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19/02/2009

Un zèle

vendeurLHuma.jpgQue fait la police/la justice en France? Question récurrente dans ce blog. On avait déjà évoqué il y a peu (relire ici ou ) le cas de ce lycéen de la banlieue parisienne convoqué au commissariat puis traîné devant le tribunal de police pour avoir… craché par terre. Parlé aussi de ce procureur qui avait placé en garde à vue puis avait réclamé des peines de prison contre des gamins accusés de tapage nocturne pour avoir, quelques soirs d’été à Paris, joué un peu bruyamment au foot dans la rue avec des canettes de soda. Parlé aussi de ce père de famille, militant anti-pub, traîné en justice et finalement condamné à une amende pour avoir apposé sur la porte d’un RER un petit autocollant mettant humoristiquement en garde les voyageurs contre le matraquage publicitaire permanent dans les transports en commun parisiens. Hier, deux nouveaux exemples de cette évolution répressive ayant de quoi interpeller.

 

Un brave militant communiste a comparu devant un tribunal parisien pour avoir vendu à la criée le journal «L’Humanité Dimanche» sur un marché. Il était poursuivi pour «vente de marchandises dans un lieu public sans autorisation». Son journal avait lancé une pétition de soutien en sa faveur, qui avait recueilli plus de 10.000 signatures. Pour l’intéressé, soutenu par les élus parisiens, la vente à la criée de la presse d’opinion relève de «la liberté d’expression publique» et contribue à «la vitalité démocratique de notre ville». L’autre jour, devant l’émoi suscité par les poursuites à son encontre, le préfet de police de Paris, manifestement gêné aux entournures par cet excès de zèle policier, avait publiquement assuré qu’il n’avait «rien à redire sur la vente à la criée» de journaux et que la préfecture saurait «faire preuve de tolérance et de discernement» dans cette affaire. Hier cependant, à l’audience, le parquet a estimé que le délit avait été constitué, consentant tout au plus à une dispense de peine «en raison des circonstances». Il n’a pas été suivi par le juge, qui, sous les applaudissements de la foule, a purement et simplement relaxé le prévenu.

 

Hier encore, à Marseille cette fois, les agents de la police aux frontières à la recherche de sans-papiers ont effectué une descente dans les locaux de l’association Emmaüs, ont interpellé et gardé à vue un de ses dirigeants, se sont fait remettre d’autorité les fichiers des déshérités (SDF, etc.) auxquels les amis de l’abbé Pierre viennent en aide, puis sont finalement parvenus à interpeller un clandestin. Idem dans le département de l’Yonne (Bourgogne): à la suite semble-t-il d’une délation d’un fonctionnaire, un sans-papiers hébergé par Emmaüs a été arrêté dans les locaux de la caisse primaire d’assurance maladie où il avait été convoqué pour un rendez-vous. L'association catholique a vivement protesté contre ces agissements policiers. Et a rappelé l’engagement solennel qu’avait pris le Président de la République lors de la dernière Journée mondiale du refus de la misère. A l’époque, Nicolas Sarkozy avait déclaré: «Quand quelqu’un est à la rue, qu’il est dans une situation d’urgence et de détresse, on ne va tout de même pas lui demander ses papiers» avant de lui venir en aide et de le secourir.

 

Si même le chef de l’Etat n’est plus écouté par les pandores, où va-t-on?

17/02/2009

Une lâcheté

manifeuro.jpgEn France, «on achète sa baguette en euros et sa voiture en francs», notait le mois dernier l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Qui, dans une étude (relire ici), indiquait que, tant d’années pourtant après le passage à l’euro, seulement 55 % des Français pensaient systématiquement dans cette monnaie pour leurs dépenses quotidiennes. Il est même des Français qui revendiquent carrément l’abandon de l’euro. Témoin, cette manifestation se déroulant ce soir à Paris, qui réclamera rien moins que le retour au franc.

 

Sur le fond, si chacun en France a le droit de manifester pour ce qu’il veut, là il y a de quoi se poser des questions. A supposer que l’abandon de l’euro soit techniquement et juridiquement faisable, serait-il vraiment de l’intérêt de la France? Ainsi, que serait-il advenu de l’économie hexagonale, et de l’économie des pays d’Europe en général, si ce pays et ce continent avaient affronté sans monnaie unique la crise internationale historique qu’ils endurent actuellement?

 

Sur la forme, cette manifestation europhobe est le comble de la lâcheté. Ses organisateurs, en effet, avancent le visage complètement masqué. Les affiches qu’ils ont placardées depuis des semaines dans tout Paris ne sont pas le moins du monde signées. Dès lors ce soir, les Parisiens peu informés, déroutés et/ou victimes de la crise et qui manifesteront «contre l’euro cher» ignoreront que, ce faisant, ils cautionnent une initiative émanant vraisemblablement de l’extrême droite.

 

L’an dernier, en tout cas, une identique manifestation en faveur du retour au franc avait été soutenue par «Les patriotes d’Ile de France», qui se présentent officiellement comme les «sympathisant(e)s du FN» de Jean-Marie Le Pen. Et elle avait été organisée par un certain «Renouveau Français». Ce groupe se définit comme «nationaliste, contre-révolutionnaire (c'est-à-dire hostile aux dogmes et faux principes de 1789), et d'inspiration catholique». Il revendique des symboles aussi connotés que la croix celtique ou le lys de France. Partisan de «la France aux Français», il plaide notamment pour «un sursaut nationaliste», afin que «la France sorte du coma». Cette année encore, le «Renouveau» manifestera pour le retour au franc, afin de montrer «son attachement à cet aspect incontournable du combat social et patriotique».

 

En démocratie, c’est sans doute parfaitement le droit de la mouvance d’extrême droite de penser cela. Le moindre des courages politiques, néanmoins, eut été d’annoncer clairement la couleur.

12/02/2009

Un «racket»

L’estimation est tombée hier soir, sèche et violente comme une gifle assénée en pleine face. 282.000. 282.000, c’est le nombre de chômeurs supplémentaires que devrait compter la France à la fin 2009.

 

Le chômage, tiens, c’est le sujet qui, cette semaine, a donné lieu à un coup de sang mémorable de la part d’un membre du gouvernement, à une «saine colère», comme dirait Ségolène Royal. Saine parce que cet accès de fureur tranchait assez agréablement avec la langue de bois habituelle et parce que, sur le fond, il se justifiait pleinement.

 

C’est le jeune secrétaire d’Etat à l’Emploi Laurent Wauquiez qui a causé cet esclandre. En cause? «Pôle Emploi», la nouvelle structure publique issue de la restructuration des administrations s’occupant des chômeurs en France. Elle comprend notamment une plateforme téléphonique (au numéro 3949) qui répond à toutes les questions des demandeurs d’emploi. Le problème? Le coût de l’appel à ce numéro depuis un téléphone mobile est exorbitant. Les trois opérateurs, en effet, surtaxent cet appel, le tarif pouvant aller jusqu’à 1€ la minute. Laurent Wauquiez, du coup, ne décolère pas contre la rapacité de SFR, Bouygues ou Orange. Cette semaine, ils les a sommés de revoir à la baisse «ces tarifs prohibitifs», qui selon lui «s’apparentent à du racket». Et a menacé les opérateurs qui n’auraient pas obtempéré d’ici à la fin du mois de dénoncer publiquement leur cupidité à l’opinion publique. Cupidité, pour le coup, est vraiment le terme ad hoc. Pour mémoire, et pour ne prendre que cet opérateur, une société comme SFR, qui grappille donc les centimes y compris auprès des chômeurs qui n’en peuvent plus, affiche un chiffre d’affaires annuel de … 12 milliards d’euros.

 

Cela dit, en entendant l'autre jour ce coup de sang ministériel en direct à la radio, on s’est dit que l’incident aurait pu être évité si, tout simplement, le ministère de l’Emploi avait doté la plateforme téléphonique de ce «Pôle Emploi» d’un numéro vert, type 0800 etc. Là, le problème était réglé: c’était gratuit pour tout le monde. Pourquoi donc le gouvernement n’y a-t-il pas pensé? On a téléphoné au service de com’ dudit ministre pour poser la question. Elle devait vraiment être trop tartouille: on n’a eu droit qu’à un bâillement ennuyé et à l’habituelle promesse qu’on nous rappellerait – on attend toujours.

23/01/2009

Une liquidation

Nicolas Sarkozy rend ce matin ses arbitrages sur les réformes à mettre en œuvre pour sauver la presse écrite. C’est la conclusion des trois mois de débats publics qui ont eu pour cadre les Etats généraux consacrés à ce secteur économique en très grande difficulté. On vient d'ailleurs, cette semaine encore, d’avoir une nouvelle illustration du marasme de la presse, avec l’annonce de la disparition prochaine d’un titre mythique de la presse jeunesse française.

 

Mythique ou culte, en effet, était «Pif Gadget». Né en 1969, ce magazine s’est, à sa plus belle époque, diffusé jusqu’à un million d'exemplaires. Son emblème était le chien rouquin ingénieux Pif, héros de BD créé dans les années 30 par un républicain espagnol réfugié à Paris et publié dès 1945 dans les colonnes de «L’Humanité». C’est dans «Pif Gadget» que de fameux héros de BD virent le jour: Placid et Muzo, Dr Justice, Gay Luron ou Le concombre masqué, pour ne citer qu’eux. Surtout, le magazine se rendit célèbre par les gadgets inénarrables qui étaient encartés dans ses pages et qui, dans les années 70 et 80, fascinèrent tous les gamins de France et de Navarre. Parmi les plus fameux de ces gadgets: «Les pois sauteurs du Mexique», «La machine à cuire les oeufs durs carrés», «Le vrai trèfle à quatre feuilles» ou les «Pifises», ces minuscules crustacés lyophilisés qui reprenaient miraculeusement vie quand on les plongeait dans l’eau.

 

Après avoir cessé de paraître en 1993, «Pif Gadget» était réapparu dans les kiosques en 2004. Le succès avait été colossal, tant à Paris qu’en province. Les 380.000 exemplaires du premier numéro de la nouvelle formule s’étaient arrachés en quelques heures seulement. Depuis, le magazine avait tenté de se mettre au goût du jour en ouvrant ses colonnes aux jeunes talents de la BD et à des genres plus contemporains comme le manga ou l'héroic fantasy. Cinq ans plus tard, toutefois, il est à nouveau très mal en point. Mercredi, Pif Editions, la société éditrice du magazine, qui était lourdement endettée, a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Bobigny (banlieue parisienne). C’est vraiment la fin d’une époque.

23/12/2008

Une requête

coeurkoons.jpgC’est une requête un peu particulière qu’examinera demain, lors de sa séance audiencée à onze heures du matin, le tribunal administratif de Versailles. Une requête qui lui a été introduite en référé, selon la procédure d’extrême urgence donc, par rien moins qu’un… «descendant en droite ligne de Louis XIV et de Marie-Antoinette», comme se présente lui-même le prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme.

 

Monseigneur saisit la justice pour «profanation et atteinte au respect dû aux morts». Visé? L’établissement public qui gère le château de Versailles. Pour agir, Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme invoque le «droit immémorial de tout membre de l’espèce humaine au respect de ses aïeux» et «à vivre sans profanation de ses ancêtres». Or, pour le prince, ses ancêtres sont actuellement profanés par… la grande rétrospective consacrée par le château de Versailles à l’artiste contemporain américain Jeff Koons (ici, ou ). Monseigneur réclame donc au tribunal administratif d’ordonner au château d'immédiatement mettre un terme à cette exposition.

 

Pour Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme, en outrageant ses aïeux, cette exposition crée un «trouble manifeste». L’œuvre kitsch et drôlatique de Jeff Koons «n’a pas sa place dans le saint des saints des appartements royaux». Son unique but, en effet, est de «se moquer, ridiculiser et dénaturer l’œuvre d’art et de mémoire» du Roi Soleil et de ses descendants. Cette «intention suprême de profanation et de dérision» serait d’autant plus insupportable qu’elle servirait de «ressort publicitaire destiné à promouvoir une star étrangère du porno au détriment de l’art français». Monseigneur fait allusion ici à l’ex-épouse de Jeff Koons, l’actrice porno italienne La Cicciolina, avec qui l’artiste américain prit quelques poses un peu olé-olé. Du coup, et même si aucune œuvre porno n’est évidemment montrée au château, Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme qualifie la rétrospective Koons d’«exposition à caractère pornographique». Il juge cela d’autant plus condamnable qu’on est à la période chrétienne de Noël et que, pendant ces congés scolaires, les pornocrates viseraient directement «la candeur des enfants, particulièrement vulnérables et sans défense aux atteintes pornographiques».

 

En novembre déjà, dans un courrier adressé au Président Sarkozy, le prince de Bourbon-Parme disait militer contre l’expo Koons «à titre strictement familial,  mais conscient de porter ainsi le sentiment général des Français et des étrangers du monde entier amoureux du château de Versailles». Sur ce point précis, l’on se permettra de très respectueusement faire remarquer à Monseigneur qu’il se fourvoie. En effet, la rétrospective Koons vient d’être prolongée jusqu’à début janvier tant elle remporte un succès phénoménal. En trois mois, elle a été vue par plus d’un demi-million de personnes. C'est un succès de foule sans précédent dans l’histoire des expositions d’art organisées au château de Versailles.

12/12/2008

Une (double) première

On n’a jamais trop bien supporté le bruit – certains bruits, en tout cas. On est donc tout à fait sensibilisé à la question des nuisances sonores. Mais là, tout de même, on avoue qu’on est tombé des nues en apprenant cette grande première. Hier à Paris, devant la vingt-quatrième chambre du tribunal correctionnel très précisément, il s’est trouvé un magistrat pour réclamer que des gamins un peu bruyants soient… jetés en prison.

 

Les jeunes en question, les samedis soirs d’été, avaient pris l’habitude de descendre de leur ville de banlieue pour se rassembler dans le quartier des Batignolles, dans le dix-septième arrondissement. Là, jusqu’à pas d’heure, ils refaisaient le monde, rigolaient, faisaient les fous en scooters, jouaient au foot avec des canettes en guise de ballon, etc. «Ils n’étaient pas méchants, mais très gênants», a témoigné hier un riverain. N’en pouvant plus, les habitants du quartier avaient fini par porter plainte contre eux. Hier donc, le substitut du procureur, voulant manifestement faire un exemple, a réclamé trois mois de prison (avec sursis, tout de même) contre ces jeunes. Pour ce faire, le parquet s’est basé sur une loi de 2003 adoptée à l’initiative de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Cette loi avait créé un délit de «trouble de la tranquillité d’autrui par des agressions sonores répétées», punissable d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende. Jusqu’à jeudi, elle n’avait jamais été appliquée pour ce genre de contentieux entre voisins. Hier, renâclant devant cette première, le tribunal s’est refusé à suivre le parquet. Il a plus sobrement condamné les gamins à des amendes de 150 euros pour tapage nocturne. Avant le procès, les jeunes n’en avaient pas moins passé 48 heures en garde de vue et une nuit entière au dépôt du Palais de justice.

 

Autre première judiciaire qui a de quoi, disons, interpeller: hier encore, en région parisienne, un lycéen de 19 ans a été traîné en justice pour avoir… craché par terre.

 

Des policiers l’avaient surpris en train de cracher alors qu’il sortait de son établissement scolaire. Ils l’avaient copieusement admonesté. La loi française, en effet, punit les crachats sur la voie publique, en vertu notamment d’un décret de 1942 – datant du régime de Vichy, donc – qui «interdit à toute personne de cracher ailleurs que dans les crachoirs disposés à cet effet». Les pandores avaient ensuite convoqué par téléphone le gamin au commissariat. Sans succès, les parents du jeune homme y compris étant persuadés qu’il s’agissait d’une plaisanterie. Et bien non. D’où le procès d’hier, devant le tribunal de police d’Evry. Celui-ci a toutefois estimé avoir été saisi de manière irrégulière et a renvoyé l’affaire.

25/11/2008

Un jugement

tentesSDF.jpgC’est un jugement qui est tombé hier en fin d’après-midi, émanant du tribunal de police de Paris. Dans la capitale, cette décision a plongé dans l’effarement et la consternation d’innombrables intervenants associatifs. L’association ‘Droit au logement’ (DAL) a été condamnée à 12.000 euros d’amende pour avoir «embarrassé la voie publique en y laissant des objets». Les objets dont question, c’était les tentes de camping, remplies de personnes mal-logées, qui ont servi l’hiver dernier pour le campement établi par l’association rue de la Banque, à deux pas de l’Opéra. Dans la foulée, le même tribunal a confisqué les 198 tentes qu’avait utilisées une autre association, ‘Les Enfants de Don Quichotte’, pour une installation éphémère quai Montebello, aux pieds de Notre-Dame - avant d’y être délogée de manière musclée par la police.

 

Dépôt illégal d’objets sur la voie publique. C’était donc la qualification officiellement retenue pour évoquer le sort d’hommes, de femmes et d’enfants logeant dans la rue. Et ce, au moment même où, dans sa dernière campagne de sensibilisation, le Samu social présente un spot montrant des éboueurs ramassant des poubelles sur le trottoir mais y laissant un SDF dormant dans son carton – suit un slogan disant en substance: «En hiver, même vos poubelles, on ne les laisse pas passer la nuit dehors».

 

«On n’est pas des rebuts, ni des embarras», ont protesté hier, devant le tribunal, les membres du DAL après leur condamnation.  Jusqu’au sein du gouvernement, ce jugement suscite l’incompréhension voire l’indignation. Ainsi, ce matin à la radio, le propre collègue de la Garde des Sceaux, le haut commissaire gouvernemental à la pauvreté Martin Hirsch, a dit sa colère que la justice puisse ainsi vouloir «mettre à genoux», en les étranglant financièrement par des amendes, des associations caritatives qui, même si on ne partage pas toujours leurs modalités d’action, oeuvrent légitimement et inlassablement en faveur de la défense des plus pauvres.

 

sdf.jpg«Il y a une volonté de chasser les associations et les SDF des centres-villes», a diagnostiqué hier le DAL. Repousser la misère loin du regard. Jusque dans les forêts parisiennes, où l’on meurt à petit feu. Deux jours avant ce jugement condamnant les tentes de SDF à Paris, on apprenait la mort d’un SDF occupant un de ces campements de fortune du Bois de Vincennes où ils sont quelque 200 à survivre. En octobre dernier déjà, un autre SDF habitant (si l'on peut dire) ce bois était décédé. Ce décès-ci n’est «pas lié à la vague de froid», a précisé la préfecture, puisque «le corps était en état de décomposition avancé quand il a été retrouvé». Une précision bien macabre pour désamorcer une bien vilaine polémique, les associations s’alarmant que le Bois de Vincennes devienne «un mouroir» de SDF. Un mouroir? Les détails de la préfecture indiquent que c'est encore pire, qu’on est déjà passé au stade suivant, celui carrément de la morgue à ciel ouvert. Puisque, à deux pas des grands boulevards parisiens, un corps sans vie peut donc passer inaperçu pendant plusieurs jours.

 

Mais enfin, les pauvres de Paris et d’ailleurs se consoleront en pensant que le plus dur est passé et qu’ils n’ont plus qu’un hiver à tenir. En effet, dans six mois, la France bénéficiera d’une politique d’hébergement d’urgence digne de son nom. Oui, oui, c’est Nicolas Sarkozy en personne qui l’avait promis, pendant sa campagne. Promis, juré: deux ans après son accession à l’Elysée (en mai 2007), plus aucune personne en France ne serait forcée de dormir dans la rue faute de places dans les structures d’hébergement. Et le candidat UMP avait martelé le même slogan de meeting en meeting: «Moi, si je suis élu, je ne vous trahirai pas, je ne vous mentirai pas, je ne vous décevrai pas». Les SDF de Paris se réjouissent déjà, en mai prochain, de voir cela. 

14/11/2008

Une misère

pubsurcouf.jpgInformatique et technologie, suite. Mais côté pub cette fois, avec son cortège continuel de misères affligeantes. Ainsi, à Paris, la chaîne de grands magasins d’informatique Surcouf, repaire de geeks, devrait définitivement changer la boîte de pub avec laquelle elle est en contrat – ou, au choix, virer ses pubards maison. On se l’était déjà dit dans le métro cet été (ici). C’est devenu encore plus évident avec l’incident la concernant qui a eu lieu dernièrement.

 

Fin du mois dernier, pour promouvoir sa carte de fidélité, Surcouf avait produit une publicité particulièrement débile – et qui plus est, comme à son habitude, très moche sur la forme. Elle montrait un ado niais entouré de deux pin-ups peu habillées, le tout accompagné de la promesse d’une remise de 10% et du slogan «Résisterez-vous à autant d’avantages?» Dans le magasin, sur le site web et sur un dépliant, figuraient d'autres images de ces deux femmes, ou d'une seule, dans la même tenue, avec en travers du corps un identique pourcentage de rabais proposé au client. L’association féministe «La Meute-Les Chiennes de garde» a protesté contre cette énième chosification du corps féminin. Marchandisation à laquelle recourent habituellement les camelots, mais qui n’en demeure pas moins sexiste puisque les corps que ces pubards exhibent comme des accessoires de vente sont invariablement quasi toujours exclusivement féminins. Surcouf aurait-il jamais envisagé la même pub avec deux hommes très dénudés et aguicheurs entourant une adolescente elle habillée et surmontée du même slogan?

 

La direction de la chaîne a d’abord invoqué un regard «ludique» et «décalé». Sentant cette argumentation assez minable, elle a ensuite fait retirer illico tous les visuels de cette campagne pour éviter que le scandale se propage – et ce, avant même la tenue de la manifestation appelée par le mouvement féministe devant les magasins Surcouf. C’est dire la gêne que cette société devait éprouver elle aussi à l’égard de cette misère publicitaire.

04/11/2008

Un confort

On ne croyait pas si bien dire (si bien écrire, plutôt) hier. En effet, peu après la rédaction de cette note sur le premier SDF de l’hiver mort de froid à Paris, dans le Bois de Vincennes, tombait l’annonce du décès d’un deuxième sans-abri, toujours en région parisienne.

 

Cela s’est passé cette fois à Clichy-la-Garenne, en banlieue parisienne. Le clochard a été retrouvé «mort de froid dans l’herbe». Sur une place dénommée, cela ne s’invente pas, «Place des martyrs». Il n’avait que 50 ans. «Ce décès s’ajoute à la liste des 145 personnes de la rue décédées ces six derniers mois», a sobrement commenté le collectif «Les Morts de la Rue», qui tient chaque année le décompte macabre des victimes de la rue. Et veille à donner une sépulture décente à celles-ci.

 

Les médias français ont à peine parlé de ces deux morts. Elles sont pourtant survenues à deux pas des sièges des grandes rédactions nationales et des principaux studios de radio et de télévision. A peine une brève dans la rubrique locale, et encore en cherchant bien. En revanche, dans ces innombrables reportages consacrés à la situation sociale des Etats-Unis en campagne électorale, ont tourné en boucle les sujets sur l’extrême pauvreté et sur la misère sévissant dans les rues de ce pays après huit années de bushisme.

 

Ce n’est sans doute pas inintéressant. Mais c’est si confortable. 

28/10/2008

Une descente

Voilà qui ne va pas calmer le débat autour de l’art contemporain. On ne l’a appris qu’hier soir: vendredi dernier, une escouade de policiers en civil a suscité un gros émoi au Grand Palais, en effectuant une descente musclée dans le saint des saints de l’art contemporain: la FIAC (Foire internationale d'art contemporain).

 

Les pandores en voulaient à une galerie d’art moscovite qui exposait les œuvres du Russe Oleg Kulik. Cet artiste aussi trash que tourmenté est un habitué des photos de nus mettant en scène des animaux. Les policiers étaient mandatés par le parquet pour faire respecter l'article 227-24 du Code pénal, qui punit la diffusion d'images à caractère violent, pornographique ou contraires à la dignité humaine et susceptibles d'être vues par des mineurs. Ils ont saisi les clichés litigieux, ont fait fermer le stand des galeristes puis ont placé ceux-ci en garde à vue pendant quelques heures.

 

Les milieux parisiens de l’art contemporain n’en sont pas encore revenus de cette descente policière. Ainsi, le directeur de la FIAC, Martin Bethenod, a défendu Oleg Kulik, le qualifiant d’«artiste de très, très grande qualité, dont l'intérêt artistique est tout à fait incontestable». Et de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer un acte de «censure» de la justice. Justice qui, pour le coup, aurait fait preuve d’une inculture crasse en prenant des «mises en scène» artistiques de la zoophrénie, le concept fondateur d'Oleg Kulik, pour de vulgaires clichés faisant l’apologie de la zoophilie.

 

La censure et la création: ce n’est pas la première fois qu’une controverse de cet ordre agite les milieux de l’art en France (*). Ainsi, ces dernières années, la grande photographe américaine Nan Goldin a eu maille à partir avec les autorités françaises lorsqu’elle exposait dans l’Hexagone. Cette artiste se voyait reprocher des photos d’enfants nus (la célèbre «Klara et Edda faisant la danse du ventre», singulièrement) jugées comme flirtant d'un peu trop près avec la pédophilie. A Bordeaux, en 2000, une plainte déposée par une association familiale a même abouti à la mise en examen de l'organisateur d’une expo consacrée à cette artiste.

 

Quelques années plus tard, néanmoins, dans un saisissant retournement de situation, une rétrospective très courue de Nan Goldin était organisée… dans une église en plein cœur de Paris. Et la photographe américaine se voyait remettre en grandes pompes par le ministre de la Culture les insignes de Commandeur dans l’ordre des arts et des lettres.

 

Qui sait le même Oleg Kulik aujourd’hui voué aux gémonies par les procureurs de Rachida Dati sera-t-il demain décoré par Christine Albanel.

 

 

(*) Ces débats n’épargnent d’ailleurs pas la Belgique. L’a encore rappelé, il n’y a pas si longtemps, le tumulte provoqué par une rétrospective consacrée au grand photographe érotique japonais Nobuyoshi Araki. 

16/10/2008

Un refrain

Dans tout ce tumulte suscité hier par cette histoire de «Marseillaise» sifflée au Stade de France, on était plutôt d’accord avec ceux qui trouvaient que Lââm n’avait pas manqué de cran, mardi soir. La chanteuse avait été prévenue que l’hymne national qu’elle interpréterait risquait d’être sifflé par la foule. Elle ne s’est pas débinée pour autant. Et ne s’est pas laissée démonter lorsque, en effet, elle a été chahutée. Cela dit, et au-delà de cela, mardi soir, devant notre télé, en l’entendant et en la voyant chanter, on s’est tout de même demandé si elle n’avait pas commis une grosse faute de goût.

 

Lââm, en effet, a cru bon de faire des effets de voix et des vocalises sur la dernière strophe du refrain de «La Marseillaise». Sur le passage fameux et si controversé de l’hymne national qui appelle à ce «qu’un sang impur abreuve (les) sillons» de la France. On n’est pas sûr que c’était forcément une bonne idée d’insister à ce point vocalement sur ces quelques mots.

 

Alors, évidemment, il faut replacer les choses dans leur contexte historique. Lorsqu’il composa «La Marseillaise», Rouget de Lisle (1760-1836) écrivit forcément un hymne, comme tout hymne d’ailleurs, par nature cocardier, nationaliste, voire carrément guerrier, puisque son but originel était de galvaniser les foules. Mais enfin, trois siècles plus tard, en ces temps d’exaltation de l’«identité nationale» en France et de boucheries menées en Europe même au nom de la purification ethnique, cette stigmatisation de l’impureté sanguine fait tout de même assez froid dans le dos.

 

Du coup, a resurgi hier l’idée de modifier les paroles de ce refrain. Ainsi, le journaliste et écrivain François de Closets a dit sa «honte que ce pays n’ait pas encore modifié les paroles de son hymne national». Selon lui, c’est d’ailleurs «la stupidité» insigne de ce passage du refrain sur le sang des sillons qui a poussé des générations entières d’écoliers à le tourner en dérison en le ponctuant de la rime: «queue de cochon!».

 

En tout cas, si d’aventure les Français devaient un jour se pencher sur les paroles de leur hymne national, on ne saurait trop leur conseiller d’aller au-delà de ces fameux sillons. Et de relire attentivement la version longue de «La Marseillaise» (ici). Y sont notamment dénoncées les «cohortes étrangères» qui «feraient la loi dans nos foyers».

 

Ces termes si connotés de «cohortes» (ou de «hordes») d’étrangers sont vociférés en boucle à la tribune de tous les meetings de Jean-Marie Le Pen ou de Philippe de Villiers et applaudis à tout rompre par des foules racistes et xénophobes en délire. Du coup, ce n’est pas manquer de respect à «La Marseillaise» que de poser la question: des exhortations aussi haineuses ont-elles vraiment leur place dans cet hymne? – hymne qui plus est d’un pays se proclamant  urbi et orbi comme la patrie des droits de l’homme.

08/10/2008

Une débauche

Le Parlement entame aujourd’hui l’examen du grand projet de loi traduisant le «Grenelle de l’Environnement» tenu l’an dernier. Parmi les innombrables mesures en faveur de l’écologie que contient ce texte, il en est une qui va sans doute ravir les joyeux lurons du «Clan du Néon». Ces activistes, cousins des militants anti-pub, luttent contre le suréclairage commercial nocturne. A Paris mais également dans de nombreuses villes de province et jusqu’en Belgique: à Namur et à Bruxelles notamment.

(Avant de poursuivre plus bas la lecture de cette note, celles et ceux qui ne connaîtraient pas ces anti-néonistes feront ci-dessous une petite pause vidéo explicite, qui plus est sur un fond musical sautillant, dû au groupe électro-pop français «The Fortune Tailors»)


Clan du Néon PARIS - Phase 6 Passy with The Fortune Tailors
envoyé par ClanDuNeon

L’article 36 de ce projet de loi Grenelle donne pour la première fois aux pouvoirs locaux les moyens réglementaires de «prévenir, supprimer ou limiter» les émissions lumineuses nuisibles. Le but du gouvernement? Faire en sorte qu’en France bientôt, «on n’éclaire pas forcément moins, mais mieux» selon les mots de la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. Longtemps justifié pour des raisons de lutte contre l’insécurité ou simplement par goût de prestige, le suréclairage nocturne est désormais de plus en plus critiqué. Parce qu’il incommode les astronomes, désoriente les oiseaux et les insectes, dénature les paysages et, évidemment, est peu écologique et très coûteux.

D’autant que l’Hexagone a du retard à rattraper. Pour l’éclairage public, en effet, les Français consomment chaque année en moyenne 91kWh par an et par habitant. C’est 20kWh de plus qu’en 1990 et c’est une consommation deux fois plus élevée que celle de l’Allemagne (43kWh). Rien que les 9 millions de lampadaires que compte la France consomment chaque nuit… l’équivalent de l’énergie produite par une centrale nucléaire. Revoir l’éclairage public pourrait donc constituer une source d’économie d’énergie importante. Ainsi, les spécialistes estiment que rien que le changement des ampoules des lampadaires permettrait aux collectivités territoriales de réduire de 40 % leur facture d’éclairage.

Si la loi est votée, les élus locaux pourront, demain, imposer des contraintes en matière de puissance, d’orientation ou d’horaires d’utilisation de l’éclairage nocturne. Sur les bancs du Parlement,  figure également une proposition de loi, déjà signée par une trentaine de députés, qui cible plus particulièrement les excès de l’éclairage commercial.

A Paris, ce ne serait pas du luxe, tant parfois, le suréclairage dénature le panorama de manière caricaturale. On s’est encore fait la réflexion l’autre soir. On était attablé avec un ami pour dîner à une brasserie du Quai de la Mégisserie: vue sublime sur les flots de la Seine et sur la silhouette si harmonieuse de la Conciergerie. Un immense bateau-mouche bondé de touristes est alors arrivé, surmonté de dizaines de spots blafards et agressifs, déchirant brutalement la pénombre. Cet éclairage était ridiculement excessif: on se serait cru en plein jour, voire sur une scène de théâtre. Sur la Seine, paradoxalement, cette débauche de lumières ne va d'ailleurs pas sans poser de problèmes aux forces de sécurité. En effet, elle rend quasi invisibles les feux de signalisation des petits bateaux qui circulent sur le fleuve. C’est pourquoi ce facteur a été évoqué parmi les causes possibles du naufrage mortel survenu récemment sur la Seine.

09/09/2008

Une fraude

A priori, on aurait imaginé que cette actualité aurait davantage fait parler d’elle. Au moment où les Français, à longueur de journées, se soucient de leur pouvoir d’achat. Au moment où on ne peut plus ouvrir un journal sans tomber sur des tableaux comparatifs montrant, centime après centime, l’évolution du prix du charriot d’hypermarché. Au moment où la télé, flairant sans doute le bon filon, multiplie les programmes de conseil au consommateur – du «Combien ça coûte» de Jean-Pierre Pernaut devenu hebdomadaire à la nouvelle émission de Julien Courbet, l’ex-redresseur de torts de TF1 désormais estampillé service public. Et bien non, pas du tout: on n’en a à peine parlé. Raison de plus pour évoquer l’affaire ici.

Cela s’est passé hier en banlieue parisienne, à Melun (Seine et Marne) plus précisément. Devant le tribunal correctionnel de cette ville, la société Carrefour comparaissait. La chaîne d’hypermarchés était poursuivie pour publicité mensongère. L’an dernier, à l’issue d’une tournée d’inspection dans un hypermarché de ce département, la Direction générale de la consommation, de la concurrence et des fraudes avait rendu un rapport accablant. Carrefour mentait dans ses dépliants publicitaires.

C’est le coup classique. Vous voyez dans un rayon que, pour le prix d’un pack de six bouteilles d’eau minérale, vous en avez deux. Vous vous réjouissez de cette bonne affaire. Dans le feu de l’action, vous ne vous rendez pas compte, lors de votre passage en caisse, que l’on vous facture au prix normal ce deuxième pack d’eau censé gratuit. Vous avez évidemment autre chose à faire de votre vie que de vérifier votre ticket de caisse. Résultat: vous avez été berné puisque vous avez acheté plus que vous ne l’envisagiez et au même prix.

La Direction des fraudes avait été saisie par un petit couple de retraités, près de ses sous comme la plupart des retraités, qui avait remarqué à de multiples reprises une distorsion entre les prix annoncés à ce Carrefour et les prix appliqués aux caisses. L’enquête a montré que sur plus de 40 produits annoncés comme étant en promo, les ristournes promises n’étaient en fait pas accordées aux clients.

Lundi, l’avocat de Carrefour a plaidé la bonne foi et l’erreur exceptionnelle. Parties civiles, des associations de consommateurs ont estimé en revanche que, pour une chaîne d’hypermarchés, le mimimum était tout de même de veiller à la correspondance entre les prix affichés en rayon et ceux pratiqués aux caisses. Le procureur a réclamé une amende de 45.000 euros. Le tribunal se prononcera lundi.

Priver le petit consommateur, qui en majorité n’en peut déjà plus, des quelques misérables centimes de réduction qu'on lui a fait miroiter. Quand on est une multinationale qui, rien qu'au cours du premier semestre de cette année, a vu son chiffre d’affaires (ici) progresser de plus de 10%. On n’est pas Olivier Besancenot, mais on trouve tout de même cela vraiment minable.

08/09/2008

Un accueil

d0a2785980f1f7b29ca36d46f90101fd.jpgFin de chantier au 12 rue Charlot. Depuis des semaines, cette petite rue sympa du Haut-Marais résonnait du bruit des marteaux et des perceuses. En effet, dans dix jours, l’hôtel particulier du dix-septième siècle que l’on trouve à cette adresse, dit «Hôtel Brossier»,  accueillera les élèves de «Star Academy», le programme vedette de TF1. Pour les besoins de la cause, l’hôtel de maître a donc été transformé en gigantesque loft télégénique. C’est dans cet espace que vivront bientôt, sous le regard d’innombrables caméras, les élèves de la huitième promo de la «Star’Ac».

 

Mais au cœur de «Boboland», les riverains n’apprécient guère l’arrivée du populaire télé-crochet dans leur quartier. Ils craignent les nuisances engendrées par les attroupements permanents des fans, les problèmes de circulation, les difficultés de stationnement, et tout cela. L’autre soir, invités à une réunion de concertation à la mairie du troisième arrondissement, Nikos Aliagas, le présentateur du programme, ainsi que les responsables de la boîte de prod, Endemol, ont été hués par les habitants. Certains d’entre eux ont créé un blog pour raconter jour après jour la délicate cohabitation qui attend le quartier. Et quelques milliers de signatures figurent déjà au bas de la pétition contre «l’installation de l’émission la plus plouc du PAF dans la rue la plus cool de Paris».

 

Un accueil très peu cordial donc, c’est le moins que l’on puisse dire. Même le maire socialiste du troisième, Pierre Aidenbaum, s’y est mis. Cet été, il a relayé les «rumeurs les plus folles sur des hordes de jeunes de banlieue déferlant au cœur de Paris».

 

«Horde». Le terme est très fort. Selon le «Robert», il renvoie à une «tribu errante, nomade», à un «groupe d’hommes indisciplinés». On parle de «hordes d’excitateurs révolutionnaires» ou, historiquement, des «hordes de peuplades barbares».

 

On n’a jamais eu de sympathie particulière pour le télé-crochet de TF1. Les scies de variétoche et similis contes de fées qu’il produit et reproduit en boucle à longueur d’années nous font assez bâiller. On est vite fatigué par les foules de jeunes hystérisés. On veut même bien compatir aux difficultés de circulation et de stationnement des habitants du Marais. Et sans doute s’irritera-t-on nous-mêmes, prochainement, de voir le panorama de notre voisinage immédiat gâché par de très inesthétiques alignements de camions de régie télé. Mais de là à qualifier de «hordes», un terme aussi stigmatisant, les fans de la «Star Ac». Surtout quand on sait qu'ils viennent tout de même majoritairement «des quartiers» et ne sont donc pas rarement défavorisés et basanés… C'est d'un mépris assez sidérant.

 

L’accueil du Haut-Marais aurait-il été identique si, au 12 rue Charlot, Arte avait aménagé un studio d’enregistrement pour un concours d’art lyrique: un programme haut de gamme interprété et regardé par un public bien parisien et bien blanc?

04/09/2008

Une horreur

«La Fête du Bois», c’est l’événement festif de la banlieue ouest de Paris, en ce moment. Rien que le week-end dernier, pour son ouverture, une centaine de milliers de personnes ont accouru à la grande fête foraine annuelle du Bois de Boulogne.  Des centaines de milliers d’autres visiteurs y sont attendus d’ici à la clôture des réjouissances, le 19 octobre.

Mais au-delà des manèges, de la grande roue, des stands de tir à la carabine ou des échoppes de barbapapas ou de pommes d’amour, il y a une attraction que les visiteurs ne verront pas: «La chaise électrique». En effet, elle a été interdite par la préfecture de police.

Cette attraction, issue d’on ne sait trop quel cerveau particulièrement malade, représente un simulacre d’exécution très réaliste et pour tout dire assez horrible – voir la vidéo ci-dessous, qu’on trouvée classée à la rubrique… «Comédie et humour» de Dailymotion. Un mannequin grandeur nature, sanglé en position assise sur ce qui est présenté comme une chaise électrique, est pris de violentes convulsions, pousse des hurlements de douleur, est littéralement grillé sur sa chaise (de la fumée s’échappant de ses chaussures), puis, terrassé par l’électricité, succombe en s’affaissant sous les éclats de rires présumés de la foule.

L'attraction foraine de la chaise électrique
envoyé par JAKYQUETTE

 

 

Une attraction du meilleur goût donc, en général et en particulier à quelques jours de la Journée mondiale contre la peine de mort. «La chaise électrique» avait déjà été interdite dans plusieurs foires du pays; elle a subi le même sort à Paris. En plein accord avec la mairie, la préfecture de police a ordonné au forain qui la détient de ne pas l’exhiber. Selon elle, cette attraction, par son caractère violent et réaliste, aurait pu heurter la sensibilité du public, du jeune public particulièrement.

Le ministère de l’Intérieur a également considéré que, la peine capitale étant interdite en France, elle ne saurait être présentée dans ce pays comme un motif d’amusement. L’UMP a applaudi à cette décision: «On ne joue pas avec la mort. On ne joue pas avec la peine de mort», a justifié le porte-parole du grand parti sarkozyste – qui, rappelons-le au passage, compte tout de même encore en son sein une kyrielle de parlementaires faborables au rétablissement de la peine capitale.

En aucun cas donc, la peine de mort ne doit apparaître sous les traits du divertissement. Parfait. On se demande, du coup, ce que vont devenir toutes ces séries policières américaines que diffuse à longueur de soirées la télé française. Ces «Medium», «Les Experts» et autres «New York Police Judiciaire». Dont le scénario favori passe la plupart du temps par l’envoi du coupable à la chaise électrique, une peine souvent amplement justifiée par d’interminables tirades de procureurs ou de policiers. Ce qui, du coup, fait chaque fois de ces anodins divertissements des plaidoyers politiquement très nauséeux en faveur de la peine capitale.

25/07/2008

Un bruit chic

Cela nous éloigne un peu de Paris. Mais c’est une nouvelle parfaite puisque très de saison et qui nous rapproche géographiquement de la route de la plage: il y a des bruits ploucs et des bruits chics.

A Paris par exemple, les habitants se prennent la tête pour des nuisances sonores très peu glamour: le trafic automobile un peu partout, les coups de klaxon inévitables aux carrefours,  les marteaux-piqueurs des chantiers en rue à longueur de journées, et, à la maison, le vacarme des bricoleurs, surtout le samedi matin – les marteaux-piqueurs et les bricoleurs, on prévient: on les déteste vraiment. A Saint-Tropez en ce moment, c’est une nuisance sonore en revanche un brin plus chic qui exaspère les riverains: le ballet incessant des hélicoptères qui transportent la cohorte des people, stars, jet-setteurs et autres paparazzi en villégiature dans la célèbre presqu’île.

 

Le golfe de Saint-Trop’ compte une cinquantaine d’«hélisurfaces», comme semble-t-il on appelle cela. Ce sont des aires d’atterrissage et de décollage privées aménagées dans les vignobles ou à proximité des résidences de luxe. Elles sont très pratiques pour les estivants fortunés, car on les rejoint en une vingtaine de minutes à peine depuis les aéroports de Nice, Toulon ou Monaco. Tellement pratiques que, selon les comités anti-bruit des communes de Ramatuelle, Grimaud ou Cogolin, l’été à Saint-Tropez, c’est chaque jour et pendant deux mois l’ambiance défilé aérien du 14 juillet. Les jours les plus fous, les habitants ont comptabilisé un vol d’hélico toutes les 7 minutes et ce de 7h30 à 21 heures: de quoi devenir fou.

La réglementation n’est donc, de toute évidence, pas respectée. Théoriquement, elle limite le nombre de vols quotidiens, les restreint à certaines plages horaires, et impose le respect d’une hauteur minimale de vol. Du coup, les protestataires ont menacé de faire du grabuge: rien moins que de bloquer la route des vacances menant à Saint-Tropez. L’Etat s’est aussitôt exécuté. Après avoir constaté une kyrielle d’infractions, il a imposé cette semaine la fermeture de l’hélisurface du fameux Château de Pampelonne, à Ramatuelle. Et d’autres sanctions du même type sont d’ores et déjà promises si les nuisances ne diminuent pas.

Même les plus fortunés impitoyablement sanctionnés: les gendarmes de Saint-Tropez, décidément, sont à féliciter.

PS: A propos de gendarmes et de Saint-Tropez, en ce moment la télévision M6, décidément la chaîne des daubes, programme tous les jeudis un épisode de la célèbre série des Louis de Funès – a-t-on constaté avec effarement hier soir. Un de Funès tous les dix ans, quand on est nerveusement très fatigué, soit et même volontiers. Mais chaque été la même série des «Gendarmes» invariablement reprogrammée par et sur la même chaîne: il devrait y avoir des procédures d’avertissement du Conseil supérieur de l’audiovisuel pour ce genre de fonctionnement si paresseux.

18/07/2008

Une illisibilité

8ab5d1703a2bdd58df953a59fee1fed5.jpgSa mise en vente est autorisée depuis lundi, mais on ne l’a encore trouvé nulle part, dans les magasins du quartier: ni au «Monop'», ni chez «Franprix», ni chez «Shopi», ni aux épiceries du coin. Rien. On veut parler du «Red Bull», du vrai «Red Bull»: cette boisson énergisante qui a tant défrayé la chronique en France, ces derniers mois (relire ici ou ). Dans les rayons de la plupart des grands magasins du onzième arrondissement, c’est encore le faux «Red Bull» que l’on trouve: la version soft du soda, sans la fameuse taurine susceptible de donner des ailes. Il faudra encore quelques jours, voire l’une ou l’autre semaine, pour que les anciens stocks soient écoulés, puis tout le monde pourra enfin goûter le breuvage énergisant le plus consommé au monde (3,5 milliards de canettes vendues en 2007).

 

On n’est pas spécialement à la recherche de produits qui permettraient de rendre les journées encore plus longues. A fortiori à ce prix: 1€43 la canette de 25 cl, ce qui fait cher l'acide aminé, même ailé. N’empêche, si un de ces jours on tombe sur ce nouveau «Red Bull», on regoûtera. Ne serait-ce que pour se faire un plan «madeleine de Proust» en mémoire aux années 90, lorsque ce soda était si à la mode dans le monde de la nuit à Bruxelles.

 

Cela dit, les consommateurs doivent tout de même se poser des questions. D’un côté, la mise en vente de ce produit a été autorisée. Mais de l’autre côté et dans le même temps, la ministre de la Santé appelle publiquement les gens à le boycotter. En raison de son absence d’«intérêt nutritionnel ou énergétique» mais surtout de ses «dangers importants», sur lesquels l’Agence française de sécurité sanitaire a déjà alerté. D’un côté, la toxicité de la taurine n’a pas pu être prouvée, ce qui est a priori plutôt rassurant. Mais d’un autre côté et dans le même temps, la ministre de la Santé assure qu’elle n’hésitera pas à interdire la vente du soda dès qu'elle a «le moindre élément» attestant de cette toxicité – ce qui entretient tout de même le doute. D’un côté la vente est autorisée mais de l’autre côté et dans le même temps, elle sera interdite dans les établissements scolaires et déconseillée aux femmes enceintes et aux enfants. Enfin, d’un côté on lance un vaste plan de lutte contre l’alcoolisme des jeunes. Mais de l’autre côté et dans le même temps, on autorise une boisson que les jeunes associent quasi systématiquement à de l’alcool car le «Red Bull» en potentialise les effets excitants et en diminue les effets dépressifs – ce qui inquiète tous les médecins et alcoologues.

 

Tout cela, décidément, ne fait pas une politique de Santé publique extrêmement lisible.

03/07/2008

Une méconnaissance

ea950104425c9e3f19139f669f47a7ee.jpgC’est si loin, l’Amérique latine. Cela intéresse si peu de gens, ce sous-continent. Hormis bien sûr quand la vie d’une otage en partie française est en jeu, on en parle si peu de cette partie du monde. Du coup, évidemment, quand l’actualité s’emballe et exige qu’on la commente à chaud, toutes les failles et la méconnaissance réapparaissent à la surface, implacables.

Ainsi, ce matin à la radio, un chroniqueur de France Info, par ailleurs habituel donneur de leçons, parlait du chef de l'Etat colombien comme d’un certain «Président Alvaro». L’intéressé s’appelant en réalité Alvaro Uribe, c’est aussi absurde comme dénomination que si un journaliste colombien, parlant de l’hôte de l’Elysée, l’avait appelé le «Président Nicolas». La veille déjà, sur la même antenne, un journaliste s’était emmêlé les pinceaux en direct. Il avait qualifié l’ancienne guérilla colombienne du M-19 (extrême gauche) de «groupe paramilitaire», une appellation qu’en Colombie, on réserve exclusivement aux milices… d’extrême droite. Le sommet, toutefois, a été atteint quelques minutes plus tard par le député socialiste Pierre Moscovici. Interrogé peu après l’annonce de la libération d’Ingrid Betancourt, il l’a attribuée notamment à la déstabilisation de la guérilla des Farc entraînée par le décès fin mars de leur leader historique, Manuel Marulanda. Sauf que, dans la bouche de Pierre Moscovici, ce Manuel Marulanda donnait quelque chose comme «Manoel Marandula». Et à plusieurs reprises en plus, donc il ne s'agissait pas d'un lapsus.

«What’s in a name?», disait William Shakespeare. Sans doute. Mais tout de même. Marulanda a été le plus vieux guérillero de la planète, qui a sévi pendant plus de quarante ans. Et, ici, l'erreur n’a pas été commise par un simple journaliste d’astreinte, qui n’y connaît sans doute pas grand-chose et essaie de faire ce qu'il peut. Mais par un ancien ministre des Affaires européennes, et donc à ce titre un ex-pilier du quai d’Orsay. Par quelqu’un qui, en plus, est candidat déclaré à la direction du PS. Et donc qui, demain, si les socialistes revenaient au pouvoir, occuperait sans doute de hautes fonctions. Du coup, c’est assez effarant, la légèreté que cette bévue traduit ainsi que la méconnaissance pour une partie du monde qui, à la grosse louche, compte tout de même 400 millions d’habitants.

01/07/2008

Un mandarin

La France occupe donc, depuis ce matin 0 heure, la présidence de l’Union européenne. Cette présidence avait été annoncée en haut lieu comme «modeste». Elle n’en bénéficiera pas moins des services d’un «directeur artistique» et non des moindres puisqu’il s’agit de Philippe Starck.

 

Pour vendre la France à l’Europe, l’Elysée a donc choisi de faire appel au Johnny Hallyday du design français. Qui a bâti sa fortune et sa renommée internationale en relookant des nouilles pour Panzani, en dessinant des couteaux pour Laguiole, en vendant des maisons dans le catalogue 3 Suisses, ou en affublant tous les restaurants qu’il a décorés de par le monde de lustres, de dorures et de verroteries versaillaises. Ce choix convient parfaitement à Nicolas Sarkozy: Philippe Starck n’est-il pas le plus bling-bling des créateurs français?

 

On se le demandait ce matin encore, en l’entendant dégouliner de suffisance et d’affectation à la radio. Où il était complaisamment interrogé sur les 22 maisons qu’il possède de par le monde. «Non, non, ce ne sont que des petites cabanes», minaudait le multimillionnaire. Vulgaire comme avant-hier, lorsqu'il avait frétillé d’excitation en imaginant dans la poche d’un jean la pièce de 2 euros qu’il a créée pour cette présidence.

 

Un Christian Lacroix ou une Andrée Putman, par exemple, auraient fait des ambassadeurs de France un peu plus intéressants, se disait-on ce matin. Mieux encore: au lieu de promouvoir un mandarin qui n’en a vraiment plus besoin, on aurait pu profiter de ce tremplin international pour populariser des créateurs moins connus, pour valoriser des jeunes talents – dans le design notamment, la France en découvre tant (ici, notamment).

Vue sous cet angle, et en attendant de voir ce qu’il va faire de ce poste, la désignation de Starck comme directeur artistique de la présidence européenne apparaît comme une belle occasion ratée.

13/06/2008

Une aggravation

Les chiffres sont tombés cette semaine, et ils sont encore plus mauvais que ce qu’on redoutait. Ils émanent d’une vaste enquête médicale menée entre 2005 à 2007 auprès de 4.800 Français âgés de 35 à 74 ans, résidant dans les régions de Lille, Toulouse et Strasbourg. Et ces données le confirment sans le moindre doute: les Français sont trop gros. Et d’année en année, ils prennent de plus en plus de poids. En France, selon cette enquête scientifique, 67% des hommes et 50% des femmes sont en surcharge pondérale. Ce sont des chiffres beaucoup plus alarmants que tout ce qu’on avait imaginé jusqu’à présent. Les précédentes études, en effet, évaluaient à 30% environ la population française en surpoids. Elles chiffraient aussi à quelque 17% la prévalence de l’obésité chez les adultes. Les données publiées cette semaine rehaussent ce chiffre à 20%.

Cela dit, quand on voit ce que les Français mangent, ces chiffres n’ont rien d’étonnant. Deux illustrations.

Selon des données du ministère de l’Agriculture dévoilées récemment, entre 1997 et 2005 en France, les achats de fruits frais ont reculé de 12% et ceux de légumes de 14%. Les Français ne mangent plus en moyenne que 340 grammes de fruits et légumes frais par jour, soit même pas la dose quotidienne de 400 grammes recommandée par l’Organisation mondiale de la santé. Pour justifier leur faible consommation de fruits et légumes, les Français évoquent souvent le prix prohibitif de ces produits. C’est en partie vrai. Sur un an, les prix des fraises, des kiwis, des pommes, des asperges ou des endives ont augmenté respectivement de 4,6%, 35,7%, 5,7%, 13% et 15,7%. Mais, dans le même temps, le prix d’autres produits frais ont baissé: les carottes (-5,8%), les concombres (-15,3%) ou les tomates (-5,6%). Et, comme le rappelait l’autre jour une professionnelle du secteur, le produit le plus cher n’est pas toujours celui qu’on croit: «Avec un kilo de cerises à 5 euros, vous avez un dessert pour cinq ou six personnes. C’est moins cher que la majorité des produits de l’industrie agroalimentaire» - qui eux sont en majorité trop gras et trop sucrés.

En outre, en rue, les tentations de malbouffe se multiplient. Dans n’importe quelle grande ville de n’importe quel grand pays du monde, ou presque, vous trouverez sans trop de difficultés des pommes, des bananes ou des produits laitiers dans les distributeurs automatiques installés sur la voie publique. En France, en revanche, la plupart de ces distributeurs ne proposent encore que des friandises ou des boissons qui toutes font invariablement grossir. Jusqu’à la caricature. Il y a quelques mois (relire ici), des distributeurs automatiques de frites ont vu le jour dans le Nord-Pas de Calais et dans certaines stations balnéaires du Languedoc-Roussillon. A présent, c’est un autre type de distributeur qui semble faire fureur, en banlieue parisienne cette fois. On en trouve déjà à Levallois-Perret (Hauts de Seine) et à Aubergenville (Yvelines). Et on en trouvera demain à Bagneux et à La Garenne-Colombes (Hauts de Seine). Des distributeurs à… pizzas! Ces automates sont baptisés «Pizza’Lib», comme «Vélib’». Et ils préparent des pizzas en en 3 minutes, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.

Bienvenue au pays de la grande gastronomie.