Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

06/09/2010

Un programme

C'est certainement un sujet très accessoire, en ces temps de tension sociale à Paris et en France plus généralement. N'empêche, ce sujet nettement plus anecdotique pose questions. Il concerne le vaste programme de mécénat que vient de relancer le Muséum national d'histoire naturelle de Paris, relatif aux infrastructures du Jardin des Plantes.

Cet espace vert magnifique est fréquenté chaque année par plus de 5 millions de visiteurs. Ses allées sont parsemées de 255 bancs, qui doivent être rénovés. Le programme "Parrainez un banc du Jardin des Plantes" ambitionne donc «d'impliquer les amoureux du Jardin, de leur permettre de contribuer à la valorisation de ce lieu, et de témoigner ainsi de leur engagement en faveur d'une institution dédiée à la protection de la biodiversité et de l'environnement». En échange d'un chèque de 1800 euros (pour un banc simple) ou de 3600 euros (pour un banc double), les généreux parrains pourront donc, aux pieds du banc que leur mécénat aura permis de rénover, apposer une plaque avec leurs noms ainsi qu'une petite dédicace.

De cette initiative, on ne sait pas trop que penser. Côté pile, en effet, pourquoi pas associer les amoureux de cet espace vert à sa valorisation, a fortiori si cela peut permettre le maintien en bon état de ce fleuron du patrimoine végétal parisien. Mais, côté face, en tout cas dans un monde idéal (à savoir sans austérité budgétaire, sans déficits publics colossaux, sans crise économique, etc.), l'entretien des espaces verts et de leurs infrastructures, qui plus est si ces espaces verts sont classés, devrait tout de même incomber avant tout aux pouvoirs publics. Vu toutes les autres priorités (sociales, etc.) sans doute plus importantes de l'Etat, cette privatisation de facto de l'entretien du patrimoine est-elle, à terme, inévitable? Aujourd'hui, il ne s'agit que de privatiser l'entretien de choses aussi basiques que des bancs publics. Mais demain à Paris – comme déjà à Tokyo, par exemple –, ne pourra-t-on plus admirer une statue dans un parc ou un tableau dans un musée sans qu'à côté, figure la sempiternelle plaquette en l'honneur du mécène ayant financé sa restauration? Et, si oui, faut-il s'y résoudre, s'en réjouir ou s'en désoler?

03/09/2010

Une sélection

Sourions un peu, pour bien terminer la semaine. Car hier, le Press Club de France a dévoilé sa sélection des nominés à son Prix annuel récompensant la personnalité politique qui, dans l'année écoulée, s'est distinguée par une tirade (volontairement ou non) magistralement comique – Prix qu'on a déjà évoqué à plusieurs reprises dans ce blog, ces dernières années (relire ici, ou ).

Le millésime 2010 n'est pas mal. Pour notre part, si on était membre du jury, notre palmarès serait le suivant. Sur la troisième marche du podium, l'eurodéputée écologiste et ex-juge de choc Eva Joly, pour cette répartie qui fit hurler (hurler de rage, pas de rire) ses alliés socialistes: «Je connais bien Dominique Strauss-Kahn : je l'ai mis en examen». La médaille d'argent, on l'octroierait bien volontiers au ministre de la Culture Frédéric Mitterrand: ex-star de la télé, dont le débauchage par Nicolas Sarkozy fit jadis grand bruit, mais qui, depuis, se révèle être un ministre un peu pâlichon. Sa petite phrase nominée pourrait d'ailleurs être prise comme un aveu implicite: «Quand on m'appelle Monsieur le ministre, j'ai toujours l'impression que Jack Lang va surgir derrière moi!» Notre Grand Prix de l'humour politique, on le décernerait sans une seconde d'hésitation à la si bling bling ex-ministre de la Justice Rachida Dati, désormais exilée à Strasbourg mais dont on continue à voir la bobine à peu près chaque semaine dans les kiosques de Paris, au rayon des magazines de papier glacé. Rachida Dati donc, selon nous Médaille d'or pour cette impayable déclaration: «Je n'ai jamais cherché à attirer l'attention des médias».

Espérons en tout cas que la petite phrase cocasse qui l'emportera cette année sera aussi mémorable que celle qui, l'an dernier, avait été couronnée: la réflexion si désabusée mais si réaliste du maire de Paris, Bertrand Delanoë: «Le vrai changement au PS, ce serait de gagner».

01/09/2010

Une histoire belge

DesVélibs.jpgC'est un sujet bien plus léger que celui d'hier. Très anecdotique même. Mais on va l'évoquer aujourd'hui puisque c'est la dernière histoire belge qui circule à Paris. Et, si l'on en juge au nombre de Parisiens qui nous en ont parlé dernièrement, l'anecdote circule pas mal ici. Elle concerne Vélib, le fameux système parisien de location de vélos en libre service. L'autre jour, deux de ces bicyclettes parisiennes ont été retrouvées... à Bruxelles!

Après avoir manifestement été volés à Paris, ces vélos avaient, 300 kilomètres plus loin, été sagement accrochés aux bornes de l'équivalent bruxellois de Vélib. Qui est tout autant signé Decaux et qui, dès lors,  bénéficie d'un système d'accrochage identique à celui de son cousin parisien. Depuis, ces deux vélos parisiens égarés ont été rapatriés en camion jusqu'à la Ville lumière. L'anecdote a permis d'apprendre que, depuis le lancement de Vélib il y a trois ans, pas moins de 8000 de ces vélos ont déjà été dérobés. Dérobés y compris, dans de rares cas, à destination de l'étranger – ainsi en 2008, un touriste parisien avait pris une photo d'un Vélib sur lequel il était tombé par hasard lors d'un voyage dans le fin fond de la Roumanie.

Au-delà de l'aspect moral de la chose – enfreindre la loi, privatiser un moyen de locomotion relevant tout de même d'un service au public, etc etc –, on n'a pas encore très bien compris le but que poursuivaient les malandrins. Mais, vu le poids effarant de ces vélos, vu donc leur relatif inconfort, vu aussi leur état général, souvent très dégradé, on espère vraiment pour ces brigands qu'ils n'ont pas accompli en Vélib la route de Paris à Bruxelles. 

30/08/2010

Une reprise

Reprise de ce blog ce lundi, après la petite pause de l'été. Un été qui, finalement, a été météorologiquement plutôt moyen à Paris – on en gardera notamment le souvenir des pluies diluviennes et de l'horrible climat de Toussaint qui ont marqué les quelques jours autour du 15 août. Un été qui, en outre, a tout de même été politiquement assez tendu, trouve-t-on. Ce week-end, deux petites actualités à Paris ont assez bien illustré ce climat orageux.

 

La première est survenue samedi soir au parc de La Villette – dont, au passage, les animations (cinéma en plein air, etc.) ont, en juillet comme en août, connu à nouveau un succès de foule impressionnant. Avant-hier à La Villette, se déroulait «Le Grand Ramdam», une grande fête populaire axée sur la découverte des musiques du Maghreb, organisée aux heures de rupture du ramadan. Oublieux de la grande impopularité actuelle du gouvernement et du Président Sarkozy, les ministres Frédéric Mitterrand et Fadela Amara ont cru bon d'y prendre la parole en public, entre deux concerts. Mal leur en a pris: ils ont été copieusement hués par des milliers de spectateurs. La deuxième illustration du climat de tension actuel, on l'a trouvée dans les colonnes du journal «Le Monde» de ce même week-end. «La RATP veut doter ses agents de sécurité de gilets pare-balles», y a-t-on lu avec stupéfaction. Une innovation vestimentaire que les vigiles de la société de transports parisienne justifient par l'évolution selon eux dramatique du climat d'insécurité dans la capitale et sa banlieue et par la multiplication des actes d'incivilité voire d'agressivité dont ils sont victimes dans leur travail quotidien.

 

Sinon, pour tout de même ne pas d'emblée plomber l'ambiance de cette rentrée, parlant de reprise, une bonne nouvelle concernant Paris s'est confirmée cet été. En effet, juillet comme août ont consacré la reprise, assez spectaculaire, de l'activité touristique dans la capitale française – comme dans l'ensemble du pays d'ailleurs. On y a retrouvé les niveaux de fréquentation d'avant la grande crise financière internationale de l'hiver dernier. A Paris, les palaces comme les campings ou auberges de jeunesse n'ont pas désempli, si bien qu'à la fin de l'année, la capitale devrait à nouveau atteindre voire dépasser le cap annuel des 36 millions de nuitées hôtelières. Vu le poids du secteur du tourisme dans l'économie parisienne (son impact en termes d'emplois, singulièrement), c'est sans doute déjà ça.

28/07/2010

Une fameuse nuance

Qui a dit que Nicolas Sarkozy était insensible aux critiques? A 17 heures ce mercredi, se tient à l'Elysée le sommet si controversé consacré à la communauté des gens du voyage. Or, manifestement, les communicants en chef de la Présidence sont soucieux de quelque peu rectifier le tir à ce sujet.

 

En effet, dans l'agenda officiel du chef de l'Etat, ce sommet est très sobrement présenté comme étant une «réunion ministérielle pour faire le point sur la situation des gens du voyage et des Roms». C'est une fameuse nuance par rapport à la dénomination initiale de cette réunion. A l'origine, Nicolas Sarkozy avait parlé d'un sommet sur «les problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms» - allusion aux violents heurts et graves dégradations commis il y a peu, dans le Loir et Cher (Région Centre), par des membres de cette communauté endeuillés par la mort d'un des leurs: jeune braqueur présumé tué par la police. Une telle approche présidentielle, exclusivement sécuritaire, de la situation de cette communauté a suscité un tollé. Voilà la droite accusée de dérive ethnique dans sa politique sécuritaire. Et voilà Nicolas Sarkozy décrié comme s'étant une fois de plus laissé emporter dans un «tourbillon populiste», destiné à «inventer une nouvelle catégorie de boucs émissaires».

 

Sans doute les éminences participant à ce sommet n'auront-ils pas le temps, avant de se rendre à l'Elysée, de relire – comme on l'a fait hier soir - «Les Bijoux de la Castafiore», la BD de Hergé. C'est bien dommage.

 

Car, dans cette aventure de Tintin – qui, si on ne s'abuse, date du début des années 60 –, sont déjà évoqués les conditions de vie catastrophiques réservées à cette communauté des gens du voyage, la stigmatisation dont elle est si souvent victime, et les clichés («voleurs de poules», etc.) qui lui ont toujours été accolés. Pour la petite histoire, et si vous n'aviez pas gardé un souvenir précis de cette lecture de votre enfance, les romanichels établis sur un campement voisin du château de Moulinsart avaient été injustement soupçonnés d'avoir dérobé l'émeraude de la fameuse cantatrice, qui à longueur de journées, saisit d'effroi sa fidèle camériste en s'écriant: «Ciel! Mes bijoux! Irmâââ! Mes bijoux?!?». Mais, en fait, ledit vol avait été commis par une pie, dans le nid de laquelle Tintin avait découvert également des éclats de verre, une bille d'agate et un monocle...

27/07/2010

Une épidémie

sophiemarceau.jpgSophie Marceau vient d'avoir la varicelle. Sous peine de casser illico le mythe du journaliste d'office et par définition ami des stars, précisons d'emblée que, si on a appris cette nouvelle, ce n'est pas parce qu'on est intime avec l'intéressée mais simplement parce qu'on la lue ce week-end dans un magazine féminin – comme quoi, pour s'informer de l'actualité, on lit vraiment de tout. D'un intérêt très relatif, cette info sur l'état de santé de l'actrice préférée des Français? Oui, si ce n'est qu'elle nous donne l'occasion d'évoquer l'épidémie de varicelle qui frappe en ce moment la capitale française. Selon les données collectées dernièrement par les médecins du réseau Sentinelles, qui surveillent l'évolution des épidémies dans chaque région , 82 cas de varicelle par 100.000 habitants ont été recensés à Paris et dans sa région. C'est quasiment deux fois plus que l'incidence de cette maladie dans le reste du pays (45 cas pour 100.000 habitants). Bénigne chez les enfants en bonne santé, la varicelle peut entraîner des complications graves chez les nourrissons les plus fragiles et chez les femmes enceintes.

D'un point de vue sanitaire, décidément, cet été 2010 en France n'est pas une longue saison tranquille. Tandis que des Parisiens sont couverts de boutons, à Marseille, c'est une autre alerte qui, il y a peu, a été lancée par le ministère de la Santé. A propos d'une maladie qui, il y a quelques étés déjà, avait défrayé la chronique dans la capitale notamment (relire ici ou ): le chikungunya. Alerte a été donnée car, pour la première fois, le fameux moustique tigre, qui propage cette maladie, a été repéré en plein coeur de la cité phocéenne. Même si, dans le Midi, on est encore loin du stade de l'épidémie, rappelons qu'en 2005 et en 2006 dans l'île française de La Réunion (océan indien), le chikungunya avait frappé plus de 250.000 personnes, dont quelque 250 en étaient décédées.

On y repensait pas plus tard que l'autre soir sur le quai d'une station de métro, nous réjouissant d'être à Paris et non à Saint-Denis (Saint-Denis de La Réunion, pas le Saint-Denis de la banlieue Nord de Paris). En effet, en quelques minutes à peine, on a été piqué plusieurs fois par les moustiques – qui visiblement pullulent cet été dans le réseau de la RATP, sans doute vu la météo torride dont a bénéficié Paris jusqu'à récemment.

20/07/2010

Une tension

Bon courage si vous devez, ces jours-ci, vous rendre dans un aéroport français, et plus spécialement utiliser l’une ou l’autre des deux grandes plateformes aéroportuaires parisiennes: Roissy ou Orly. En effet, c’est peu dire que la situation risque d’y être confuse et donc les attentes et retards nombreux. Car, dès ce soir et jusqu’à jeudi, un mouvement de grève des contrôleurs aériens, contre un projet de réorganisation européen, entraînera nombre de perturbations: 20% des vols seront annulés à Roissy et 50% carrément à Orly.

Dès avant même l’entame de ce mouvement de grève, du reste, le climat a été assez tendu à Roissy comme à Orly, ces dernières heures.

En effet, à Orly depuis lundi, les personnels des parkings se croisent les bras contre un projet de restructuration qui, craignent-ils, entraînera de nombreuses suppressions de postes. Tandis qu’à l’aéroport Charles de Gaulle ce matin encore, plusieurs dizaines de membres des forces de l'ordre ont dû être déployées pour sécuriser la base arrière des taxis, située derrière le terminal T3. Hier, cette base a été le théâtre d’un mouvement de grève musclé. Les taxi parisiens protestent contre un arrêté préfectoral limitant leurs courses à deux par jour sur cet aéroport. La profession ne supporte plus ces arrêtés préfectoraux à répétition, qui selon elle ont pour seul effet de «laisser le champ libre aux taxis clandestins, motos taxis et shuttles (navettes), qui font du racolage directement dans les terminaux». Ce n’est pas la première fois que les taxis parisiens et la préfecture s’opposent sur la question de la desserte de Roissy (relire ici ou , par exemple):  un problème que, visiblement, les autorités ont toutes les peines à résoudre.

Ce climat de tension dans ces deux aérogares, risque, ce mardi, d’être d’autant plus mal vécu par les usagers que le climat aujourd’hui à Paris sera orageux, au sens propre du terme: 33 degrés à l’ombre prévus dans la capitale française… Cela promet.

19/07/2010

Un rejet

kfc.jpgEn cette période de départ assez généralisé à la plage, au-delà d'actualités plus fondamentales, un des sujets de préoccupation du Français moyen doit sans doute être la silhouette et, pour tout dire, les kilos superflus. Reparlons donc aujourd'hui de la lutte contre l'obésité et plus précisément des fast-foods. Car, l'autre jour, est passé assez inaperçu le rejet par le Parlement d'une proposition de restriction qui aurait pu concerner ce type de restauration

Deux députés du Nouveau Centre (l'appendice centriste de l'UMP) voulaient «instaurer une mesure très concrète pour lutter contre l’obésité, véritable pandémie du 21ème siècle». Cela concernait les écoles. Dans le prolongement de l'interdiction des distributeurs de friandises et de boissons sucrées en milieu scolaire, en vigueur depuis 2005, il s'agissait cette fois interdire l’implantation de fast-foods dans un rayon de 200 mètres autour des lieux de scolarisation. Dans les Etats américains où pareille restriction existe, elle donnerait des résultats: «le nombre des enfants obèses (y) est inférieur de 5 %» par rapport aux Etats où les fast-foods sont autorisés à proximité des écoles.

Mais cette proposition a fait l'objet d'un tir de barrage de l'UMP, et a donc été rejetée.

Ces fast-foods «s’installeront à 201 mètres» des écoles, a soupiré une députée sarkozyste . Et «la liberté d’entreprendre»?, s'est épouvanté un de ses collègues. Pour qui, de toute manière, s'agissant d'obésité, au lieu de «désigner des boucs émissaires», on ferait mieux d'«arrêter de stigmatiser» les fast-foods, «la cause principale des problèmes alimentaires de notre pays ne résidant pas là». Car en France, «notre mode de consommation n’a rien à voir avec le mode de consommation américain. Nous ne grignotons pas. Nous n’allons dans les fast-foods qu’une fois par mois. Et, lorsque nous y allons, c’est pour consommer un repas complet». De même, a assuré un député – qui avait visiblement été briefé par les lobbyistes de McDo ou de Quick –, «les fast-foods distribuent une fois par semaine des sachets de fruits!». Enfin, si une telle restriction s'appliquait aux abords des écoles, on en arriverait à terme à «interdire les fast-foods à proximité des édifices publics, des églises, etc.  Les choses pourraient devenir bien compliquées!»

mcdonalds.jpgLe ministre de l'Agriculture a applaudi à toutes ces critiques. Et fait rire l'Assemblée en relevant que, si une telle interdiction était votée, les fast-foods seraient mis sur le même pied que... les sex-shops, eux déjà prohibés aux abords des écoles. Et de conclure: «Je n’imaginais pas que (nous allions être) amenés à faire des comparaisons entre McDonald’s et sex-shops! Tout d’un coup, j’en viens à voir différemment l’enseigne «M» du McDonald’s, mais peut-être ai-je l’esprit mal tourné...»

Ha ha ha.

14/07/2010

Une série noire

Paris, Ville lumière si l'on en croit son surnom. Et plus que jamais en ce 14 juillet, quand les réjouissances pyrotechniques et patriotiques la font, selon l'expression consacrée, briller de mille feux? Et bien non. Pas du tout. Car, en ce moment, la capitale française ne mérite pas trop son appellation illuminée. En effet, depuis trois semaines, elle est victime d'une série noire – c'est le cas de le dire – assez spectaculaire de pannes géantes d'électricité, qui ont affecté plusieurs arrondissements du sud de la ville. La dernière en date, début de cette semaine, a encore plongé une dizaine de milliers d'habitants dans l'obscurité pendant des heures entières. Et, dernièrement, plusieurs sites parisiens emblématiques ont été victimes de perturbations de leur alimentation électrique: la tour Montparnasse, l'Hôpital Pompidou, l'Institut Pasteur et même... la fameuse prison de La Santé. Des générateurs ont dû y être déployés en urgence.

EDF invoque la météo, torride dernièrement ici: «par un temps pareil, la température du goudron de la chaussée peut monter jusqu'à 60 degrés». Les 10.000 kilomètres de câbles électriques qui courent dans le sous-sol parisien, le plus souvent enfouis juste sous la couche de bitume, sont soumis à rude épreuve. Et, fréquemment, fondent, quand ce ne sont pas les transformateurs qui carrément explosent. Les syndicats d'EDF, eux, ont une explication plus prosaïquement sonnante et trébuchante à cette série noire. A les en croire, elle ne serait que le résultat d'années de manque d'investissements dans la sécurisation du réseau électrique – ce qu'EDF dément.

Avis donc au 1,7 million de foyers de la capitale reliés à ce réseau: quand il fait chaud, il n'est pas anormal de se retrouver sans électricité. C'est comme ça. On n'y peut pas grand-chose. A ce discours officiel, les Parisiens victimes de ces pannes géantes – commerçants ayant dû fermer boutique ou simples particuliers privés d'ascenseurs et d'eau chaude ou ayant dû jeter à la poubelle le contenu de leur réfrigérateur – rétorqueront sans doute deux choses. Que 30 degrés en plein mois de juillet, ce n'est finalement pas si exagéré ni exceptionnel. Et que, tout de même, dans la cinquième puissance économique mondiale qu'est la France, cela pourrait et devrait être mieux géré.

13/07/2010

Un regard

leregardsurparis.jpgQuel regard les Parisiens portent-ils sur leur ville? Ils sont heureux d'y vivre, mais identifient bien ses carences. Vient de le confirmer un sondage réalisé par TNS auprès des habitants de six mégapoles mondiales: Paris, Chicago, Londres, Bombay, Pékin et Sao Paulo. Paris tire plutôt bien son épingle du jeu. En effet, 82% de ses habitants interrogés disent être satisfaits voire très satisfaits d'y vivre. Et près de six Parisiens sur dix (58%) envisagent sereinement d'y voir grandir leurs enfants ou petits-enfants.

L'évolution future de la Ville lumière, toutefois, les inquiète. 47% des Parisiens s'attendent à ce que la situation s'y dégrade ces prochaines années: c'est deux fois plus que la part des sondés qui voient plutôt la vie à Paris s'améliorer (24%). En attendant, tous les aspects de la la vie quotidienne parisienne ne plaisent pas aux habitants. Avant la pollution et l'insécurité, c'est surtout le prix des logements qui les préoccupe: sept Parisiens sur dix s'en soucient.

Autre motif d'insatisfaction: pour 64% des Parisiens, la ville est globalement polluée. Assez logiquement, 57 % des sondés prônent le développement du tramway Le rapport de force est un peu moins net en ce qui concerne la place future de la voiture dans la cité. Certes, une courte majorité (52%) de Parisiens préconise une réduction de cette place, via par exemple des mesures comme la généralisation des couloirs de circulation réservés aux bus ou la multiplication des zones interdites à toute circulation automobile. Mais tout de même encore 48% des habitants de la capitale, à l'inverse, souhaitent qu'une plus grande place y soit faite à la voiture: création d'emplacements de stationnement, de voies rapides protégées réservées aux voitures, etc. A noter aussi que les Parisiens ne sont visiblement pas encore prêts à se passer de bagnole: 67% des sondés veulent garder leur véhicule s'ils en ont un ou voudraient en avoir un s'ils n'en ont pas. Et seulement 12% des personnes interrogées se disent prêts à renoncer à leur auto.

07/07/2010

Un tabou (levé)

14juillet.jpgIl est des sans-culottes qui doivent se retourner dans leurs tombes, en ce moment. A quelques jours de la commémoration de la Révolution de 1789, en effet, dans une campagne de pub très voyante, un grand joaillier parisien s'accapare et détourne la prise de la Bastille. La Révolution proposée par ce vendeur de pierres précieuses ne se déroule pas à la place de la Bastille mais à la si chic place Vendôme, où sont établis de longue date les Chaumet, Van Cleef & Arpels, Bulgari et autres Cartier. Et les chiffres 1789 ne renvoient pas à une date historique mais au 17,89% de réduction proposés sur l'ensemble des collections de ce joaillier. Nos amis camelots de la pub, décidément, ne manquent pas de culot.

Sinon, puisqu'on évoque le 14 juillet, les faits sont venus démentir le constat qu'on avait fait l'autre jour dans ce blog, constat selon lequel la suppression éventuelle, en ces temps d'austérité, du défilé militaire annuel était vraiment une question tabou en France. Ce n'est plus le cas. Puisque, depuis, les élus Verts au Conseil de Paris ont prôné (ici) cette suppression. Rappelant notamment qu'«en Grèce, le gouvernement a déjà renoncé au traditionnel défilé militaire de sa fête nationale du 25 mars: il a ainsi économisé 5 millions d’euros». Et considérant que cette kaki pride annuelle constitue, outre «une aberration écologique», un «gaspillage financier inacceptable en période de grande restriction budgétaire».

Combien coûte ce défilé, au fait? Selon le chiffre donné l'autre jour par l'état-major de l'armée: 4 millions d'euros. Ce montant englobe les frais de déplacement, de carburant et de sonorisation, mais pas les salaires payés aux intéressés. 4 millions d'euros, ce n'est pas trop, estime-t-on en haut lieu. «Le 14 juillet, c'est la rencontre entre la nation et son armée», a ainsi plaidé, ce week-end, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino. «Le supprimer serait la marque d'un mépris pour ceux qui ont voué leur vie à la défense de la nation, de ses valeurs, de sa liberté».Vu sous cet angle, évidemment...

PatrouilledeFrance.jpgD'autres initiatives que ce défilé militaire seraient de nature à honorer ceux ayant voué leur vie à la nation? Sans doute. Indemniser plus largement les soldats victimes des essais nucléaires de l'armée, par exemple. Ou enfin relever le montant des pensions de retraite versées aux anciens combattants issus des ex-colonies. Mais c'est plus difficile et plus coûteux que de défiler au pas cadencé sur les Champs-Elysées.

PS: Hier après-midi, pour se sentir sur un champ de bataille, nul besoin d'aller assister à l'Assemblée à la guérilla parlementaire sur le «Woerthgate». Pendant des heures, dans le ciel de Paris, c'était «Apocalypse Now»: la répétition du défilé du 14 juillet, avec hélicos, avions de chasse et tout cela.

01/07/2010

Une «instruction»

drapeaufrançais.jpgLes Français résidant à l'étranger qui aiment l'anisette, les petits fours et le champagne s'en réjouiront. Autant, par souci d'économies, la garden party du 14 juillet à l'Elysée a été annulée, autant, dans nombre de ministères, on ne sortira pas davantage les nappes blanches, autant les ambassades de France, elles, ont reçu l'autorisation d'inviter à nouveau leurs compatriotes expatriés à venir festoyer en l'honneur de la fête nationale.

 

C'est le porte-parole du quai d'Orsay qui l'a précisé, cette semaine. Et il est même revenu deux jours consécutifs sur ce sujet à la faveur de ses briefings de presse quotidiens, preuve sans doute que l'affaire a un intérêt national. «Les réceptions traditionnellement offertes par nos postes diplomatiques et consulaires sont maintenues», a-t-il assuré. Justification: «Pour nos collègues en poste à l'étranger, le 14 juillet est un rendez-vous important. C'est une occasion exceptionnelle de promotion, de rayonnement de la France dans le monde, une occasion à laquelle fait écho une attente très forte partout dans le monde. Elle permet aux chefs de postes diplomatiques et consulaires d'inviter les plus hautes autorités de leur pays de résidence. C'est aussi un rendez-vous important pour nos compatriotes qui vivent à l'étranger et c'est aussi une façon pour eux de renouer, une fois par an, ce lien très particulier avec la France».

 

Il n'empêche, les «contraintes budgétaires» étant «particulièrement fortes» au quai d'Orsay comme dans tous les ministères, le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, a «décidé de faire procéder à des économies sur le financement de ces réceptions». Du coup, il a donné «instruction» aux ambassadeurs et aux consuls «d'être modestes, mesurés dans la dépense, en cherchant les sources de financements permettant de réduire la part du budget qui y est consacrée». Concrètement? Des «partenariats» seront conclus «avec des entreprises françaises ou des collectivités territoriales françaises installées dans les pays où sont situées les ambassades» tricolores.

 

ferrerorocher.jpgDès lors, lecteurs de ce blog qui êtes Français expatriés, ne vous étonnez pas si, le 14 juillet, dans les jardins de votre ambassadeur préféré, vous apercevez des logos vantant le champagne Laurent Perrier, le camembert Président ou les surgelés Picard. C'est qu'ils ont fourni les victuailles et que cette pub fait partie du «partenariat» conclu avec les autorités d'un pays si endetté. En revanche, on ne sait si «instruction» a été donnée qu'à ces réjouissances, il soit servi des Ferrero rochers: comme chacun sait depuis une campagne de pub mémorable «les chocolats préférés de madame l'ambassadeur».

28/06/2010

Une (auto)censure

Restons dans le monde de la pub, qu'on évoquait vendredi. Si les autorités se voient souvent reprocher de ne pas agir assez pour réduire le volume global de messages assénés aux citoyens consommateurs, elles influent, parfois, sur le contenu de ces messages. On en trouve une illustration dans le bilan, plutôt positif, que vient de tirer le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) de la charte conclue en 2009 entre le ministère de la Santé et les publicitaires, charte «visant à promouvoir une alimentation et une activité physique favorables à la santé dans les programmes et les publicités diffusés à la télévision».

 

C'est la fameuse campagne «manger-bouger». Qui, dans les spots publicitaires, invite les consommateurs à ne pas grignoter entre les repas, à ne pas manger trop sucré, gras et/ou salé, etc. La charte interdit notamment aux publicitaires, dans leurs spots, d''«inciter à une consommation excessive», d'évoquer l'«image qui associerait la consommation d’aliments et de boissons à un loisir sédentaire lié à la vision d’un écran», ou de vanter un produit destiné aux enfants en leur laissant croire «que la prise d’un aliment peut produire un effet de nature à modifier leur vie quotidienne, en les faisant accéder à d’hypothétiques performances exceptionnelles». Concrètement,lit-on dans le rapport du CSA, depuis l'entrée en vigueur de la charte, plusieurs spots de pub n'ont jamais été diffusés à la télé française. Car, contraires à ces nouvelles règles déontologiques, ils ont été (auto)censurés par les organes de régulation du secteur de la pub.

 

Parmi ces pubs qu'on ne verra jamais à la télé, ce spot pour un groupe de musique dans lequel «on voyait des jeunes gens au cinéma avec un sac de popcorn sur les genoux». Ou un spot pour un distributeur d’ameublement dans lequel «on remarquait un verre de soda posé à coté du personnage principal, qui consultait son ordinateur portable à domicile». Ont pareillement été recalés des spots pour une console de jeu vidéo («le plan présentait une assiette contenant des toasts sur la table située devant les enfants et leurs parents»), pour un éditeur de téléphonie («la publicité mettait en scène un homme consommant, de manière excessive et passive, des pizzas devant la télévision») ou pour un soda («on présentait un jeune homme activant le jeu interactif mis en place par l’annonceur sur son écran, tout en tenant une canette à la main»). A défaut donc de limiter la quantité de pub, les autorités veillent à leur qualité. C'est déjà ça. Ou pas?

24/06/2010

Une goutte d'eau

C'est le débat politique du jour à Paris, ce jeudi. Hier, le Président Sarkozy a fait savoir que, par souci d'économies, la garden party du 14 juillet à l'Elysée serait supprimée. Pour la droite, la mise entre parenthèses de cette tradition républicaine annuelle, établie par Valéry Giscard d'Estaing il y a 32 ans, est une mesure certes symbolique mais néanmoins importante: elle montre qu'en ces temps de crise, l'Etat lui aussi se serre la ceinture. Pour l'opposition, ce n'est qu'un geste «dérisoire» (le FN), «un artifice» voire «un coup de pub» (le PS), une pathétique «diversion» (les Verts). Deux réflexions.

D'abord, trois chiffres qui nous semblent bien situer les enjeux. Premier chiffre: 700.000 euros, soit le montant de la facture de la garden party du 14 juillet 2009, soit donc globalement l'économie qui sera faite le 14 juillet prochain. Deuxième chiffre: 419 milliards d'euros, soit l'enveloppe totale des dépenses de l'Etat. Troisième chiffre: 149 milliards d'euros, soit le montant du déficit public cette année. La suppression des petits fours élyséens constitue donc, vraiment, une goutte d'eau dans la mer.

Ensuite, remarquez que, s'agissant des dépenses traditionnelles mais néanmoins somptuaires du 14 juillet dans lesquelles on pourrait faire des économies, il en est une qui n'est jamais mentionnée: le sacrosaint défilé militaire. Pourtant, en France comme dans tous les autres pays partageant cette tradition, cette «kaki pride» annuelle a pour seule utilité visible de flatter l'ego national. Et elle aussi doit coûter cher aux pouvoirs publics: les salaires des personnels militaire et policier mobilisés (un jour férié, en plus), les infrastructures (tribunes, réceptions, etc.), les dépenses en carburant (avions, etc.), le coût de la réparation du macadam des rues de Paris s'effondrant chaque année sous le poids des chars, etc. Mais toucher à cette dépense-là, ou simplement poser la question, semble inenvisageable. La République a décidément ses tabous.

18/06/2010

Un appel ou l'autre

L'«appel du 18 juin» il y a 70 ans jour pour jour, ce vendredi. Pas mal de cérémonies sont prévues pour la commémoration du mémorable appel radiophonique lancé par de Gaulle depuis Londres. Moins historique, beaucoup moins consensuel, voire volontiers provocateur dans sa dénomination, en France ce vendredi, comme chaque 18 juin, sera aussi relancé l'appel du... «18 joint» (ici). Rien à voir et donc à ne pas confondre. Cet appel-là, en effet, prône l'abrogation de la loi de 1970 pénalisant la consommation et la détention de stupéfiants. Abrogation car, selon les signataires de cet appel, «il est temps d’en finir avec une loi qui privilégie la politique de la matraque aux dépens de la prévention et de l’éducation». Et temps d'en finir avec «une loi  inappliquée et inapplicable, bafouée par des centaines de milliers de citoyens tous les jours».

 

Parlant du cannabis, et au-delà de ce plaidoyer en faveur de l'autorisation de son usage, disons, récréatif, a resurgi ces derniers temps en France le débat sur une éventuelle légalisation de l'utilisation thérapeutique de cette substance. C'est un appel que lancent en vain, et depuis longtemps, des associations de malades. Qui, s'appuyant sur de nombreux témoignages (ici, par exemple) et expériences étrangères, assurent que le cannabis peut très utilement être utilisé pour soulager des patients d'affections ou d'effets secondaires de leurs traitements, contre lesquels les remèdes traditionnels ne peuvent rien.

 

La France, cependant, freine des quatre fers. Dans son dernier avis en date, l'Académie de médecine a encore réitéré son refus de toute utilisation thérapeutique du cannabis. Selon elle, «ce qui qualifie un médicament est son rapport bénéfice/risque établi par l’analyse des bienfaits que pourra en retirer le patient, comparés aux risques d’effets secondaires et de toxicité». Or, d'après l'Académie, s’agissant du cannabis, «les effets pharmacologiques sont d’une intensité modeste, alors que les effets secondaires sont nombreux et très souvent adverses»: de la «perturbation de la mémoire» aux «artérites pancréatiques» en passant par l'«aggravation de la schizophrénie», l'«incitation à la consommation d’autres drogues» ou les «cancers broncho-pulmonaires».

 

frontonacademiemedecine.jpgMais nombre de pays autorisent l'usage thérapeutique du cannabis. Du coup, la position française est-elle, comme l'a dénoncé cette semaine une lettre ouverte«moralisatrice» et «archaïque»? Ou, scientifiquement et médicalement, est-ce la France qui a raison? Et, dans ce cas, les autorités sanitaires et politiques des pays, pourtant civilisés, autorisant l'usage médical du THC sont-elles incompétentes, voire irresponsables?

 

Il ne serait pas inintéressant d'entendre la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, sur la question. Mais vu qu'elle est également ministre des Sports et qu'en plus, elle est fan de foot, elle doit avoir d'autres sujets de préoccupation, «mondiaux», en ce moment. Depuis le match d'hier soir et le fiasco des Bleus, singulièrement. On a les priorités que l'on se donne.

16/06/2010

Un usage (variable)

Pour parler d'autre chose que du sujet du jour en France (la réforme des retraites), dossier tout de même peu glamour, on se penche aujourd'hui sur les relations, protocolaires notamment, entre les grands de ce monde. Car, il y a peu, Nicolas Sarkozy a créé un certain émoi dans... notre petit bureau de journalistes étrangers en poste à Paris. Dans la pièce d'à-côté, en effet, notre homologue et néanmoins ami du quotidien britannique «The Daily Telegraph» a failli tomber de sa chaise.

Lorsqu'il a pris connaissance du texte de la lettre adressée par le Président français à la reine Elisabeth II, à l'occasion de la profanation de tombes du cimetière militaire de Loos-en-Gohelle (Pas de Calais), où reposent des soldats britanniques et canadiens. Si Nicolas Sarkozy concluait en assurant la souveraine britannique de «l'expression de (sa) très haute considération» et de son «profond respect», il débutait sa missive par un très laconique «Madame». Selon notre confrère, sans que ce «Madame» constitue à proprement parler un crime de lèse-majesté, l'utilisation de la formule «Votre majesté», voire «Votre gracieuse majesté», aurait été plus convenable. Après y avoir songé, «The Daily Telegraph», toutefois, n'a pas fait écho à cette familiarité sarkozyste. Sans doute s'est-il souvenu que Tony Blair, du temps où il était Premier ministre, embarrassait régulièrement le protocole français en tutoyant le Président Chirac y compris dans les occasions les plus officielles...

L'Elysée, cela dit, manifestement fait un usage à géométrie variable de ces convenances protocolaires: à l'occasion, elle sait y mettre les formes et utiliser les titres officiels les plus ronflants à l'égard de ses invités. Le rappelle aujourd'hui même l'agenda officiel de Nicolas Sarkozy, qui indique qu'à 17h30, il s'entrediendra avec rien moins que «Sa Béatitude Eminentissime Mar Nasrallah Boutros Cardinal Sfeir, Patriarche Maronite d'Antioche et de Tout l'Orient». Si chic.

15/06/2010

Un combat

metroDUROCK.jpgC'est l'été à Paris. Même si ce n'est pas flagrant d'un point de vue météorologique, il y a des signes qui ne trompent pas. Ainsi, a-t-on aperçu l'autre jour, la station de métro «Duroc» a été temporairement rebaptisée «Durock» et décorée, sur tous ses panneaux publicitaires en 4×3, de photos et d'affiches de groupes musicaux. Un rhabillage à l'occasion du festival «Rock en Seine».

Le lancement de la saison des grands festivals musicaux en plein air, c'est, en région parisienne comme ailleurs, le signal par excellence du début de l'été. Cette année encore, du reste, les Parisiens amateurs de rock vont se prendre la tête pour faire un choix. En effet, les deux grands festivals du début de la saison, qui tous les ans attirent chacun des dizaines de milliers de spectateurs, auront lieu le même dernier week-end de juin. Et, entre eux, ce sera le choc des titans. D'un côté, «Rock en Seine» donc, au domaine de Saint-Cloud, avec à l'affiche Stereophonics, LCD Soundsystem, The Kooks, Massive Attack, Eels ou Roxy Music. De l'autre côté «Solidays», à l’Hippodrome de Longchamp, avec Pony Pony Run Run, M, Olivia Ruiz, Ginzhu, les BB Brunes ou Vanessa Paradis.

Parlant de festivals de rock, certains ne sont pas appréciés par un certain public. L'a encore rappelé hier l'actualité judiciaire. Qui, devant le tribunal de grande instance de Nantes (Loire-Atlantique), a vu s'opposer la Confédération nationale des associations familiales catholiques de France (CNAFC) et les organisateurs du prochain festival de rock heavy metal «Hellfest».

homersimpsonnevertoooldtorock.jpgDébut avril déjà, les alliés les plus conservateurs de Nicolas Sarkozy (Christine Boutin, Philippe de Villiers, etc.) avaient protesté en vain, à l'Assemblée, contre la tenue de ce «festival sataniste» et contre son subventionnement par les pouvoirs publics. Car cette manifestation selon eux «promeut et véhicule la culture de mort». Et est dédié à une musique à même d'«influencer négativement des jeunes en fragilités psychologiques, au point de les amener à poser des actes graves et violents». Dans la foulée, l'association catholique voulait que les organisateurs d'«Hellfest» soient contraints par la justice à leur communiquer les textes des chansons qu'interpréteront les 114 artistes attendus à ce festival. A ses yeux, en effet, en présence d'un tel type de rock, le «principe de précaution» est de mise. Et celui-ci exige «de protéger en particulier les populations les plus fragiles» contre «toute atteinte aux intérêts spirituels, moraux et matériels des familles». Hier, toutefois, le tribunal a débouté l’association de ses demandes, qui selon lui auraient pu porter atteinte à la liberté d’expression.

Dans sa lutte contre le heavy metal, donc, le lobby catholique a jusqu'à présent été vaincu en France, sur les plans tant politique que judiciaire. Reste à voir si, dans ce cas, il s'agit là aussi d'un choc des titans ou plutôt d'un combat d'arrière-gardes.

14/06/2010

Une vision

«Un pays au bord de la guerre civile», s'inquiétait en boucle, dès 7 heures du mat', le speaker aux commandes de la tranche d'info matinale d'une grande radio française, que l'on écoutait au saut du lit. Il était question du Kirghizstan, et non de la Belgique. Mais, dans les titres de ce journal parlé, cette actualité asiatique suivait immédiatement le compte-rendu des élections législatives d'hier en Belgique. Et, dans le débit saccadé habituel aux actus radiophoniques du matin, le confrère avait, entre ces deux sujets, marqué une pause si brève qu'elle en était devenue inaudible. Possible, dès lors, que ce matin, l'un ou l'autre auditeur français moyen, à peine émergé des brumes épaisses de la nuit, ait compris que c'était... la Belgique qui était «au bord de la guerre civile». A fortiori si cet auditeur mal réveillé avait, la veille au soir, regardé le JT d'une grande chaîne de télé publique. Son envoyé spécial à Bruxelles, concluant son direct sur un «pays au bord du divorce», avait en substance eu cette chute inquiétante: «Dans les semaines et mois à venir, on peut donc craindre des incidents entre francophones et flamands». Et, au ton qui était le sien, le terme incidents devait être compris au sens d'escarmouches physiques et non de heurts politiques. 

Cela dit, mais ce n'est jamais que notre avis, globalement, les médias français ont plutôt correctement couvert ces élections belges. D'année en année, nous semble-t-il, ils essaient de sortir de la vision caricaturale, condescendante, voire factuellement erronée, car simplifiée à l'excès, qui a longtemps été la leur lorsqu'il s'agissait d'expliquer aux Français les soubresauts de la vie institutionnelle, il est vrai un peu compliquée, de leur voisin belge. Tout, cependant, n'est pas encore parfait. En témoigne le nombre de fois où, ce matin encore, à la radio comme à la télé, on a entendu parler d'«un pays déchiré entre ses deux communautés» (même si les Belges germanophones semblent peu compter dans cette crise, leur communauté existe tout de même encore) ou entre ses «deux Régions» (et la région bruxelloise?). Le nombre de fois aussi où le Premier-ministrable Elio di Rupo a été rebaptisé «président du PS belge» (PS francophone, aurait-il fallu dire).

Pas sûr, cependant, que ces inexactitudes soient relevées par le Français de la rue, vu le degré de connaissance visiblement très moyen de la Belgique politique qui semble encore souvent être le sien. Ainsi, le nombre de fois, ces derniers jours, où des Parisiens – pourtant normalement éduqués et pas indifférents globalement à la marche du monde – nous ont posé des questions du genre: «Mais, en fait, les Wallons, ils parlent le français ou le wallon?»...

27/05/2010

Un rappel

Des perturbations sont possibles dans les chemins de fer en France ce jeudi, (énième) jour de mobilisation syndicale interprofessionnelle contre la prochaine réforme des retraites. Parlant des trains et plus spécialement de ceux circulant en région parisienne, la SNCF vient, en douceur, d'effectuer un fameux revirement. Fin de l'année dernière (relire ici), elle avait annoncé la disparition programmée des «petits gris»: ces rames en inox mises en service il y a plus de 40 ans, dont la physionomie était devenue très familière aux habitants de la capitale française et de sa banlieue. Quelques mois plus tard, changement de cap: les chemins de fer viennent de ... procéder au rappel en grand nombre de «petits gris» qui avaient déjà été déclassés.

 

Ces vieilles rames désormais opèrent à nouveau sur la ligne D du RER. La SNCF, en effet, n'a eu d'autre choix que de les remettre massivement en circulation, y compris aux heures de pointe. En cause, le flux tendu sur cette ligne, dont la fréquentation croît chaque année de 3 à 4%. Et l'immobilisation plus longue que prévue, dans les ateliers de maintenance, de nombreux trains plus récents. Dans ces conditions, le renvoi au dépôt de ces «petits gris» rappelés en catastrophe n'est pas attendu avant plusieurs semaines.

 

Au passage, le grand patron de la SNCF vient de faire son mea culpa à propos du plan d'urgence de 100 millions d'euros qui avait été engagé il y a deux ans au profit de ce RER D. «Cet investissement vient de se terminer. Il y a du bon et du moins bon», a reconnu Guillaume Pépy. «Le bon, c'est l'amélioration de l'information des voyageurs, du confort et un certain progrès dans la régularité: les retards ont baissé de 20%. Le moins bon, c'est qu'on n'a pas atteint l'objectif d'une réduction des retards d'un tiers. Aujourd'hui, les retards sont de l'ordre de 14%. Ils étaient de 18% auparavant. Il faudrait que l'on soit dans la zone des 10%». Mais, a averti le PDG des chemins de fer, pour atteindre ce niveau qualitatif, «il faudra plusieurs années» encore.

 

Faute avouée est à moitié pardonnée, se diront (peut-être) les banlieusards qui, les jours de grève comme les jours sans grève, ont l'habitude de poireauter sur les quais du RER D. En attendant, le syndicat des transports de la Région parisienne a annoncé hier un (énième) relèvement des tarifs, qui entrera en vigueur en juillet. La hausse moyenne sera de 3,9%, soit largement plus que l'inflation. Il est décidément des hasards de calendrier qui sont fâcheux.

25/05/2010

Un sombre tableau

Incroyable douceur de vivre à Paris pendant tout ce long week-end, grâce à cette météo estivale avant l'heure. En France cependant, l'humeur générale est loin d'être à l'insouciance, en ce moment. Un sondage vient encore de le confirmer, ce matin: plus de neuf Français sur dix (91%) s'attendent à ce que la crise économique actuelle ait des conséquences concrètes et dommageables, fiscales notamment, sur leur vie quotidienne.

 

L'opinion, cela dit, a-t-elle toujours et forcément une perception exacte de la réalité? Une autre étude, publiée elle dimanche, amène une nouvelle fois à se poser la question. Elle indique que, pour 83% des Français, les prix ont augmenté ces douze derniers mois. «Les Français sont inquiets de l'inflation», en déduisait le JDD. Oui, mais, si l'on en croit la dernière étude annuelle sur «Les comptes de la Nation» réalisée par l'Insee, le très sérieux Institut français de la statistique et des études économiques, le pouvoir d’achat des ménages, en fait, a progressé en 2009. Il a même crû un peu plus (+1,6%) que l'année précédente 2008 (+0,4%).

 

C'est d'ailleurs à peu près la seule bonne nouvelle que l'on peut retrouver dans ce tableau de l'économie française. Qui l'an dernier, confirme l'Insee, a traversé «la récession la plus importante depuis l’après-guerre». Résultat: tous les indices sont dans le rouge. Le PIB a reculé de 2,6% en moyenne. «Toutes les grandes branches» ont participé à cette chute: production manufacturière, production énergétique, activité dans la construction ou production de services marchands. L'investissement a chuté (−7,1%). Les entreprises ont massivement déstocké pendant toute l'année. Et seul l’investissement des administrations publiques a résisté, sous l’effet du plan gouvernemental de relance. Les échanges extérieurs de biens comme de services se sont «fortement» contractés, les exportations comme les importations ayant reculé. Seule la consommation, privée ou publique, n'a pas coulé dans la tempête, mais c'est largement grâce à des mécanismes gouvernementaux (prime à la casse pour les voitures, etc.) utilisés comme bouées de sauvetage.

 

Pour autant, 2009 n'aura pas été une mauvaise année pour tout le monde. Ainsi, «la valeur ajoutée des sociétés financières rebondit nettement (+9,1% après −0,3%). Celle des banques progresse très fortement (+14,2% après +4,5% en 2008 et +1,9% en 2007). Par ailleurs, l’activité de l’assurance-vie renoue avec la croissance en 2009: la valeur ajoutée augmente de +44,2% en valeur après −20,8% en 2008». Cela va certainement remonter le moral du Français moyen.