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03/05/2012

Un exercice pas si facile

A nouveau faisons dans la cuisine interne et les coulisses journalistiques, aujourd'hui. Ce n'est pas facile, pour les journalistes de quotidiens paraissant le matin, de couvrir des actualités comme le grand duel télévisé d'hier soir. Dans le feu de l'action, d'ailleurs, on s'est souvenu s'être déjà dit cela il y a cinq ans à la même époque: le soir du duel Sarkozy-Royal.

Au risque de paraître immodeste, ce ne sont pas tant les thèmes abordés dans le débat ni la technicité des sujets qui posent problème. Après deux mois de campagne électorale quasiment 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, on maîtrise les données principales, les grands enjeux, les chiffres-clé, et les argumentaires des deux côtés. La difficulté réside dans les conditions techniques dans lesquelles s'effectuent les bouclages d'éditions, dans la presse écrite quotidienne.

Hier soir, le texte pour la première édition devait avoir été envoyé à Bruxelles à 22 heures, au plus tard. Il a donc dû être rédigé alors que le duel n'avait qu'à peine commencé. Or, ce genre de débat peut, à chaque instant, complètement déraper, totalement changer de physionomie. Difficile, dès lors, de s'autoriser des pronostics sur l'issue du match, rien que sur la base de ses premiers échanges. En outre, deux actualisations du papier étaient prévues, pour les éditions suivantes: la première à 23 heures, la seconde à minuit. A ces moments, il a donc fallu faire deux choses différentes en même temps. D'une part, continuer à suivre attentivement les échanges se poursuivant: absolument ne pas louper ce qu'il se disait d'intéressant. D'autre part, rédiger tout aussi attentivement l'actualisation du papier: absolument ne pas oublier d'y inclure ce qu'il s'était dit d'intéressant, depuis la dernière version envoyée. Le cerveau coupé en deux, en somme. Et les yeux rivés en permanence sur l'heure: sur ces minutes qui, dans ces circonstances, ont toujours l'air de filer plus vite que l'éclair.

Pas simple. Assez acrobatique, même. Cela exige une concentration phénoménale et, dans le même temps, à la fois le plus grand calme et la réactivité maximale.

Mais c'est évidemment dans ces moments-là que le journalisme est le plus excitant.

02/05/2012

Une agressivité

Elections présidentielles, Médias, Journalisme, PresseQuelle que soit son issue, dimanche soir, cette campagne présidentielle de 2012 restera dans les annales notamment pour ce qui fut une de ses particularités, jamais vue à ce point précédemment: l'agressivité envers la presse.

Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, avec leurs tirades médiaphobes énervées, avaient donné le ton. Nicolas Sarkozy a embrayé sans vergogne, en rangeant les médias dans ces «corps intermédiaires» qu'il abhorre. A chacun de ses meetings, il a des phrases très peu aimables sur les journalistes, réduits peu ou prou à des bobos égotiques, indignement donneurs de leçons, et complètement coupés des réalités. Parmi les slogans scandés par la foule, lors de ses meetings, figure d'ailleurs un très ironique et aigri «La presse, avec nous!»

«Journalistes, dégagez!» Ce slogan-là, on l'a entendu scandé hier: lors du défilé du 1er mai du Front national. On y a vu certains journalistes se faire très virilement bousculer par les sbires du service d'ordre frontiste. Qui trouvaient qu'ils ne dégageaient pas assez vite quand le cortège avançait et/ou qu'ils s'approchaient un peu trop près de la famille Le Pen: pour tenter de les photographier, de les interviewer, etc. Hier aussi, cerise sur le gâteau, une journaliste du site web d'info Mediapart (très antisarkozyste, donc très détesté dans «La France forte») a affirmé avoir été violentée en marge du meeting sarkozyste du Trocadéro. Selon ses dires, des militants l'ont bousculée, traitée de «sale gauchiste», lui ont arraché le badge d'accréditation qu'elle portait au cou, ont empoigné son appareil photo et l'ont fracassé par terre.

Il est temps, décidément, que cette campagne s'achève.

30/04/2012

Un différence de traitement (culinaire)

On n'a pas gardé de souvenir de cela pour la campagne présidentielle de 2002. Mais, par contre, on se souvient bien qu'on s'était déjà fait la réflexion pendant celle de 2007. Côté coulisses, dans le genre donc très anecdotique, il y a une nette différence dans la manière dont les journalistes sont traités par les présidentiables. Une différence de traitement... culinaire.

Tous les candidats à l'Elysée ont l'habitude de garnir les salles de presse de leurs meetings de victuailles diverses et variées. Destinées sans doute à éviter que des journalistes y tombent d'inanition (ces meetings terminent souvent tard), ou qu'ils soient affamés/assoiffés au point que leurs compte-rendus de meeting s'en ressentent négativement. Or, entre les buffets de presse de Nicolas Sarkozy et ceux de François Hollande, il y a un monde de différence. Comme les buffets sarkozystes de 2007 n'avaient rien à voir avec ceux de Ségolène Royal.

Côté Sarkozy: les petits plats dans les grands. Petits fours et zakouskis. Miniardises et canapés garnis. Petites salades diététiques très chics. Macarons et viennoiseries venus des plus grandes pâtisseries. Cela sent la qualité comme l'opulence à plein nez. Et c'est servi par du personnel en livrée.

Rien de tel côté Hollande. Là, c'est la bonne franquette. Des sodas, du café, de l'eau, des jus de fruits, des chips, des biscuits standards: petits beurres, barquettes aux fraises, ou madeleines industrielles. L'essentiel y est, mais on ne passe pas des heures au buffet: on se sert son coca et, basta, on s'en va.

D'un strict point de vue culinaire (rien de politique là dedans), on préfère nettement la seconde formule. Lors des meetings sarkozystes, on n'ose à peine approcher le buffet des journalistes. Impression désagréable de jouer les pique-assiettes. Sensation dérangeante de se laisser cajoler. A la limite de la culpabilité.

Mais on ne jurerait pas que tel est aussi l'avis d'une majorité des journalistes couvrant cette présidentielle.

26/04/2012

Un grand gaspillage

Dimanche, on se l'est encore dit: quel énorme gaspillage de papier que chaque élection en France. Enorme gaspillage, dû simplement au Code électoral

En effet, il impose à l'électeur d'entrer dans l'isoloir avec, en main, au moins deux bulletins de vote différents, puisés dans les piles de bulletins aux noms de chacun des candidats que l'on trouve à l'entrée du bureau de vote. Au moins deux bulletins, car, avec un seul, chacun présent dans le bureau à cet instant saurait pour qui l'électeur s'apprête à voter, et donc le caractère secret du vote serait enfreint. En effet. Mais 44 millions d'électeurs prenant chacun et chaque fois au moins un bulletin en trop, cela donne au minimum 44 millions de bulletins retrouvés chiffonnés dans les poubelles des bureaux de vote, à la fin de la journée.

C'est le si curieux candidat Jacques Cheminade – lanterne rouge du scrutin, dimanche: 0,25%, pas même 90.000 suffrages – qui a fait cette proposition pourtant elle très sensée: changer complètement ce système, pour, justement, moins gaspiller.

L'électeur voterait sur une feuille de format A4 où figureraient les noms de tous les candidats. Il cocherait le nom de son choix. Puis plierait deux fois la feuille et la glisserait dans l'urne. Du coup, plus besoin de prendre des bulletins qu'on n'utilise pas. Et donc autant d'économies de papier. Plus besoin même de prévoir la petite enveloppe bleue dans laquelle on met son bulletin de vote avant de la glisser dans l'urne. Et donc autant de manipulations épargnées, et autant de temps gagné dans le dépouillement.

D'innombrables pays (dont la Belgique) votent de cette manière depuis d'innombrables années, et cela fonctionne très bien. Pourquoi pas la France?

25/04/2012

Un choix très prévisible

Elections présidentielles, Personnalités, ParisC'est Place de Stalingrad que, dimanche, Jean-Luc Mélenchon avait invité ses partisans à le rejoindre. Pour ce qui était prévu comme une grande fête, mais qui a tourné en eau de boudin, vu la pluie et les résultats électoraux moins élevés que ce que ce candidat espérait. Et c'est Place de Stalingrad qu'il tiendra meeting, le 4 mai.

Ce choix géographique parisien à la fois était prévisible et est très explicable.

Place de Stalingrad, en effet, c'est la porte d'entrée vers les arrondissements du Nord-Est de Paris, qui sont les moins aisés de la capitale et ont beaucoup plus voté Front de gauche que le reste de la ville et du pays. Dans le 19ème, ce candidat a recueilli 15,7% des suffrages. Idem dans le 18ème: 15,3%. Son record parisien, «Méluche» l'a accompli dans le 20ème: 17,4% des voix carrément.

En revanche, sans surprise, la révélation de cette présidentielle 2012 a été très largement boudée par l'électorat des quartiers les plus aisés de Paris. Par exemple, il n'a fait que 3,5% dans le très chic 7ème (l'arrondissement de Rachida Dati) et encore moins (3,2%) dans le 16ème.

Elections présidentielles, Personnalités, ParisDe manière tout aussi prévisible, les quartiers parisiens aisés lui ont nettement préféré François Bayrou. Dans le 6ème et le 15ème, par exemple, le centriste a recueilli 11,5% des voix. Mais, dans ces quartiers, on a surtout très massivement voté Sarkozy. Dans le 16ème, plus de six votants sur dix (64,8%) ont plébiscité le Président-candidat: record parisien. Dans les 7ème et 8ème, le champion de l'UMP a frisé la barre des 60% (58,2% et 58,3% respectivement).

Les résultats de dimanche, d'ailleurs, ont une fois de plus confirmé, si besoin en était, le très gros clivage sociologique et politique qui traverse Paris. Pour preuve, dans les arrondissements parisiens les moins aisés, le Président sortant n'a recueilli les suffrages que d'à peine deux électeurs sur dix: 22,5% dans le 19ème, 19,5% dans le 18ème, et 18,2% seulement dans le 20ème. Là, il ne s'en est fallu que de 642 voix (sur 86.000 votants) pour que Nicolas Sarkozy soit dépassé par Jean-Luc Mélenchon.

22/04/2012

Une (autre) double casquette

Bonjour à celles et ceux qui, en ce dimanche électoral, débarquent sur ce blog pour y trouver avant l'heure les résultats du premier tour de la présidentielle. Comme on n'aura pas du tout le temps, dans les heures à venir, d'actualiser ce blog, ces infos seront regroupées sur le portail de Lalibre.be. Merci de votre passage ici. N'hésitez pas, pourquoi pas, à y revenir, maintenant que vous connaissez l'adresse.

 

A destination cette fois des habitués de ce blog, embrayons sur la note de vendredi, dans laquelle on s'énervait (un peu) de la manière dont Nicolas Sarkozy gère sa double casquette, concernant cette fameuse diffusion, ou non, des résultats électoraux avant l'heure légale. Pour ne rien cacher, on fait (un peu) moins le malin, deux jours plus tard. Parce que, nous aussi, on est affublé d'une double casquette pas trop glorieuse.

En tant que citoyen, on est contre cette publication prématurée des résultats. C'est d'ailleurs l'avis aussi de deux Français sur trois, selon un sondage vendredi. La loi, c'est la loi. A fortiori dans un pays dont les gouvernants professent la "tolérance zéro" à l'égard de toute infraction à la loi. Tout le monde a l'air de subitement trouver idiote cette disposition interdisant la diffusion des résultats avant 20 heures? Il fallait y penser avant. Cinq ans, au moins, qu'on aurait pu modifier cette loi.

En outre, le journalisme «réseausocialisé», en 140 signes et pas un de plus, l'hystérie de l'information, l'immédiateté des événements: c'est drôle un moment, mais cela finit par lasser. Il n'y a pas de honte, à un moment où l'autre, à vouloir prendre un peu du recul sur l'événement. A ne pas engloutir n'importe quelle info n'importe comment. Pas de honte à prendre (un peu) le temps.

Mais on n'est pas que citoyen: on est aussi journaliste. Donc, ce dimanche, on n'a pas le choix. En bon soldat, on va suivre sagement les consignes de la hiérarchie, et participer à l'hystérie informative et électorale du moment. Sans états d'âme. Chaque journaliste a un petit côté mercenaire.

20/04/2012

Une double casquette

Elections présidentielles, Droit, Personnalités, SarkozyNicolas Sarkozy persiste et signe. Ce matin, il a confirmé les propos qu'il avait tenus hier, au sujet de la probabilité que, dimanche, les résultats du premier tour présidentiel soient divulgués avant 20 heures: sur les réseaux sociaux, dans des médias belges ou suisses, etc. Jeudi, invoquant le fait qu'«on ne va quand même pas faire une frontière numérique entre la France et tous les autres pays du monde», Nicolas Sarkozy avait déclaré qu'il ne serait «pas choqué» si, effectivement, ces résultats étaient divulgués avant l'heure légale.

En entendant cela hier, on était assez estomaqué. Et on le reste, aujourd'hui.

Chacun est évidemment libre de penser ce qu'il veut de l'inanité ou de la légitimité de cette interdiction légale de diffusion des résultats avant 20 heures. Nicolas Sarkzoy s'exprime en tant que candidat? C'est, aussi, son droit. Mais tout de même.

Jusqu'à preuve du contraire, il est toujours et jusqu'au 6 mai coiffé d'une autre casquette: celle de chef de l'Etat. Qu'un Président admette ainsi, sans ambages, qu'il ne serait «pas choqué» qu'on viole la loi, alors qu'il est censé être le premier à faire respecter les lois, cela pose tout de même question, à notre humble avis.

Elections présidentielles, Droit, Personnalités, SarkozyCe matin, Nicolas Sarkozy était interrogé sur l'avertissement donné hier par le parquet, qui a prévenu que toute infraction à cette loi serait systématiquement poursuivie par ses services. Le candidat UMP a répondu par une pirouette: il a ironisé sur le fait qu'il ne briguait pas le poste de procureur de la République.

Ca, au moins, c'est indiscutable. Pour le reste de l'argumentation du Président-candidat, chacun jugera.

19/04/2012

Un coût raisonnable

49 millions d'euros. C'est ce que coûte, pour l'Etat, l'envoi aux électeurs, par La Poste, des «professions de foi» des dix présidentiables: ces dépliants électoraux, dont on parlait hier. A cela, il faut ajouter le coût de la mise sous pli de ces tracts. Elle s'effectue dans les municipalités. Qui, pour ce faire, embauchent des vacataires, les rémunérant à raison de 18 à 20€ (bruts) de l'heure. Ces émoluments, plus le coût de la location des salles où s'effectuent ces mailings, cela rajoute 51 millions à la facture.

Mais les dépenses ne s'arrêtent pas là. Une autre cinquantaine de millions est nécessaire pour le remboursement partiel, par l'Etat, des frais de campagne engagés par les candidats – du moins, les candidats ayant atteint la barre des 5% des suffrages: le pourcentage plancher exigé pour être remboursé. Et encore une autre cinquantaine de millions est nécessaire pour la confection des affiches des présidentiables et le collage de celles-ci sur les panneaux électoraux, dans tout le pays.

Au total, pour l'Etat français, et donc pour le contribuable, la facture de ces élections présidentielles s'élève à 228 millions d'euros.

Enorme? Ce sera toujours un montant trop élevé, aux yeux de tous les Français qui ne croient plus en la politique, voire sont dégoûtés par elle. Mais, si on divise ces 228 millions par le nombre d'habitants, cela ne revient jamais qu'à 3€50 par citoyen français.

A Paris, c'est à peine le prix d'un sandwich.

18/04/2012

Une discrète omission

elections présidentielles,personnalités,le pen,internationalQu'en termes élégants ces choses-là sont dites. C'est ce qu'on a pensé ce matin, en tombant, en rue, sur ce graffiti anti-Le Pen.

La détestation qu'on est en droit d'éprouver envers telle ou telle personnalité autorise-t-elle de s'en prendre à elle en des termes scatologiques? Se soucier de la bienséance des mots utilisés pour critiquer Marine Le Pen, est-ce la moindre des choses, ou de la pudibonderie déplacée? On vous laisse juges.

Sinon, à propos de Marine Le Pen, on a reçu des nouvelles d'elle, ce matin. Dans notre boîte aux lettres. En effet, y sont arrivées les «professions de foi» des candidats: leurs dépliants électoraux, qui sont envoyés à tous les électeurs avant chaque scrutin. Découvrant ces document (visible en pdf ici), on s'est empressé d'y vérifier une chose, pour voir si était confirmé ou démenti un bruit qui circulait ces derniers jours, à son propos. Et, effectivement, on a eu confirmation de cet écho. Dans ce document, on ne trouve nulle trace d'un point du projet lepéniste sur lequel, pourtant, l'intéressée a passé du temps, pendant sa campagne. A savoir, la sortie de l'euro et le retour au franc.

Sans doute cette discrète omission est-elle due aux sondages de ces dernières semaines. Qui, tous, ont montré combien l'opinion – et y compris une bonne part de l'électorat FN – redoutait les conséquences d'un éventuel retour au franc, sur le pouvoir d'achat.

elections présidentielles,personnalités,le pen,internationalMarine Le Pen a retenu la leçon. Une telle faculté d'adaptation n'est pas anecdotique. Venant d'une candidate qui, pendant toute sa campagne, n'a cessé de dénoncer tout à la fois les sondeurs, la fiabilité selon elle très discutable de leurs enquêtes, et la place à ses yeux démesurée prise par les sondages dans cette présidentielle.

 

PS: Parlant d'Europe et de Front national, on a pu encore le remarquer hier soir, lors du méga-meeting parisien de Marine Le Pen, au Zénith. Rien que dans sa scénographie, il a rappelé combien la frontiste se distingue de la plupart des autres présidentiables. A ses côtés, en effet, sur la scène, figuraient trois drapeaux. Mais uniquement des drapeaux tricolores: aucun drapeau étoilé européen.

17/04/2012

Une (laborieuse) ouverture au monde

Ce n'est qu'au moment des présidentielles que la presse étrangère basée en France peut travailler dans des conditions correctes. C'est ce qu'on s'est (re)dit dimanche, au meeting géant de François Hollande, à Vincennes.

Hors périodes de campagnes élyséennes, la presse étrangère n'est «pas la priorité de communication» des politiques français. Qui le reconnaissent d'ailleurs sans ambages. Normal: les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs des médias étrangers ne votent pas en France. En périodes présidentielles, en revanche, cela change. Soucieux de se bâtir un minimum de stature internationale, les présidentiables sont un peu plus attentifs à la presse étrangère. François Bayrou avait été le premier à le faire, à la présidentielle de 2007, François Hollande l'a imité à celle de 2012: il a une attachée de presse spécifiquement chargée des médias internationaux. A Vincennes dimanche, on a même vu ce qu'on n'avait jamais vu lors d'aucune autre campagne présidentielle et chez aucun autre candidat.

Quelque 450 journalistes s'étaient accrédités pour couvrir l'événement. Parmi eux, l'on recensait 160 nationalités différentes. Dès lors, une (petite) section de la salle de presse était réservée à la presse internationale. Cela changeait de ces salles de presse de meetings où les journalistes étrangers ont juste le droit de passer après tous leurs collègues français, ne serait-ce que pour avoir une prise de courant, une ligne ADSL, ou simplement une chaise et un bout de table.

Cette attention des présidentiables à la presse étrangère connaît des limites, toutefois. A de très rares exceptions près, les grandes interviews restent, bien sûr, l'apanage de la presse hexagonale. Et, le plus souvent, seuls les journalistes français ont accès aux déplacements de présidentiables quand ceux-ci sont «poolés»: fonctionnent en «pools», avec un nombre minimum de journalistes, chargés ensuite de répercuter les infos auprès des confrères exclus de ces pools.

Qui sait les présidentiables français progresseront-ils dans leur ouverture au monde, à la présidentielle de 2017. Ou pas; on verra.

16/04/2012

Une façon de voir les choses

Elections présidentielles, Personnalités, Activisme, Sarkozy, HollandeUn moment de gêne ce matin, en entendant Marine Le Pen sur une radio. C'était au sujet de cette bataille de chiffonniers que se livrent le PS et l'UMP depuis hier, sur la question de savoir qui, de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy, a réussi à réunir le plus de militants à son meeting dominical géant.

Les chiffres avancés de part et d'autre, outre qu'ils sont invérifiables, sont complètement fantaisistes. 120.000 sarkozystes place de la Concorde? Chacun a pu y voir qu'une partie au moins de la place était encore vide quand le Président-candidat a commencé son discours. Et pour cause: il l'a débuté plus tôt que prévu. 100.000 «hollandais» face au château de Vincennes? Le chiffre a été lancé à la tribune dès le début de l'après-midi, alors même qu'un bon tiers de l'esplanade – pouvant contenir 140.000 personnes – était encore vide. Et pour cause: n'étaient pas encore arrivés une bonne vingtaine de cars, sur la centaine qu'avait affrétés le PS pour convoyer à Paris les sympathisants.

Hier soir, de retour de ce dimanche militant, constatant que cette guerre des chiffres faisait plus parler d'elle que les questions de fond, on a trouvé cela puéril. Comme deux bandes rivales d'écoliers qui, dans une cour de récréation, exhibent leurs biceps. Moment de gêne ce matin, donc. En entendant Marine Le Pen, à son tour, trouver cela... «puéril». Hier soir, on aurait dû penser en des termes moins courants, dû qualifier, dans notre tête, ce combat de titans sur les chiffres non de «puéril», mais de «vétilleux». Ce matin à la radio, Marine Le Pen n'aurait jamais pensé à utiliser ce mot-là. Trop tard. Tant pis.

Elections présidentielles, Personnalités, Activisme, Sarkozy, HollandeCela dit, il y a une autre façon de voir les choses, au-delà de ces broutilles d'ego et de mots. Qu'ils aient été 80.000 ou 100.000 à la Concorde et/ou à Vincennes, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont sacrifié un dimanche tranquille et bien au chaud pour, dans le froid et le vent glacial, vivre au plus près la campagne présidentielle. Alors qu'on ne cesse de dire que cette campagne n'intéresse pas et de présenter les Français comme étant complètement désabusés, politiquement.

Du coup, rien qu'en soi et au-delà des chiffres, cette affluence de masse a quelque chose de plutôt positif.

13/04/2012

Une machine

On a été sondé sur la présidentielle, hier en fin d’après-midi. On n'avait vraiment pas que cela à faire, mais, bonne poire, on a accepté. Au téléphone, l'institut LH2. Plus précisément, nous saluait une prénommée «Claire». Que l'on trouvait charmante, mais qui avait une voix légèrement métallique. Et pour cause: c'était... une machine.

 

Les instituts de sondages utilisent donc des automates pour interroger l'électeur moyen sur ses intentions de vote. Cela marche bien, notez. Comme quand on achète un billet de train ou d'avion par téléphone, il suffit juste d'articuler distinctement. Donc, au lieu par exemple de dire «réservation», on dit «abstention». Au lieu de choisir couloir ou fenêtre, on opte pour premier et/ou second tour. Au lieu de réserver pour Tokyo ou Miami, on prend date pour Hollande ou Sarkozy. Et la machine répond chaque fois, très poliment: «J’ai bien pris note de votre réponse». Le vote, un produit de grande consommation comme un autre?

 

Culotté, ce remplacement d'humains par des machines, de la part d'instituts de sondage qui, en cette période électorale, gagnent de l’or en barres grâce aux innombrables enquêtes qu'ils réalisent ? En fait, contrairement à ce que l'on croit généralement, les sondages électoraux pèsent très peu dans le chiffre d'affaires de ces instituts. Qui se font bien plus d'argent avec, par exemple, les enquêtes-qualité et/ou de satisfaction de la clientèle concernant tel ou tel article commercial, les études sur l'image de marque de telle ou telle enseigne, etc. Car tous ces sondages-là sont facturés à des montants bien plus élevés que les enquêtes électorales, d'autant que celles-ci sont souvent réalisées pour des clients pas forcément fortunés, comme la presse quotidienne. En revanche, les sondeurs compensent cela avec la notoriété que ces études électorales apportent à leur marque. Puisque ces sondages bénéficient d'une grande couverture médiatique, et donc d'une large audience.

 

Mais cet avantage-là, visiblement, n'est plus suffisant – chez LH2, en tout cas – pour que des moyens humains leur soient consacrés. Place aux automates, donc.

 

Encore bravo.

11/04/2012

Un tabou brisé (un peu)

A chaque campagne présidentielle, on se pose la question (voir par exemple ici). Comment donc font ces présidentiables pour tenir le coup, physiquement? Ces jours-ci, d'ailleurs, à moins de deux semaines du premier tour, les marques d'épuisement sont nettement visibles, sur leurs visages. C'est à ce moment qu'un tabou commence à (très légèrement) se briser en France. Concernant un sujet ultra-délicat: le dopage en haute politique.

Ainsi, depuis lundi, on a pu entendre, voir et lire un peu partout, dans les médias français, les propos de Denis Demonpion et Laurent Léger: les auteurs d'un livre de «Révélations sur la santé des Présidents», qui vient de paraître (aux éditions Pygmalion). En marge du sujet principal (notamment l'affirmation selon laquelle François Mitterrand aurait, à sa demande, été euthanasié), ces deux journalistes ont tenu des propos qui, sauf erreur, n'avaient jamais été tenus auparavant.

Leur ouvrage étant consacré aux Présidents, leurs allégations n'ont concerné que le seul Nicolas Sarkozy, mais il n'y a bien sûr aucune raison de penser qu'il est le seul politique concerné.

Donc, cela a donné ceci, dans la bouche de ces deux journalistes. Avec l'accord de ses médecins, le Président-candidat prend «différents produits», qui «ne sont pas autorisés à la vente en France». Par exemple, des médicaments «testés par des labos, mais qui n'ont pas encore reçu le feu vert des autorités sanitaires françaises pour être mis sur le marché». Des produits en vente à l'étranger et/ou sur le net. Des «remontants». Des «substances énergisantes, que prennent en général des sportifs». Des «fortifiants très puissants». Des «produits pour être en forme», et/ou «pour se calmer un petit peu».

Remarquez comme tout cela est dit avec énormément de précautions. Et, qui plus est, sans aucune condamnation. Dixit un des deux auteurs de cet ouvrage, qu'on entendait hier sur une radio: «Après tout, le Président doit être en permanence et jour après jour en excellente forme». Remarquez aussi qu'aucun nom précis de molécule n'est cité. Et pour cause: accoler le nom de telle ou telle personnalité politique à celui de telle ou telle substance particulière, terminant en «ine» par exemple (créatine, amphétamines, et on en passe), c'est à coup sûr se prendre un procès en diffamation.

Ce débat naissant est donc extrêmement précautionneux. Mais au moins n'est-ce plus le silence complet, le tabou total.

Sans doute est-ce déjà cela.

10/04/2012

Une impasse?

Elections présidentielles, Activisme, Personnalités, Activisme, Paris La campagne électorale officielle pour la présidentielle ayant débuté hier lundi, c'est le retour des panneaux électoraux dans les rues de Paris, comme dans tout le pays. Mais, dans notre quartier du onzième arrondissement, les gens s'arrêtent moins devant ces panneaux tout gris et les bobines qu'ils arborent, Nathalie Arthaud, Jean-Luc Mélenchon ou Nicolas Sarkozy, que devant les affichettes qui ont été malicieusement apposées sur les plaques de l'une ou l'autre rue – dans cet arrondissement comme dans d'autres.

C'est notamment le cas Boulevard Richard Lenoir. Qui, depuis quelques jours, a été rebaptisé «Impasse Sarkozy». L'imitation de la plaque est si bien faite qu'on s'y croirait. Sous le nouveau nom allégué du boulevard, a été inscrite la mention «Ancien Président de la République 2007-2012».

A moins que cela nous ait échappé, les auteurs de ce détournement n'ont toujours pas été identifiés, et n'ont pas encore révélé leur identité. On en est donc réduit aux supputations. Militants agissant pour le compte d'un présidentiable concurrent du Président sortant? Activistes radicaux? Artistes urbains? Simples plaisantins? Ils ont réussi leur coup, en tout cas: dans la rue, sur le net et dans les réseaux sociaux, on parle énormément de ces fameuses impasses Sarkozy.

Mais l'électorat jugera-t-il lui aussi qu'avec un tel Président, le pays est dans l'impasse? Réponses les 22 avril et 6 mai prochains.

06/04/2012

Un dimanche qui promet

Si vous envisagiez de circuler en voiture dans Paris le dimanche 15 avril, oubliez cela. Ce jour-là, en effet, la capitale va probablement connaître des embouteillages d'anthologie, pour cause notamment de campagne présidentielle.

Le 15 avril, il y avait déjà le marathon de Paris, qui, en temps normal, chaque année entraîne pas mal d'embarras de circulation et de stationnement. Cette année, viendront s'y greffer deux manifestations électorales de masse, car on sera à une semaine du premier tour du scrutin élyséen, le dimanche 22. D'une part, comme l'intéressé l'a confirmé hier, le grand meeting de Nicolas Sarkozy sur la place de la Concorde. D'autre part, le meeting, annoncé comme aussi massif, de son rival socialiste François Hollande, lui sur l'esplanade du château de Vincennes.

Une centaine de milliers de personnes pourraient bien, au total, assister à ces deux événements. Et il faudra leur ajouter les quelques dizaines de milliers de marathoniens du jour. Dès lors, c'est peu dire qu'on va friser la crise de nerfs ce dimanche-là à la préfecture de police de Paris, à qui il reviendra de coordonner, de régenter et de gérer tout cela.

Les Parisiens coincés dans les embouteillages pourront ronger leur frein en méditant sur la connotation tout de même très sanglante de ces deux lieux de meeting choisis par les duellistes pressentis du second tour. Nicolas Sarkozy réunira ses troupes sur une place où, comme chacun sait, Louis XVI et Marie-Antoinette notamment furent guillotinés, en 1793. Quant aux fossés du château de Vincennes, devant lesquels François Hollande réunira ses partisans, Bonaparte y fit fusiller le duc d'Enghien en 1804, après un jugement expéditif et sa condamnation à mort pour conspiration.

Mais, aux dernières nouvelles, la fin de la campagne présidentielle devrait, elle, être plus pacifique.

05/04/2012

Une incrédulité générale

Elections présidentielles, Politique, Personnalités, Sarkozy, Hollande, Bayrou, Le Pen, Joly«Les promesses n'engagent que ceux qui y croient», assure une vieille maxime, cynique, de la vie politique française. Manifestement, ils sont de moins en moins nombreux à y croire, dans l'opinion. C'est ce qu'indique une étude réalisée par l'institut TNS-Sofres.

On y découvre que 88% des Français considèrent que, d'une manière générale, les politiques ne respectent pas les engagements qu'ils prennent en campagne électorale. Parmi ces neuf Français sur dix incrédules, 38% des sondés affirment carrément que les intéressés ont l'habitude de ne pas du tout tenir leurs promesses.

Des dix candidats à l'Elysée, le centriste François Bayrou et le socialiste François Hollande sont perçus comme les plus crédibles dans leurs engagements. Mais, pour l'un comme pour l'autre, les sondés défiants sont plus nombreux que les confiants. La frontiste Marine Le Pen et l'écologiste Eva Joly apparaissent comme les moins fiables. Concernant Nicolas Sarkozy particulièrement – dont le leitmotiv de ses meetings de 2007, était, pour rappel: «Moi, je ne vous trahirai pas, je ne vous décevrai pas, je ne vous mentirai pas», etc. – , il ne s'en sort pas trop mal. En effet, le nombre de Français jugeant qu'il n'a ni mieux, ni moins bien tenu ses engagements que ses prédécesseurs (40%) dépasse, de peu, la proportion de Français considérant, au contraire, qu'il a plutôt moins bien respecté ses promesses qu'eux (36%).

Il n'empêche, globalement, les résultats de cette enquête d'opinions ne sont pas à l'honneur de la classe politique. Qui sait faudra-t-il se souvenir de ce sondage dans une quinzaine de jours: si d'aventure les résultats du premier tour de la présidentielle confirment ce qu'annoncent et prévoient déjà pas mal d'analystes: un très fort taux d'abstention.

03/04/2012

Un déclassement, si symbolique

Culture, Littérature, Gouvernement, Paris, Elections présidentielles La nouvelle est passée largement inaperçue: noyée dans l'actualité de la campagne électorale. Elle a d'autant moins fait parler d'elle qu'il s'agit d'une info relative à la Culture. Or, les questions culturelles – comme les questions de politique internationale – sont, une fois encore, absentes des débats autour de ce scrutin présidentiel.

Cette nouvelle, c'est que, depuis dimanche en France, le livre, au sens générique, est déclassé. Il n'est plus officiellement considéré comme «un bien de première nécessité». Puisque, désormais, en vertu du dernier plan de rigueur en date, approuvé à l'automne, le livre ne bénéficie plus du taux ultra-réduit de TVA à 5,5%, qui est appliqué aux produits de première nécessité (les produits alimentaires comme le pain, ou le gaz et l'électricité, etc.). Dorénavant, un taux de 7% s'applique aux livres.

Preuve qu'il n'est pas très à l'aise avec cette décision si symboliquement lourde, dans cette France qui s'enorgueillit d'être le pays de l'exception culturelle: le gouvernement a reporté de janvier à avril l'entrée en vigueur de cette hausse de 1,5% de la TVA sur l'écrit. Cela, toutefois, n'a pas dissuadé le Syndicat de la librairie française de mettre le rétablissement de la TVA à 5,5% en tête des douze propositions qu'il a faites aux présidentiables.

Culture, Littérature, Gouvernement, Paris, Elections présidentielles Et cela n'a pas non plus calmé la Ville de Paris.

Dans la capitale, les librairies peinent déjà à survivre: face à l'explosion des loyers, face au grignotage des commerces des quartiers culturels traditionnels par les boutiques de fringues, Starbucks ou autres snacks à kebab. Hier, donc, la mairie a dit (ici) «sa très vive opposition» à cette mesure.

Sur laquelle, d'ailleurs, le socialiste François Hollande a déjà dit qu'il reviendrait, s'il était élu à l'Elysée le 6 mai.

02/04/2012

Une (petite) frayeur

Tous les Français qui en ont assez de cette campagne présidentielle interminable l'ont échappe belle. A quelque vingt jours du premier tour, en effet, il s'en est fallu de peu pour que le scrutin doive purement et simplement... être reporté. Et, du coup, il aurait fallu tout reprendre à zéro dans quelques semaines.

Hier soir, en effet, sortant d'un cinéma dans le quartier Montparnasse, Eva Joly s'est cassé la figure. La candidate écologiste à l'Elysée a chuté, la tête la première, dans un escalier. Agée de 68 ans, elle a subi une «très brève perte de connaissance» – à la suite d'«une grosse bosse», a dédramatisé le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé, sur une radio ce matin. L'intéressée a été immédiatement hospitalisée: à l'Hôpital Cochin, d'où elle devrait sortir soit dans les heures qui suivent, soit demain. Son QG de campagne vient de donner de ses nouvelles: «L’ensemble des examens effectués, nous savons maintenant qu’Eva est en bonne santé. Elle est pleinement déterminée à faire campagne pour les trois dernières semaines, pour dire aux Françaises et aux Français que l’écologie, c’est le vrai changement».

Rien de bien grave, donc. Mais, avec un premier tour dans trois semaines, on a frisé le gros problème.

En effet, Eva Joly aurait-elle été plongée dans le coma après sa chute, ou simplement contrainte à être longuement hospitalisée à cause de multiples fractures, que l'article 7 de la Constitution aurait dû être appliqué. Que dit-il? «Si, avant le premier tour, un des candidats décède ou se trouve empêché, le Conseil Constitutionnel prononce le report de l'élection».

Le cas échéant, on aurait donc dû se farcir ce scrutin en plein milieu des beaux jours d'été. Croisons les doigts, du coup, pour que, dans les vingt jours qui viennent, l'un(e) ou l'autre des dix candidat(e)s ne soit pas victime d'un infarctus, d'un AVC ou d'un accident de voiture.

30/03/2012

Un rappel qui tombe bien

Elections présidentielles, Personnalités, MédiasC'est un rappel qui tombe à point nommé, à quelque trois semaines du premier tour des présidentielles. Et à l'heure où l'hystérie sur le sujet continue de plus belle, dans le monde médiatico-politique: un point ou l'autre gagné ou perdu par untel ou untel, la belle affaire – et des heures de commentaires.

Ce rappel a émané, cette semaine, de la très officielle commission des sondages. «A moins d’un mois du scrutin et eu égard à la place qu’occupent les sondages d’intentions de vote dans la campagne électorale», cet organisme «estime nécessaire d’insister sur la grande prudence avec laquelle les résultats de ces sondages doivent être interprétés».

La plupart des médias audiovisuels français ont désormais pris l'excellente habitude, lorsqu'ils relatent les résultats de ces enquêtes, de préciser qu'elles ne sont «que des instantanés de l'opinion: valables uniquement à un temps T, et n'ayant donc aucune valeur prédictive», etc, etc. Les formules du genre étant dorénavant consacrées, la commission, dans son rappel, ne s'étend pas sur ce point. Elle se borne à confirmer que ces enquêtes «ne sont qu’un instrument d’analyse de l’opinion publique, et non un outil de prévision des résultats électoraux». En revanche, elle insiste sur une autre réserve à prendre en compte, et qui, elle, est encore assez peu mentionnée dans les commentaires faits par les médias sur les sondages. Cela concerne ce que l'on a coutume d'appeler leur marge d'erreur.

Marge qui n'est pas mince, et qui, dès lors, peut fameusement modifier la donne. Et «cette marge est d’autant plus élevée que la taille de l’échantillon (des personnes sondées) est faible. La taille et les modalités de constitution des échantillons ont notamment pour effet que les scores publiés par les instituts de sondage sont généralement établis sur la base d’un effectif de l’ordre de 600 personnes. Dans ces cas, les écarts entre des scores (électoraux) attribués (aux différents présidentiables) qui n'excèdent pas un pourcentage de l'ordre de 4 % ne sont pas véritablement significatifs».

Elections présidentielles, Personnalités, MédiasPensez-y la prochaine où vous lisez, entendez ou voyez des commentaires enfiévrés sur tel ou tel sondage qui donnerait un François Hollande et/ou un Nicolas Sarkozy à 28,5% ou 29,5%: en baisse ou en hausse de 0,5% alors que son rival, lui, progresserait ou régresserait de 0,5%. La commission des sondages ne le dit pas aussi cash, mais c'est le sens de son rappel: avec une marge d'erreur de 4%, toute cette agitation à propos d'évolutions microscopiques de ces enquêtes d'opinion, cela n'a absolument aucun sens.

22/03/2012

Une grande forme

Une matinée avec Marine Le Pen. Trop chouette. Au saut du lit, d'abord: en écoutant l'énième matinale radio dont elle était l'invitée. Puis, hop, un rapide saut au bureau et le métro illico: pour, cette fois, rencontrer l'intéressée de visu. Ce matin, la candidate et présidente du FN était reçue par la presse étrangère basée à Paris.

On a pu le constater: elle est en grande forme. Pendant près de deux heures, sans une pause ni une note ni une hésitation ni un mot bafouillé, elle a débité son discours bien rôdé avec une impressionnante pugnacité. Et sans du tout se démonter quand des questions assez sèches lui étaient posées, par des confrères de médias de pays arabes. Bravache, devant une centaine de représentants de médias du monde entier, la frontiste a descendu en flammes une France qu'elle a décrite comme, en gros, gouvernée par un pouvoir corrompu et mou, inconscient que les barbus sont partout, voire complaisant avec eux.

«Quand je serai Présidente de la République...» Marine Le Pen a commencé plusieurs fois ses phrases de la sorte. A ces moments, le plus instructif était de constater que, dans l'assistance, personne ne pouffait de rire.

A Paris à la mi-avril 2002, Jean-Marie Le Pen avait lui aussi rencontré la presse étrangère. Ce jour-là, il lui avait notamment assuré que, sur foi de sondages privés qu'il détenait, il serait présent au second tour. Le dimanche qui avait suivi, le 21 avril 2002, il avait devancé Lionel Jospin. Dix ans plus tard, ce jeudi matin, l'anecdote a été narrée à sa fille. Qui y a réagi ainsi: «D'après mes informations, les trois candidats en tête des sondages (Nicolas Sarkozy, François Hollande et elle) sont, en fait, beaucoup plus proches les uns des autres qu'on ne le dit...»

On verra ça le 22 avril. Dans un mois, pile. On verra ça, ou pas.