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03/02/2011

Une pratique

Cela s'appelle du «name dropping». La pratique qui consiste à lancer des noms dans l'opinion. Sans les accuser précisément, mais en insinuant des choses. Finalement, c'est un peu ce qu'a fait hier «Le Canard enchaîné» – qui, d'habitude, est mieux inspiré, trouve-t-on. Il a lâché quelques noms de grandes figures de la presse parisienne. Qui, disait-il, ont souvent été vues dans la Tunisie de Ben Ali, aux côtés de businessmen proches du tyran. Certains de ces journalistes auraient même, à l'époque, fait des affaires avec ces amis du régime déchu: des investissements dans l'immobilier, par exemple.

Le problème n'est pas tant que des journalistes soient victimes d'un tel «name dropping». Il n'y a, bien sûr, aucune raison que les journalistes soient les seules personnalités à ne pas devoir rendre des comptes s'il apparaissait qu'ils ont bénéficié des faveurs indues d'un autocrate ayant puisé largement dans les caisses de son pays. Le problème, c'est cette pratique même du «name dropping». On ne voudrait pas donner l'impression de donner des leçons – qui serait-on pour en donner? –, mais, quand on est journaliste, nous semble-t-il, tant qu'on n'a pas les preuves de ce que l'on insinue, on ne lance pas des noms comme cela, dans l'opinion. Soit on a des infos compromettant des personnalités, journalistes ou pas, et on les lâche. Soit on n'en a pas, pas encore ou pas assez, et, tant qu'on n'a pas réussi à en obtenir suffisamment, on se tait. Sous peine de risquer non seulement de salir des individus, mais aussi, par ricochet, de semer le doute sur la moralité de leur profession.

Or, il serait injuste que le «name dropping», visant des journalistes, en arrive à dégrader encore un peu plus l'image déjà négative de cette corporation dans l'opinion, en France et ailleurs. Certes, comme dans toutes les professions, il y a des journalistes qui dérapent: qui sacrifient l'éthique à leurs profits personnels. Mais, à côté de ces quelques moutons noirs, à dénoncer et à sanctionner, il y a tant et tant de journalistes qui tentent chaque jour de faire correctement leur (difficile) boulot: sans passe-droits ni cadeaux de qui que ce soit. Et il y en a même qui paient chèrement le simple fait d'exercer leur profession: on l'a encore vu hier avec ces confrères qui, en Egypte, ont eu de gros ennuis simplement parce qu'ils faisaient leur métier d'informer.

Hier aussi, au passage, cela a fait très exactement 400 jours que Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière (ici), les deux confrères de France 3, ont été enlevés en Afghanistan.

20/01/2011

Une opacité

Vingt-quatre heures plus tard, elle n'est toujours pas claire cette histoire, décidément. Hier matin, était révélé le fait que les Douanes de Roissy avaient, la semaine dernière, stoppé in extremis une livraison de matériel de maintien de l'ordre au régime Ben Ali. La cargaison (grenades lacrymogènes, gilets pare-balles, etc), au lieu d'être à Tunis, se trouve toujours dans un hangar de l'aéroport parisien. Mais sur injonction de qui cette livraison a-t-elle été stoppée? Mystère.

Deux versions circulent. La première fait état d'un coup de fil de l'Elysée. La seconde parle d'une simple opération de routine des Douanes, «pas du tout» liée aux événements. Hier, nul ne s'est étendu sur le sujet. Ni au gouvernement – «Peu importent les modalités», a éludé son porte-parole –, ni à l'Elysée, ni au quai d'Orsay, ni aux Finances, ni aux Douanes.

Pas clair, donc. Mais les raisons de cette obscurité, elles, sont lumineuses. Car, de deux choses l'une.

Soit c'est bel et bien sur ordre de l'Elysée que les Douanes sont intervenues. Pourquoi pas. Mais cela indiquerait que, la semaine dernière, en fait, l'entourage de Nicolas Sarkozy suivait de très près, heure par heure presque, le moindre fait relatif à la Tunisie. Problème? Cela mettrait en relief, par contraste, son mutisme assourdissant et son inaction apparente à propos de la répression dans ce pays. Gênant. Hier, l'Elysée n'avait donc pas trop intérêt à insister outre mesure sur son rôle éventuel dans cette saisie douanière.

Soit c'est bel et bien une pure procédure routinière des Douanes, qui n'a rien de politique. Pourquoi pas. Mais, dans ce cas, pourquoi et comment le journaliste ayant sorti l'affaire, qui n'est pas réputé pour être un guignol, a-t-il donc évoqué une intervention de l'Elysée? Cela ne lui est pas venu comme cela. Quelqu'un, en haut lieu, a bien dû lui souffler l'info. Gênant. Les Douanes auraient-elles confirmé hier avoir été à l'initiative de la saisie, les mauvaises langues auraient crié illico au coup de com' d'un goût douteux. Auraient accusé les grands communicants de l'Elysée d'avoir tenté de redorer le blason tunisien de Nicolas Sarkozy en lui attribuant faussement, auprès d'un journaliste, la paternité de cette décision. Hier donc, discrétion des Douanes sur le sujet.

Du coup, personne n'ayant vraiment intérêt à s'étendre sur cette ténébreuse affaire, celle-ci pourrait bien rester mystérieuse jusqu'au bout. Mais sans doute cette opacité est-elle accessoire, l'essentiel (la non-livraison de ce matériel français à Tunis, au moment où l'on tirait sur les foules) ayant été assuré.

04/01/2011

Un agacement

Le communiqué date du 29 décembre, mais comme, entendait-on ce matin encore à la radio, il fait toujours pas mal de buzz sur le web, parlons-en. Il émanait de l'équipe de Ségolène Royal (ici). Et dénonçait un récent sondage ( ou ) consacré aux personnalités qui agacent le plus les Français. La socialiste y apparaissait en tête de la catégorie consacrée aux politiques. «L'agacement est-il une valeur politique de nature à informer les électeurs?», s'interrogeait son entourage. Qui aurait trouvé plus sérieux de sonder les Français sur «l'efficacité, la volonté, le courage, la détermination, la vérité» en politique.

On commence à trouver un peu lassante la parano de Ségolène Royal, qui voit derrière ce genre de sondages l'énième offensive du complot qu'auraient fomenté contre elle les puissances «de l'argent»: sarkozystes, instituts de sondages amis, et «médias complaisants». Mais, pour le coup, on comprend assez l'agacement de l'intéressée. Quel est donc l'intérêt de fond d'une telle enquête d'opinion? Ses conclusions – «Les Français n’hésitent pas à se déclarer agacés par certaines personnalités», «Les hommes et femmes politiques sont plus susceptibles d’agacer que les personnes appartenant au monde du spectacle», etc., etc.– n'enfoncent-elles pas les portes ouvertes de l'évidence?

Ces derniers jours, on a eu deux agacements dans le même registre. Le premier, c'était dimanche soir. En entendant, à une grande émission politique radiophonique, des journalistes de renom parier des bouteilles de champagne sur l'éventuelle nouvelle candidature de Nicolas Sarkozy à l'Elysée ou l'éventuel retour en politique française de Dominique Strauss-Kahn. Le second agacement, c'était ce matin. En ouvrant «Libération», qui consacre une page entière aux prévisions, politiques notamment, de cartomanciennes, astrologues et autres numérologues.

A notre humble avis, et au risque de paraître s'ériger en donneur de leçons, dans ces deux cas, on dérape du registre de l'information journalistique à celui de l'«infotainment»: ce si calamiteux mélange, anglo-saxon d'origine, entre info et divertissement. On rejoint cette effarante tendance (pas que française) que nous, désormais, on appelle «la suzanboylisation de l'information». Négologisme qui fait référence à l'hystérie médiatique mondiale, l'an dernier, à propos de Suzan Boyle, qui, à l'échelle de l'histoire de l'humanité, ne fut pourtant jamais que l'énième lauréate d'un énième télé-crochet d'une énième chaîne de télé en mal d'audience. Après cela, la corporation journalistique ne devra pas s'étonner de voir, dans les sondages, sa crédibilité décliner d'année en année dans l'opinion.

03/01/2011

Un mauvais début

toureiffel.jpgPeut-être que, symboliquement, pour bien commencer l'année, la note de rentrée 2011 de ce blog aurait dû/pu être consacrée à un coup de coeur. Ce sera pourtant un coup de griffe. Car on voit mal comment on pourrait passer sous silence la première bourde politique de l'année.

Elle a été signée Brice Hortefeux, et concerne le bilan sécuritaire des fêtes de fin d'année. Dès le premier jour de l'an, le ministre de l'Intérieur s'est réjoui que la nuit de la St-Sylvestre se soit déroulée «sans qu'aucun incident majeur n'ait été signalé». Mais l'accumulation, dans les médias ces deux derniers jours, de nouvelles relatives à des faits divers ayant eu lieu le soir du 31 décembre a bien montré le caractère effarant de cet auto-satisfecit ministériel.

Ainsi, rien que dans la capitale et sa banlieue, où 10 260 membres des forces de l'ordre avaient été mobilisés, trois drames particulièrement sordides ont été déplorés. A Paris, dans le dix-huitième arrondissement, une touriste danoise, mère de famille, a été tuée après avoir été renversée sur un passage pour piétons par un chauffard alcoolisé. Dans le douzième arrondissement, une jeune touriste russe de 21 ans, qui, faute de transports publics et de taxis disponibles, faisait du stop pour rentrer à son hôtel, a été enlevée puis rouée de coups et violée par un automobiliste, qui l'a ensuite abandonnée à une station-service déserte de banlieue. Au Blanc-Mesnil, enfin, en Seine-Saint-Denis, un disc-jockey amateur s'est fait lyncher (à coups de chaises, de tessons de bouteille et de coups de poing américains) par une bande de voyous à qui il avait refusé l'entrée à sa soirée privée.

Mais tout cela, donc, ne relève pas de l'«incident majeur». Encore bravo: l'année commence bien pour le ministre de l'Intérieur.

23/12/2010

Une double hérésie

tepakap.jpgUne note bien de saison aujourd'hui, puisque 60 millions de Français s'apprêtent à se faire plaisir/à se goinfrer/à l'occasion du réveillon de Noël. En France, l'industrie agro-alimentaire n'a pas attendu le jour J pour innover. Et, cette année, c'est le secteur de la restauration rapide qui s'est distingué. En effet, il a proposé à ses consommateurs ce qui constitue assurément une double et effarante hérésie nutritionnelle: encore plus insensée que la nourriture proposée le restant de l'année par la restauration rapide.

On a d'abord le «Tepakap», proposé par l'enseigne Speedburger. Une horreur calorique. Ses quatre steaks hachés, soit 420 grammes de viande, en font un sandwich de plus de 10 cm de hauteur. «Pour l'hiver c'est idéal, car on a besoin de manger plus», assurent ses inventeurs. C'est bien sûr un argument commercial grotesquement fallacieux. N'importe quel étudiant de première année en diététique vous confirmera qu'autant les paysans du Moyen-Age qui, à longueur d'années, ne mangeaient pas toujours à leur faim et travaillaient dur dehors, avaient effectivement besoin de se nourrir davantage en hiver, autant ce n'est absolument plus le cas, dans nos pays riches en tout cas, pour les consommateurs d'aujourd'hui, qui sont loin d'être dénutris. Selon les calculs des nutritionnistes, ce «Tepakap» est «un pur délire»: il pèserait à lui tout seul plus de 1500 calories.

On a eu ensuite, ces dernières semaines chez Quick cette fois, le burger au... foie gras. Ce qui, au passage, a valu à cette enseigne une manifestation des défenseurs des animaux. L'autre jour, une quinzaine de militants de la fondation Bardot notamment ont protesté devant le Quick de la rue de Rivoli, en plein coeur de Paris, dénonçant l'élevage de canards en batterie. Selon eux, «Quick ne propose pas de la gastronomie, mais de la barbarie à bas prix».

burgerfoiegraasquick.jpgD'un point de vue gastronomique, cette innovation ne fait pas l'unanimité. Si certains (ici) louent le côté «fondant» et «généreux» de ce burger au foie gras, d'autres (là), au Périgord, le trouvent «trop sucré». Mais ce qui est sûr, c'est que d''un point de vue nutritif, l'ajout, à un burger déjà très calorique, de cet aliment extrêmement riche qu'est le foie gras n'arrange évidemment pas les choses.

On estime qu'un Français sur trois (31%) est atteint de surcharge pondérale. Un grand bravo donc au secteur de la restauration rapide pour cette double innovation de poids.

PS: Sinon, en ce qui concerne plus précisément la capitale et le voisinage de notre quartier, une pétition circule en ce moment contre l'ouverture d'un maxi fast-food au métro Saint-Paul, pas loin de Bastille. Heu... Paris ne compte pas déjà assez de Quicks, McDo et autres KFC?

15/12/2010

Un vieux truc

C'est une grosse ficelle de la communication politique. Quand vous avez failli sur le fond, vous tentez de biaiser en reconnaissant une erreur de forme. Quand vous avec pêché par inaction, imprudence, impréparation, manque de concertation et/ou aveuglement politique, vous admettez tout au plus, du bout des lèvres, une erreur de communication. Quand vos manquements sont si manifestes que vous ne pouvez plus les nier sous peine que votre mauvaise foi devienne vraiment trop ostensible, vous essayez de sauver la mise avec un très partiel mea culpa. C'est cette vieille recette qu'a utilisée hier François Fillon.

En la matière, il faut dire, le Premier ministre n'a fait somme toute qu'imiter Nicolas Sarkozy, qui a recours assez souvent à ce vieux truc de com'. Ainsi, à la mi-novembre à la télé, interrogé sur son concept si sulfureux d'identité nationale, le chef de l'Etat avait lâché: «Sans doute s'y est-on mal pris; le mot a provoqué un malentendu». Mais aucun reniement «sur le fond des choses». En mai 2008 déjà, à la télé toujours, à propos cette fois du très impopulaire et controversé «paquet fiscal», le chef de l'Etat avait lâché du lest sur la forme: «C'est un très mauvais nom qu'on a pris. On a fait une erreur de communication totale». Il n'avait laissé tomber sur le fond que bien plus tard, quand il était apparu que ce recul sur la forme n'avait pas suffi à rendre moins impopulaire un dispositif devenu «symbole d'injustice» fiscale – dixit le ministre du Budget.

Idem donc pour François Fillon hier. A propos, lui, de la pagaille de la semaine dernière due à la neige. «On n'a pas été bon, et moi le premier, en matière de communication», a reconnu le chef du gouvernement. Les milliers d'automobilistes que la neige, cette nuit-là, a contraints à une nuit blanche objecteront qu'en l'occurrence, dans cette crise, le gouvernement «n'a pas été bon» en général, et pas seulement en communication. Ils argumenteront que le problème n'a pas tant été la qualité de telle ou telle prestation médiatique de tel ou tel ministre ce jour-là, ce qui est très accessoire, mais l'incapacité globale de l'Etat à gérer la crise. Qu'importe: de l'avis sans doute du gouvernement, avec ce mea culpa sur la com', le problème de fond est réglé.

Au moins hier, sur le même sujet de la neige, la ministre des Transports, elle, a eu recours, non à cette recette si éculée de la com' politique, mais à une entourloupe langagière si culottée qu'elle en devenait franchement comique. «On fait tout pour que ça se passe encore mieux» que la semaine dernière, a assuré Nathalie Kosciusko-Morizet. Cet «encore mieux», se référant à un fiasco si voyant et notoire, est absolument délicieux. C'est «On fait tout pour que ça se passe mieux» qu'elle aurait dû dire. Mais sans doute était-ce trop demander.

02/12/2010

Un silence peu glorieux

logo_ps.jpgSix lignes. C'est tout ce que le Parti socialiste de Martine Aubry, ces jours-ci, a réussi à pondre sur la situation en Côte d'Ivoire, pays à nouveau au bord du chaos. Abidjan est très loin de Paris? L'on s'éloigne beaucoup, ce jeudi, de l'objet de ce blog? Oui, mais ces six lignes sentent tant la langue de bois et contiennent tant silences révélateurs qu'elles en disent long.

Ainsi, on n'y trouve pas un mot sur les dix ans de règne du si contestable Président Gbagbo, au bilan aussi lourd en ce qui concerne les droits humains par exemple. Pas un mot non plus sur les manoeuvres de l'intéressé ces derniers jours, pour différer voire empêcher la proclamation des résultats de l'élection présidentielle. Pas davantage un mot de justification sur les compromissions du PS français – et, au-delà, de l'Internationale socialiste dans son ensemble – avec cet autocrate. Ainsi, l'autre jour, Jack Lang s'est discrètement rendu en Côte d'Ivoire et a fait meeting avec Laurent Gbagbo. Qu'il a qualifié de «candidat du coeur, de l'amitié, de la fidélité», de «camarade socialiste» et de «progressiste» – on croit rêver/cauchemarder. Pas non plus un mot du PS, bien sûr, sur l'incohérence existant entre ce soutien si appuyé de Jack Lang et la ligne des socialistes français, qui, depuis 2004, officiellement jugent Laurent Gbagbo «infréquentable».

Beaucoup de silences peu glorieux, donc.

C'est notamment dû à des problèmes de personnes. Comme s'en est vanté Jack Lang a Abidjan, Laurent Gbagbo «eut naguère des liens personnels avec François Mitterrand». Le même Gbagbo est aussi un vieux copain de fac, à la Sorbonne, de celui qui fut très longtemps le «Monsieur Afrique» du PS: un homme de l'ombre totalement inconnu du grand public, mais omnipotent dans son parti et influent à l'Internationale socialiste. En outre, l'opposant n°1 au Président ivoirien, l'ex-Premier ministre Allasanne Ouattara, est plutôt proche de Nicolas Sarkozy. «Il prend l'apérifif à l'Elysée à chacun de ses séjours à Paris», rappelait hier encore le spécialiste de l'Afrique, Antoine Glaser. En revanche, la relation entre Laurent Gbagbo et Nicolas Sarkozy, et surtout avant lui avec Jacques Chirac, a toujours été plus difficile.

A contrario, tout cela sufffit sans doute au PS pour, sans le dire et donc probablement sans en être très fier, faire la cour à l'autocrate ivoirien. Mais cela ne rend pas la politique africaine de ce parti très honorable, ou même simplement crédible et sérieuse. Et, sauf progrès dans les 17 mois à venir, cela promet pour la diplomatie de la France si, en 2012, les socialistes reviennent à l'Elysée.

26/11/2010

Un cliché sexiste

pochoirunefemme.jpgS'il existait une palme hebdomadaire de la petite phrase sexiste, Alain Minc l'obtiendrait, cette semaine. L'autre jour, ce proche de Nicolas Sarkozy est revenu sur la tirade de ce dernier, lancée en «off» à des journalistes. Si d'aventure cela vous avait échappé: le chef de l'Etat, s'estimant accusé en dépit du bon sens par les médias d'être mêlé au «Karachigate», a traité ses interlocuteurs de «pédophiles». Pour montrer l'absurdité, à ses yeux, des accusations lancées contre lui par des journalistes.

 

Le financier et essayiste à succès s'est empressé d'aller défendre à la radio et à la télé la «plaisanterie» de son ami. Sans même revenir sur le fond de l'affaire – la façon dont les médias travaillent, les emportements décidément si fréquents du Président, le bien-fondé ou non d'avoir rendu publics ses propos en «off»,  etc – , sur la forme, la petite phrase d'Alain Minc étaient, mine de rien, d'un rare sexisme. Ainsi, a-t-il dit, «les journalistes, vous êtes tous pareils. Vous êtes dans une bulle très protectrice et donc vous avez une peau de jeune fille, pardonnez-moi ce mot. Les journalistes, même à la plus légère plaisanterie, se sentent agressés!»

 

Par «peau de jeune fille», Alain Minc voulait dire, on imagine, peau sensible, donc sensibilité à fleur de peau, du coup corporation journalistique exagérément susceptible, au point de ne pouvoir supporter le moindre trait d'humour sarkozyste. Il ne serait jamais venu à l'idée d'Alain Minc de dire: «Les journalistes, vous êtes tous pareils. Vous avez une peau de jeune garçon». Cela montre bien que cette tournure de phrase – comme ses variantes: «une pudeur de jeune fille», «un teint de jeune fille», etc. – , est sexiste. Puisqu'elle fait passer la susceptibilité et la sensibilité outrancières pour des caractéristiques par nature féminines.

 

pochoirlafillelafille.jpgSexiste et passablement idiote. Car, au vu du monde qu'il fréquente dans les dîners en ville, Alain Minc devrait bien savoir qu'il existe des femmes qui, tout en étant très féminines, ne sont pas le moins du monde exagérément susceptibles. Et des hommes qui, sans être le moins du monde efféminés, ont une sensibilité à fleur de peau au point d'être extrêmement susceptibles. Et ce, que ces femmes ou hommes soient journalistes ou pas.

22/11/2010

Un rapport très sévère

Cela a tout l'air d'être une convocation davantage qu'une invitation. Peu après avoir pris ses fonctions, la nouvelle ministre des Transports recoit, ce lundi, les PDG de la RATP et de la SNCF, respectivement à 10 heures et à 11 heures ce matin. La semaine dernière, ces deux sociétés ont été sévèrement épinglées par un rapport de la Cour des Comptes consacré à l'état des transports publics en région parisienne. Ce document n'a sans doute rien appris de neuf à tous les utilisateurs quotidiens de ces transports, notamment aux 10 millions d'usagers journaliers du réseau de la RATP. Il n'en a pas moins fait grand bruit. Qui sait donc ce rapport accablant, contrairement à tant d'autres déjà précédemment (ici, par exemple), aura, lui, des répercussions concrètes.

Pour la Cour, le réseau de transports parisien est devenu complètement «inadapté», «l’offre de trains, métros ou tramways (ayant) progressé plus lentement que le trafic, qui a lui connu une dynamique nouvelle». Est particulièrement dénoncée la «qualité de service dégradée». C'est singulièrement le cas de la ligne de métro 13, dont on a déjà beaucoup parlé dans ce blog et qui, reconnaît la Cour, est «confrontée à un phénomène clair de saturation». Le cas aussi du RER, réseau où, «globalement, ces dernières années sont marquées par une augmentation nette de l’irrégularité, amorcée depuis 2004 ».

L'autre jour, en tant qu'usager de base, l'on s'interrogeait (relire ici) sur l'état de délabrement apparent des infrastructures, dans le métro de Paris notamment. La Cour confirme: elle range explicitement le «vieillissement des infrastructures» parmi les causes de la dégradation du service aux usagers. Par exemple, «les incidents causés par les infrastructures ou le matériel roulant représentent plus du tiers des causes d’irrégularité» sur le réseau parisien de la SNCF. Conclusion? Plutôt que de vouloir construire de nouvelles lignes, développer de nouvelles installations et rêver à de nouveaux projets aussi majeurs qu'impayables, «une priorité dans l’affectation des ressources disponibles doit être donnée à la modernisation des lignes existantes».

Nicolas Sarkozy est-il du même avis? A l'issue de son fameux remaniement ministériel du week-end dernier, son nouveau gouvernement ne compte plus d'éminence explicitement et spécifiquement chargée du «Grand Paris»: ce plan fastueux (et fumeux?) de développement urbanistique de la région parisienne, qui se caractérisait notamment par ses projets mirifiques en termes de nouvelles infrastructures et liaisons de transport.

12/11/2010

Un irrespect

On ne va pas s'énerver longuement sur le sujet aujourd'hui, vu que l'autre jour déjà, dans ce blog, on avait pesté contre «l'effarante stupidité» des abrutis qui vandalisent des oeuvres d'art (si cela vous avait échappé, relire ici). Juste donc signaler, avec dépit, une info parisienne tombée pendant ce congé du 11 novembre: un quidam a volontairement dégradé une toile faisant partie de la grande expo Jean-Michel Basquiat en cours en ce moment au Musée d'art moderne de la Ville de Paris.

 

La dégradation est «mineure»: quelques ratures au feutre, de quelques centimètres à peine, dans un coin du tableau. Celui-ci pourra donc sans doute être restauré, de manière à ce que ce geste anonyme ne soit bientôt plus qu'un mauvais souvenir. Pas de dégâts fondamentalement graves donc. Mais, ce qui sidère ici, c'est le geste, c'est la démarche: s'attaquer à une oeuvre d'art. C'est d'une inculture et d'un irrespect absolument consternants.

27/10/2010

Une misère

Pas (pas encore?) de milliers de tonnes de détritus dans les rues de Paris, comme à Marseille ces derniers jours. La grève partielle que mène une partie des éboueurs de la capitale perturbe bien, ce mercredi encore, la collecte des immondices dans certains arrondissements, mais la mairie affirme que la situation est globalement sous contrôle. En revanche, elle s'enlise aux portes de Paris, à la hauteur de la porte de Bercy: au centre de traitements des immondices d'Ivry, qui accueille une bonne part des déchets parisiens. Les grévistes continuent de bloquer l'accès à l'usine. «On a de quoi tenir un siège! On a même planté un sapin de Noël!», racontait hier un leader syndical. A côté d'une pancarte reprenant une phrase de Jacques Prévert: «Quand les éboueurs font grève, les orduriers sont indignés».

 

Indigné, il l'était ce gréviste d'Ivry qui témoignait hier à la radio. «Cela fait trente ans que je ramasse les poubelles et, au final, je ne toucherai qu'une retraite mensuelle de 800 euros!» 800 euros. Une misère. Comment donc peut-on vivre en région parisienne avec cela? Etant entendu que le salaire de l'éboueur moyen ne lui permet sans doute pas, pendant sa vie active, de cotiser pour une retraite complémentaire voire simplement d'acquérir son logement.

 

A propos, et on se l'est dit si souvent ces dernières années en les voyant à l'oeuvre dans les rues de Paris, s'il y a une profession dont il faudrait reconnaître la pénibilité (notion tant évoquée dans ce débat sur les retraites), c'est bien celle d'éboueur. On ne parle même pas des odeurs, du bruit, des horaires de travail ou du climat (voir les corps en sueur des éboueurs les jours de canicule). Mais du rythme de travail dingue de ces travailleurs. Il faut voir la cadence du ramassage des immondices à Paris pour le croire: ces éboueurs – bien sûr à 99% des gens de couleur... – galopent à longueur de tournées.

 

Le pire est sans doute qu'en plus, ils doivent souvent endurer le concert de coups de klaxon des automobilistes parisiens pressés/stressés (pléonasme), qui considèrent évidemment toujours que le camion-poubelle bloquant leur bagnole n'avance jamais assez vite. Ce tintamarre misérable donne envie de cogner même aux plus pacifiques, mêmes aux gens les plus fondamentalement non-violents.

15/10/2010

Une effarante stupidité

Les autorités travaillent bien, dans leur traque des mauvais plaisantins qui, dernièrement, par leurs fausses alertes à la bombe, ont semé pour rien la panique dans plusieurs endroits de Paris. Après l'arrestation, dont on a déjà parlé, de l'auteur de la fausse alerte ayant visé la gare Saint-Lazare, a été annoncé hier le placement en garde à vue d'un homme suspecté lui d'avoir commis rien moins que quatre fausses alertes. Les appels téléphoniques dont il est soupçonné ont visé deux fois la gare Montparnasse, ainsi que l'hôpital de l'Hôtel-Dieu et un grand magasin.

Si sa culpabilité est reconnue, il a franchi, selon nous, un pas supplémentaire dans la stupidité. Déjà, sans raison mettre les forces de l'ordre sur les dents – qui plus est en ce moment – et effrayer les touristes visitant la tour Eiffel ou les clients d'un grand magasin, c'est assez crétin. Mais là, s'attaquer à un hôpital, cela dépasse l'entendement. Effrayer pour rien des malades voire des mourants: dans les deux cas des gens qui souffrent, donc. Perturber encore un peu plus le travail d'un personnel soignant qui déjà n'en peut plus car il est notoirement débordé. Sans doute faut-il être soi-même un peu malade dans sa tête pour en arriver là.

Une stupidité consternante de cet acabit, cela dit, on l'a vue aussi à l'oeuvre récemment, dans notre onzième arrondissement et dans un domaine qui n'a rien à voir avec le terrorisme: la culture. C'était à l'occasion du «Génie des Jardins»: une manifestation qui invite le grand public à la découverte de la création contemporaine, via des interventions d'artistes disséminées dans des espaces verts. Des abrutis en ont profité pour saccager plusieurs installations artistiques. «Scandaleuse agression», s'est légitimement indignée la mairie, pour qui, si «l’expression artistique, quelle qu’elle soit, peut déranger, rien ne peut justifier un geste destructeur, qui réduit au silence celui qui s’exprime».

On a toujours trouvé minables les actes de vandalisme en général. Parce qu'ils sont le sommet de la vacuité: ne portent aucun message politique de fond mais disent juste: «Je suis passé ici, j'ai cassé, à vous de vous débrouiller». Et parce qu'ils sont le comble de l'égoïsme: quelques secondes d'adrénaline éprouvées par le casseur au moment de détruire passent avant l'embarras que son geste va causer auprès des innombrables usagers de l'infrastructure qu'il a vandalisée. Mais là, quand en plus le vandalisme s'en prend à la création artistique, un pas supplémentaire nous semble franchi, comme avec la fausse alerte à la bombe dans un hôpital. Un pas effarant vers la débilité la plus profonde.

17/09/2010

Un silence

unecartedepresse.jpgParfois, en France comme ailleurs, il y a des sujets dont les médias ne parlent pas. Parce qu'ils embarrassent les journalistes? On s'est encore posé la question cette semaine. Lors de laquelle les politiques ont beaucoup évoqué les fameuses niches fiscales: ces exonérations fiscales accordées à toute une série de professions. Additionnés, ces avantages coûtent cher à un Etat lourdement déficitaire et endetté, raison pour laquelle il est question à présent de les raboter. Or, dans ce débat autour des niches fiscales, il est un silence médiatique que l'on trouve assez assourdissant.

 

En effet, ces dernières semaines, les journalistes ont visiblement adoré brocarder les avantages fiscaux dont jouissent les cultivateurs de truffes, lauréats de prix littéraires, fabricants de pipes ou autres possesseurs de chevaux de course. De même, ils ont rappelé combien certaines de ces niches avaient un coût exorbitant. Pour ne prendre que cet exemple: 3 milliards d'euros chaque année pour la TVA à 5,5% dans le secteur de la restauration. En revanche – mais cela nous a peut-être échappé –, nulle part dans les médias a-t-il été évoqué, ces derniers jours, la niche fiscale bénéficiant ... aux journalistes. Cette niche n'est ni énorme, ni négligeable: 7650€. C'est le montant que, chaque année, le journaliste qui paie ses impôts en France peut déduire de ses revenus imposables, au titre d'«allocation pour frais d'emploi».

 

C'est dommage, ce silence médiatique sur ce sujet. On trouverait intéressant que, dans les journaux, à la radio ou à la télé, les grands noms du journalisme français expliquent au public en quoi le maintien de ce privilège se justifie ou non. Rappellent que jamais un gouvernement n'a osé le remettre en cause, de peur de se mettre illico toute la presse à dos. Nous, en tout cas, au risque d'être considéré comme un traître par la corporation, on ne voit pas pourquoi les journalistes devraient être la seule profession d'office présumée exemptée de devoir participer à l'effort collectif d'austérité. On n'est pas maso: on ne tient pas spécialement à payer plus d'impôts. Mais on ne trouverait pas non plus complètement scandaleux que, par exemple, le montant de cet avantage fiscal varie de manière inversement proportionnelle au revenu déclaré. Autant les petits pigistes qui galèrent – et Dieu sait s'il y en a – ne peuvent ni ne doivent être saignés encore davantage financièrement, autant on ne voit pas pourquoi les grandes fortunes du paysage médiatique français – et Dieu sait s'il y en a – devraient conserver tel quel ce privilège.

31/08/2010

Une récidive

Le temps passe, mais, à Paris, certains décidément n'évoluent pas. Vers la mi-juin, on avait évoqué (ici) l'émoi suscité dans la capitale – et au-delà: dans le reste du pays – par la tentative de groupuscules liés à l'extrême-droite de tenir un apéro géant dit «Saucisson & pinard» (clairement exclu aux musulmans, donc) à la Goutte d'or (quartier parisien à forte population issue de l'immigration). Depuis, près de trois mois ont passé. Mais d'aucuns ont envie de récidiver. On pourrait en avoir l'illustration ce samedi à Paris.

 

Ce jour-là, en effet, en plein centre-ville, est programmé un «grand apéritif républicain». Présenté comme en faveur d'«une certaine idée de la France». Pour que les choses soient claires, il s'agit de dénoncer «la montée de l'offensive islamiste sur le territoire français». Des initiatives du même acabit sont annoncées le même jour dans plusieurs villes de province: Bordeaux, Lyon, Strasbourg ou Toulouse. Parmi les organisateurs, on retrouve des ex-militants dévoyés d'une certaine «gauche» ultra-républicaniste, sécuritaire et anti-communautariste – genre Chevènement. Ils assurent que leur «conception de la Nation n’est absolument pas ethnique». Mais n'en condamnent pas moins le modèle français d'intégration des minorités issues de l'immigration, modèle qu'ils veulent remplacer par un régime d'«assimilation» pure et simple. Tout comme les amateurs de cochon et de vin rouge avaient, en juin, comparé à la Résistance aux nazis leur «entrée en résistance face à l'islamisation de la France», on a à nouveau droit à un alibi historique: l'apéro du 4 septembre se veut commémoratif de la journée du 4 septembre 1870, qui avait vu la proclamation de la IIIème République.

 

Le maire (écologiste) de l'arrondissement parisien où se tiendrait cette manifestation a demandé son interdiction à la préfecture de police.

15/07/2010

Une fatwa

diams.jpgCes jours-ci, la France fête le vingtième anniversaire de la loi réprimant les propos à caractère raciste, antisémite ou xénophobe. C'est le moment qu'a choisi le Front national pour jeter l'opprobre sur une artiste qui, dernièrement, a fait parler d'elle en se convertissant à la religion musulmane, en vertu de quoi elle n'apparaît plus en public que coiffée d'un couvre-chef. On veut parler de Diam's. Ce soir, la rappeuse doit se produire à un festival de musique, dans une bourgade du Var (Provence). Mais son concert pourrait bien être perturbé par des agitateurs du parti de Jean-Marie Le Pen, le FN  ayant réclamé (ici) en vain l'interdiction de cette prestation. Pour les frontistes, en effet, Diam's est une «personnalité néfaste», «médiocre». Qui, dans ses chansons (proférées qui plus est «dans un français approximatif») «vomit toute la haine qu’elle porte en elle contre la France et envers les Autorités et la République». Le FN  a donc prévenu: la venue ce soir d'une telle artiste sur des terres où l'extrême droite est si bien implantée ne peut qu'«engendrer désordre civil et insécurité».

Le FN en veut notamment à Diam's pour sa chanson «Ma France à moi». Dans laquelle la rappeuse dit notamment: «Ma France à moi, c'est pas la leur, celle qui vote extrême/ Celle qui bannit les jeunes, anti-rap sur la FM/ Celle qui s'croit au Texas, celle qui a peur de nos bandes/ Celle qui vénère Sarko, intolérante et gênante/ Celle qui regarde Julie Lescaut et regrette le temps des Choristes/ Qui laisse crever les pauvres, et met ses propres parents à l'hospice». Ou encore: «Non, ma France à moi c'est pas la leur qui fête le Beaujolais/ Et qui prétend s'être fait baiser par l'arrivée des immigrés/ Celle qui pue le racisme mais qui fait semblant d'être ouverte/ Cette France hypocrite qui est peut-être sous ma fenêtre». Pour le FN, de tels textes sont évidemment insupportables. En outre, sans doute le parti de Jean-Marie Le Pen n'a-t-il pas encore pardonné à Diam's sa chanson intitulée «Marine», en référence à la fille du patron du FN. Cela donnait notamment ceci: «Marine/ Regarde-nous/ On est beau/ On vient des 4 coins du monde/ Mais pour toi on est trop/ Ma haine est immense quand je pense à ton père/ (...). T'as fait la même connerie que lui/ Penser que le blanc ne se mélange pas à autrui/ Marine/ On ne s'ra jamais copines parce que je suis une métisse/ Et que je traîne avec Ali».

Les organisateurs du festival et la mairie concernée ont évidemment catégoriquement rejeté la fatwa du Front national: «Diam's viendra bien. C'est de la musique et elle a le droit de s'exprimer, comme tout le monde». Puisque le parti de Jean-Marie Le Pen a, paraît-il, de nouveau le vent en poupe en France en ce moment, rappelons que, dans les villes qu'il dirigea jadis (Vitrolles, Marignane, Orange, Dreux etc.), en matière culturelle, le FN n'a pas rarement pris des mesures clairement excluantes: déprogrammation de spectacles, refus d'autorisation d'expositions, purges, dans les bibliothèques publiques, des livres jugés immoraux, diminution voire arrêt de subventions aux théâtres pas assez dans la norme, etc, etc. Depuis, de toute évidence, l'extrême droite n'a pas évolué d'un iota.

05/07/2010

Un mauvais bilan

métroausterlitz.jpgJuste avant de partir en week-end, on parlait dans ce blog de la chaleur insupportable qui règne dans les rames de certaines lignes du métro de Paris. Un autre problème qui, lui, touche le réseau de la RATP dans son ensemble est celui de la régularité – de l'irrégularité, plutôt – généralisée des trains. Un bilan dressé et rendu public à la fin de la semaine dernière par l'autorité organisatrice des transports en région parisienne a une nouvelle fois mis en lumière ce fléau bien connu des 10,5 millions de clients quotidiens de la RATP. Selon ce rapport, en effet, en 2009, seules... 3 des 14 lignes de métro de la capitale ont rempli leur objectif en ce qui concerne la régularité du trafic.

La championne toutes catégories de la régularité est, sans surprise, la ligne 14 (Grande Bibliothèque-Madeleine). Sans surprise, car il s'agit de la seule ligne du réseau qui est automatisée et qui bénéficie sur tout son parcours de portes palières sur les quais, qui empêchent les accidents et donc assurent la régularité du trafic. Sans surprise non plus, la ligne la moins performante est la satanée ligne 13 (Asnières/Saint-Denis-Châtillon Montrouge), qui est depuis des années notoirement sursaturée et dans un état pitoyable. Juste derrière elle, et faisant à peine mieux, la 1 (La Défense-Château de Vincennes): la ligne la mieux connue des touristes et la plus fréquentée de Paris (750.000 voyageurs par jour). On ne s'étonnera donc guère que, sur ces deux lignes, la RATP est en train d'aménager le plus possible de portes palières, a fortiori aux stations les plus fréquentées.

Les lignes 2, 5,7 et 12 figurent parmi les plus irrégulières du réseau. La 10, la 8 et la 11 sont parmi les plus régulières. Quant aux pauvres usagers du RER, ils sont encore plus mal lotis que ceux du métro. Seule une ligne (la E) a rempli ses objectifs, la situation étant particulièrement tendue sur les lignes A et B. Ainsi, sur cette dernière ligne, seuls 78 % des voyageurs arrivent à destination à l’heure ou avec un retard de moins de cinq minutes, très loin de l'objectif de 94% qui avait été fixé au RER B.

Un très mauvais bilan global, donc. Ce qui, le 1er juillet dernier, n'a évidemment pas empêché les tarifs de ces même transports publics d'à nouveau augmenter. Une augmentation d'une régularité semestrielle qui, elle, visiblement, ne souffre d'aucun retard. C'est comme ça.

02/07/2010

Une horreur

35 degrés, voire plus, attendus à Paris aujourd'hui. Cela promet. La capitale française étant encore relativement verte et aérée, en tout cas par rapport à tant d'autres mégapoles étrangères, les jours de canicule y sont, à notre humble avis, assez faciles à vivre. Cela ne vaut évidemment pas pour les pauvres Parisiens qui, contrairement à nous, n'ont d'autre choix que de se trouver par exemple place de la Madeleine, au rond-point de l'Etoile ou sur le périph' à l'heure de sortie des bureaux – là, cela doit vraiment être l'horreur. En fait, à Paris en période de fortes chaleurs, le plus pénible, selon nous, ce sont les transports publics.

On pourrait difficilement parler des bus, qu'on ne prend jamais. Mais, concernant le métro, hier soir encore on a pu pu constater l'horreur caniculaire qui y régnait. Sur la si longue, si chroniquement bondée et si brinquebalante ligne 4 (Porte de Clignancourt-Porte d'Orléans). L'horreur, car les vieilles rames en service sur cette ligne sont dépourvues du moindre système de ventilation. Du coup, à longueur d'années, il y fait étouffant. Et, quand la température extérieure dépasse les 30 degrés, il y fait évidemment intenable. Hier soir, on y a vu des personnes âgées sur le point de se sentir mal, beaucoup de gens qui soupiraient, quelques-uns même qui protestaient à haute voix, et la plupart des voyageurs qui transpiraient à grosses gouttes. Après quatre stations, n'en pouvant plus, on est descendu prématurément et on a réorienté notre trajet de manière à l'effectuer sur des lignes moins surchauffées. Tout en se promettant que l'été, dorénavant, dans la mesure du possible, on éviterait au maximum cette maudite ligne 4 au profit de lignes où circulent des trains plus modernes et, eux, ventilés – voir par exemple les nouvelles rames de la ligne 2 (Porte Dauphine-Nation).

Cela fait des années que ce problème de la ligne 4 est connu de la RATP. Des années que les associations d'usagers s'en plaignent chaque été. Des années, pourtant, que la Régie ne fait rien. Sans doute doit-elle considérer davantage prioritaires (et rentables) d'autres investissements plus bling bling. Ainsi, nos usagers au bord de l'évanouissement se réjouiront certainement d'apprendre que la RATP vient de lancer une appli spécifique (plans de réseau, calculs d'itinéraires, horaires en temps réel, service de géolocalisation, etc.) pour les détenteurs d'iPad, d'iPhone et d'autres mobiles Nokia, sous Android, etc.

 

PS: Consternation l'autre dimanche en prenant le tramway (le T3: Porte d'Ivry-Pont du Garigliano). En constatant que ces rames pourtant assez neuves sont, en période de fortes chaleurs, déjà visiblement à bout de souffle. En effet, ce jour-là en tout cas, du système de climatisation au plafond s'échappaient des chutes d'eau telles que l'accès à de nombreuses places assises était impossible, à moins de s'équiper d'une serpillière et d'un parapluie. Encore bravo, la RATP.

17/06/2010

Une provocation

L'extrême droite a de la suite dans les idées. Hier après-midi, la préfecture de Police de Paris a interdit l'apéro géant «Saucisson & pinard» (clairement exclu aux musulmans, donc) que des groupes identitaires comptaient organiser vendredi dans le quartier parisien (à forte population issue de l'immigration) de la Goutte d'or. Quelques heures plus tard, cependant, ces jeunes «patriotes» en lutte contre «l'islamisation de la France» – qui se retrouvent notamment sur Facebook (pas envie de faire ici un lien: les lecteurs que cela branche trouveront bien) – ont réagi. Des tentatives d'organisation de rassemblements du même acabit ont essaimé ça et là en France. Ainsi, un autre apéro géant de ce type est annoncé à Toulouse, Place du Capitole. Un apéro baptisé «Rosette & Pinard» est programmé à Lyon. On parle même d'un «Apéro géant Saucisson & Bières» à Molenbeek – commune bruxelloise à forte densité immigrée.

A Paris, ne reculant pas devant une nouvelle provocation, les identitaires appellent désormais leurs sympathisants à se réunir vendredi soir à la place de l'Etoile. En cette veille de commémoration de l'appel du 18 juin lancé par le général de Gaulle, ils prennent soin de préciser que ce lieu de manifestation n'a pas été choisi au hasard. A cet endroit du quartier des Champs-Elysées, en effet, «le 11 novembre 1940, malgré la publication d’un communiqué de la préfecture de police affirmant qu’aucune démonstration publique ne sera tolérée, 2000 lycéens et étudiants eurent le courage de se réunir pour défier l’occupant». En se réunissant place de l'Etoile 70 ans plus tard, les activistes d'extrême droite entendent symboliser leur «entrée en résistance face à l'islamisation de la France».

Le lien est donc fait, par et dans ces pauvres esprits, entre l'Occupation nazie d'hier et l'immigration musulmane d'aujourd'hui. Entre la Résistance et leur résistance. Minable.

10/06/2010

Un soupçon

drapeauisraélien.jpgDepuis le drame de Gaza, certains milieux en France jugent visiblement condamnable le simple fait d'être Israélien, d'être juif, ou simplement d'être présumé l'un ou l'autre. On l'a vu avec la déprogrammation par les salles de cinéma Utopia du dernier film du cinéaste israélien Leonid Prudovsky. Justification? Le boycott de ce «film produit avec l'aide de l'organe de production officiel d'Israël» est un «moyen pacifiste et visible pour attirer l'attention et dire (la) désapprobation» du drame de Gaza. La Ligue contre le racisme et l’antisémitisme tout comme le Conseil représentatif des institutions juives de France ont protesté contre cette «négation de l’indépendance des auteurs et de la liberté de la création artistique» en Israël, le cinéma ayant, dans ce pays, «constamment oeuvré à la critique» de la politique du gouvernement. Le quai d'Orsay a lui aussi condamné cette censure, qui fait «le jeu des extrémistes» alors que, «dans le contexte actuel de fortes tensions, les échanges culturels et artistiques doivent se poursuivre».

A Paris en ce moment, ce n'est pas un cinéaste israélien mais un écrivain français supposé juif qui semble victime de la vindicte de certains milieux. Pour preuve, dans une station de métro hier soir, on est tombé en arrêt sur des panneaux publicitaires vantant le dernier livre de l'écrivain à succès Bernard Werber, panneaux qui avaient été vandalisés par des slogans hostiles à «Israël, Etat criminel».

Première question: Bernard Werber est-il juif? On n'en a pas la moindre idée, et on s'en fiche complètement. Mais, de toute évidence, cela taraude pas mal de monde. Ainsi, «Bernard Werber juif» est une des propositions de recherche par défaut qu'affiche automatiquement Google à propos de cet écrivain – ce qui indique que cette recherche a été faite par nombre d'internautes. En 0,35 seconde, précise le moteur, 6990 résultats s'affichent. Deuxième question: à supposer même que ce romancier français soit juif, en vertu de quoi devrait-il d'office être associé à un acte «criminel» d'Israël? A moins que son appartenance putative à cette communauté fasse mécaniquement de lui le complice du drame de Gaza? Un tel raisonnement – et c'était probablement celui de notre graffiteur du métro – est évidemment affolant.

Werbertagué.jpgNotez que ce soupçon de judéité frappe aussi d'autres personnalités. Ainsi, a-t-on découvert l'autre jour en surfant, si l'on googelise «Eric Woerth juif» (en référence à l'actuel ministre du Budget), s'affichent... 65200 résultats. Et le moteur juge bon d'indiquer à ses utilisateurs obsédés par l'identité communautaire que «Martin Hirsch juif» et «Christophe Dechavanne juif» sont disponibles en «recherches associées à Eric Woerth juif». Du coup, une dernière question: mais dans quel monde vit-on?

04/06/2010

Une «obscénité»?

Le Front National, paraît-il, se modernise. Se banalise. Se civilise. Et, paraît-il, ce sera encore plus vrai l'an prochain, lorsque Marine Le Pen sera probablement à sa tête. Le FN se modernise, ah oui? Ce n'est pas si évident, au vu de l'actualité judiciaire qui, lundi, sera celle d'un membre du «comité central» de ce parti – au passage, pour une formation d'extrême droite, ce terme, si communisant, de «comité central» sonne tout de même un peu bizarrement.

 

Le hiérarque lépéniste en question – dont on taira le nom, car on ne tient pas spécialement à lui faire de la pub – comparaît lundi devant la septième chambre de la Cour d'Appel de Versailles. Pour avoir, le 2 décembre 2006, déchiré et dégradé une baudruche gonflable de onze mètres de haut en forme de préservatif géant. Baudruche que la mairie de sa petite ville de banlieue parisienne avait érigée à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida. Pour ce dirigeant frontiste, cette opération de prévention était une «obscénité publique, qui constituait de toute évidence un attentat à la pudeur, un outrage aux bonnes moeurs et un objet de scandale notamment pour les jeunes enfants». Et l'intéressé, dès lors, d'appeler «tous les patriotes qui le souhaitent» à venir nombreux au tribunal lundi, pour le «soutenir dans (son) combat pour avoir voulu simplement défendre et protéger la vue des jeunes enfants, la pudeur, les bonnes moeurs et la morale publique».

 

On ne sait pas si cet élu FN a ou non des enfants. Mais, si oui et si ce sont des garçons, on leur souhaite bonne chance et bon courage quand, lorsqu'ils seront ados, ils devront aborder avec un père aussi péniblement rétrograde les questions du premier rapport sexuel, de la contraception et de la prévention des infections sexuellement transmissibles.