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24/09/2009

Un «scandale»

lelouvre.jpgL’invasion des hauts lieux culturels parisiens par le mercantilisme, suite. Cet été (relire ici), on avait déjà (un peu) sursauté à l’annonce de l’ouverture d’une boutique au cœur d’un des temples de la culture de la capitale française: le Palais Garnier. Cet automne, un nouveau pas vient d’être franchi. En effet, McDonald's France a confirmé qu'en décembre prochain, elle ouvrira son prochain "resto", le 1135ème de France, rien de moins… qu’au Louvre!

 

«Trente ans après l’arrivée du premier McDo en France», son entrée annoncée sous la Grande Pyramide constitue «une consécration, une pub planétaire pour McDonald's», s’extasiait à la radio, l’autre jour, un éminent chroniqueur économique qui frisait l'hystérie. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que, avec un tel emplacement, la multinationale touchera le jackpot. Pour rappel, le Louvre est le plus grand musée du monde en termes de fréquentation: il accueille au bas mot plus d’une demi-douzaine de millions de visiteurs chaque année.

 

Où précisément sera situé le McDo du Louvre? Motus et bouche cousue. McDo France, nous a-t-il été répondu très courtoisement, ne souhaite pas communiquer sur ce sujet pour le moment. Une telle implantation, dans un lieu culturel aussi fameux, constitue-t-elle une première pour cette multinationale? Ou d’autres institutions muséales de prestige international comparable (la Tate Gallery, le Moma, L’Hermitage, etc.) ont-elles déjà autorisé un tel voisinage avec le distributeur mondial de burgers? Idem: no comment. McDo France craint-elle, par extraordinaire, de ne pas faire l’unanimité avec pareille intrusion dans un tel bastion du pays dit de l’exception culturelle? Soyez gentil, n’insistez pas: on vous recontactera.

 

lelouvre2.jpgSeul nous a été confirmé le fait que le fast-food ouvrira non dans le musée proprement dit mais dans la galerie commerciale sous la Pyramide: ce «Carrousel du Louvre» qui se présente comme «le lieu unique d'une rencontre réussie entre culture, tourisme, histoire et shopping». Cette galerie compte déjà un espace de restauration ciblé «world food» et des enseignes comme «Sephora», «Esprit» ou «Virgin».

 

Il n’empêche, l’idée d’y voir bientôt débarquer McDo est en train de susciter un certain tollé parmi le personnel scientifique du musée. «On ne parle que de cela», nous confirmait hier un copain, historien de l’art au Louvre et furieux de cette «confusion des genres». A l'en croire, si certains dans le personnel du musée sont «résignés», la majorité des employés sont réellement «scandalisés» par ce projet commercial. Il y a deux ans déjà, plusieurs centaines de membres du personnel du Louvre avaient pétitionné, vainement, contre l’ouverture d’un «Starbucks Café» dans l’aile de la galerie qui était jusqu’à présent strictement réservée au musée, à laquelle le business n’avait pas accès. A l’époque, pour apaiser la fronde et donner un vernis culturel à cette grande première, avait été aménagé dans le café «un petit coin de détente, qu’aucun client ne regarde, prétendument consacré à la culture, où l’on trouve la documentation du musée, les guides, etc.».

 

Après Starbucks, McDo donc. Cela dit, culturellement, est-ce vraiment pire que Virgin? «C’est un peu plus lourdingue encore», fulmine notre interlocuteur. «C’est une couche de plus rajoutée au dévoiement progressif et continuel de cette galerie. Qui, à l’origine, il faut le rappeler, était censée avoir une vocation exclusivement culturelle». Raison pour laquelle, à l’époque, «Virgin» s’était vu imposer de proposer à la vente, dans son magasin du Carrousel, un certain quota d’œuvres culturelles au sens classique du terme: librairie, musique classique, etc.

 

lelouvre3.jpgCela dit, que les contempteurs de la mal-bouffe ne se désespèrent pas trop. En effet, Frédéric Mitterrand, puisqu'il est un ministre de la Culture que la planète entière envie à la France, réussira certainement à faire en sorte que les clients de ce McDo Louvre puissent engloutir leurs burgers et leurs frites avec vue sur de merveilleuses reproductions en quadrichromie de Mona Lisa ou de la Vénus de Milo.

23/09/2009

Une trouvaille

C’est hier matin qu’on a entendu cela à la radio. On a trouvé cela tellement idiot que, 24 heures plus tard, ce matin, on y songeait encore. C’est la dernière trouvaille en date du monde de la publicité, un monde en permanence merveilleux comme chacun sait. En France comme ailleurs, la grande crise économique n’est même pas encore terminée – vont encore le confirmer, ce mercredi, les mauvais chiffres relatifs à la consommation de cet été. Les publicitaires n’en cessent pas moins d’inventer en permanence des nouveaux moyens pour inciter les gens à dépenser. En l’occurrence, cela vient de débarquer à Paris et dans sa région, et cela s’appelle la «publicité géolocalisée».

 

Le concept est déjà appliqué depuis longtemps dans des pays comme le Japon. Où, par exemple, quand on regarde la télé sur son téléphone portable, les liens publicitaires qui s’affichent varient selon le lieu où se trouve le téléspectateur au moment où il visionne les programmes. En vertu du même principe, en région parisienne, pour la première fois, une campagne d’affichage géolocalisée est en train de se dérouler, qui décline des messages différents selon le quartier où ils sont affichés. Ce qui fait 56 allusions géographiques locales accompagnant le slogan principal de ladite campagne, selon que le consommateur voyant l’affiche se trouve dans tel ou tel quartier de Paris ou de sa banlieue. Concrètement? Sur les panneaux, cela donne par exemple «Bercy, de rien» dans le quartier parisien de Bercy, «Allons-y gaiement!» dans le Marais gay, ou «Prenez la porte» le long du boulevard périphérique.

 

C’est probablement avec des trouvailles de camelot d'un tel niveau que l’humour français détrônera un jour l’humour anglais. 

10/09/2009

Un comble

vigile.jpgDes membres de forces de sécurité mais qui sont eux-mêmes forcés de vivre quotidiennement dans l’insécurité. Des gens qui quelque part, même si ce sont des supplétifs privés, représentent l’ordre et l’autorité mais qui, eux-mêmes, sont quotidiennement dans l’illégalité. C’est un comble. Mais cela se passe chaque jour à Paris – et probablement dans d’autres villes de France aussi. On l’a encore vu hier dans le dixième arrondissement, au Monoprix de Strasbourg-Saint-Denis plus précisément.

 

L’entrée de ce grand magasin a été bloquée par une dizaine de vigiles: par les employés de la société de sécurité chargée de surveiller le supermarché. Ces vigiles sont sans-papiers; ils demandaient à leur employeur de soutenir leur demande de régularisation déposée auprès des autorités. Selon la CGT, ce genre d'actions «risque de se reproduire très prochainement dans d'autres enseignes» de grands magasins. En effet, le syndicat estime que, sur les quelque 150.000 personnes travaillant dans le domaine de la sécurité, plusieurs milliers sont en situation irrégulière.

 

Ce qui est frappant, en tout cas, c’est que ce conflit social éclate alors qu’un autre, exactement du même acabit, vient à peine de prendre fin à Paris.

 

Il concernait également des vigiles, des maîtres-chiens en l’occurrence. Ils étaient tout autant sans-papiers. Et travaillaient eux à la gare Saint-Lazare, pour un sous-traitant de la SNCF. Une quarantaine d’entre-eux viennent d’être régularisés. Ce dossier n’en a pas moins fait l’objet d’un dépôt de plainte en justice. Ces sans-papiers, en effet, semblent avoir été soumis à des conditions de travail particulièrement déplorables et à des salaires de misère.

 

Pour certains décidément, il n’y a pas de petit profit.

08/09/2009

Une maladie

stéthoscope.jpgOn est tombé des nues ce matin, en parcourant la dernière livraison du bulletin hebdomadaire de l’Institut de veille sanitaire (InVS). En effet, alors que, depuis des semaines, on fait un foin pas possible en France autour de la grippe A-H1N1, il apparaît que, dans ce pays, subsiste encore une maladie dont on ne parle jamais et qui est pourtant séculaire, horrible, et dont les porteurs ont depuis toujours été extrêmement stigmatisés, quand ils n'étaient pas carrément martyrisés. Une affection dont on peut parfaitement guérir, moyennant un traitement qui coûte royalement 40 euros. Une maladie à propos de laquelle les autorités n’ont, que l’on sache, jamais communiqué et dont, manifestement, elles se contrefichent totalement. On veut parler de… la lèpre. Qui en 2009 donc, sévit toujours en France, cinquième puissance économique mondiale.

 

Alors, évidemment, cela nous éloigne de Paris puisque cela se passe dans l’outre-mer français. Mais enfin, comme les DOM-TOM font, jusqu’à nouvel ordre, partie de la France, on ne voit pas pourquoi on n’en parlerait pas.

 

Preuve que la lèpre n’intéresse pas grand monde, même à l’InVS, «on ignore le nombre exact de patients atteints sur le territoire français». Selon les dernières estimations, la France compterait tout de même quelque 200 lépreux: en Guyane, à Mayotte, aux Antilles, en Polynésie ou en Nouvelle-Calédonie. Mayotte doit même être considérée comme «une zone endémique» si l’on se réfère aux critères de l’Organisation mondiale de la Santé. L’on y rencontre «un pourcentage important d’enfants de moins de 15 ans» atteints. En Nouvelle-Calédonie, «la population mélanésienne reste la plus exposée à la maladie» par rapport à la population d’origine européenne. D’après l’InVS, si la lèpre devient globalement moins fréquente en France, «les cliniciens médicaux et paramédicaux capables de (la) diagnostiquer et de (la) prendre en charge sont également devenus rares. Le diagnostic s’en retrouve plus difficile. A cela, il faut ajouter une présentation polymorphe et de longs délais d’incubation. Une sous-détection des cas liée à la diminution de la sensibilisation des acteurs de santé ou à la diminution de l’information des populations à risque est donc à craindre». Dès lors, les experts du ministère de la Santé redoutent que «l’absence de système de surveillance spécifique, associée à la probable sous-détection» de cette affection, pose des «problèmes». A fortiori que «la France (métropolitaine et ultramarine) est vulnérable à une recrudescence» de la lèpre, vu notamment que «les données recueillies à Mayotte et en Guyane suggèrent que la situation ne s’améliore pas».

 

Sans doute les médias français ne relayeront-ils que peu ce rapport alarmant. L’outre-mer, vu de Paris, c’est si loin. Ces dernières semaines, d’ailleurs, à plusieurs reprises, on a sursauté en constatant la façon dont les médias de ce pays effectuaient le décompte macabre des victimes de la grippe A. Plusieurs fois, en effet, on a vu, lu ou entendu, avec effarement, que le nombre de décès dûs à cette maladie était limité à deux ou trois personnes «en France». C'est évidemment «en France métropolitaine» qu'il aurait fallu dire, puisqu’une dizaine de Français ultramarins au moins ont déjà succombé à ce virus.

 

Que doivent donc bien ressentir les proches de ces Français lorsqu’ils se rendent compte que leur calvaire est ainsi, et si fréquemment, négligé par les médias de leur propre pays? 

07/07/2009

Une errance

La justice française et les pauvres, suite. On avait déjà eu droit aux SDF et aux militants contre le mal-logement poursuivis et condamnés (avant d’être relaxés en appel) pour avoir installé un campement de tentes de mal-logés en plein cœur de Paris – ces miséreux étant assimilés par la justice à des dépôt clandestins d’objets encombrants (relire ici ou ). Comme quoi, rien n’évolue: hier, dans une affaire similaire, ce fut au tour de Médecins du monde de comparaître en référé devant le tribunal de grande instance de Bobigny (banlieue parisienne) pour occupation illégale d'un terrain appartenant à l’Etat.

 

Cette fois, il ne s’agit pas d’une rue dans le chic quartier de l’Opéra Garnier, mais d’un terrain vague misérable situé en contrebas de l'autoroute A86 (qui traverse la banlieue parisienne) à hauteur de Saint-Denis, le long des quais de Saint-Ouen. A cet endroit, fin mai, l’association a érigé six tentes. Dans ce campement d’urgence, pareil à ceux que l’ONG humanitaire a installés au Darfour ou au Kosovo, sont hébergés une centaine de Roms. Ils ont fui le hangar pouilleux de Bobigny où, après avoir été expulsés de toutes parts par les municipalités environnantes, ils s’étaient réfugiés. Avant que ces lieux soient ravagés par un incendie fin mai, un enfant de 10 ans perdant la vie dans le brasier.

 

La préfecture de Seine-Saint-Denis poursuit l’ONG car elle est bien décidée à lutter contre l’installation «de véritables bidonvilles» de gens du voyage. Ce département assure accueillir déjà sur son territoire «plus d’un tiers des Roms de la région» parisienne. Selon lui, «ces populations s’installent sur des terrains ou friches industrielles mal sécurisés, encore très nombreux et font l’objet d’évacuations régulières depuis plusieurs années. Cette situation, qui ne cesse de s’amplifier, pose non seulement des problèmes en matière de sécurité et d’ordre public, mais également en matière d’insalubrité tant les conditions de vie dans ces camps sont dégradées».

 

L’association rétorque que, les départements étant si nombreux à ne pas respecter la loi de 2000 leur imposant de mettre des aires d’accueil à la disposition des gens de voyage, il faut bien que ceux-ci s’installent quelque part, a fortiori quand ils sont confrontés à des situation d’urgence. «Face à la mise en danger des personnes (…), la seule réponse de l’Etat est une assignation en justice», fulmine Médecins du Monde. «Etat, collectivités locales et territoriales se renvoient en permanence la responsabilité de cette situation. De bidonville en bidonville, après chaque évacuation, les familles Roms sont condamnées à une vie d’errance car aucune solution adaptée et globale n’a été trouvée pour leur apporter dignité et stabilité. Ces expulsions répétées, sans solution de relogement, entraînent un épuisement, des ruptures de soins et de suivi médical, notamment pour les femmes et les jeunes enfants».

 

Treize associations (dont la Fondation Abbé Pierre, le Secours Catholique ou la Ligue des droits de l’homme) ont apporté leur soutien à Médecins du Monde. Ont réclamé l’arrêt immédiat des poursuites contre l'ONG ainsi que le relogement sans délai de tous les Roms concernés, afin que cesse cette insupportable errance. D’après le blog du campement, sous ce pont d'autoroute à quelques kilomètres à peine de la Ville Lumière, on trouve «une femme ayant eu une césarienne (et) suivie pour surinfection de sa cicatrice, un bébé de deux mois en attente d’une intervention chirurgicale pour problèmes cardiaques, un bébé de trois mois (ayant) récemment subi une intervention chirurgicale pour pieds bots, une femme hospitalisée en service psychiatrique pour syndrome post traumatique et deux nouveau-nés âgés d’une semaine, (dont) un bébé né prématuré (et)  âgé de six semaines».

02/07/2009

Une curiosité

metrointerieur2.jpgDepuis mercredi, on le disait hier, le café est censé être moins cher à Paris. A vérifier. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que, depuis le même jour dans cette ville, les transports publics sont eux (un peu) plus chers. A la RATP, par exemple, le prix du carnet de 10 billets est passé à 11€60.

 

C’est tout de même un peu curieux, cette nouvelle et énième augmentation, s’est-on dit mercredi soir encore, en achetant notre titre de transport. Car, bon, on n’est pas économiste, mais on avait cru comprendre que, pour la première fois depuis les années 60, les prix étaient globalement en recul en France (voir ici). De même, on avait cru entendre, dernièrement, que l’ensemble de la zone euro venait de connaître elle aussi, et carrément pour la première fois depuis la création de cette zone en 1999, un recul des prix à la consommation. Au point que certains économistes avaient mis en garde contre un risque de déflation. A Paris, malgré tout, les tarifs des transports publics augmentent. Cette curiosité est due, apprend-on (ici), «aux besoins qui sont considérables» et à la nécessité d’«équilibrer les différents modes de financement».

 

Il n’empêche, sur le fond, au risque de paraître tartouille, il y a une chose qu’en ce moment, on ne comprend pas trop, comme sans doute la plupart des Parisiens et des Français moyens. D’une part, cette moindre inflation est invoquée en défaveur de la population lorsqu’il s’agit, par exemple, de moins revaloriser que d’habitude des prestations sociales ou le salaire minimum. Mais d’autre part, elle n’est plus invoquée en faveur de cette population lorsqu’il s’agit d’adapter les tarifs comme ceux des transports publics. Donc, finalement, cette histoire d'inflation joue toujours en défaveur des gens.

 

Il n’y a d’ailleurs pas que les tarifs du métro qui, hier, ont augmenté. Pour le RER, c’est pareil. Et, à la SNCF, les trains Intercités, Corail, Téoz et TER sont en moyenne 3,4% plus chers. Cette dernière hausse, nettement supérieure à l’inflation, a fait réagir la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT), qui a trouvé cette augmentation «très élevée» et «tout à fait anormale».

 

metrointerieur.jpgLes usagers du métro et du RER parisiens, eux, n’auront sans doute aucune envie de se prendre la tête avec ces augmentations de tarifs, eux qui, par ces jours de grandes chaleurs, doivent déjà déployer tant d’énergie pour supporter la canicule étouffante régnant dans les trains. Tiens, au fond, l’installation enfin, dans les métros de Paris, d’un système de ventilation un peu efficace – comme il en existe dans tant de mégapoles mondiales pourtant bien plus chaudes: cela ne pourrait pas être considéré par la RATP comme faisant partie des «besoins considérables»? Et bénéficier d’une partie des produits générés par cette nouvelle augmentation de tarifs?

25/06/2009

Une invasion

Operagarnier.jpgAvis aux “shopping addicts”: les soldes ont commencé hier à Paris. Avis aux agoraphobes: l’affluence est telle, depuis hier matin dès la première heure de l’opération, qu’il paraît que, dans les grands magasins, c’est vraiment l’horreur. C’est le moment que choisit un de ces fameux commerces parisiens, les “Galeries Lafayette” pour communiquer sur une initiative qui, c’est le moins que l’on puisse dire, pose question.

 

D’ici à la fin juillet, les “Galeries” ouvriront une boutique de 300m² au cœur même d’un des temples de la culture de la capitale: le Palais Garnier. Dans les rayons, on trouvera des livres, des disques, de la hi-fi, de l’électronique, de la mode, des soins de beauté, des bijoux, de l’art de la table, des souvenirs pour touristes, des articles pour enfants, etc. etc. L’habillage marketing de ce «concept commercial unique» est évidemment culturel. Il s’agit, assure-t-on, de «proposer des produits novateurs, symbolisant l’excellence française, autour des arts lyriques et chorégraphiques». Ainsi, le rayon mode tournera autour du thème de la danse; on y trouvera «des accessoires, des soins de beauté pour les danseuses, mais aussi des bijoux de scène, tutus, accessoires et objets d’artistes». Idem pour le rayon enfants: les “Galeries” assurent que les « jeux éducatifs, livres et disques, costumes, jouets et cahiers de dessins (qui) seront proposés aux enfants et à leurs parents» fréquentant le Palais Garnier constitueront «avant tout une sélection de divertissement dédiée en partie à l’apprentissage et à la découverte, une sorte de premier pas vers les Arts». L’objectif premier de l'opération n’en est pas moins commercial. Le Palais Garnier est un emplacement en or puisque, se réjouissent les “Galeries”, il accueille chaque année 300.000 spectateurs et 500.000 visiteurs.

 

Gros soupir de lassitude. Car, bon, sans revenir avec les marchands du temple, n’y a-t-il donc pas déjà suffisamment de magasins, de camelots, d’étals de bibelots et de boutiques de souvenirs à Paris? Ne pourrait-on pas concevoir que des lieux culturels aussi exceptionnels comme l’Opéra Garnier soient juste artistiques et pas également marchands? Est-ce parce que les “Galeries Lafayette” possèdent déjà une boutique similaire au cœur du Musée des Arts décoratifs, rue de Rivoli, qu’il faut les autoriser à envahir tous les grands lieux culturels de la capitale? A-t-on le droit, dans cette ville, d’adorer faire du shopping mais de souhaiter aussi que certains lieux soient préservés de toute dimension mercantile? Afin qu’ils soient des respirations salutaires et bienvenues dans une des capitales mondiales du commerce.

 

fnacbastille.jpgAccessoirement, notons que l’Opéra de Paris, au moment où, à Garnier, il concède – à prix d'or, sans doute – 300m² au grand commerce, assure qu’il lui est impossible de trouver, à Bastille, le moindre m² à refiler à la FNAC. Pour qu’elle puisse s’étendre dans les sous-sols de l’opéra et donc ne pas fermer ses portes comme annoncé – avec les conséquences que cela suppose pour l’accès à la culture du grand public de l'Est parisien.

 

Mais Frédéric Mitterrand, le nouveau ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy, va certainement arranger cela. 

22/06/2009

Un achèvement

Jour J dans le Quartier Latin. Ce lundi, en effet, s’y achève officiellement un énorme chantier, qui dura des années et nourrit d’innombrables polémiques: la rénovation de Jussieu. Du nom du campus de l’université Paris VI, dont la tour particulièrement hideuse, avec ses 24 étages et 88 mètres de haut, défigure depuis 1970 les environs immédiats du Jardin des Plantes.

 

Dans cette tour comme dans une dizaine d’autres bâtiments de la fac, s’est déroulé depuis 1996 un chantier colossal par son ampleur et sa complexité: «le plus gros chantier de désamiantage en Europe». Un chantier qui a nécessité le déménagement de milliers d’étudiants, a été parsemé d’incidents et a occasionné d’énormes dépassements budgétaires. On peut d’ailleurs rappeler qu’un des principaux responsables des retards de ce chantier fut, à la fin des années 90, un chercheur renommé de Jussieu qui était en même temps ministre de l’Education, Claude Allègre – dont le nom est cité pour entrer au gouvernement à la faveur du remaniement attendu cette semaine. Claude Allègre, en effet, n’est pas seulement un révisionniste du réchauffement climatique. Dans le cas de Jussieu, il a aussi, et constamment, mis en doute la dangerosité de ce que les spécialistes qualifiaient pourtant de «mine d’amiante en plein Paris». Et n’au eu de cesse de dénoncer la «psychose collective» de ses collègues scientifiques à propos de ce matériau.

Dès lors, son entrée au gouvernement désespérerait sans doute, outre les défenseurs de l’environnement, les malades de ce fléau sanitaire oublié qu’est l’amiante en France – pays qui, par rapport à ses voisins, tarda très longtemps avant d’interdire ce matériau. Ce week-end, justement, une «marche nationale des veuves de salariés de l'industrie victimes de l'amiante» a eu lieu à Dunkerque. Venues de toute la France mais aussi d'Italie et de Belgique, quelque 2000 personnes ont défilé derrière une banderole clamant: «Nos empoisonneurs doivent être jugés sans délai». «Les premières plaintes ont été déposées en 1996, et toujours pas de procès», a déploré un des organisateurs. «Et on nous dit aujourd'hui que l'instruction devrait se prolonger jusqu'en 2014: près de vingt ans après les premières plaintes». Les associations considèrent que, depuis la première «Marche des veuves» de l’amiante, fin 2004, «il y a eu 17.000 morts empoisonnés par l'amiante en France». Et des projections pour les années à venir tablent sur 100.000 décès dus à l’amiante dans ce pays.

15/06/2009

Une gifle

redbull.jpgOn parlait vendredi des fêtards. A Paris comme ailleurs en France, n’a pas dû leur échapper le dernier rebondissement intervenu récemment à propos d’un dossier de santé publique qui avait jadis suscité de gros débats (relire ici ou ): le Red Bull. Du nom de cette boisson énergisante si prisée des noctambules, mais que la France (à l’inverse de nombreux pays, comme la Belgique) a longtemps persisté à interdire sur son territoire. Car, outre de fortes doses de caféine, elle contient de la taurine, un dérivé d'acide aminé dont les effets sont encore mal connus. Or, l’ultime rebondissement intervenu dans cette saga n’est pas vraiment à l’avantage de la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot.

 

Pour preuve, l’Institut de veille sanitaire (qui avait été chargée de surveiller les problèmes de santé éventuels causés par cette taurine) a remis il y a peu un rapport très dédramatisant sur la question. Ainsi, en dépit de la surveillance qu’ils ont exercée sur cette boisson pendant les six premiers mois de sa commercialisation, ces experts n’ont relevé «qu’un faible nombre de cas d’intoxication aiguë par Red Bull». Et encore, «dans la majorité des cas», ces intoxications étaient vraisemblablement dues non à la taurine proprement dite, mais «à la présence de caféine ou à la consommation concomitante d’alcool». L’Institut note encore qu’il n’a pas réussi à établir «un lien de causalité» entre «consommation de Red Bull et différentes pathologies graves». Il remarque aussi qu’«aucun signalement de ce type n’est parvenu des centres antipoison des autres pays européens sollicités». Et conclut: «Les associations rapportées au système français de toxico-vigilance autres que celles imputables à la présence de caféine dans les boissons énergisantes et/ou à la consommation concomitante d’autres produits n’ont pas permis à ce jour de mettre en évidence une toxicité propre et immédiate des autres composants de Red Bull».

 

C’est, pour le moins, une gifle assénée à la ministre de la Santé.  Pour rappel, l’été dernier, Roselyne Bachelot avait présenté le Red Bull comme une boisson qui  –  outre le fait qu’elle n’a aucun intérêt énergétique ou nutritionnel, ce qui est probablement toujours vrai  –  «a des dangers importants». La ministre faisait même état d’un «faisceau d'indices en faveur de l'existence d'un risque»: notamment «des suspicions de décès» en Suède et en Irlande et des «cas de neurotoxicités». Elle déconseillait donc fortement la consommation de ce produit.

 

Un été plus tard donc, il apparaît que, dans l’état actuel des constatations des experts scientifiques français en tout cas, Roselyne Bachelot a raconté... à peu près n’importe quoi. Ce qui, venant d’un ministre de la Santé, n’est tout de même pas trop rassurant.

11/06/2009

Un soupir

sanisette2.jpgIl y a décidément des Parisiens qui n’hésitent pas à entretenir l’image qui est souvent véhiculée (à l’étranger singulièrement) des habitants de la capitale française. L’image, si caricaturale, de gens râleurs, jamais contents, voire volontiers teigneux. Le «Parisien, tête de chien» donc, selon la fameuse expression consacrée. C’est ce qu’on se disait l’autre jour encore en déambulant avenue de la République, la grande artère non loin de la place du même nom. En effet, on y est tombé par hasard sur les signes d’une protestation du voisinage, à la vue desquels on n’a pu s'empêcher de pousser un soupir. Entre agacement et effarement.

 

Il s’agit donc… des sanisettes publiques. Malgré leur nouveau look moins pire qu’avant (ici), les édicules sont refusés par ces habitants du onzième arrondissement. Ils sont inquiets des nuisances qu’engendreraient ces toilettes publiques et redoutent une dévalorisation de l’image de leur quartier ainsi qu’une perte d’attrait pour leurs commerces. Après avoir lancé une pétition pour l’installation de ces toilettes uniquement loin des commerces et des habitations, ils ont suspendu des calicots devant leurs maisons («Non aux WC – Un trottoir oui, un crottoir non!», etc.) et ont réussi à faire fuir les ouvriers qui étaient en train d’installer là ces WC. Du coup, depuis, le chantier est interrompu.

 

Ce n’est pas clairement dit par les protestataires, mais il est probable qu’une catégorie particulière de la population parisienne soit visée par leur croisade anti-sanisettes: les SDF. Qui utilisent forcément beaucoup ces lieux, a fortiori depuis qu’ils sont gratuits.

 

Soupir, donc. On ne voit pas trop comment, dans une ville si densément peuplée et compacte comme Paris, il serait possible de reléguer 400 sanisettes loin de tout. A moins, évidemment, de les rendre moins visibles et accessibles. Et donc d’amener les SDF – et le passant ayant un besoin pressant –  à utiliser les squares, les murs ou les caniveaux comme lieux d’aisance.  

 

Auquel cas, au-delà même de toute considération de dignité humaine, on ne voit pas trop ce que l’image de la ville et l’hygiène publique auraient à y gagner.

03/06/2009

Un guignol

lalannedrevet.jpgUn visage connu ce matin au coin de la rue, émergeant de la grisaille des panneaux électoraux. Celui de Patrice Drevet, encore tout récemment Monsieur Météo sur France 2, dont il est désormais retraité. A ses côtés, un autre visage encore plus connu: celui du chanteur Francis Lalanne. Ces deux «people» s’affichent sur les panneaux électoraux de Paris en vue des élections européennes de dimanche, pour la liste de l’Alliance écologiste indépendante, un agglomérat de trois petits partis écologistes de droite. Mais ils sont candidats dans le Grand Sud-Ouest et dans le Grand Sud-Est. Aucun électeur parisien ne pourra donc voter pour eux dimanche. Dès lors, l’apparition de leurs visages sur les panneaux dans la capitale relève de la pure campagne de notoriété – et d’un gaspillage vraiment peu écologique de papier?

 

A propos, Francis Lalanne a publié dernièrement un petit livre-programme politique à mourir de rire. Ou à pleurer, c’est selon. Il s’agit d’une «Mise en demeure à Monsieur le Président de la République française», dont il critique la dérive «monarchique». Au fil d’une soixantaine de pages écrites, excusez du peu, entièrement en vers, le «poète engagé» adjure l’hôte de l’Elysée de n’être pas sourd. «Ecoutez-moi! Je vous en prie! Ecoutez la voix du poète! Entendez quand le peuple crie! Et ne détournez plus la tête!»

 

Se comparant  au «poète décapité par la fureur d’un Robespierre», le preux Lalanne somme le grand Sarkozy de mettre un genou en terre: «Prince dénommé Président! Dressant un constat de carence, Le citoyen indépendant Vous somme de rendre à la France Les pouvoirs qui, se confondant, sont d’un monarque entre vos mains!» Signant son adresse sous le nom de plume un rien ronflant d’Archilogue Magistophore, le barde le plus célèbre de France lance un avertissement solennel aux peuples probablement extatiques ainsi qu'au tyran certainement apeuré: «Je me battrai comme il se doit. Au nom de la Constitution. Car c’est mon devoir De résister à l’oppression». Et, que les choses soient claires, l’intéressé ne craint «ni Catilina, Ni les intérêts praticiens, Ni les proconsuls de l’ENA, Ni Antoine et ses miliciens!»

 

220 ans après 1789 et la prise de la Bastille, les murs du quartier parisien du même nom affichent donc Francis Lalanne comme candidat prêt à «monter la garde nationale Et mener la lutte finale». Il n’y a pas à dire, elle est vraiment en de belles mains, la Révolution.

27/05/2009

Une sous-représentation (bis)

panneauxelectorauxparis.jpgDepuis lundi matin, ouverture de la campagne officielle oblige, les trottoirs de Paris (et du reste de la France) sont hérissés de panneaux électoraux. Et, petit à petit, ces panneaux se garnissent des portraits des candidats aux élections européennes du 7 juin prochain. Sans que cet affichage intéresse visiblement grand monde. On est loin des portraits de Nicolas Sarkozy, de Ségolène Royal ou d’Olivier Besancenot qui, aux élections présidentielles de 2007, n’étaient pas rarement lacérés par les partisans de leurs adversaires. Et encore plus loin des bagarres entre colleurs qu’on avait vues en France lors du référendum européen si passionné de 2005.

 

Comme à chaque campagne électorale, en voyant ces panneaux, on n’a pas pu s’empêcher de faire la même constatation. On va donc à nouveau y consacrer une note quitte, comme chaque fois, à se prendre des commentaires agacés de lecteurs pour qui le simple fait de souligner ce constat revient à prôner l’instauration de quotas. Donc, c’est frappant dès le premier coup d’œil jeté sur ces panneaux électoraux: en matière de représentation (politique, cette fois) de ces «minorités visibles» dont on parlait dans ce blog lundi, la situation en France ne semble pas avoir évolué d’un iota. Dans notre quartier, c’est bien simple, à l’une ou l’autre exception (alibi?) près – comme le socialiste Harlem Désir (*) ou bien sûr l’UMP Rachida Dati  –,  la majorité des visages affichés sont blancs.

 

La France occupe toujours la «position de lanterne rouge des pays développés pour la représentation des minorités visibles en politique», vient d’ailleurs de déplorer le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), après avoir épluché les listes déposées dans l’Hexagone pour ce scrutin européen. Les Noirs de France considèrent qu’au point où on en est, «seules des mesures fortes sont de nature à lever les conservatismes en matière de diversité dans le champ politique». Entre autres dispositions, ils réclament «le conditionnement des remboursements des dépenses électorales aux partis politiques à des exigences minimales en matière de diversité».

 

Sûr que, si une telle mesure était prise, elle gênerait pas mal de partis.

 

 

 

(*) Harlem Désir qui, il y a quelques mois, était vendu par certains communicants du Parti socialiste comme étant «le Barack Obama français». Depuis, cependant, il semble que le PS la ramène un peu moins avec cette comparaison – il est vrai d’une prétention sans nom.

26/05/2009

Une façon de voir

Voilà vraiment de la communication dans toute sa splendeur. Hier, la mairie de Paris et le groupe Decaux, qui opèrent le service Vélib’ dans la capitale, ont poussé de mémorables cocoricos. Non seulement ce désormais fameux dispositif de location de vélos en libre service fait un carton: plus de 50 millions de locations depuis son inauguration, il y aura deux ans en juillet. Mais, en plus, Vélib «fait l’unanimité». Pour preuve, un sondage TNS Sofres réalisé (en ligne: hum, bonjour la fiabilité)  fin mars auprès de 853 usagers (hum, échantillon un peu court), sondage selon lequel 94% des utilisateurs de Vélib sont satisfaits de ce service. Cocorico, donc.

 

Il y a juste un petit problème. La majorité (54%) des sondés déplore le mauvais état général, et avéré, du parc de vélos. Mais les fiers communicants de Vélib’ passent rapidement sur cette réserve, pourtant essentielle, en la réduisant à «une ombre au tableau».

 

Deux ans après, donc, les Parisiens et les touristes adorent Vélib’, ils y ont recours très souvent, ils trouvent que ces vélos sont majoritairement pourris (*), mais bon, … tout va bien.

 

C’est vraiment une façon de voir les choses. Finalement, c’est un peu comme si le fabricant d’un nouveau produit alimentaire lancé sur le marché s’extasiait des résultats d’une enquête dans laquelle les consommateurs déclareraient cet aliment pratique, pas cher, joliment emballé mais… pas trop appétissant. Comme si les utilisateurs d’une voiture se réjouissaient qu’elle soit bien dessinée, plutôt économe en carburant et munie d’un grand coffre à bagages, jusqu’à en oublier… qu’elle ne roule pas trop bien. Comme si les spectateurs interrogés à la sortie d’une salle de cinéma se satisfaisaient que le pop-corn ait été bon et que les fauteuils aient été confortables, même si le film qu’ils viennent de se taper était... une vraie daube.

 

C’est donc, pour le coup, un modèle de novlangue magnifiquement lénifiante.

 

 

 

(*) Pourris, au point que, dès le lancement du dispositif, les "vélibeurs" ont inventé un code pour s’alerter mutuellement lorsque des vélos sont dans un état tellement défectueux qu’ils en deviennent potentiellement dangereux. Dans ce cas, l'usage veut que l'on signale ces vélos aux utilisateurs suivants en retournant leurs selles vers l’arrière.

25/05/2009

Une sous-représentation

pubblackbastille.jpgPlace de la Bastille en ce moment, une campagne publicitaire pour une grande marque de sportswear met en scène des sportifs, parmi lesquels des personnes issues des «minorités visibles», comme on dit. A ce propos, ces minorités restent très peu représentées dans la pub en France. Une enquête des professionnels du secteur vient encore de le confirmer. Six mois de publicités diffusées entre juillet et décembre 2008 ont été analysées. Il s’agissait aussi bien d’annonces dans la presse que de spots télé ou de campagnes d’affichage. Conclusion? Quantitativement, les minorités visibles ne sont apparues que dans … 7% de cet espace publicitaire global, contre 3% en 2005.

 

Pour appréhender cette présence qualitativement cette fois, il faut mesurer le degré dit d’«indifférenciation» des pubs. A savoir, lorsque ces «personnages ‘non-blancs’ (y) assument des rôles sans signification identitaire particulière, rôles qui auraient donc pu être confiés à des personnages ‘blancs’». Cette indifférenciation a pu être constatée dans 29 % des publicités analysées, «ce qui représente un progrès de quasiment 10 points depuis 2005». Et l’étude de se féliciter: «Cette évolution permet d’atténuer progressivement les images qui sont souvent associées aux personnages ‘non-blancs’ dans la publicité, images souvent liées à la représentation de rôles sociaux limités, voire typés (publicités pour les secteurs du sport et de la musique par exemple) ou à la construction d’un imaginaire géographique autour du produit ou service présenté». En d’autres termes, cette évolution traduit une «banalisation» de l’apparition des minorités visibles dans la pub en France, et spécifiquement la levée progressive «d’un obstacle souvent invoqué, à savoir qu’il ne serait pas toujours possible d’insérer des personnages ‘non-blancs’ dans un casting car ceux-ci seraient porteurs d’une signification risquant de parasiter le sens global du message».

 

Cela dit, plusieurs aspects ternissent encore un peu plus ce bilan déjà très pâle. Ainsi, toutes les minorités visibles ne sont pas logées à la même enseigne publicitaire: les 3/4 des personnages ‘non-blancs’ représentés dans les campagnes sont noirs, «loin devant les personnages de type asiatique ou de type arabe-maghrébin». Surtout, on déplore un «taux encore faible de rôles sociaux valorisants (cadres supérieurs ou dirigeants, professions intellectuelles ou libérales supérieures, étudiants du supérieur) attribués dans la publicité aux personnages ‘non-blancs’(6%)». Cela montre donc bien «les limites de l’intégration des personnages ‘non-blancs’ dans la publicité française». Pour en revenir à notre exemple de départ, quand verrons-nous à Bastille des panneaux publicitaires montrant non plus seulement des joueurs de foot ou des champions d’athlé blacks ou beurs, mais des ingénieurs, des banquiers, des médecins voire des énarques appartenant à ces communautés?

 

pubblackbastille2.jpgQuand donc la pub en France reflètera-t-elle la composition de la population et celle du marché des consommateurs? Les professionnels semblent confiants: «Plusieurs accélérateurs sont enclenchés, qui devraient conjuguer leurs effets pour favoriser une amélioration de la publicité sur ces questions dans les années à venir et, notamment, un ‘effet d’époque’, dans une société elle-même en mouvement accéléré sur le terrain de la diversité». En attendant, se réjouissent les enquêteurs, «il n’a été relevé aucun stéréotype dénigrant, discrimination ou dévalorisation» à l’encontre des minorités visibles dans les milliers de pubs analysées.

 

C’est vraiment se consoler à bon compte. En 2009, cette absence de dénigrement constitue tout de même le minimum minimorum – n’est-ce pas l’inverse qui aurait été un comble?

15/04/2009

Un oubli

Les médias français, d’habitude si férus d’anniversaires, de célébrations et de commémorations, n’en ont généralement pas parlé, ce matin. Pas un mot à la radio, pas une image à la télé, à peine quelques lignes peut-être dans les journaux. Pourtant, cela s’est passé il y a quatre ans, jour pour jour. Le 15 avril 2005. Cela s’est déroulé en plein cœur de Paris: à deux pas de l’Opéra Garnier. Et on ne peut pas dire que c’était un fait divers banal, puisque, en quelques minutes, il coûta la vie à 25 personnes, dont 11 enfants.

 

C’était l’incendie de l’hôtel ‘Paris Opéra’, un de ces hôtels miteux où, faute de mieux, les services sociaux parquent les familles déshéritées. Quatre ans après le drame, les proches des victimes attendent toujours un procès. Ce week-end, avec à la main des roses blanches, elles se sont rassemblées devant le ‘Paris Opéra’ pour rappeler à l’opinion et aux dirigeants l’épée de Damoclès qui, dans l’indifférence générale, continue de peser sur d’innombrables familles «que les services sociaux continuent d’envoyer dans des hôtels-taudis». Selon les associations de défense de mal-logés, quatre ans après le 15 avril 2005, pas moins de 114 des 780 hôtels meublés de ce type recensés à Paris ne respectent toujours pas les normes incendie. Interrogés l’autre jour, les services du logement de la ville de Paris ont confirmé implicitement la chose. «Dans quelques semaines», ils vont lancer des déclarations d’utilité publique pour exproprier «une dizaine d’hôtels particulièrement dégradés» situés notamment dans le nord et l’est de Paris, dans notre onzième arrondissement particulièrement. Cette initiative est censée constituer «un message fort pour tous les autres hôteliers» qui continuent d’héberger des familles en jouant avec leur sécurité.

 

Dans la série noire d’incendies d’hôtels miteux qui avait endeuillé la capitale française à la mi-2005, coûtant la vie à des dizaines d’habitants – essentiellement des étrangers, s’il est besoin de le rappeler – , l’un s’était déroulé dans notre quartier. Rue du Roi doré précisément, à deux pas des boutiques, des bistrots et des restos bobo-chics du Haut Marais. Il avait coûté la vie à sept personnes ivoiriennes, dont quatre enfants. Ces habitants n’avaient pas pu éteindre eux-mêmes l’incendie même à ses débuts parce que, dans leur immeuble vétuste, il n’y avait évidemment pas d’extincteur. Il n’y avait même pas… d’eau courante.

 

Ce matin, tant d’années après le drame, on est repassé rue du Roi doré. Pour voir. Pour constater ce qui avait changé, ou pas. On n’y est pas resté des heures, et pour cause: il n’y a strictement rien à voir. L’immeuble noirci est toujours entièrement vide. Toutes ses fenêtres sont encore murées. Pas le moindre chantier de rénovation ne semble avoir débuté. Et aucun signe ne rappelle le supplice de ces pauvres gens calcinés dans leur sommeil. Pas une fleur, pas une plaque, pas le moindre hommage. Rien. 

11/03/2009

Un oubli

Dernièrement, on a beaucoup parlé dans ce blog des problèmes, de propreté notamment, qui se posent dans les gares à Paris – à Saint-Lazare singulièrement. Depuis hier, c’est officiel: en région parisienne, «les gares sont dans un état médiocre». La situation y est même «catastrophique». C’est ce qu’on lit textuellement dans un gros rapport sénatorial qui a été remis hier au Premier ministre François Fillon.

 

Ce document reconnaît que le réseau de transports en commun en région parisienne est «au bord de l’asphyxie». Il énumère sans ménagement les «dysfonctionnements» du RER A: «saturation des lignes, attente de 20 à 25 minutes dans les gares dans le vent et le froid, suppression régulière de trains, etc.». Sans oublier, dans tout le réseau: «escaliers mécaniques en panne, sonorisation défaillante, portes bloquées, couloirs orphelins, éclairages défectueux», et on en passe. Le rapport s’alarme du fait qu’en région parisienne, «la qualité de l’exploitation ferroviaire se dégrade régulièrement, du fait d’une infrastructure saturée et de l’augmentation régulière des voyageurs». «Le paradoxe est grand: «les stations et gares de l’Île-de-France accueillent une forte proportion de la population, mais dans des conditions médiocres: les abris des quais sont courts, les passerelles globalement mal tenues et rarement couvertes, les gares petites et peu utilisées pour l’attente, car situées en dehors des flux. La visite de ces gares est éclairante sur les conditions de traitement qui sont quotidiennement infligées aux voyageurs». Le chef du gouvernement est donc invité à combler «les retards d’investissement, (qui) sont aujourd’hui considérables», via un programme de grands travaux.

 

Le constat de l’état déplorable des gares parisiennes étant désormais officialisé, on peut toutefois s’étonner d’un grand oubli dans ce rapport. D’une absence flagrante. Sauf erreur – le document est tellement volumineux qu’on n’a eu le temps que de le survoler –, pas une fois, dans les 298 pages de ce rapport, est-il fait allusion à des usagers pourtant très réguliers et si visibles des gares à Paris et dans sa région: les SDF.

 

Pourtant, cette présence a déjà valu à la SNCF de se faire copieusement admonester par l’Etat. C’était il y a quelques semaines. En visite à la gare de Paris-Nord, le préfet délégué aux mal-logés avait vertement critiqué la compagnie de chemins de fer. Ce jour-là, en effet, devant la gare, cinq SDF campaient sur des cartons. «Ils ne doivent pas être là!», avait explosé le préfet. «C’est une des plus grandes gares d’Europe. Quand les gens voient (ces SDF sur) le parvis, ils se demandent ce que fait  la SNCF. On ne peut pas accepter ça! On sait qu’il y aura toujours des personnes en difficulté dans les gares, mais il faut qu’il y en ait moins !» Très embarrassés par cette engueulade publique, les responsables de la SNCF avaient bredouillé que «dans toutes les gares de Paris, le nombre de sans-abri et d’errants a diminué». Des mesures, en effet, ont été prises: des cheminots ont été formés pour orienter les personnes en errance dans les gares, des points d’accueil ont été créés à leur intention, les maraudes ont été renforcées, etc. Pendant les grands froids, la SNCF a même aménagé des places d’accueil spéciales pour les SDF dans un train stationné en gare de Paris-Bercy. «On cherche en permanence un équilibre entre empathie et fermeté», avait expliqué à l’époque un directeur des gares parisiennes. «On n’est pas là pour évacuer les SDF des gares, mais pour empêcher leur fixation dans des endroits où ils ne peuvent pas bien vivre».

 

Le préfet délégué, démonté, avait néanmoins réclamé à la SNCF «des objectifs plus volontaristes» en la matière. «Mais pour trouver des solutions pérennes, il faut que l’Etat s’engage», avait rétorqué, en «off» un dirigeant de l’entreprise. Le passage complètement sous silence de cette question dans le rapport sur les gares remis hier à François Fillon montre qu’on en est encore loin.

09/03/2009

Une beauferie

Toujours dans le cadre de la Journée de la Femme, dont on parlait vendredi, la section parisienne des «Chiennes de garde-La Meute» a décerné son prix annuel des publicités les plus sexistes. Même s’il est de bon ton – avez-vous remarqué: chez les hommes, surtout – de railler le manque d’humour dont serait affligée cette association féministe, ce palmarès met bien en lumière un certain beaufisme ordinaire subsistant dans le milieu de la pub et, plus globalement, dans le monde consumériste.

 

Une fois de plus, c’est la marque de sous-vêtements Sloggi qui est épinglée, pour une pub «qui met en valeur les fesses d’une femme moulées dans un slip avec le commentaire ‘EN PROMO’». L’association considère que «dans un pays où 10% des femmes déclarent avoir subi des violences sexuelles graves, où tant de femmes subissent des harcèlements ou des gestes dégradants, notamment dans les transports en commun, cette publicité renforce le sexisme et esthétise la violence contre les femmes». Le prix de la publicité «présentant une nudité sans rapport avec le produit» est décerné à la marque de café Lavazza, pour une espèce de déclinaison féminine porno-chic cheap, esthétiquement hideuse, de la légende de la louve, de Romulus et de Rémus. «La Meute» ne supporte pas cette femme «ravalée à l’animalité d’une louve» et fustige cette «image (qui) combine le cliché de la maman et celui de la putain, car la femme sauvage, au regard animal, est à la fois femelle nourricière et actrice de porno donnée en spectacle aux voyeurs». Enfin, le prix du cliché sexiste, qui donc récompense la pub entretenant le mieux une vision stéréotypée des genres, a été remporté par une pub pour la Clio. Elle montre un couple allongé sur son lit, chacun lisant un magazine. Sous le slogan «Un bonheur n’arrive jamais seul», l’homme lit un catalogue sur les bagnoles Renault et la femme un magazine sur les bébés. Motivation du prix décerné: «Le bonheur selon Renault, ce serait un enfant pour l’une, et une voiture pour l’autre.Ce double modèle sexué est aussi réducteur pour l'un que pour l'autre. Les femmes ne sont pas seulement un ventre, les hommes ne sont pas tous obsédés par leur voiture».

 

Toutes nos félicitations aux camelots primés.

06/03/2009

Un mensonge

Journée internationale de la femme en France et dans le monde, dimanche. A l’approche de cette échéance, le gouvernement pouvait difficilement ne pas évoquer le sujet. Mercredi, donc, le Conseil des ministres a fait le point sur la question, et précisément sur la place des femmes dans l’entreprise. A la lecture du compte-rendu officiel de la réunion, on est tombé de notre chaise. Y figure, en effet, un gros mensonge. Textuellement: «La France est l’un des pays les mieux placés dans ce domaine. Cette situation tient en particulier à plus de 40 ans de politique publique volontariste en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes».

 

Alors, cela, c’est vraiment n’importe quoi. Si l’on prend les 40 plus grandes entreprises de France – celles du CAC 40, l’indice de référence de la Bourse de Paris –, 46% d’entre elles ne comptent toujours aucune femme dans leurs organes dirigeants. Au total, dans ces comités exécutifs, on dénombre en tout et pour tout… 6,3% de femmes. Parmi les cadres de ces 40 sociétés, on ne compte que 31% de femmes: c’est encore moins que l’an dernier (34%). Autres spécificités de ce top 40 si macho: 20% seulement de ces sociétés ont des objectifs en termes de recrutement pour pallier ce retard féminin et 13% ont réussi à réduire les écarts salariaux entre hommes et femmes. Or, ici aussi, il y a du pain sur la planche. Selon le ministère du Travail, la rémunération brute totale moyenne des femmes est inférieure de 27% à celle des hommes. Au vu de tous ces chiffres, rien d’étonnant que, selon un sondage de la Haute autorité de lutte contre les discriminations, une femme active ou retraitée sur trois (34%) a le sentiment d’être ou d’avoir été victime de discriminations au travail en raison de son genre.

 

Tiens, au fond, il y a quelques mois, au Parlement, un spectaculaire incident a eu lieu sur cette question. Une femme, la députée UMP Marie-Jo Zimmermann, présentait un amendement visant à inscrire la parité professionnelle hommes-femmes dans la Constitution. Celle-ci, en effet, ne parle pour l’instant que de «l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités professionnelles et sociales», accès qu’il convient tout au plus de «favoriser». L’amendement, lorsqu’il avait été préparé et adopté par la délégation parlementaire aux droits des femmes, avait recueilli un large consensus gauche-droite. Le gouvernement, néanmoins, s’y est opposé. Lors de cette séance, l’équipe Fillon était représentée à l’Assemblée par… Rachida Dati, par une femme donc. Qui n’a pas voulu en démordre et a réclamé le report du vote. Mal lui en prit. Le président UMP de l’Assemblée, Bernard Accoyer, l’envoya sur les roses. Comme Rachida Dati tentait de faire traîner les débats en longueur, il l'admonesta: «Non, madame la ministre, tout le monde suit ce texte depuis le début: on ne va pas reprendre dix fois les mêmes explications!» Folle de rage, Rachida Dati alla se rasseoir en bougonnant, après avoir rabattu nerveusement son micro. Puis, sous son regard glacial, l’amendement Zimmermann fut adopté à une très large majorité.

 

A l’approche de ce 8 mars, la même députée présente cette fois une proposition de loi instaurant un quota de femmes aux conseils d'administration des entreprises. Cette proposition stipule que le nombre de représentants de chacun des deux sexes «ne peut être inférieur à 40%» dans les conseils d'administration, et ce d'ici trois ans. «Ce n'est pas une revendication de féministes», a assuré la parlementaire UMP: «Nous voulons seulement la juste place pour les femmes. On avait hésité pour les lois sur la parité en politique, mais elles ont prouvé que cela marchait, c'est un mal nécessaire».

 

Le temps que cette proposition arrive en discussion au Parlement, Rachida Dati aura quitté Paris: exfiltrée au Parlement européen de Strasbourg. Pas sûr que la condition des femmes françaises souffrira de ce départ.

26/02/2009

Un décalage

D’un coup de baguette magique, Paris verrait sa population passer de 2 à 6 millions d’habitants. Sa superficie – 105 km2 beaucoup trop étriqués, où les habitants s’entassent et la ville étouffe – serait carrément multipliée par sept. Dans le cadre des réflexions, gouvernementales notamment, en cours sur le futur «Grand Paris» imaginé à l’horizon 2010-2015, c’est donc le dernier projet en date. Il sera présenté la semaine prochaine à Nicolas Sarkozy par Edouard Balladur, au nom de la commission que préside l’ancien Premier ministre sur la réforme de l’architecture territoriale de l’Hexagone. Dans les grandes lignes de ce scénario, Paris serait fusionné avec les trois départements limitrophes de sa petite courronne.

 

On l’avoue de but en blanc: jusqu’à présent, on n’est jamais trop parvenu à se passionner pour toutes ces grandes prises de tête institutionnelles. Cela sela semble si loin. Cela paraît si décalé par rapport aux préoccupations quotidiennes des Parisiens. C’est sans doute très bien de réfléchir au Paris de demain, mais en attendant, ce serait si bien d’agir également. Pour ces familles de mal-logés qui campent depuis dix semaines près de l’Opéra Garnier, pour les usagers du métro qui, chaque matin et chaque soir, n’en peuvent plus de ces lignes surbondées, pour les détritus qui s’entassent dans la gare Haussmann du RER, pour ces SDF dont chaque hiver le nombre augmente, pour les problèmes de crèches, d’embouteillages, de pollution, de logement, de cohabitation ou de chômage qui, chaque jour, se posent dans la capitale.

 

Et puis, comme le notait une chroniqueuse malicieuse à la radio ce matin, cela risque de ne pas être facile à gérer, cette usine à gaz du «Grand Paris». Car bon, qui cohabiterait au sein de cette assemblée territoriale parisienne «new look»? Des Parigots-Parisiens, volontiers banlieuphobes primaires. Des élus des Hauts de Seine: grâce au quartier d'affaires de La Défense, le département le plus riche de France, dont le PIB dépasse celui de certains Etats étrangers. Et des représentants de territoires aussi relégués que sont ceux du «9-3»: la Seine St-Denis de tous les clichés sur la banlieue défavorisée de ce que maintenant l'on appelle pudiquement les «quartiers». Quelle serait donc l’efficacité d’une assemblée marquée par tant d’hétérogénéité?

 

Il y a aussi qu’avec ce coup de baguette magique, on en reviendrait, à la grosse louche, à l’ancien département de la Seine que de Gaulle supprima à la fin des années 60 car à l’époque, il était jugé inefficace. On repasserait donc du «Small is beautiful» institutionnel (tous ces discours sur la vertu de la proximité en politique, etc.) au «Big is better». Sur le long terme, on ne saisit pas trop la cohérence.

 

L’adage l’assure: «Faire et défaire, c’est toujours travailler». Pas sûr cependant qu’en attendant, les Parisiens aient l’impression que les politiques travaillent à la résolution des problèmes auxquels chaque jour ils sont confrontés.

23/02/2009

Un comble

Ce week-end encore plus que les autres, le Forum des Halles a été bondé de jeunes venus de la banlieue parisienne. La plupart se rendaient à l’énorme complexe de cinéma ‘UGC Cité Ciné’. Mais, ce faisant, la majorité de ces spectateurs avaient les boules, et manifestaient d’ailleurs ostensiblement leur énervement. En cause, la dernière polémique cinématographique en date qui agite la France, et en même temps le sujet de conversation incontournable en banlieue parisienne en ce moment, tout comme le topic favori des blogs et forums des ados de Créteil, Rosny ou Noisy: une décision un peu bizarre du groupe UGC.

 

Ce réseau, en effet, a décidé de ne pas programmer en banlieue parisienne le dernier film produit par Luc Besson: le deuxième volet de «Banlieue 13» – la saga d’anticipation musclée, et assez culte chez les ados, qui décrit l’embrasement des cités. Ce week-end donc, pour voir ce film, les gamins des banlieues ont dû se taper Les Halles, Bercy ou les Champs. Cette décision a littéralement rendu fou de colère Luc Besson, qui accuse UGC de «racisme» et de «discrimination» à l’encontre «des jeunes, des habitants de la banlieue, des beurs, des noirs et des chômeurs». Selon lui, le groupe UGC aurait délibérément pris cette décision de non-programmation «pour assainir le public de ses salles». Une accusation relayée par Axiom. Le rappeur, qui a signé la BO du film, s’est scandalisé qu’«on empêche les jeunes des quartiers d’accéder à leur propre culture, c’est-à-dire la culture urbaine». Les associations SOS Racisme et AC le feu ont été saisies.

 

Pendant tout le week-end, UGC s’est efforcé d’apaiser la polémique. Le groupe a démenti tout boycott de ce film de sa part. Et a jugé «ridicule» le procès qui lui est fait de vouloir réduire en douce le nombre de jeunes de couleur parmi le public de ses multiplexes. Le réseau explique la diffusion limitée de ce film pour sa non-conformité à sa «politique éditoriale». Plutôt qu’un «Banlieue 13» jugé trop noir et violent, UGC préfère promouvoir et diffuser largement des films dont il considère qu’ils véhiculent des valeurs plus positives, comme «Slumdog Millionaire» ou «Gran Torino», le dernier Clint Eastwood.

 

Soit. Mais, il n’empêche, c’est assez peu compréhensible, cette décision de ne pas diffuser en banlieue un film sur les banlieues et joué notamment par des jeunes comédiens issus de ces quartiers. C’est même un comble. Car enfin, toutes proportions gardées et d’un strict point de vue géographique  –  sans donc mettre en parallèle les qualités cinématographiques de ces différents films  – , c’est un peu comme si «Amélie Poulain» n’avait pas été projeté dans le cinés de Montmartre. Comme si aucun cinéma de Montparnasse n’avait, à l’époque, programmé «Cléo de 5 à 7». Ou comme si les habitants du quartier Bastille avaient dû se taper un multiplexe de banlieue pour voir le «Chacun cherche son chat» de Klapisch. A l’époque, on aurait trouvé cela énorme, non?