Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

10/03/2011

Un grand basculement (2)

matélé.jpgTrois jours plus tard, on n'a toujours pas découvert le monde mirifique de la télé numérique. Pas le temps, ni l'envie, de se prendre la tête avec de la technique après les journées de boulot; on verra cela calmement ce week-end. En revanche, on a eu le temps de s'étonner. S'étonner, car autant on a eu droit à un concert de louanges des autorités sur la grande réussite, paraît-il, de ce passage de la région parisienne à la TNT, autant elles ont peu évoqué, trouve-t-on, les arnaques qui accompagnent ce basculement de la France vers la télé du futur.

Pourtant, des tas d'individus peu scrupuleux s'en mettent plein les poches, à la faveur de cette révolution télévisuelle. Au détriment singulièrement de personnes âgées, souvent complètement dépassées par ces questions techniques.

Ainsi, racontait «France Soir» fin février, ce retraité qui s'est laissé convaincre de prendre un crédit pour acquérir un décodeur d'une valeur de... 5000€  –  on en trouve chez Darty dès 30€ . Le démarcheur de la société, qui s'est aujourd'hui volatilisée, lui avait certifié que, sans cet appareil, il ne pourrait plus regarder la télé. Depuis, en plus, ce décodeur hors de prix ne fonctionne plus. Mais le service après vente de la société qui le lui a vendu ne répond pas: la ligne téléphonique n'est plus attribuée.... Ou cette petite vieille qui a dépensé 250€ pour faire régler l'antenne-râteau sur son toit, alors que, bénéficiant d'une parabole, elle aurait pu se passer de ce réglage: l'antenniste venu chez elle s'est évidemment bien abstenu de le lui signaler... Ou encore, dénonçait l'autre jour «Que Choisir», ces antennistes qui, en région parisienne, ont facturé jusqu'à 2000€ la vérification de la compatibilité des antennes-râteau de copropriétés, alors que cette opération est «normalement facturée de 300 à 500 euros pour un immeuble standard»...

Sans oublier cette énormité dénoncée (ici), il y a plus d'un an déjà, par cette même association de consommateurs. «Des centaines de milliers d'adaptateurs TNT imparfaitement configurés ont été mis sur le marché». Ces 300.000 à 500.000 adaptateurs défectueux n'ont pas tenu compte de l'évolution de la table de numérotation des chaînes télévisées. Dès lors, quand cette nouvelle table entrera en vigueur, soit ces appareils «seront complètement perdus, dans l'incapacité de retrouver les chaînes». Soit «les chaînes ne seront plus numérotées correctement». Soit «une partie seulement d'entre elles continueront d'être reçues». Encore bravo.

09/03/2011

Un procès, ou un autre

A Paris, il y a des procès qui, même s'ils tournent en eau de boudin, mobilisent la grosse artillerie judiciaire, politique et médiatique. Il y en a d'autres qui, en revanche, donnent un peu l'impression de vouloir être expédiés en catimini: comme si l'on voutait éviter que trop de bruit soit fait autour d'eux. On en a une belle illustration cette semaine. Lundi et mardi, au Palais de Justice, ce fut le tumulte autour du (faux départ du) procès de Jacques Chirac. Ces mercredi et jeudi, au même endroit mais avec beaucoup moins de raffut, est jugé un fait divers dramatique, qui, à l'époque, avait choqué l'opinion parisienne.

C'était dans la nuit du 25 au 26 août 2005. En pleine torpeur estivale. Boulevard Auriol, dans le treizième arrondissement, s'embrasait subitement un immeuble vétuste. Dans lequel s'entassaient 130 Africains en attente, depuis des années, d'un relogement dans une habitation plus décente. Dans les flammes, en quelques minutes, périssaient 17 personnes dont 14 enfants. Trois jours plus tard, dans le Marais cette fois, partait en fumée un autre immeuble miteux. Dans lequel, pareillement, (sur)vivaient des Parisiens d'origine africaine: 7 morts. Trois mois plus tôt, déjà, dans le neuvième arrondissement, 25 personnes, tout aussi précarisées et majoritairement d'origine étrangère, avaient péri dans l'incendie de l'«Hôtel Paris Opéra», où elles avait été placées dans l'attente d'un meilleur logement.

Cinq ans après la catastrophe du boulevard Auriol, son procès s'ouvre ce mercredi. Après «une enquête baclée» selon les familles des victimes: l'incendie n'a jamais été élucidé. «Un procès tronqué», dénoncent-elles aussi. Moins de 48 heures de débat, pour le procès d'un problème aussi vaste à Paris que le mal-logement. Moins de deux jours de procès, pour 17 morts dont 14 enfants.

01/03/2011

Une promesse oubliée

Un changement symbolique en France, ce mardi: à 11h30 précisément, soit l'heure fixée pour la passation de pouvoirs entre Michèle Alliot-Marie et Alain Juppé au ministère des Affaires étrangères. A partir de ce midi, ce pays ne compte plus la moindre femme avec rang de ministre d'Etat. Et on ne dénombre plus que 7 femmes (10, en comptant les secrétaires d'Etat), au sein d'une équipe ministérielle totalisant 30 membres. 10 (au mieux) sur 30. Au sommet de l'Etat, donc, on reste loin – et encore un peu plus loin aujourd'hui qu'hier – de la parité hommes-femmes.

En 2007, pourtant, le candidat Sarkozy avait pris cet engagement, à la télé: «Je constituerai un gouvernement de 15 ministres, pas un de plus. Et, bien sûr, avec la parité».

L'électorat féminin appréciera, ou pas, le reniement de cet engagement. Cet électorat féminin qui, au passage, au second tour de l'élection présidentielle de 2007, avait proportionnellement voté davantage pour Nicolas Sarkozy que pour Ségolène Royal..

28/02/2011

Une mémoire courte

larme.jpgMichèle Alliot-Marie est décidément entêtée. Jusque dans sa lettre de démission, hier après-midi, elle a soutenu qu'«aucun manquement» ne pouvait lui être reproché, dans sa si peu glorieuse affaire de vacances tunisiennes. Accessoirement, l'ex-ministre des Affaires étrangères a aussi une très très mauvaise mémoire. «En politique, on ne pleure pas: on serre les dents et on sourit», avait-elle lancé, il y a quelques jours. Les médias hier, au moment où tombait la tête de la dame de fer, ont abondamment repris cette petite phrase, sans doute désireux de voir couler les larmes de l'intéressée. Ce ne serait pas une première, au demeurant. En effet, contrairement à ce que prétend «MAM», on ne compte plus les personnalités politiques qui, ces dernières années, ont fondu en sanglots. Au risque de commencer (un peu) tristement la semaine, petit florilège, pas forcément exhaustif, de ces grands moments d'émotion.

Pas plus tard que la semaine dernière, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a versé une larme en retrouvant sa chère Tunisie pour la première fois depuis la révolution. Le mois dernier, c'était le Premier ministre François Fillon qui avait été submergé par l'émotion, au moment de prononcer l'éloge funèbre de Philippe Séguin. En 2006, un de ses prédécesseurs à Matignon, le socialiste Lionel Jospin, avait marqué l'université d'été du PS, à La Rochelle, en contenant à peine ses larmes alors qu'il discourait sur la fameuse soirée du 21 avril 2002.

Des yeux (un peu) mouillés, on en aperçut paraît-il aussi chez Jean-Marie Le Pen, le mois dernier: au congrès du FN lors duquel il passa la main à sa fille. Une crise de larmes carrément, devant les caméras de Canal si on se souvient bien, c'est ce qui survint à l'UMP Françoise de Panafieu en 2008: lorsque, à l'issue du premier tour des élections municipales, elle se rendit compte qu'elle ne succéderait jamais à Bertrand Delanoë à la mairie. Autres sanglots médiatisés et mémorables: ceux de la députée catholique Christine Boutin (à l'Assemblée en 1998, lors du débat houleux sur le Pacs), de Rachida Dati (à son arrivée au ministère de la Justice, en 2007) ou de la socialiste Martine Aubry (quand elle dut quitter l'Assemblée en 2002, battue aux législatives dans le Nord). Bref, n'en déplaise à Michèle Alliot-Marie, en politique, on serre les dents souvent, on sourit tout le temps, à l'occasion on promet «du sang et des larmes», mais, parfois aussi, on pleure. Quitte à ce que, bien sûr, ce ne soient que des larmes de crocodile.

 

PS: Rien à voir avec la politique française, mais, si vous avez un jour la chance de tomber sur un exemplaire du livre «Crying Men», publié par le photographe Sam Taylor en 2005, n'hésitez pas. En effet, c'est un des livres de photos les plus saisissants édités ces dernières années – il connut d'ailleurs un succès tel qu'il est devenu introuvable et donc hors de prix. Ce photographe a demandé à toute une série de personnalités (Jude Law, Ed Harris, Benicio Del Toro, Willem Dafoe,etc.) de... fondre en larmes devant son objectif. On était tombé en arrêt devant ce livre il y a quelques étés, aux Rencontres internationales de la photographie d'Arles. Depuis, on a toujours regretté de ne l'avoir acheté. Ses clichés, en effet, sont le plus souvent absolument bouleversants.

17/02/2011

Un langage

nombril.jpgComme tous les métiers combinant une forte notoriété publique et une grosse charge de travail, la politique nécessite une fameuse dose d'ego. Et un certain nombrilisme? C'est ce qu'on pourrait déduire d'une étude sortie il y a quelques jours, consacrée au langage des personnalités politiques françaises. On y découvre qu'en France, le mot préféré des politiques – mais sans doute est-ce la même chose dans tous les pays et dans toutes les langues – n'est autre que le terme... “je” .

Pour cette étude, les discours, interviews et autres interventions de 35 personnalités politiques françaises, prononcés entre janvier 2000 et juin 2010, ont été disséqués. Au bas mot, c'est le cas de le dire, 500.000 termes de chacune de ces personnalités ont été passés au peigne fin. Il en ressort donc que c'est le “je” qui y revient le plus souvent. A raison de 22,97 occurrences par 1000 mots, très précisément. Nicolas Sarkozy est le champion toutes catégories de l'utilisation du “je” –  comme du “moi”, d'ailleurs. Le suivent la socialiste Ségolène Royal et le centriste François Bayrou. Rien d'étonnant à cela: comme le signalent les auteurs de cette étude, ce nombrilisme lexical est «le reflet, sans doute, d'une présidentielle 2007 très axée sur la personnalité même des candidats, avec un besoin d'incarner sans doute plus fort encore qu'auparavant dans la Ve République».

Sinon, on trouve davantage de confirmations que de révélations dans ce travail. Et même quelques constatations qui enfoncent des portes ouvertes. Ainsi, rien d'étonnant à ce que les termes “immigration” ou “sécurité” soient beaucoup utilisés par les ministres de l'Immigration et de l'Intérieur respectivement. Quelques petites informations pas totalement inintéressantes, tout de même.

Ainsi, pendant la période étudiée, c'est le tribun souverainiste Philippe de Villiers qui a le plus utilisé le plus le mot “France”. La socialiste Martine Aubry, elle, est de loin celle qui emploie le plus souvent le mot “social”. La mère de la loi sur les 35 heures a aussi le plus fréquent recours au terme “travail”, mot qu'emploie beaucoup aussi Nicolas Sarkozy («réhabiliter la valeur travail», etc). Jean-Marie Le Pen adore évoquer "l'Europe" et la "nation". François Bayrou ne cesse de parler de la "démocratie" et des "citoyens". Jacques Chirac a un tic verbal – si par extraordinaire cela vous avait échappé, c'est le terme "naturellement". L'écologiste Cohn-Bendit met surtout en avant des "problèmes". Et Marine Le Pen utilise énormément le qualificatif "national" alors que son père, lui, parlait plus volontiers du "peuple".

mots.jpgEt, pour conclure sur le sujet, cette anecdote prouvant à merveille, une fois de plus et si besoin en était, combien le langage traduit/trahit décidément le locuteur. Les termes "Nicolas Sarkozy" ont été cités le plus souvent par... le jeune trotskiste Olivier Besancenot, jadis couronné dans les sondages comme étant le meilleur opposant au Président. Et ils ont été cités le moins souvent par, on vous le donne en mille, le meilleur ennemi-ami de 30 ans de l'hôte de l'Elysée: un certain Jacques Chirac.

11/02/2011

Un déménagement?

Grosse agitation dans les milieux sportifs parisiens, en ce moment. Car, ce week-end, se joue le sort d'une institution du sport de la capitale française: Roland Garros. Dimanche, en effet, la Fédération française de tennis se prononce sur l'éventuel déménagement en banlieue du mythique stade de tennis de la porte d'Auteuil.

Pour faire court, «Roland», comme disent les gens (un peu) chics à Paris, se sent à l'étroit en bordure du Bois de Boulogne. Il estime que, pour pouvoir continuer à rivaliser avec les autres stades mondiaux des tournois du grand chelem, la superficie occupée par ses infrastructures doit passer de 8 à 14 hectares. Problème? Cela supposerait notamment d'empiéter sur le site contigu des Serres d'Auteuil, un magnifique ensemble architectural et botanique. Un site classé, et pour la sauvegarde duquel se sont mobilisés nombre de riverains, les Verts ainsi que quelques people (Françoise Hardy, etc.). Du coup, pour régler ces problèmes de place, c'est carrément la délocalisation de Roland Garros qui est envisagée. Trois sites ont remis un dossier à la Fédération de tennis: Marne-la-Vallée (où est déjà implanté Disney), Gonesse (près de l'aéroport de Roissy), et Versailles (dont la candidature, d'après les connaisseurs du dossier, tient la corde). En 1992 déjà, un gros débat avait eu lieu à Paris sur ce manque d'espace préjudiciable à Roland Garros, qui avait finalement reçu l'autorisation de s'agrandir.

Le maire de Paris bataille évidemment pour le maintien du stade à son emplacement actuel, et jure que c'est possible sans toucher à l'essentiel des Serres d'Auteuil. Les gros sponsors du tournoi parisien veulent eux aussi son maintien dans la capitale. Les stars du sport, elles, sont partagées.

Dans le camp des partisans du déménagement, outre Amélie Mauresmo, on trouve notamment Guy Forget («La proximité du château de Versailles serait un atout considérable»), Roger Federer («On a besoin de plus de place»), ou Lilian Thuram (qui, dans «Le Monde» d'hier soir encore, s'enthousiasmait pour la candidature de Marne-la-Vallée). En revanche, des sportifs comme Rafael Nadal ou Marion Bartoli n'imaginent pas un Roland Garros autre part qu'à Paris. C'est aussi le cas de Yannick Noah. Qui, ce matin, sur toutes les radios de France ou à peu près, jugeait inimaginable que des stars du tennis mondial puissent un jour devoir jouer «à Trifouillis-les-Oies», et non plus à Paris. Pour lui, «ce serait vraiment pas cool»..

Nous, en tout cas, en entendant au saut du lit le ton avec lequel l'ex-vainqueur de Roland Garros disait cela, c'était son parisianisme méprisant qu'on ne trouvait pas trop cool.

_____________________

Actualisation, dimanche

Le tournoi de tennis de Roland-Garros restera à Paris. La Fédération française de tennis a décidé dimanche matin du maintien du tournoi de Roland-Garros à Paris. La candidature de la capitale a obtenu la majorité des deux-tiers au vote de l'assemblée générale. (AFP)

10/02/2011

Une sobriété

microsjournalistes.jpgAujourd'hui, parlons un peu des journalistes et de Nicolas Sarkozy. Puisque, ce soir, c'est le grand soir (télévisuel) pour le Président. Qui, sur TF1, passe son «grand oral», comme on dit à Paris. Enfin, si tant est que convienne ce terme «grand oral», généralement associé au stress. Pas sûr que Nicolas Sarkozy aura à stresser ce soir. Puisque, en guise d'interlocuteurs, il n'aura face à lui que des Français probablement tétanisés et Jean-Pierre Pernaut: l'ineffable présentateur du 13 Heures de TF1, qui n'est pas connu pour être un extrême-gauchiste.

Au fond, Jean-Pierre Pernaut est-il de ces confrères qui se lèvent au moment où Nicolas Sarkozy pénètre dans le salon où l'attendent les journalistes qu'il a invités à sa conférence de presse? On pose la question, parce que, à l'Elysée l'autre jour, avec un sourire très très mi-figue, mi-raisin, Nicolas Sarkozy a entamé sa grande conférence de presse en se disant touché par les quelques journalistes qui s'étaient levés à son arrivée. Et en rassurant ceux qui étaient restés assis: la station debout n'est pas (encore?) jugée obligatoire à l'Elysée quand le Président paraît. On n'est pas (encore?) à la Maison Blanche – où la presse se lève à l'arrivée du Président, voire applaudit à la fin de sa prestation.

Et nous? Ce matin-là, si on avait eu le temps d'aller se montrer à ce grand raout médiatico-mondain, se serait-on levé à l'arrivée de Nicolas Sarkozy? Plutôt non, en fait.

Non pas qu'on soit un goujat. Mais une marque de politesse aussi ostensible nous semblerait inhabituelle au point de friser l'obséquiosité.

salutmilitaire.jpgTout comme, quand on couvre un meeting politique, on n'applaudit ni on ne hue un orateur. Tout comme on s'est toujours abstenu de militer dans un parti ou de signer une pétition. Tout comme on n'entamerait pas par un garde-à-vous une interview d'un haut gradé, à qui on ne donnerait pas du «Mon colonel», mais du «Monsieur», tout simplement. Tout comme ne nous viendrait jamais à l'idée de faire la bise à un(e) ministre, ou de partir à la plage à bord du jet privé d'un patron du CAC 40 dont on viendrait de publier le portrait.

En la matière, les soupçons de connivence entre la presse et les élites, les élites politiques singulièrement, sont tels – en France comme ailleurs – que la meilleure attitude, de la part des journalistes, nous semble être la plus grande sobriété, la plus parfaite réserve. On est là pour bosser. Pas pour les courbettes, ni pour l'affect.

07/02/2011

Un hommage, ou l'autre

Réunis en conseil municipal ces lundi et mardi à l'Hôtel de Ville, les élus parisiens vont reparler de la Tunisie. En effet, les alliés écologistes et communistes du maire, Bertrand Delanoë, proposent de donner à un lieu de la capitale (rue, place, etc.: à déterminer par la suite) le nom de Mohamed Bouazizi. Le 17 décembre, à Sidi Bouzid, ce Tunisien de 26 ans s'était immolé par le feu. Jeune diplômé sans emploi, reconverti dans la vente à la sauvette de fruits et légumes, il avait vu sa marchandise confisquée par la police. Son sort et son geste avaient ému la population de sa ville puis de son pays. Et avaient donné le signal de départ du mouvement de contestation qui emporta le Président Ben Ali et a ensuite essaimé dans le monde arabe.

Pour les partisans (ici) de la dénomination d'un lieu parisien en l'honneur de ce jeune Tunisien, il «est l'un des symboles tragiques de cette révolution, symptomatique de ces dizaines de Tunisiens qui ont malheureusement payé de leur vie leur combat pour la démocratie, la justice et la liberté». Mohamed Bouazizi pourrait même être comparé à Jan Palach, cet étudiant tchécoslovaque qui s'immola par le feu à Prague en janvier 1969, pour protester contre l'invasion de son pays, six mois plus tôt, par les chars soviétiques.

Si cette suggestion est adoptée par les élus parisiens, ce serait un fameux changement de ton de la part de la capitale. Car, lorsqu'il était maire de Paris (1995-2001), le RPR Jean Tiberi était une de ces nombreuses personnalités politiques françaises qui ne tarissaient pas d'éloges envers Ben Ali. L'atteste, par exemple, le discours (ici) qu'il prononça quand il reçut l'autocrate tunisien à l'Hôtel de Ville, en 1997. Jean Tiberi crut bon de rendre hommage à son «autorité» et sa «grande sagesse», à sa «politique de modération et d’équilibre». Ce qui a «permis à la Tunisie d’être un exemple de stabilité et de s’imposer dans le concert des nations», ce qui a fait naître le «miracle tunisien». Suivit cette louange qui vaut son pesant d'or – ou de plomb – s'agissant d'un pouvoir ayant toujours réprimé l'expression de la moindre opposition: «Nos pays respectifs ont fait, l’un et l’autre, la preuve que la vraie richesse d’une nation réside dans la qualité de ses citoyens et dans sa capacité à leur permettre d’exprimer le meilleur d ‘eux-mêmes». Ou cet autre hommage: «La Tunisie, comme la France, a œuvré pour un monde d’entente et de liberté».

Si effectivement, demain, un lieu de Paris est baptisé en hommage à Mohamed Bouazizi, Jean Tiberi s'affichera-t-il à la cérémonie d'inauguration de la plaque commémorative en l'honneur d'une des innombrables victimes du tyran qu'il encensa jadis?

02/02/2011

Un moral (assez moyen)

toutvabienporte.jpgIl y a une bonne âme en ce moment, dans notre quartier du onzième arrondissement. Quelqu'un qui, aux alentours de la rue Saint-Sébastien, un peu partout sur les murs, colle des affichettes assurant le passant que «Tout va bien». Ou, variante, que «Tout va bien se passer». Sans doute cette bonne âme pense-t-elle que le Parisien moyen est exagérément pessimiste, anxieux et/ou déprimé, qu'il a besoin d'être un peu rassuré, qu'un petit message amical de la sorte ne lui fera pas de mal. Charmante attention.

«Tout va bien se passer», en cette nouvelle année? Les Français n'en semblent pas massivement convaincus. Selon une enquête de l'institut Ifop réalisée les premiers jours de janvier – dont on n'avait pas encore eu l'occasion de parler dans ce blog, donc c'est le moment ou jamais –, une courte majorité de sondés (52%) se déclarent optimistes pour eux et leurs enfants. Mais, parmi eux, seuls 8% se disent très optimistes. Et 48% des Français, ce qui n'est tout de même pas rien, s'avouent pessimistes.

Sans surprise, les plus confiants en l'avenir sont les moins de 35 ans (69% d’optimisme), les 18-24 ans surtout (76%). Alors que les moins optimistes se retrouvent parmi les plus de 65 ans (40%), les retraités (40%) et les ouvriers (46%). Les habitants de la région parisienne sont proportionnellement un peu plus optimistes (57%) que la moyenne nationale des Français. Autre enseignement de cette étude, les hommes sont un rien plus confiants en l'avenir (55%) que les femmes (49%).

toutvabiensepasser.jpg52% de Français optimistes cet hiver, au total, c'est mieux (+8) que cet été. Mais, note l'Ifop, «en dépit de cette amélioration de l’optimisme, la confiance accordée par les Français au gouvernement marque un fort reflux, et ce dans tous les domaines étudiés». Qu'il s'agisse de la lutte contre le chômage ou contre l'insécurité, de la protection de l'environnement, de l'intégration des personnes issues de l'immigration, de l'augmentation du pouvoir d'achat ou de la baisse des impôts, «il n’existe plus aujourd’hui de sujet pour lequel les personnes interrogées font montre d’une confiance majoritaire» envers la majorité de Nicolas Sarkozy.

Majorité qui n'a donc plus que quinze mois, d'ici aux élections présidentielles du printemps 2012, pour se refaire une santé.

31/01/2011

Une invitation

nuages.jpgLoin de l'Histoire qui, en ce début d'année, est peut-être en train de se jouer pour des dizaines de millions de gens à quelques heures d'avion de Paris, de l'autre côté de la Méditerranée, certains hauts dirigeants, en France en ce moment, ont, de temps à autres, des horizons bien plus poétiques d'action et de communication. Ainsi, dans le même registre politico-techno qu'on évoquait vendredi, à propos des nouvelles applis de Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde, l'autre jour, a carrément lancé une invitation à la rejoindre... dans les nuages.

La ministre de l’Economie et des Finances, en effet, a proposé de plancher en sa compagnie sur des projets... d' «informatique en nuage» (voir ici). C'était expliqué – si l'on peut dire – comme tel: il s'agit mettre au point des «projets R&D collaboratifs ciblés et ambitieux, qui contribueront à l’émergence de leaders maîtrisant ces technologies structurantes pour les prochaines générations d’infrastructures informatiques mutualisées». Avis aux lecteurs de ce blog qui comprendraient ce charabia et seraient candidats à un tel voyage avec Christine Lagarde: ils ont jusqu'au 29 avril, dernier délai midi précisément, pour se déclarer.

On n'a pas encore trop bien compris en quoi consistait cette excursion dans la stratosphère informatique avec l'hôte de Bercy. A dire vrai, on n'a même pas trop fait l'effort de comprendre: peine perdue sans doute, vu qu'on a toujours été très bouché pour tout ce qui touche à la technique et l'électronique. On a néanmoins sursauté (un peu) le jour où, dans notre boîte mail, est arrivée cette invitation ministérielle à un voyage si nébuleux. Car que viennent donc faire les nuages dans cette histoire? Sans doute est-ce la trouvaille géniale d'un de ces communicants payés à prix d'or par le pouvoir pour rendre moins technique sa communication. Mais tout de même. Associer ainsi les nuages, l'univers le plus propice qui soit à la rêverie, à l'informatique, le domaine qu'on a toujours trouvé le le moins planant du monde, voire à la politique, qui si souvent ne vole pas très haut, on trouve cela assez renversant/assez culotté.

28/01/2011

Un cadeau d'anniversaire

Aujourd'hui, une note sur un sujet capital. Puisque le message nous ayant annoncé l'info, arrivé hier à 15h38 très précisément dans notre boîte mail, nous avait «été envoyé avec une importance haute» par son expéditeur. Une note qui intéressera les lecteurs de ce blog qui, il doit bien y en avoir, sont geeks, fanas des nouvelles technologies, et/ou sarkozystes, groupies de l'hôte de l'Elysée.

Pour son anniversaire (aujourd'hui), Nicolas Sarkozy s'est offert (hier) un nouveau gadget de communication: «ses premières applications Elysée.fr sur téléphone mobile (iPhone) et tablettes (iPad)». «Disponibles dès aujourd’hui gratuitement sur l’AppStore d’Apple, elles permettent de consulter l’essentiel des contenus du site Internet officiel de la Présidence de la République, www.elysee.fr». Donc, désormais, où qu'il soit, le tout-venant aura accès, via quelques clics et en temps réel, aux «discours, articles, dossiers, communiqués de presse, agenda du Président, ainsi que toutes les photos et vidéos (reportages, discours, conférences de presse) couvrant l’actualité du Président de la République». Tous ces éléments étant bien sûr ouverts au partage sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter, ainsi que par email et SMS. Fin du fin, cette appli contient «une carte géographique retraçant tous les déplacements du Président de la République en France et dans le monde, ainsi qu’un espace personnel où chacun peut archiver ses contenus préférés».

Trop chouette.

Mais sans doute les usagers du métro parisien regretteront-ils que le communiqué du chef de l'Etat ne précise pas une chose. Comment sont censés réagir les détrousseur de smartphones sévissant, paraît-il, dans le réseau de RATP? Quand, au moment de fondre sur leurs nouvelles et imminentes victimes, ils apercevront que celles-ci sont en train de se pâmer sur les pages d'Elysee.fr? Face à cette racaille, une telle navigation sera-t-elle un instrument efficace de dissuasion («Gaffe: c'est un ami de Sarkozy!»)? Ou, au contraire, une circonstance aggravante: une espèce de pousse-au-crime («Super: en plus, je vais me faire un ami de Sarkozy!»)?

27/01/2011

Une effervescence

presse.jpgC'est décidément l'effervescence en ce moment, dans les hautes sphères de la grande presse parisienne. Comme si les stars du journalisme français avaient désormais droit eux aussi à leur «mercato», comme on appelle le marché annuel des transferts des vedettes du foot ou des star(lette)s de la télé.

Tentons de résumer cela en vitesse. Il y a d'abord eu Denis Olivennes qui a quitté «L'Obs» pour Europe 1, en remplacement d'Alexandre Bompard, parti à la FNAC à défaut d'avoir succédé à Patrick de Carolis à la tête de France Télévisions. On a ensuite eu l'annonce du remplacement probable d'Olivennes, à la tête de ce newsmagazine, par Laurent Joffrin, qui était le patron de «Libération» après avoir été celui de «L'Obs». Joffrin auquel succédera, a-t-il été confirmé cette semaine, Nicolas Demorand, ex-Europe1, ex-France Inter, ex-France Culture: il a décidément la bougeotte. Demorand qui, à la tranche d'info vespérale d'Europe, sera remplacé par Nicolas Poincaré, qui venait d'arriver à la tranche matinale de France Info. On a encore eu, cette semaine, la confirmation du remplacement d'Eric Fottorino, remercié de la direction du «Monde», par Erick Izraelewicz. Moins médiatisée mais spectaculaire: la semaine précédente, l'avionneur milliardaire Serge Dassault, grand ami de Nicolas Sarkozy, a viré comme un malpropre le directeur général du groupe «Le Figaro», Francis Morel. D'après les échos, cette éviction inopinée aurait moins des raisons économiques (ce groupe ne se porte pas trop mal) que politiques: un problème, semble-t-il, de ligne éditoriale, qui déplairait au très droitier Serge Dassault. Curieux: on n'avait pas remarqué, ces derniers mois, que «Le Figaro» (*) n'était plus ultra-sarkozyste.

Loin de l'effervescence entourant ce grand jeu de chaises musicales, deux petites nouvelles du monde de la presse ont, ces derniers jours, attiré notre attention.

Les nouveux propriétaires du «Monde», visiblement obsédés par le «cost cutting», ont décidé de réduire drastiquement le nombre d'exemplaires du journal gratuitement mis à la disposition de son personnel. Cocasse. C'est un peu comme si le petit apprenti qui bosse dans une boulangerie n'y avait plus droit à son croissant quotidien gratuit. Ou comme si, toutes proportions gardées, un écrivain qui vient d'être publié ne se voyait plus offrir, par son éditeur, un exemplaire gratuit de son bouquin. Plus sérieusement, «Libération», depuis la révolution tunisienne, offre l'accès gratuit, sur son site web, à tous les articles qu'il consacre à ce pays: accès gratuit au bénéfice notamment des lecteurs du Maghreb. Bien.

 

logo_figaro.jpg(*) «Le Figaro» qui, cela dit, nous fait souvent bien rire. Deux exemples récents. Un: l'autre jour, on y a lu une chronique culinaire délicieusement décalée avec les priorités d'un pays de plus en plus paupérisé. Son titre? «Quel vin rouge boire avec la truffe noire?» Question effectivement essentielle, que doivent se poser des millions de Français en ce moment. Deux: ce portrait, évidemment très élogieux, de la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie. Grand titre sur 5 colonnes: «Le style de MAM s'impose au quai d'Orsay». Problème? L'article est paru... le 14 janvier. Jour où le Tunisien Ben Ali fuyait son pays et où commençait la tempête qui allait déstabiliser la même ministre, à propos de sa gestion de la crise tunisienne. Encore merci au «Figaro» pour ces moments de joie matinale.

25/01/2011

Une faille

roissy2.jpgL'attentat meurtrier perpétré hier à l'aéroport de Moscou est-il possible à Roissy, à Orly ou, au-delà, dans n'importe quel aéroport de l'Hexagone? Après les images terribles aux JT d'hier soir, des Français, ce mardi, s'interrogent peut-être sur la sécurité aéroportuaire dans leur propre pays. Il faut dire que début janvier, la télé a jeté un fameux pavé dans la mare.

Vous avez peut-être vu cela: c'était dans le numéro du magazine «Envoyé spécial» intitulé «Police privée: sécurité au rabais». Dans plusieurs aéroports du pays dont Roissy, deux journalistes parvenaient à embarquer dans des avions avec, glissé dans leur bagage, un pistolet 9 mm démonté en sept pièces. Leurs sacs passaient aux rayons X, voire étaient inspectés, mais jamais leur arme n'était découverte. Ils avaient même pu la remonter sans le moindre problème dans un des avions utilisés pour ce test, filmé en caméra cachée.

Le syndicat des entreprises de sûreté aéroportuaire avait dénoncé la «recherche du sensationnel» à tout prix, par les médias obsédés par l'audimat. Mais des commentaires pas trop rassurants avaient-été entendus lors de la (mini-)polémique ayant suivi la diffusion de l'émission. Ainsi, cette déléguée syndicale de la société qui assure la sécurité de l'aéroport de Marignane – à Marseille donc et pas à Paris, mais pas sûr que la situation diffère à Roissy ou Orly.

Interrogée, sur une radio, à propos de cette faille retentissante de sécurité, elle avait eu ces mots. «Les agents de sécurité travaillant dans les aéroports ne cessent de demander davantage de moyens et d'effectifs. Davantage de formation, aussi. Pour apprendre à détecter une arme, les agents ne reçoivent qu'une formation de 14 heures. C'est court mais c'est une bonne base, car c'est surtout l'expérience de terrain qui compte. Le problème, c'est que, dans toutes ces sociétés de sécurité privées opérant dans les aéroports, il y a beaucoup de turn over. Les agents les plus expérimentés, sous contrat de travail à durée indéterminée, sont souvent remplacés par des nouveaux: engagés eux à durée déterminée, moins chers donc pour leur entreprise, mais n'ayant aucune expérience». A l'entendre, cette grande rotation du personnel dans le secteur de la sécurité privée – où les emplois sont souvent mal payés et pénibles (horaires de travail, etc.) – peut avoir un impact sur la sécurité.

roissy.jpgD'ailleurs, faites l'expérience la prochaine fois que, à Roissy ou à Orly, pour accéder à la zone de départ des avions et des achats détaxés, vous passez les portiques de sécurité. Observez l'âge moyen des vigiles qui vous contrôlent. Vous pourrez constater, ainsi qu'on l'a déjà fait tant de fois, que, dans la majorité des cas, ces agents sont très jeunes.

Alors, il va de soi que cela ne doit pas amener à mettre d'office en doute leur compétence – la valeur n'attendant pas le nombre d'années, etc, etc. Il n'empêche, en termes de sécurité, sans doute cela ne ferait-il pas de mal si davantage de personnel plus âgé et donc expérimenté encadrait ces jeunes qui apprennent leur métier.

21/01/2011

Une aphasie

silence.jpgCela faisait bien longtemps qu’on n’avait plus vu le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères aussi laconique. Cela se passait mardi, au quai d’Orsay. Si on n’en parle qu'aujourd'hui, c'est parce qu'on trouve que c’est une belle cerise sur le gâteau d’une semaine pendant laquelle la diplomatie française a été tant et tant critiquée, à propos de sa gestion des événements en Tunisie.

 

C'était mardi, et c’était une déclaration en forme de réponse à une question qui, pourtant, n’était pas idiote. Posée par un confrère journaliste, elle disait ceci, comme en atteste le verbatim du point de presse: «Il y avait une partie de la famille du Président Ben Ali qui est arrivée en France vendredi dernier au Bourget et qui est allée tout de suite à Disneyland. A votre connaissance, sont-ils toujours en France ou l’ont-ils quittée?»

 

Si vous aviez raté cela, rappelons qu'à la fin de la semaine dernière, ont débarqué au pays parisien de Mickey Mouse successivement Nesrine Ben Ali (24 ans, fille du tyran déchu), sa jeune soeur Cyrine, Sakher el-Materi (gendre de Ben Ali et époux de Nesrine) ainsi qu'un petit-fils de l’ex-chef d’Etat. Ces gens n'ont «pas vocation à rester en France; ils partiront», avait prévenu le porte-parole du gouvernement. Et, de fait, le week-end dernier, toutes les télés de France avaient diffusé les images d'une grosse agitation policière autour de Disneyland puis aux environs du Bourget. Aéroport parisien d'où, ensuite, s'était envolé un jet privé vers une destination inconnue. Les médias, du coup, avaient déduit qu'à bord de cet appareil, se trouvaient les fameux proches de Ben Ali. Mais, officiellement, leur départ de l'Hexagone n'a jamais été confirmé. D'où la question du confrère: «Sont-ils toujours en France ou l’ont-ils quittée?»

 

Réponse du porte parole du quai d'Orsay: «Je n’en ai aucune idée». Point final.

 

Donc, trois jours après le départ présumé de France des Ben Ali, les Affaires d'étrangères de ce pays n'étaient toujours pas capables, ou pas disposées, à officiellement confirmer ou infirmer la chose. Et, que l'on sache, depuis, aucune autorité n'est revenue sur le sujet.

 

Sans doute cette merveilleuse discrétion, ce silence si respectueux, sont-ils à l'image de l'aphasie – de l'atonie, au minimum – qui, depuis dix jours, a été si souvent reprochée à la diplomatie française, à propos de la Tunisie.

18/01/2011

Un refuge

Paris plus que jamais refuge mondial des sommes colossales détournées par des despotes étrangers ayant du sang sur les mains. L'affaire Ben Ali vient encore de le montrer. Le Président tunisien déchu est soupçonné de posséder en France, outre deux villas sur la Côte d'Azur et un appartement à Courchevel, deux somptueux appartements situés dans les plus chics quartiers de la capitale française: le seixième arrondissement et le huitième. Selon une ONG hier, la valeur d'une de ces deux résidences est «évaluée à elle seule à 37 millions d'euros». 37 millions d'euros. Plus que ce que pourrait gagner un travailleur français moyen – sans parler du travailleur tunisien – pendant toute une vie d'honnête labeur. Mais rien qu'une goutte d'eau dans la mer des sommes faramineuses que le clan Ben Ali-Trabelsi est accusé d'avoir dérobé au peuple tunisien.

L'immobilier parisien, si coté, devenu une valeur refuge pour les autocrates étrangers: on en a déjà beaucoup parlé dans la Ville lumière ces dernières années, avant même le cas Ben Ali. En effet, les deux juges parisiens instruisant en ce moment l'affaire dite des «biens mal acquis» ont trois chefs d'Etat africains dans leur collimateur, dont deux sont soupçonnés d'avoir fait des placements immobiliers faramineux à Paris.

Ainsi, la famille Bongo, au pouvoir au Gabon, détiendrait rien moins que 39 propriétés dans les beaux quartiers de Paris et de la Côte d'Azur, dont une dizaine d'appartements rien que dans le seizième arrondissement, trois étant situés dans la seule avenue Foch. Le Président congolais Sassou Nguesso ferait à peine moins bien: 24 propriétés immobilières dans la capitale et une villa au Vésinet, une des communes les plus côtées de la banlieue verte de Paris. Lui minimise: il reconnaît tout au plus, du bout des lèves, posséder «un petit appartement, avec un salon et deux chambres, avenue Rapp, dans le septième, et une maison qui jouxte la voie ferrée au Vésinet, acquise en 1983 pour abriter mes enfants qui faisaient leurs études en France». Et de dénoncer un «vacarme» injustifié autour d'un patrimoine parisien selon lui fantasmé. C'est sans doute ce que dira(it) aussi la défense du Tunisien Ben Ali. La justice parisienne tranchera. Ou pas.

10/01/2011

Une occasion

Un happening politico-gastronomique à grand succès médiatique, ce week-end dans les beaux quartiers de Paris. Samedi, l'écologiste Eva Joly est allée rendre visite aux «galériens du logement» du collectif «Jeudi noir». Ces militants, après avoir squatté un splendide hôtel de maître inoccupé de la place des Vosges (c'était ici) puis en avoir été expulsés après une longue saga judiciaire, ont investi cette fois un vaste immeuble de bureaux vide de l'assureur Axa, situé à un jet de pierre du palais de l'Elysée. L'eurodéputée écologiste n'est pas arrivée les mains vides chez les squatteurs. Elle leur a apporté une galette des rois, qu'ils ont dégustée tous ensemble: à la bonne franquette et sous les objectifs d'une nuée de caméras.

Une galette des rois, donc. C'est bien de saison. Nous, on n'a pas le souvenir d'en avoir jamais mangé à Paris, depuis qu'on s'y est installé. Parce que, comme toutes les pâtisseries et viennoiseries, exagérément grasses et sucrées comme chacun sait, cela n'a pas un grand intérêt nutritionnel. Et parce que les boulangers-pâtissiers parisiens ont fait un véritable business de cette tradition de l'Epiphanie, ce qui les amène à vendre ces gâteaux à des prix ridiculement prohibitifs – on l'avait d'ailleurs déjà signalé l'an dernier dans ce blog, à la même époque (ici). Mais, cet hiver, c'est peut-être l'occasion ou jamais de goûter une de ces fameuses galettes.

Puisque, cela tombe à merveille, c'est dans notre cher onzième arrondissement que l'on trouve «les meilleures galettes des rois de Paris»! L'atteste le palmarès de la dernière édition du grand concours de la meilleure galette de la région parisienne – oui, oui: cela existe. Parmi 300 candidats, le jury de l’Ecole de Paris des métiers de la table a couronné, derrière le trio de tête constitué par trois boulangers-pâtissiers de la banlieue, deux de leurs confrères établis dans notre quartier: aux boulevards Beaumarchais et Voltaire. C'est donc peut-être l'occasion ou jamais de se laisser tenter.

Les lecteurs qui habiteraient trop loin de ces boulangeries parisiennes distinguées pour pouvoir y faire un saut et/ou qui voudraient mettre la main à la pâte découvriront ici «comment réussir la galette des rois» à la française (résumons: pâte feuilletée de qualité, assez épaisse, et frangipane légère) ainsi que des liens vers les recettes de ces deux ingrédients. Bon appétit.

06/01/2011

Un air de famille

Les Français se plaignent beaucoup de la SNCF, cet hiver. Et particulièrement ces jours-ci – si vous avez raté cela, lire par exemple ici. Les pataquès de ces dernières semaines risquent d'ailleurs d'amener pas mal de gens à signer une pétition lancée il y a peu, par des usagers qui «n’acceptent pas d’être traités comme des vaches à lait: juste bons à être entassés dans des trains qui arrivent en retard et à payer toujours plus pour un moindre service».

Mais, finalement, pendant les épisodes hivernaux comme on dit, la SNCF fonctionne-t-elle beaucoup plus mal que la SNCB? On n'en est pas sûr. Dernièrement, en tout cas, à l'occasion de notre rapide passage annuel en Belgique pour la Noël, on ne s'est pas senti trop dépaysé.

Ainsi, dans le plat pays, on a eu droit à des guichets totalement fermés pour cause de jour férié; les usagers étant priés de se débrouiller pour les horaires, les tarifs, les correspondances, etc. On a eu droit à des trains bruxellois de banlieue passablement cafouilleux – mais on les a trouvés moins sales que nos RER parisiens. Droit à des quais verglacés car ils n'avaient pas été salés (vol plané, relativement gracieux, en descendant d'un omnibus sur le quai d'une gare du Brabant wallon). Droit à des gares qui, à l'exception de salles d'attente ridiculement exiguës et donc archi-bondées, n'étaient pas du tout chauffées: glaciales, du coup. Droit à des toilettes publiques, dans ces gares, qui, en pleine journée, étaient inexplicablement fermées.

En ce qui concerne le Thalys, le trajet Paris-Bruxelles, on l'a fait... debout. Comme dans le métro de Paris aux heures de pointe. Même pas un strapontin, ni même assez de place pour s'asseoir par terre. Cet après-midi-là, en effet, les occupants des trois Thalys précédents, annulés à cause de la neige, avaient été regroupés dans notre train. Du coup, les réservations ne valant plus, la foule était debout et à touche-touche (*). Quant au trajet de retour Bruxelles-Paris, ce furent retards au départ, en cours de route et à l'arrivée, arrêts inexpliqués en rase campagne, et pas le moindre mot d'excuses bien sûr. Tout cela, finalement, faisait assez SNCF.

Sans doute faut-il voir les choses positivement. Au moins, cet air de famille hivernal assez pagailleux que semblent partager SNCF et SNCB a de quoi rassurer, par son côté routinier, ceux que cela stresse de voyager.

(*) Au passage, remplir à ras bords un TGV est-il bien bien raisonnable (ou simplement réglementaire) en termes de sécurité? Si notre Thalys effroyablement bondé avait déraillé, ou si une bombe y avait explosé, combien de voyageurs auraient-ils été empêchés physiquement, rien que par la cohue, de gagner les issues de secours? Combien de morts en plus aurait-on déploré par rapport à un train qui aurait été normalement rempli? Et, le cas échéant, qu'aurait-dit la société Thalys? Cet après-midi-là, personne à bord de notre TGV n'avait l'air de se poser ces questions.

07/12/2010

Un boulet

saintnicolasfouquets.jpgSaint Nicolas a beau souffrir en France d'un gros déficit de notoriété par rapport au Père Noël, au moment précis où on le rappelait hier midi dans ce blog, le grand saint faisait une apparition remarquée sur... les Champs-Elysées. En effet, encadré d'un Gavroche et d'une République sur des échasses, le barbu préféré des enfants sages y a distribué des cadeaux, des friandises et des clémentines. Sa distribution de présents ne s'est pas déroulée n'importe où sur «la plus belle avenue du monde»: elle a eu lieu précisément devant la célèbre brasserie du «Fouquet's». C'est dans cet établissement, faut-il le rappeler, que Nicolas Sarkozy avait fêté, un beau soir de mai 2007, son élection à l'Elysée. Trois ans plus tard, le Saint Nicolas ayant sévi hier midi sur les Champs était en fait un militant de la CGT. Par cette apparition le 6 décembre, devant le «Fouquet's», de ce saint ainsi prénommé, le syndicat communiste voulait dénoncer la «politique inégalitaire» d'un chef de l'Etat qui, selon lui, «prend aux pauvres pour donner aux riches».

 

Juste deux remarques.

 

Sur la forme et pour l'anecdote, la CGT devrait revoir ses classiques du folklore enfantin. Un Saint Nicolas qui distribue des friandises mais pas de massepain/de pâte d'amandes, ce n'est pas crédible. Et manquait, au saint patron des «enfants sages», son indispensable acolyte: le Père Fouettard/Zwarte Piet, qui lui châtie les enfants «pas sages»  –  à propos, notez la lourde symbolique raciale de cette tradition: le méchant est un Noir...

 

Sur le fond, et s'agissant de Nicolas Sarkozy, on peut donc constater que 41 mois plus tard, ses agapes de mai 2007 au «Fouquet's» lui collent toujours à la peau. Comme le sparadrap au doigt du capitaine Haddock d'Hergé. L'hôte de l'Elysée va-t-il donc traîner ce boulet symbolique jusqu'en 2012? Deux choses sont sûres, en tout cas. Un: à l'époque, le choix de ce restaurant, si connoté sociologiquement, pour fêter son triomphe électoral constitua une erreur de communication de débutant dans le chef d'un responsable politique pourtant obsédé par son image et entouré en permanence de communicants chevronnés. Mais c'est enfoncer des portes ouvertes que de le souligner: sans doute l'intéressé y compris n'en disconvient pas. Deux: si en 2012 Nicolas Sarkozy brigue un second mandat et est réélu, probablement n'ira-t-il pas arroser cela avec ses potes au «Fouquet's». Mais quel établissement parisien l'éventuel Président réélu choisirait-t-il? Les paris gastronomico-politiques sont ouverts.

06/12/2010

Une futilité

«Saint Nicolas a déposé une boîte de friandises sur votre bureau». C'est ce mèl qu'ont trouvé dans leur messagerie les collègues journalistes de «La Libre» à Bruxelles, en arrivant à la rédaction ce matin. Ce lundi, en effet, nous sommes le 6 décembre: le jour où, en Belgique, on fête le saint patron des écoliers et des enfants. Enfin, le patron «des enfants sages» si l'on se souvient bien – déjà à l'époque, cette discrimination gnangnan nous énervait au plus haut point : chacun n'est-il pas forcément sage, ou pas sage, par rapport à quelqu'un d'autre? Quelques décennies plus tard et malgré toutes ces années en France, c'est toujours aux alentours de cette période de l'année, et particulièrement le 6 décembre, qu'on a des fringales de la friandise habituellement apportée par l'ancêtre du Père Noël aux petits Belges méritants: le massepain (comme on dit en français de Belgique), la pâte d'amandes (en français de France). Le massepain, cela doit être notre madeleine (belge) de Proust à nous.

Saint Nicolas: c'est un sujet complètement futile, mais, parfois en France, même les sujets les plus dérisoires donnent lieu à controverses. Et c'est le cas en ce moment avec ce vénérable vieillard barbu qui, chaque 6 décembre, débarque dans les chaumières avec sa hotte remplie de cadeaux et de friandises. Il n'est que peu fêté dans l'Hexagone, qui lui préfère le Père Noël. A l'exception toutefois des zones frontalières avec le plat pays (Nord-Pas de Calais, etc.) ou de régions comme la Picardie, l'Alsace ou la Lorraine, qui eux aussi, ce lundi, mettent les «enfants sages» à l'honneur. Et c'est précisément dans ces deux dernières régions que l'affaire fait débat.

massepain.jpgEn effet, les villes lorraines de Nancy et St-Nicolas de Port ont, l'été dernier, déposé la marque Saint Nicolas à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI). Objectif? Se «prémunir des petits malins qui auraient eu l'idée de déposer cette marque à notre place et qui auraient pu attaquer les produits utilisant des appellations comme «marché de Saint Nicolas» ou «pain d'épices de Saint Nicolas», que nos artisans locaux commercialisent à cette époque de l'année». Problème? Dans le département du Haut-Rhin (Alsace), se déroulent chaque début décembre une trentaine de marchés, foires et autres fêtes de la Saint Nicolas. Les Alsaciens craignent donc que les Lorrains obtiennent de facto le monopole de la Saint Nicolas et en arrivent à accuser de contrefaçons les festivités et produits gastronomiques sur le même thème émanant d'autres départements. La chose est futile? Non, elle est sérieuse visiblement, puisque le député (UMP) local menace rien moins que de saisir la justice si, d'ici à février, la Lorraine ne fait pas marche arrière à l'INPI. Un recours a d'ores et déjà été préparé devant le tribunal de Nancy.

Ce week-end, les médias français ont énormément tartiné sur cette affaire (ici, par exemple). Comme si eux-mêmes étaient étonnés qu'une telle futilité folklorique puisse dégénérer en guerre ouverte entre deux départements. Apparemment, rien n'est jamais simple en France, y compris en ce qui concerne les sujets a priori les plus innocents.

03/12/2010

Une boutique épatante

Reparlons aujourd'hui du PS, qu'on évoquait hier, mais sur un mode infiniment plus léger – pour bien terminer la semaine. Ces jours-ci, période de shopping de Noël oblige, le parti de Martine Aubry a annoncé l'ouverture de sa nouvelle boutique en ligne. On s'y est évidemment précipité, et on y a découvert des tas de choses épatantes.

Ainsi, au rayon «La gamme militante», cet assortiment de 100 ballons de baudruche multicolores, «pour toutes les manifestations socialistes». Ou ce «fanion plastifié PS»: «indispensable pour une meilleure visibilité». Ce ravissant «parasol PS avec socle», aussi: «pour les marchés, les rassemblements». Surtout, ce renversant «clap-clap applaudisseur»: «Faites-vous entendre, applaudisseur, je suis aussi une pancarte 680 mm x 310 mm».

Nos deux articles préférés, toutefois, sont sans conteste ce lot de préservatifs masculins sur la pochette desquels figure ce slogan essentiel: «Il ne peut y avoir révolution que là où il y a conscience». Au moment du passage à l'acte, cela doit motiver. Ainsi que, repéré au rayon appelé «La boîte à bidules», ce mug orné du slogan «What would Jaurès do?»: «à collectionner et à utiliser! Matière porcelaine 10 cm x 8 cm Haute résistance lave vaisselle et micro-onde, contenu: 25 cl. Livré dans sa boîte individuelle. Fabriqué en Europe». 12 euros le mug militant, tout de même. Mais on peut l'assortir avec un «tee-shirt à message» garni du même slogan. Blanc ou noir, «100% coton bio», oui madame. Cela doit donner envie de changer le monde que de prendre son petit-déj' avec, face à soi, le/la/ militant(e) de sa vie en train de boire son café dans un tel mug et arborant un tel tee-shirt en guise de pyjama.

Mais désolons illico nos lecteurs bien bâtis en précisant que le modèle «homme XXXXXL» (bigre) n'est déjà plus disponible. Sans doute, en ces temps de rivalités croissantes entre camarades présidentiables, ces tee-shirts ont-ils déjà tous été achetés par les gros bras du service d'ordre du PS.