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29/11/2010

Une double nuance

La France, cinquième puissance économique mondiale. Les dirigeants de ce pays ne se privent jamais de le rappeler – Nicolas Sarkozy lui-même l'autre soir encore, à la télé. L'Hexagone, une des toutes grandes puissances de la planète, donc. A une double nuance près, s'est-on encore dit ce matin, à la faveur d'une actualité et d'une anecdote.

 

Une actualité. La vingt-sixième campagne d'hiver des Restos du Coeur débute aujourd'hui. L'an dernier, cette association a distribué 103 millions de repas à 830.000 nécessiteux. On peut bien sûr trouver vraiment très bien que, d'année en année, plus de 50.000 bénévoles, au lieu de passer confortablement leur hiver au coin du feu, se bougent pour venir en aide aux plus pauvres de ce pays. On peut aussi se dire que, quelque part, il n'est décidément pas normal, a fortiori dans cette puissance économique mondiale qu'est la France, que près d'un million de personnes n'aient, chaque hiver, d'autre choix que de dépendre de la générosité d'une association caritative pour satisfaire un besoin aussi élémentaire que s'alimenter. Le fait même que, sans cette association, des tas de gens chaque hiver ne mangeraient pas à leur faim montre que, décidément, quelque chose ne va pas, depuis vingt ans, en France.

 

Une anecdote. Ce lundi comme les deux matins précédents, on s'est réveillé en retard. Parce que le réveil n'a pas sonné à l'heure qu'il fallait, ayant été déréglé par les coupures intermittentes d'électricité qui, ces dernières nuits, affectent Paris. Sans doute, comme chaque hiver, le réseau d'électricité est-il surchargé par la surconsommation due aux grands froids. En province d'ailleurs, la situation dépasse le stade de l'anecdote: des milliers d'habitants du Morbihan (Bretagne) ont été privés d'électricité dimanche, et 15.000 foyers du Loiret (Région Centre) sont dans le même cas ce lundi, en raison des importantes chutes de neige. On peut compatir aux tracas des électriciens, essayer de comprendre le problème causé par le poids de la neige sur les câbles électriques, etc. Mais, là encore, on ne nous ôtera pas de l'idée qu'il n'est tout de même pas normal que, d'un hiver à l'autre dans ce pays, on déplore d'identiques problèmes d'alimentation électrique.

 

Mais sans doute ne sont-ce que des détails. Et sans doute, à ces deux nuances près, la France est-elle une des grandes puissances qui comptent sur cette planète.

23/11/2010

Une découverte stupéfiante

thalysgaredunord.jpgLe Thalys, ce train international si bien connu des Belges, ne transporte visiblement pas que des touristes et des hommes d'affaires. A l'occasion, il véhicule aussi des trafiquants et autres contrebandiers. C'est la raison pour laquelle, dans ces trains, on peut apercevoir de temps en temps des agents en civil déambulant anonymement et l'air de rien dans les rames, qui soudain sortent des brassards de leurs poches, les passent à leurs biceps, puis, à la stupéfaction générale des voyageurs, fondent sur un passager et/ou sur son bagage suspect en déclinant leur qualité de douanier. Ces douaniers patrouillant dans les Thalys y ont fait, dernièrement – ainsi que l'a annoncé hier la direction des douanes françaises – une découverte stupéfiante, au propre comme au figuré.

En janvier 2007 déjà, à la gare de Paris Nord, les agents de la «Brigade de Surveillance Intérieure Transmanche de Paris» avaient découvert 14,4 kilos de cocaïne dans les bagages de huit passagers d'un Thalys à destination d'Amsterdam. Les stupéfiants étaient dissimulés dans «des paniers garnis contenant des friandises et des boîtes de conserves qui paraissaient reconditionnées». Rebelote il y a dix jours, et pour une prise plus importante encore. A la gare de Paris Nord de nouveau, dans un Thalys toujours mais cette fois à destination de Rotterdam, les douaniers de cette même brigade ont découvert pas moins de... 22,6 kilos de cocaïne, dans les sacs de voyage de deux femmes.

Des valises pleines à craquer de coke, donc. Il faut oser. Nous, on aurait cru que les trafiquants de cet acabit prenaient plutôt la peine de ne convoyer, dans ce genre de trains, que de petites quantités de stupéfiants chaque fois bien dissimulées dans des bagages très volumineux. On avait manifestement tout faux: c'est par valises entières que, dans le Thalys en tout cas, ce genre de marchandises est convoyé.

douanier.jpg22,6 kilos de cocaïne saisis en une seule prise, cela peut paraître énorme, mais ce n'est qu'une goutte d'eau par rapport aux montagnes de produits stupéfiants interceptés chaque année par les douaniers français. Ainsi, en 2009 (dernières données disponibles), toutes saisies confondues, ils ont mis la main sur plus de 5 tonnes de cocaïne: record historique, et chiffre en progression de 15% par rapport à l'année précédente. Pour ceux qu'intéresse l'ampleur du paradis artificiel annuel saisi puis détruit, envolé en fumée somme toute, par les douaniers français, quelques chiffres encore. Outre ces 5 tonnes de coke, ont été saisis en 2009: 37 tonnes de cannabis, 2500 kilos de khat, 432 kilos d'héroïne, 350 kilos d'amphétamine, 29000 doses d'ecstasy et 4000 doses de LSD.

19/11/2010

Une indignation (sélective)

affichedernier%c3%a9tage[1].jpgC'est l'affiche de cinéma dont on a parlé, cette semaine en France. On y voit un homme, présenté comme un huissier de justice, apeuré: ligoté et bâillonné dans une baignoire. C'est l'affiche du film «Dernier étage gauche gauche»: une comédie sortie mercredi dans les salles en France, qui narre les mésaventures d'un huissier pris en otage dans une cité de banlieue où il était venu faire une saisie. L’affiche d’une comédie donc, mais tout le monde ne l’a pas trouvée drôle.

 

Ainsi, la Chambre nationale des huissiers a (ici) saisi la justice. Selon elle, vu «l'augmentation des situations de violence auxquelles les huissiers de justice sont de plus en plus souvent confrontés», «on ne peut pas laisser passer l'idée que les agressions commises sur eux sont sans gravité». Le distributeur et le producteur du film ont donc été assignés en référé, et le retrait de l'affiche demandé. Au grand effarement () d'associations comme la Ligue des droits de l'homme, la Société des réalisateurs de films ou la Fédération des professionnels de l'art contemporain. Pour qui la corporation des huissiers «confond la représentation d'une situation imaginaire avec une attaque physique, amalgame un personnage fictif à une  catégorie socio-professionnelle réelle, et confond ainsi réalité et fiction». Sa procédure ne serait donc rien d'autre qu'une «menace à la liberté de création». Finalement, le tribunal de grande instance de Paris, hier après-midi, a débouté les huissiers. Il a jugé que le film, présenté «comme une comédie et non comme un drame», ne suscitait pas de «trouble illicite à l'ordre public».

 

Cette affaire rappelle un peu l'émoi, l'été dernier, de la profession des policiers à propos de la campagne en faveur des... poulets fermiers de Loué. Sur ces affiches-là, on voyait par exemple un policier torse nu, normalement musclé, censé symboliser un poulet élevé en plein air, aux côtés d'un autre policier lui hideusement bodybuildé et gonflé à la testostérone, supposé représenter un poulet élevé en batterie. Le premier syndicat de gardiens de la paix s'était indigné (ici) que la profession policière, en étant assimilée à des volailles, soit «dénigrée d'une manière la plus vulgaire et simpliste», et ce au moment «où les policiers sont particulièrement exposés dans l'exercice de leur profession».

 

affichemafiajuive.jpgComme quoi, dans la pub comme dans la vie, l'humour est une question de goût, et le second degré n'est pas toujours apprécié. Cela dit, si souvent en ville, on voit des campagnes d'affichage autrement plus choquantes, mais qui, elles, n’ont pas l’air de susciter la moindre indignation. Ainsi, dans notre onzième arrondissement en ce moment, on voit sur les murs des affiches en faveur d'un bouquin intitulé «La mafia juive: les grands prédateurs internationaux». Des affiches donc faisant, sur l'espace public, la promo d'un opuscule véhiculant les clichés antisémites les plus éculés, sur la prétendue implication de cette communauté dans les pires trafics: «traite des blanches, proxénétisme, blanchiment, meurtres sous contrat, trafic de diamants», etc. A quand une démarche de la Chambre des huissiers pour faire constater le caractère haineux et donc illégal d'une telle campagne d'affichage, et dès lors exiger son arrêt immédiat? 

15/11/2010

Une belgitude?

Il y a comme une certaine belgitude dans le processus ayant abouti hier soir à la formation du nouveau gouvernement français – le gouvernement Fillon V dit-on, Fillon XIII en fait, si l'on calcule bien tous les mini-réajustements ministériels intervenus depuis l'accession de l'intéressé à Matignon, en 2007. Une belgitude? C'est en tout cas ce qu'estimait, dès hier midi, l'influent, l'omniprésent en tout cas, commentateur politique Alain Duhamel. Qui, à la télé, jugeait (s'effarait?) en substance que ce remaniement ministériel français ait «des airs de remaniement belge». Puisque ce qui caractérisait selon lui cette opération, c'était la longueur des tractations l'ayant précédée, digne d'un système politique non majoritaire mais à la proportionnelle, où chaque famille a l'habitude de longuement négocier ses aires d'influence.

Ce qui est sûr et était spectaculaire, en tout cas, c'est que la France, ce week-end, a vécu avec un gouvernement en régime d'affaires courantes. Ce qui est très habituel en Belgique, mais est rarissime dans l'Hexagone.

En haut lieu, d'ailleurs, on ne semble pas encore tout à fait remis de cette innovation. Ainsi, en milieu de matinée ce lundi, sur le portail web officiel du Premier ministre (ici), à la sous-rubrique "Composition du gouvernement", la liste de l'équipe au pouvoir ne comportait encore et toujours, comme toute la journée dimanche, ... qu'un seul et unique nom. Celui de François Fillon, seul à avoir été confirmé dès dimanche matin dans ses fonctions. Aucune trace, en revanche, des 30 collègues du Premier ministre. Officiellement donc, électroniquement en tout cas, le gouvernement français est constitué en tout et pour tout d'une seule personne...

Sans doute le webmaster de Matignon n'a-t-il pas entendu son réveil, ce matin.

10/11/2010

Une illustration

lestentespontdesarts.jpgA l'ordre du jour du Conseil des ministres de ce matin à l'Elysée, figurait un état des lieux de la question de «l'hébergement d’urgence et l’accès au logement». Ce point avait été rajouté à la suite du (bref) déploiement, vendredi sur le Pont des Arts à Paris, d'une trentaine de tentes d'associations dénonçant le bilan de l'action gouvernementale en la matière. Les activistes avaient été priés par les forces de l'ordre de plier bagage, moyennant la promesse d'une rencontre avec le Premier ministre François Fillon. Cette réunion a lieu cet après-midi, à 17 heures, à Matignon.

 

Les militants contre le mal-logement avaient parié sur l'impact des (nombreuses) images télé de leur action pour faire bouger le gouvernement. Ce matin, ce dernier a choisi de leur répondre en communiquant une avalanche de chiffres aux médias. Ainsi, pour n'en citer que quelques-uns, «120.000 logements sociaux ont été financés en 2009, soit trois fois plus qu’en 2000». En 2010, l'objectif est de «140.000 logements sociaux». «Depuis le début de l’année 2010, 13.000 personnes sont déjà sorties de l’hébergement (pour SDF) pour aller vers le logement. 9350 places de pensions de famille ont été financées en 2010». Quant au «programme d’humanisation des centres d’hébergement» pour SDF, il «a permis de rénover 7619 places et d’en reconstituer 2068».

 

Sans doute cet après-midi à Matignon, les associations relativiseront-elles ce bilan.

 

lelogosecourscatho.jpgSinon, puisque l'on parle de pauvreté, on a appris hier que le Secours catholique - qui a remis mardi un rapport alarmant sur la pauvreté en France - est elle-même... dans un assez pauvre état. Car les locaux municipaux qu'occupait gratuitement cette association depuis cinq ans, dans le 18ème arrondissement de Paris, ont dû être réaffectés en école maternelle. Et car elle est incapable de payer les 66.000 euros annuels de loyer des nouveaux locaux qu'elle vise.

 

En résumé, on a une donc association qui, l'an dernier, a accueilli 1,5 million de personnes dans le besoin, notamment pour des problèmes de logement, et qui, aujourd'hui, est menacée d'être elle-même à la rue. Cela doit être une version parisienne des adages de l'arroseur arrosé ou du cordonnier mal chaussé. A moins que ce ne soit qu'une illustration du slogan-choc d'une des dernières campagnes de cette ONG: «La France est un pays très riche. En pauvres».

29/10/2010

Une gifle

Dans la controverse à propos de ces éventuels «policiers casseurs» qui auraient sévi dans les manifs dernièrement, à Paris notamment, il en est un qui, à la radio cette semaine, s'est pris une fameuse gifle (verbale) en pleine face: le leader du syndicat CGT Bernard Thibault. Il avait tiré au bazooka contre les policiers. En retour, il s'est pris carrément un missile de la part du syndicat policier Synergie. En substance, cela donnait ceci: «Les leçons de déontologie de M. Thibault aux policiers nous font bien rigoler, quand on voit les méthodes du propre service d'ordre de la CGT, qui fait le coup de poing pour trois fois rien».

 

Une gifle? Car le coup est asséné là où cela fait mal. Le syndicat communiste, en effet, comme tant d'organisations ou partis de gauche, n'est pas le dernier à recourir à des gros bras rarement habitués à faire dans la dentelle. Bernard Thibault est bien placé pour le savoir. L'an dernier, il a eu une grosse polémique à gérer, à propos d'un événement s'étant déroulé dans notre quartier de Paris.

 

C'était en juin 2009 à la rue Charlot, dans le Haut Marais. Dans l'immeuble de la Bourse du travail. A cette époque – on en avait parlé dans ce blog (notamment ici) – , les locaux normalement dévolus à l'activité syndicale étaient, depuis quatorze mois, occupés par des familles de sans-papiers réclamant leur régularisation et s'estimant insuffisamment soutenues par les syndicats. Ce jour-là, la CGT avait envoyé ses gros bras faire le ménage. Une cinquantaine de membres de son service d'ordre avait donné l'assaut au bâtiment et en avait expulsé manu militari – coups de matraque, lacrymo, etc. – les sans-papiers. Cette opération de commando avait suscité un tollé dans les milieux de gauche. Y compris dans d'autres syndicats (ici, par exemple), nombre de voix s'étaient élevées contre une opération «contraire aux principes fondamentaux de ce qui doit fonder un véritable syndicalisme», un «grave dérapage», «une stratégie de la brutalité, de l’intimidation et de l’humiliation», voire «un acte anti-travailleur raciste». Très embarrassée, la CGT avait fini par devoir limoger son responsable de la sécurité à l'origine de l'opération.

 

Dernière anecdote, d'ordre vestimentaire. Les opposants à ce raid syndical avaient notamment fustigé l'apparence qui, ce jour-là, était celle des gros bras de la CGT: de véritables «nervis en cagoule». Des nervis encagoulés, donc. Point de vue look, on n'est pas si loin du fameux «policier ninja». Ce présumé «policier casseur»  –  un militant anarcho-autonome finalement, selon les policiers l'ayant arrêté hier à Paris  – dont les agissements, l'autre jour à Bastille, avaient été à l'origine des accusations lancées par les syndicats contre les policiers. On ne dirait pas «Tel (syndicaliste) est pris qui croyait prendre», mais, enfin, on n'en est tout de même pas loin.

26/10/2010

Un «contexte anxiogène»

lepochoirleprésentfaitdéfaut.jpgUN PRÉSENT FAIT DÉFAUT. C'est ce qu'affirme un pochoir qu'on a aperçu par-ci par-là ces derniers temps, sur les murs de notre onzième arrondissement. Il représente, en noir et blanc très contrasté, une foule de manifestants. La seule touche de couleur qui émerge de ce groupe sont des drapeaux d'un rouge saturé flottant dans le vent. Hier, on a repensé à ce pochoir si d'actualité en France en ce moment – ce mardi, ce sont cette fois les étudiants qui ont appelé à manifester. On y a repensé en parcourant la dernière édition du «Baromètre des priorités sociales des Français» de l'institut TNS-Sofres. Etude qui semble illustrer à merveille, si l'on ose dire, cette maxime d'un présent qui ferait défaut.

Pour preuve, on y lit qu'«un Français sur cinq se vit dans une position de fragilité sociale: (est) insatisfait de sa situation sociale personnelle, au global comme dans le détail». Ce sentiment de fragilité sociale concerne la non-satisfaction aussi bien de «besoins fondamentaux» (logement, accès aux soins de santé, etc.) que de «besoins économiques» (pouvoir d’achat considéré comme suffisant, etc.) et de «besoins personnels» (vie sociale et loisirs jugés satisfaisants, etc.). Si six Français sur dix voient leur situation personnelle comme étant à peu près stable, 71% estiment que la situation des Français en général a, elle, plutôt tendance à se détériorer. «Ce constat est partagé par l’ensemble des catégories de la population», précise TNS: «La perception d’une dégradation de la situation sociale des Français est homogène, quels que soient les catégories socioprofessionnelles, l’âge ou le niveau de revenu». Donc, en ce qui concerne «la perception de la situation sociale du pays», le «contexte (est) particulièrement anxiogène» en France en ce moment.

Les 22% de Français qui s'estiment en situation de fragilité ont, en plus, le sentiment de ne pas contrôler la manière dont leur vie se déroule. En d'autres mots, ils trouvent qu'ils vivent «une vie subie»: qu'ils n'ont plus aucune prise sur leur propre existence. Cette sensation d'impuissance se retrouve, bien plus largement, dans une majorité de l'opinion. L'illustre la réponse donnée par les sondés à cette question posée par l'institut de sondages: «A titre personnel, avez-vous le sentiment de pouvoir, à votre niveau, faire bouger les choses dans la société?» A cette interrogation, 19% des sondés ont répondu par l'affirmative, 80% par la négative.

Résumons. Une minorité non négligeable de Français ne va pas bien. Une majorité des concitoyens de ce pays trouve que la France ne va pas bien. Et une majorité de Français se juge totalement impuissante pour améliorer l'état global de ce pays et de ses habitants. Mais cela n'a pas empêché des millions de Français de descendre dans la rue à peu près chaque semaine depuis des semaines.

25/10/2010

Une thèse (encore)

Les casseurs ayant sévi dernièrement, à Paris notamment, seraient, pour partie, des policiers qui, dans les manifestations, agiraient ainsi en service commandé. Pour discréditer le mouvement social, ils n'hésiteraient pas à eux-mêmes faire du grabuge. C'est la thèse, énorme,  – on l'évoquait dans ce blog l'autre jour – qui circule depuis un petit temps dans certains milieux de l'ultra-gauche. Jusqu'à présent, elle n'avait pas été relayée par la classe politique. Depuis hier soir, c'est chose faite. Grâce à/A cause de/ Jean-Luc Mélenchon. A la radio, le leader du Front de gauche, si populiste qu'il est accusé par ses adversaires de n'être qu'«un Le Pen de gauche», a explicitement dénoncé la «présence dans les cortèges de manifestants de personnes infiltrées qui jettent des pierres, brisent des vitrines et ensuite sortent des brassards de police». Et il a nommément accusé leur hiérarchie: «La question est de savoir qui donne de tels ordres. Personne ne peut croire que des policiers de leur propre initiative décident de se déguiser en manifestants et de jeter des pierres pour ensuite interpeller. Je pense que le ministre de l'Intérieur est au courant».

Cette accusation est énorme. Même Olivier Besancenot ne va pas aussi loin dans sa mise en cause des forces de l'ordre. Tout au plus, les trotskistes considèrent-ils que «les dégradations et casses constatées» sont «favorisées par le dispositif inadapté mis en place par les forces de l'ordre et par leurs attitudes provocatrices». Idem ce matin à la radio, le leader du syndicat étudiant UNEF ne s'est pas davantage hasardé à accuser les policiers d'être des casseurs. Il s'est juste interrogé: «Est-ce que les préfets n'ont pas eu pour consignes de faire monter la tension avec les jeunes, de manière à montrer quelques images spectaculaires en fin de JT, pour marquer des points dans l'opinion?»

Les policiers à qui on demande en haut lieu de jouer les casseurs? L'accusation est énorme, mais, assez curieusement, elle ne suscite guère de réactions. L'autre jour, l'UMP n'a diffusé qu'un communiqué laconique, comme un peu las, contre les «propos injurieux» du même homme politique, qui venait de qualifier de «sarkozystes militants» les casseurs sévissant en marge des manifestations. Et l'on attend toujours la réaction du ministère de l'Intérieur. Qui jadis était si prompt à traîner en justice le moindre groupe de rap dénigrant la police. Mais qui, là, est silencieux alors qu'il est accusé rien moins que d'avoir comploté pour détourner les forces de l'ordre de leur mission républicaine et salir un mouvement social. Curieux.

12/10/2010

Un malencontreux hasard

uneradio.jpgC’est un incident certainement très accessoire par rapport à la grande actualité de ce mardi: la nouvelle journée de mobilisation générale contre la réforme des retraites. Mais on en parle parce qu’on l’a trouvé intéressant. C’était hier, au grand journal parlé du soir d'une radio privée. Et c’était un heurt médiatique assez saisissant entre, d’une part, un rebondissement dramatique de l'actualité et, d'autre part, les hasards de la programmation... de la publicité.

 

En plein milieu d'une tranche de pubs, on a entendu en substance cela: «Nous interrompons nos programmes pour un flash d'actualité urgente. Nous apprenons à l'instant un décès inopiné. Nous retrouvons immédiatement sur place notre envoyé spécial Untel». Finalement, le décès inopiné n'était qu'une accroche commerciale. Ce n'était qu'une pub déguisée en alerte d’info, qui informait du décès... d'un héros de fiction: «le Cyclope», protagoniste du «Rire du Cyclope», le dernier livre du romancier à succès Bernard Werber. Le problème? Quelques minutes à peine avant la diffusion de ce spot, sur la même antenne, le journaliste avait interrompu le cours normal de son journal avec à peu près la même formule. Pour annoncer aux auditeurs la découverte du corps sans vie du spéléologue disparu dans les gorges de l'Ardèche, dont le sauvetage tient la France en haleine depuis huit jours.

 

Techniquement, ce télescopage entre réalité et fiction, entre actualité et publicité, entre drame et réclame donc, aurait pu être évité. Il aurait suffi à la régie de ladite radio, après avoir entendu une telle info, d’annuler ou du moins de différer la diffusion de ce spot qui, par la similitude de la forme des deux messages, devenait d'assez mauvais goût. Mais le feu du direct a probablement empêché les régisseurs de rectifier le tir. Les deux messages ont suivi si rapidement à l’antenne que, sous peine de risquer un «blanc» peu radiophonique, sans doute les techniciens n’ont-ils pu passer le second à la trappe, même si le contexte de l’actu le rendait très malvenu.

 

Reste à espérer qu'au moment de ce malencontreux hasard radiophonique, les proches du défunt n’étaient pas à l'écoute de cette station-là.

07/10/2010

Une sévérité

Croupir huit mois en prison pour avoir déconné deux minutes au téléphone. C'est ce qui attend le quinquagénaire résidant en banlieue parisienne qui, hier à Paris, a été condamné à deux ans de prison, dont huit mois fermes, pour avoir passé récemment, depuis une cabine téléphonique, deux appels anonymes alertant faussement de la présence d'une bombe à la gare Saint-Lazare. Le parquet avait requis un an d'emprisonnement contre lui. Le mauvais plaisantin devra aussi verser 8.210 euros à la SNCF et 3.000 euros à la préfecture de police, au titre de dommages et intérêts.

Hier, il a été conduit sous les verrous immédiatement après son jugement. «C'était pour embêter, me rendre intéressant», avait-il auparavant déclaré devant le tribunal, pour tenter de justifier son acte. L'homme, sans emploi et connaissant de gros problèmes d'alcool, a aussi assuré qu'il était très alcoolisé au moment de passer ses deux fameux coups de fil. Le juge lui a imposé une injonction de soin à sa sortie de prison.

Huit mois derrière les barreaux pour un délire téléphonique d'alcoolo. La sévérité de ce jugement est-elle complètement légitime ou totalement exagérée?

Certains applaudiront. Mettront en avant la gravité de ce type d'acte, le caractère très critique du contexte actuel d'alerte antiterroriste – qui ne permet vraiment pas que l'on déconne –, et la nécessité de marquer immédiatement les esprits, en sanctionnant lourdement le protagoniste de ce premier dossier judiciaire de fausse alerte à la bombe. Pour d'emblée faire réfléchir voire dissuader d'éventuels imitateurs. D'autres feront la grimace. Objecteront que, dans la philosophie même du Droit, les jugements pour l'exemple, ce n'est, par principe, jamais bon. Car la Justice est là non pour envoyer des messages à l'opinion, mais pour, ni plus ni moins, sanctionner les justiciables à la hauteur de la faute qu'ils ont commise, en tenant compte des circonstances, aggravantes ou atténuantes, de leur acte. Vaste débat.

05/10/2010

Une certaine confusion

Pour en revenir au climat actuel d'alerte antiterroriste, les Français prennent les choses au sérieux et, globalement, approuvent la manière dont le gouvernement communique sur le sujet. Cette assertion est en totale contradiction avec ce qu'on écrivait pas plus tard que vendredi dans ce même blog et sur le même sujet: «Les Français conservent leur sang-froid. Et n'y croient pas». C'est que les sondages sur ce thème se succèdent mais leurs résultats divergent.

 

Ainsi, d'après les derniers résultats diffusés en date, (ici), 79% des Français pensent que le terrorisme représente aujourd'hui «une menace sérieuse» en France. Seuls 19% des sondés sont d'un avis contraire, parmi lesquels beaucoup de jeunes - pour 38% des 18-24 ans, cette menace n’est pas sérieuse. Près de huit Français sur dix (76,5%) considèrent que le pouvoir «a raison d'informer les Français de ses inquiétudes»; seuls quatre Français sur dix reprochent au pouvoir d'en faire «un peu trop sur la crainte du terrorisme». Le problème? A la même question posée (au même moment) par l'institut BVA, 59% des Français ont répondu trouver que le gouvernement communiquait trop sur la menace terroriste. Et 65 % des sondés ont jugé que le risque d'attentat ne s'était pas «renforcé depuis ces dernières semaines» en France. Au total, donc, voilà tout et son contraire qui est affirmé par les instituts à propos du sentiment majoritaire de l'opinion.

 

Dès lors, de deux choses l'une. Soit les sondeurs font vraiment mal leur travail. Soit les Français, en ce moment, sont, sur ce sujet, dans la confusion la plus complète: ils changent d'avis comme de chemise et/ou répondent à peu près n'importe quoi, selon leur humeur, aux sondeurs.

 

PS: Sinon, le kaki va vraisemblablement être la couleur à la mode à Paris cet automne. Cela a été annoncé hier: 71 militaires supplémentaires viennent d'être déployés dans la Ville lumière en vertu du plan «Vigipirate». Ils s'ajoutent aux 551 soldats qui, dans le cadre de ce dispositif d'alerte antiterroriste, patrouillent déjà dans la capitale et sa banlieue.

04/10/2010

Un habit pour l'hiver

pochoirclown.jpg«Nuit blanche», samedi à Paris. N’adorant pas la promiscuité des très grandes foules – 1,5 million de personnes dans les rues, paraît-il –, on n’y a pas passé des heures. Mais on y est resté assez longtemps pour voir, comme chaque fois, pas mal de choses plutôt bien. En plus, cette année, la douceur du climat a rendu cette nuit parisienne plus belle encore.

 

A propos d’art contemporain, il y a une personnalité qui vient de se faire rhabiller pour l’hiver, comme on dit. A savoir le philosophe Luc Ferry: grand mandarin d’une certaine pensée néo-conservatrice française, dont les discours anti-Mai 68 influencèrent beaucoup Nicolas Sarkozy en 2007. L’autre jour, l’ex-ministre de l’Education y était allé de propos aussi définitifs que méprisants sur l’art contemporain («un art qui ne vise qu'à choquer»), par exemple sur la récente exposition Boltanski au Grand Palais («clairement moche et sans intérêt»:des «poncifs consternants»), et sur les avant-gardes en général (à l’origine d’une «déconstruction comme jamais dans l'histoire de l'humanité»). Les spécialistes de PARISart viennent de lui répondre. Et on a trouvé leur réplique d’une férocité jubilatoire.

 

L’éminence est d’abord raillée pour «sa médiocre connaissance de l'art contemporain». «Il mélange allégrement art moderne et art contemporain, dénigrant celui-ci à partir de celui-là, prenant des musiciens modernes (John Cage) à l'appui d'une charge contre l'art contemporain, et multipliant ainsi les approximations. Les seuls artistes contemporains qu'il mentionne sont les vedettes des discussions de bistrot sur l'art — Koons, Hirst, Boltanski, Murakami. Autre signe patent de méconnaissance, et erreur théorique: il procède à une double réduction de l'art contemporain, en le circonscrivant à cette petite poignée de vedettes internationales, et en le repliant sur son seul aspect mercantile de marché mondialisé».

 

tagparis.jpgSuit une charge au bazooka contre l’argument-massue de Luc Ferry: l’art contemporain aurait «clairement rompu avec l'idée de beauté». Qu’une argumentation s’articule ainsi sur une notion aussi subjective que la beauté manifestement effare PARISart. «Cette appréhension du présent de l'art avec les critères du passé est, à la lettre, réactionnaire, marquée du sceau de la nostalgie d'un monde révolu où «l'art, c'était d'abord la mise en scène de symboles éthiques, intellectuels ou spirituels majeurs, communs à un peuple ou à une époque».

 

Conclusion. «L'intérêt de cette interview de Luc Ferry n'est pas à rechercher dans ses propos sur l'art (…) mais dans la profondeur de cette cécité; dans l'ampleur, la violence et la radicalité du rejet de l'art moderne et contemporain; et dans cette position guère kantienne consistant à situer aujourd'hui «la beauté» dans le design et la mode, «dans le monde des objets plus que dans celui des œuvres». Et à choisir une Bugatti ou une montre Jaeger-LeCoultre plutôt qu'un Soulage, un Basquiat, ou un concert de Boulez. (…) Opposer une automobile, fût-ce une Bugatti, à un tableau de Soulage n'est tout simplement pas sérieux. C'est moins une audace que l'expression d'un désarroi théorique. Voire le signe que cette croisade contre l'art contemporain menée au nom de la «tradition» et des «classiques» s'accorde assez bien avec le bling-bling ambiant, qui n'est autre qu'une défaite majeure de la culture».

 

pochoirvisages.jpgEt voilà Luc Ferry rhabillé pour l’hiver. On espère vraiment que l’intéressé répondra prochainement à tout cela. Et, qu’au-delà de sa petite personne ou de telle ou telle petite polémique si convenue (pour ou contre Murakami à Versailles, etc.), le débat se développera, dans la société française, à propos de l’art contemporain. Ces échanges, cette confrontation des points de vue, ce serait un signe plutôt stimulant, dans ce contexte si morose.

01/10/2010

Une incrédulité

Les Français conservent leur sang-froid. Et n'y croient pas. Selon un sondage réalisé ces derniers jours, deux tiers des Français (65%) considèrent que le risque d'attentat ne s'est pas renforcé dans le pays, et presque autant (59%) pensent que le gouvernement communique trop sur le sujet.

 

Ceux qui, en tout cas, ont beaucoup communiqué cette semaine, et c'était assez intéressant, ce sont les responsables des forces de sécurité. Cela donnait par exemple, dans la bouche l'autre jour du chef d'état-major de la police de l'agglomération parisienne: «La décision d'évacuer ou non un lieu faisant l'objet d'une alerte à la bombe est du ressort exclusif du chef de site: la RATP si l'alerte concerne le métro, la SNCF si elle a lieu dans une gare, etc. La police ne vient qu'en appui et à titre de conseil». Rappeler ainsi au grand public les prérogatives de chacun, c'était comme si la police craignait de subir seule l'exaspération des gens gênés par les fausses alertes.

 

Fausses alertes qui, il faut dire, continuent de se multiplier. Leur nombre a doublé, a admis cette semaine la RATP. Les perturbations entraînées par ces alertes (évacuation du public, mise en place d'un périmètre de sécurité, entrée en action des démineurs, etc) sont telles que la tentation existe de régler les choses à la va-vite, sans tout le ramdam sécuritaire qu'exige normalement toute découverte de bagage suspect. Ainsi, comme l'ont raconté des tas de syndicalistes de la RATP ces derniers jours, des agents d'exploitation de cette société, incrédules et surtout soumis à de fortes pressions pour faire respecter les horaires de leur ligne, en sont venus à s'improviser démineurs et à inspecter eux-mêmes des bagages suspects. Et la direction de la RATP a été accusée de légèreté pour avoir, le soir de l'alerte à la bombe à la station Saint-Michel, évacué la gare mais laissé les trains continuer à circuler.

 

Puissent les controverses rester limitées à ce stade-là parce que, dans les jours ou semaines à venir à Paris, il n'y aura pas eu d'attentat.

24/09/2010

Un soulagement

UnCri.jpgD’innombrables cris de colère dans Paris, hier. Innombrables, c’est le mot. Puisque, entre l’estimation des syndicats (300.000) et celle de la préfecture de police (65.000), l’écart est si énorme, si caricatural, qu’on se gardera bien de chiffrer le nombre de manifestants ayant, une fois de plus, défilé contre le projet gouvernemental de réforme des retraites. Jeudi, finalement, à l’issue d’une semaine très tendue par l’alerte antiterroriste, l’événement aura peut-être été… un non-événement. Car, si on entendit hier d’innombrables cris de colère dans la Ville lumière, il n’y eut aucun hurlement de terreur, aucune effusion de sang. Vu que, comme l’avait bien prédit le grand patron de la police mercredi, les terroristes n’ont pas profité de ces immenses rassemblements de foule pour faire exploser des bombes. Au-delà de la tournure que prendra ce conflit social dans les prochaines semaines, c’est déjà, dans l’immédiat, assurément un soulagement.

 

Les autorités en étaient tellement satisfaites qu’elles ont été jusqu’à se féliciter qu’«aucun incident notable» n’ait émaillé cette grande manifestation parisienne. Il y en a que ce constat à coup sûr irritera. A savoir les dirigeants du Medef : la plus grande organisation patronale hexagonale, qui soutient à fond le projet gouvernemental. Hier, en effet, l’immeuble de cette organisation, situé dans le septième arrondissement, a été assiégé par quelques dizaines de militants anarchistes. Drapeaux noirs brandis rageusement, insultes, jets de bouteilles, de pierres ou de canettes de bière, échauffourées, tirs de gaz lacrymogènes: cela a chauffé hier, dans les beaux quartiers. Mais donc, si l’on en croit les autorités, rien de tout cela n’a été très «notable». Les auteurs et les cibles de ce grabuge en prendront sans doute bonne note.

22/09/2010

Une «posture»

Le Français moyen se posant des questions sur le climat d'alerte antiterroriste ambiant – des questions de base, du genre: «Mais dois-je vraiment stresser?», etc – n'y verra pas forcément plus clair. Si, ce matin à la radio, il a entendu le grand patron de la police nationale, Frédéric Péchenard, faire le point sur le sujet.

Côté pile, il avait des phrases plutôt dédramatisantes. L'information relative à cette fameuse «femme kamikaze» qui aurait voulu se faire exploser jeudi dernier «paraît peu crédible». A Paris, «il n'y a pas eu de vraie menace sur la gare du Nord». Et il ne faudrait «pas donner l'impression que la France est à feu et à sang et que c'est un pays à risque». Côté face, quelques propos tout de même pas trop rassurants. «Des indications sérieuses émanant de renseignements fiables» disent bel et bien «qu'il y a un risque d'attentat important». Et si des attentats devaient être perpétrés en France ces prochains jours, ils viseraient bien sûr «vraisemblablement» des endroits comme les transports publics, les magasins et/ou d'autres lieux bondés – pour autant, avis aux manifestants, Frédéric Péchenard «ne pense pas qu'il y a un risque demain» à participer aux cortèges qui, dans la plupart des villes de France, défileront contre le projet gouvernemental de réforme des retraites...

Voilà. Le Français angoissé est prié de se faire un jugement avec cela. Mais on se gardera de jeter la pierre au grand patron des policiers: il est clair que, rien qu'en termes de communication, ce genre de situation est extrêmement complexe et délicat à gérer.

 

PS: Dans son interview ce matin, Frédéric Péchenard a utilisé à plusieurs reprises le terme «posture»: «La posture qui est la nôtre nous paraît la bonne: ne pas affoler la population», L'état actuel des renseignements dont disposent les autorités «nous suffit largement pour augmenter un petit peu notre posture», etc. On n'est pas sûr que le choix de ce terme était très judicieux. Certes, à l'origine de ce mot, il n'est pas incorrect d'utiliser «posture» comme synonyme d'«attitude», de «position», etc. Mais, si on a bien compris et qu'on résume bien le Littré, le Larousse et le Robert, qu'on a consultés ce matin, «posture», au fil de son usage, a pris une connotation particulière. Une connotation plutôt d'office négative: «en fâcheuse posture», par exemple. Ou même une connotation péjorative. Une «attitude peu naturelle ou peu convenable», précise le Robert. Une position affectée, en somme: pas très spontanée, adoptée dans un souci de dissimulation ou de tromperie. Mais il est clair que ce détail lexical est purement secondaire, vu la gravité du contexte ambiant.

21/09/2010

Une cible?

lagaredunord.jpgComme ça au moins, c'est clair. Notamment pour les Belges qui arrivent à Paris par cette gare. «La kamikaze avait pour cible la gare du Nord». On a vu cela ce matin au kiosque, à la Une de «France Soir». Se targuant d'«informations exclusives», ce quotidien l'avance: la gare du Nord – une des gares les plus fréquentées d'Europe – était la cible de la «femme kamikaze» qui, selon des informations recueillies par les services antiterroristes français, devait se faire exploser à Paris jeudi dernier.

 

En découvrant cela au kiosque, on avait encore en tête deux déclarations publiques pas trop rassurantes. Le Premier ministre François Fillon hier, qui, à l'Ecole militaire, discourait devant le gratin de la corporation du Renseignement: «Les services (antiterroristes) ne sont pas infaillibles: personne de l’est». Et l'ex-juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière ce matin à la radio, qui a comparé le climat actuel à celui ayant précédé la vague d'attentats islamistes de 1995 dans les transports publics parisiens (pour rappel: une dizaine de morts et quelque 200 blessés): «Sur les sites web (islamistes), on a la même logorrhée, les mêmes éléments. Ca dure depuis à peu près huit, neuf mois. Si vous voulez, c'est comme un tremblement de terre: on voit bien que ça s'accélère. On est dans une potentialité. Je ne dis pas que ça va se passer demain, puisque la maison est bien tenue et qu'on a des bons services. Mais il est un fait que la potentialité (d'attentats) est importante».

Cet alarmisme dont font preuve les autorités depuis quelques jours commence, cela dit, à être critiqué. Hier, lors de son point de presse hebdomadaire, le porte-parole du PS s'est demandé si, à droite, on n'avait pas mis en place une «stratégie de la peur». Et ce matin à la radio, Dominique de Villepin a exprimé ses réserves plus clairement encore: «Cela ne sert à rien de créer la panique un peu partout dans le pays. Il ne faut pas verser dans l'excès». L'ex-Premier ministre a reproché aux autorités «une politique de communication maladroite, voire cynique» en matière d'alerte antiterroriste. «L'Amérique, sous l'administration Bush, a payé très cher de vivre pendant huit ans sous (le régime de) la peur».

Sarkozy-Bush. Que voilà un parallèle explosif. Espérons qu'il le restera exclusivement au sens figuré, et non au sens propre, de ce terme.

20/09/2010

Une insistance

Les autorités commencent à vraiment lourdement insister sur les risques d'attentats terroristes que connaîtrait la France en ce moment. Pour preuve, ce week-end, Bernard Squarcini, le grand patron de la Direction centrale du renseignement intérieur, en a remis une couche. «La menace (terroriste) n'a jamais été aussi grande en France», avait-il déjà déclaré dimanche dernier. «Tous les clignotants sont au rouge. La France est sous le coup d'une menace terroriste majeure», a-t-il répété dans «Le Monde» de samedi soir. Selon lui, «tous les services sont maintenus en alerte maximale: on s'attend à devoir faire face à une action terroriste». Le journal «Le Parisien», pour sa part, a publié hier le fac-similé de la mise en garde adressée récemment à tous les services par le directeur général de la police nationale. Les autorités avaient reçu, de l'étranger notamment, des infos sur une possible action terroriste, le 16 septembre, sur le territoire national. Du coup, tous les agents ont reçu ordre «de porter une plus grande attention à toute manifestation inhabituelle dans les lieux publics, gares et transports en commun».

 

Voilà donc le grand public prévenu: le pire est à venir – ou, en tout cas, est redouté – en France, voire à Paris. On ne comprend toujours pas l'intérêt d'une telle insistance. Rappeler aux gens les règles élémentaires de sécurité (être attentif aux bagages abandonnés dans les gares, etc.), oui pourquoi pas: cela ne peut sans doute jamais faire de mal. Mais à ce point (risquer d')affoler l'opinion par une telle succession de déclarations si alarmistes, on n'en voit vraiment pas l'utilité.

16/09/2010

Un collectiviste

Ils ont vraiment tout faux, ceux qui accusent Nicolas Sarkozy de privatiser les moyens de l'Etat à son bénéfice personnel. Ceux qui, dans l'affaire Bettencourt, le soupçonnent d'avoir fait mettre sur écoute le confrère du journal «Le Monde» qui, grâce une fuite, a publié un PV d'audition mettant en cause le ministre Woerth. Ceux qui rappellent qu'il y a peu, le chef de l'Etat avait chargé les services du contre-espionnage de retrouver les médisants à l'origine des ragots sur son couple. Ceux qui se souviennent que, quand il était ministre de l'Intérieur déjà, Nicolas Sarkozy avait mobilisé toutes les polices de France pour, en un temps record, mettre la main sur les voleurs du scooter de son fils Jean. Il privatise à son profit les moyens de l'Etat, l'hôte de l'Elysée? Allons donc. En fait, c'est un grand... collectiviste. On en a eu la démonstration hier à Paris.

En effet, des manifestants s'en sont pris (légèrement) au siège de l'UMP (des photos ici), en projetant de la cendre sur la façade de l'immeuble parisien occupé par le grand parti présidentiel. Sitôt leur raid terminé, ces activistes ont été cueillis dans le métro par une escouade de pandores lourdement armés. Ils ont été interpellés, menottés, fouillés, photographiés, puis conduits sous bonne escorte au commissariat, où ils ont été (brièvement) retenus. A les en croire (), la «notification d'interpellation» qui leur a été signifiée était motivée de la sorte: «dégradation de bien public».

Un bien public, l'UMP? Certes, ce parti, comme tous les autres, est financé partiellement par des fonds publics. Mais, jusqu'à nouvel ordre, il reste tout de même une association privée. Un bien public, le siège du parti sarkozyste? On croyait qu'il s'agissait d'un immeuble privé, détenu par un propriétaire privé. Le grand parti au pouvoir qui, sur un coup de baguette magique procédurale, devient carrément un service public: un tel collectivisme ferait rougir d'envie les dirigeants cubains ou nord-coréens.

13/09/2010

Une lassitude

Le débat artistique n’évolue décidément pas beaucoup, à Paris. On en aura encore l’illustration demain, avec l’inauguration de la grande expo Murakami au château de Versailles. Il y a deux ans déjà (relire ici ou ), ce château avait fait scandale en rendant hommage à l’Américain Jeff Koons, une initiative qui avait même fait l’objet de recours en justice. A présent, suscite une identique controverse l’arrivée sous ses ors de la star japonaise de l’école «kawaï» (mignon, en japonais) – sorte de croisement coloré entre l’esthétique pop art et la culture manga. Ainsi, s’insurgeait ce week-end le prince Sixte-Henri de Bourbon, descendant paraît-il de Louis XIV, «ce nouvel art du scandale perdra le prestige de Versailles comme vitrine culturelle de la France».

On avoue qu’on a entendu avec lassitude, ces derniers jours, les discours des tenants de cette vision passéiste et poussiéreuse du patrimoine historique. Non pas qu’on soit particulièrement passionné par les créations du pape du «nouveau japonisme»: la dernière grande rétrospective parisienne en date qui avait été consacrée à ce plasticien (à la Fondation Cartier, il y a quelques années) nous avait même laissé assez froid. Mais là, au vu des premières images de son expo à Versailles vues à la télé ces derniers jours, on a vraiment envie de se laisser tenter: le contraste avec le décor royal a l’air épatant.

De même n’a-t-on pas gardé un souvenir impérissable du président de l’établissement gérant le château de Versailles, Jean-Jacques Aillagon, lorsqu’il était ministre de la Culture, sous Jacques Chirac. Mais là, on trouve qu’une fois de plus, il se défend plutôt bien. Hier dans les journaux et ce matin encore à la radio, il l’a rappelé: «On voudrait imposer à ce château une pudibonderie qui n’a jamais eu cours. Il ne faut pas oublier que Versailles a été conçu et voulu pour la fête, le bonheur, la profusion. Critiquer le fait de présenter de l’art contemporain dans un musée national est une façon de contester ce qu’ont préconisé 50 ans de politique culturelle dans notre pays. Malraux a invité Chagall à réaliser un plafond à l’opéra de Paris. Chagall a créé les vitraux de la cathédrale de Reims. Jack Lang a demandé à Daniel Buren d’intervenir dans les jardins du Palais-Royal. Notre but est de faire comprendre au public l’universalité de l’art. Des œuvres du passé peuvent dialoguer avec celles d’aujourd’hui et vice versa ».

Et, ajoutera-t-on à l’attention de ceux qui veulent faire du château versaillais «le temple de leur nostalgie politique», même le très vénérable musée du Louvre, il y a peu, s’ouvrit à l’art contemporain: il fit repeindre le plafond d’une de ses salles par le grand artiste américain Cy Twombly. Et le résultat était très bien.

En art comme en tout, rien décidément n’est plus lassant que le manque d’audace.

08/09/2010

Un panache?

Hier après-midi, place de la République à Paris, au départ de la grande manifestation syndicale contre le projet gouvernemental de réforme des retraites, une personnalité a bien failli passer un mauvais quart d'heure. C'est Benjamin Lancar: l'impayable président des «Jeunes Pops'», comme se surnomme la section jeunes de l'UMP. Impayable? C'est ce jeune homme de 25 ans qui, l'été dernier, avait été à l'origine de ce clip de promo assez ridicule, dans lequel des pontes de l'UMP se dandinaient en poussant la chansonnette en play-back, promettant de «changer le monde». Impayable? Ce matin encore il l'était, à la radio. Où, avec tant de nuances, il réduisait l'ensemble des nouveaux médias internet (Facebook, Twitter, etc.) à une vile et méprisable «gauchosphère».

Hier après-midi donc, ce très sarkophile jeune homme avait cru bon de s'afficher place de la République à l'instant même où y étaient réunis quelques dizaines de milliers de manifestants très sarkophobes. Insulté, sifflé, hué, il n'eut d'autre choix que de prendre ses jambes à son cou. Revenant ce matin sur cet incident, Benjamin Lancar a reproché à ses opposants d'hier d'avoir «une drôle de manière de faire de la démocratie». Et a assuré que sa présence à cet endroit-là à ce moment-là avait été purement fortuite: n'avait pas le moins du monde relevé de la provocation. Mais de quoi relevait-elle, alors? Les partisans de Nicolas Sarkozy y verront du panache. Les autres la mettront sur le compte d'une étourderie juvénile assez effarante.