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25/10/2011

Une légèreté déplacée

Quelle mouche a piqué Frédéric Mitterrand? L'autre jour, au Sénat, le ministre de la Culture était interrogé sur une des pages les plus sombres de l'Histoire de Paris: le massacre – puisqu'il faut bien l'appeler ainsi – du 17 octobre 1961. Ce soir-là, des dizaines de sympathisants du FLN algérien, manifestant contre le couvre-feu qui leur était imposé, avaient été tués par les forces de l'ordre du préfet Maurice Papon: gazés, bastonnés, ratonnés donc, abattus à bout portant, jetés et noyés dans la Seine (*). Cinquante ans plus tard, devant le Parlement, Frédéric Mitterrand n'a rien de trouvé de mieux que d'aborder ce drame par le biais d'«une anecdote personnelle» qu'on trouve d'une insignifiance et d'un nombrilisme complètement déplacés.

 

«Chacun, ici, comme moi, a pu avoir un contact personnel avec cette période difficile et passionnelle de notre histoire», a-t-il ainsi brodé. «À 13 ans, je tournai dans un film, et tombai éperdument amoureux d'une actrice, jeune femme exquise et d'une qualité humaine et intellectuelle remarquables. Quelques jours plus tard, je vis sa photo en première page de France-Soir; elle venait d'être arrêtée, pour avoir été à la tête d'un réseau de porteurs de valises. Imaginez le choc pour l'adolescent que j'étais! Quelques mois plus tard, c'était le 17 octobre». Et d'en terminer sur le sujet en niant que ce massacre policier fasse toujours l'objet d'une chape de plomb en France: «Quand on voulait savoir ce qui s'était passé le 17 octobre, on le pouvait. Je l'ai toujours su. Il n'a jamais été impossible de consulter des documents. Aujourd'hui, toutes les archives sont ouvertes».

 

L'opposition en attendait bien plus. Attendait, au minimum, «des mots» plus appropriés. Puisque les plus hautes autorités de l'Etat, la semaine dernière, n'ont pas daigné assisté aux cérémonies de commémoration qui étaient organisées à Paris. Et puisque ce massacre, contrairement à ce que réclament des associations (ici), n'est toujours pas reconnu comme un «crime d'Etat». Mais non, rien: le Parlement n'a donc eu droit qu'aux émois de jeunesse d'un adolescent de l'époque et à la sentimentalité mièvre de l'adulte qu'il est aujourd'hui.

 

«Quelle lâcheté!», «Lamentable!», «C'est nul!», «Pitoyable», «Minable». Le compte-rendu de l'incident en fait foi: les sénateurs n'ont pas du tout apprécié cette légèreté ministérielle.

 

D'habitude, les invectives et les quolibets, en politique comme ailleurs, on n'aime pas du tout cela. Mais là, trouve-t-on, l'intéressé ne les a pas volés.

 

(*) Si vous voulez mieux connaître ces dramatiques événements parisiens du 17 octobre 1961, deux films sont sortis en salles, qui leur sont consacrés: voir ici.

24/10/2011

Un comble (encore)

Personnalités, Transports, SécuritéPendant toute leur campagne des primaires, les présidentiables socialistes n'ont eu de cesse de railler Nicolas Sarkozy sur sa grande promesse de «République irréprochable», qu'il avait faite en 2007. Car, selon le PS, cinq ans plus tard en guise de République exemplaire, en haut lieu en France c'est le règne de l'argent facile, du copinage, des réseaux opaques et de l'impunité à tous les étages. Bref: «un système corrompu», comme l'a répété à l'envi Ségolène Royal – avec ce grand sens de la nuance qui l'a toujours caractérisée.

 

A cet égard, mentionnons le comportement irréprochable qu'a eu ce week-end, une semaine donc après l'issue des primaires, un des hiérarques de ce PS pour qui les dirigeants du pays ont un «devoir d'exemplarité».

 

Il s'appelle Jean-Paul Huchon. C'est le président socialiste de la Région Ile de France: ex-strauss-kahnien de choc ayant rallié Martine Aubry. Dimanche après-midi, sur l'autoroute A13 en direction de Paris, il circulait au volant d'une grosse Saab, véhicule de fonction du Conseil régional. Les gendarmes l'ont contrôlé. Résultat: il roulait à 171 km/h, au lieu des 130 km/h autorisés. Son permis de conduire lui a été confisqué sur le champ.

 

Encore bravo.

13/10/2011

Une si grande finesse

politique,personnalités,histoire,copéIl est grand temps que ces primaires socialistes pour 2012 s'achèvent. Temps, pour... la droite. Qui, ces derniers jours, n'en finit plus de se ridiculiser avec des comparaisons particulièrement absurdes. Ainsi, ce jeudi, dans les rangs de l'UMP y compris, bon nombre n'en étaient toujours pas revenus de l'analogie faite la veille par le n°1 de ce parti, Jean-François Copé, avec le troisième candidat du premier tour de dimanche: Arnaud Montebourg.

 

Qui donc, dans la bouche du patron de l'UMP, a été comparé rien moins... qu'aux «bolcheviks de 1917». Car ces derniers, à en croire le parti sarkozyste, se seraient parfaitement retrouvés dans les deux marottes de ce socialiste: la mise sous tutelle des banques et le protectionnisme européen.

 

Alors, on peut bien sûr de ne pas du tout être convaincu par les thèses du héraut de la «démondialisation». On a parfaitement le droit de juger ce dernier concept fumeux, voire périlleux pour la France s'il venait un jour à y être mis en oeuvre. Il n'est même pas illégitime de s'interroger sur la crédibilité du travail de reprofilage d'image qui a été le sien: métamorphose qui, en gros, a transformé ce gentleman-farmer bourguignon en défenseur de la veuve et de l'orphelin. Tout cela, pourquoi pas, peut susciter d'intéressants débats.

 

Mais tout de même: les bolcheviks...

 

Vu la si grande finesse d'analyse qui semble de mise en ce moment à l'UMP, on ne serait pas autrement étonné si, dimanche soir, ce parti en venait à assimiler le candidat investi par le PS pour 2012 à... Pol Pot, le leader des khmers rouges qui, dans les années 70, génocidèrent le Cambodge.

 

Encore bravo.

12/10/2011

Une mauvaise foi fatigante

On commence à la trouver casse-pieds, cette mauvaise foi de la majorité envers les  primaires socialistes. C'est ce qu'on s'est encore dit hier après-midi, en entendant le ministre de la Fonction publique, le néo-centriste François Sauvadet, comparer ce processus à «une émission de téléréalité du type «La Ferme des célébrités».

 

Alors, on a bien sûr parfaitement le droit de ne pas considérer ces primaires comme l'alpha & l'oméga de la Vème République, comme la huitième merveille du monde politique. On peut même s'agacer de ce pas de plus franchi dans la starification du débat d'idées, ce vedettariat compétitif et télégénique avec tous ces à-côtés si fatigants: logorrhée de petites phrases et de sondages, etc. Pourquoi pas peut-on même juger, comme Nicolas Sarkozy l'a fait hier, que rajouter ainsi deux tours partisans et primaires à l'élection en deux tours instaurée par de Gaulle n'est pas conforme à l'esprit des institutions. Tout cela peut faire d'intéressants débats.

 

Mais tout de même: «La Ferme des célébrités».

 

Aurait-on fait partie de ces 2,5 millions d'électeurs qui, dimanche, ont pris sur leur week-end pour aller voter qu'on trouverait très insultant d'être ainsi rabaissé au rang d'amateur de crétineries télévisuelles.

 

Serait-on de ces millions de téléspectateurs qui, intéressés par le débat d'idées, s'apprêtent à regarder ce soir le grand duel Hollande-Aubry qu'on trouverait vraiment méprisant d'être comparé à l'amateur de la télé-réalité du samedi soir, symbole s'il en est de vulgarité.

 

La vulgarité, finalement, elle est dans ce genre de critiques à l'emporte-pièce.

27/09/2011

Une portion congrue

Un judoka remplace une karateka au sommet de l'Etat. Ce mardi matin, en effet, Chantal Jouanno, élue dimanche au Sénat, cède son maroquin de ministre des Sports à David Douillet. On change d'art martial, mais on reste, plus que jamais, dans la portion congrue en ce qui concerne la place dévolue aux femmes dans l'équipe gouvernementale.

 

Qu'on en juge: parmi les 33 membres du gouvernement de François Fillon, on ne compte plus désormais que ...4 femmes ministres de plein exercice. 4 sur 33! Il y a bien 5 autres femmes dans l'équipe, mais elles n'ont rang que de ministre déléguée ou de secrétaire d'Etat. Même en comptant large, cela ne fait donc jamais que 9 femmes sur 33 personnes. On reste loin de l'équilibre hommes-femmes au sommet de l'Etat.

 

A part cela, en 2007, avant d'accéder à l'Elysée, Nicolas Sarkozy avait fait cette promesse: «Je constituerai un gouvernement de 15 ministres, pas un de plus. Et, bien sûr, avec la parité».

 

Bien sûr.

 

 

PS: Sinon, le nouveau Sénat élu dimanche compte royalement 22% de femmes. Les médias français, ces 48 dernières heures, ont peu dit que cette chambre restait donc très loin de la parité, insistant plutôt sur le fait que le Sénat, en la matière, faisait mieux que l'Assemblée nationale, où l'on ne compte même pas 22% de députées. C'est, évidemment, une façon de voir les choses.

14/09/2011

Un slogan assez gonflé

publicité,luxe,art de vivre,banlieuesOn la trouve gonflée, la maison de haute couture Chanel. On se le dit chaque fois qu'on tombe sur un des nombreux panneaux publicitaires qui, à Paris en ce moment, relaient sa dernière campagne de pub. On y voit une jeune femme au saut du lit, look rebelle-cool: la chemise de son homme, pas maquillée ni coiffée, et ce slogan peinturluré au feutre sur son visage: «Il n’y a pas de mode si elle ne descend pas dans la rue!»

 

Chanel-rebelle descend dans la rue, donc. C'est vraiment se moquer du monde.

 

D'abord, vu les prix pratiqués par cette marque, on peut sérieusement douter que ses créations soient accessibles à «l'homme/la femme de la rue», comme on dit. A fortiori en ces temps de crise, faut-il le préciser.

 

Ensuite, il faut rappeler que cette grande maison ne descend tout de même pas dans n'importe quelle rue. On l'avait vu il y a quelques mois, à l'occasion d'une affaire qui avait fait un certain bruit dans la banlieue de Paris. Du jour au lendemain, les produits Chanel avaient purement et simplement disparu des rayons des parfumeries de plusieurs villes pas vraiment symboliques de luxe et de glamour: Bobigny, Meaux ou Chilly-Mazarin. Le porte-parole de la marque avait invoqué la «qualité insuffisante» de ces boutiques, et le non-respect de ses «critères d’exigence, en termes de présentation et d’environnement». «Nous sommes un produit de luxe. Nous avons un cahier des charges très précis avec nos distributeurs», avait-elle argumenté. A Bobigny, des responsables d'associations, «particulièrement choqués», avaient dénoncé cette décision: «Ce départ signifie que Bobigny n’est pas assez bien pour Chanel, que nous sommes des clients de seconde zone». Tentant de couper court à cette délicate polémique, l'enseigne avait assuré que, dans son esprit, il n'avait, bien sûr, «jamais été question de discriminer» quiconque.

 

Quelques mois plus tard, voici donc Chanel qui se la joue rebelle et descend dans la rue. Ceux et celles qui se demandent dans quelles rues et de quelles villes ont sans doute le droit d'écrire à Karl Lagerfeld pour lui poser la question.

29/07/2011

Un appel à la censure

Prenant prétexte de la dramatique actualité de vendredi dernier en Norvège – on ne voit pas très bien le rapport, mais bon, passons – , un député UMP a donc demandé (voir ici) au gouvernement de prendre «des mesures» pour «censurer» les chansons de «certains groupes de musique rap issus de l'immigration». Groupes qui, selon lui, «sous couvert de la liberté d'expression», «se livrent à de véritables appels à la haine raciale et religieuse en proférant des paroles obscènes, racistes et misogynes». Hier, l'intéressé a fait le tour des médias, évidemment très interloqués par son initiative. Il y a étendu son appel à la censure à toute forme d'expression artistique qui inciterait à «la violence» et à «la remise en cause des institutions».

Il y aurait beaucoup à dire sur pareille préconisation, tout comme sur le contenu, parfois effectivement problématique, de certaines créations artistiques. On se contentera ici de suggérer à ce parlementaire de ne pas s'arrêter en si bon chemin. Et de se replonger dans le répertoire artistique de ces dernières décennies. Où il pourra, très utilement, utiliser ses ciseaux de censeur.

Car, si on suit son raisonnement, Johnny Hallyday aurait dû voir son si populaire «Allumer le feu!» frappé d'interdiction de diffusion, puisqu'il peut être compris comme une incitation à la révolte. Boris Vian n'aurait pu publier «J'irai cracher sur vos tombes»: rien que le titre de cette oeuvre est si peu respectueux. Renaud, dans les années 80, n'aurait pu chanter «Votre République, moi j'la tringle (...) Plus de slogans face aux flicards, mais des fusils, des pavés, des grenades». Idem pour Brassens, qui, trente ans plus tôt, n'aurait pu rigoler à l'idée de gendarmes tués «à grands coups de mamelle», ni confesser adorer voir des «braves pandores sous la forme de macchabées». Et sans doute peut-on multiplier les exemples à l'infini.

Bref, notre ami député sarkozyste a du pain sur la planche. Très bien: cela lui laissera moins le temps de proférer des âneries.

08/07/2011

Une dangereuse simultanéité

TAGoiseau.jpgFin de semaine. Lors de laquelle, décidément, sont tombées en France plusieurs petites nouvelles relatives au niveau de vie et au pouvoir d'achat, nouvelles n'ayant rien à voir entre elles mais qui, par leur simultanéité, risquent de se télescoper dans la tête du Français. Et de lui laisser un laisser un arrière-goût très amer.

D'un côté, Dominique Strauss-Kahn a donc dégusté des pâtes aux truffes: à 100$ l'assiette. Mais, de l'autre côté, a indiqué un sondage le même jour, 45% des Français ne partiront pas en vacances, cet été. Et ceux qui partiront feront attention: passeront des vacances économiques en famille (33%), au camping (14%), ou chez des amis (9%).

Autre événement de la semaine: la Française Christine Lagarde a remplacé DSK à la direction générale du FMI. Son salaire? 551.700$ l'an, soit quelque 30.000€ par mois. Le tout, 100% net d'impôts. Le jour de sa nomination, est tombé un autre chiffre, lui moins chic. La Banque de France s'attend à ce que, d'ici au 31 décembre, plus d'un million de familles lui aient introduit un dossier de surendettement. Essentiellement des foyers de la classe moyenne. Rien que sur les six premiers mois de 2011, le nombre de ces dossiers a déjà crû de 12%.

Cerise sur le gâteau: cette semaine encore, le Sénat français a décidé d'attribuer une prime exceptionnelle de 3.531€ euros à chacun de ses membres. Ce rabiot est présenté comme «un rattrapage exceptionnel sur un complément d’indemnité représentative de frais de mandat». Hier, plusieurs sénateurs, de la majorité y compris, ont annoncé qu'ils refuseraient ce bonus, qui ne leur semble «pas un bon signal, dans le contexte actuel». Le même jour, a fait grand bruit la mésaventure survenue à un dénommé Kader, honnête père de famille âgé 58 ans, employé d'un Monoprix de Marseille. Il a été mis à pied à titre conservatoire, avant un possible licenciement. Ce qu'on lui reproche? Avoir enfreint le règlement intérieur de son supermarché, en récupérant, dans les poubelles de celui-ci, six melons et trois salades périmés, pour les ramener chez lui.

TAGchien.jpgVoilà donc, en si peu de temps, une accumulation de nouvelles qui, on le répète, n'ont rien à voir entre elles, mais qui, toutes, n'en demeurent pas moins, disons, sociologiquement très contrastées. 

Cela ne va pas réduire le fossé entre les élites et les citoyens. Ni contribuer à ce que ces deux catégories de la population se regardent moins en chiens de faïence.

30/06/2011

Un contraste embarrassant

vosges.jpgChaque fois que l'on passait Place des Vosges – un des nombreux endroits de Paris où leurs portraits avaient été affichés –, on voyait leurs visages. Ceux de ces deux confrères qui, ce matin, sont donc enfin revenus à Paris après avoir été retenus otages pendant 18 mois en Afghanistan. Un an et demi de captivité, juste pour avoir fait son métier: chaque fois qu'on apercevait leurs visages, en ville ou à la télé, on était effaré du sort qui leur était réservé. Leur retour, c'est la meilleure nouvelle de ce début d'été.

Le hasard a voulu que ce même mercredi où leur libération a été annoncée, est tombée une nouvelle elle nettement moins bonne pour la corporation journalistique, voire catastrophique pour son image de marque.

Mercredi matin, en effet, «Le Canard Enchaîné» a relancé et précisé ses accusations sur les compromissions qui auraient été celles de plusieurs grands noms de la presse française – davantage des patrons de groupes de presse que des journalistes, cela dit – avec le régime tunisien du temps du despote Ben Ali. Résumé de l'hebdo satirique: «Billets d'avion, hôtels de luxe et voitures avec chauffeur. En retour, floraison d'articles élogieux sur le généreux dictateur».

Cet hiver, la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, avait dû démissionner vu le tumulte suscité par la révélation de ses accointances avec l'un ou l'autre sbire fortuné du régime benaliste. Cet été, c'est à peine si font quelques vaguelettes des accusations analogues, touchant cette fois plusieurs barons du journalisme parisien.

En tant que journaliste (de base), on trouve ce contraste, disons, embarrassant.

06/06/2011

Une violation flagrante

Encore une journée importante pour DSK aux Etats-Unis, ce lundi. Et donc encore une journée d'agitation, voire de cirque, médiatique en France. Les journalistes français, qui fustigent à longueur de journées la presse tabloïde new-yorkaise pour sa facon de traiter cette actu, feraient bien, parfois, de s'interroger sur leurs propres pratiques. On se l'est encore dit pas plus tard que ce matin.

En entendant une radio (RMC, pour ne pas la nommer) inviter avec enthousiasme les auditeurs de sa tranche matinale d'info à donner leur avis sur le cas DSK, au moyen par exemple de votes par SMS – surtaxés, bien sûr: il n'y a pas de petits profits. La question du jour qui était posée à ces auditeurs était la suivante: «Est-ce que vous pensez DSK coupable ou pas?» Problème? Procéder à un tel «sondage» est totalement illégal: c'est une violation flagrante de la loi française protégeant la présomption d'innocence – une violation de plus de la part des médias français, dans cette saga DSK. Cette loi, en effet, interdit explicitement (ici) «de réaliser, de publier ou de commenter un sondage d'opinion, ou toute autre consultation, portant sur la culpabilité d'une personne mise en cause à l'occasion d'une procédure pénale ou sur la peine susceptible d'être prononcée à son encontre».

Une violation flagrante, donc. Mais sans doute le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) se contentera-t-il tout au plus d'un vague rappel à l'ordre. Dont tous les médias, sans doute, se ficheront totalement.

Encore bravo.

PS: Une fois n'est pas coutume, aucun lien ne figure dans cette note, renvoyant à cette misérable consultation. Car, outre qu'on n'en a aucune envie, on n'en a pas le droit. La même loi, en effet, interdit aussi «de publier des indications permettant d'avoir accès à des sondages ou consultations» de cet acabit.

03/06/2011

Un (pénible) palmarès

Exit «Y'a bon Banania», donc: on l'écrivait avant-hier. Mais les «Y'a bon Awards», eux, se portent toujours comme un charme. Pour rappel (on en avait parlé ici), ces trophées récompensent, au second degré, «les propos les plus racistes de l'année». Pour bien terminer la semaine, rendons hommage à quelques-uns parmi les (hélas si) nombreux lauréats du palmarès 2011, qui a été dévoilé il y a quelques jours,

Dans la catégorie «Finalement, c'est pas si dur d'être raciste», c'est le couturier et parfumeur Jean-Paul Guerlain qui, bien sûr, l'a emporté haut la main. Avec sa petite phrase télévisée qui suscita un tollé: «Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un Nègre. Je ne sais pas si les Nègres ont toujours tellement travaillé, enfin…». Dans la catégorie «L'Islam ne passera pas par moi», c'est Robert Ménard qui a été distingué. Cet ex-dirigeant de l'ONG «Reporters sans frontières», reconverti en polémiste télévisuel énervé, a vu cette petite phrase saluée: «Je n'ai pas envie qu'il y ait autant de mosquées que d'églises dans mon pays (…) Je n'ai pas envie qu'il y ait un minaret dans tous les villages de France».

Enfin, la «Banane» d'honneur à été décernée au brillant journaliste-polémiste Eric Zemmour, «pour l'ensemble de son oeuvre». Mais cela n'étonnera sans doute personne.

Encore bravo à tous ces lauréats. Sans doute représentants d'un certain courant de pensée si présent en ce moment en France. Et si rance.

20/05/2011

Une double palme (à nouveau)

lauriers.jpgPuisqu'on est toujours en plein festival de Cannes, décernons, comme la semaine dernière, une double palme. En rapport, cette fois, avec la fameuse «affaire DSK». La double «Palme de la Déclaration la Plus Effarante de Stupidité de la Semaine». Ces propos sont même si idiots qu'ils auraient amplement mérité la palme de la stupidité de l'année, mais soyons prudents: a priori, on voit mal comment ce serait possible, mais n'excluons pas d'emblée des déclarations encore plus stupides dans les six mois à venir.

Cette double palme de la stupidité va donc, bien sûr, à Jack Lang et à Jean-François Kahn.

«Il n'y a pas (eu) mort d'homme!», s'est énervé l'ex-ministre, au moment de se scandaliser du placement en détention provisoire de Dominique Strauss-Kahn. En effet, pas eu mort d'homme. Juste, possiblement, viol de femme. Mais sans doute est-ce anecdotique et accessoire.

Quant à Jean-François Kahn, alors qu'il contestait vigoureusement jusqu'à la seule éventualité que son ami DSK ait pu commettre une tentative de viol, il a tout au plus envisagé une simple «imprudence» de sa part: un... «troussage de domestique». Mais le journaliste, lui au moins, s'est ensuite excusé pour ses propos.

Il n'empêche, encore bravo.

PS: Mercredi, «La Barbe», mouvement féministe énervé voire atrabilaire – et, ici, on lui donne mille fois raison –, est allé applaudir Jack Lang devant l'Assemblée nationale et le siège du PS. Et il compte bien, prochainement, aller féliciter Jean-François Khan. C'est, certainement, le minimum.

17/05/2011

Une vulgarité

«On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui», disait Pierre Desproges. Ne pas rire avec n'importe qui: sans doute, oui. Mais rire de tout, vraiment? On n'en est encore moins sûr qu'avant, depuis hier. Depuis que, sur une radio, on a entendu Laurent Gerra.

Comme il fallait s'y attendre, l'«humoriste», l'imitateur en tout cas, a fait ses choux gras de l'affaire DSK. Et on a trouvé particulièrement gras, lourd et pénible, voire pour tout dire assez minable, qu'il rie à la fois d'un homme à terre et du crime abominable que constitue le viol – que l'intéressé l'ait commis ou pas, peu importe ici, pour ce point précis. Cela donnait notamment, singé avec la voix de DSK: «Excusez-moi, mais je dois filer à JFK, là: sinon je vais rater mon viol». Avec, diffusés à l'antenne, les éclats de rire, tout aussi gras, suscités par cette tirade dans le studio de «la première radio de France» (RTL, pour ne pas la nommer), où l'imitateur officiait en direct.

Au risque de passer à nouveau pour ultra-politiquement correct, on n'a absolument pas trouvé cela drôle: plutôt confondant de vulgarité et de mauvais goût. Mais les Français doivent apprécier ce genre d'humour, puisque la chronique de Laurent Gerra fait partie des programmes les plus écoutés de la tranche radio matinale.

19/04/2011

Un gros gaspillage

4,5 millions d'euros. C'est donc le montant qui, à Paris, a été jeté par les fenêtres. C'est la somme qui a été déboursée en vain par la RATP, par l'organisme qui gère les transports publics en région parisienne, et par les autorités régionales. 4,5 millions d'euros, c'est ce qu'avait coûté le tapis roulant ultra-rapide qui, en 2002, avait été installé à la station Montparnasse, et dont les opérations de remplacement ont débuté hier.

A l'époque, ce «trottoir roulant rapide» (TRR) avait été présenté comme un bijou technologique. Déployé dans l'interminable (180 mètres) tunnel reliant les lignes 4 et 12 du métro aux lignes 6 et 13 ainsi qu'à la gare SNCF, il atteignait la vitesse de 3 mètres par secondes. Soit 11km/h. Soit trois fois plus que la vitesse moyenne d'un tapis roulant ordinaire. Soit, pour un usager quotidien, un gain de temps potentiel de 15 minutes par semaine et de 10 heures chaque année. On croyait rêver. Et on a déchanté, raison pour laquelle ce joujou est en train d'être enlevé.

Car «le tapis roulant le plus rapide du monde» s'est avéré bien trop casse-gueule pour l'usager de base: pour le Parisien moyen, qui n'est pas forcément toujours sportif, jeune, agile ou portant des chaussures plates. C'est bien simple: au nombre de vol planés de ses utilisateurs qu'il engendra, ce tunnel de Montparnasse en vint à ressembler au plateau de tournage d'une émission style «Vidéo Gags». Les personnes âgées, les usagers ayant des bagages, ou simplement les Parisiennes aimant les chaussures à talon détestèrent rapidement ce TRR révolutionnaire. Qui, en plus, accumula les avaries techniques. Résultat des courses: pendant toutes ces années où il était censé fonctionner, le fameux trottoir roulant du futur fut plus souvent qu'à son tour... fermé et/ou boudé et/ou hors d'usage.

Officialisation donc, cette semaine, de ce retentissant fiasco technologique. Et, au passage, de ce gros gaspillage.

Encore bravo.

15/04/2011

Un ton si dédaigneux

François Bayrou aurait-il besoin lui aussi d'un peu de vacances? C'est la question que l'on s'est posée hier. En entendant, sur une radio, le plus rural des présidentiables français comparer à «la saison des champignons» la multiplication, ces jours-ci, des déclarations de candidature à l'Elysée. On a toujours été bien plus urbain que rural, mais on sait tout de même que les champignons, c'est plutôt à l'automne.

On se demandait donc si le Béarnais était tombé de son tracteur, quand il a aussitôt rectifié le tir. «D'habitude, la saison des champignons c'est à l'automne. Là, on est dans la saison des champignons de printemps». On était soulagé, notre culture générale rurale n'était pas prise en défaut: la saison des champignons, ce n'est pas maintenant.

Ce n'est visiblement pas non plus la saison de la cordialité, dans la classe politique en ce moment. Témoin, cette réflexion de Dominique de Villepin, hier toujours, visant Nicolas Hulot ou Jean-Louis Borloo. «Nous sommes dans une période printanière, de kermesse politique, où l'on note beaucoup d'appétit, beaucoup de nouveaux visages. Le paysage politique va se clarifier au cours des mois».

Une «kermesse». Des «champignons». Voilà qui n'a rien de très confraternel, entre présidentiables potentiels. Et qui est même franchement dédaigneux. Quelques phrases plus tard, François Bayrou se nuançait, à nouveau: «Je n'ai pas envie de parler de manière condescendante ou méprisante des gens qui, après tout, ont bien le droit de dire qu'ils en ont envie (de l'Elysée). Mais entre en avoir envie et que la démarche choisie soit claire aux yeux des Français, alors là, il y a une très grande marge».

C'était déjà dit sur un ton plus convenable. Et cela montrait que le centriste lui-même s'en était bien rendu compte: sans cette reformulation, il serait vraiment passé, au yeux de l'auditeur moyen, pour quelqu'un de très arrogant.

30/03/2011

Un «esprit d'équipe»

Elle est décidément impayable, cette grande campagne de pub que l'on voit un peu partout, à Paris en ce moment: sur d'innombrables panneaux d'affichage du métro, en doubles pages dans tous les grands journaux, etc. Le slogan? «Rien n'est plus beau que l'esprit d'équipe». Le visuel? Selon les déclinaisons de la campagne: une brigade de valeureux pompiers, un groupe de médecins et d'infirmières, un quatuor de petites filles en tutus apprenant la danse classique, etc. Le message subliminal? On se serre les coudes, on s'entraide, on se vient en aide mutuellement, c'est parce qu'on est tous unis qu'on est plus forts, et bla bla blaaa. Ce que souligne le deuxième slogan de la campagne: «Développons ensemble».

Qu'y a-t-il donc d'impayable à cela? L'annonceur. C'est la Société Générale: la SOC GEN, la grande banque française.

Il y en a un qui, en ce moment, en voyant cette campagne de pub, doit hésiter entre éclater de rire ou fondre en larmes: Jérôme Kerviel. Lui qui eut tant le loisir d'expérimenter combien «rien n'est plus beau que l'esprit d'équipe». L'an dernier, au moment du procès retentissant de ce jeune trader, tout comme quand éclata le rocambolesque scandale portant son nom, il ne trouva personne, lui, au sein de cette banque. Personne, parmi ses collègues d'hier, pour l'épauler. Personne, parmi sa hiérarchie de l'époque, pour endosser ne serait-ce qu'une infime partie des responsabilités de la perte de 4,9 milliards que ses placements hasardeux causèrent à la SOC GEN. C'est tout seul qu'il dut faire face à la justice. Et c'est lui seul qui dut payer, au moment du jugement. Qui paya le maximum, en plus.

C'est sans doute cela, cet «esprit d' équipe» que vante aujourd'hui, avec tant de tapage, la grande banque française. Encore bravo.

21/03/2011

Un grand basculement (3)

TousauNUMERIQUE.jpgAprès la séquence de la semaine dernière entièrement consacrée au nucléaire, on reprend la chronique, plus anecdotique, de la vie à Paris. En revenant sur ce basculement vers la télé numérique que, le 8 mars, ont vécu 12 millions d'habitants de la région parisienne. Une dizaine de jours plus tard, on en est déjà revenu, nous, de cette TNT. Une calamité, n'est-on pas loin de penser. Et encore, sans parler du fond (on y reviendra): juste de la forme, de la technique - visiblement pas au point.

La qualité de l'image? Qui était censée préparer la télé HD (haute définition)? Une pitié. Quasiment en permanence, elle comporte des stries ou zébrures pixellisées. Pas rarement, l'écran est totalement pixellisé, le programme devenant du coup invisible. Le confort sonore? Très relatif. Les pixellisations s'accompagnent systématiquement d'une métallisation assez insupportable du son, quand le programme n'est pas carrément inaudible. La fiabilité de la technique? Risible. Rien qu'en dix jours, on a eu droit à une collection assez impressionnante d'avaries. Chaînes inaccessibles temporairement ou pendant des soirées entières alors qu'au même moment, d'autres chaînes fonctionnent parfaitement. Chaînes qui fonctionnement très bien puis qui, sans crier gare, se déconnectent subitement, affichant un «Pas de signal!» on ne peut plus agaçant. Télécommande du décodeur fréquemment inopérante: on a beau appuyer sur n'importe quelle touche, même la touche arrêt, rien ne se passe, ne reste plus qu'à débrancher puis à rebrancher l'appareil en espérant que cela aille mieux après, ce qui n'est pas forcément toujours le cas. Et on en passe.

Les autorités et les médias se réjouissant à l'unisson du «grand succès» du passage de la région parisienne à la TNT, on s'est dit qu'on n'avait juste pas de chance: que, peut-être, il y avait un gros problème de réseau dans la rue ou dans l'immeuble. On s'est donc renseigné. Et bien non, pas du tout: officiellement, tout va bien. .

Ce qui n'a pas empêché TF1, l'autre soir, de diffuser, dans un JT de 20 Heures, un petit sujet consacré à ces «plusieurs milliers de foyers» qui, en France, depuis leur basculement au numérique, sont confrontés aux mêmes problèmes que nous. Problèmes qui, si on a bien compris, dériveraient du réseau, de l'antenne télé collective, et/ou du câble reliant celle-ci aux prises télé dans les logements. Et qui, pour être résolus, nécessitent la visite d'un antenniste (facturée quelques centaines d'euros), à moins que l'on préfère l'installation d'une parabole (idem).

Encore bravo.

08/03/2011

Une vision arriérée

prospectus2.jpgLa Journée internationale de la Femme dans le monde entier, ce mardi 8 mars. Et, à Paris depuis quelques jours, un peu partout sur les panneaux publicitaires, des affiches de «We want sex equality». Ce film, qui sort en salles demain en France, raconte la lutte des ouvrières de la firme Ford, en Angleterre en 1968, en faveur de l'égalité salariale.

Ces jours-ci dans la presse parisienne, a été massivement encarté un dépliant publicitaire en faveur de la quinzaine de promos qui, dès demain, battra son plein dans un grand magasin de la capitale – le BHV, pour ne pas le nommer. A elle seule, cette campagne concentre tous les stéréotypes sur l'image de la femme, véhiculant d'elle une vision vraiment arriérée. En ce 8 mars, parcourons donc le catalogue de ces clichés sexistes qui sont encore si souvent véhiculés par les camelots de la pub en général, et cette fois par les pubards du BHV en particulier.

Dans ce prospectus, on trouve une dizaine de pleines pages représentant des articles en promo, avec chaque fois un petit personnage, typé années 50, qui, en phylactère, y va de son petit commentaire sur la réclame illustrée.

Cela donne des assiettes en grès soldées à 5€50. «Pour vous mesdames», vante un petit monsieur. Un fer vapeur à 55€90. «Un prix qui ne fait pas un pli», sourit un homme en costume cravate, dont la chemise blanche a été impeccablement repassée – par madame, sans doute. C'est non un homme mais une femme qui illustre la promo sur un tabouret de bar à 59€50: une «affaire exceptionnelle». Une femme encore qui vante le pèse-personne à 19€95 («Un prix léger, ça m'épate»): seules les femmes, comme chacun sait, se préoccupent de leur ligne. Une femme, toujours, qui se se réjouit d'une «offre renversante»: elle se dandine, à cheval sur sa gamme de poêles, casseroles, sauteuses et faitoux en inox à 76€20. Une femme, à nouveau, pour servir le café, grâce à une machine à expresso en réclame à 149€. Et une femme, une nouvelle fois, pour illustrer une visseuse à 118€30. Mais cet ustensile de bricolage est réservé aux mâles: «Pour vous messieurs», précise l'intéressée – les responsables du BHV n'ont semble-t-il pas encore remarqué qu'on trouvait quantité de femmes au rayon bricolage de leur propre magasin.

Donc voilà réunis, en quelques pages feuilletées en quelques secondes, tous les clichés sur la femme: qui sert le café, ne sait pas bricoler, est aux casseroles, fait la vaisselle ou joue les potiches de bar.

prospectus1.jpgElle est tellement débile et arriérée, la vision de la femme qui est véhiculée par ce prospectus publicitaire, que, finalement, ce doit être un gag. Une espèce de message au second degré imaginé par un pubard fatigué ou en manque d'inspiration. Qui, au moment de l'édition 2011 de la Journée de la femme, n'a rien trouvé de mieux que de singer les codes publicitaires sexistes des années 50. Reste à voir si cette com' à deux balles fera s'esclaffer les client(e)s du BHV.

22/02/2011

Une (double) couardise

soldatclément.jpgGouverner et communiquer, cela va de soi. Gouverner et assumer, c'est moins évident. On vient d'en avoir un double exemple en France. L'exemple d'une pudeur qui confine à la couardise.

Premier exemple? Il y a des choses qu'il vaut mieux ne pas dire à l'opinion, pensent sans doute les grands communicants qui entourent les hauts dirigeants français. Ainsi, quel était l'âge du chasseur de première classe Clément Chamarier, qui a été tué en Afghanistan samedi? (Au passage, c'est le 54ème Français mort dans ce pays depuis que les troupes françaises y sont déployées, en 2001) Son âge n'est mentionné ni dans le communiqué du Président Sarkozy, ni dans celui du Premier ministre François Fillon, ni dans celui du ministre de la Défense Alain Juppé, tous trois diffusés ce week-end pour lui rendre hommage. Les télés françaises, samedi soir, ont en majorité parlé d'un soldat «âgé d'une vingtaine d'années». C'est faux. Comme l'armée de terre, elle, a le cran de le préciser (ici), Clément Chamarier était «âgé de 18 ans». Il était donc plus jeune encore que ce soldat français âgé de 20 ans tué il y a quasiment un an jour pour jour dans ce même pays, dont on avait parlé (là) dans ce blog à l'époque.

Pour clore ce premier exemple, on se contentera de reprendre textuellement (à deux chiffres près, relatifs à l'âge de l'intéressé) ce qu'on écrivait alors. «18 ans. Sans doute n’y a-t-il pas d’âge idéal pour mourir. Probablement ne faut-il pas réduire à ce genre de détail le débat sur l’engagement militaire français en Afghanistan, autrement plus complexe. Mais tout de même. 18 ans!»

Deuxième exemple? Il y a des choses qu'il vaut mieux que l'opinion oublie, pensent sans doute les grands communicants qui entourent les hauts dirigeants français. Oublier par exemple, au moment où le sang coule en Libye, le tapis rouge qui, en décembre 2007, avait été déployé à Paris en l'honneur du colonel Kadhafi. .

sarkozykadhaf.jpgAinsi, sur le site web de l'Elysée – sauf erreur: on n'a pas eu le temps, ce matin, d'y passer des heures –, on ne trouve plus trace de cette visite. Ni photo, ni vidéo, ni discours, ni la moindre déclaration. Une petite main du service de com' de l'Elysée aurait-elle donc, cette nuit, été chargée d'effacer tout cela? La Présidence a démenti, jurant que ces documents n'avaient jamais figuré sur le site. Y figure toujours, en revanche, une déclaration de janvier 2008: Nicolas Sarkozy y raille «le charivari un peu ridicule» provoqué par cette visite.

Si cet émoi était «ridicule», c'était que, de l'avis de l'Elysée, cette grande pompe franco-libyenne était justifiable. Mais pas sûr qu'en haut lieu, beaucoup de gens le répéteront, trois ans plus tard.

16/02/2011

Un agacement (encore)

L'autre jour dans ce blog (ici), on s'énervait (un peu) contre une certaine dérive des médias – en France, mais pas seulement – vers l'anecdotique, vers le petit bout de la lorgnette de l'actu. Cette semaine encore, on frise l'indigestion de ce fast-food de l'info que constitue l'«infontainment». Ou la «suzanboylisation» de l'actu, comme on dit. «Paris Match», en effet, a cru bon de demander à l'opinion, via un sondage, laquelle de ces deux personnalités elle préfère: Carla Bruni-Sarkozy ou Anne Sinclair-Strauss-Kahn.

On n'a pas encore compris l'intérêt de fond d'une telle enquête d'opinion, si ce n'est bien sûr celui de vendre du papier. On voit bien l'esprit dans laquelle elle est faite: tester la popularité de deux potentielles first ladies pour l'élection présidentielle de 2012. Mais trois réserves au moins, trouve-t-on, peuvent être objectées à cette démarche médiatico-sondagière.

D'abord, les premières dames n'ont en France aucune existence constitutionnelle ni aucune légitimité démocratique, puisqu'elle ne sont pas élues. Dès lors, les tester dans les sondages, comme on le fait pour un Président, des ministres ou des parlementaires, c'est accréditer en douce un glissement. C'est officialiser mine de rien un rôle d'influence que, dans les faits, les intéressées ont peut-être, mais qui n'a pas à être ainsi reconnu voire célébré – tant, en tout cas, que la Constitution n'a pas été modifiée. Et c'est remettre une couche dans la «peoplelisation» de la politique. Ensuite, le fait même de procéder à un tel sondage est condescendant envers l'électeur: politiquement, le Français moyen en serait donc au point de choisir son prochain Président en fonction de son épouse? Enfin – surtout –, tout cela ne fait qu'alimenter une vision rétrograde de l'épouse en politique, et de la femme en général. Juste bonne à jouer la pièce rapportée, le faire-valoir, la valeur ajoutée en somme: au service docile et dévoué de Monsieur. Pénible, donc.

Mais ce n'est que notre avis.