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22/06/2012

Une info «insuffisante ou inexistante»

Police, SécuritéA Paris, les anti-«big brother» ne désarment pas. Témoins, ces stickers vus en rue, dans notre 11ème arrondissement, appelant carrément – si on les comprend bien – à démolir les caméras de vidéo-surveillance.

On en compte quasiment un million, en France: 935000. C'est le chiffre qu'a donné hier la Commission de l'informatique et des libertés (CNIL), à l'occasion d'un rapport qu'elle a rendu public. On y découvre notamment qu'a explosé le nombre de contentieux à propos de ces dispositifs de surveillance. Ainsi, l'an dernier, chaque jour ou presque une plainte est parvenue à la CNIL: 360 demandes d'intervention en un an – c'est deux fois plus qu'en 2008, à titre de comparaison. En règle générale, de l'aveu même de la CNIL, une «clarification du régime juridique» s'impose. Et l'information du grand public en la matière reste «insuffisante ou inexistante». Ainsi, plusieurs signalements ont montré que des employeurs utilisaient ces caméras pour fliquer leur personnel. Cela s'est produit dernièrement à La Poste, par exemple.

D'où, les fiches de bonnes pratiques que la CNIL vient de sortir. Elles rappellent par exemple que «seules les autorités publiques (les mairies notamment) peuvent filmer la voie publique». En ce qui concerne les entreprises, elles «peuvent seulement filmer les abords immédiats de leurs bâtiments et installations: la façade extérieure par exemple, mais pas la rue en tant que telle». Quant aux particuliers, ils «ne peuvent filmer que l’intérieur de leur propriété», et «pas la voie publique, y compris pour assurer la sécurité de leur véhicule garé devant leur domicile». Dans un lieu de travail, les caméras peuvent contrôler les accès, mais elles «ne doivent pas filmer les employés sur leur poste de travail, sauf circonstances particulières (employé manipulant de l’argent, par exemple)». Dans les commerces, enfin, «des caméras peuvent filmer les zones de circulation et les zones marchandes à des fins de sécurité», mais «il est interdit d’installer des caméras à l’intérieur des cabines d’essayage ou dans les toilettes».

Cela paraît l'évidence même? Si un organe officiel prend la peine de rappeler ces interdictions, c'est qu'elle a pu constater que, sur le terrain, elles n'étaient pas évidentes pour tout le monde.

Ce n'est vraiment pas rassurant.

19/06/2012

Une nouveauté (à relativiser)

Kader, Seybah, Razzy, Malek, Kheira, Chaynesse ou Pouria. Ainsi se prénomment quelques-uns des nouveaux députés élus à la faveur des législatives qui se sont achevées dimanche. Leur particularité? Incarner «la diversité», comme on dit. Faire partie des «minorités visibles», comme on dit aussi. Bref: être issus de l'immigration.

Kader, Seybah, Razzy, Malek, Kheira, cela change des Dominique, Mathieu, Françoise, André, Jérôme ou autres prénoms bien français de souche qu'on avait plutôt l'habitude d'entendre jusqu'à présent, à l'Assemblée. Qui n'a jamais compté autant de députés aussi ostensiblement issus de l'immigration. Et qui plus est jeunes: certains n'ont pas même 40 ans.

Ces nouveaux venus font donc l'objet d'une intense couverture médiatique en France, depuis dimanche. On aurait aimé qu'à cette occasion, deux choses soient davantage rappelées, qui, trouve-t-on, relativisent fameusement cette nouveauté.

Un: il était vraiment temps que l'Hexagone à son tour colore enfin sa représentation parlementaire, tous les pays européens l'ayant fait depuis belle lurette – voir, notamment, la Belgique.

Deux: l'arbre ne doit pas cacher la forêt. Ces députés issus de l'immigration sont, à tout prendre, au nombre d'une dizaine. Sur les... 577 membres de l'Assemblée. Celle-ci, dès lors, demeure ultra-majoritairement mâle (on l'écrivait hier), âgée, et... blanche – pour dire les choses telles qu'elles sont.

15/06/2012

Une fin, ou un commencement

Dernière ligne droite de ce si long marathon électoral français de 2012: le deuxième tour des élections législatives, ce dimanche. Ce week-end, du reste, ce pourrait bien être la dernière fois que, dans ce pays, l'on organise ce type d'élections de cette façon.

En effet, des projets existent de modifier les modalités de ce scrutin – sans même reparler de la dose de proportionnelle que François Hollande a promis d'y instaurer, alors qu'il est aujourd'hui majoritaire. Qui sait la concrétisation de ces réflexions institutionnelles pourrait même être accélérée par le taux d'abstention astronomique qui a été enregistré dimanche dernier. Ainsi, on a beaucoup reparlé, ces dernières semaines, d'organiser dorénavant le même jour les scrutins législatif et présidentiel. Mais cela se heurterait au droit de dissolution de l'Assemblée dont dispose le chef de l'Etat, qui donc est susceptible de convoquer à tout moment des législatives.

Cette séquence électorale de 2012, du reste, a montré qu'il y avait d'autres sujets de réforme potentielle sur lesquels on pourrait utilement se pencher. Celui, par exemple, des 500 signatures de parrainage d'élus, réclamées de chaque candidat à l'Elysée – des parrainages à remplacer plutôt par une pétition de citoyens? Ou les inextricables difficultés que posent aux médias audiovisuels les règles si pointilleuses régissant le calcul et la répartition des temps de parole et d'antenne entre candidats.

Dimanche, donc, ce sera la dernière étape d'un interminable processus électoral. Mais ce sera aussi un commencement: le coup d'envoi donné au chantier de réforme éventuelle des règles électorales, chantier qui risque lui-même d'être très long, fastidieux, voire harassant.

14/06/2012

Un plaisir pas très partagé

Paris, Elections législatives, Personnalités, Femmes224. Ils sont 224 à avoir voté, dans notre 11ème arrondissement dimanche dernier, pour le si improbable Parti du plaisir, et en l'occurrence pour sa candidate: Isabelle Laeng, alias Cindy Lee – dont on parlait l'autre jour (relire ici).

224 électeurs, sur les quelque 44000 qui ont pris part au scrutin; ce n'est pas énorme (0,5% des suffrages). Et c'est quasi moitié moins que le score qu'avaient réalisé ce parti et sa candidate aux législatives de 2007, dans le même arrondissement. Le «vent d'hédonisme» n'a donc pas soufflé en rafales, dans l'est de Paris. La «société tolérante, fraternelle, solidaire et sans tabou» attendra.

Motifs de consolation, qui sait, pour Cindy Lee: elle a réuni bien plus de suffrages que ses adversaires du Nouveau parti anticapitaliste, de Lutte ouvrière, du Parti des Libertés, et de La Gauche anticapitaliste. Et elle a fini quasiment à égalité, à une poignée de voix près, avec les candidats du Nouveau centre (le courant de l'ex-ministre Hervé Morin), de Debout la République (le parti souverainiste de Nicolas Dupont-Aignan), et de Cap 21 (le mouvement écolo de l'ex-ministre Corinne Lepage). Comme quoi...

13/06/2012

Un message, en boucle

Impressionnant, combien les autorités mettent le paquet: pour tenter que, dimanche, au second tour des élections législatives, le taux d’abstention soit moins historique qu’au premier tour.

 

Pour preuve, ce «message du gouvernement»: «Le dimanche 17 juin, vous allez élire votre député à l’Assemblée nationale. N’oubliez pas de voter: c’est important». Depuis trois jours, cette communication officielle est diffusée en boucle, sur toutes les radios de France. Sur les radios publiques comme privées. Et diffusée vraiment à longueur de journées: pas moyen d’y échapper – un vrai matraquage.

 

Ce rappel de la dernière échéance électorale de 2012 n’est pas inutile, à Paris y compris.

 

Certes, dans la capitale, dimanche dernier, on a un peu plus voté que dans le reste du pays. Comme aux législatives de 2007, le taux d’abstention a été de 40%, soit quasiment trois points de moins qu’à l’échelle nationale. Mais, dans la «Ville lumière» également, la chute de la participation a été énorme par rapport à l’élection présidentielle des deux mois derniers. Les Parisiens avaient pris part à concurrence de 80% au premier tour élyséen, en avril. Et, début mai, ils avaient été 83% à participer au match final entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. En un mois, donc, à peu près un électeur parisien sur cinq a choisi de ne pas retourner voter.

12/06/2012

Un changement? Pas vraiment

Paris, Elections législatives, Personnalités«Le changement, c'est maintenant», promettait le slogan présidentiel de François Hollande – cet appel au changement étant repris par les socialistes pour leur campagne législative. En l'occurrence, ce slogan risque peu de s'appliquer à notre brave 11ème arrondissement de Paris.

Le député sortant, en effet, le socialiste Patrick Bloche – par ailleurs maire du 11ème – s'achemine vers une confortable réélection. Dimanche, il est arrivé très largement en tête, avec 46,6% des suffrages. C'est quasiment dix points de plus que son score de premier tour des législatives de 2007 (37%). Et c'est plus de vingt points de plus que les maigre résultat (23%) réalisé dimanche par la candidate UMP. Il n'y aura donc probablement pas photo, au second tour de dimanche prochain.

Dans la capitale dans son ensemble, du reste, le paysage électoral se distingue par sa grande stabilité. Il ne sera pas bousculé, le clivage politique qui fracture depuis plus de vingt ans la «Ville lumière». A savoir, pour le résumer vite fait, la droite forte dans les arrondissements les plus cossus (l'ouest et le sud de Paris), la gauche majoritaire dans le nord (les arrondissements les plus populaires) ainsi que dans l'est et le centre parisiens (le «Paris bobo», pour faire court).

Le changement donc, à Paris, ce n'est visiblement pas pour maintenant.

11/06/2012

Un grand gagnant

C'était couru d'avance (voir la note de vendredi), et cela s'est bel et bien produit. Depuis le premier tour des législatives, dimanche, le premier parti de France, ce n'est ni le PS, ni l'UMP. C'est le parti ... des abstentionnistes. Hier, avec une participation autour de 57% seulement, on a de nouveau battu tous les records de démobilisation.

43% d'abstention, c'est assez abstrait et désincarné à première vue, comme chiffre. Mais on peut en tirer des conséquences qui, elles, sont politiquement vertigineuses.

A ces 43%, en effet, il faut ajouter les 6 à 7% de Français qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales, et qui ne votent donc jamais. Plus les habituels 1 à 2% de votes blancs ou nuls, qu'il y eut sans doute à nouveau dimanche.

Au total? Cela signifie que moins d'un Français sur deux a participé au scrutin. Autrement dit? Si cette démobilisation se confirme dimanche prochain, au second tour, la majorité parlementaire de demain – qui, en gros, sera élue avec la moitié des suffrages exprimés – ne serait désignée, en fait, que par... un quart des Français.

Cela promet.

08/06/2012

Un grand gagnant?

elections législatives; histoireSi notre entourage est représentatif de l'électorat français en général – on n'aurait pas la prétention de le présumer –, le grand gagnant des élections législatives de ces deux prochains dimanches, ce sera... l'abstention. En effet, très peu parmi toutes les connaissances que l'on a interrogées sur le sujet, ces dernières semaines, nous ont paru motivées par ce scrutin, et donc fermement décidées à y prendre part. Ce qui dominait, chez elles, c'était le sentiment que les jeux étaient faits, avec la présidentielle d'avril-mai. Et/ou une certaine lassitude envers ce feuilleton électoral de 2012 qui n'en finit pas. Une saga qui a débuté, il est vrai, il y a... plus d'un an: en mars 2011, moment où François Hollande a annoncé qu'il briguerait l'Elysée.

Une faible participation, du reste, ne ferait que doublement confirmer un processus qui ne date pas d'hier.

D'une part, hormis les présidentielles, tous les scrutins qui ont été tenus en France depuis 2007 ont eu en commun d'avoir battu des records d'abstention. Ce fut le cas aussi bien des élections municipales que des régionales, des européennes ou des cantonales.

D'autre part, en ce qui concerne l'abstention aux législatives proprement dites, elle aussi progresse, depuis trente ans. Par exemple, en 1981, 29,7% des électeurs inscrits s'étaient abstenus au premier tour législatif. En 1988, ils avaient été 34,3%. Et ainsi de suite: 35,6% en 2002 et 39,6% en 2007.

Le parti des abstentionnistes, grand vainqueur de ces législatives de juin? Première réponse dimanche.

07/06/2012

Une manne financière

Elections législatives, Institutions, Paris18! Reçu ce matin, dans la boîte aux lettres, 18 dépliants électoraux, correspondant chacun à un candidat briguant le seul et unique siège de député de notre circonscription parisienne, aux élections législatives de ces deux prochains dimanches, en France. Ils le briguent plus pour la beauté du geste qu'avec un réel espoir de l'emporter, du reste. Notre 11ème arrondissement étant un fief socialiste, il faudrait vraiment une énorme surprise pour que ne soit pas réélu le député PS sortant: Patrick Bloche, par ailleurs maire de cet arrondissement.

Deux choses frappent, en survolant ces tracts électoraux.

D'abord, le nombre de candidats se réclamant de partis dont on n'a pas gardé le souvenir qu'ils aient été très présents et/ou actifs dans la vie de notre quartier, ces dernières années: Cap 21 de Corinne Lepage, le Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin, ou l'Alliance écologiste indépendante de l'impayable chanteur Francis Lalanne, par exemple (*). Ensuite, l'existence de formations dont on ignorait jusqu'à l'appellation, avant ce matin. C'est le cas de «La Gauche anticapitaliste-Courant unitaire pour l'écosocialisme», ou du «Parti des libertés – Centre national des indépendants et paysans».

Cette inflation de candidats aux législatives ne doit pas qu'au désir civique irrépressible qu'ils auraient de participer au débat d'idées, et donc à la vie démocratique du pays. De basses considérations financières peuvent également entrer en ligne de compte.

En effet, chaque parti concourant aux législatives, même s'il ne parvient pas à faire élire le moindre député à l'Assemblée, est susceptible de bénéficier du financement public des partis. Pour avoir accès à cette dotation, il leur suffit de recueillir au minimum 1% des voix, et ce dans 50 circonscriptions différentes. Auquel cas, chaque suffrage porté sur ce parti lui rapportera en moyenne 1,60€ chaque année, et ce pendant cinq ans.

Ceci explique donc peut-être, en partie en tout cas, cela.

 

(*) Mais il nous revient que Cindy Lee, du si improbable «Parti du plaisir», elle, a distribué des tracts l'autre jour, au marché de Bastille...

06/06/2012

Un état «normal»

Cela vaut mieux, pour un Président qui vient à peine d'être intronisé. Et c'est sans doute normal, s'agissant d'un «homme normal». Hier soir, un très bref communiqué du service médical de l'Elysée a indiqué que «l'examen médical et biologique», «clinique et para-clinique», qui avait été réalisé sur François Hollande, à sa demande, s'était «révélé normal».

Anecdotique? Si ce n'est que, précédemment, tous les bulletins de santé concernant un Président socialiste français avaient été... totalement mensongers.

Le 20 mai 1981, dix jours après l'élection de François Mitterrand, le Dr Gubler, ancien externe des hôpitaux de Paris, et son médecin personnel depuis les années 1970, avait signé le premier bilan clinique rendu public, relatif à l'état de santé du nouveau Président. Il disait ceci: «Les différents tests biologiques pratiqués ne montrent aucune anomalie des paramètres habituellement contrôlés au niveau chimique et hématologique. L'état général est tout à fait satisfaisant, et aucune anomalie n'est décelable». Le 7 novembre de la même année, François Mitterrand avait subi une série d'examens à l'hôpital militaire parisien du Val-de-Grâce – pour la petite histoire, il y avait été admis sous un nom d'emprunt: Albert Blot. Neuf jours plus tard, le Pr Albert Steg, spécialiste mondial du cancer de la prostate, lui avait annoncé qu'il était atteint d'un cancer: déjà largement diffusé dans les os. Mais l'opinion publique n'en fut pas informée. A peine, le 15 décembre 1981, un communiqué de l'Elysée annonça-t-il que François Mitterrand souffrait d'«arthrose légère au cou». Le mensonge d'Etat perdura plus de dix ans: précisément jusqu'au 16 septembre 1992. Ce jour-là, après cinq jours d'hospitalisation à l'hôpital Cochin, le chef de l'Etat annonça qu'il était atteint d'un cancer de la prostate. Mais là encore, la dissimulation était de mise. Son affection y était qualifiée de «bénigne».

Sinon, et dans un registre moins dramatique, François Hollande innove par rapport à ses deux prédécesseurs. Car, malgré les engagements qu'il avait pris lors de sa campagne, Nicolas Sarkozy cessa rapidement (dès 2010) de communiquer sur son état de santé. Et car Jacques Chirac ne le fit jamais, estimant que ces matières relevaient du secret médical, et avaient donc un caractère confidentiel.

29/05/2012

Un constat très lucide

Gouvernement, Personnalités, Ayrault, HistoireIl plane, Jean-Marc Ayrault. Ce week-end, la dernière édition du baromètre Ifop-JDD l'a carrément crédité de 65% d'opinions satisfaites – du jamais vu. Jusqu'à présent, le record de popularité d'un chef de gouvernement à peine nommé était détenu par Alain Juppé (en 1995, 63%). Venaient ensuite François Fillon (en 2007, 62%) et Jean-Pierre Raffarin (en 2002, 60%). En 2012, l'hôte de Matignon fait donc mieux que ses trois prédécesseurs. Il se paie même le luxe de compter des supporteurs à l'UMP (41%) et au FN (42%).

Elle plane dans les hauteurs, sa cote de popularité. Mais l'intéressé assure qu'il entend ne pas se «laisser griser». «Cela ne veut rien dire», a-t-il minimisé, dimanche.

Il est vrai qu'un précédent au moins existe, attestant du caractère hautement aléatoire de la popularité bénéficiant au Premier ministre.

En 1995, Alain Juppé, peu de mois après avoir affiché un taux de confiance à 63%, avait vu sa popularité s'effondrer: dégringoler jusqu'à un niveau plancher. Ses projets de réformes avaient entraîné des mouvements sociaux d'une ampleur historique. Il ne s'en remit jamais, et ne resta finalement que deux petites années à Matignon – l'en chassa la dissolution anticipée de l'Assemblée nationale, en 1997 par Jacques Chirac, qui tourna au fiasco que l'on sait: elle ramena la gauche de Lionel Jospin au gouvernement.

Donc? Quinze ans plus tard, dimanche, Jean-Marc Ayrault a eu ce pronostic, très lucide: «On sera jugé sur pièces».

25/05/2012

Une lente progression

Serait-elle pertinente, finalement, cette métaphore animalière beaucoup utilisée dans les médias ces derniers mois, qui compare François Hollande à une tortue? L'homme, en tout cas, semble progresser lentement (et sûrement?), en termes de popularité.

Ainsi, le dernier sondage en date de l'institut CSA, publié ce vendredi, évalue à 58% sa cote de confiance. Jamais le nouveau Président n'avait été évalué aussi haut, dans une enquête d'opinion. Ce score est même proche de celui dont CSA créditait Nicolas Sarkozy en 2007 à la même période, juste après son élection: 59%.

Consolation, pour la droite: autant en 2007, au tout début de son mandat, Nicolas Sarkozy séduisait un part (minoritaire) de l'électorat de gauche, autant son successeur, lui, a une «structure de popularité très clivée politiquement». En clair, il est très populaire à gauche, mais reste impopulaire à droite. En revanche, plus préoccupant pour les sarkozystes: la popularité du nouveau chef de l'Etat «est relativement homogène en termes sociodémographiques». Il est majoritaire aussi bien chez les classes socioprofessionnelles élevées que parmi les classes plus moyennes, les retraités, et les ouvriers. Ces derniers affichent le taux de confiance le plus élevé: 64%.

Mais tout cela va-t-il durer? On ne mettrait pas notre main au feu. L'intéressé non plus, sans doute.

24/05/2012

Un dénigrement, oui. Une dérision, non

Elections législatives, Elections présidentielles, Communication, Médias, Audiovisuel, Télévision, Langue françaiseA peine en a-t-on fini avec les spots de la campagne officielle pour l'élection présidentielle que voilà les clips pour les législatives. Dans un récent règlement, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) fixe les modalités de cette communication, jusqu'au moindre détail – par exemple, le minutage de ces clips, à la seconde près. Dans ce texte, on trouve aussi la réponse à une question que l'on s'était posée, pendant la campagne présidentielle.

A plusieurs reprises, à la vue des spots électoraux – ou des tracts imprimés – vantant tel ou tel candidat à l'Elysée, on s'était dit que cette propagande allait tout de même assez loin. Assez loin dans le dénigrement de l'adversaire: à coups d'arguments de mauvaise foi, de raccourcis, et de caricatures. La pub électorale comparative et mensongère est-elle donc permise, en France? C'était la question que l'on s'était posée.

La réponse? Oui et non, si l'on décrypte bien la note du CSA.

Oui? Ce règlement n'interdit aucunement aux candidats de dénigrer leurs adversaires. Non? Il leur interdit de les «tourner en dérision». Nuance.

Cette nuance, tentons de la cerner à l'aide des synonymes que donne «Le Robert» pour les termes dénigrement et dérision. Pas de dérision permise? Dès lors, les clips électoraux ne peuvent donner dans le dédain, l'ironie, le mépris, le persiflage, la raillerie, la risée ou le sarcasme. Pas de dénigrement explicitement interdit? Du coup, ces spots peuvent parfaitement être dans le registre de l'attaque, la dépréciation, la critique, la médisance ou la calomnie.

Aux partis politiques de louvoyer dans ces subtilités de la langue française. Et au téléspectateur-électeur de se débrouiller avec elles, puis de voter en citoyen supposé éclairé.

23/05/2012

Un voyageur "normal"

Si vous prenez le Thalys en gare de Paris-Nord ce mercredi après-midi vers 14h30, destination Bruxelles, ne vous étonnez pas à la vue, sur le quai, d'un attroupement et d'une nuée de micros et de caméras. C'est que Jean-Marc Ayrault devrait être à bord. Le nouveau Premier ministre, en effet, se rend dans la capitale belge, pour participer à une réunion de leaders socialistes européens. L'usage et la tradition auraient voulu qu'il effectue le trajet en avion, depuis l'aéroport militaire de Villacoublay, en banlieue de Paris. Et bien non: ce sera le Thalys, comme tout le monde. «Comportement exemplaire» oblige.

Le principe de cette exemplarité a été validé et précisé mercredi dernier, lors du premier Conseil des ministres de l'ère Hollande. Le code de conduite qu'ont dû signer chacun des 34 ministres leur impose de «faire preuve de la plus grande sobriété dans (leur) comportement». Cela passe notamment par le fait que tout gouvernant est prié de se montrer «exemplaire dans l’utilisation des moyens mis à sa disposition». Concrètement, cela implique, par exemple, que les éminences «privilégient le train pour les déplacements d'une durée inférieure à trois heures». Le train donc, et non l'avion. Le Thalys, du coup, pour Jean-Marc Ayrault, cet après-midi: en bon soldat d'un Président s'affichant comme un «homme normal».

L'histoire – la communication gouvernementale, en l'occurrence – ne dit pas si le chef du gouvernement voyagera ou non en deuxième classe.

Il est vrai que les quelques euros de différence de tarif avec la première classe ne constitueraient, pour le contribuable, qu'une minuscule goutte d'eau par rapport à la mer, l'océan immense, des déficits publics français – pour mémoire, la dette dépasse les 1800 milliards d'euros.

22/05/2012

Une cote d'amour, très moyenne

Personnalités, Gouvernement, Hollande, Ayrault53%. Telle est, à en croire le baromètre Ipsos publié lundi, la cote d'amour de François Hollande. 53% de jugements favorables, contre 27% d'avis critiques, et 20% de sondés qui ne se prononcent pas. Un satisfecit légèrement majoritaire, donc. Mais dont l'ampleur ne dépasse guère l'étiage électoral qui fut celui du Président élu le 6 mai (51,6%). Son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, fait encore moins bien: 50% d'opinions positives, 17% d'avis critiques, 33% de non-répondants.

On est donc loin du grand amour. Loin de la foucade de 2007. Il y a cinq ans, Nicolas Sarkozy à peine élu à l'Elysée totalisait 64% d'opinions favorables. Et son chef de gouvernement, François Fillon, faisait presque presque aussi bien (60%).

«Pas d'état de grâce», ni pour le nouveau chef d'Etat, ni pour son chef de gouvernement. C'est ce que déduisent en boucle, depuis hier soir, tous les médias. En fait, on pouvait déjà le deviner depuis plusieurs jours.

Vendredi, en effet, un sondage TNS Sofres a évalué à 51% seulement la part de Français faisant confiance à François Hollande pour présider le pays (contre 40% de défiants). Et à 46% la cote d'amour de son gouvernement (contre 36% d'antipathie). Plus de six sondés sur dix (66%), cependant, jugent cette équipe représentative «de la diversité de la population, que ce soit en termes d'âge, de genre ou d'origine». Le même jour, le baromètre Harris Interactive a chiffré, lui, à 54% la cote de confiance en François Hollande.

Personnalités, Gouvernement, Hollande, AyraultBref, au-delà des chiffres qui varient un peu, toutes ces enquêtes se rejoignent sur la tendance générale de l'opinion française. Comme l'a résumé le sondeur Jean-Daniel Lévy, elle est «plutôt positive» envers ses nouveaux dirigeants, «sans se situer à des niveaux élevés pouvant être assimilés à un état de grâce».

Ne pas s'énamourer, pour ne pas courir le risque d'être déçu: air connu. En politique comme dans la vie.

21/05/2012

Un air penaud

La parité au sein du nouveau gouvernement: on en parlait vendredi. En revanche, l'UMP inaugure sa période d'opposition en se distinguant, une fois encore, par son non-respect des obligations légales en termes de parité hommes-femmes, pour les élections législatives de juin. Sur ses listes, ne figurent que 28% de femmes.

«Je plaide coupable avec regret», «Ce n'est pas de gaité de coeur»: le n°1 du parti sarkozyste, Jean-François Copé, était moins sûr et fier de lui que d'habitude ce lundi, alors qu'une matinale radio-télé l'interrogeait sur ce point. «C'est un arbitrage que nous avons eu à rendre et qui était difficile», a-t-il tenté de justifier, penaud. L'ex-parti majoritaire craint de perdre des dizaines de sièges, à l'Assemblée. Dès lors, dans nombre de circonscriptions, plutôt que de faire de la place à des femmes sur ses listes, il a réinvesti des candidats (mâles) sortants. «Il était extrêmement difficile de les sacrifier. Chacun doit comprendre que, dans la période qui est la nôtre, il nous faut absolument avoir le maximum de députés et que cela passe par le poids, l'ancrage local de beaucoup d'entre nous», dixit Jean-François Copé. Dont le parti, pour ne pas avoir respecté la loi, devra payer plusieurs millions d'euros de pénalités.

Globalement, les autres formations respectent mieux l'obligation légale de parité. Il n'empêche, selon le ministère de l'Intérieur, on ne compte que 40% de femmes parmi les 6.591 candidats en lice au premier tour. C'est moins qu'aux législatives de 2007, où elles avaient été 41,6%.

11/05/2012

Un (autre) Président

La chose est passée complètement inaperçue, donc parlons-en. Le week-end dernier, a été élu en France un Président de la République qui… n’est pas François Hollande. Il  a même été élu, lui, à la quasi-unanimité. Et a désormais la lourde tâche de faire appliquer la devise de sa République: «Faire le bien dans la joie». Ce Président-là se dénomme Alain Coquard. Samedi dernier, il a été plébiscité par 190 votants de… la République de Montmartre.

 

Ils sont près de 4000 Parisiens à se revendiquer «républicains montmartrois», d’adresse ou de cœur. Cette République, fondée en 1921, compte ses citoyens d’honneur, ses ambassadeurs «dans le monde entier», ainsi qu’«un gouvernement où siègent des ministres de la Nuit, de l’Agriculture, du Gai Paris ou de l’Œnologie». Dans cet Etat, «les Présidents changent, jamais les programmes. Citoyens et ministres organisent des fêtes, collectent des dons pour des associations et l’enfance défavorisée, rigolent au restaurant et, au passage, maintiennent vivant l’esprit de leur Butte». Cela passe notamment par des traditions. «Au 1er mai, la fausse République, belle joueuse, offre un brin de muguet au vrai maire de Paris. Et, à l’automne, l’institution tout entière défile et fête les vendanges, attirant au passage quelque 500.000 visiteurs».

 

C’était la note folklorique de la semaine. Après tant de semaines où ce blog n’a traité que des sujets si austères, autre élection présidentielle oblige.

 

Si vous voulez faire connaissance avec cette République-là, et en même temps avec un petit bout de l’Histoire typique de Paris, c’est ici.

10/05/2012

Une participation en baisse

Elections présidentielles, Institutions, ParisPour en terminer avec les résultats de l’élection présidentielle dans la capitale, les Parisiens ont plutôt bien participé au scrutin. Dimanche, ils ont été environ 1 million à se rendre aux urnes, sur les quelque 1,2 million d’électeurs inscrits dans la capitale. Ce qui donne un taux de participation de 83% : légèrement supérieur à la moyenne nationale, et plus élevé qu’au premier tour, le 22 avril (80%).

 

Il n’en demeure pas moins que cette présidentielle 2012 a moins passionné les foules – à Paris comme dans le reste du pays – que celle d’il y a cinq ans. Ainsi, le 22 avril 2007, plus de 87% des Parisiens avaient voté.

 

Une participation en baisse donc, par rapport à il y a cinq ans. Dans notre 11ème arrondissement comme dans d’autres à Paris, pourtant, les derniers jours qui avaient précédé le premier tour, un collectif associatif avait placardé un peu partout sur les murs de la ville des affichettes appelant les électeurs à se réveiller et à exprimer leur volonté, via le vote.

 

«Voter est un droit, c’est aussi un devoir civique». C’est la mention qui figure sur les cartes électorales qu’utilisent, pour voter, les citoyens français inscrits sur les listes d’électeurs. On souscrirait à 100% à cette assertion si le vote blanc était non seulement reconnu comme tel mais aussi pris en compte, en France – ce qui n’a jamais été le cas.

 

Voter est un droit ? Mais on ne peut nier à l’électeur le droit de ne pas se reconnaître dans l’offre électorale qui lui est proposée, les jours d’élection. Une partie sans doute des abstentionnistes ne sont pas des inciviques: ce sont des citoyens pour qui ne pas voter est un choix conscient, responsable, et revendiqué comme tel. Mais qui, le vote blanc étant méprisé, préfèrent encore voter avec leurs pieds, pour exprimer leur point de vue. Dans ces conditions, on trouve assez moyen d’ainsi les culpabiliser.

 

Mais ce n’est que notre avis.

09/05/2012

Un net progrès

A Paris, François Hollande en 2012 a fait beaucoup mieux que Ségolène Royal en 2007. Il y a cinq ans, le «ségolénisme», idéologiquement assez baroque, avait dérouté les Parisiens de (centre-) gauche. Et le maire socialiste, Bertrand Delanoë, avait soutenu avec des pieds de plomb la candidate. Qui, certes, s'était imposée dans 11 des 20 arrondissements. Mais, au global, pour l'ensemble des suffrages de la capitale, elle avait été battue, fût-ce de peu, par Nicolas Sarkozy: 50,19% contre 49,81%.

Dimanche, en revanche, François Hollande l'a emporté à Paris: du jamais vu pour le PS dans cette ville, à une présidentielle.

55,6% des voix: le socialiste y a devancé Nicolas Sarkozy de plus de 11 points, bien plus que l'écart national. Il s'est imposé dans 13 arrondissements: les 11 où Ségolène Royal l'avait emporté en 2007, plus deux arrondissements pourtant assez bourgeois: le neuvième et, surtout, le cinquième (le Quartier latin, fief de l'ex-maire de Paris Jean Tiberi, etc.)

Ses plus beaux scores, François Hollande les a réalisés dans les arrondissements du nord-est, les moins aisés: 67,6% dans le 19ème, 70,3% dans le 18ème, 71,8% dans le 20ème. Les bobos parisiens l'ont également plébiscité: 67,8% dans notre 11ème, 69,4% dans le 10ème (le canal St-Martin, etc) et 61,4% dans le troisième (le Haut-Marais).

Nicolas Sarkozy, lui, comme il se doit, a réalisé ses meilleurs scores dans les arrondissements à la fois les plus cossus et les plus traditionnellement à droite: 78% dans le 16ème, 72,5% dans le 7ème (l'arrondissement de Rachida Dati). Ces résultats impressionnants n'en sont pas moins en recul par rapport à il y a cinq ans. En 2007, le candidat de la droite avait fait 80,8% et 74,7% dans ces deux arrondissements, respectivement.

Nicolas Sarkozy a aussi régressé dans le très chic 6ème: 57,7%, contre 61,2% en 2007. Qui sait les électeurs de ces quartiers ont-ils été blessés par ce qui fut un leitmotiv de sa campagne: dans la plupart de ses meetings, le «candidat du peuple» a fustigé Saint-Germain des Prés, présenté comme l'exemple même de ces «élites parisiennes bien-pensantes» et abhorrées.

04/05/2012

Une différence, ou l'autre

Elections présidentielles, personnalités, Hollande, Sarkozy, Langue française.Mieux vaut tard que jamais. Reçu ce matin, dans la boîte aux lettres, les «professions de foi» et deux bulletins de vote aux noms des deux finalistes de l'élection présidentielle, dimanche. Ce ne sont sans doute que des détails relevant de l'anecdote, mais, rien que sur la forme de ces dépliants électoraux, sans donc s'attacher à leur fond, on a été frappé par deux, trois petites choses.

François Hollande a choisi une police et un corps de caractère très grands et lisibles. Son texte est très aéré. En une minute ou deux, on en a fait le tour. A-t-il estimé que les dés étaient jetés, jugé qu'il n'y avait donc plus grand-chose à ajouter, hormis les grandes lignes de ses principales idées? Le texte de Nicolas Sarkozy, en revanche, est beaucoup plus serré, il y a beaucoup plus à lire, et, rien que dans la police et la taille des caractères utilisés, l'accès n'est pas aisé. S'est-il dit que ce document était pour lui la dernière occasion qu'il avait d'enfin convaincre, et qu'il lui fallait donc être très complet?

Une autre différence réside dans la manière avec laquelle ces deux candidats entament leur missive. «Mes chers concitoyens», écrit François Hollande. «Mes chers compatriotes», écrit, lui, Nicolas Sarkozy.

«Le Petit Robert», dans lequel on a jeté un oeil ce matin, n'établit pas vraiment la différence entre les deux termes. Concitoyen? «Citoyen du même Etat, d'une même ville (qu'un autre)». Compatriote? «Personne originaire du même pays qu'un autre». Le dictionnaire renvoie ses lecteurs d'un terme à l'autre. Il ne fait pas état de connotations particulières qu'aurait l'un ou l'autre de ces deux mots. Mais on n'a pas été étonné en découvrant cette différence dans l'utilisation des mots. Celui renvoyant à la citoyenneté est utilisé par le candidat de gauche, celui renvoyant à la patrie et au patriotisme l'est par le candidat de droite: c'est assez conforme avec la «coloration» implicite que ces deux termes ont, dans notre esprit.

Une différence, enfin, dans l'écriture entre les deux candidats.

Elections présidentielles, personnalités, Hollande, Sarkozy, Langue française.Nicolas Sarkozy achève son plaidoyer par quelques lignes manuscrites. On n'a aucune compétence en graphologie, mais on a trouvé que son écriture cadrait assez bien avec l'image que dégage son personnage. Ses lettres et la façon dont il les assemble forment un ensemble haché, nerveux.

On ne découvre l'écriture de François Hollande que via sa signature, qui clôt le document. Pour autant qu'on puisse en juger à cette seule signature, on semble là davantage dans le registre de la rondeur.

Mais, on le répète, sans doute ne s'agit-il là que des détails.