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31/05/2010

Un ramassis de clichés

On parlait des préjugés la semaine dernière dans ce blog, à l'occasion de la remise des «Ya bon awards» – où le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a été largement distingué. Manifestement en France, il y a encore beaucoup de boulot à faire en matière de lutte contre les clichés racistes, antisémites, xénophobes ou homophobes. Témoin, ce sondage de l'institut BVA réalisé pour l'Union des étudiants juifs de France et SOS Racisme, dont les résultats effarants ont été dévoilés hier à l'occasion des Assises de la lutte contre les préjugés.

 

Ainsi, 27,6 % des Français voient les gens issus de l'immigration maghrébine comme des délinquants; c'est plus du double de l'an dernier (12%)  – encore bravo et merci à Eric Zemmour. Pour quasiment un sondé sur deux (49 %), «les étrangers savent mieux profiter du système de protection sociale que les autres». Plus du quart des Français (28 %) assurent que les Noirs sont des êtres plus forts physiquement que les autres. Pour près d'un Français sur trois (30 %), les juifs ont plus d'influence que les autres dans la finance et les médias. Et 12% de l'opinion (contre 8% l'an dernier) pensent que les homos «sont plus obsédés par le sexe» que les hétéros.

 

Les clichés les plus éculés, les préjugés les plus arriérés, restent donc bel et bien ancrés dans une bonne part de l'opinion. Mais faut-il vraiment s'en étonner?

17/05/2010

Un affichage

piqueniquepontdesarts.jpgOn évoquait le Pont des Arts dans ce blog vendredi. Cela nous a fait repenser que l'autre soir, de passage sur cette passerelle, on s'était dit que, décidément parfois, les autorités ne manquaient pas d'air. C'était avant que Paris subisse cette météo automnale actuelle. Ce soir-là, il faisait donc beau et chaud. Du coup, comme à chaque fois, la grande foule s'était réunie sur le Pont des Arts. Depuis plus d'un an, la mairie d'arrondissement et la préfecture de police promettent de serrer la vis aux innombrables amoureux de ce si beau lieu parisien qui, dès que le temps le permet, s'y retrouvent pour y festoyer. Souvent jusque tard dans la nuit et parfois jusqu'à atteindre des états d'alcoolisation avancés. Il fut d'abord question (relire ici ou ) d'interdire toute consommation d’alcool entre 16 heures et 7 heures du matin. Puis d’y intensifier les patrouilles préventives de police. Puis de verbaliser systématiquement les contrevenants. Puis d'apposer des avis rappelant cette prohibition de alcool. Voire d'interdire aux gens de s'asseoir sur le pont dès la nuit tombée. Beaucoup de tapage, donc. Et depuis? Rien. Rien n'a l'air d'avoir changé le soir sur le Pont des Arts.

 

En tout cas, le soir où on y est passé, on a retrouvé exactement la même ambiance que l'été dernier, en dépit de toutes ces rodomontades des autorités. Il y avait toujours autant de gens qui y festoyaient, admiraient le panorama, refaisaient le monde, trinquaient, se photographiaient, se roulaient des galoches, etc. Les policiers semblaient toujours aussi absents des lieux. Et on imagine – on n'y a pas passé une nuit blanche pour le vérifier –, qu'au petit matin, on y compte toujours autant de cadavres de bouteilles vides et de gamins morts-saouls.

 

On n'a rien contre ce statu quo. La politique du «bonnet de nuit» sur Paris, on n'a jamais été trop pour. A fortiori quand, comme au Pont des Arts, on compte finalement assez peu de riverains très proches et donc susceptibles d'être gênés dans leur sommeil par cette animation nocturne. Juste que, au lieu de la ramener depuis plus d'une année avec des déclarations viriles et non suivies d'effets, les autorités auraient mieux fait d'affecter calmement à cet endroit l'un ou l'autre agent de sécurité chargé de veiller au grain le soir, en toute convivialité. Ce qui aurait fait moins de foin, mais aurait sans doute réglé les problèmes éventuels et permis de passer à autre chose. D'autant qu'en termes d'effectifs, cela ne paraît pas impossible: on est souvent frappé, quand on déambule aux petites heures dans Paris, par le nombre de plantons qu'on croise en train de sommeiller dans des guérites postées devant des bâtiments officiels semblant complètement déserts.

 

Mais, c'est vrai, en termes de pur affichage politique, ce pragmatisme modeste aurait été médiatiquement moins vendeur.

11/05/2010

Une lenteur

taxisparisiens.jpgPuisqu'on évoquait les taxis hier, ce qu'on voit de plus en plus dans les rues de Paris, ce sont les motos taxis. L'an dernier, le Parlement avait voté une loi réglementant cette activité, encadrant ses relations avec les taxis traditionnels. En effet, la tension n'est pas rare entre ces deux secteurs du métier de transport des personnes. Au point qu'à l'aéroport de Roissy, toujours lui, ces concurrents en sont, à l'occasion, venus aux mains Or, lors du récent débat parlementaire auquel on faisait allusion hier, il est apparu que, plusieurs mois après le vote de cette loi, ses arrêtés d'application n'avaient toujours pas été publiés. En France visiblement, il n'y a pas que la Haute assemblée qui opère à un train de sénateur.

 

On compte une centaine d'entreprises de motos taxis dans le pays, dont plus de la moitié opèrent à Paris et dans sa région. La nouvelle loi leur avait concédé un régime bien particulier. Les motos taxis sont exemptées de détenir une licence – très onéreuse: elle peut coûter jusqu'à 200.000 euros. Mais, en contrepartie, elles ont l'interdiction formelle de «racoler» des clients à la sauvette: en rue comme à l'aéroport ou devant les gares. Elles ne peuvent donc travailler que sur réservation préalable, soit par téléphone, soit par internet (*) Les infractions à cette règle sont punies de peines d'un an de prison et de 15.000 euros d'amende. Théoriquement tout au moins, tant l'effarante lenteur de l'application du nouveau dispositif a, sur le terrain, fait perdurer les cas de concurrence déloyale.

 

Le secteur des motos-taxis, cela dit, reste clairement un service plutôt haut de gamme. En effet, contrairement aux taxis traditionnels, cette activité n'est pas tenue de respecter des tarifs réglementés. Résultat des courses, c'est le cas de le dire, il faut mettre la main au portefeuille. Ainsi, il faut compter 25 euros pour un trajet dans Paris intra-muros, aux environs de 60 euros pour un Paris-Orly, et en moyenne 80 euros pour un Roissy-Paris: soit des tarifs en gros un tiers plus chers que ceux des taxis traditionnels.

 

En région parisienne, ne pas perdre de temps dans les embouteillages, c'est un luxe. Et cela se paie cash.

 

 

(*) On a même repéré qu'une société parisienne leader du secteur avait mis en ligne les trombines de ses chauffeurs. Parce que, en slalomant à toute vitesse entre les voitures et camions eux misérablement coincés sur le périphérique, la griserie est telle que des affinités se créent?

04/05/2010

Une «indécence»?

LePenpère&fille.jpgHier, en France comme ailleurs, c’était la Journée mondiale de la liberté de la presse. C’est précisément le jour qu’a choisi le Front national pour, une fois encore… casser (verbalement) du journaliste. En effet, Marine Le Pen a pris les médias en exemple pour fustiger l’«effondrement moral» de la société française. En cause, l’écho donné depuis dimanche soir par les médias, médias de France et d'au-delà, à la tribune du cinéaste franco-polonais Roman Polanski. Pour la fille de Jean-Marie Le Pen, «c'est un peu indécent d'ouvrir grand les médias» pour «quelqu'un qui a quand même des choses assez lourdes à se reprocher».

 

On a été assez agacé par cette tirade lepéniste. Nuançons illico. On n’a pas de problème de principe avec le fait qu’entre la classe politique et le monde médiatique, les critiques aillent dans les deux sens. A savoir: pas toujours dans le même sens unique des journalistes vers les politiques qu’en permanence ils décortiquent et, souvent, critiquent. Il n’y a pas de raison que la presse soit le seul pouvoir – puisqu’elle en serait un: le quatrième – qui, par définition, serait au-dessus de toute critique.

 

En revanche, on a un gros mouvement de recul quand la dénonciation de la corporation journalistique et de ses pratiques se fonde sur un critère aussi pesant que «la morale». Qu’on critique les médias sur leur professionnalisme, leur sérieux, leur impartialité, leurs méthodes et conditions de travail, leurs dérives mercantiles ou dernières excitations technologiques du moment, sur leur irréverence ou leur bienveillance à l’égard du pouvoir en place: très bien. Mais qu’on en vienne à «la morale», danger. A fortiori si c’est le Front national qui s’érige en donneur de leçons de morale voire en censeur.

 

En janvier, Marine Le Pen va possiblement – probablement? – remplacer son père Jean-Marie à la présidence du Front national. Selon certains analystes, à ce moment, une partie de l’UMP sarkozyste pourrait être tentée de former une vaste alliance avec un FN qui, présidé par l’intéressée, serait tout à coup dédiabolisé et redevenu politiquement fréquentable. Ce serait politiquement un scénario «à l’italienne»: pays où, pour faire court, la droite de Berlusconi a intégré l’ex-extrême droite de Fini. C’est bien sûr loin d’être fait, et pas sûr que cela se fera jamais. En tant que journaliste, en tout cas, cette possible évolution nous ferait assez frémir si elle se traduisait par, parmi des ex-FN au gouvernement, une Marine Le Pen ministre de la Communication (cas de figure comme un autre) et donc érigée en arbitre de «la morale» médiatique. Dans ce cas, on ne serait pas trop sûr de pouvoir/vouloir/ encore exercer ce métier dans ce pays.

19/04/2010

Un sens

On ne vas pas s’ériger en donneur de leçons: on est le premier à savoir, et à avoir expérimenté, que les journalistes parfois, dans le feu de l’action, ont rarement le temps de peser leurs mots comme ils le devraient. Mais comprendre ces maladresses lexicales n’empêche pas de les relever. En l’occurrence, dans cette histoire d’espace aérien paralysé par ce fameux volcan islandais, on a été doublement servi ces derniers jours, dans les médias français.

 

Ainsi, ce terme «naufragé» qui, à longueur de reportages ce week-end, a été appliqué à ces voyageurs coincés dans les aéroports (*). On compatit à leur sort: il doit y avoir plus agréable que de passer ses nuits sur des banquettes de terminal d’aéroport. On a d’ailleurs un ami parisien qui, depuis vendredi soir, campe à l’aéroport d’Osaka et deux autres qui, devant partir à New York mercredi, commencent sans doute à s’inquiéter. Mais, pour nous, le «naufragé», jusqu’à nouvel ordre, c’est tout de même avant tout ce clandestin africain dont on retrouve le cadavre sur une plage italienne, parmi les baigneurs indifférents, ou ces familles entières de crève-la-faim qui, au large de Mayotte ou d’ailleurs, périssent en pleine mer. Ce ne sont pas ces pauvres touristes qui sont obligés, pendant quelques jours, de manger des sandwiches mous d’aéroports ou de loger dans des hôtels Formule 1 au bord des pistes. Ce matin, on a même vu un grand journal rebaptiser ces infortunés voyageurs du terme de «réfugiés». Les mots ont un sens.

 

Le deuxième exemple de langue journalistique qui, dans la précipitation, dérape, c’était vendredi soir. Lorsque l’Europe entière semblait soudain prise de panique à propos des conséquences sanitaires éventuelles de ce nuage de cendres volcaniques qui finirait par la survoler voire par fondre sur elle en tornades de poussières obscures. Evoquant ces possibles précipitations, une journaliste, sur on ne sait plus trop quelle radio, finit par carrément envisager une «pluie noire» chargée de cendres volcaniques. Pluie noire. On était abasourdi. Cette expression, en effet, désigne la pluie radioactive meurtrière («kuroi ame», en japonais) qui, le 6 août 1945, s’abattit sur Hiroshima, irradiant les rares rescapés de l’explosion de la bombe atomique. Des termes historiquement aussi lourds appliqués à un tel cas de figure, c'était absolument consternant.

 

Les mots ont un sens.

 

 

 

(*) Au fond, combien de Français compte-t-on parmi ces voyageurs bloqués dans les aéroports? 50.000, assurait-on vendredi soir. 150.000, a-t-il été corrigé dimanche. 200.000, a précisé ce matin le secrétariat d’Etat au Tourisme. Rien que l’évolution de ces chiffres montre combien les autorités sont complètement dépassées par la situation.

08/04/2010

Un ravage

On terminait la note d’hier, sur cette pénible «affaire Sarkozy-Bruni-Dati», en se demandant si l’ambiance actuelle, pesante et pas glorieuse, dans le monde politique français ne risquait pas, au final, de décrédibiliser encore un peu plus la chose publique aux yeux des électeurs et des abstentionnistes. Depuis, deux petites actus sont survenues. Qui, s’est-on dit ce matin, risquent de contribuer elles aussi au ravage de cette image de marque du pouvoir dans l’opinion.

 

Un: une allégation du quotidien suisse “La Tribune de Genève”. Rachida Dati toujours elle, le 15 mars dernier, alors qu’elle était en déplacement en Suisse, aurait réservé une nuit d’hôtel dans… un palace cinq étoiles. Finalement, l’UMP ayant refusé de payer, elle ne se serait rabattue qu’à regret sur un hôtel deux fois moins cher.

 

Deux: la confirmation, par une source judiciaire, de l’interpellation et du placement en garde à vue d’une ex-préfète, hier. Motif? Vol et détournement de biens par personne dépositaire de l'autorité publique, comme on dit dans le jargon juridique. En clair, elle est soupçonnée d'avoir soustrait des meubles et des tableaux du logement de fonction dont elle bénéficiait, vols présumés découverts à la suite de l'inventaire effectué par son successeur.

 

On imagine déjà ce que le Front national va dire de ces deux scandales.

 

06/04/2010

Un choix

La nouvelle a été confirmée ce week-end. C’est le fameux bureau d’architecture japonais Sanaa qui a été choisi pour restructurer un immense paquebot parisien à l’abandon: La Samaritaine, ce célèbre grand magasin vide depuis sa fermeture en 2005, et dont le projet de transformation fait débat depuis des années dans la capitale (relire ici ou ). Cette agence  est internationalement reconnue; elle vient d’ailleurs de recevoir le Prix Pritzker, considéré comme le Nobel de l’architecture. Ces bâtisseurs seront d’autant plus attendus au tournant sur ce projet que, jusqu’à présent, rares sont les architectes de leur trempe internationale à s’être risqués et illustrés à Paris, dont la réglementation urbanistique et patrimoniale – à l’inverse de celle de Londres, par exemple – permet peu les prouesses architecturales.

 

Un choix a priori intéressant donc, voire prometteur. Mais qui ne va pas régler à lui seul tous les problèmes urbanistiques que la restructuration de La Sama ne manquera pas de poser. Il y a donc fort à parier que, d’ici à l’achèvement du chantier (fin 2013, au plus tôt), cela va encore pas mal tempêter, dans ce quartier.

 

Depuis un petit temps, en effet, les associations de défense du patrimoine (ici, par exemple) s’inquiètent. En jeu, l’avenir non du visage le plus connu de La Sama (l’emblématique immeuble Art Déco donnant sur la Seine, qui est classé), mais celui des édifices du grand magasin situés rue de Rivoli et dans les rues adjacentes. A cet endroit, les maîtres d'oeuvre du projet «ne s’interdisent aucun geste architectural», a déjà publiquement averti le directeur général de La Samaritaine. «Ces immeubles n’ont aucun intérêt architectural», a décrété, dans la foulée, sa directrice du patrimoine immobilier.

 

De passage rue de Rivoli ce week-end, et après avoir jeté un œil à ces bâtiments, on n’était pas trop sûr d’être d’office et à 100% d’accord avec ce constat en forme de condamnation. Il n’y a là rien d’architecturalement spectaculaire, en effet. Mais, tout de même, à notre humble avis, des façades assez typiquement parisiennes et s’inscrivant plutôt bien dans une perspective d’ensemble qui, depuis si longtemps, structure cette partie du boulevard. Le «façadisme» étant toujours la pire des solutions, le maintien de ces immeubles en l’état étant, paraît-il, techniquement très ardu, on est déjà assez curieux de voir la solution que ces brillants architectes japonais proposeront au quartier.

24/03/2010

Une série noire

Sinon, pendant que la campagne électorale battait son plein en région parisienne, la communauté Rom y a, une fois de plus, été endeuillée. C’était à la mi-mars. Et, à nouveau, c’est le même scénario dramatique qui s’est déroulé, cette fois en Seine et Marne (grande banlieue Est de Paris), à Saâcy sur Marne plus précisément. En pleine nuit, un violent incendie s’est déclaré dans un cabanon situé dans un camp de caravanes et de baraquements où étaient établis des gens du voyage. Deux fillettes âgées de 6 et 8 ans ont péri dans les flammes. Sept blessés ont dû être hospitalisés. Il semble qu’un poêle à bois défectueux ait été à l’origine du sinistre.

 

C’est au moins la quatrième fois (relire ici, ou ) que, ces trois dernières années en région parisienne, un tel drame et dans de telles circonstances endeuille la communauté des gens du voyage. Pourtant, dans les médias français, le décès de ces deux fillettes n'a fait l’objet que d’une brève ou l’autre. Et, que l’on sache, aucune autorité, même pas le plus obscur sous-secrétaire d’Etat, n’a manifesté sa compassion aux familles des victimes. Qui, évidemment, n’ont été reçues nulle part en haut lieu, à l’inverse de tant d’autres victimes de tant d'autres faits divers.

 

En France décidément, pour certaines personnes tout au moins, les semaines, les mois et les années passent mais rien ne change. Pas de manière visible, en tout cas.

09/03/2010

Une cochonnerie

Décidément, même plusieurs semaines après l’expérimentation lancée par Quick, ils restent bien indigestes pour certains, ces burgers halal. Ainsi, comme nous l’apprenait hier le journal «Le Progrès» de Lyon (ici), ce week-end, une bande de jeunes issus de la mouvance d’extrême droite a envahi le Quick de Villeurbanne, un de ces quelques fast-food français qui ne servent plus que de la viande halal. Ces manifestants arboraient des masques de cochons. Parmi leurs slogans: «Tout est bon, dans le cochon!», «Quick halal, non merci: islamisation, ça suffit!», «On est chez nous!», ou «Première, deuxième, troisième génération: nous sommes tous des mangeurs de cochons!»

 

Le déguisement animalier de ces trublions ne devait évidemment rien au hasard, la consommation de porc étant prohibée pour les musulmans. C’était donc un accoutrement et un geste politique clairement insultants.

 

Voilà qui ramène le débat politique à un niveau pas loin de la porcherie. Ce n’est pas la première fois que la communauté musulmane de France doit subir de telles cochonneries politiques et verbales. Georges Frêche, le leader populiste (et alors encore socialiste) languedocien, traita jadis les harkis (les supplétifs musulmans des troupes françaises pendant la guerre d’Algérie) de «sous-hommes» mais aussi de «cochons». A peu près à la même époque, des groupuscules d’extrême droite distribuèrent à Paris une «soupe populaire au cochon», pour dénoncer la part trop importante selon eux de musulmans parmi les SDF bénéficiant de l’aide caritative.

 

Après la soupe au cochon, après les cochons de harkis, voici donc le fast-food halal envahi par des cochons d'extrême droite. C’est vraiment la France rance. Celle que, décidément, on aime le moins.

05/03/2010

Un cliché

Fin de semaine. Dans les rues de la capitale, comme chaque fin de semaine, aux devantures des kiosques à journaux et sur les colonnes Morris, les pubs reproduisant en grand format les Unes des newsmagazines sont en train de changer. Ce vendredi, le Parisien moyen sera loin de s’en attrister.

 

Une semaine, en effet, qu’il a dû se coltiner dans toute la ville la reproduction de la couv’ de l'hebdomadaire «Marianne» expliquant abruptement, sur foi d’un sondage, «Pourquoi on déteste les Parisiens». Récemment déjà, un dossier au vitriol du «Courrier international» avait conclu, sur base de l’un  ou l’autre article de la presse étrangère, que non seulement les Parisiens ne sont «pas accueillants», mais qu’en plus ils sont «grincheux», «extrêmement grossiers», voire «cochons» et même «pervers». Confirmation par «Marianne» cette semaine: les habitants de la capitale sont «nettement plus arrogants, agressifs, dragueurs, stressés, chauvins, snobs, nombrilistes que les autres Français. Et moins généreux, tolérants, épanouis, drôles ou accueillants».

 

Cela nous a vraiment gonflé, cette vague de parisianophobie médiatique. On n’a jamais prétendu que vivre à Paris immunisait de la connerie. Et on est rarement tendre envers nos confrères citadins. Mais là, c’est tellement cliché… Au quotidien, on fréquente évidemment des tas de Parisiens «généreux, tolérants, épanouis, drôles ou accueillants». Et, malgré toutes ces années passées à Paris, on n’a pas du tout le sentiment d’être devenu «arrogant, agressif, dragueur, stressé, chauvin, snob, nombriliste, pas accueillant, grincheux, extrêmement grossier, cochon voire pervers». Soit donc, dans cette capitale, on vit dans une espèce de cocon s’apparentant à un pays des Bisounours ou de Candy absolument pas représentatif de la réalité. Soit ce portrait du Parisien moyen est vraiment péniblement caricatural.

 

On pencherait d’autant plus volontiers pour la seconde hypothèse que Paris, il ne faudrait tout de même pas l’oublier, d’année en année et depuis d’innombrables années, demeure la première destination touristique mondiale: elle accueille invariablement des dizaines de millions de touristes étrangers par an. Serait-ce le cas et depuis si longtemps si les Parisiens étaient à ce point insupportables?

11:03 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : paris, médias

03/03/2010

Un soutien

Bravo décidément, Carrefour. Après avoir annoncé un plan massif de restructuration en Belgique la semaine dernière, le géant français de la distribution fait, cette semaine, parler de lui en France. Dans un dossier beaucoup moins médiatisé et pourtant tragique. Ce sont les suites d’un drame survenu fin décembre au supermarché Carrefour Part-Dieu, à Lyon. Un jeune homme, prénommé Michaël, avait trouvé la mort après avoir été surpris par les vigiles du supermarché en train de voler une canette de bière.

 

Amené dans un local de sécurité du magasin, il avait succombé des suites d’une «asphyxie avec écrasement de la cage thoracique», selon l’autopsie. Les images filmées par les caméras de vidéosurveillance l'avaient montré longuement et violemment maintenu plaqué sur une table par les cerbères, jusqu'à en perdre connaissance. «Mourir pour une canette de bière, ce n'est pas acceptable», s’était insurgé le procureur, «choqué» par ce fait divers « tout simplement ahurissant» et par ces images de «mort en direct». Depuis, les vigiles concernés ainsi que le salarié de Carrefour chargé de la sécurité de ce supermarché ont été mis en examen pour «violences volontaires en réunion avec circonstances aggravantes, ayant entraîné la mort sans intention de la donner». Et incarcérés.

 

On en était resté là. Avec le souvenir d’une affaire qui, trouvait-on, avait curieusement fait assez peu de bruit. N’avait en tout cas pas donné lieu, à moins que cela nous ait échappé, à des déclarations solennelles et apitoyées de Carrefour. Et puis, ce matin à la radio, on a entendu que ce groupe, en fait, soutenait totalement ces grosses brutes (présumées). En effet, il a garanti aux juges de les réembaucher aussitôt leurs ennuis avec la justice terminés. Argument qu’a fait valoir leur avocat hier pour réclamer leur remise en liberté, qui a finalement été refusée.

 

D’habitude, on est  le premier à trouver remarquable quand des gens, des associations et a fortiori des entreprises privées s’engagent en faveur de la réinsertion de détenus. Ce qui leur donne une chance de redémarrer dans la vie et leur permet de quitter des prisons qui ne sont jamais la meilleure solution – d’autant plus vu leur état notoirement si déplorable en France. Mais, dans ce cas précis, on trouve tout de même cela un peu léger. Comme une tentative de coup d’éponge vite passé sur un dérapage horrible. On dirait presque un «geste commercial», comme on dit.

 

Que pense donc la famille de ce jeune Michaël de cette initiative de Carrefour? Et que pense-t-elle de cette révélation (ici) selon laquelle ces vigiles, en répertoriant leurs interventions, les catégorisaient en fonction de l’origine ethnique des personnes visées. On ne l’a pas encore dit, mais le jeune homme était d’origine antillaise.

 

«Carrefour, le positif est de retour», dit le slogan publicitaire de la chaîne. C’est drôle comme on l’entend peu, en ce moment.

17/02/2010

Un dégât collatéral

Pénible, la journée d’hier. Pénibles, les témoignages insoutenables de ces victimes des essais nucléaires français, qui attendent réparation depuis parfois trente ans et qui, soudainement, réapparaissaient hier dans les médias. A la faveur de la publication d’un rapport renforçant la thèse selon laquelle, à l’époque, ils ont sciemment été utilisés comme des cobayes par l’armée – si vous n’avez pas suivi cela, lire ici. Pénible de voir à la télé, sur les sites web d’infos ou en photos dans les journaux, ces irradiés aux visages à jamais défigurés. Pénible, la liste interminable de leurs maladies radio-induites, comme on dit: des affections dont rien que les noms font peur. Pénible, le calvaire qui fut celui des soutiers du nucléaire français et le si long délai qu’il a fallu à ce pays pour reconnaître ses torts envers eux. Et encore hier, le ministre de la Défense, du bout des lèvres, n’admettait-il que «des erreurs», dues au contexte de l’époque. On n’aurait pas trouvé déplacé d'entendre prononcés les mots excuses, regrets ou pardon.

 

Hier, en bossant sur ce dossier pour le journal, on est retombé, dans le fin fond de notre documentation, sur le compte-rendu d’un rapport parlementaire consacré à ces irradiés du nucléaire, rapport qui avait été publié en janvier 2002. Signé par des députés de droite comme de gauche, il concluait à un impact «dérisoire» des ces essais sur la santé des populations exposées ainsi que sur l’environnement des zones concernées. «Ces essais ne se sont pas réalisés sans altérer l’environnement des sites utilisés et sans prendre des risques humains», reconnaissaient ces parlementaires, mais «on peut considérer que ces effets ont été limités». Et, en tout état de cause, leurs incidences ont été «dérisoires» comparées à celles des essais américains et soviétiques.

 

Ce rapport parlementaire entretenait donc la fiction d’un nucléaire militaire français propre. Donnait l’impression que cette histoire d'irradiés n'était finalement qu'un dégât collatéral humain inévitable, et somme toute acceptable. Le prix à payer pour, dixit le ministre Hervé Morin, avec un lyrisme pénible, hier matin, «une magnifique épopée, symbole de la constance d’une nation à vouloir acquérir les moyens de sa propre souveraineté».

 

En voyant hier à la télé ces vétérans aux visages martyrisés, en les entendant à la radio raconter, si dignement, leurs souffrances, on se demandait ce que pensaient au même moment, si eux aussi suivaient cette actualité, tous ces parlementaires qui, en 2002, avaient conclu à l’impact sanitaire «dérisoire» de ces essais. Etaient-ils fiers d’eux ? Ou avaient-ils un peu honte?

09/02/2010

Un détachement

Un fait divers atroce dont s’emparent les médias. Une victime ou sa famille reçues dans les plus brefs délais à l’Elysée. Un entretien compassionnel et médiatisé avec le Président et ses conseillers. Puis l’annonce d’une loi ou d’une énième modification du Code pénal pour, assure-t-on, résoudre les problèmes sociétaux mis en avant par ce fait divers. C’est, en gros, ce qui est reproché continuellement par l’opposition et les associations à la majorité. Majorité qui, en ce qui concerne sa politique sécuritaire, sur-réagirait exagérément à l’actualité. Accumulerait les lois de circonstance sans recul ni  vision de fond et sans se donner les moyens. Bref, gérerait l’agenda législatif en fonction de l’émoi médiatique du moment. On va à nouveau n’entendre que cette critique à partir de ce mardi. Jour où débute au Parlement le débat sur le dernier renforcement en date de l’arsenal répressif (couvre-feu pour les mineurs, durcissement des peines frappant les agresseurs de personnes âgées, etc.).

 

Non, vraiment, ce reproche fait à Nicolas Sarkozy est totalement infondé. Il relève de la mauvaise foi la plus crasse. En effet, il est des faits divers atroces vis-à-vis desquels les autorités montrent le plus parfait détachement. On en a encore eu l’illustration cette semaine, en banlieue de Paris.

 

On l’a appris hier matin. Cela s’est passé la veille près d’Orly. Un petit garçon âgé de trois ans, prénommé Stephan, est mort à la suite de l’incendie qui a ravagé plusieurs cabanons de fortune du campement de Roms insalubre où lui et sa famille croupissaient depuis plus d’un an. Sa petite soeur, Francesca, grièvement brûlée au visage, lutte en ce moment contre la mort aux urgences de l'hôpital Trousseau. Les parents des deux enfants sont également hospitalisés. En mai dernier déjà (relire ici), toujours en banlieue de Paris (c’était alors à Bobigny), un enfant Rom âgé de dix ans avait perdu la vie, lui aussi dans un incendie. Les flammes avaient ravagé le hangar pouilleux où une centaine de gens du voyage s’étaient réfugiés après avoir été expulsés de toutes parts par les municipalités environnantes. Dans un communiqué hier, le collectif Romeurope s’est ému de «l'horreur qui s'est installée, et un chagrin immense», dans la communauté des gens du voyage. Et s’est demandé «comment, malgré ces drames réguliers, les pouvoirs publics continuent d'expulser ces familles sans les reloger, les maintenant dans une précarité dangereuse et indigne».

 

En quelques mois, deux enfants morts carbonisés dans des bidonvilles situés aux portes de Paris. Voilà bien des faits divers atroces. Pour autant, les proches de ces gosses ont-ils été reçus à l’Elysée? Non. Au plus haut niveau de l’Etat, a-t-on envisagé de tancer les communes ne respectant pas leur obligation de mettre des aires d’accueil dignes et sécurisées à disposition des gens du voyage? Non. La mort de ces deux enfants a-t-elle entraîné une modification en urgence du Code pénal ou des lois relatives au mal-logement? Non. Par rapport à cette actualité-ci, en tout cas, les autorités prennent manifestement beaucoup de recul avant de communiquer et de réagir. Alors, franchement, de quoi se plaint-on?

 

 

PS: Quelques heures après la rédaction de cette note, tombe une dépêche: Mort d'un second enfant après l'incendie d'un camp rom à Orly PARIS (AP) 15:20 Une fillette d'un an grièvement brûlée dimanche dans l'incendie d'une caravane dans un camp de Roms à Orly (Val-de-Marne) est décédée mardi matin à l'hôpital, a-t-on appris de sources policière et judiciaire. Son frère de trois ans avait pour sa part péri peu après le drame.

On attend toujours la réaction de l'Elysée.

 

07/01/2010

Une caricature

forumdeshalles.jpgLes soldes à Paris, depuis hier. Si vous comptez aller faire des emplettes au Forum des Halles, sachez tout de même que la direction de ce centre commercial a une vision des genres, masculin et féminin, qui renvoie à l’ère du dinosaure. Du style: une femme a d’office le shopping comme unique raison de vivre, un homme est forcément un plouc qui ne sait ni n’aime s’habiller.

 

Pour preuve, le nouveau service qu’à l’occasion de ces soldes, les Halles inaugurent à l’attention des mâles parisiens. Un peu comme ce qu’avait déjà fait, si on a bonne mémoire, l’un ou l’autre grand magasin de la capitale, il y a quelques années – mais, n’ayant jamais expérimenté ce service, on ne se souvient plus s’il s’agissait du Printemps Haussmann ou des Galeries Lafayette. Un «espace VIP spécialement aménagé» pour les hommes, donc. Où ces derniers pourront «goûter à l’ambiance des grands hôtels de luxe»: «barbier, cireur de chaussures et magazines pour lui». Grâce à ce nouvel espace, «cette année au Forum des Halles, on ne verra pas ces scènes redoutées: elle, qui dévalise les boutiques, et lui, porteur officiel ambulant, qui désespère en voyant la carte bleue virer au rouge». Du coup, «finis les soldes où Monsieur fait la tête et traîne des pieds». Place, pour les mâles, à «un monde de cocooning viril, aux grands airs de cercles masculins à l’ancienne», où tout a été mis en place «pour chouchouter l’Homme». Sous-entendu: ainsi, pendant que Monsieur sera occupé, Madame aura tout le loisir et le temps de s’éclater dans des achats sans doute puérils et compulsifs.

 

On ne va pas s'énerver pour si peu et si minable, mais c’est tellement cliché et caricatural comme vision des rôles masculin et féminin, c’est d’une telle ringardise comme concept commercial et comme communication qu’on se demande comment de telles âneries sont encore possibles en 2010. En France qui plus est, pays autoproclamé de la finesse et du bon goût.

 

 

PS: Notez que le communiqué de presse du Forum des Halles ne dit nulle part quels services sont proposés, dans le cadre de ce «cocooning viril», aux mecs qui 1) n’ont pas une pilosité nécessitant un barbier 2) n’ont pas besoin qu’on leur cire les pompes, parce qu’ils portent le plus souvent des Converse 3) s’ennuient à mourir en lisant des magazines «pour lui», qu’on imagine être des illustrés consacrés aux bagnoles, au bricolage ou à l’informatique.

11/12/2009

Une cupidité

Telephone.jpgCes dernières semaines, le dossier de la grippe A a été géré assez laborieusement par le gouvernement français. En ont témoigné les queues immenses qui, il n’y a pas si longtemps encore, se formaient souvent devant les centres de vaccination, à Paris comme en province. Vu ces dysfonctionnements, qui ont agacé jusqu’à l’Elysée, on se serait attendu à ce que le ministère de la Santé ne la ramène pas trop, à l’égard des usagers du système. Et bien, c’est raté. Ce ministère, en effet, vient de doter sa plateforme téléphonique «Info Grippe» d’un… numéro surtaxé et non d'un numéro gratuit. Ce qui est tout de même assez culotté.

 

Ce numéro, le 0825 302 302, est facturé 15 centimes d’euro la minute. Et davantage si l’appel n’est pas passé depuis un poste fixe. Cette cupidité n’a pas échappé à l’UFC-Que Choisir, qui dénonce une «information surtaxée». Comme le rappelle l'association de consommateurs, «fin 2007, le ministre du Budget, Éric Woerth, avait promis que tous les services téléphoniques des administrations repasseraient à des tarifications plus raisonnables. Le ministre avait également fait part de son souhait de voir à terme les numéros en 081 remplacés par des numéros en 09, encore plus favorables aux consommateurs car gratuits depuis les box et décomptés des forfaits de téléphonie mobile. Pour l'instant, il n'en est rien».

 

C’est décidément une mauvaise habitude que prennent les services de l'Etat français d’avoir recours à des numéros de téléphone surtaxés. Pour preuve, au début de l’année déjà (relire ici), avait fait polémique «le racket» que représentait, pour le consommateur, le coût d’un appel à la plateforme téléphonique de Pôle Emploi (3949), mise à disposition des chômeurs. Il avait ensuite fallu plusieurs mois avant que ce service public devienne joignable à des tarifs un peu plus raisonnables.

 

Qui sait la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, finira-t-elle par suivre l’exemple de son collègue en charge de l’Emploi. En attendant, les Français craignant d’avoir été contaminés par le virus H1N1, ainsi que tous les malades de la grippe A, s’ils veulent avoir des informations, sont priés de passer à la caisse. Trop sympa.

26/11/2009

Une bassesse

L’homme, parfois, peut décidément être odieux. A fortiori lorsqu’il est en groupe, où là il ne tombe pas rarement dans la bassesse. On vient encore de le voir dans le milieu du foot en France – ce qui ne veut évidemment pas dire que ce milieu ait l’apanage des comportements indignes. On l’a vu dans une affaire sur laquelle se penche aujourd’hui  la commission de discipline de la Ligue de football professionnel. Cette commission pourrait décider de sanctions contre l’Olympique de Marseille, qui pourrait même faire l’objet de poursuites judiciaires.

 

Cela s’est passé l’autre jour, dans une tribune du stade Vélodrome, lors du match OM-PSG. Des hurluberlus parmi les supporters du club marseillais n’ont rien trouvé de mieux que de déployer deux banderoles particulièrement odieuses.

 

La première disait «Trois ans sans Julien, trois ans qu'on est bien». Par allusion à Julien Quemeneur. Il y a trois ans (c’était le 23 novembre 2006), ce jeune supporter parisien avait été accidentellement tué par un policier, en marge d’un match de coupe de l’UEFA. Outre cette banderole salissant sa mémoire, pendant le match, à en croire des supporters parisiens, des chants contre le jeune Julien ont été entendus dans la tribune des Marseillais.

 

La deuxième banderole disait «Auteuil, c'est renversant». Allusion moqueuse cette fois à un autre jeune supporter parisien prématurément et tragiquement décédé. C’était le mois dernier, lors des incidents ayant suivi l’annulation de la rencontre du match OM-PSG pour cause de grippe A-H1N1. Le jeune homme, membre du groupe des supporters d’Auteuil, avait succombé après avoir été renversé (d’où, sur la banderole, le terme «renversant») par une voiture. Pour que tout le monde comprenne bien que c'était ce drame que la banderole visait, un autre calicot, à côté d'elle, montrait un supporter du PSG en train de s’encourir à toutes jambes devant une voiture.

 

C’est d'une telle bassesse, cela en dit tellement long sur le niveau de crétinerie atteint par certains groupes de supporters que cela en devient vraiment affolant. Quitte à se pencher jusqu’à la logorrhée sur les dérives du foot, comme ces derniers temps à propos de la main de Thierry Henry, parler de cela dans les médias n’aurait pas été inintéressant.

17/11/2009

Un «vieux fond»

marieNdiaye.jpgOn parlait la semaine dernière du tollé suscité par le député UMP ayant exigé de la lauréate du Goncourt, Marie NDiaye, qu'elle respecte un «devoir de réserve» et s’abstienne désormais de critiquer Nicolas Sarkozy. Depuis, quelque 80 écrivains ont signé une pétition de soutien à leur collègue. Ils s’y disent «choqués» par le traitement que lui a réservé ce baron du parti au pouvoir. Et s’indignent de «la prudence ponce-pilatienne» du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, qui s’est bien gardé de condamner l’élu UMP. Parmi les premiers signataires, on trouve Marie Desplechin, Christophe Honoré, Nancy Huston, Gérard Mordillat, Marie Nimier, Tatiana de Rosnay ou Valérie Zenatti.

 

A propos de cette affaire, la lecture l’autre jour de l’édito du «Monde» faisait froid dans le dos. Le quotidien vespéral faisait le lien entre l’affaire NDiaye et d’autres incidents récents, causés  par les tirades douteuses de certains ministres relatives à l’immigration. Et en déduisait qu’en France, le climat actuel à l’égard des étrangers devenait «malsain et inquiétant», «détestable même». Selon lui, «tout se passe comme si l'affaiblissement de l'extrême droite avait levé les tabous. Et redonnait libre cours à un vieux fond, refoulé, plus nationaliste que national, facilement xénophobe».

 

Ce n’est pas le dernier buzz internet en date d’une prestation de Nicolas Sarkozy qui rassurera les tenants de cette thèse. C’était lors de la remise récente, par le Président, de la Légion d’honneur au comédien Dany Boon. Sortant de son discours écrit, se lançant dans une de ses digressions rigolardes dont il a le secret, le chef de l’Etat avait ironisé sur les origines en partie kabyles de l’humoriste. Il avait d'abord relevé qu'avec un tel CV, «ça commençait pas terrible»; «question rêve, on part de loin». Il avait ensuite rendu hommage à la «première vocation de balayeur» de l’intéressé: «vous aviez une juste appréciation de vos qualités spontanées». Puis, embrayant sur le choix par Dany Boon d’un pseudo plutôt que de son «très joli nom, le vrai, Daniel Hamidou», l’hôte de l’Elysée avait lancé que «ça s'aggravait de plus en plus». «Je peux me permettre, moi c'est Sarkozy. Mais Hamidou, quand même, allez faire une carrière avec ça».

 

Quand, l’autre matin au saut du lit, on a entendu ces propos sur une radio, on en est resté pantois. Ces réparties présidentielles étaient probablement supposées être drôles. Mais nous, en tout cas, devant notre poste de radio, on n’en croyait tellement pas nos oreilles, on avait encore tellement en tête ce «vieux fond» évoqué par «Le Monde» qu’on n’a pas ri du tout. Sans doute n’a-t-on aucun humour.

12/11/2009

Une conception

«Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne», dit-on en France. «Un écrivain récompensé par un prix littéraire, ça encense le pouvoir ou ça se tait», considère en substance le député UMP et ancien ministre Eric Raoult. Pour qui la récente lauréate du prix Goncourt, Marie N’Diaye, a gravement dérapé en ayant publiquement critiqué, quelques mois avant d’être primée, «l’atmosphère de flicage, de vulgarité», régnant selon elle dans l’Hexagone depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir. Et en jugeant «monstrueux» les ministres sarkozystes qui appliquent sa politique d’immigration. Aux yeux d’Eric Raoult, un écrivain récompensé par un prix aussi prestigieux que le Goncourt est tenu à un «devoir de réserve». Il ne doit pas «confondre liberté d’expression et liberté d’agression», droit à la parole et «droit à l’insulte». A partir du moment où il a reçu un prix aussi internationalement identifié à l’Hexagone que le Goncourt, il lui faut toujours, dans ses prises de position publiques, «défendre les couleurs littéraires de la France», «respecter la cohésion nationale et l’image» de ce pays.

 

Cette conception de la liberté d’expression et de création est affolante. Si l’on pousse jusqu’au bout le raisonnement de ce baron de l'UMP, la chanteuse Emily Loizeau, à qui l’on vient de remettre le prestigieux Prix Constantin, ne devrait plus chanter que des ritournelles faisant les louanges de l’Elysée. Yannick Noah devrait être disqualifié a posteriori de sa victoire à Roland Garros en 1983 pour avoir déclaré, à la veille de la présidentielle de 2007, «si Nicolas Sarkozy passe, je me casse». Et la virologue Françoise Barré-Sinoussi, codécouvreuse du VIH, devrait rendre son co-Prix Nobel de médecine puisqu’elle critique l’aide à ses yeux dramatiquement insuffisante accordée par la France aux pays du Sud ravagés par les pandémies.

 

Le ministre de la Culture était prié par Eric Raoult de donner son avis sur le non-respect par Marie N’Diaye de son «devoir de réserve». Frédéric Mitterrand était donc attendu au tournant. Il devait arbitrer entre, d’une part, des propos d’un écrivain qu’on peut certes trouver «excessifs» comme les a qualifiés dans un premier temps Marie N’Diaye, avant de dire finalement qu’elle persistait et signait. Et, d’autre part, une conception de la liberté de parole qui n’autoriserait aux personnalités distinguées par la France que des mots formatés, lénifiants à l’excès, systématiquement respectueux du pouvoir en place, politiquement corrects donc, cadenassés pour tout dire. Bref, un plaidoyer pour un système démocratique pour le coup assez «monstrueux».

 

Ce matin, Frédéric Mitterrand s’est contenté de renvoyer les deux adversaires dos à dos. Et de considérer qu’il n’avait pas à arbitrer entre deux personnalités qui avaient pareillement et légitimement fait usage de leur liberté d’expression. C’est un peu court. Et donc, venant qui plus est d'un ministre de la Culture, assez inquiétant.

22/10/2009

Un tri (pour rien)

Cela vaut bien la peine que les gens se décarcassent pour l’environnement, si les pouvoirs publics ne sont même pas capables de s’organiser entre eux pour assurer le suivi. Une belle illustration de gâchis cette semaine, dans le réseau du métro de Paris.

 

Depuis deux ans, dans les couloirs et sur les quais, à côté des poubelles pour les détritus organiques, quelque 1700 poubelles jaunes ont fait leur apparition, spécialement destinées aux matières recyclables comme le papier. Elles servent surtout à recueillir, après leur lecture, les nombreux journaux gratuits qui, le matin et le soir, sont distribués aux usagers à l’entrée des stations. Dès l’introduction dans les sous-sol de ce tri sélectif, similaire à celui pratiqué en surface, les voyageurs ont bien réagi. Résultat, ces poubelles jaunes sont souvent très remplies: elles recueillent chaque jour pas loin d’un million de journaux. Mais un million de quotidiens qui sont triés par les gens… pour des prunes.

 

Ces derniers jours, en effet, les médias parisiens ont découvert qu’en fait, in fine, la RATP remélangeait ce papier trié aux autres déchets, avant de se débarrasser du tout dans les bennes à ordures de la mairie. «C’est idiot!», s’est-on indigné l’Hôtel de Ville: «Quand nos bennes arrivent, elles emportent le conteneur entier, et tout le tri effectué par les voyageurs est annulé!» A la RATP, on invoque un problème de place. Les déchets du métro parisien représentent une telle quantité d’immondices (10.000 tonnes par an) qu’ils doivent être sortis tous les jours. Or, la mairie ne collecte que deux fois par semaine les déchets triés. La RATP assure qu’il lui serait impossible de garder tout ce papier plus longtemps, à moins de «construire des locaux spécifiques, très difficiles à réaliser dans nos stations». Dès lors, à cause de ce problème de place, n'est conservé et ensuite jeté à part que le contenu des seuls réceptacles jaunes surmontés d'un pictogramme «tri sélectif», que l’on trouve dans quelques stations de métro uniquement. Tout le reste du papier s’en va dans les bennes avec les ordures.

 

L’extension d’un tri réellement sélectif à l'ensemble du réseau de la RATP n’est pas prévu. Seules les stations de RER en banlieue, moins exiguës et où il est donc plus facile de stocker des containers, en bénéficieront, courant 2010. Pour les quelque 300 stations du métro de Paris, aucun engagement n’est pris. «Ce sera au cas par cas, selon les possibilités de stockage et de ramassage», a commenté, laconique, la RATP.

 

En attendant, donc, chaque jour quelques centaines de milliers de journaux sont triés pour rien par les Parisiens. Sûr que, lorsqu’ils l’apprendront, ils seront très motivés à continuer à avoir des comportements environnementaux citoyens. Encore bravo.

20/10/2009

Une interdiction?

Retour sur le plus beau pont de Paris, aujourd’hui. On y repensait en franchissant hier soir le Pont des Arts, un peu au hasard de pérégrinations dans le centre-ville. Depuis l’été dernier, lorsqu’il avait défrayé la chronique parisienne (relire ici), la situation ne s’y est pas vraiment arrangée. Fin avril, invoquant l’alcoolisation avancée des nombreux fêtards qui, le soir, ont pris l’habitude de se retrouver à cet endroit magnifique et d’y festoyer jusque tard dans la nuit, ce qui entraîne paraît-il de nombreux troubles à l’ordre public, les autorités avaient pris un arrêté interdisant toute consommation d’alcool à cet endroit entre 16 heures et 7 heures du matin. Six mois plus tard, retour à la case départ.

 

En effet, pendant tout l’été – qui, à Paris, fut beau, chaud et donc festif  – , les pandores ont eu beau multiplier les rondes et les avertissements adressés aux pique-niqueurs, rien n’a fondamentalement changé sur la passerelle, selon la municipalité du sixième arrondissement. Certains soirs de fête particulièrement enfiévrés, jusqu’à 1500 personnes s’y seraient regroupées. Et, au petit matin, ces  libations ne se seraient pas rarement terminées par des incidents: jets de bouteilles, bagarres, voire coups de couteau. La meilleure preuve que l’annonce de la prohibitation de l’alcool à cet endroit n’a rien réglé est que, récemment, un groupe de travail ad hoc a dû être créé par les autorités, groupe «chargé de réfléchir aux pistes d’amélioration afin de faire évoluer favorablement la situation et ainsi d’éviter tout accident grave».

 

Il est question désormais d’améliorer sur le Pont la signalisation rappelant l’interdiction de consommation nocturne d’alcool. D’y intensifier les patrouilles de police. Les autorités tablent aussi sur le plan de vidéosurveillance qui, bientôt, quadrillera Paris par un réseau étendu de 1000 caméras. Le maire (UMP) du sixième arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, est particulièrement en pointe sur la question. L’autre jour, il a publiquement lancé une petite idée qui a fait froncer les sourcils de la préfecture de police elle-même, qui l’a jugée totalement «impossible juridiquement». Il s’agirait non plus seulement d’interdire l’alcool sur le Pont des Arts, mais carrément de «réfléchir à l’interdiction de s’(y) asseoir après 23 heures», a proposé ce maire très sérieusement.

 

Ne plus faire la fête le soir sur le Pont des Arts. Ne plus y faire de bruit (alors pourtant que les riverains qui pourraient être dérangés habitent tout de même assez loin). Ne plus pique-niquer après une certaine heure. Ne plus (trop) boire. Et maintenant, ne plus s’y asseoir. Au train où vont les choses, on serait à peine étonné si, le prochain été, un arrêté interdisait carrément d’y respirer.