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27/04/2012

Un «humour» vraiment pénible

Elections présidentielles, Personnalités, Femmes, HumourCe qui est parfaitement admissible et même franchement comique dans la bouche d'un humoriste-imitateur (relire ici) ne l'est pas du tout dans celle d'un politique. On l’a bien vu hier.

 

Le député sarkozyste Lionnel Luca (figure de proue de l'aile la plus à droite de l'UMP) s'en est pris, lors d'un meeting, au présidentiable socialiste en ces termes: «Hollande, qui a retrouvé une femme: Valérie "Rottweiler". Et c'est pas sympa pour le chien, ça!» Cette tirade en suivait d’autres, du même acabit sexiste et machiste, visant d'anciennes ministres sarkozystes et la candidate écologiste à la présidentielle. «Fadela Amara, ben moi j'ai toujours préféré Rachida Dati, d'abord parce qu'elle est moins moche et parce qu'elle a fait campagne pour le Président ». Eva Joly, «le seul truc à récupérer chez elle, c'est ses lunettes, elles sont modernes. Eva Joly, ouverte, généreuse... J'ai une pensée émue pour ceux qui sont passés entre ses mains».

 

Nicolas Sarkozy en personne, hier soir à la télé, s’est dit «désolé» de ce dénigrement de la compagne de son adversaire. Auparavant, plusieurs caciques de l’UMP, assez gênés, avaient déploré des propos qui «ne sont pas du niveau d'une campagne électorale». Et la propre porte-parole du candidat UMP, Nathalie Koscisuko-Morizet, avait sèchement rappelé que «misogynie et insultes ne peuvent tenir lieu d'argumentaire politique».

 

Le plaisantin n’a pas du tout apprécié d’être ainsi désavoué dans et par sa propre famille politique. «Cinq minutes de plaisanteries, sur 1h20 de conférence!», a-t-il fulminé. «Si on ne peut plus faire de l'humour, même si on le trouve discutable, la France est vraiment mal barrée!», s'est-il indigné.

 

C'est surtout «La France forte» qui, avec d'aussi pénibles individus, nous semble vraiment mal barrée. En termes de dignité.

28/03/2012

Une déclaration puérile

Langue française, Gouvernement, Personnalités, Institutions, Sarkozy, Juppé, Police, SécuritéHier matin, on croyait que cela allait passer, donc on avait parlé d'autre chose, dans ce blog. Mais non: 24 heures plus tard, elle ne passe toujours pas, cette petite phrase d'Alain Juppé. Donc parlons-en.

Le ministre des Affaires étrangères était interrogé à propos de Mohammed Benalel Merah, le père du tueur de Toulouse et Montauban, qui a dit vouloir porter plainte contre la France «pour avoir tué» son fils lors de l'opération menée contre lui par le Raid. Dixit donc Alain Juppé: «Si j’étais le père d’un tel monstre, je me tairais, dans la honte». Variantes, pendant toute la journée d'hier: le socialiste François Hollande, qui lui aussi trouve que le père de l'assassin aurait mieux fait de «se taire», ou Nicolas Sarkozy, qui a dit son «indignation» qu'une telle plainte contre l'Etat français puisse être envisagée, de la part du père d'un individu aussi abject et auteur de crimes aussi nauséeux.

Sur la forme, d'abord, les mots ont un sens. Soyons donc «précis», comme Nicolas Sarkozy n'arrête pas de le réclamer de la part des journalistes. Mohammed Merah n'est pas «un monstre». Ni «un diable», comme on l'a aussi entendu, hier. Les «monstres» et les «diables», laissons cela aux contes pour enfants. Dans un langage non puéril mais adulte, ce tueur était, en termes idéologiques, un extrémiste fanatisé. Et, en termes psychiatriques, un psychopathe. Ce qui, bien entendu, n'enlève rien au caractère monstrueux de ses crimes.

Sur le fond, rendre un père responsable des actes de son fils quand ces actes dépassent à ce point l'entendement, relèvent du fanatisme illuminé et/ou du désordre mental, on trouve cela péniblement puéril. De la part de responsables politiques, on est en droit d'attendre des réflexions dépassant le niveau de propos du café du commerce (les «enfants bien élevés», etc.).

Langue française, Gouvernement, Personnalités, Institutions, Sarkozy, Juppé, Police, SécuritéEt puis, qu'est-ce donc ce 2 poids, 2 mesures? D'un côté, à Paris depuis une semaine, la classe politico-médiatique s'interroge sur le déroulement de l'opération du Raid à l'issue de laquelle Mohammed Merah a été tué. On parle même d'une mission parlementaire d'information. Mais, d'un autre côté, à Alger, le père de l'intéressé, lui, aurait juste le droit de «se taire»? De ne pas poser de questions? De ne pas demander d'éclaircissements?

N'en déplaise à Nicolas Sarkozy, on trouve que ce ne n'est pas insulter la République que de demander des comptes sur les actes posés par ses corps d'élite: c'est à l'honneur de toute démocratie. Ce n'est pas douter a priori du professionnalisme du Raid que d'accepter que ses opérations fassent l'objet d'une enquête a posteriori. Ce n'est pas minimiser les crimes de Mohammed Merah ni souiller la mémoire de ses victimes que d'estimer que la France a tout à gagner à ce que les conditions de la mort du tueur soient éclaircies. En revanche, oui, refuser que la justice, en toute indépendance et impartialité, enquête sur cette mort-là, c'est prendre le risque de nourrir le soupçon qu'il y aurait des choses à cacher.

Ce qui n'empêche qu'on a parfaitement le droit, bien entendu, d'éprouver de «l'indignation» en constatant que le père du tueur, hier, n'a, que l'on sache, pas condamné les crimes de son fils. Pour cela, oui, il devrait avoir «honte».

Mais ne mélangeons pas tout. Même à moins d'un mois des présidentielles.

21/03/2012

Une stupéfiante différence de traitement

Médias, Télévision Journalisme Stupéfaction à la vue d’un sujet du 20 Heures de TF1, mardi soir. Un sujet à propos de la minute de silence qui a été observée le matin même dans toutes les écoles de France, en hommage aux quatre personnes assassinées lundi dans une école juive de Toulouse.

 

Après des plans montrant cette minute de silence, tournés dans différentes écoles du pays, le sujet donnait la parole à quelques-uns des élèves qu’on venait de voir. Les enfants des écoles publiques apparaissaient naturellement à l’image: témoignaient à visage découvert. Mais les écoliers filmés dans les écoles juives, eux, étaient présentés de manière à ne pas être reconnaissables: filmés de dos, en plongée, avec des plans cadrés sur une partie seulement de leur visage, etc.

 

Pourquoi cette différence de traitement? Différence dans la manière de présenter à l’écran un enfant interviewé, selon qu’il appartient à telle ou telle communauté? Différence que, cela dit, on n’a vue nulle part ailleurs qu’au 20 Heures de TF1 – mais peut-être cela nous a-t-il échappé.

 

Soit ce sont les écoliers juifs interviewés et/ou leurs parents et/ou leurs enseignants qui, mardi matin, ont demandé à l’équipe de TF1 que leurs visages soient filmés et cadrés de manière à ne pas être identifiables. Auquel cas, cela aurait dû être dit aux téléspectateurs. Et développé journalistiquement. Car, dans le contexte actuel, ce ne serait pas une mince information que des membres de la communauté juive de ce pays ne souhaitent plus, par peur par exemple, apparaître et être reconnus comme tels dans le JT le plus regardé de France.

 

Médias, Télévision Journalisme Soit cette différence de traitement résulte d’une initiative prise par le journaliste de TF1, son cameraman et/ou leur rédaction en chef. Le cas échéant, cela aurait dû être expliqué aux téléspectateurs. Et justifié. Car ce choix rédactionnel serait tout sauf léger, dans ce pays et dans le climat actuel qu’il connaît.

 

Mardi soir, les millions de téléspectateurs du 20 Heures de TF1 qui ont pu, comme nous, s’interroger sur une telle différence télévisuelle de traitement entre enfants n’ont pas eu droit au moindre mot d’explication de de Laurence Ferrari.

 

On en est encore stupéfait.

12/03/2012

Une faute de goût

C'est certainement un détail par rapport à l'ampleur de la mobilisation du camp sarkozyste dimanche – ils ont été plusieurs dizaines de milliers à acclamer leur champion en meeting à Villepinte, aux portes de Paris. Mais, 24 heures après, on est toujours effaré par ce dérapage, donc on en parle.

C'était avant même le commencement de ce meeting monumental. Hier matin, sur une radio, un hiérarque de l'UMP – dont, par charité, on taira le nom: ne pas tirer sur l'ambulance – avertissait la gauche qu'une contre-attaque d'anthologie venait d'être lancée contre elle, par la droite. Et, pour en convaincre l'auditeur moyen, d'avoir recours à une image. Selon lui, c'est carrément «un tsunami» qui, d'ici au premier tour, dans 41 jours, va s'abattre sur les anti-sarkozystes.

«Un tsunami», donc. Terme utilisé un 11 mars 2012. Soit le jour même où le monde commémorait la catastrophe de Fukushima, le 11 mars 2011, et honorait la mémoire de ses 20.000 victimes. En entendant une métaphore aussi péniblement déplacée, on était pantois.

08/03/2012

Un manque de panache

Femmes, Activisme, Elections présidentielles, Personnalités, Hollande, Strauss-Kahn, Parti socialisteLe prince de l'esquive. Le roi de l'évitement. Le futur Président de l'accommodement et du renoncement permanents. C'est un des portraits que la droite dresse de François Hollande. Au vu des sondages, l'opinion n'a pas l'air de trop croire à cette description. Mais hier soir, en tout cas, le candidat socialiste à l'Elysée n'a pas saisi l'opportunité qui s'offrait à lui de nuancer ce portrait peu flatteur. En faisant preuve de panache.

C'était à La Cigale: la salle de spectacles du 18ème arrondissement de Paris. On y était, et on a trouvé que c'était assez instructif sur le tempérament de l'intéressé.

En cette veille de la Journée du 8 mars, un collectif d'associations féministes avait invité les présidentiables à venir présenter aux femmes le volet de leur projet les concernant. Le populiste Jean-Luc Mélenchon s'est prêté à l'exercice, comme l'écologiste Eva Joly et l'anticapitaliste Philippe Poutou. Dès que François Hollande ouvrit la bouche, ce fut l'incident. «DSK!», «DSK!», «DSK!» Des féministes radicales, d'un mouvement né dans la foulée des «affaires Strauss-Kahn», tentèrent de déployer une banderole, et balancèrent des brassées de tracts. Tracts où l'on pouvait notamment lire l'une ou l'autre petite phrase prononcée par François Hollande au moment de cette sordide actualité. Son «Tout cela n'est pas une affaire politique, cela n'implique pas le PS», ou son «DSK fait partie des voix que l'on veut entendre».

Le candidat socialiste aurait pu en profiter pour crever l'abcès de cette vilaine affaire. Qui, au PS, donna lieu à tant de remarques déplacées envers les femmes, à tant de commentaires complaisants envers DSK. Mais non, rien. François Hollande fit semblant de n'entendre ni les sifflets, ni les huées, ni les trois initiales fatales. Il fit mine de pas voir que les trublionnes étaient expulsées sans ménagement de la salle. Il continua à discourir, comme si de rien n'était.

femmes,activisme,elections présidentielles,personnalités,hollande,strauss-kahn,parti socialistePolitiquement, dans le chef d'un candidat socialiste dont le propre état-major de campagne comprend nombre de strauss-kahniens, c'était certainement très prudent. Surtout ne pas s'étendre sur le sujet qui fâche, surtout ne pas rouvrir les plaies, surtout faire comme si, oui oui, elles sont désormais cicatrisées.

Cependant, en observant l'homme au moment de cet incident, on trouvait que, humainement, il manquait fameusement de cran.

28/02/2012

Une vision de la femme

Les ex et la campagne présidentielle. Hier soir, sur une télé d'info continue, c'était le thème de l'édito politique quotidien. Cecilia ex-Sarkozy qui, deux fois ces derniers jours, a dit aux médias combien elle croyait aux chances électorales de son ex. Et Ségolène Royal qui, ce mardi pour le deuxième jour consécutif, arpente le Salon de l'agriculture où elle va croiser son ex, François Hollande, dont elle ne manquera pas de faire à nouveau l'éloge. Le confrère éditorialiste en déduisait qu'au moins la course à l'Elysée avait ça de bon de ramener la paix dans des ménages hier brouillés à mort.

En l'entendant, on trouvait tout de même assez macho cette vision utilitariste de la femme, prise comme faire-valoir d'un homme.

Une heure plus tard sur une autre chaîne, François Hollande s'en prenait au «manque d'élégance» de Nicolas Sarkozy. Qui, le matin même, sur une radio, avait ironisé sur l'actuelle compagne du socialiste, Valérie Trierweiler. Parce qu'elle travaille pour une télé de Vincent Bolloré, ce milliardaire qu'on a beaucoup reproché à Nicolas Sarkozy de fréquenter.

Là encore, on avait un mouvement de recul. Devant cette vision de la femme soit punching-ball (s'en prendre à son adversaire en ciblant sa compagne), soit pauvre créature à défendre (Valérie Trierweiler elle-même ayant réagi dès hier matin à la pique sarkozyste, a priori il n'y avait pas besoin d'en rajouter).

On repensait à tous ces «merveilleux!» et autres «fabuleux!» que Carla Bruni avait lancés, il y a dix jours aux micros et aux caméras, en guise de commentaires des prestations de campagne de son mari désormais candidat. Le faire-valoir, à nouveau.

On réalisait alors que, la semaine prochaine comme tous les 8 mars, c'était la Journée internationale des Femmes. On se demandait si, en France, en haut lieu y compris, on n'avait pas encore des progrès à faire, en termes de vision des intéressées.

23/02/2012

Une si irritante absence

Elections présidentielles, International, Médias, JournalismeL'histoire se répète, dramatiquement. Le jeune photoreporter français Rémi Ochlik, mort hier d'un tir de roquette à Homs, en Syrie, avait côtoyé Lucas Mebrouk Dolega, de son vivant: ce confrère qui perdit la vie, lui en Tunisie en janvier 2011. Les deux jeunes gens s'appréciaient, et partageaient la même passion pour le photojournalisme. Ils en sont morts tous les deux. Plutôt que se répéter, on renvoie à la note qu'on avait écrite à l'époque (ici). Rien, hélas, à ajouter.

Ou plutôt si, mais sur un autre point. Comme à chaque campagne présidentielle française, il est frappant de constater combien les grands dossiers de politique internationale sont assez largement absents de la campagne.

Que ferait François Hollande, s'il est élu en mai, pour que la France, au Conseil de sécurité de l'Onu, persuade la Russie à accepter des couloirs humanitaires en Syrie? Ou, pour ne pas se cantonner à ce seul pays, quel rapport le socialiste entretiendrait-il avec le controversé Abdoulaye Wade, s'il est réélu Président du Sénégal? Comment défendrait-il la liberté des journalistes de faire leur métier en Russie, en Chine ou en Birmanie? Rien. On n'en sait rien. Tout le monde à l'air de s'en moquer. Les électeurs français sont priés de ne s'intéresser qu'aux questions franco-françaises: strictement, étroitement, hexagonales.

Cette absence des questions internationales dans la campagne, elle était plus manifeste et irritante que jamais hier soir, au 20 Heures de France 2, où était reçu Nicolas Sarkozy.

Quelle affaire, quelle agitation, quelle sensation, que le mea culpa qu'il y bredouilla, à propos de sa fameuse soirée au «Fouquet's», en mai 2007. En revanche, le jour de la mort de Rémi Ochlik à Homs, il y avait une autre question qui fâche, qui aurait pu/dû être posée au Président sortant. Faisait-il également acte de contrition pour avoir, en 2008, reçu à Paris, en grandes pompes et avec tous les honneurs, son homologue syrien Bachar el-Assad?

Hier, David Pujadas n'a pas pensé (pas osé?) poser cette question à son invité.

Un pays n'a probablement que le buzz médiatique qu'il mérite.

20/02/2012

Une beauferie ordinaire

La beauferie homophobe ordinaire de certains sarkozystes, suite. Après «les tapettes» du ministre David Douillet (relire ici), «la lopette» du député Bernard Debré.

Dans la bouche de ce grand médecin parisien, cela a donné ceci, vendredi, à propos du candidat socialiste à l'Elysée: «On avait tous (...) considéré qu'Hollande était une lopette, en disant c'était rien du tout, que c'était un ectoplasme, un flamby, un mollasson, un type qui n'a pas de caractère: il va s'effondrer. Et bien pas du tout...» Prié par la suite de préciser ses propos, le parlementaire a démenti toute homophobie, et a éructé contre «la censure des mots».

On ignore si David Douillet et Bernard Debré seront conviés à l'Elysée, vendredi. Quand Nicolas Sarkozy y recevra le Premier ministre de Belgique, le socialiste francophone Elio di Rupo, dont l'orientation sexuelle est aussi notoire que revendiquée.

On ne sait pas non plus si le chef de l'Etat français, face à son invité, sera quelque peu gêné aux entournures par les si pénibles tirades de ses deux amis.

15/02/2012

Un terme inutilement violent

Presse, Médias, Journalisme, Elections présidentielles, Langue française Le jour J de Nicolas Sarkozy, donc, ce mercredi. Ou comment, certainement, transformer en incroyable show médiatique et buzz frénétique ce qui, sur le fond, constitue tout de même un non-événement: la confirmation de sa candidature à un second mandat élyséen. On verra cela ce soir, au 20 Heures de TF1.

En attendant, on est tombé en arrêt, ce matin. Tombé en arrêt devant ces colonnes Morris où, dans notre onzième arrondissement comme dans tout Paris, apparaît notamment la couv' du numéro de cette semaine de l'hebdo «Marianne». Avec ce titre: «Le casse-tête de la droite: comment abattre Hollande».

Abattre, donc. Démolir, supprimer, détruire, anéantir, tuer, en somme. D'accord, ce verbe est souvent utilisé au sens figuré: abattre ses cartes, etc. Mais, en l'occurrence, dans un tel contexte, était-il vraiment nécessaire d'y avoir recours? «Comment battre Hollande» n'aurait-il pas suffi? Ou comment «l'emporter sur», «vaincre», «défaire» l'intéressé, etc.?

Cette campagne présidentielle (comme les précédentes) ne s'annonce-t-elle pas déjà suffisamment violente, pour que la presse doive encore rajouter de l'huile sur le feu? En recourant à des titres de «Une» aussi inutilement guerriers, à des accroches aussi pathétiquement viriles? Tout ça, pour mieux vendre.

On n'achètera ni ne lira «Marianne», cette semaine.

03/02/2012

Un vrai scandale

paris,logement,social,vie privée,santé,pauvreté,informatiqueLocataire «alcoolique», qui «n'est pas de nationalité française», ou est «ancien SDF addiction boisson». Habitant «séropositif», «cancer», «personne cardiaque», «sous chimiothérapie», ou «alzeimer aveugle». «Fils cancer Mme malade des poumons», ou «violence conjugale». «Personne très difficile à vivre de tempérament agressif et violent très procédurier», «dépression hôpital psychiatrique», «maladie de parkinson», ou «cancer des intestins opération du cerveau».

Telles sont quelques-unes parmi les innombrables mentions concernant la vie privée des habitants des HLM de la ville de Paris, qui figurent dans le système informatique de l'organisme gérant ces logements sociaux: «Paris Habitat». L'existence de ce gigantesque fichage a été révélée hier par la Commission de l'informatique et des libertés (CNIL): l'organisme qui veille à la compatibilité entre les fichiers électroniques et le respect de la vie privée. Toutes ces informations avaient été collectées par les gardiens d'immeubles de ces HLM, puis illégalement rassemblées et stockées dans les fichiers informatiques de «Paris Habitat». Des associations de locataires, indignées, ont saisi la CNIL. Hier, dans une démarche exceptionnelle (ici), vu la gravité des faits, cet organisme a publiquement mis l'Office des HLM en demeure de détruire ce fichier dans les deux mois, sous peine de poursuites judiciaires.

Dans les médias hier, les dirigeants de cette société ont paru à peine gênés. On a même entendu des propos du genre, en substance: les gardiens d'immeubles ayant commis ce flicage ne pensaient pas à mal, c'était pour mieux connaître et donc mieux venir en aide à ces locataires, etc.

paris,logement,social,vie privée,santé,pauvreté,informatiqueUn tel scandale, dans n'importe quelle autre grande capitale internationale, entraînerait probablement le limogeage sur le champ du patron de l'Office des HLM, et des excuses publiques du maire en personne. A Paris: rien. Aux dernières nouvelles, la hiérarchie de «Paris Habitat» est toujours en place. Et Bertrand Delanoë, pourtant habituellement si prompt à communiquer, ne s'est même pas exprimé sur le sujet.

Encore bravo.

25/01/2012

Une confusion des rôles

Ce mercredi, les députés examinent une proposition de loi inspirée d'un cas dramatique. Elle vise à permettre à tout salarié de faire don de ses heures de congé ou de récupération (au titre de la réduction de temps de travail) à un collègue parent d'un enfant gravement malade, dont le pronostic vital est engagé. Si ce texte est adopté, il s'appellera la «loi Mathis».

Car tel était le prénom d'un enfant à qui, quand il avait dix ans, a été diagnostiqué un cancer du foie au stade 4. Il en est décédé. Son père n'a pu l'accompagner jusqu'à la mort que grâce à la solidarité de ses collègues. Il avait épuisé, au chevet de son enfant, tous ses jours de récup' et de congé. Il aurait donc dû reprendre le boulot. Mais ses collègues lui ayant fait don de 170 jours de récupération, il a pu rester au chevet de son enfant, jusqu'à sa mort. Aujourd'hui, la loi n'interdit pas un tel geste de solidarité dans l'entreprise, mais ne le réglemente pas non plus. En théorie, du coup, chaque employeur est en droit de refuser des faveurs de ce type entre ses employés. Demain, si la loi est votée, cette solidarité sera toujours permise et encadrée.

Très bien? On n'est pas trop à l'aise, en fait, envers une telle initiative législative.

On peut évidemment trouver parfaitement exemplaires les gestes de solidarité de ce type, posés entre collègues. Etant entendu que, dans le monde en général et dans le monde de l'entreprise notamment, sans doute n'y a-t-il jamais assez d'altruisme. Mais on trouve anormal que la présence d'un père au chevet de son gosse agonisant dépende de la générosité, ou non, de ses collèges. Ce n'est pas à des particuliers mais à l'Etat – l'Etat au sens large: les pouvoirs publics, l'assurance-maladie, etc. – à prendre en charge cela. A l'Etat de faire en sorte que le parent d'un gosse en train de mourir ne soit plus forcé de choisir entre, soit abandonner son enfant à son sort, soit perdre son boulot et donc ses moyens de subsistance.

Le père de Mathis, dans les médias ces derniers jours, en a témoigné – et c'était particulièrement émouvant. Après avoir épuisé les trois mois et demi d'arrêt auxquels il avait droit, il a été convoqué par l'assurance-maladie. Où un fonctionnaire lui a dit: «Monsieur, c'est votre enfant qui est gravement malade, pas vous! Vous, vous allez bien. Donc, vous reprenez le travail!»

On peut évidemment voter une telle loi, mais il faudrait d'abord et avant tout s'attaquer aux comportements obtus d'une certaine administration, arc-boutée jusque dans l'indignité sur la réglementation. Après, lorsque l'Etat aura rempli son rôle et modifié à la fois ses pratiques et ses textes, dans le sens de plus d'humanité, alors il sera toujours temps de demander aux citoyens de faire preuve, à leur tour, de générosité. Et l'on pourra alors, sans réserve, saluer cet altruisme.

Mais ce n'est que notre avis.

16/01/2012

Une comparaison (débile)

Personnalités, Gouvernement, Parti socialiste, Copé, HollandeC'était sur une télé d'info continue, ce matin. Le ministre de la Défense, Gérard Longuet, n'a rien trouvé de mieux que de comparer le candidat socialiste à l'Elysée, François Hollande, au capitaine du bateau de croisière «Costa Concordia», qui a fait naufrage ce week-end en Italie. Pour lui, «il y a des capitaines qui frôlent trop les côtes et qui conduisent leurs bateaux sur les récifs. Je trouve que François Hollande côtoie et tutoie les déficits publics avec beaucoup de complaisance».

Comparer le présidentiable du premier parti de l'opposition à un homme qui sera vraisemblablement poursuivi pour homicides involontaires. A un incompétent qui, d'après les témoignages des survivants de la catastrophe, sabrait le champagne avec son second dans un bar VIP alors que leur navire se dirigeait tout droit vers les récifs. A un couard qui, selon ces mêmes sources, a abandonné ses passagers et sauvé sa peau en s'enfuyant dans un des premiers canots de sauvetage.

Alors, on a parfaitement le droit de ne pas apprécier, et même de détester, François Hollande, son parti et son programme. Mais une comparaison de cet acabit est profondément débile. Et, s'il s'agit d'un trait d'humour, il est indigne d'un ministre de la République, sachant que des Français figurent parmi les disparus de la catastrophe.

Précédemment, déjà, des pontes de l'UMP avaient traité le présidentiable socialiste d'«homme dangereux». Comme on dit d'un criminel échappé de prison qu'il est considéré comme un homme dangereux. Et, l'autre jour, le président de l'Assemblée nationale en personne, l'UMP Bernard Accoyer, a estimé que, si François Hollande était élu à l'Elysée, les conséquences économiques et sociales, pour le pays, seraient comparables à celles d'«une guerre».

«Chez nous, c'est massacre à la tronçonneuse!», dans nos critiques envers le PS, s'était amusé, la semaine dernière, le n°1 de l'UMP, Jean-François Copé. Il a tort. Ce n'est même pas un film d'horreur de série B. C'est à la politique ce que Max Pecas doit être au cinéma: du grand n'importe quoi.

Encore bravo.

13/01/2012

Une double palme

S'il y avait une palme hebdomadaire de la déclaration à l'emporte-pièce, le député-maire UMP de Nice (et ex-ministre) Christian Estrosi la remporterait haut la main, cette semaine. L'autre jour, sur une radio, ce sarkozyste de choc n'a rien trouvé de mieux que de s'emporter de la sorte, revenant sur un certain dimanche soir de mai 2007: «C'est indigne de reprocher au Président de la République d'être allé dans une brasserie populaire des Champs-Elysées, ce soir-là!»

Populaire, donc, le «Fouquet's». Vu l'énormité de cette assertion, nombre de médias ont pris un malin plaisir, ces derniers jours, à se pencher sur la carte de cet établissement. Cela donne «28€ le saumon fumé de Norvège en entrée», «54€ le ris de veau braisé», ou «des menus à 80€». A l'UMP, semble-t-il, on n'a pas la même notion que dans le reste du pays de ce qui est, ou pas, accessible au peuple.

La socialiste Martine Aubry, elle aussi, a cru bon d'évoquer la brasserie parisienne préférée des sarkozystes, cette semaine. En vilipendant les «maux» d'un «quinquennat Fouquet's».

Il nous semblait que, depuis une certaine affaire Strauss-Kahn (la Porsche place des Vosges, la suite la plus chère du Sofitel, les pâtes aux truffes dans un resto chic de Manhattan, etc.), le PS n'était définitivement plus le mieux placé pour faire la leçon à la droite, question train de vie. Depuis le cas DSK, le parti à la rose a compris l'image désastreuse qu'un tel affichage de luxe a pu donner, dans l'électorat «populaire» par exemple? Les barons de ce parti la jouent modeste, à présent? Et bien pas tous, semble-t-il; on en a eu confirmation (ici) cette semaine.

Aux prochains scrutins, l'électorat «populaire» va adorer cela: la «droite-Rolex» contre la «gauche-Porsche».

Encore bravo.

02/01/2012

Un traitement de faveur

Rien ne change, d'une année à l'autre. Une fois de plus, dans le «Top 50 Ifop-JDD» des personnalités préférées des Français, publié hier, Yannick Noah arrive en tête. Sur le fond, ce hit-parade de la popularité n'est pas la plus intéressante des enquêtes d'opinion. Car, comme des pommes et des poires, elle fait se côtoyer, au titre de nominés, aussi bien des personnalités de la politique que des vedettes des médias, du sport ou du show-bizz. Car le critère pour arbitrer ce match très inégal (le fait que les Français les «aiment» et qu'ils ou elles «comptent» pour eux) est plus affectif que rationnel. Et car c'est typiquement le genre de classement sur lequel influent les engouements du moment – voir la percée, cette année, du comédien Omar Sy, due au succès du film «Intouchables».

Il n'empêche, en ce début d'année présidentielle qu'est 2012, on peut y remarquer que les deux favoris pour l'Elysée, François Hollande et Nicolas Sarkozy, occupent deux des trois dernières places du classement...

Sinon, Yannick Noah, donc. Symbole sans doute, aux yeux de l'opinion, d'une certaine coolitude métissée, de bon aloi.

Ce statut de chouchou des Français lui vaut un traitement de faveur de la part des médias. Chacune de ses prestations médiatiques, télévisuelles surtout, est un comble de complaisance doucereuse et aimable. Ainsi, dans leur écrasante majorité – hormis l'un ou l'autre titre, comme «Le Canard Enchaîné» –, les médias français ont toujours fait l'impasse sur le gros contentieux qui, depuis des années, oppose l'ex-tennisman au fisc: une vieille histoire de redressement fiscal contesté datant des années 90, lorsque la star s'était fiscalement exilée en Suisse.

Alors, comme tout contribuable, Yannick Noah a parfaitement le droit de tenter de faire valoir ses droits face à l'administration. Mais tout journaliste digne de ce nom a aussi le droit de s'interroger sur le professionnalisme, ou non, de tous ces intervieweurs qui, face à lui, n'ont jamais évoqué cette si délicate question. Et, à la lecture de ce top 50, l'on est en droit de se demander l'impact qu'aurait, ou non, cette affaire sur la popularité du chanteur, si les Français en avaient connaissance.

08/12/2011

Un bon goût discutable

Léger mouvement de recul en prenant connaissance de la dernière initiative en date d'«Action contre la Faim» (ACF). Ce n'est pas le travail de cette ONG qui est en cause, ni bien sûr l'enjeu global de l'aide aux pays du Sud. C'est le coup de com' qu'elle a monté pour sa prochaine manifestation caritative.

Il s'agit... d'«un dîner gastronomique haut de gamme». D'un dîner autour de «menus exclusifs» concoctés par ... les deux chefs finalistes de l'émission de télé à succès «Top Chef», sur M6. Les fonds récoltés à cette occasion seront reversés à l'association.

On ne la sent pas trop, cette mise en relation entre la futilité des concours culinaires télévisés et l'horreur des famines meurtrières. On le trouve d'un goût très discutable, en fait, ce cousinage entre, d'une part, des gourmets tentant de gagner la notoriété à coups de menus caloriques, télégéniques et chics, et, d'autre part, des populations dénutries au point d'en crever.

On a d'ailleurs eu un mouvement de recul assez similaire le week-end dernier. Quand, leurs défilés achevés sur TF1, les Miss France 2011 ont été appelées en renfort par les animateurs du Téléthon, sur France Télévisions. La plastique si parfaite de ces dames mise au service du buzz au profit de ces enfants au physique souvent si difficile que sont ceux du Téléthon... Là encore, le rapprochement était très bien intentionné, et il se faisait au profit d'un objectif caritatif très louable. Mais on était, comment dire..., un peu mal à l'aise.

18/11/2011

Une (autre) apathie agaçante

Pour en finir, à ce stade, avec cette censure – puisqu'il faut bien appeler les choses par leur nom – du film «L'Ordre et la Morale» en Nouvelle-Calédonie, censure commerciale en tout cas, soulignons tout de même que Frédéric Mitterrand n'a pas été le seul à s'illustrer par sa mollesse.

Ainsi, on attend toujours la réaction des associations de défense de la création artistique (comme celle-ci), d'habitude très promptes à monter au créneau. Sans doute est-il plus consensuel, en ce moment en France, de dénoncer les catholiques traditionalistes qui font du grabuge devant les théâtres où se jouent des pièces qu'ils  jugent blasphématoires.

L'opposition ne s'est pas davantage bougée sur le sujet. Cela fait des semaines qu'au Parlement par exemple, elle aurait pu ne serait-ce que demander au ministre de la Culture son avis sur les obstacles mis à la distribution de ce film dans l'archipel. Mais non: rien. Pas la moindre allusion à cette affaire aux dernières séances d'interpellation du gouvernement sur l'actualité, ni à l'Assemblée, ni au Sénat – séances où, pourtant, ont eut tout le temps d'évoquer des sujets a priori plus anodins.

Le PS lui-même a attendu mercredi, jour de la sortie du film en salles, pour se fendre d'un rapide communiqué. Il y prié la ministre de l'Outre-mer de «veiller» à ce que les Néo-Calédoniens puissent voir «L'Ordre et la Morale», au moins pour qu'ils puissent «débattre et se faire une opinion» sur ce qui fut un événement marquant de leur histoire contemporaine.

A noter que le PS prit bien soin de préciser que, dans ce communiqué, il n'exprimait pas le moindre avis «sur la thèse soulevée par le film, ni sur le traitement par celui-ci des responsabilités des différents acteurs des événements». Et pour cause. Il n'y a pas que la droite qui a de quoi être embarrassée par cette évocation cinématographique du drame d'Ouvéa. A l'époque, c'était certes Jacques Chirac qui était à Matignon, mais c'était François Mitterrand qui était à l'Elysée.

Cette gêne assez généralisée de la classe politique, à droite comme à gauche, à l'égard des faits relatés dans ce film explique d'ailleurs probablement – évidemment? – le peu de bruit fait par sa censure commerciale.

17/11/2011

Une apathie agaçante

culture,cinéma,histoire,gouvernement,mitterrandMais à quoi donc Frédéric Mitterrand occupe-t-il ses journées? Il y a de quoi être passablement agacé, à propos du ministre de la Culture – une fois de plus (relire ici, ou ).

Depuis hier, dans un territoire entier de France, un film de cinéma n'est pas diffusé dans le circuit commercial. Il est visible partout ailleurs dans le pays, mais là pas. Cela fait suite à la décision prise par le seul et unique exploitant de salles de l'endroit. On savait depuis des semaines que cela allait arriver. Mais, à moins que cela nous ait échappé, le ministre s'est tu dans toutes les langues sur ce dossier. Et, que l'on sache, n'a pas bougé le plus petit doigt pour éviter qu'on en arrive là.

On veut bien sûr parler du dernier film du réalisateur et acteur français Mathieu Kassovitz: «L'Ordre et la Morale». Très controversé, il revient sur un épisode dramatique de l'histoire de l'outre-mer français: le drame d'Ouvéa (*), en Nouvelle-Calédonie. Le seul cinéma de Nouméa a décidé de ne pas le mettre à l'affiche, son propriétaire le jugeant trop polémique. Du coup, les habitants de l'archipel en sont quittes pour le voir dans des conditions artisanales: dans des médiathèques, des salles de spectacle, en tribu, etc.

Imaginons l'un ou l'autre cas de figure hypothétiques: certes peu vraisemblables, mais qui seraient parfaitement analogues dans leur impact.

Toutes les salles obscures de la capitale qui boycotteraient un film consacré à la Commune de Paris. Les Corses qui seraient dans l'incapacité d'aller au cinéma voir un long métrage sur l'assassinat du préfet Erignac. Ou un film controversé sur la méga-catastrophe AZF, à Toulouse en 2001, qui ne serait projeté dans aucune salle de la Ville Rose. Aurait-on eu droit à la même apathie ministérielle? Non, bien sûr.

Il est vrai que, vu de Paris, la Nouvelle-Calédonie, c'est si loin. Et que ce n'est jamais que l'outre-mer.

Encore bravo.

culture,cinéma,histoire,gouvernement,mitterrand(*) Petite explication, à l'attention des lecteurs les plus jeunes de ce blog.

En Nouvelle-Calédonie en avril 1988, dans la grotte dite d'Ouvéa, s'était replié un commando d'indépendantistes après avoir pris des otages lors de l'attaque meurtrière d’une gendarmerie. En mai, à l'avant-veille du second tour de l'élection présidentielle (entre Mitterrand et Chirac), ordre avait été donné à l'armée de donner l'assaut. Deux gendarmes avaient péri dans l'opération, ainsi que dix-neufs mélanésiens – dont plusieurs, ont attesté nombre de témoignages, ont été abattus de sang-froid et a posteriori, par des militaires.

14/11/2011

Une cour de récréation

Nicolas Sarkozy se dope. Comme beaucoup de sportifs de haut niveau, de cadres supérieurs surmenés, et de leaders politiques en fin de campagne électorale. C'est ce que l'on pouvait déduire des propos du ministre Luc Chatel, hier soir sur une radio, où il était l'invité d'une grande émission politique dominicale. Il se dope, puisque, révélait ce ministre, le chef de l'Etat a... «une potion magique»!

Et puis non, finalement, il ne se dope pas. Car, précisait l'intervenant, la potion magique du chef de l'Etat, ce n'est pas un produit remontant illicite. C'est un élixir magique qu'il a en lui, de manière innée: l'élixir de l'énergie, de la ténacité, du volontarisme, et blablabla. D'ailleurs, ajoutait ce ministre un peu fayot, s'il fallait comparer Nicolas Sarkozy à un personnage de BD, ce serait assurément au Gaulois Astérix. En revanche, le socialiste François Hollande, ce serait plutôt «Babar, le roi des éléphants».

Ce matin sur une autre radio, un proche du candidat socialiste à l'Elysée ne décolérait pas. «Franchement... Quand on est ministre de l'Education, on n'est pas dans une cour de maternelle!», s'époumonait-il. «Cette campagne présidentielle doit avoir une autre tenue », et cette histoire de Babar «en dit long sur la situation de la droite».

Un niveau de cour d'école? L'an dernier, un éminent baron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, n'avait rien trouvé de mieux que de moquer le côté «un peu balourd, un peu gauche» du chef de file des députés UMP, Christian Jacob, en le rebaptisant Rantanplan, du nom du cabot niais de Lucky Luke.

De part et d'autre, donc, encore bravo.

08/11/2011

Une rapacité

social,economieParfois – souvent? –, l'homme est décidément un loup pour l'homme. Ou un requin, ou une hyène, comme on veut. Il s'acharne sur lui y compris quand il est au plus bas, quand il est à terre. C'est ce qu'on s'est dit la semaine dernière. Comme chacun sait, c'était la semaine de la Toussaint, et une étude très d'actualité a confirmé la rapacité de certaines pratiques commerciales, au détriment de clients pourtant déjà particulièrement fragiles, et donc vulnérables.

Cela concerne le secteur des pompes funèbres. Selon l'association de consommateurs UFC-Que Choisir, nombre de professionnels funéraires en France ne respectent pas leurs obligations légales. Ainsi, «plus de six mois après l’entrée en vigueur de l’arrêté fixant un modèle de devis obligatoire, dans 18% des cas, nos enquêteurs sont repartis sans le moindre devis! Pire, seuls 3% des devis récoltés respectent les modèles de devis obligatoires, et 39% s’en rapprochent sans être conformes pour autant». Or, bien évidemment, «sans modèle de devis universel, il est impossible pour les familles endeuillées de comparer les services fournis par différents opérateurs funéraires».

Cette opacité est «un terreau fertile pour renchérir les prestations». Et elle est d'autant plus malvenue que, sur le terrain, le coût d'obsèques peut considérablement varier. Selon cette enquête, hors caveau et concession, ce coût «s’établit à 3098 euros en moyenne. Mais d’un opérateur à l’autre, pour une demande similaire, la facture totale peut considérablement varier: de 1300 euros pour le plus économique à plus de 6101 euros pour le plus onéreux». Un «grand écart tarifaire» qui est notamment dû à la surfacturation, par les sociétés de pompes funèbres, des démarches et formalités administratives, qui sont pourtant des opérations standardisées.

L'Office de la répression des fraudes est donc prié de se bouger: de multiplier ses contrôles et de sanctionner les contrevenants. D'autant qu'on est évidemment là dans le secteur commercial par excellence où l'on peut parler de clients captifs, l'enterrement étant une transaction à laquelle, le moment venu, on ne peut échapper – à l'inverse de la plupart des autres dépenses de la vie courante.

11:35 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : social, economie

03/11/2011

Un mépris affolant

Puisqu'on parlait hier d'enfantement et de bébé, ces propos d'un proche de Nicolas Sarkozy, qui datent d'il y a plusieurs jours déjà, mais dont on n'est toujours pas revenu.

Le sujet? Les Roms. L'orateur? Arno Klarsfeld, qui préside l'Office français pour l'intégration et l'immigration. Cela donne ceci – et on n'invente rien: c'était notamment dans une interview, ici. Les Roms «vivent avec huit enfants dans une pièce. Ils devraient s'abstenir d'avoir huit enfants! Lorsqu'on n'a qu'une pièce, on ne fait pas huit enfants!» Ou cela: «Pour que les enfants puissent s'intégrer, il faut que les parents puissent s'en occuper (...). (Les Roms) doivent savoir que leurs enfants vont être pris par les mafias, mis sur le trottoir». Et cette touche de psychologie du café du commerce: chez les Roms, «c'est inconscient. Ils sont de longue date les Misérables avec un grand M, chassés, pourchassés, mais ils sont aussi victimes d'eux-mêmes: responsables de ne pas avoir su susciter une véritable élite qui ne soit pas cette ploutocratie qui vit de trafics et n'a pas intérêt à sortir son peuple de l'horreur».

Donc, pour l'Office français de l'immigration, c'est clair, c'est net, c'est tranché: si on est Rom, on n'a d'office que deux possibilités, dans la vie. Soit on est «Misérable avec un grand M», victime de soi-même au point de mériter le psy, enfant de parents sexuellement obsédés et irresponsables (à stériliser, tant qu'on y est?). Soit on est mafioso-ploutocrate-proxénète-exploiteur sans scrupules. Il n'y a pas à sortir de là.

Dans la bouche d'un si haut responsable français, de tels propos auraient évidemment suscité un tollé s'ils avaient concerné non des Roms mais d'autres citoyens de l'Union européenne, et/ou d'autres groupes de population – au hasard: les Noirs, les juifs ou les arabes. Mais là, rien. Ces déclarations sont passées comme une lettre à la poste. A moins que cela nous ait échappé, pas l'ombre d'un tumulte. A peine la réaction de l'une ou l'autre association (ici).

Les Roms vus comme un sous-peuple non seulement en Roumanie et en Bulgarie, mais également en France – et en haut lieu, y compris?

 

PS: Actualisation, quelques heures plus tard. Tiens, non, en fait: cela a l'air de commencer à réagir, voire