/2009

Un concept

mercilesfleurs.jpgCette boutique a ouvert ses portes il y a quelques semaines déjà, boulevard Beaumarchais, la grande artère du quartier. Mais on n’avait pas encore eu l’occasion d’y aller. Ce week-end, ayant besoin et envie d’un beau bouquet de fleurs, on s’y est enfin rendu. Au monde qu’on y a croisé, on a pu constater que ce magasin ouvert si récemment au cœur de «Boboland» était déjà devenu un temple de la branchitude bobo.

 

Il a été baptisé «Merci». C’est ce que, dans les pays anglosaxons, l’on appelle un «charity shop». Le concept est simple: appâter le client sensible en lui promettant qu’une partie du montant de ses achats sera reversée à des œuvres caritatives. Lui assurer donc qu’en faisant du shopping ici, il joindra l’utile à l’agréable. Fera une bonne action tout en se faisant plaisir. En l’occurrence, ce «Merci» s’est engagé à venir en aide à une fondation oeuvrant pour le bien-être des enfants déshérités de Madagascar. Les profits réalisés, après déduction des charges et des salaires du personnel, leur sont envoyés. Les créateurs dont les produits sont vendus ici, comme les fournisseurs, peuvent abandonner leurs marges au profit de l’organisation caritative.

 

Voilà pour le concept/le marketing. En ce qui concerne le lieu, il est assez réussi. Derrière une petite devanture occupée par un fleuriste, s’ouvre une gigantesque surface de trois étages, aussi efficacement qu’élégamment agencée avec ses grandes baies vitrées, ses coursives, ses alcôves et ses mezzanines se distribuant autour d’une cour calme et ensoleillée. C’est bien simple: l’endroit est si vaste et on y trouve tant d’articles que, si on n’avait que cela à faire, on pourrait y passer des heures.

 

mercilafacade.jpgIl y a là des fleurs donc: choix réduit mais bien pensé et conseil avisé. Des objets de déco: bougies, bibelots, vases, etc. Des fringues hype: des marques comme Barbara Bui, Isabel Marant, Stella Mc Cartney ou Paul et Joe. Du petit mobilier. Des parfums. De la vaisselle. Une cantine qui sert des petits plats déliquats et semblant très appétissants. Et une librairie-café où l’on peut prendre un verre en bouquinant des livres neufs ou d’occasion. En évidence parmi les quelque 10.000 ouvrages disponibles, figure évidemment «Merci», le livre de de Daniel Pennac: l’écrivain qui, avec sa célèbre saga des Benjamin Malaussène, a rendu le quartier voisin, Belleville, si recherché par les branchés aisés.

 

Alors évidemment, même si en cherchant bien on peut trouver quelques articles à des prix sacrifiés, tout cela n’est pas précisément bon marché. Mais la fourchette moyenne des prix n’est pas franchement plus élevée que celle des boutiques du Marais. Alors évidemment, on trouve dans ce magasin des tas de choses complètement futiles et donc largement inutiles. Mais c’est le cas aussi dans la plupart des boutiques à la mode à Paris. Alors évidemment,  «Merci» – le lieu, l’ambiance qu’il dégage, et la faune qui le fréquente – hérissera au plus haut point les bobophobes. Mais cela aussi c’est Paris, et de plus en plus même au fil des années: une capitale bobo.

 

mercilacour.jpgCe jour-là, en tout cas, au vu de la longueur de la queue s’étirant devant les caisses de «Merci», le concept avait l’air de cartonner. En ces temps de crise internationale et de misère mondiale croissante, les «shopping addicts» cherchent-ils à se déculpabiliser? En se disant par exemple que, quitte à claquer leur fric quelque part, autant le faire dans ce genre de magasin afin qu’au moins, il profite un peu à ceux qui en ont moins?

23/04/2009

Un impact

Incroyable comme en France en ce moment, dès que l’on parle de bouffe dans les médias, revient fréquemment le sujet... des pizzas. En effet, il semble qu'à Paris comme en province, la crise a un impact direct sur la fréquentation des pizzerias – qui sont au nombre de 13.000 en France. Ces établissements ne désemplissent plus car ils sont très fréquentés par les consommateurs désireux, en ces temps d’incertitude économique, de réduire leur budget resto. Et qui, dès lors, se rabattent sur ces établissements italiens ou assimilés, souvent familiaux et meilleur marché que leurs confrères servant de la cuisine française.

 

Cet impact conjoncturel de la crise vient s’ajouter à une vieille tradition culinaire. Car, et les Français eux-mêmes l’ignorent généralement, l’Hexagone est le deuxième pays plus grand consommateur au monde de pizzas, avant même l’Italie et juste derrière les Etats-Unis. C’est bien simple: 80% des plats cuisinés livrés à domicile en France sont des pizzas.

 

D’année en année, d’ailleurs, ce secteur de la restauration semble de mieux en mieux se porter. Ainsi, ‘Pizza Hut’ table sur l’ouverture dès l’an prochain de 25 restaurants par an en France et a pour objectif d’y doubler son réseau d’ici à 2012. Récemment, son principal concurrent, ‘Domino’s Pizza’, après un exercice 2008 «exceptionnel», lors duquel son chiffre d’affaires a crû de 31% en France, a annoncé qu’il comptait cette année y ouvrir au moins trente nouveaux points de vente. Et encore ne s’agit-il là que des deux géants du secteur dans l’Hexagone. Parmi les pizzaïolos également actifs dans ce pays, figurent des noms comme ‘Speed Rabbit’ ou ‘La Boîte à Pizzas’. Ainsi que, bien sûr, 4500 vendeurs ambulants: ces ineffables camionnettes à pizzas qui, chaque été, constituent un des incontournables du paysage du Midi méditerranéen singulièrement.

 

A propos et pour info, puisqu’il est encore loin le temps de partir à la plage, si vous avez envie de vous faire une pizza prochainement à Paris, nos confrères du «Figaroscope», qui a une excellente (dans les deux sens du terme) chronique gastronomique, établissent chaque année un classement des meilleurs pizzerias de la capitale française. Ce palmarès est basé sur des critères comme la présentation de la pizza, la fraîcheur des ingrédients, le croustillant de la pâte ou le rapport qualité/prix. Les lauréats de la dernière édition sont Le Bistrot Napolitain’ (pas loin des Champs) et Pizza Chic’ (près de Saint-Sulpice). Et, dans notre cher quartier, Amici Miei’, une fois de plus, est bien classé.

 

Du coup, cette pizzeria ne désemplit plus. Il est impossible, quel que soit le jour, d’y aller sans avoir au préalable réservé. Et, même quand on a réservé, il faut souvent poireauter. Ca c’est Paris. 

21/04/2009

Un ancêtre

La France se met aux nouvelles technologies, écrivait-on ici hier. Pour évoquer un autre paradoxe, dans ce pays, les technologies les plus vieilles et les plus typiquement hexagonales n'en continuent pas moins leur petit bonhomme de chemin. C’est spectaculairement le cas d’un des symboles de la France techno des années 70 et 80, dont on annonce la mort depuis plus de dix ans mais qui, bon an mal an, même si son heure de gloire est désormais passée, existe toujours. On veut bien sûr parler du bon vieux Minitel (*), qui, a déjà bien un quart de siècle d’existence.

 

Au milieu des années 90, lorsque l’Hexagone à son tour succomba à la révolution mondiale d'internet, France Telecom revendiquait un parc de 9 millions de terminaux Minitel et de près de 25 millions d'utilisateurs de cette technologie. Plus de dix ans plus tard, le Minitel dégage encore un chiffre d’affaires annuel de plus de 100 millions d’euros. Et l’on dénombre encore plus d’1 million de terminaux en circulation. Les utilisateurs principaux des 3615 et autres 3614 sont les personnes âgées (séduites par sa simplicité d’utilisation), les PME (fans notamment de ces terminaux si robustes qu’ils peuvent sans crainte être laissés dans les ateliers, contrairement aux PC et Mac si fragiles), ou les bas revenus (absence d’abonnement payant, etc.). Et, globalement, tous les gens qui raffolent de ces terminaux familiers, sans chichi, qui ne tombent jamais en panne, ignorent les virus, les retards à l’allumage comme les problèmes de réseau, et assurent une confidentialité totale. Résultat des courses, selon la direction des Pages Jaunes, «en 2008, le 3611 a encore enregistré plus de 19 millions de connexions».

 

Et si, du coup, ce vénérable ancêtre qu’est le Minitel devenait «vintage» et donc si tendance?

 

 

 

(*) Minitel dont on parle, avouons-le platement, sans en avoir la moindre expertise ni d’ailleurs la moindre expérience, vu qu’on n’a... jamais eu l’occasion d’utiliser cette technologie. En effet, à notre arrivée à Paris, au début des années 2000, elle était déjà devenue très très confidentielle. Finalement, le seul souvenir que l’on en garde sont des spots publicitaires qu’en Belgique, alors qu’on était gamin, on entendait sur les radios commerciales françaises du type RTL, écoutées sur les longues ondes. Ces spots qu’on trouvait (un peu) troublants, vantant les services de messageries roses genre 3615 ULLA  –  Madame Ulla: un grand nom des années 70 et 80 devenu depuis, paraît-il, mythique.

06/04/2009

Une innovation

Alors, évidemment, par rapport au G20, par rapport aux scènes de guérilla urbaine qu’on a déplorées ce week-end à Strasbourg ou à Bastia, par rapport même à une certaine actualité parisienne si violente (les heurts à la Foire du Trône ou la mort d’un sans-papier afghan dans un square près du canal Saint-Martin où tous les membres de cette communauté ont élu domicile), c’est vraiment voir l’actu par le petit bout de la lorgnette. C’est jouer la contre-programmation, comme on dit en télé. Mais enfin, c’est une grande première en matière d’environnement et de propreté en France. Cette innovation fera donc l’événement à Paris cette semaine. Et c’est même aujourd’hui que les élus parisiens, à l’Hôtel de ville, se penchent sur ce projet révolutionnaire. Donc, parlons-en.

 

De quoi s’agit-il? Rien moins que de tirer un trait sur le système traditionnel de collecte des immondices. Cela concernera le quartier Clichy-Batignolles, situé dans le nord de Paris: une des dernières friches à urbaniser dans la capitale. C’est un projet expérimental, mais il n'est pas si lointain puisque le premier coup de pioche sera donné en 2010 et il sera opérationnel en 2012-2013, autant dire demain. Dans ce quartier de Paris, on collectera les déchets non plus via les grandes poubelles qui encombrent les trottoirs et les bennes à ordures sillonnant la ville, mais via un système de tri souterrain et pneumatique comme cela se fait déjà dans certains quartiers de Barcelone, Séville ou Stockholm. Les habitants jetteront leurs déchets dans des bornes installées dans leurs immeubles et disponibles 24 heures sur 24. Puis ces ordures seront aspirées électriquement par des canalisations allant dans le sol, où elles seront compactées, envoyées vers une plate-forme ferroviaire, mises dans des containers et évacuées par trains.

 

Si ce projet-pilote se concrétise, si ensuite il est étendu à toute la ville, s’il en vient à concerner le million de tonnes de déchets collectés chaque année dans une cité comme Paris, voilà qui va fondamentalement changer la physionomie de la capitale. En effet, finis les ballets quotidiens des entrées et sorties de poubelles des immeubles par des armadas de concierges. Finis les embouteillages causés par les bennes à ordures récoltant ces détritus. Fini aussi le vacarme causé par ces collectes. Finie également la crasse qui subsiste souvent sur les trottoirs après le passage des éboueurs, visiblement soumis à des cadences infernales. Le système de tuyauteries et d’aspirateurs à déchets étant en grande partie automatisé, finis encore les mouvements de grève des éboueurs – pas rares à Paris: il y en eut encore un dernièrement, revendiquant notamment des revalorisations salariales.

 

Cela dit, on promet bien du plaisir aux responsables de l’Hôtel de ville, vu l’éternelle indiscipline des Parisiens. Depuis des années, en effet, la mairie s’arrache les cheveux pour que les habitants respectent un peu mieux les consignes en matière de tri des déchets. Consignes qui ne sont vraiment pas compliquées, mais que les Parisiens ont longtemps prises par-dessus la jambe, continuant à jeter à peu près n’importe quelle ordure dans à peu près n’importe quelle poubelle. Ce je-m’en foutisme populaire a été tel que la mairie a dû aller jusqu’à faire physiquement pression sur ces inciviques, en imposant aux éboueurs de ne plus collecter les bacs dont les déchets n’avaient pas été suffisamment triés. Du coup, ces bacs refusés s’accumulaient sur les trottoirs et dans les cours, ce qui posait de réels problèmes. Il semble que, grâce à ces mesures un peu autoritaires, les Parisiens, depuis quelques mois, fassent un peu plus attention au tri sélectif de leurs ordures et donc que les choses globalement s’améliorent. Mais il y a sans doute encore beaucoup de progrès à faire en la matière. Et il reste à espérer que le problème sera réglé quand le projet-pilote sera opérationnel. Car autant à présent il n’est pas trop difficile de trier à nouveau le contenu d’une poubelle lorsque celle-ci est parquée dans une cour ou sur un trottoir après avoir été refusée par les éboueurs, autant cela risque d’être beaucoup moins simple à faire avec des containers stockés dix pieds sous terre...

03/04/2009

Une gratuité

courdulouvre.jpgUn peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et c'est même une bonne nouvelle. Dès demain à Paris comme dans toute la France, les jeunes entreront gratuitement au musée. C’était une des promesses électorales de Nicolas Sarkozy. La formule a été expérimentée avec succès pendant six mois l’an dernier dans plusieurs grands musées parisiens: le Louvre, Orsay, Pompidou ou Branly. C’est donc enfin l’application concrète de ce que le chef de l'Etat avait annoncé en janvier.

 

Cela dit, dans le laps de temps pris pour concrétiser cette vieille annonce, la grande crise mondiale est survenue. Du coup, cette formule de gratuité a été réduite, parce que la crise rogne les moyens budgétaires de l’Etat – or, c’est lui qui remboursera aux musées le manque à gagner entraîné par ces entrées gratuites. En clair, trois restrictions de taille limitent ce régime de gratuité.

 

Un: n’en bénéficieront que les 18-25 ans. A 26 ans donc en France, on est supposé avoir de l’argent. Deux: seuls jouiront de cette gratuité les jeunes Français et ressortissants de l’Union européenne. Un jeune Malien étudiant à Paris, un jeune Malgache effectuant un stage dans une entreprise à La Défense, ou un jeune Japonais en goguette dans la Ville lumière, qu'ils aient 19, 21 ou 23 ans, s’ils veulent visiter le musée du Louvre, devront payer l’entrée cash – on ne comprendra décidément jamais trop les frontières de ce genre. Trois: seuls sont concernés les musées nationaux (pas les musées privés, municipaux, etc.) ainsi que leurs collections permanentes. Si donc un jeune veut entrer gratuitement au musée, il aura intérêt à bien se renseigner auparavant (sur cette carte, par exemple). Et il ne sera pas question pour lui de visiter gratuitement toutes les grandes expositions temporaires dont on parle tant: par exemple à Paris en ce moment les expos Warhol, de Chirico, Sonia Rykiel ou David LaChapelle.

 

Cela dit, en France les musées nationaux sont si nombreux et leurs collections permanentes si riches que les jeunes ne sont pas au bout de leurs plaisirs et de leurs découvertes artistiques: ils ont même quelques années de visites passionnantes devant eux. Ils bouderont d’autant moins leur plaisir qu’il y avait une demande de leur part. Selon une enquête de Sciences-Po Paris et du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), la gratuité muséale est «une mesure très bien perçue par les jeunes», qui sont 41% à considérer que les grands musées sont chers.

 

La gratuité n’aura cependant qu’«un impact limité sur la démocratisation de la fréquentation» des grandes institutions culturelles. En effet, elle «ne parvient pas à elle seule à compenser le déficit de démocratisation dans l’accès à la culture». Les études montrent que «pour les jeunes qui vont rarement au musée, le manque d’intérêt est un obstacle plus difficile à surmonter que le prix». Dès lors, si les musées français se contentent de ce régime de gratuité, ils ne parviendront pas à renouveler et à élargir leur jeune public. Il leur faudra aussi, comme en Angleterre par exemple, développer «des offres muséales plus pédagogiques, plus vivantes et au contenu plus accessible». Voilà un beau défi.  

26/03/2009

Un air

montrevilles20.jpgQuand on écrivait dans ce blog avant-hier, un peu intuitivement, qu’à Paris «s’accumulent les alertes aux pollutions de l’air», on n’avait pas tort. Ainsi, a-t-il été confirmé depuis, en région parisienne, pas moins de six alertes à la pollution ont déjà été déclenchées depuis le début de l’année, alertes dues à un niveau trop élevé de particules fines dans l’air. Ces micro-poussières en suspension sont causées par le chauffage urbain, la combustion industrielle et la pollution automobile. C’est d’autant plus préoccupant que dans un récent avis (ici), l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) a encore tiré la sonnette d’alarme sur les «effets indésirables des particules dans l’air ambiant sur la santé de l’homme, qu’il s’agisse d’exposition de court terme ou d’exposition chronique».

 

A Paris, ce problème est important. Le gendarme de la qualité de l’air dans la capitale française (Airparif) le reconnaît lui-même: «la qualité de l'air quotidienne reste toujours insatisfaisante, et plus particulièrement au coeur de l'agglomération parisienne à proximité du trafic. Quatre polluants sont toujours problématiques: le dioxyde d'azote, les particules, et l'ozone, qui ne respectent pas les valeurs limites, ainsi que le benzène». Cette question de la pollution par les particules fines préoccupe d’ailleurs la RATP puisque, sur ce point précis, la qualité de l’air respiré par les usagers du métro est souvent mauvaise. Ce n’est pas pour rien si une campagne de test de la qualité de l’air a eu lieu dernièrement dans une station comme ‘Faidherbe-Chaligny’, pas loin de notre quartier Bastille.

 

Très bientôt, du reste, en mai ou au plus tard en juin, on verra en rue des Parisiens affublés d’un drôle de truc au poignet. Une montre-bracelet du troisième type. Une «citypulse» dit-on exactement.

 

Ce prototype a été imaginé dans le cadre du programme «Villes 2.0», qui planche sur l’avenir du mode de vie urbain. L’objectif est, via ce joujou qui a un petit air de «Star Trek»,  de «multiplier par 1000 le nombre de capteurs environnementaux dans la ville et, en faisant participer les citoyens à la mesure environnementale, de les associer d'une manière directe à la construction d'une ville durable». Le côté participatif du projet est d'autant plus intéressant dans une ville comme Paris qu'elle ne compte que dix capteurs publics de qualité de l'air. Chaque «citypulse» sera équipée de deux capteurs environnementaux (CO2 et bruit,) ainsi que d’une puce GPS. Les données sur les pollutions, qu’elle captera et enverra en temps réel, seront évidemment totalement anonymisées, afin qu’on ne puisse tracer les déplacements et donc attenter à la vie privée des particuliers participant à ce programme. Quelque 200 exemplaires de ces montres vertes seront prochainement distribués à des Parisiens.

 

Qui sait, dans cette ville qui a le chic pour intégrer, digérer puis recréer en permanence les tendances, cette «citypulse», dont le look se veut design et branché, deviendra-t-elle bientôt aussi un accessoire de mode prisé par les Parisiens.

13/03/2009

Un baiser

lebaiserhoteldeville.jpgTiens, à propos d’amour, dont on parlait hier: le 14 février dernier à Paris, pour la Saint-Valentin donc, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, une association baptisée «Vive Paris» a rendu hommage à sa façon à une des plus célèbres photos jamais prises devant la mairie de la capitale française: «Le baiser de l’Hôtel de ville», le légendaire cliché fait par Robert Doisneau pour «Life» en 1950. Photo qui, pour rappel, avait notamment défrayé la chronique en 2005. En effet, un de ses très rares tirages originaux avait été vendu aux enchères, et cela avait été la folie: lancées à 10.000 euros, les enchères avaient, en moins de trois minutes, atteint le montant record de 155.000 euros (184.960 euros avec les frais).

 

Le 14 février dernier donc, «Vive Paris» a voulu «valoriser le travail des associations et des artistes parisiens, et ainsi participer au rayonnement de la capitale de l'Amour dans le monde». Rappeler aussi que, oui madame, «l’Amour reste une valeur universelle et éternelle». Les photographes amateurs de l’association ont donc proposé aux couples passant devant la mairie d’être immortalisés en train de reproduire à leur façon le fameux cliché. Et ce, à l’endroit précis où Doisneau avait fait poser ses jeunes modèles. Une centaine de couples se sont prêtés au jeu. Cela a donné notamment ceci.

 

Ce “Baiser” fait d’ailleurs l’actu en ce moment, à Paris. En effet, c’est une des pièces centrales de «Controverses»: la grande exposition que la Bibliothèque nationale consacre aux photos qui, dans l’histoire de cette discipline artistique, ont été au centre de polémiques et de procès retentissants. Expo très intéressante, d’après les échos. Qui, en plus, a l’avantage de se dérouler à l’extension Richelieu de la BNF, située dans le magnifique quartier du Palais Royal. Vivement le week-end donc. 

02/03/2009

Une fronde

Depuis hier, les discothèques et bars de nuit ont l’obligation de mettre des bornes éthylotests à la disposition de leurs clients. A première vue, un tel dispositif paraît être la moindre des choses pour tenter de réduire l’hécatombe de l’insécurité routière, qui est particulièrement meurtrière chez les jeunes. Il suffit, chaque lundi matin, d’ouvrir les journaux à la rubrique des faits divers pour constater le nombre de jeunes automobilistes qui, chaque week-end, perdent la vie en rentrant bourrés de boîte de nuit. Les exploitants de ces établissements, pourtant, ne l’entendent pas ainsi.

 

Ils sont même assez furieux. Selon leurs organisations syndicales (ici), «l’installation et l’utilisation des bornes éthylotests est inapplicable notamment dans les établissements de grande capacité pour des raisons pratique. De plus, cette mesure nécessite un coût financier que ne peuvent supporter seuls les professionnels». Les patrons de boîtes refusent d’autant plus de «porter de nouvelles responsabilités» en matière de lutte contre l’acoolémie que, d’après eux, «l’alcoolisation sauvage s’effectue en dehors de (leurs) établissements».

 

La fronde du lobby alcoolier ne fait d’ailleurs que commencer. Cette semaine, en effet, débute au Parlement l’examen du volet le plus controversé du projet de loi de la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, volet visant à faire la chasse à l’alcool. Constatant que l’alcool au volant reste la première cause de mortalité sur les routes, la loi interdit toute vente de ce produit dans les stations services. Elle durcit aussi la réglementation sur la vente d’alcool aux jeunes dans les bars et restaurants. Et pour cause: l’alcoolisation croissante de cette tranche de la population est un réel problème en France – ces quatre dernières années, le nombre d’hospitalisations pour ivresse dans les services de pédiatrie y a augmenté de près de 50%. Mais là aussi, le secteur traîne les pieds. Selon lui, le  gouvernement «se trompe de cible» en «s'obstinant à considérer les cafetiers et les restaurateurs comme des boucs émissaires responsables de l'alcoolisation des jeunes».

 

Dernière polémique en date: afin de lutter contre les phénomènes de «binge drinking», la loi Bachelot interdit les ventes d’alcool au forfait (les soirées «open bar», par exemple) ou les offres gratuites d’alcool à titre promotionnel. Du coup, c’est tout le lobby de la viticulture qui monte au créneau. Selon lui, telle qu’elle est rédigée, cette loi pourrait mettre en danger l’existence des foires et dégustations de vin. Vu la puissance du lobby viticole en France – à quelques mois d’élections, qui plus est – , vu aussi le poids économique de tout le business autour des foires des vins, nul doute que la ministre de la Santé va, très rapidement, apporter à son texte les précisions qui s’imposent pour apaiser cette fronde.

24/02/2009

Un virus

rat.jpgLes rongeurs, grande phobie de l’auteur de ces lignes; les lecteurs réguliers de ce blog l’auront déjà remarqué – pour les autres, c’est ici ou . Hier, on n’a pas été calmé par la lecture d’un bulletin d’alerte (ici) émanant de l’Institut de veille sanitaire (InVS), qui commence à s’alarmer des conséquences pour la santé de la dernière mode en matière d’animaux de compagnie, particulièrement chez les ados: les rats domestiques.

 

Selon l’InVS, douze personnes ont été hospitalisées en France ces dernières semaines, atteintes par les virus dits cowpox ou orthopox. Ces virus provoquent des «lésions cutanées érythémato-vésiculeuses» (rien que les termes font peur) pouvant évoluer «vers des lésions ulcéro-nécrotiques» (idem) parfois associées à de la fièvre, des ganglions et des douleurs musculaires. Tous ces malades, souvent des jeunes filles, ont pour point commun d’avoir un âge moyen de 18 ans et d’avoir acheté des rats domestiques dans des animaleries, en région parisienne notamment. Ils ont donc vraisemblablement été contaminés par ces rongeurs. L’InVS en profite pour rappeler que «tout animal peut être porteur de microbes et que des précautions d'hygiène doivent impérativement être prises par les propriétaires. Il est notamment recommandé de porter des gants pour les opérations de nettoyage des cages des animaux et de se laver les mains après avoir manipulé des animaux. Il faut éviter tout contact avec les yeux. Les griffures ou plaies doivent être nettoyées et désinfectées».

 

Tiens, à propos, en décembre dernier, un jeune agent de quai de la SNCF travaillant à la gare de Paris Saint-Lazare – en travaux depuis des lustres et, du coup,  notoirement envahie par les rats – avait contracté la leptospirose. Cette maladie, transmise par le rat, est mortelle dans 5 à 20% des cas. En effet, elle peut endommager les reins, les méninges, le foie ou les poumons. L’infortuné cheminot est désormais guéri. Son cas avait été très médiatisé. Mais ce que l’on a moins dit, c’est que, selon son syndicat, Sud-Rail, il a subi à l’occasion de cette affaire un «harcèlement en règle de la part de sa direction».

 

gare saint-lazare.jpgAinsi, le jeune cheminot aurait «été convoqué à quatre entretiens préalables à sanctions, pour des prétextes fallacieux». Les deux premiers entretiens auraient «donné lieu à un blâme et à cinq jours de mise à pied». Selon Sud-Rail, sa hiérarchie lui reprochait surtout «d'avoir parlé aux médias» de sa maladie. Et donc, aux yeux de la SNCF, d’avoir «flanqué la trouille pour rien aux 450.000 personnes qui passent chaque jour» par la grande gare parisienne. Et qui pourraient avoir été alarmées par les éventuelles conséquences sur leur santé de la prolifération des rats à cet endroit.

 

Etre victime d’un accident de travail, en tomber malade, puis être mis à pied pour s’en être plaint: trop sympa.

20/02/2009

Une gêne

C’est la dernière mode activiste. Cette semaine, elle a frappé notre onzième arrondissement parisien, et plus particulièrement le quartier Ménilmontant. C’était mardi midi, dans un supermarché ‘Casino’. C’était ce qu’on appelle un «pique-nique sauvage et festif de faim de mois», une «opération ventres vides» ou une «autoréquisition». Pour dénoncer «la vie chère», les raids de ce type sont devenus l’arme favorite des collectifs de précaires, d’associations de lutte contre le chômage ou le mal-logement, et de groupuscules (comme “L’appel et la pioche) gravitant dans la mouvance du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot. Avant de poursuivre plus bas la lecture de cette note, si d’aventure vous n’aviez jamais entendu parler de ce genre d’action, voyez à quoi cela ressemble dans cette petite vidéo.


Contre les faims de mois difficiles
envoyé par E_varlin

Donc, au ‘Casino’ de Ménilmuche mardi, une banderole sur laquelle on pouvait lire «Nous ne paierons pas votre crise» a été déployée alors que les activistes dégustaient biscuits, apéritifs ou autres jus de fruits. Le 31 décembre déjà, le ‘Monoprix’ de la rue Faubourg St-Antoine, dans le quartier Bastille, avait été le théâtre d’une opération similaire. Revendiquant le droit de «fêter le Nouvel An dignement», une cinquantaine de précaires, de chômeurs et d’intermittents du spectacle avaient «réquisitionné» une dizaine de chariots, les avait remplis de victuailles puis avaient quitté le magasin sans payer.

Ce qui n’est pas le moins intéressant, dans cette affaire, c’est la réaction des directions des grands magasins victimes de ces opérations. Le plus souvent, elles se bornent à dénoncer, comme Monop’ le 31 décembre, «un pillage inacceptable et regrettable». Mais elles prennent bien garde d’expulser manu militari les trublions, se contentant d’attendre patiemment qu’ils s’en aillent. Hier, le groupe ‘Casino’ a même pris soin de préciser à l’AFP que, contrairement à ce qu’affirmaient les collectifs, elle n’avait jamais déposé plainte en justice après de telles opérations commando.

Pourquoi une telle modération? Les grands groupes de distribution éprouvent une gêne à sévir contre ces pique-niqueurs. Gêne médiatique, d’abord: ces raids sont souvent couverts par les médias, les protestatataires recourant à la grande tradition activiste consistant à se servir des journalistes comme de boucliers. Car, c’est clair: des vigiles de ‘Monop’ ou de ‘Casino’ montrés à la télé en train de tabasser des précaires mangeant des chips à l'oeil, ce serait assurément désastreux pour l’image de marque de ces enseignes. Gêne de ces magasins à l’égard de leur propre clientèle, ensuite. Les vidéos de ces actions le montrent: dans la majorité des cas, les clients des supermarchés, lorsqu’ils sont témoins de ces raids, y réagissent plutôt favorablement, partageant cette dénonciation de la vie chère. Voire en profitent pour eux aussi consommer gratuitement. Du coup, difficile pour les directions des supermarchés de s’en prendre à leurs propres clients, sous peine de les perdre ensuite définitivement.

Le problème c’est que, en adoptant cette attitude conciliante à l’égard de ces raids, les grands magasins prennent le risque de donner l’impression au grand public d’être gênés avant tout par une chose: leur propres pratiques commerciales. Et donc paraissent cautionner implicitement le discours protestataire selon lequel ils profitent de la crise pour se sucrer sur le dos de la population, en pratiquant des niveaux de prix prohibitifs – ou en tout cas très peu solidaires.

Chez ‘Casino’, ‘Monoprix’ ou ‘Leader Price’ en ce moment, nul doute que les réunions de crise doivent se succéder. Et les grands communicants se torturer les méninges pour trouver la meilleure parade à cette forme très en vogue d’activisme.

18/02/2009

Un créneau

Le Salon de l’agriculture ouvre ses portes ce samedi à Paris. Comme à chacune de ses éditions, plusieurs centaines de milliers de visiteurs se bousculeront dans les travées des halls de la Porte de Versailles. Parmi les attractions de cette édition, le lancement d’une nouvelle boisson gazeuse régionale, baptisée… «Auvergnat Cola».

 

Ce soda promet, puisqu’il ambitionne de faire expérimenter à ses consommateurs à la fois «la force unique des volcans d’Auvergne, la fraîcheur des montagnes et le goût de l’authentique» – ce qui n’est tout de même pas rien. Il assure même qu’il va «tout faire exploser, de ses bulles magmatiques portées par les bouillonnements volcaniques». Ce que résume le slogan de la marque: «Fait tot petar, miladiou!» («Ca va tout faire exploser!», en auvergnat). Concrètement, cette nouveauté aura le goût du Cola-Cola mais agrémenté d’«un zeste de gentiane, plante typiquement régionale». Son producteur est une entreprise de Saint-Flour (Cantal) leader mondial des tripoux, un incontournable de la gastronomie régionale. Son objectif à terme est de produire un million de bouteilles par an. Outre dans les grandes surfaces et dans les bistrots, la nouvelle boisson pourrait être bientôt disponible dans les restaurants Mc Donald’s d’Auvergne.

 

L’«Auvergnat Cola» n’est que le dernier en date des sodas dits «identitatires» exploitant la fibre régionale: un créneau qui s’est beaucoup développé en France ces dernières années. Les deux marques les plus connues et vendues dans l’Hexagone sont le «Breizh Cola» breton  –  «Le Cola du Phare Ouest», comme Farwest, ha ha: trop forts décidément, ces publicitaires français  –  dont il s’écoule 5 millions de bouteilles chaque année, et le «Corsica Cola» (3 millions de bouteilles). Mais existent aussi un «Elsass Cola» alsacien. Un «Fada Cola» marseillais, avec bien sûr «un peu de galéjades, un soupçon de vélodrome en folie, un bon bout des calanques, un joli bruit de carreau sur place, le chant des cygales», etc. Un «Chtilà Cola» chtimi. Sans oublier bien sûr les «Mecca Cola» et «Arab Coca». Et le «Vendée Cola»: «le Cola du grand ouest», lancé à l’occasion du dernier ‘Vendée Globe’. Un créneau, on vous le disait.

 

Au fond, que pense-t-on chez Coca-Cola de cette multiplication des déclinaisons régionales de cette boisson? On a posé la question hier au service de communication du siège français de la multinationale. La réponse a été aussi philosophe que décontractée: «A partir du moment où une marque est connue et très populaire, il est sans doute normal qu’elle soit copiée. Cela doit être un signe de bonne santé économique». Le géant d’Atlanta a d'autant moins de raisons de s'inquiéter qu'il a quelques longueurs d’avance sur ses lilliputiens concurrents régionaux. Toutes les dix secondes dans le monde, 126.000 personnes achètent un produit de la compagnie Coca-Cola, dont 1,5 milliard de boissons sont consommées chaque jour dans 200 pays différents.

 

Il n’empêche, Coca prend bien soin de tordre le cou à des bruits qui pourraient lui nuire dans certains publics. Ainsi, dans sa communication sur les rumeurs infondées circulant autour de ses produits, cette marque inclut un contre-argumentaire à l’attention de ceux qui affirment que le coca contient des ingrédients le rendant impropre à la consommation par les musulmans. En France, la firme a même fait attester la chose dans un certificat délivré par la Grande mosquée de Paris...

09/02/2009

Une progression

La semaine commence on ne peut plus sainement. Ce lundi, en effet, le ministère de la Santé et les directions des chaînes de télévision signent une charte destinée à une meilleure prévention de l’obésité sur le petit écran. C’est le prolongement de l’opération «mangerbouger» lancée le printemps dernier, en vertu de laquelle les messages publicitaires pour les produits alimentaires sont désormais assortis de messages incitant le téléspectateur à mieux manger et à se bouger un peu (relire ici). Aujourd’hui, via cette charte, il s’agit notamment d’assurer la diffusion à la télé de programmes courts promouvant les bons comportements de vie et d'alimentation ainsi que des campagnes en faveur des produits sains (fruits, légumes, etc.) encore sous-consommés actuellement.

 

C’est une initiative d’autant moins inutile que les chiffres de l’obésité en France se dégradent d’année en année. 18% des jeunes de moins de 17 ans et 49 % des adultes y sont considérés comme étant en surpoids ou obèses.

 

Tiens, à ce propos, la malbouffe ne subit visiblement pas les effets de la crise économique. L’autre jour, la filiale française de McDonald’s a annoncé que son chiffre d’affaires avait progressé de plus de 11% (à 3,3 milliards d’euros) l’an dernier. Une progression comparable est envisagée pour 2009. Au total, ces cinq dernières années, McDo a accru de 50% son chiffre d’affaires en France, où cette société dispose désormais de plus de 1.100 restaurants.

 

Des restaurants souvent bondés et où donc – à Paris, c’est très fréquent  – , les clients ne font pas rarement la queue. C’est bien sûr surtout le cas pendant les pauses déjeuner et à l’heure du dîner. Ces retards sont d’autant plus préjudiciables pour les sociétés de restauration rapide qu’elles réalisent chaque jour 70% de leur chiffre d’affaires dans les tranches horaires midi-14 heures et 18-21 heures. Du coup, de plus en plus à Paris et bientôt dans toute la France aussi, sont installées des bornes de prise de commande en libre-service, qui permettent de réduire à trois minutes le temps moyen d’attente du client. Fin 2009, 400 restos McDo seront équipés de ces bornes automatiques. Un mouvement similaire est suivi chez Quick et chez KFC. Les exploitants de fast food sont d’autant plus enclins à généraliser ce genre de technologie que les études ont montré que les clients utilisant ces bornes ont tendance à consommer davantage que les autres : 5% en moyenne, soit 50 centimes supplémentaires sur une addition moyenne de 10 euros.

 

A terme, l’objectif est de booster la fréquentation des fast-food. Un Français se rend en moyenne 14 fois par an au McDo, contre 35 fois par an pour un Américain – il existe donc encore des marges de progression. Pas sûr qu'il faille s'en réjouir.

21/01/2009

Un «gang»

Ces derniers jours à la télé, dans les rétrospectives des meilleures images du règne de George W Bush, on a beaucoup revu ce mémorable jet de chaussures que le désormais ex-Président américain a récemment essuyé de la part d’un journaliste irakien en colère. En région parisienne, en ce moment, il est d’autres chaussures volantes qui, certes beaucoup plus anecdotiquement, intriguent les habitants. Elles pourraient bien, elles aussi, avoir un lien avec les Etats-Unis.

 

Cela ressemble fort, en tout cas, à ce que l’on appelle en Amérique le «shoe tossing». A savoir le lancer de chaussures entrelacées sur des câbles ou des fils électriques, de préférence surplombant des routes ou des lieux de passage afin que la présence incongrue de ces chaussures, suspendues là bien en évidence, suscite le questionnement des automobilistes et des passants. Ces dernières semaines, des paires de chaussures de sport accrochées à des câbles EDF ont été découvertes dans plusieurs localités de Seine et Marne (banlieue Est de Paris). Au point que l’édition départementale du quotidien «Le Parisien» ait parlé d’un «gang des baskets» qui sévirait en banlieue parisienne.

 

A ce jour, en tout cas, les motivations et les identités de ces «terroristes de la pompe» demeurent totalement mystérieuses. S’agit-il, comme dans les ghettos américains, de bandes de caïds voire de dealers qui marquent de la sorte leur territoire? D’un gag de potaches? D’une opération de teasing imaginée par des pubards? Certains y voient en fait une allusion... au plus populaire des feuilletons de la télévision française. En effet, des baskets suspendus à un câble apparaissent, une fraction de seconde, dans le générique de début de «Plus belle la vie».

 

Tiens, dans le même registre, mais au cœur de Paris cette fois, on est tombé à plusieurs reprises, ces derniers temps, sur des paires de baskets entrelacées abandonnées sur le trottoir, aux pieds de bancs publics ou dans des squares. La première fois qu’on a vu cela, on s’est dit que ce n’était qu’un oubli. La deuxième fois, on a pensé que ces chaussures avaient été jetées là par quelqu’un qui voulait s’en débarrasser mais avait eu la flemme d’aller jusqu’à la prochaine poubelle. Et puis, à force de continuer à tomber sur ces paires de baskets abandonnées, on a fini par se demander s’il ne s’agissait pas d’une nouvelle mode. D’une espèce de jeu urbain pour initiés. Voire d’une variante du «book dropping», ce phénomène urbain en vogue il y a un an ou deux ans, qui consistait à abandonner sciemment des livres dans des lieux publics afin que des inconnus de passage puissent à leur tour partager le plaisir de leur lecture. Tant de chaussures abandonnées par leurs propriétaires au même moment, de manière si ostensible qui plus est: voilà qui dépasse probablement la simple coïcincidence. Mais ni sur internet, ni dans la blogosphère, ni nulle part on n’a trouvé la moindre trace d’une vague de «shoe dropping» qui se serait abattue sur Paris.

 

La ville, décidément, recèle parfois d’insondables mystères.

16/01/2009

Un succès fou

louvre.jpgUn peu de culture, pour bien terminer la semaine (phrase fétiche qu’on adore replacer le vendredi ;-). Les Français en général et les Parisiens en particulier n’ont pas attendu, pour se bousculer dans les expos, que Nicolas Sarkozy décrète cette semaine la gratuité de l’accès aux musées pour les moins de 25 ans. En témoignent les premières estimations qui commencent à circuler sur la fréquentation des grandes institutions culturelles et des expositions temporaires majeures lors de l’année qui vient de s’écouler.

 

Une fois de plus, le grand vainqueur est le musée du Louvre. En 2008, ce mythique établissement a plus que jamais mérité son titre de plus grand musée du monde. Il a accueilli 8,5 millions de visiteurs. Soit 200.000 de plus qu’en 2007. Depuis 2001, la fréquentation du Louvre a progressé de 67%. Bémol: c’est certainement très bien en termes d’accès populaire à la culture, mais cela l’est beaucoup moins en ce qui concerne les conditions de cet accès. Désormais, il devient vraiment très très difficile de trouver des plages horaires calmes, dans ce musée qui ne désemplit plus à longueur de journées, de semaines, de mois et d’années. On se l’est encore dit l’autre jour, en écourtant une visite rendue insupportable par le vacarme et la cohue.

 

Sinon, Beaubourg également a signé une excellente année, avec une fréquentation de 2,75 millions de visiteurs (+6,3%). Quant aux musées de la ville de Paris (Musée d’Art moderne, Carnavalet, Cernuschi, etc.), ils ont bénéficié en 2008 d’une fréquentation record elle aussi: 3 millions de visiteurs, soit 30% de plus qu’en 2007. Trois millions également pour Orsay, qui a lui perdu 200.000 visiteurs en un an et coiffe donc le bonnet d’âne de cette année.

 

beaubourg.jpgPour les amateurs de chiffres et de palmarès, la rétrospective Giacometti a été appréciée par 425.000 visiteurs. Mantegna et Babylone ont attiré respectivement 330.000 et 300.000 curieux. Beau succès également pour Picasso-Manet: Le Déjeuner sur l'herbe (350.000) et pour Louise Bourgeois (250.000). Tandis qu’avec 150.000 visiteurs, la rétrospective Raoul Dufy s’est bien défendue. Sur la première place du podium, toutefois, pas de doute, c’est lui, le grand vainqueur, celui qui a fait l’événement culturel, médiatique et polémique de la saison: Jeff Koons à Versailles. Un million de visiteurs! Un succès de foule historique.

14/01/2009

Un filon

tgv.jpgOn parlait hier matin dans ce blog de l’augmentation de 3,5% en moyenne des tarifs de la SNCF. Cet énième renchérissement, en tout cas, va avoir la conséquence bien particulière d’accroître encore un peu plus le succès fulgurant remporté depuis quelque temps en France par un mode de commerce assez récent: les sites internet d’achat, d’échange ou de troc de billets de train d’occasion.

 

Ces sites (ici, ou encore ) sont utilisés à la fois par des usagers devant annuler à la dernière minute leur voyage mais ne pouvant se faire rembourser leurs billets non échangeables ni remboursables, et par des candidats au voyage qui s’y prennent un peu tard et sont confrontés à des réservations complètes ou à des tarifs prohibitifs. Mis en relation sur ces sites, souvent communautaires, ces deux publics y trouvent un intérêt mutuel. Surtout, en ces temps de crise, «ce service est une aubaine pour le pouvoir d’achat», rappelait malicieusement mardi, le jour de l’augmentation des tarifs SNCF, zePASS.com, qui revendique 65.000 membres et «plusieurs milliers de billets revendus chaque mois». A titre d’exemple, «les billets de train proposés sur le site au mois de décembre 2008 pour le trajet Paris-Lyon en seconde classe ont été revendus en moyenne 29 euros. Dans le même temps, le billet plein tarif Loisirs en période normale valait 61 euros au guichet SNCF».

 

29 euros au lieu de 61, c’est tout de même une belle économie. Trop beau pour être vrai? Prudence, en tout cas, avant d’exploiter ce filon. En effet, certains rachats ou trocs de billets de train sont interdits. C’est le cas des billets imprimés à domicile, des billets pour l’Eurostar et des billets nominatifs (délivrés à des abonnés, par exemple). Dès lors, l’utilisation de billets de ce type rachetés ou échangés via ces sites –  qui se targuent de respecter la réglementation, mais proposent aussi des «astuces» pour la contourner – peut exposer à des amendes.

 

Au fond, que pense la SNCF de l’engouement du public pour ce second marché de vente et d’achat de billets de train? Elle qui gagne évidemment un magot avec les billets réservés à l’avance mais pas utilisés et/ou avec les billets achetés à la dernière minute et donc au prix fort? On peut penser que la compagnie de chemins de fer apprécie modérément l’activité et le succès de ces sites. «Pas du tout», assure cependant son service de communication. L’entreprise publique n’a «aucun avis particulier sur ce sujet». Elle se borne à «mettre les voyageurs en garde contre les conséquences de l’utilisation irrégulière de titres de transport» et les invite donc à être «précautionneux» dans le recours à ce marché. Pour le reste, «cela ne nous regarde pas. A chacun son travail. On est en France et donc vive la liberté». C’est merveilleux.

24/12/2008

Une dernière folie?

Les Français vont encore prendre des kilos, ces jours-ci. En effet, on estime qu’à l’occasion des repas de fêtes de fin d’année, ils vont ingurgiter 60.000 tonnes d’huîtres, 13.000 tonnes de foie gras, 40.000 tonnes de saumon (frais ou fumé) et 40.000 tonnes de chocolat!

 

Tiens, au fond, si à cette heure vous commencez à sérieusement stresser parce que vous n’avez pas encore trouvé d’idée de menu pour le repas de Noël, réglez illico ce souci en vous rendant à «L’Atelier des Chefs». Ce site web, dont les fins gourmets parisiens parlent pas mal en ce moment, propose plus d’un millier de recettes (dont notamment des recettes en vidéo), trucs et astuces, le tout mis gracieusement à votre disposition par de grands chefs français.

 

Deuxième tuyau: si vous êtes un peu serrés financièrement, faites une croix sur… les noix de Saint Jacques surgelées. En effet, ce produit fait partie des aliments épinglés dans une récente étude de la Confédération de la consommation, du logement et du cadre de vie (CLCV). Entre le 15 novembre et le 15 décembre, cette association de consommateurs a suivi l’évolution des prix de 75 «produits emblématiques des tables de réveillon». En dépit des apparences et du ressenti que le client moyen peut avoir en déambulant dans les rayons, la majorité de ces prix sont restés stables pendant cette période. Une quinzaine de produits ont même vu leur prix baisser. Les hausses, selon cette étude, n’ont affecté que trois produits parmi lesquels ces fameuses noix de Saint Jacques surgelées, dont le prix a flambé de 72%. Au-delà de cette tendance globalement satisfaisante, l’association s’interroge sur l’ampleur des variations des étiquettes. Ainsi, «des gambas surgelées de la marque U peuvent, en un mois et dans un même magasin, perdre 60% de leur valeur. De même, on a du mal à comprendre pourquoi, à la mi-décembre, on achète des œufs Kinder ‘Spécial Noël’ 30% plus cher selon que l’on fait ses courses chez Carrefour en région parisienne ou chez Leclerc dans le Pas-de-Calais». Moralité: plus que jamais donc, du moins si on en a le temps, il faut comparer les prix avant d’acheter.

 

En cette fin d’année, cela dit, les Français ont déjoué tous les pronostics. La crise internationale aidant, les spécialistes s’attendaient à ce qu’ils réduisent nettement leur budget pour les fêtes. Or, cela n’a pas l’air d’avoir été le cas. Globalement, les grands magasins n’ont pas été moins bondés que l’hiver dernier – et ce à Paris y compris, malgré pourtant une alerte terroriste retentissante. Et la semaine dernière, le volume d’utilisation des cartes bancaires, pour les retraits et les paiements, a atteint 66 millions d’euros, soit une baisse peu importante (0,8%) par rapport à la Noël 2007. De même, le montant moyen par transaction (97 euros) est resté stable.

 

Les Français se seraient-ils dit qu’ils s’autorisaient quelques dernières folies (caloriques comme financières) avant d’affronter une année qui, selon toutes les prévisions, risque d’être rude?

22/12/2008

Un exercice

Début de semaine horrifique à Paris. Ce matin, vers 9 heures, un groupe terroriste a fait irruption dans le fameux hôtel de Crillon, place de la Concorde. Il y retient en otages des touristes, des hommes affaires et des diplomates, américains notamment. Au même moment, une bombe a explosé gare Montparnasse. Des détonations ont également été entendues au palais des congrès, porte Maillot. On ignore encore le nombre de victimes. A deux pas, à la Défense, un groupe paramilitaire inconnu a réussi à prendre le contrôle d’un gratte-ciel; le détachement d’élite du Raid a été envoyé sur place. Et, comme si cela ne suffisait pas, l’alerte rouge a également été déclenchée au Bourget: sur les pistes de cet aéroport de la proche banlieue parisienne, un commando a pris le contrôle d’un petit avion.

 

Ce lundi matin parisien d’épouvante, ce sont les stratèges qui l’ont imaginé. Ce scénario sert de base à l’exercice qui se déroule en ce moment même, «destiné à tester la réaction des services du ministère de l’Intérieur en cas d’attentats et prise d’otage massive simultanés». Pour corser encore l’affaire, à ces cinq actes terroristes concernant la région parisienne, les autorités en ont ajouté deux autres se déroulant en province: un attentat à la gare routière de Marseille et une prise d’otages dans la tour du Crédit lyonnais, à Lyon.

 

L’objectif de cet exercice est de tester en temps réel les capacités de réaction des autorités, et notamment de voir si les innombrables services sollicités en cas de catastrophes majeures parviennent à bien travailler ensemble. Pas moins de cinq ministères sont associés à l’exercice: Intérieur, Défense, Affaires étrangères, Santé et Equipement. Il s’agit exclusivement d’un exercice d’état-major: qui se déroule en salles. Les différents sites concernés ne connaîtront aucune perturbation ni ne seront l’objet du moindre déploiement particulier de forces de l’ordre.

 

Pas de soldats en treillis dans les salons dorés du Crillon, donc. Sans doute les autorités ont-elles jugé qu’en matière de sécurité visible et ostensible sur la voie publique, on en avait fait assez, cette année. Ce lundi, d’ailleurs, pour de vrai cette fois, policiers, gendarmes, propriétaires de grands magasins, sociétés de transports et d’aéroports de la capitale sont à nouveau convoqués au ministère de l’Intérieur pour une grande réunion destinée à évaluer, et au besoin à peaufiner, ce dispositif de sécurité.

 

Faut-il en faire plus? En fait-on jamais assez? Jusqu’où faut-il pousser le principe de précaution, dans ce domaine ultra-sensible de la lutte anti-terroriste? La réponse n’est pas aisée. L’ont à nouveau bien montré, ces derniers jours, les si nombreux reportages radio ou télé ayant recueilli la réaction des Parisiens face à l’arsenal sécuritaire renforcé depuis l’alerte terroriste de l’autre jour, au «Printemps». En gros, pour une personne interrogée qui se disait sécurisée par la présence si visible et si importante des forces de l’ordre dans la rue, une autre personne, au contraire, se déclarait surtout stressée par cette présence.

 

C’est vraiment le verre à moitié vide ou à moitié plein. Quand, à l’entrée d’un grand magasin ou à la sortie d’une gare, vous tombez sur un militaire en tenue de combat, mitraillette au bras. Sa seule présence peut-elle légitimement vous rassurer? Ou, au contraire, rappelle-t-elle une situation générale rendant sa présence nécessaire, ou en tout cas jugée comme telle, et donc qui a surtout de quoi inquiéter?