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31/01/2013

Une molle réactivité

Jean-Marc Ayrault se réveille. Hier, le Premier ministre a adressé un bref communiqué aux médias, les priant d'avertir le grand public qu'«en raison du renforcement du plan Vigipirate, le jardin de l’Hôtel de Matignon ne sera pas ouvert au public le samedi 2 février 2013 après-midi». Il a donc fallu une semaine au chef du gouvernement pour réaliser que, si l'Elysée, pour les mêmes motifs sécuritaires, avait suspendu l'ouverture dominicale de son propre parc – ce dont on parlait l'autre jour, dans ce blog – , il y avait peut-être des raisons pour que le Premier ministre fasse pareil, s'agissant de Matignon.

Une semaine. Personne, entre-temps, n'a profité de cette molle réactivité pour frapper: pour s'attaquer au 57 rue de Varenne et/ou à son locataire. Sans doute les terroristes, jihadistes et autres «loups solitaires» présumés ont-ils, en ce moment, d'autres chats à fouetter.

30/01/2013

Un ou deux rappel(s), bienvenu(s)

Femmes, Histoire, InstitutionsHier après-midi, à l'Assemblée, le grand débat sur l'ouverture à tous les couples du mariage et de l'adoption (le verbatim, c'est ici), a donné lieu à quelques rappels qu'on a trouvé pas inintéressants. Sur l'évolution qu'a été celle du mariage, en France.

Ainsi, grâce la ministre de la Justice, Christiane Taubira – qui a parlé une demie heure sans la moindre note –, on a appris quelque chose qu'on ignorait complètement. A savoir que, jadis en France, toutes les femmes n'étaient pas autorisées à se marier. Ainsi, avant la révision constitutionnelle de 1791, le mariage exluait «des professions, et notamment les comédiens, parce que la religion proclame qu’elle ne saurait reconnaître les pratiques infâmes des acteurs de théâtre. C’est d’ailleurs le comédien Talma qui va saisir la Constituante, parce que le curé de Saint-Sulpice refuse de publier les bans de son mariage avec une «mondaine», comme on disait à l’époque».

Deux autres rappels historiques, qu'a faits cette fois la ministre de la Famille, Dominique Bertinotti. Et qui, eux, devaient clairement être lus comme une critique du conservatisme et de la ringardise que la gauche reproche à la droite.

Ainsi, il a fallu attendre le régime du Front populaire, dans le milieu des années 30, pour que la France supprime ce qui figurait auparavant, noir sur blanc, dans le contrat de mariage: le devoir d'«obéissance» de la femme envers son époux.

Femmes, Histoire, InstitutionsEt, dans les années 70, quand a été voté le partage de l'autorité parentale entre le père et la mère (et non plus seulement bénéficiant au père), la droite était montée aux barricades, à l'Assemblée. Un de ses députés (Pierre Mazeaud, qui fut très proche de Jacques Chirac) avait agité l'épouvantail du «risque d’aggraver la dissolution de la famille, pourtant cellule de base de toute société». Et, invoquant ce qu'était alors l'avis de pédiatres et de psychanalystes, il avait eu ses phrases: «La mère exerçant l’autorité parentale, n’est-ce pas affirmer que l’enfant devient finalement l’arbitre des décisions qui le concernent? Je crains qu’il n’y ait des effets graves, d’ici quelques années».

En 2013, avec le recul, tout cela apparaît évidemment complètement daté, voire parfaitement dérisoire.

29/01/2013

Une légère contradiction, non?

Autre enseignement du baromètre annuel des médias, qu'on évoquait hier: les Français trouvent qu'au cours de l'année 2012, les médias ont beaucoup trop parlé de la guerre des chefs à l'UMP, des déboires judiciaires lillois du libidineux Dominique Strauss-Kahn, ou du tweet de Valérie Trierweiler contre Ségolène Royal.

Pourquoi pas; on est plutôt d'accord avec cela.

Si ce n'est que, si les médias ont tant et tant parlé de ces sujets, c'est aussi parce que, chaque fois qu'ils le faisaient, c'était le grand succès assuré: nombre astronomique de clics sur ces articles-là, emballement des réseaux sociaux, affluence des tchats ou forums consacrés à ces actus, bons chiffres de vente ou d'audience des médias tartinant sur ces sujets, «buzz» phénoménal, etc. D'ailleurs, dans les rédactions, c'était souvent cette agitation qu'invoquaient les hiérarchies quand elles devaient, souvent, houspiller les journalistes las pour qu'ils réécrivent encore et encore là dessus: l'imparable argument selon lequel «Cela intéresse les gens».

Voilà donc qu'à présent, ces mêmes «gens» trouveraient que, non, finalement, les médias en ont vraiment beaucoup trop fait, sur ces actus.

C'est à n'y plus rien comprendre. A moins que cela renvoie juste au vieil adage animalier: le chat qui se mord la queue – le chat, ou le serpent, ou le chien: c'est comme on veut.

28/01/2013

Un mauvais traitement médiatique?

Presse, Médias, Journalisme, Personnalités, HollandeLes journalistes français s'acharnent-ils sur François Hollande? Le traitent-ils plus mal qu'ils avaient traité Nicolas Sarkozy il y a cinq ans, peu après son élection? Ce sont deux parmi les nombreuses questions qui ont été posées aux sondés, pour la dernière édition du «Baromètre de la confiance dans les médias», que réalise chaque année l'institut TNS-Sofres.

Réponses? Pour les Français en majorité (50%), les médias n'ont pas de parti pris particulier – ni favorable, ni défavorable – à l'égard de l'actuel Président. En revanche, oui, pour une forte minorité de répondants (31%), François Hollande est bel et bien maltraité par les journalistes. Alors que, il y a cinq ans, de l'avis de 37% des sondés, les médias en général étaient plutôt favorables à Nicolas Sarkozy. En cinq ans, donc, la corporation journalistique aurait évolué dans sa manière de traiter le chef de l'Etat.

A moins que?

Ce chiffre de 31% de sondés convaincus d'une maltraitance médiatique de François Hollande, il remonte à la première semaine de janvier. Soit avant l'entrée en guerre de la France au Mali. Or, cette actualité a entraîné un changement de ton assez général de la presse française à l'égard du Président. Exit le «Hollande bashing» (ces couvertures de journaux ou de newsmagazines titrées «Pourquoi sont-ils si nuls?», «Les Amateurs», etc.), bonjour le Hollande soudain décrit comme un fier chef de guerre, dont le bras ne tremble pas. Dès lors, referait-on ce sondage demain qu'il n'est pas sûr qu'il donnerait forcément le même résultat, sur cette question-là en tout cas.

25/01/2013

Une «situation exceptionnelle»

Deuxième conséquence – après celle qu'on évoquait hier – du climat sécuritaire actuel, tendu, pour François Hollande. Il va désormais beaucoup moins la ramener, dans le registre du «Président normal», qui, comme tout le monde, prend le train plutôt que l'avion. C'est, en tout cas, ce que l'on entendait sur une radio, ce matin.

C'est donc en avion, et non en TGV, que l'homme de l'Elysée se rend à Lille, ce vendredi. La présidence assure (ici) qu'il ne s'agit que d'un changement ponctuel, motivé par une «situation exceptionnelle, qui nécessite de la souplesse», et non pas une doctrine nouvelle: «Dans un contexte de conflit international dans lequel sont engagées les troupes françaises, il est indispensable que le président de la République, chef des armées, puisse rentrer plus vite à Paris ou rester plus longtemps en déplacement, sans être dépendant des horaires d'un train».

On peut entendre l'argument. On peut aussi se dire qu'un Président prévoyant y aurait réfléchi à deux fois: avant, il y a neuf mois, d'en faire des tonnes médiatiques sur sa normalité alléguée, pas toujours forcément compatible avec les obligations liées à ses fonctions.

24/01/2013

Une fermeture, par sécurité

Institutions, Gouvernement, Sécurité, Police, PersonnalitésCela a été annoncé hier après midi, et c'était couru d'avance. On peut même s'étonner que la décision n'ait pas été prise beaucoup plus tôt: dès le rehaussement, il y a dix jours, du niveau d'alerte du plan de vigilance anti-terroriste. Stress sécuritaire national oblige, François Hollande a décidé de fermer à nouveau les jardins du palais de l'Elysée. Ceux-ci, depuis octobre – grand changement dans les usages du palais présidentiel –, étaient ouverts au public chaque dernier dimanche du mois. L'innovation a rencontré un grand succès de foule. Elle est donc temporairement suspendue, le temps que le climat se calme un peu.

On suppose que le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ne prend pas ombrage du fait que les jardins de Matignon, eux, jusqu'à nouvel ordre, restent ouverts au public. On imagine bien le chef du gouvernement en train de se dire que, si tel est le cas, non non ce n'est pas du tout parce que tout le monde s'en ficherait qu'un attentat, par extraordinaire, soit perpétré contre lui. C'est juste parce que les institutions de la Vème République, régime ultra-présidentiel, consacrent la toute puissance de l'hôte de l'Elysée (le chef du gouvernement n'étant jamais qu'un super chef de cabinet), et parce que, parfois, cette prééminence s'illustre jusqu'à et y compris de petits détails organisationnels comme la gestion des grands jardins républicains.

A moins que cette différence de traitement sécuritaire entre Président et Premier ministre résulte simplement d'un retard à l'allumage de ce dernier, qui serait juste moins rapide sur la balle que le premier, pour réagir à l'actualité.

18/01/2013

Un symbole, bien malgré lui

Armée, Défense, InternationalServal. C’est sans doute le mot que les Français ont le plus entendu prononcé cette semaine, et dont la plupart ne connaissaient même pas l’existence auparavant. Serval: le nom de code qui, vendredi dernier, à cette heure, a été choisi par les autorités françaises, pour l’opération militaire au Mali. Une fois n’est pas coutume, on a échappé aux dénominations ouvertement belliqueuses, du style «Plomb Durci», «Liberté immuable», ou «Tempête du désert».

 

Si par extraordinaire l’info vous avait échappé au cours de la semaine, le serval est un petit animal vivant dans le désert. On s’est un peu renseigné sur lui (, notamment), pensant à tous ceux qui, ultra-urbains comme nous, ont une culture générale animalière à peu près limitée au pigeon, au caniche ou à la souris. Cela nous transporte, certes, très loin de Paris, l’objet de ce blog. Mais cela nous donne une touche d’exotisme pas désagréable, en ces temps de froidure extrême.

 

Le serval est donc un félin africain, de taille moyenne: le modèle réduit du guépard, en somme. Dans la famille des félins, c’est celui qui a les pattes et les oreilles les plus longues. Ce qui lui permet, dans la savane où il évolue, de repérer facilement ses proies, et donc d’être un bon chasseur. Il peut atteindre des pointes de vitesse allant jusqu’à 80km/h. Pour observer un serval, même pas besoin d’aller jusqu’en Afrique: il y en a, paraît-il, au parc animalier de Thoiry.

 

Aussitôt ce nom de code choisi par l’armée française, la presse pro-gouvernementale algérienne a souligné que le serval était un animal pouvant «uriner 30 fois par heure, pour marquer son territoire». La mise en lumière de cette particularité en dit long, sans doute, sur l’impopularité de l’opération militaire française, dans certains milieux proches du pouvoir algérien.

15/01/2013

Une histoire de mecs?

C'est le premier sondage réalisé depuis l'entrée en guerre de la France au Mali. Publié ce matin, il indique que 63% des Français la soutiennent – même si seuls 22% des sondés y sont tout à fait favorables. Pour retrouver un tel taux d'adhésion populaire à une intervention armée, il faut remonter aux opérations en Libye en 2011, au Darfour en 2007, ou en Bosnie en 1994. A titre de comparaison, en 2010 et 2011, l'intervention française en Afghanistan n'était plus soutenue que par moins d'un Français sur trois.

L'approbation de «Serval» traverse les clivages politiques: elle est est le fait de sondés sympathisants aussi bien du PS que de l'UMP, du Front national, ou du Front de gauche. Deux particularités à noter, toutefois. D'une part, les électeurs lepénistes sont les plus partagés: c'est chez eux que le conflit provoque le plus d'adhésion enthousiaste (31%) comme de rejet catégorique (28%). D'où, sans doute, la position chèvre-choutiste de Marine Le Pen, dans ce dossier. D'autre part, le tribun du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, pour qui l'intervention est «discutable», est désavoué par ses électeurs – ils sont 68% à la supporter.

Le soutien à Serval est majoritaire partout, au-delà de la tranche d'âge, de la catégorie socio-professionnelle, ou du lieu de résidence des sondés. Mais les plus de 65 ans sont nettement plus emballés (72%) que les moins de 25 ans (58%). Et, tiens donc, les hommes y sont massivement plus favorables (75%) que les femmes (53%).

Une histoire de mecs, définitivement, la guerre?

17/12/2012

Un geste, «assez minable»

Economie, Social, Gouvernement, PersonnalitésDans notre vie personnelle en général, et dans le regard professionnel qu'on porte sur l'actualité en particulier, on ne se sent pas complètement dénué d'une certaine faculté à l'empathie. Mais là, on l'avoue, on a vraiment beaucoup de mal à être bouleversé. A être pris aux tripes par les jérémiades énervées d'un certain comédien français qui défraie la chronique, en ce moment: vedette multi-millionnaire ayant choisi l'exil en Belgique, parce qu'une fiscalité censée confiscatoire rendait décidément ses fins de mois trop difficiles en France.

Pour autant, aurait-on été Premier ministre qu'on n'aurait pas forcément, comme Jean-Marc Ayrault l'a fait l'autre jour, à la télé, qualifié d'«assez minable» le geste fiscal de l'intéressé. Non pas qu'on le trouve glorieux. Mais, en employant un tel terme, on aurait vraiment eu l'impression de tirer sur l'ambulance. Ce qui est rarement charitable.

A propos de charité, et à l'autre bout de l'échelle sociale, le même gouvernement de Jean-Marc Ayrault a confirmé, ce lundi, que le salaire minimum serait revalorisé: de 0,3%. Ce qui fait une augmentation de 3 centimes de l'heure, soit 5€ (bruts, encore bien) dans la poche des smicards à la fin du mois.

A ce stade, personne ne s'attend à ce que Jean-Marc Ayrault trouve un tel geste de Noël «assez minable».

11/12/2012

Une escapade langagière

Langue française, Télévision, RadioLes journalistes français/francophones sont parfois impayables, dans leur façon d'utiliser la langue française. Et le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) ne l'est pas moins, dans la manière qu'il a, pas loin d'être scolaire, de faire la leçon aux médias. L'autre jour (relire ici), le gendarme de l'audiovisuel s'était irrité notamment du mélange entre "près de" et "prêt". A présent, c'est une autre confusion langagière médiatique qu'il dénonce (là).

Sur la base de deux incorrections qu'il a relevées, assure-t-il, dans la bouche de journalistes. Des erreurs qu'on trouve, nous, énormes au point d'être cocasses, voire charmantes; mais, comme quoi, tout est toujours possible dans les médias de France, en termes de mésusage de la langue française.

Cela concerne des réformes qui sont remises à plus tard. Des médias – des noms! des noms! – les ont présentées comme ayant été reportées... «aux calanques», ou «aux calendes». Or, rappelle le CSA, la tournure correcte est évidemment "renvoyer aux calendes grecques", soit «à un temps qui ne viendra jamais». L'expression vient de loin: «Pour les Romains, le jour des calendes (d’où vient le mot "calendrier") était le premier jour du mois. Ils ne numérotaient pas les jours séquentiellement, mais comptaient le nombre de jours qui les séparaient de trois points fixes dans le mois: les calendes, les nones (9 jours avant les ides) et les ides (13e ou 15e jour selon les mois). Aux calendes, les débiteurs devaient rembourser leurs dettes. "Payer aux calendes grecques" signifiait qu’ils ne paieraient jamais, les calendes n’existant pas dans le calendrier grec». CQFD.

En revanche, Sormiou, Sugiton, En-Vau, ou Port-Miou, cela constitue certes souvent un joli «souvenir de vacances passées sur la côte», mais cela n'a rien à voir. On ne peut donc parler des calanques de Marseille, dans un tel contexte.

Merci au CSA pour cette escapade lexicale méditerranéenne: si réchauffante, en plein hiver.

05/12/2012

Un imbroglio diplomatique

International, Diplomatie, HollandeUn peu de politique étrangère, aujourd'hui: une fois n'est pas coutume, dans ce blog. Pour évoquer cet imbroglio diplomatique auquel est confrontée la France, en ce moment. Concernant la Syrie. Un pataquès que le porte-parole des Affaires étrangères a détaillé, lors d'un de ses derniers briefings de presse quotidiens.

A la mi-novembre, le Président Hollande a innové sur la scène internationale. En annonçant (ici) que, pour la France, «le seul représentant légitime du peuple syrien» n'était désormais plus Bachar el-Assad. Mais le chef de l'opposition qui le combat: le président de la Coalition nationale syrienne, Ahmad Moaz al-Khatib. Conséquence de sa reconnaissance officielle par Paris, «il y aura un ambassadeur de la Syrie en France qui sera désigné par le Président de la Coalition».

Pourquoi pas. Il n'empêche qu'en attendant, le régime officiel syrien est toujours représenté à Paris, par un ambassadeur en titre. Mais alors, quel est donc le statut de ce diplomate? C'était la question, pas idiote, qu'a posée un confrère l'autre jour, au porte-parole du quai d'Orsay. Et ses explications valent leur pesant d'or.

«Nous avons déclaré l'ambassadeur de Syrie à titre bilatéral à Paris persona non grata», a-t-il confirmé. Mais, pour autant, l'Hexagone n'a «pas rompu les relations diplomatiques» avec la Syrie du dictateur. Dès lors, son «ambassade reste ouverte». «Des diplomates accrédités (y) travaillent encore, notamment des personnels consulaires». En outre, ce fameux ambassadeur «persona non grata» est... toujours à Paris. Car, jusqu'à nouvel ordre, il est ambassadeur de son pays auprès de l'Unesco: l'agence onusienne, qui a son siège dans la capitale française. Du coup, ce diplomate indésirable ne peut être expulsé par la France.

Décidément, rien n'est jamais simple.

28/11/2012

Une vie de fous (suite)

De nombreux hommages ce matin, à Erik Izraelewicz. Il était le directeur des rédactions du «Monde», et est décédé inopinément hier soir. Victime d'une crise cardiaque, après avoir fait un malaise dans les locaux de son journal. Il n'avait que 58 ans.

Nombre de journalistes sont souvent comme les décideurs dont ils sont chargés de couvrir l'actualité: ils mènent, eux aussi, une vie de fous. Avec un rythme et une charge de travail intenses, épuisants si on n'y prend garde.

Sans doute cela fait-il partie de l'exaltation de ce métier.

27/11/2012

Un extrême à l'autre

Paris, Luxe, Art de vivre, SécuritéParis d'un extrême à l'autre, suite. Ce week-end, on le racontait hier, les volontaires de la Banque alimentaire ont dont récolté des vivres dans le supermarchés de la capitale, pour les plus démunis de la région: pauvres au point de n'avoir pas même assez à manger. Au même moment, s'est déroulé un fait divers qui n'a pas fini d'émouvoir, dans les milieux situés à à l'autre extrémité de l'échelle sociale. Un incident qui est d'ailleurs à l'origine du renforcement, aujourd'hui et demain, des mesures de sécurité autour d'un des hôtels de maître les plus chics de la «Ville lumière».

L'hôtel particulier Marcel-Dassault, en l'occurrence. Situé au n°7 du rond-point des Champs-Elysées, et qui abrite Artcurial: la première maison française de ventes aux enchères. Ces deux jours-ci, s'y tient une vente de bijoux et d'horlogerie de grand prestige. Sous forte protection policière, donc, puisque des malandrins ont cambriolé l'édifice ce week-end, et dérobé des bijoux qui devaient faire partie de cette vente aux enchères. Pas du toc, ce butin: sa valeur est estimée à près d'un demi-million d'euros.

Les cambrioleurs n'ont toutefois pas réussi à prendre la poudre d'escampette avec ce qui constitue le clou de la collection: un «exceptionnel» collier Bulgari en or gris et diamant (estimé entre 120.000 et 150.000€), une montre Vacheron Constantin (de 100.000 à 150.000€), et une «bague dôme en or jaune ornée d'un exceptionnel diamant taillé en brillant, la monture spiralée de croisillons sertis de diamants carrés» (de 230.000 à 240.000€). Ces trois merveilles ont miraculeusement échappé aux monte-en-l'air.

Le petit peuple de Paris s'en réjouira certainement.

23/11/2012

Une (autre) comparaison?

personnalités,justice,sarkozy,bande dessinéepersonnalités,justice,sarkozy,bande dessinéeNicolas Sarkozy qui donc, hier, pendant plus de douze heures d’affilée, a été entendu par les juges d’instruction chargés de l’«affaire Bettencourt». A l’issue de cette audience-marathon, il s’est vu notifier le statut de témoin assisté – il est parvenu à éviter une mise en examen.

 

Cela signifie que, de l’avis des magistrats, seuls des soupçons pèsent sur l’ex-Président. Et non des indices graves et concordants. Des soupçons d’avoir soutiré des centaines de milliers d’euros à Liliane Bettencourt, en 2007. Pour, possiblement, financer sa campagne électorale présidentielle.

 

Liliane Bettencourt : héritière de l’empire mondial de cosmétiques L’Oréal, femme la plus riche de France,.multi-milliardaire. A ce stade, Gilles Bouleau, dont on parlait hier, notre tintinophile et éminent confrère du 20 Heures de TF1, n’a pas encore comparé l’«affaire Bettencourt» à l’album «Les bijoux de la Castafiore».

21/11/2012

Un préféré, à Paris en tout cas

Politique, Paris, Partis, Personnalités, FillonIl a été battu dimanche soir, à l'échelle du pays, François Fillon. Dans sa bagarre avec Jean-François Copé pour la présidence de l'UMP. Mais, à Paris au moins, il n'y a pas photo: c'est lui le chouchou, lui le préféré des sarkozystes.

Dans la capitale, en effet, l'ex-Premier ministre a recueilli 58% des suffrages des adhérents UMP, loin devant son rival. C'était assez prévisible: la plupart des barons de la droite parisienne le supportaient. Jean-François Copé ne l'a dépassé que dans trois des vingt arrondissements.

Du coup, les fillonistes les plus optimistes se remettent à rêver à une éventuelle candidature de leur mentor à Paris, aux élections municipales de 2014.

François Fillon, maire de la «Ville lumière»? Dans un premier temps, l'UMP aurait surtout intérêt à y étoffer son réseau de militants, indispensables à toute campagne. Or, le scrutin de dimanche a montré combien le grand parti de droite comptait très peu de forces vives, à Paris: quelque 12.000 adhérents UMP seulement ont participé au vote.

12.000. Sur une population de 2 millions de Parisiens. A moins de deux ans d'une échéance électorale, c'est vraiment un support militant très très maigrichon, sur lequel bâtir une éventuelle campagne.

20/11/2012

Une vie de fous

Chaudes soirées décidément, cette semaine, pour les hommes politiques français. Dont les smartphones, hier soir encore, ont chauffé jusque tard dans la nuit. Ce qui illustre bien, si besoin en était, la vie de fous que mènent ces gens: le rythme de travail infernal qui est le leur.

Ainsi, à l'UMP sarkozyste, après la nuit blanche de dimanche à lundi, on a encore joué les prolongations vespérales, hier. Jean-François Copé n'a été proclamé président que vers 22h30. Et son rival malheureux, François Fillon, a patienté une heure encore avant de réagir. Ce qui n'a pas empêché les lieutenants des deux rivaux, voire les intéressés eux-mêmes, d'être, dès potron minet ce matin, dans les studios de radio et sur les plateaux de télé.

Réactivité et agitation identiques dans le camp du gouvernement, hier soir. A 23h10, une dépêche de l'AFP, labellisée URGENT, annonce que l'agence internationale de notation Moody's, à son tour, dégrade la note souveraine triple AAA de la France. A 23h26 précisément, tombe dans notre boîte électronique la réaction officielle de l'Etat français, par la voix du ministre Moscovici. Puis, quelques secondes plus tard, un court communiqué du même: «Suite à la décision de l’agence de notation Moody’s, Pierre Moscovici, ministre de l’Économie et des Finances, vous convie à un point presse». Point presse qui s'est tenu dès 8h ce matin, à Bercy.

Une vie de fous.

15/11/2012

Une condamnation, confirmée

Personnalités, Dati, Médias, Femmes, Justice, Paris, ArtsA propos des choix journalistiques du moment, dont on parlait hier, on n'a pas été emballé par l'avidité dont, dernièrement, les médias ont fait preuve, concernant l'ex-Garde des sceaux Rachida Dati: la procédure en reconnaissance de paternité qu'elle a engagée, relative à sa fille. On ne s'autoriserait pas à faire la leçon à la corporation, mais on se permet de signaler que, tant comme journaliste que comme citoyen, on n'est pas du tout intéressé de savoir qui est le géniteur de cette enfant. On trouve même que cela ne nous regarde pas. La tyrannie du «buzz» en a décidé autrement, donc la presse en a fait ses choux gras. Au passage, on a remarqué (ici, notamment) qu'on n'était pas le seul journaliste à en être un peu gêné.

Sinon, Rachida Dati a eu une autre actualité qui, elle, a été assez peu répercutée par les médias. Moins racoleuse, même très parisienne, elle n'est pas anodine, pour autant. Puisque l'ex-ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy vient... de se faire une deuxième fois condamner par la justice.

Cela concerne une affaire dont on a déjà parlé (relire ici): le "Mur de la Paix" de Clara et Marek Halter, sur le Champ de Mars: dans ce septième arrondissement dont Rachida Dati est la maire. Lors des nombreuses critiques publiques qu'elle fit de cet édifice, l'ex-ministre attribua à ses auteurs des «méthodes et déclarations mensongères», et leur reprocha de «galvauder l'idée de Paix, en l'associant à une structure qui bafoue les lois de la République». L'an dernier à la même époque, cela lui valut une condamnation, pour diffamation. Un jugement que l'intéressée avait alors dénoncé comme «invraisemblable, fondé ni en fait ni en droit». Cette condamnation n'en vient pas moins d'être confirmée: la semaine dernière, par la Cour d'appel de Paris. Qui a donc, elle aussi, mis à l'amende Rachida Dati.

09/11/2012

Un jugement

Paris, Sécurité, Justice, Police, Sports, FootballQuatre mois de prison ferme, et l'incarcération immédiate. C'est la peine qu'a infligée le tribunal correctionnel de Paris à trois supporteurs de foot croates qu'il a jugés en comparution immédiate, pour avoir été mêlés au grabuge causé dans le quartier Bastille – dont on parlait en début de semaine. Les condamnés ont aussi écopé de cinq ans d'interdiction de séjour à Paris et en région parisienne. Ils étaient jugés pour participation à un groupement armé, formé en vue de commettre des violences et des dégradations.

Tout au long de leur comparution, les trois Croates ont nié appartenir à un groupe de supporteurs: ont prétendu être venus à Paris pour faire du tourisme. Cela n'a pas marché. Le tribunal a jugé qu'ils se trouvaient dans la capitale «pour en découdre, et uniquement pour cela». A joué en leur défaveur le fait d'avoir été arrêtés, sur les lieux de l'affrontement, en possession d'armes «par destination»: une béquille (sans raison médicale valable) ou une matraque télescopique, par exemple. Du côté des supporteurs du PSG, six ont été jugés. Trois ont été condamnés à de simples amendes (de 800 à 1.000€), les trois autres ont été relaxés.

On imagine d'emblée – parce que la France est un Etat de droit – que la disproportion entre ces sanctions, selon qu'elles frappent des hooligans croates ou français, est basée sur des éléments objectifs du dossier: ne doit rien, bien sûr, à la nationalité des intéressés.

Et on ne peut s'empêcher de trouver assez saisissant l'écart entre le nombre de condamnés (six, donc) et la masse de personnes ayant été interpellées par les policiers, dans ce dossier: une bonne centaine. La plupart de ces trublions présumés, après avoir été placés en garde à vue, en ont été quittes pour un simple et très symbolique rappel à la loi.

Au passage, cela illustre bien un grand classique policier. Quand cela commence vraiment à chauffer, on ne fait pas dans le détail: on embarque à peu près tout le monde, sans trop regarder – quitte à ce que la justice ensuite fasse le tri: sépare le bon grain de l'ivraie, comme on dit.

08/11/2012

Un rappel à l'ordre (linguistique)

Veiller au bon usage de la langue française: on ignorait que cela faisait partie des missions du CSA, le Conseil supérieur de l'audiovisuel. Mais oui, visiblement. Pour preuve, ce rappel à l'ordre énervé que l'organe régulateur de la radio-télé vient d'adresser aux chaînes, relatif à «deux incorrections fréquentes sur les antennes».

La première concerne un «accord sylleptique» incorrect: celui du mot "personne". «La faute d’accord qui consiste à considérer ce substantif comme un nom masculin se généralise à la télévision». Exemples relevés par le CSA: «Ces personnes aimeraient que le regard sur eux change», «5 000 personnes sont morts», ou «Plus de cent personnes étaient présents». Citant La Bruyère («Les personnes d’esprit ont en eux les semences de toutes les vérités et de tous les sentiments»), les lettrés du gendarme de la télé admettent qu'une telle incorrection ne date pas d'hier. Mais la condamnent: «Cet accord ne se fait pas en français contemporain».

Deuxième remarque: «"Près de" ou "prêt": il faut choisir». Le CSA a constaté que, dans les médias français, quand la locution "près de" indique la proximité dans le temps et devient synonyme de "sur le point de", «elle est souvent confondue avec la locution adjectivale "prêt à", qui signifie "disposé à, ayant l’intention de, apprêté pour"». «Non seulement les mots, mais aussi les deux constructions, sont confondus et donnent naissance à une locution hybride, "prêt de", dont il est parfois impossible de saisir le sens». Exemples? «La situation n’est pas prête de changer» (au lieu de «La situation n’est pas près de changer»), ou «La pluie n’est pas prête de s’arrêter» (pour «La pluie n’est pas près de s’arrêter»).

A en croire le CSA, ces deux fautes se retrouvent «plus souvent dans les médias audiovisuels, mais également dans la presse» écrite.  

On en prend bonne note – on promet d'essayer, du moins. 

02/11/2012

Une grève évitée de justesse

Le Parisien moyen n'en a sans doute jamais rien su: ce conflit social n'a été que très peu médiatisé. Il n'empêche, il s'en est fallu de peu qu'il ne puisse pas, hier, se rendre au cimetière – comme le veut la tradition, le 1er novembre. Un préavis de grève, en effet, avait été déposé par un syndicat des personnels. Et il n'a été levé qu'in extremis.

Le syndicat à l'origine de ce mouvement proteste (ici) contre le régime de travail en vigueur à Paris depuis 2008, concernant le jour de la Toussaint. Il «impose une obligation de service à tous les personnels de la surveillance affectés dans les cimetières parisiens». Auparavant, en revanche, la mairie fonctionnait sur le principe du volontariat: ce jour férié-là, ne travaillaient que les agents qui le voulaient bien. Le système actuel, selon ses opposants, «a pour répercussion de mettre les agents de confession chrétienne dans l’impossibilité de participer, ne serait-ce qu’une fois tous les deux ans, aux offices religieux de la fête de tous les Saints».

«On est assez en colère, c’est de la discrimination. On nous manque de respect», a fulminé le dirigeant du syndicat, après une infructueuse réunion de conciliation tenue à la mairie. Réunion à la suite de laquelle, néanmoins, le mot d'ordre de grève a été levé, la veille du jour J. Levé «par respect pour les familles», et par souci de «ne pas troubler la paix de nos cimetières, en ce jour de recueillement». Hier donc, en attendant d'éventuelles suites juridiques à ce dossier – un recours devant les juridictions du travail n'est pas exclu –, les Parisiens ont pu se recueillir dans les cimetières. Aux grilles d'entrée desquels les candidats grévistes ont renoncé à s'enchaîner, comme ils l'avaient imaginé.

Un tel mode de protestation, dans un tel contexte et dans de tels lieux, cela aurait assurément été assez spectaculaire, voire aurait pu tourner à l'incident.