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05/06/2008

Une misère

f7f292366e45d1b4eb2461ab48a04eb7.jpgLes misères de la pub dans le métro de Paris, suite – et sans doute pas fin: on pourrait chaque jour ou presque écrire sur le sujet, tant le niveau moyen des campagnes est désolant. Ainsi, en ce moment, les voyageurs sont gratifiés d’une pub déshabillée (été oblige, sans doute) pour une grande chaîne de magasins de matériel informatique, le modèle étant montré quasiment nu mais ayant gardé sur lui «l’essentiel», à savoir tout son attirail de geek.

Moche mannequin, moche tête, moche regard, moche corps, moche peau, moche photo, moches couleurs, moche mise en scène, moche slogan: quand on n’aperçoit qu'occasionnellement une moche affiche publicitaire, par hasard au détour d’un quai de métro, cela passe encore. On lève à peine les yeux au ciel et on passe son chemin. Mais quand, comme ici, des couloirs entiers du métro, sur tout leur long et à raison d’innombrables stations, sont tapissés d’une campagne aussi moche, on commence à sympathiser avec les «Déboulonneurs»: ces activistes qui, à Paris surtout mais en province aussi, militent ardemment contre l’agression publicitaire des usagers des espaces publics.

33ac8b2af532c96543106d7041512de7.jpgOn subissait cela stoïquement l’autre soir – spectateur captif de toutes ces pubs, au gré des attentes du métro. Puis, station «Châtelet», on tombait sur un panneau publicitaire lui vraiment bien. Un panneau… complètement vide. Sans doute une erreur commise par la régie de la RATP dans le planning de réservation des espaces avait-elle momentanément laissé ce panneau sans aucune affiche. Du coup, l’espace avait été envahi par des centaines de tags et de grafs de toutes les couleurs. C’était très joli. On aurait dit de l’art moderne comme on l’aime: du Pollock ou du Twombly.

Si on devenait un jour le grand patron de la RATP, se disait-on dans la foulée – hypothèse hautement improbable et donc, on en convient, éminemment confortable –, on réserverait un panneau publicitaire de chaque station de métro à une œuvre d’art. On y afficherait en très grand format du Soulages, du Debré, du Schneider, du Rothko, du Hartung, du de Staël, et tout cela. Entre toutes ces pubs commerciales souvent si criardes et vulgaires, ces grandes toiles illumineraient le regard et aéreraient l’esprit. Un peu comme, sur France 2, les courts programmes «D’art d’art» (souvent bien faits, mais toujours trop courts et pas assez nombreux) éclairent les interminables tunnels de pub. Pourquoi ferait-on de la sensibilisation à l’art à la télé de service public et pas dans l’espace public que constitue le réseau de métro?

Ce serait d’autant plus nécessaire que le métro parisien manque cruellement d’œuvres d’art. Même dans le métro de Bruxelles, pour le souvenir qu’on en a gardé, il y en a davantage.

bd118985a8486697edf2507fdd3fc696.jpgIl y a bien la station «Arts et Métiers» qui, toute en plaques de cuivre, est à elle seule une œuvre d’art (conçue soit dit en passant par un Belge: le dessinateur de bande dessinée François Schuiten). Il y a aussi les mosaïques de la Déclaration des droits de l’homme à  «Concorde». Les autographes d’écrivains célèbres du Quartier latin sculptés sur la voûte de «Cluny La Sorbonne». Les moulages du Musée du Louvre à «Louvre Rivoli» et les sculptures  de Rodin à «Varenne». Il y a aussi les boules de Noël de Jean-Michel Othoniel à «Palais Royal». Et, depuis plus récemment, la grande verrière bleutée installée à «Bir Hakeim» par l’artiste américaine Judy Ledgerwood. Au total cela fait à tout casser une dizaine de stations qui sont dédiées à l’art, pour un réseau qui en compte quelque 380 et est utilisé chaque jour par environ 5 millions d’utilisateurs. Une misère, ici aussi, donc.

04/06/2008

Un incident

Décidément, ce milieu du foot est vraiment pénible. Sexisme (comme encore souligné ici avant-hier), racisme, homophobie, hooliganisme: les raisons de désespérer du monde footeux ne manquent pas, et hier soir encore s’est ajoutée la bêtise politique la plus effarante.

L’incident s’est déroulé au Stade de France, à l’occasion du match de préparation à l’Euro entre la France et la Colombie. Le comité de soutien à Ingrid Betancourt, la Franco-Colombienne détenue en otage en Colombie depuis des années, voulait profiter de cette occasion pour sensibiliser l’opinion au sort des otages, sans perturber le moins du monde le match. Mais à leur arrivée au stade, les militants de ce comité ont vite compris qu’ils n’étaient pas les bienvenus.

Leurs pancartes ont été confisquées par les services de sécurité. Pour pouvoir gagner les tribunes, ils ont dû enlever leurs tee-shirts arborant le portait d’Ingrid Betancourt et le slogan «No más secuestros» («Plus jamais de prise d’otages»). D’autres tee-shirts formant le mot «Libertad», que les militants étaient parvenus à faire entrer dans le stade, ont ensuite été confisqués. Finalement, si la banderole «Ingrid, Courage» a bien pu être déployée par des supporteurs, le lâcher de colombes qui était prévu a dû être annulé.

Du coup ce matin, les membres du comité de soutien à Ingrid Betancourt ne peuvent que se dire «amers et confus»: «Nous ne pouvons pas comprendre que l’on nous interdise de réclamer la libération des otages, sans la moindre agressivité ni la moindre politisation du thème. Nous trouvons incroyable que les valeurs de courage et d’abnégation, si chères au sport, aient été laissées de côte pour mieux rendre absents Ingrid et les otages de ce match».

Sans doute quelques bonnes âmes vont-elles encore justifier l’attitude des forces de sécurité en ressortant le couplet du sport qui ne doit jamais être mêlé à la politique. Il n’empêche, on en arrive à des situations tout de même insensées dans les stades français. Des banderoles haineuses traitant de dégénérés les habitants de toute la partie nord du pays peuvent y pénétrer sans problèmes et y être déployées, ou des caméras de vidéosurveillance tomber miraculeusement en panne (comme ce fut le cas au stade de Bastia) lorsque des abrutis déploient des banderoles avec des slogans racistes, panne qui du coup ne permet pas leur identification. En revanche, des messages de soutien à des compatriotes martyrisés à l’étranger y sont purement et simplement déclarés indésirables. Curieux pays, décidément.

02/06/2008

Un macho

Envers les femmes, tout le monde n’a pas l’élégance du regretté Yves Saint Laurent. On a pu encore le constater ce week-end, avec la première grande interview de Charles Villeneuve, le nouveau président du Paris Saint-Germain.

Sur TF1 déjà, pendant des années, ce journaliste nous avait infligé, à longueur de numéros du «Droit de Savoir», des publireportages exagérément virils à la gloire des forces de l’ordre. A présent, à la tête du club de foot, il confirme qu’il ne détonnera en rien dans le monde si macho du sport parisien.

Pour preuve, dans cette interview (très mâlement titrée «Il faudra m’obéir ou partir»), à la question de savoir s’il écoutera son instinct en tant président du PSG, Charles Villeneuve a eu cette réponse sidérante: «L’instinct, le sens… Je laisse ça aux femmes. Moi, je ne suis pas une gonzesse…»

Mais comment donc peut-on encore dire des âneries pareilles? Toutes ces antiques théories sexistes sur l’hémisphère gauche et l’hémisphère droit du cerveau, sur les pauvres femmes qui seraient cérébralement réduites à l’intuition, au sensitif et à l’imaginatif alors que les hommes, eux, seraient par nature doués pour le raisonnement et pour l’intellect, tout cela est évidemment complètement remis en cause par les scientifiques et donc totalement dépassé depuis d’innombrables années. S’il écoutait un peu moins son instinct de macho, Charles Villeneuve aurait eu le droit de le savoir.

15/05/2008

Une colère

d39b638801811db0b3480a8f470f87fd.jpgSa voix en tremblait, ce matin à la radio, tant il était en colère. Martin Hirsch, l’ancien dirigeant d’Emmaüs et actuel haut commissaire au sein du gouvernement chargé des solidarités, s’emportait contre une pub d’un loueur de bagnoles, publiée ces jours-ci dans des pleines pages de quotidiens.

«Les pauvres sont dégueulasses. Ils polluent», dit cette pub, qui est présentée comme un manifeste en faveur du «droit à la voiture propre pour tous». Ce message critique en fait les insuffisances du dispositif gouvernemental du bonus-malus automobile, qui avantage l’achat de voitures propres et pénalise l’acquisition de voitures peu écologiques. Selon ce loueur de voitures, les véhicules propres n’en restent pas moins financièrement hors de portée des revenus bas ou moyens. La pollution automobile n’est donc «pas un problème de conscience écologique mais un problème de pouvoir d’achat». Comme «tout le monde n’a pas les moyens de changer sa voiture», «sur un parc automobile de 36 millions de véhicules, 15 millions de voitures de plus de 11 ans circulent en France, dépourvues des technologies environnementales nouvelles». Du coup, l’annonceur promet une offre de location de véhicules à bas prix, pour pousser les Français à se séparer de leurs si polluantes épaves.

Le slogan de cette campagne n’est «pas à prendre au premier degré», nuançait, hilare, le patron de la boîte de location, ce matin. «Comme Coluche disait ‘Salauds de pauvres’, on fait de la provocation pour alerter le gouvernement sur le fait que, s’il laisse filer, l’écologie va devenir un luxe». Martin Hirsch, lui, ne trouvait pas du tout cela drôle. L’ex-proche de l’abbé Pierre flinguait les pubards qui recourent à ce genre d’«humour pour types qui n’ont pas d’idées». Fulminait contre «la vulgarité méprisable» de ces businessmen qui «essaient de se faire de l’argent sur le dos des pauvres» en prétextant de les défendre, mais qui cherchent en fait surtout à vendre leur camelote, en l'occurrence ici à louer des bagnoles.

C’est d’ailleurs la journée des pubs qui se veulent spirituelles mais ne sont que pénibles voire vulgaires. Témoin, cette autre annonce parue ce matin dans les journaux, qui s’adresse elle à l’extrémité exactement opposée de l’échelle sociale. Elle vante… une carte de fidélité pour hommes d’affaires, qui leur permet d’avoir «un avion privé à disposition sur un simple coup de fil». Et promet aux futurs détenteurs de cette carte que, pour le même prix, ils vont «se faire d’un seul coup tout plein de (vrais) amis». Curieux système décidément, où la rapacité et l'hypocrisie deviennent des arguments de vente.

09/05/2008

Un raccourci

Rues vides, commerces en grand nombre fermés, parcs et jardins bondés de gens s’adonnant au farniente: la plupart des Parisiens – et, au-delà, la majorité des Français – sont visiblement en congé aujourd’hui. Il faut dire que cette année, le pont du 8 mai s’apparente à un viaduc, le Lundi de Pentecôte étant redevenu un jour férié.

Du coup évidemment, comme invariablement chaque année à cette période des congés de mai, on lit, voit et entend un peu partout ces sempiternelles analyses un brin culpabilisatrices, selon lesquelles les Français seraient les champions du monde de la paresse. Ce jugement doit vraiment être nuancé.

Certes, une récente étude comparative menée dans huit pays montre que les travailleurs salariés français se voient accorder chaque année 37 jours de congé. C’est bien plus que les jours de repos dont bénéficient les travailleurs en Espagne (31), Allemagne (27), Grande-Bretagne (26), Autriche (28), Italie (33), Pays-Bas (28) et Etats-Unis (14). La même étude révèle que seuls 20% des salariés français acceptent de ne pas prendre la totalité de leurs jours de congé sur l’année. Ici encore, la France fait exception dans le paysage. A part en Allemagne, dans tous les autres pays analysés, un bien plus grand nombre de travailleurs acceptent d’abandonner des jours de congé à leur entreprise. Selon les chiffres de l’OCDE, le nombre d’heures travaillées en France est inférieur de 7% à la moyenne européenne et de 15% par rapport à la situation aux Etats-Unis. Cela veut dire qu’en gros, le Français moyen passe chaque année quelque 1.500 heures de sa vie au boulot, contre 1.800 heures pour l’Américain moyen.

Les Français travaillent peu, donc. C’est la conclusion implicite de toutes ces études internationales. Cette assertion relève néanmoins du raccourci, voire du cliché. En effet, ces dernières années dans l’Hexagone, la productivité horaire n’a cessé de grimper, au point d’être maintenant une des plus fortes au monde. Et selon une enquête menée dans 80 pays, la France pointe au trentième rang (soit devant les Etats-Unis et la Grande-Bretagne) en ce qui concerne l’appétence des salariés au travail.

En gros, dès lors, s’il fallait résumer toutes ces données, on pourrait dire que les Français travaillent peu mais qu’ils travaillent bien. Qu'en penser? C'est le verre à moitié vide ou à moitié plein. L’idéal, dans le système économique actuel, aurait sans doute été que les Français travaillent beaucoup et bien. Mais ils auraient pu aussi travailler peu et mal…

14/04/2008

Une couronne

L’info n’a fait que quelques lignes dans l’un ou l’autre journal du week-end. Même pas une brève. Une «puce», comme on dit à «La Libre». Le bidonville qui, depuis six mois, existait à la porte d’Aubervilliers, vient de disparaître. Les quelque 300 Roms roumains et leurs enfants qui campaient dans des cabanes de fortune en bordure de périphérique ont déguerpi. Comme le leur avait ordonné récemment le tribunal de grande instance de Paris. Celui-ci avait été saisi par la mairie, qui voulait récupérer les terrains municipaux squattés par le campement.

Quelques habitants du bidonville sont désormais hébergés dans des hôtels de transit, et leurs enfants scolarisés. D’autres sont rentrés en Roumanie, dans le cadre des programmes d’aide au retour humanitaire. La plupart ont déménagé on ne sait trop où: sur des friches, bretelles d’autoroutes ou autres bandes improbables de terrain boueux d’où on les chassera sans doute dans quelques mois.

Les associations estiment que quelque 2500 Roms vivent dans la plus grande précarité en région parisienne. A longueur d’années et depuis d’innombrables années, les bidonvilles de Roms font inlassablement le tour du périphérique. Squattent le moindre de ses soubassements à l'abri du froid et du vent ou hauteurs vaguement arborées. Font l’objet de l’un ou l’autre rapide reportage télé. Puis finissent toujours par être délogés, avant d’aussi fréquemment se réinstaller ailleurs. Et ainsi de suite. Comme une couronne d’épines, de crasse et de honte qui coiffe Paris. Et s’est enracinée dans le paysage urbain.

07/03/2008

Une misère

4c458f51b2bff72b9a407281c18d230b.jpgDans quelques heures, le week-end. Qui sera marqué par deux événements: la Journée internationale des femmes, demain, et le premier tour des élections municipales, dimanche. Fâcheuse coïncidence pour la France, car cela va rappeler combien, en matière de représentation politique des femmes comme des citoyens issus de l’immigration, ce pays a encore beaucoup de progrès à faire.

Certes, depuis l’application des lois sur la parité, le nombre de conseillères municipales a progressé: il s’établit désormais à 30% à l’échelle du pays (contre 21% au milieu des années 90). Mais à l’inverse du mandat de conseiller municipal, le poste de maire, lui, reste essentiellement masculin. En France, 89,1% des maires sont des hommes. Et sur les 37 villes de plus de 100.000 habitants, cinq seulement sont dirigées par des femmes: Lille (Martine Aubry), Strasbourg (Fabienne Keller), Caen (Brigitte Le Brethon), Montpellier (Hélène Mandroux) et Aix-en-Provence (Maryse Joissains).

La situation n’a que peu de chances de fondamentalement s’améliorer après ce scrutin. L’UMP affiche 15% de femmes chefs de file dans les villes de 30.000 habitants et plus. Le PS fait un poil mieux, avec des têtes de listes féminines dans 25% des villes de plus de 20.000 habitants. C’est un progrès par rapport aux municipales, assurent ces deux partis, qui, en sept ans, ont respectivement multiplié par 3 et 2,5 leur représentation féminine en tête de liste.

Il n’empêche, selon les estimations, à l’issue du scrutin de ces deux prochains dimanches, au maximum 15% de femmes seront maires de villes de plus de 20.000 habitants. On est loin de la parité.

21/02/2008

Une puérilité

Ce matin au petit-déjeuner, on est tombé de la chaise – expression à prendre au figuré et non au propre, rassurons d’emblée le lectorat ;-) – en entendant le ministre Michel Barnier sur France Inter. En queue de revue de presse, il était interrogé sur un édito visiblement assez virulent du quotidien madrilène «El País» (excellent journal, soit dit en passant), qui descendait en flammes l’ego présenté comme surdimensionné du Président Sarkozy. Et Michel Barnier, entre agacement et mépris condescendant, de lancer en substance: «Oh, mais vous savez, cette presse étrangère, elle n’a jamais été obligée d’aimer la France ni les Français».

 

Ce commentaire est affligeant, d’abord parce qu’il renvoie subliminalement mais assez peu aimablement au célèbre slogan anti-étrangers de Jean-Marie Le Pen, repris et recyclé par Nicolas Sakozy: «La France, on l’aime ou on la quitte». Slogan simpliste s’il en est puisque, comme chacun sait, l’amour, cela marche rarement à sens unique et cela fonctionne d’autant mieux si, des deux côtés, on se sent un peu aimé et désiré.

 

En plus, voilà une conception très curieuse de l’amour. En quoi l’amour (pour un pays comme pour une personne, c’est la même chose) devrait d’office impliquer une approbation béate, voire bénie oui-oui, de tous ses aspects? Devrait contraindre, à défaut, en cas de désapprobation donc, à un silence qui serait considéré ici comme le sommet du patriotisme? L’amour, si l’on comprend bien, impose le consensus et l’unanimisme? Le débat, l’échange, la remise en question, tout cela tue l’amour? C’est une vision vraiment très puérile des relations.

 

Puérile aussi est la conception affective du journalisme que ce propos ministériel traduit. La mission d’un journaliste consisterait donc à «aimer» son sujet, et non à informer sur lui? L’activité journalistique ne se logerait pas quelque part du côté du cerveau – là où pourtant, même très modestement, on la situait jusqu’à ce matin – , mais au niveau du ventre, dans la région du cœur? On serait donc plus ici dans le registre de l’émotion que de la réflexion? Davantage dans l’affect que dans l’intellect? Curieux.

 

On sursautait en entendant cela, donc. Ce qui n’empêchait pas Michel Barnier de s’enfoncer encore un peu plus dans sa seconde phrase. En gros, après avoir fait cette réflexion si pénétrante sur le manque d’amour de la presse étrangère pour la France, le ministre moquait ces journaux étrangers qu'il trouvait si incohérents et frivoles car aujourd’hui critiques envers Nicolas Sarkozy alors qu’hier, ils encensaient le même Sarkozy pour avoir sauvé l’Europe avec son traité institutionnel simplifié.

 

Deux choses. D’abord, c’est surtout en France que les médias ont présenté l’Europe comme étant sauvée par Nicolas Superman Sarkozy. Dans les autres pays d’Europe, la fin de l’impasse institutionnelle européenne a été mise au crédit de Nicolas Sarkozy certes, mais pas uniquement de lui. Ensuite, à nouveau quelle vision puérile des choses et quelle étrange conception du journalisme. Sous prétexte qu’on a encensé quelqu’un un jour, on ne pourrait donc plus jamais le critiquer un autre jour? Les journalistes devraient donc définitivement et irrémédiablement choisir leur camp affectif? On devrait être pour ou contre? Et pas nuancé, pondéré, précis, impartial, etc?

 

Décidément, ces propos de Michel Barnier sur la presse, c’était vraiment du tout grand n’importe quoi. Sans doute n’était-il pas bien réveillé – ce qui, vers 8 heures du matin, est encore parfaitement son droit.  Du moins, c’est ce qu’on préfère penser. Parce que si un ancien ministre français des Affaires étrangères et ex-commissaire européen à Bruxelles, qui rêverait en plus de devenir Président de l’Union européenne, a une telle conception des médias, alors ce serait légèrement inquiétant.

08/02/2008

Un mot

«Garce». C’est donc le fameux terme qu’a utilisé «Le Parisien» mardi pour qualifier Carla Bruni. Le journal chroniquait un des nombreux ouvrages consacrés à la nouvelle Première Dame et estimait qu’il donnait d’elle l’image d’«une garce». Jeudi, le quotidien s’excusait platement. Dans un articulet intitulé «A nos lecteurs», le directeur des rédactions rappelait que la «volonté de bannir tout parti pris et de respecter la personne, quels que soient sa condition et son statut» figurait parmi les «principes intangibles» de ce journal. Il reconnaissait qu’en utilisant un terme aussi «offensant», il avait – «malencontreusement et sans volonté de nuire» dérogé à ce principe du respect des personnes. Et priait dès lors la Première Dame de bien vouloir accepter ses excuses.

 

Hier, on trouvait ce geste plutôt bien. Les journalistes ont généralement tellement d’ego et donc tant de difficultés à reconnaître publiquement leurs erreurs que, pour une fois que des excuses sont présentées, on trouvait cela assez sain. Et puis, à la mi-journée, dans l’émission de Morandini sur Europe 1, on entendait les deux chroniqueurs de service (le militant antilibéral Christophe Aguiton et le journaliste et écrivain Thierry Wolton, pour une fois d’accord) descendre en flammes ces excuses. Pas du tout nécessaires selon eux, la Première Dame n’étant «pas par essence inattaquable». Exemplatives même, à leurs yeux, de «la grande tradition de la presse française» de se coucher devant «le fait du prince», ou, au minimum, de le louer avec «complaisance».

 

On était un peu chamboulé en entendant cela, et pour tout dire on n’était pas trop d’accord. Les journalistes ont évidemment un devoir constant d’irrévérence envers le pouvoir, mais il y a, nous semble-t-il, des moyens plus subtils de l’exercer que de recourir à l’insulte. N’empêche, ce matin encore, en y repensant, on n’était pas trop sûr d’avoir raison. Et puis, un coup d’œil jeté au dictionnaire a achevé de nous convaincre que l’emploi de ce mot méritait bel et bien des excuses.

 

D’abord, parce que «garce» est un terme insultant. «Le Robert» le rappelle: il signifie «fille de mauvaise vie», «femme, fille méprisable ou méchante, dont on a à se plaindre». Par analogie, il désigne «une chose désagréable, fâcheuse: Cette garce de vie». Et le dictionnaire de renvoyer aux termes «putain», «chameau», «chipie», «vache», «salope» et «chienne».

 

Ensuite, parce que «garce» est un mot sexiste. Il est né au douzième siècle du mot «gars». Jusqu’au seizième siècle, il a même servi de féminin à ce terme. Depuis, il est exclusivement utilisé au féminin: jamais un homme ne sera traité de «garce». Mais avec sa féminisation, ce terme a pris une acception négative, insultante même, alors que son pendant masculin, lui, n’a aucune connotation péjorative. «Le Robert» toujours nous le confirme: «gars» signifie «garçon, jeune homme». A l’inverse de «garce», il ne renvoie qu’à des termes assez neutres: «mec», «type», «gaillard». Et les expressions consacrées dans lesquelles il apparaît sont (à l’exception d’«un drôle de gars») plutôt bien connotées : «un petit gars», «un brave, un bon gars», «un beau gars», «les gars de la marine» etc.

 

«Garce» fait donc partie de ces mots français par essence insupportablement sexistes. Mot que, du coup, à notre humble avis et sans vouloir donner de leçons à quiconque, les journalistes devraient se garder d’utiliser, que ce soit pour parler d’une Première Dame ou de n’importe quelle autre femme.

30/01/2008

Une curiosité

Une responsable de Robert Laffont l’admettait de bonne grâce, voire avec une certaine gourmandise, à la radio ce matin: les maisons d’édition sont en train de faire le siège du cabinet d’avocat défendant Jérôme Kerviel, le trader qui a fait sauter la Société Générale. Objectif de ces discrètes mais fiévreuses sollicitations? Conclure un contrat avec le jeune homme pour qu’il raconte son aventure dans un livre. Des producteurs seraient même intéressés par le rachat de ses droits, afin d’adapter son histoire au cinéma. La même chose arriva à Nick Leeson, le jeune trader installé à Singapour et dont les placements fous, en 1995, entraînèrent la faillite de la banque britannique Barings. Il vendit ses droits pour la bagatelle de 500 000 €. Et la radio de le préciser ce matin, en substance: «Depuis, d’ailleurs, Nick Leeson monnaie ses interventions dans les médias: c’est 1500€ l’interview».

 

Tiens, c’est curieux, s’est-on dit en entendant cela. On a lu, entendu et vu des interviews de ce Nick Leeson dans les médias français, depuis l’éclatement du scandale de la Générale. Mais jamais on ne nous a dit que ces interviews avaient été achetées. Ce n’est pourtant pas un détail anodin. Dans le paysage international de la déontologie médiatique, les journalistes français avaient déjà innové en acceptant de longue date que les personnalités interviewées relisent et corrigent leurs propos avant publication, ce que n’accepterait jamais, par exemple, un journaliste anglo-saxon. Si maintenant les médias français se mettent à monnayer ces mêmes interviews, on n’est pas sorti de l’auberge.

 

Autre curiosité journalistique dans cette affaire Kerviel, ce matin: les fuites sur la perquisition qui s’est déroulée vendredi dans l’appartement du jeune trader, à Neuilly-sur-Seine. Le grand public a eu droit à tous les détails. De la marque des cigares fumés par le jeune homme jusqu’à son livre de chevet ayant provoqué le plus de sarcasmes journalistiques: «un numéro de la revue Investir intitulé «Comment s’enrichir en 2008», voyez Messieurs-Dames comme c'est cocasse. En passant par la précision condescendante que son ameublement était «plutôt sommaire». Ou ce scoop: sur sa table de salle à manger, les enquêteurs ont trouvé… «une canette entamée». Pour peu, on nous aurait décrit par le menu le contenu du frigo de Jérôme Kerviel et la couleur des caleçons retrouvés dans sa garde robe.

 

Journalistiquement, quel est donc l’intérêt de ce genre d’informations? Que les médias dressant le portrait de Jérôme Kerviel, pour l’humaniser un peu et sortir du strict CV, y glissent que l’intéressé aime le judo et était sur Facebook, d'accord. Mais ici, on peine à trouver la valeur ajoutée de ces détails croustillants. En plus, cette confusion entre journalisme et voyeurisme, entre investigation et curiosité malsaine, enfreint allègrement le droit à l’intimité qui devrait bénéficier à toute personne et donc à tout accusé, a fortiori présumé innocent.

 

Ce déballage d’un goût douteux devient carrément minable lorsque les médias vont jusqu’à préciser que, dans la bibliothèque du trader, on a notamment retrouvé… «un exemplaire du Coran comprenant une version arabe et sa traduction en français». On imagine les frissons d’excitation qui ont dû parcourir les chaumières à la révélation de cette information: pensez-donc, Messieurs-Dames, on a retrouvé le livre saint de l'islam dans la bibliothèque du jeune «terroriste», comme l’avait décrit le PDG de la Générale, Daniel Bouton. Pénible. 

18/01/2008

Un «vandalisme»

48a58f365b1fdaa33c074ecb7641fcce.jpgLe face-à-face a lieu cet après-midi, à 15h30. Dans les bureaux feutrés et si chics du ministère de la Culture, rue de Valois, d’où l’on jouit d’une vue splendide sur les si beaux jardins du Palais Royal. Et ce face-à-face s’annonce tendu. D’un côté de la table, le célébrissime peintre, sculpteur et plasticien français Daniel Buren, dont les bandes verticales alternées blanches et colorées de 8,7 cm de largeur, répétées à l’infini sur d’innombrables supports, ont fait le tour du monde depuis leur invention au milieu des années soixante. De l’autre côté de la table, la ministre de la Culture Christine Albanel. Au centre de leurs discussions, l’avenir d’une des installations d’art contemporain les plus populaires et renommées de Paris: les fameuses colonnes de Buren, dans la Cour d’honneur du même Palais.

 

 

Fin décembre, le plasticien piquait une colère. Il menaçait carrément de démolir lui-même son œuvre si l’Etat persévérait à ne pas l’entretenir correctement. Ce ne sont pas les 260 colonnes proprement dites qui sont endommagées. Au contraire, depuis leur installation en 1986, elles ont même plutôt bien résisté aux affres du temps et aux assauts conjugués provenant des millions d’enfants qui les ont escaladées, de touristes qui s’y sont adossés, de promeneurs qui les ont frôlées et de skaters qui s’y sont juchés. Remarquez aussi que, fait exceptionnel, ces colonnes sont épargnées par les graffitis, ce qui témoigne du lien affectif qui les unit aux Parisiens. En piètre état, en revanche, est le reste de l’installation qui accompagnait à l’origine ces colonnes. Ainsi, depuis huit ans, la fontaine souterraine qui court sous la Cour d’honneur est asséchée et les éclairages multicolores qui devaient mettre le tout en valeur la nuit sont éteints. Ce n’est pas un vice originel de construction qui est en cause, mais un problème d’entretien de l’installation.

 

 

Du coup, Buren crie au «vandalisme d’Etat». Il s’insurge que le ministère de la Culture, propriétaire de l’œuvre, l’ait laissée «dépérir» alors qu’elle est classée aux monuments historiques. «A quoi sert de classer une œuvre si on la mutile faute de soins, de léthargie administrative ou d’incompréhension foncière de ce qu’est l’art?», interroge-t-il. Ce matin, il a réitéré sa menace: estimant son «droit moral» de créateur mis en jeu, il a averti qu’il réclamerait la destruction «de façon radicale» de son œuvre si l’Etat n’enrayait pas rapidement son processus de dégradation.

 

 

La ministre devrait tenter de calmer l’artiste en dégainant un plan pluriannuel de restauration du Palais royal s’étalant jusqu’en 2011. Plan dont bénéficieront, outre les façades de la rue de Valois, les locaux de la Comédie française et la galerie d’Orléans, les fameuses colonnes noir et blanc de Buren. Mais les défenseurs du plasticien dénoncent déjà «une réponse dilatoire». Dès lors, de très rapides travaux provisoires destinés à assurer la durabilité des colonnes, et accessoirement à clore cette vilaine polémique, pourraient être annoncés dès cet après-midi.

07/01/2008

Une avidité

1043833e53186d1f0d963bf9ebf1acbd.jpgIl y a au moins une chose incontestablement gênante dans toutes ces photos que l’on a vues ce week-end du couple Sarkozy-Bruni en escapade à Petra, en Jordanie. C’est l’attitude manifestée sur ces clichés par l’enfant de la chanteuse.

 

L’assaut des paparazzi perturbe visiblement très fort le gamin. Sur la plupart des clichés, on le voit exprimer son trouble en se cachant le visage derrière ses mains, en abaissant la capuche de sa veste sur ses yeux, en tentant de se dissimuler derrière son écharpe, etc. Son malaise est si évident et, pourtant, la séance photo se poursuit, comme si de rien n’était. Personne ne semble remarquer son malaise. Ni les deux personnalités, qui continuent à prendre la pose et à minauder devant les photographes. Ni ces derniers bien sûr, qui continuent à shooter leurs modèles sans état d’âme.

 

Cette double et réciproque avidité médiatique bouscule décidément tout le monde et ne respecte rien, même les plus fragiles. Une voracité qui semble d’ailleurs complètement entrée dans les mœurs: aucun cliché diffusé ce week-end n’a flouté le visage de l’enfant, pas plus que les commentaires sur cette séance photo ne se sont étendus sur le traitement pénible qui lui était réservé.

 

Le Président Chirac lui au moins, en accord avec sa fille Claude, a eu la décence, pendant de très longues années, de protéger son petit-fils du cirque politico-médiatique.

11/12/2007

Un soupçon

a8f284d7e71b146675c7d99dca8b84c6.jpgCette indiscrétion entendue au saut du lit à la radio, ce matin. Qui donnait l’envie de hurler, ou de retourner se coucher et de s’enfouir la tête sous l’oreiller, hébété.

 

Les autorités françaises soupçonnent la présence, dans l’imposante délégation entourant le colonel Kadhafi, actuellement en visite à Paris, des propres agents de sécurité qui ont fait torturer, voire ont eux-mêmes torturé, les infirmières bulgares lors de leur détention.

 

Interviewé ce matin, un des avocats français de ces infirmières n’était pas en mesure d’assurer effectivement la présence de ces tortionnaires présumés. Mais il n’avait pas l’air d’être plus étonné que cela par cette hypothèse. Et il confirmait l’existence de ce soupçon nourri en haut lieu.

 

Le pire, c’est que, même s’il était établi que ces bourreaux font bel et bien partie de la délégation libyenne, ils pourraient probablement regagner sans encombre leur pays.

 

Parce que la justice française a, de tous temps, été extrêmement frileuse à juger les tortionnaires et a même souvent été prise en flagrant délit de complaisance à leur égard – les victimes du génocide rwandais et leurs avocats le rappelleront encore, jeudi à Paris.

 

Parce que, aussi, l’usage diplomatique le veut ainsi. Ce même «usage» qu’invoquait hier Rama Yade, dans sa retentissante interview,  pour justifier le récent coup de fil de félicitations de Nicolas Sarkozy à Vladimir Poutine. Parfois, décidément, il n’y a rien de pire que les usages.

06/12/2007

Un soupir

On s’était pourtant  réveillé de relativement bonne humeur ce matin. Mais on n’a pas pu s’empêcher de pousser un long soupir, entre lassitude et agacement.

 

C’était à la radio. On ne se souvient plus trop sur quelle chaîne – le niveau général des tranches d’infos matinales est tel, en ce moment, qu’on zappe sans ménagement. Un animateur racontait une anecdote survenue à Paris récemment. Johnny Hallyday allait essayer des costumes chez Dior. Dans cette même boutique de l’avenue Montaigne que Nicolas Sarkozy a l’habitude de privatiser pour ses essayages personnels les soirs de semaine, après 21 heures. Là, le chanteur tombait sur Rachida Dati elle-même en plein essayage. Trouvant cela trop drôle, Hallyday appelait Nicolas Sarkozy sur son portable pour lui narrer la scène. Le Président, à son tour, faisait se marrer l’idole des jeunes en lui révélant qu’il était précisément en train de déjeuner avec la chanteuse pour ados Chimène Badi, dont il est fan. C’était donc l’anecdote politique-pipol du jour. Et, en studio, tout le monde avait l’air de trouver follement épatante cette proximité entre hauts dirigeants de l’Etat et artistes de variété.

 

Dans la foulée, sur une autre chaîne, on feuilletait, visiblement avec ravissement, le dernier numéro de «Match» sorti ce matin. Où, une fois de plus, Rachida Dati minaude comme une top-model, photographiée dans un palace parisien en robes de haute couture. «La Garde des Sceaux ressemble vraiment à Eva Longoria», l'héroïne de sit-com américaines, s’enthousiasmait le confrère au micro.

 

La veille, on avait eu droit à Andrée «Dadou» Sarkozy, la mère du Président, qui, dans un autre illustré de papier glacé, «Point de Vue», avait révélé à la France entière combien elle trouvait ses deux petites-filles «très distantes, très froides, comme leur maman» Cécilia Sarkozy. Imaginez ce que vous ressentiriez si votre propre grand-mère pensait cela de vous et le disait tout haut dans les médias, devant des millions de gens…

 

La veille encore, lundi donc, on avait ressenti ce même sentiment de gêne effarée – ou d’effarement gêné, comme on veut –  en lisant en embargo l’ouvrage de Ségolène Royal, sorti en librairie mardi. La candidate socialiste à l’Elysée y révélait que son ex-compagnon François Hollande avait «récemment parlé de revenir» à la maison. Mais qu’elle lui avait «dit que ce n’était pas une bonne idée». Du coup, ce matin, toutes les critiques de fond faites par le patron des socialistes à l’ancienne candidate (sur son tropisme bayrouïste, son inaptitude à l’autocritique, etc.) étaient rabaissées par les commentateurs à de vulgaires règlements de comptes post-conjugaux.

 

Un soupir, donc. Devant ces déballages d’états d’âme sur la place publique. Cet étalage permanent d’une jouissance si parvenue du pouvoir. Cette mise en scène en direct et en temps réel d’égos surdimensionnés, de caprices d’enfants gâtés. Tout cela manque cruellement de pudeur et d’élégance. Tout cela commence vraiment à friser la vulgarité.

29/11/2007

Une idiotie, ou l'autre

Les petites phrases stupides d’hommes politiques se succèdent avec une telle rapidité en ce moment que, si cela continue, on n’aurait pas de mal à alimenter dans ce blog une rubrique hebdomadaire de bonnet d’âne. Pour preuve, les derniers exemples les plus nauséabonds.

-Brice Hortefeux, ministre UMP de l’Identité nationale et de l’Immigration, répondant dimanche soir à un journaliste télé qui lui demandait s’il y aurait «toujours des sans-papiers sur le territoire français»: «Ben, si vous rêvez d’une société idéale dans laquelle il n’y aurait que des citoyens honnêtes, propres… ». Depuis le mémorable «le bruit et l’odeur des étrangers» de Jacques Chirac en 1991, aucun dirigeant français n’avait ainsi osé faire allusion à la propreté des étrangers. En outre, en tant qu’étranger muni de papiers en règle, on se permet de rappeler à ce ministre qu’être sans-papiers, donc être clandestin, c’est être dans l’illégalité. Point. Ce n’est pas forcément être malhonnête. En revanche, des tas d’étrangers sans-papiers vivant en France sont indéniablement victimes de malhonnêtes eux 100% français: employeurs, marchands de sommeil ou même agents de l'Etat - comme l’ont montré les scandales de corruption ayant éclaboussé, il n’y a pas si longtemps, la préfecture de police de Paris.

-Henri Emmanuelli, député socialiste, évoquant hier soir les émeutes: les forces de l’ordre déployées en banlieue donnent «l’impression d’une police d’occupation». D’abord, déploie-t-on jamais assez de moyens quand il s’agit d’empêcher que des écoles et des bibliothèques publiques brûlent, ce qui est tout de même le sommet de la stupidité politique? Ensuite, comment peut-on encore utiliser impunément en France l’expression «occupation», si lourdement connotée historiquement?

 

-Mohammed Cherif Abbès, ministre algérien, dans «Le Figaro» hier, à quelques jours du voyage officiel en Algérie du chef de l’Etat, a ironisé sur «les origines du Président» et les «véritables architectes de l’arrivée de Sarkozy au pouvoir: le lobby juif». Dans le passé, l’obsession pour les «lobbys» (lobby juif, lobby franc-maçon, lobby gay, etc.) a toujours été l’apanage des pires dictatures. A présent, seule l’extrême-droite utilise cette thématique. Ce ministre étant toujours en place et n’ayant, aux dernières nouvelles, pas été sanctionné, Nicolas Sarkozy peut-il encore décemment se rendre dans ce pays? 

09/11/2007

Un raté

d1c3f115b8925c9f04c9a0e9c2be258a.jpgC’est dans le grand quotidien milanais «Il sole-24 ore» que, via «Le Courrier International», l’on découvre cette perle. Le fameux et si populaire dispositif parisien de vélos en libre service «Vélib’» (de même que ses déclinaisons régionales: «Vélov» à Lyon, «Le Vélo» à Marseille, etc.) aurait pu voir le jour dans l’Hexagone … il y a près de 20 ans déjà! Si, à l’époque, les dirigeants français avaient fait preuve d’un peu plus de clairvoyance.

 

Si l’on en croit «Il Sole», en effet, en 1985 déjà, un ingénieur et génial inventeur italien du nom de Pedro Kanoff avait mis au point et déposé le brevet de ce dispositif, avec toutes ses spécificités actuelles (abonnement à prix modique, paiement par carte à puce, etc.). Et il l’a vainement proposé à la France.

 

Le 16 octobre 1989, précisément, il avait été reçu à sa demande à l’Elysée, dans l’espoir d’obtenir un soutien des autorités françaises au lancement de ce service à Paris et en province. Il avait été reçu poliment mais sans doute distraitement par Jacques Attali, qui était à l’époque un des plus proches conseillers du Président Mitterrand. L’entretien avait à peine duré un quart d’heure. A l’issue de celui-ci, le sherpa du chef de l’Etat avait décliné l’invitation. La lutte contre le réchauffement climatique, dû notamment à la pollution automobile, n’était pas encore un thème politique à la mode. Surtout, il ne fallait pas fâcher des lobbys puissants. «Nous ne sommes pas fous», aurait argumenté Jacques Attali: «Ce que vous proposez va contre l’industrie de l’automobile et du pétrole».

 

L’inventeur italien s’en était retourné bredouille et marri en Italie, où son invention n’avait, pas plus qu’en France, séduit les autorités. Ensuite, son brevet était tombé dans le domaine public. Ce qui a permis, vingt ans plus tard, au groupe français Decaux de l’exploiter pour pas un rond (mais en échange de juteuses contreparties financières de la part des municipalités concernées) et de le populariser un peu partout dans le monde…

07/11/2007

Une télé

814cff5cdc7c5515769f0eb7168a5252.jpgFrançoise de Panafieu peut se faire du souci. Et triplement. D’abord, la députée UMP, qui ambitionne de détrôner le maire de Paris, Bertrand Delanoë, aux élections municipales de mars prochain, est très en retard derrière lui dans les sondages. Ensuite, elle peine visiblement à constituer une équipe autour d’elle: l’annonce de la composition de ses listes électorales, qui était prévue ce matin, vient à nouveau d’être repoussée. Enfin, sa communication est en dessous de tout.

 

On trouve une lumineuse illustration de ce dernier point en jetant un coup d’œil sur «Panaf TV» (prononcer évidemment à l’américaine: «Panaf Tiviii»), la télé (sur le net) de la candidate. Cette dernière née du PAF, en ce moment dans la capitale, soit fait hurler de rire les gens (de gauche), soit (pour les gens de droite) les plonge dans un état d’effarement consterné (de consternation effarée, cela marche aussi).

 

Il y a de quoi. Cela commence mal dès la vidéo de lancement de la chaîne. La candidate a un débit trop lent, son arrière plan de fenêtre est totalement inintéressant, son dodelinement permanent de la tête est on ne peut plus agaçant, son manque de fraîcheur et d’enthousiasme est évident. Le clip consacré à un meeting récent de Panafieu dans le 17ème arrondissement est à l’avenant: la candidate est filmée de beaucoup trop loin, elle a l’air plongée dans l’obscurité et son auditoire semble assommé d’ennui. Bref, le téléspectateur normalement constitué tient maximum 45 secondes, puis zappe irrémédiablement. La vidéo de témoignage d’habitants du 18ème est (un peu) mieux, mais ponctuée tout de même d’enchaînements de séquences graphiquement et musicalement très datés, pour ne pas dire carrément ringards. Reste à se mettre sous la dent, pour le spectateur de «Panaf TV» particulièrement motivé, une déclaration de soutien de la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet (voilà qui va certainement motiver des centaines de milliers d’électeurs parisiens) et une invitation à une réunion de quartier qui se tient jeudi - là aussi, un monument d’horreur audiovisuelle (mur beigeasse atroce en arrière-plan, gestuelle beaucoup trop appuyée, ton soporifique, etc.)

 

Pas sûr, dès lors, que cette nouvelle «Panaf TV» va exploser l’audimat. Pas sûr non plus cette chaîne de télé va, comme c’était son objectif initial, booster la popularité et la notoriété de la candidate UMP à la mairie. Elle risque, au contraire, de miner sa crédibilité.

 

Notez que, ce que les électeurs parisiens demandent sans doute à Françoise de Panafieu, c’est de savoir gérer une ville, pas de savoir faire de la télé. Peut-être faudrait-il le rappeler à l’intéressée.

02/11/2007

Une médisance

fd040b3d6083f248430f9b3218e05cca.jpgParfois, décidément, on entend vraiment n’importe quoi à la radio, le matin. Y compris dans la bouche des commentateurs politiques les plus influents. Ainsi, l’autre jour, entre autres explications elles plus sensées, l’éminent journaliste Franz-Olivier Giesbert entamait de la sorte son éclairage sur les raisons pour lesquelles, selon lui, le salaire de Nicolas Sarkozy vient d’être augmenté de 140%.

 

«Je vois plusieurs raisons. D’abord, je vais être indiscret: l’urgence, c’est-à-dire le divorce. Le Président vient de divorcer pour la deuxième fois, et un divorce ça coûte «bonbon», pardon, cher, très cher. Tous ceux qui sont passés par là le savent ».

 

On est vraiment tombé des nues en entendant cela.

 

Pour rappel, en prenant ses fonctions, le chef de l’Etat a déposé au Conseil constitutionnel une déclaration de patrimoine évaluant ce dernier à plus de 2 millions d’euros, ce qui n’est tout de même pas rien. Au demeurant, il est assujetti à l’impôt sur la fortune. Dès lors, a-t-il vraiment besoin d’un rabiot de salaire pour payer la pension alimentaire de son ex-épouse ? On peut en douter.

 

En outre, affirmer une chose pareille n’est pas léger ni innocent. C’est sous-entendre carrément que c’est le contribuable qui va payer pour les peines de cœur de son Président, et qu’en plus il va devoir payer cher. C’est donc, typiquement, le genre d’informations, qui, entendue à la radio au saut du lit le matin, peut entraîner deux types de réactions malsaines chez des millions d’auditeurs. Renforcer l’anti-politisme et le poujadisme latents. Ou/et alimenter un sexisme rance. On entend déjà les réflexions lancée au-dessus du grille-pains, entre deux gorgées de café au lait, par Monsieur à Madame, tous deux en pyjamas: «Tu entends ça, chérie! La Cécilia, avec ses goûts de luxe, elle nous l’a vraiment plumé, notre Président!»

 

Surtout, s’agit-il vraiment d’une information ? Cet éditorialiste était-il dans le cabinet du juge au moment où les Sarkozy y divorçaient? Non. A-t-il reçu copie de leur convention de divorce stipulant le montant de la pension alimentaire à verser par Nicolas à Cécilia Sarkozy? Vraisemblablement non. Le Président lui a-t-il confié en aparté qu’il était fauché? C’est tout de même peu probable.

 

Dès lors, ladite information ne relève sans doute que du ragot colporté dans les couloirs des palais nationaux. Du coup, en le relayant à la radio, Franz-Olivier Giesbert n’a pas tant été «indiscret», comme il le prétend avec gourmandise. Il a surtout été médisant. 

23/10/2007

Une colère

C’était un spectaculaire moment de tension télévisée. Une colère qu’on n’avait plus vue à la télé depuis le fameux duel entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, pendant les présidentielles. C’était hier soir, sur le plateau du «Grand Journal».

Augustin Legrand, le charismatique leader de l’association «Don Quichotte», à l’origine des campements de tentes de SDF qui ont fleuri dans la capitale l’an dernier, et Jean-Pierre Raffarin, l’ex-Premier ministre, étaient les invités. Le premier s’insurgeait: un an après, les 27000 places d’hébergement promises l’hiver dernier aux SDF n’ont même pas encore été toutes livrées. Le second, plus notable ronronnant et patelin que jamais, invitait à de paisibles caucus, à de consensuelles tables rondes. Augustin Legrand trouvait son indolence insupportable. Il pointa du doigt vers l’ancien chef du gouvernement et lui dit qu’à ce titre, pour n’avoir rien ou très peu fait, il  avait une part de responsabilité personnelle dans le désastre des mal-logés. Raffarin n’apprécia pas. Accusa son interlocuteur, comédien de profession, de «faire du spectacle». Regretta qu’il lui manque de respect. Le leader des SDF leva les yeux au ciel, comme si le respect sauvait des vies quand la température descend à 3 degrés la nuit en ce moment, à Paris.

Michel Denisot tenta alors de s’interposer. Peine perdue, l’affrontement continuait. Cinq minutes plus tard, l’animateur cloua le bec à Augustin Legrand en lui faisant remarquer que les 10 minutes octroyées à ce sujet par la conduite de l’émission étaient déjà largement dépassées - «vous comprenez, on a nous aussi des obligations» et bla bla bla. Legrand lui lança un regard sidéré. Dans lequel on voyait bien ce qu’il se demandait: «Mais dans quel monde vit-on? Que diable valent donc une ou deux minutes de plus ou de moins quand on parle de la vie de gens? Quand cet hiver, on va encore mourir la nuit dans les rues de Paris?» Le leader des SDF manqua d’exploser devant une telle légèreté qui confinait tant à l’indignité. Il eut la sagesse de ne rien dire. Mais, avec raison, quitta le plateau.

Puis ce fut la météo, la pub, le zapping avec Victoria Beckham ou Britney Spears on ne sait plus trop, les Dieux du Stade et Marc Lavoine en plateau. Le cirque habituel et écoeurant de la télé promo.

09/10/2007

Un magot

522fd4c55b5c9443e1dd9b9d252ea932.jpgAvec les camelots de la pub au moins, on n’est jamais déçus: ils sont toujours les premiers sur la balle, prêts à rebondir sur les dernières passions de l’opinion. Deux illustrations avec des nouvelles tombées ce matin.

Un: Sébastien Chabal, vient de confirmer son agent, va tourner un spot publicitaire pour… Gillette. Bon sang mais c’est bien sûr, quelle trouvaille, comme c’est spirituel et drôle: le rugbyman le plus hirsute et poilu du Mondial, limite Cromagnon, qui fait de la réclame pour des rasoirs, cela va cartonner.

Deux: TF1 a finalement haussé de 120000 à 150000 euros le tarif de ses spots publicitaires de 30 secondes pour la soirée télévisée de rugby de samedi prochain, qui verra les Bleus affronter l’Angleterre. Allongez la monnaie: une seconde de bidoche ou de détartrant WC vaudra donc 5000 euros, quatre SMIC en gros. Et si les Bleus parviennent en finale, les 30 secondes dépasseront carrément les 200000 euros. Avec de tels tarifs, même si les Bleus s'arrêtent samedi dans la compétition, la chaîne privée est d’ores et déjà assurée de rentrer dans ses frais. On est ravi pour elle.

Vu l’actuel climat d’euphorie nationale autour de ce Mondial, interdiction formelle, absolue et rigoureuse évidemment de jouer les gâte-sauces et de bougonner que toutes ces folles sommes d’argent liées aux business dérivés de la compétition auraient peut-être pu être utilisées à meilleur escient.