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21/05/2010

Un (petit) exemple

Une anecdote, pour bien terminer la semaine. En guise d'exemple de combien, parfois, la France décidément n'est pas pour rien le pays de Courteline – qui écrivit des pages et des pages sur les mésaventures de citoyens aux prises avec une administration cafouilleuse.

 

Fin avril, on découvrait un matin dans la boîte aux lettres deux mises en demeure envoyées par un cabinet d'huissiers de justice, pour le compte de la Direction générale des finances publiques. Elles nous invitaient à «payer immédiatement» deux factures, précisant qu'«à défaut, toutes les mesures d'exécution seront engagées sans autres avis». On était un peu surpris: on n'avait le souvenir ni d'être en retard du moindre paiement, ni d'avoir reçu le moindre rappel. Après quelques recherches, on découvrait qu'il s'agissait en fait de la note de deux vieilles consultations médicales dans un grand hôpital public parisien. Consultations à l'issue desquelles on nous avait dit: «Non, non, ne payez rien: vous recevrez la facture à domicile». On n'avait jamais rien reçu, et on avait perdu cela de vue. Jusqu'à l'arrivée donc de ces mises en demeure. Maugréant contre La Poste, on avait obtempéré illico. Dans l'heure, on avait payé nos dettes par carte bleue via le central téléphonique du fisc.

 

Et puis ce mercredi, dans la boîte aux lettres, deux «avis de mise en opposition administrative» cette fois. Portant sur exactement les mêmes montants. Et nous avertissant carrément qu'à défaut de paiement immédiat, «la Direction générale des finances publiques engagera sans délai ni autre avis une procédure de blocage de compte et salaire auprès de votre banque ou employeur». Bigre. On retéléphonait donc au fisc, bien décidé cette fois à ne pas se contenter d'un automate mais à parler à un humain. Une fois l'agent en ligne, on lui certifiait avoir déjà réglé ces factures fin avril, par carte bancaire au même numéro de téléphone. L'homme vérifiait, mais ne trouvait nulle trace de ces paiements. On lui assurait qu'à l'époque, la «machine» nous avait pourtant bien dit, de sa voix métallique si agréable, que nos opérations avaient été enregistrées. «Oui, cela arrive de temps en temps», rétorquait notre interlocuteur laconiquement. On repayait donc. Puis, pour tout de même tirer  au clair cette curieuse affaire, on demandait comment était-il possible d'être mis en demeure de payer des factures jamais reçues auparavant. «Alors ça, ça arrive très souvent», expliquait l'huissier, toujours aussi philosophe. On apprenait donc que l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris – «débordée ou désorganisée, on n'a jamais très bien su», précisait notre homme – , au lieu de facturer elle-même ses patients, chargeait «fréquemment» les agents du fisc de recouvrer à sa place les sommes dues, via l'envoi aux gens de si charmantes mises en demeures et autres commandements à payer.

 

Résumé. On a donc 1)une administration qui, pas fichue de faire son boulot, le refile à une autre 2)cette deuxième administration qui n'est pas fichue de faire correctement ce même boulot vu qu'elle a remplacé des fonctionnaires par des automates inopérants.

 

C'est probablement très anecdotique, et donc pas d'un intérêt fou. Mais, dans ce grand pays de «réforme» – réforme de la fonction publique notamment (non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, etc) – qu'est la France depuis 2007, cela méritait assurément deux grands bravos.

19/05/2010

Un bien mauvais départ

Il était annoncé comme le chantier urbanistique de la décennie à Paris: au minimum quatre années de travaux colossaux et un budget d'au bas mot 760 millions d’euros. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il commence bien mal, ce chantier. On veut parler du projet de rénovation du Forum des Halles et de ses alentours. Début de cette semaine, la mairie n'a eu d'autre choix que de décider de suspendre tous les travaux liés à la première phase du chantier, à savoir au réaménagement du vaste jardin des Halles jouxtant le méga-centre commercial. Mercredi dernier, en effet, le tribunal administratif avait, en référé, ordonné l'interruption de l'exécution du permis de démolir du jardin actuel. Selon lui, un «doute sérieux» pèse sur la légalité de l'autorisation municipale d'abattre notamment, dès le mois de juin, les quelque 300 arbres figurant dans l'actuel jardin Lalanne, l'enclos de verdure de 3000 m2 situé dans l'espace vert des Halles.

 

L'action en justice avait été lancée par un comité de riverains furieux contre «l'absurdité» écologique et urbanistique de ce volet du projet municipal. Ces habitants sont évidemment ravis, qui voyaient dans ce dossier une «accumulation d’erreurs, d’incurie, d’incompétence et de manque d’écoute». La droite parisienne elle aussi applaudit à cette «première victoire» remportée contre «le massacre du jardin des Halles». La Ville conteste le fond du jugement du tribunal. Et assure que, malgré ce bien mauvais départ,  ce projet gigantesque, au final, «ne sera pas retardé». En attendant, les riverains, gonflés à bloc par cette victoire juridique, préparent une grande manifestation sur place samedi après-midi.

 

Dans le quartier, on n'a pas fini d'entendre parler de ce dossier. Et, vu la manière chaotique dont il a débuté, on ne peut même plus être trop sûr que ce méga-projet urbanistique ne va pas finir par tourner au calvaire politique pour le maire de Paris, Bertrand Delanoë.

10/05/2010

Un revirement

C'est un fameux revirement du gouvernement, et il a été officialisé la semaine dernière au Parlement. Il concerne l'aéroport de Roissy, et plus particulièrement sa desserte par les taxis. Il y a trois mois, la majorité avait cassé le monopole bénéficiant aux taxis parisiens. Dorénavant, au nom de la libre concurrence, tous les taxis, et plus seulement ceux de la capitale, seraient autorisés à prendre en charge des passagers à Roissy-CDG. La semaine dernière, revirement à 180 degrés: le Parlement vient de réinstaurer ce monopole.

 

Selon le secrétaire d'Etat aux Transports, Dominique Bussereau, la suppression du monopole, finalement, ne ferait «pas baisser les prix». Car, à CDG, «les taxis sont déjà en concurrence avec d’autres modes de transport – motos taxis, navettes, etc.» Et cette concurrence exacerbée «attirerait encore plus de taxis à Roissy, où ils sont déjà en surabondance»: appâtés par la manne financière que représentent, pour les sociétés de taxi, les 60 millions d'usagers annuels de cette plateforme. Ce que veut désormais l'Etat, c'est «que les taxis ne soient pas scotchés du matin au soir devant les files d’attente des aéroports, mais soient dans les communes». L'objectif premier étant de «relocaliser les véhicules dans Paris intra muros».

 

Où les taxis sont encore très peu présents. Comme l'a noté, lors des débats dans l'hémicycle, la députée UMP Françoise de Panafieu, «les étrangers qui se rendent à Paris sont toujours étonnés de la différence avec certaines villes comme New York et Londres notamment. Dans la capitale, depuis des années, il est impossible à certaines heures de trouver un taxi disponible quand il suffit, à l’étranger, de lever la main pour qu’un taxi s’arrête devant vous dans les deux minutes». L'an dernier, pour inciter les taxis parisiens à travailler pas seulement à Roissy mais aussi à Paris, un test de circulation avait été tenté (relire ici), qui avait réservé aux taxis une voie spécifique de l’autoroute A1 jusqu'à la capitale. Mais, de l'aveu de la mairie, cela a créé «des embouteillages gigantesques» et donc un afflux à l'Hôtel de ville de plaintes de résidents parisiens, exaspérés de «subir des retards dans leurs déplacements domicile-travail».

 

Résultat, une sérieuse «remise à plat» du système est jugée plus que jamais nécessaire. Le ministre de l'Intérieur – seul compétent avec la préfecture de police de Paris dans ce domaine – semble lui-même l'avoir compris. Pour preuve, il vient de proposer la mise en place d’un groupe de travail sur ce dossier, réunissant, outre ses agents, des représentants des Transports, de la société Aéroports de Paris et de la mairie. Le but? Trouver «une solution plus équilibrée», en associant enfin tous les acteurs concernés. Il est temps, à l'approche des vacances d'été, et donc de l'afflux encore plus massif d'usagers à Roissy.

03/05/2010

Un «rapport charnel»

Le rapport des Français à l’argent: sujet non seulement vaste mais aussi sensible en ces temps de crise et de précarisation grandissante. Deux tendances ont été mises en lumière ces derniers temps, par des études pas inintéressantes de l’institut de sondages Ifop.

 

D’abord, cette enquête dont les résultats sont sortis ce week-end et qui, assez curieusement trouve-t-on, ont fait assez peu de bruit. 58% des Français, soit une majorité assez écrasante de la population de ce pays, disent s'en sortir «difficilement» avec les revenus de leur foyer. Ils sont même 14% à considérer ne boucler que «très difficilement» leurs fins de mois. De l’autre côté de la barrière, 42% des Français jugent s'en sortir «facilement», dont 5% «très facilement». Confirmation de ce que l’on savait déjà: les habitants des zones rurales galèrent plus que ceux de la capitale (61% contre 56%), les femmes (64%) en bavent plus que les hommes (52%), et le pourcentage de gens en difficultés financières explose chez les ouvriers (74%), les employés (73%) et les artisans et commerçants (67%).

 

Les Français donc, dans une large majorité, galèrent financièrement. Selon une autre étude de l’Ifop, ils n’en ont pas moins «un rapport charnel confirmé» avec l’argent, avec l’argent liquide singulièrement. En effet, à l’heure où les moyens électroniques de paiement s’imposent un peu partout, 95 % des Français affirment détenir toujours de l’argent liquide sur eux. Et 54% considèrent que, dans les années à venir, ils paieront toujours autant, voire davantage, en espèces. Plus d’un Français sur trois conserve de l’argent à son domicile. Un quart avoue même détenir des espèces cachées à la maison. Pour ce qui concerne précisément la somme détenue en liquide, elle est en moyenne de 37 euros. Plus on est âgé, plus on a du liquide sur soi: les 65 ans et plus ont en moyenne 59 euros sur eux, les moins de 35 ans 20 euros seulement.

 

En ce qui concerne notre modeste petite personne, on déduit de tout cela. 1) Qu’on n’est vraiment pas Français. Sans pour autant rouler sur l'or, on n’a pas de fins mois (encore trop) difficiles. On n'a pas non plus de magot planqué sous le matelas. Et on n’a jamais 37 euros dans notre portefeuille; plutôt en permanence trois francs six sous, à peine. 2) Que ce matin encore, on fait beaucoup plus jeune que notre âge: on vient de le vérifier, on n’a même pas 20 euros en poche, donc, statistiquement en tout cas, on n’a même pas 35 ans. Merveilleuse nouvelle pour bien commencer la semaine.

29/04/2010

Une insatisfaction

ESCALE_AORLY.jpgCe mois-ci, les aéroports ont occupé la Une de l’actualité européenne, des centaines de milliers de voyageurs ayant été contraints d’y camper à la suite de la paralysie du trafic aérien. A Paris, les deux grands aéroports commerciaux, Roissy et Orly, ont eux aussi accueilli nombre de ces infortunés passagers. Mais pas sûr que ces derniers aient apprécié leur séjour. Ces deux plateformes, en effet, viennent à nouveau de se distinguer négativement dans une enquête de satisfaction.

 

Pour rappel, l’automne dernier déjà (relire ici), un site internet de voyages canadien avait décerné à Roissy-Charles de Gaulle le titre de pire aéroport du monde. Lui étaient notamment reprochés son état de propreté très perfectible, l’inconfort de ses salles d’attente ou la compétence relative du personnel chargé de renseigner les usagers. Cette fois, c’est l’Union française des consommateurs (UFC) qui vient de taper sur le clou. Comme d’autres associations européennes de consommateurs, elle a soumis soixante aéroports et compagnies aériennes du vieux continent à une enquête de satisfaction, réalisée auprès de voyageurs de cinq pays: France, Belgique, Espagne, Italie et Portugal. Les résultats de ce test comparatif ne sont accessibles en ligne qu’aux abonnés de l’UFC, mais on peut vous dire qu’en gros, ils sont mauvais pour Roissy et Orly.

 

Ces deux aérogares, en effet, arrivent en queue de ce classement européen. Orly s’en sort relativement mieux que Roissy, même si la vétusté de cet aéroport a souvent été notée par ses usagers. En revanche, Charles de Gaulle est étrillé par les participants au test comparatif. C’est surtout la conception de CDG qui est en cause. Au fil des chantiers de modernisation qui y ont été menés ces dernières années, il s’est beaucoup étendu. Du coup, ses usagers le jugent peu lisible et peu fluide. Dans cette infrastructure très vaste et éclatée en de nombreux terminaux, ils ont des difficultés à s’y retrouver. Ils regrettent de devoir souvent longuement cheminer avant de parvenir à leurs points de destination: salles d’embarquement, guichets d’enregistrement, comptoirs de compagnies aériennes ou autres lieux de stationnement des navettes à destination de la capitale. Reproche final mais non des moindres: l’accès à CDG depuis Paris est jugé peu efficace; voici à nouveau les problèmes des taxis chers et du réseau de RER laborieux.

 

roissy.jpgVoilà donc un énième mauvais bulletin accordé au deuxième plus gros aéroport européen. «Le pari de la qualité est naturellement plus difficile à tenir pour les plateformes les plus fréquentées» par rapport aux aéroports moinsbondés, reconnaît l’UFC. Qui note tout de même que quelques-uns parmi ces plus grands aéroports, Francfort par exemple, parviennent, eux, à remporter ce pari de la qualité.

 

 

 

PS : A noter que, plutôt que de s’appesantir sur les résultats de ce test comparatif, la société Aéroports de Paris (ADP) a préféré communiquer sur la vente record réalisée l’autre jour dans une des boutiques de CDG. Où «une passagère a dépensé en quelques minutes près de 30 000 euros», en achetant notamment une bouteille de Romanée Conti 1986 mise à prix à 25 000 euros. C’est évidemment un sujet plus glamour que les vulgaires problèmes de RER.

28/04/2010

Un «favoritisme»

Gros succès médiatique pour la méga-descente de tracteurs sur Paris, hier. Un indéniable succès public, aussi. On l’a vu y compris le long des grands boulevards de notre onzième arrondissement: les Parisiens, fréquemment, ont accueilli avec des applaudissements et des encouragements les milliers de céréaliers venus défiler dans la capitale. Le caractère si visuel de leur démonstration de force a aussi plu, ici. Ainsi, on a vu des gamins se faire prendre en photos, très excités devant des tracteurs dont les roues étaient aussi grandes qu’eux.

 

Cela dit, toute la corporation agricole n’était pas dans la rue. Témoins, ces récriminations entendues hier dans la bouche d’un responsable de la Confédération paysanne. Ce syndicat minoritaire, nettement moins proche du pouvoir que la FNSEA – le syndicat majoritaire, organisateur de la journée d’hier, et lui plutôt à droite –, n’a pas défilé. Il soupçonne les grands céréaliers de vouloir continuer à bénéficier sans distinction de leur rente de situation. Alors que la Confédération, elle, plaide pour une redistribution des aides au secteur en fonction de critères comme les particularités régionales ou les efforts faits en matière environnementale.

 

Hier, les amis de José Bové, jadis figure de proue de la Confédération, ont même fustigé le «favoritisme» dont bénéficerait la FNSEA, de la part des forces de l’ordre. Plus d’un millier des tracteurs de ce syndicat ont reçu l’autorisation de défiler dans Paris. Alors que, lors d’un précédent coup médiatique, la Confédération, elle, avait dû redoubler de ruses et de stratagèmes (recours à une bétonnière, etc.) pour déjouer la surveillance des autorités et parvenir à symboliquement positionner un seul et unique tracteur sous la Tour Eiffel. «C’est clairement la règle du deux poids, deux mesures», dénonçait hier un syndicaliste de la Confédération.

 

Plutôt que de voir leurs tracteurs autorisés eux aussi à défiler sur les grands boulevards de la Ville Lumière, les amis de José Bové doivent se contenter de gestes symboliques. Ainsi, c’est sans le moindre problème que, dernièrement, la préfecture de police de Paris a accepté leurs distributions gratuites de produits laitiers aux habitants, place de la République notamment. Et, il n’y a pas si longtemps, l’alors secrétaire d’Etat à l’Environnement, Nathalie Kosciusko-Morizet, avait claqué la bise à José Bové devant une nuée de caméras, à la sortie de négociations ministérielles. A l’époque, d’ailleurs, cette marque publique d’affection ministérielle envers un faucheur d’OGM multirécidiviste n’avait pas été appréciée à l’UMP. Et depuis, Nathalie Kosciusko-Morizet a été mutée: elle n’est plus que secrétaire d'Etat en charge «de la prospective et du développement de l'économie numérique». Assurément un secteur politique moins sensible que l’agriculture.

22/04/2010

Une consolation

François Fillon dirige un gouvernement dont la politique, sondage après sondage, est massivement désapprouvée par l'opinion. Il s'en consolera peut-être avec son nouveau statut d'«Homme de l’Année». En effet, c’est le titre qui sera décerné ce soir au Premier ministre français, dans le cadre select de l’Automobile Club de France, place de la Concorde à Paris. L’Automobile Club, car ce «Prix de l’Homme de l’Année» lui est attribué par le magazine… «Le Journal de l’Automobile». Cela ne vaut pas un Nobel? L’hôte de Matignon, ici aussi, s’en consolera en ayant une pensée émue pour son fief électoral de la Sarthe (Région Pays de Loire), le département du Mans et donc aussi celui de son célèbre circuit des 24 Heures.

 

Ce n’est pas seulement parce qu’il est fan de course automobile et même pilote à ses heures – du moins, quand son dos fragile ne le cloue pas au lit – que François Fillon est récompensé. C’est parce que, ces derniers mois, son gouvernement a pris une batterie de mesures pour soutenir une industrie automobile frappée de plein fouet par le ralentissement économique. Prêts bonifiés aux constructeurs, Fonds stratégique d’investissement, Fonds de modernisation des équipementiers automobiles et autres primes à la casse, soit «autant de dispositifs qui ont permis au secteur automobile de faire face à la crise». Autant d’«aides directes et indirectes (qui) ont permis au marché de progresser en volume et de limiter les dégâts en valeur», dixit la délibération du jury de ce prix masculin annuel.

 

Dans son ode à François Fillon, le «Journal de l’Automobile», toutefois, reste assez pudique. En effet, il s’abstient de mentionner les récents reports sine die, et controversés, de la taxe carbone puis de l’écotaxe sur les poids lourds, deux mesures qu’appréciait peu l’industrie automobile. Le jury de l’«Homme de l’Année» a-t-il donc craint que, s'il en faisait trop en faveur de son lauréat, ce dernier soit accusé par ses détracteurs d’être à la solde du lobby de la bagnole? 

20/04/2010

Une honte?

plaque75paris.jpgAprès un égarement hier, actualité du week-end oblige, dans les nuages d’altitude rendus inaccessibles par ces satanées cendres volcaniques, retour aujourd’hui au ras du bitume de Paris. Paris et sa mauvaise image chronique. Celle d’une grande ville peuplée de citadins invariablement perçus comme prétentieux, râleurs, hystériques et/ou bobos. Cette image, au fil des ans, n’a pas l’air de s’arranger. Le ministère de l'Intérieur vient à nouveau de le constater, en analysant les données fournies depuis l’entrée en vigueur du nouveau système d’immatriculation des véhicules. Pour rappel, l’automobiliste français est désormais libre de choisir à sa guise le numéro d’indentification du département qui figure sur sa plaque minéralogique. Or, les statistiques du ministère indiquent que le fameux chiffre 75 n'y a décidément plus la cote.

 

Sur les quelque 7 millions de véhicules enregistrés en vertu de ce nouveau dispositif, les  numéros de département qui font un tabac sont le 59 (Nord), le 13 (Bouches-du-Rhône), le 69 (Rhône), le 33 (Gironde) ou le 76 (Seine-Maritime). En revanche, particulièrement boudés par les automobilistes, ces derniers mois, ont été deux départements de banlieue parisienne à l’image très figée. A savoir le 93 (la Seine-Saint-Denis, l’un des plus pauvres de France) et le 92 (les richissimes Hauts-de-Seine). Mais le pompon national du désamour revient à notre cher 75, à Paris donc. Au point que, désormais, deux tiers des véhicules vendus dans la capitale française finissent sur les routes avec une plaque d’immatriculation se référant à un autre département.

 

Les automobilistes parisiens auraient-ils honte de leur département de domicile?

 

Sans doute faut-il nuancer. Nombre de conducteurs parisiens ayant choisi une plaque mentionnant un autre département ont pu ce faire non par honte de leur lieu de domicile, mais simplement par attachement affectif à leur région d’origine – étant entendu que relativement peu nombreux sont les Parisiens véritablement de souche, à savoir installés depuis plusieurs générations dans la capitale. Mais pas mal de ces Parisiens n’assumant pas leur 75 doivent tout de même avoir fait ce choix par lassitude. Lassitude de subir les récriminations et autres quolibets des automobilistes dès le périphérique franchi, et a fortiori à l’étranger.

 

Etre fier de ce que l’on est, s’assumer dans la vie, va-t-il jusqu’au "coming out", si l’on ose dire, puis à la revendication de son identité minéralogique? Ou, dans ce cas, l’humilité et la discrétion sont-ils de bon aloi, les automobilistes parisiens ayant souvent la réputation d’être d'assez mauvais conducteurs? On laissera à nos lecteurs parisiens et automobilistes le soin de répondre éventuellement à ces questions si existentielles. Vu que nous, la veille de s'installer à Paris, on a revendu la voiture et, depuis donc, on n'est plus motorisé –  jamais d'ailleurs on ne l'a regretté.

16/04/2010

Un enterrement

Tiens, puisqu’on parlait hier de la restauration rapide: il y a du neuf dans cette grosse affaire du mois dernier, à propos des hamburgers halal expérimentés par Quick dans quelques-uns de ses restaurants (si vous n’aviez pas suivi cela à l’époque, c’est ici, et ). En effet, a-t-on appris en fin de cette semaine, les opposants à cette initiative n’ont pas été suivis par la justice.

 

Ainsi, avant de se raviser quelques jours plus tard, le maire (PS) de Roubaix (Nord), une des villes concernées par l’expérimentation, avait porté plainte contre Quick pour discrimination. Argument: dans ses fast-food halal, la fourniture de services (= de burgers) serait illégalement subordonnée à l’appartenance ou non à une communauté religieuse. La police judiciaire de Lille avait été chargée de l’enquête. Mais finalement, vient-on d’apprendre, cette plainte a été classée sans suite par le parquet. Le procureur, en effet, a considéré que l'infraction n'était «pas constituée» puisque, dans ces Quicks servant des burgers halal, sont disponibles aussi, pour les clients non-musulmans, des salades ainsi que des sandwiches au poisson ou au fromage: autant de menus non halal.

 

Enterrement judiciaire de la polémique, donc. Dès le début, on s’était dit que le tumulte autour de ces burgers «muslim friendly» était tellement exagéré qu’il en devait insensé, voire suspect ou carrément très peu sympathique politiquement.

 

 

 

PS : Sinon, même si cela n’a strictement rien à voir, du neuf aussi hier dans un autre feuilleton ayant déjà pas mal alimenté ce blog. Une saga elle beaucoup plus grave puisque meurtrière. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un incendie s’est déclaré dans un campement de gens du voyage de Gagny (banlieue ouest de Paris). Un garçonnet âgé de cinq ans y a trouvé la mort. Brûlées à 80%, sa sœur, âgée de deux ans, et sa mère ont dû être hospitalisées et sont dans un état très grave. C’est au moins la cinquième fois que, ces dernières années, pareil drame se produit en région parisienne. Si une telle série noire donnait envie de chantonner, on pourrait sans doute reprendre Cabrel: «Et ça continue, encore et encore. C'est que le début d'accord, d'accord».

15/04/2010

Un avantage?

cheeseburger.jpgLa malbouffe en France, suite. Ces derniers jours, on a assisté à un téléscopage assez cocasse (ou navrant, c’est selon) de deux actualités relatives à l’alimentation des jeunes. D’une part, la confirmation que les adolescents français mangent décidément mal. D’autre part, l’ultime initiative en date annoncée par… le groupe Quick: avec ses 367 fast-food le leader de la restauration rapide dans l’Hexagone, et souvent accusé d’être un vecteur important de cette malbouffe.

 

Les ados français mangent mal, donc. C’est ce que viennent de confirmer les résultats d’une étude réalisée auprès de 7 538 collégiens. Près des deux tiers de ces ados ont déclaré ne pas consommer chaque jour de fruits (64%) ou de légumes (63%). Un jeune Français sur cinq se prive de produits laitiers quotidiens, et près d’un sur trois (30%) se passe de petit-déjeuner. Sans compter que près de quatre ados sur dix (37%) consomment chaque jour des boissons sucrées.

 

Ne pensant sans doute qu’à la santé de ses jeunes clients, Quick a annoncé il y a peu (ici) qu’il allait se mettre… au bio. Dès septembre, ses clients pourront engloutir des cheeseburgers dont tous les ingrédients de base (viande, farine du pain, fromage, ketchup et mayo) seront issus de l’agriculture certifiée biologique. C’est déjà cela, direz-vous: le bio au fast-food, ça ne résoudra pas le problème de tous ces jeunes qui mangent trop et peu équilibré, mais ça ne pourra pas non plus leur faire de mal. Deux bémols, toutefois, qui relativisent cet avantage culinaire. D’une part, ces hamburgers bio seront vendus plus chers que leurs cousins ordinaires: en moyenne 2€ pièce, contre 1,85€. Pas sûr, dans ces conditions, qu’énormement de jeunes se précipitent dessus. D’autre part, et surtout, ce futur cheese bio, s’il sera un peu moins salé, sera… plus calorique que le burger ordinaire! Précisément 303 kcal, contre 275.

 

On n’est pas sorti de l’auberge.

13/04/2010

Une cohérence?

champselysees.jpgDirection les Champs, aujourd’hui. Où le vieux débat sur la mutation de «la plus belle avenue du monde» a repris. Et notamment la controverse sur l’invasion que subirait cette artère de la part du prêt-à-porter bas de gamme: vieille récrimination du maire (UMP) de l’arrondissement (relire ici). Cette argumentation commencerait-elle à porter ses fruits? Une grande marque de jeans, en tout cas, vient d’en faire les frais.

 

La décision a été prise à la fin du mois dernier. Elle porte précisément le numéro de dossier 75-2010-18. Et émane de la Commission départementale d’aménagement commercial (CDAC) de la capitale: l’organe de la préfecture qui statue sur les demandes de création ou d’extension de magasins de vente au détail. Cette requête concernait la galerie dite des “Arcades des Champs Elysées”, et précisément l’emplacement qu’occupait le resto “Planet Hollywood”. Etait demandée l’«extension de l’ensemble commercial par la création d’un magasin spécialisé en équipement de la personne, pour une surface de vente de 895 m²». En clair? Une boutique de fringues. Le demandeur? La marque de jeans américaine Levi’s. Le verdict des autorités? Il figure en toutes lettres et en capitales dans le PV de la Commission: «DÉFAVORABLE».

 

Levi’s n’est donc pas la bienvenue sur les Champs. Soit. Mais cette décision est-elle bien cohérente, si l’on se souvient que des enseignes comme H&M et A&F (Abercrombie) ont, elles été autorisées l’an dernier à ouvrir des boutiques sur cette même avenue? En outre, si une marque comme Gap est présente depuis des années sur les Champs, pourquoi une autre comme Levi’s en serait-elle absente?

 

Ici, la logique cède probablement le pas à la politique. En effet, le refus opposé à Levi’s est sans doute censé mettre en lumière la volonté de la mairie de Paris de désormais s’opposer au grignotage des Champs par le secteur du textile, au détriment d’autres secteurs d’activités (bars-restaurants, cinémas, etc.). De tenter enfin d’enrayer la tendance qui, ces dernières années, a vu plusieurs quartiers de Paris à grande tradition culturelle (Saint-Germain des Prés, le Quartier Latin et à présent le Marais juif) progressivement colonisés par les boutiques de fringues.

 

levi's.jpgReste à voir si, juridiquement, sur les Champs, cela tiendra. Les avocats de Levi’s sont sans doute en train de se dire qu’ils ne partent pas perdants. En effet, la commission départementale avait jadis pareillement dit non à l’implantation d’A&F, avant d'être désavouée par la commission nationale la chapeautant. Quant à H&M, qui avait essuyé un refus tant à l’échelon départemental que national, elle avait fini par obtenir gain de cause au Conseil d’Etat. Du coup, la marque de jeans pourrait tenter de faire valoir en justice ces deux précédents. Sur les Champs-Elysées donc, on n’a pas fini d’entendre parler de ce dossier.

02/04/2010

Une insubordination

battlefield1.jpg«On ne va pas se laisser intimider. Ce ne sont pas les petites crapules qui vont faire la loi». Dixit Brice Hortefeux hier, après le caillassage d’un bus en banlieue parisienne. En entendant cette déclaration si virile à la radio, on s’est demandé illico si le ministre de l'Intérieur n’était pas un peu imprudent à jouer ainsi les matamores. En tout cas, rien que dans le métro de Paris et pour un sujet infiniment moins grave, y compris les plus hauts gradés de l’armée française ne parviennent même pas à se faire respecter.

 

Dans certaines stations de la RATP, en effet, l’armée de terre est confrontée depuis des semaines à un cas d’insubordination caractérisée. Cela concerne toujours cette campagne de pub pour un jeu vidéo belliqueux, qui plagie le slogan de la dernière campagne de recrutement des militaires. Avec un «Devenez plus que vous-mêmes» renvoyant au «Devenez vous-mêmes» de l’armée de terre – on avait évoqué le sujet dans ce blog fin février: si vous aviez loupé cela à l'époque, relire ici, et .

 

Fin février donc, l’armée, embarrassée de voir sa com’ ainsi détournée au profit d’un jeu vidéo de guerre, avait réagi. En enjoignant la société commercialisant ce jeu d’enlever immédiatement ce slogan de ses affiches. Et, en effet, quelques jours après, dans nombre de stations du métro de Paris, ce «Devenez plus que vous-mêmes» un peu trop allusif avait disparu. Mais mais mais... a-t-on pu constater de visu ces derniers jours, plus d’un mois plus tard dans l’une ou l’autre station du réseau,  sont toujours placardées des affiches qui, elles, n’ont pas été modifiées dans le sens exigé par les militaires.

 

Mais que fait la police l’armée ?

30/03/2010

Une vigilance

«Vigilante et mobilisée». Telle est l’attitude de la mairie de Paris face à la dernière mauvaise nouvelle en matière de santé concernant la région parisienne, qui est tombée en fin de campagne électorale et a donc été assez largement éclipsée par elle. On veut parler de la multiplication, ces dernières semaines, de cas de tuberculose dans la capitale ainsi que dans sa banlieue. Ce qui confirme que cette affection, dont on a déjà parlé dans ce blog (exemple ici ), est, comme le rappelle l’Hôtel de Ville, tout sauf «une maladie d'un autre temps ou un fléau de pays lointains». Pour preuve, elle frappe même et y compris en 2010 et au cœur de la capitale de la cinquième puissance économique mondiale.

 

Ainsi, ces dernières semaines à Paris, des cas de tuberculose ont été successivement diagnostiqués dans une école primaire du dix-huitième arrondissement et dans une crèche du dixième. Alors qu’en banlieue, elle a frappé un collège de Clichy sous Bois (nécessitant le dépistage de quelque 800 élèves, encadrants et professeurs), un lycée de Bobigny ainsi que la prison de Villepinte. Du coup, certains à l’UMP envisagent de rétablir la vaccination obligatoire pour les nourrissons et les populations à risques (migrants, précaires, SDF, détenus, etc.), vaccination qui, depuis 2007, n’est plus que fortement recommandée. A leurs yeux, ce retour du BCG obligatoire devrait en tout cas concerner les zones les plus concernées par la maladie: la Seine-Saint-Denis par exemple (banlieue Nord de Paris). C’est le département le plus touché en métropole ; on y recense proportionnellement plus de trois fois plus de cas de tuberculose que dans le reste du pays (32 cas pour 100 000 habitants, contre 9 pour 100 000).

 

La ministre de la Santé, néanmoins, interrogée l’autre jour sur le sujet au Parlement, continue de préférer s’en tenir à «une action ciblée», qu’elle juge «beaucoup plus efficace que la vaccination obligatoire». En effet, «le vaccin contre la tuberculose empêche non la dissémination du bacille, mais les cas graves. Or, précisément en Seine-Saint-Denis, le nombre des cas chez les jeunes enfants a diminué et le nombre des cas graves a été totalement stoppé: nous n’avons enregistré aucun cas de méningite tuberculeuse».

 

Pour autant, comme la mairie de Paris, l’Institut de veille sanitaire n’en plaide pas moins pour la vigilance dans ce dossier. Ainsi, dans son dernier rapport sur la question, il vient d’expressément inviter à «poursuivre les efforts en matière de surveillance et de lutte» contre la tuberculose. Et, par exemple, a jugé «prioritaire» un «renforcement de la communication auprès des médecins vaccinateurs, sur l’importance de la vaccination des enfants à risque élevé».

25/03/2010

Un si vieux débat

NoSarkoDay.jpgSamedi en France, c’est la journée anti-Sarkozy: le «No Sarkozy Day». Elle s’inspire du «No Berlusconi Day» qui, début décembre à Rome, fit descendre dans la rue des centaines de milliers d’Italiens contre leur chef de gouvernement. Les organisateurs de cette journée se présentent comme de «simples citoyens et militants opposés à la politique du gouvernement», «vigilants et inquiets», agissant «en conscience et indépendamment de tout parti ou syndicat». Ils appellent à des manifestations partout en France samedi  – à Paris, ce sera place de la République. Objectif: dénoncer l’«inconséquence politique» du chef de l’Etat, son «échec économique» ou sa «casse sociale».

 

Depuis son lancement, cette Journée fait pas mal de bruit sur le net. Ainsi, la page FaceBook du «No Sarkozy Day» affiche plus de 380 000 membres, ce qui n'est tout de même pas rien. Dont quelques people: l’écrivain Gilles Perrault, l’activiste Susan Georges, le chanteur San Severino, le philosophe Miguel Benasayag ou les humoristes Christophe Alévèque, Didier Porte et Guy Bedos. Sans oublier l’entarteur belge Noël Gaudin. Signe de son succès (succès d’audience, en tout cas), le «No Sarkozy Day» a déjà donné lieu à une réplique: le «No No Sarkozy Day». Riposte émanant non de sarkozystes, mais d’antisarkozystes. Qui n’en sont pas moins opposés à cette journée car, selon eux, «en tant que Président, Nicolas Sarkozy bénéficie de la légitimité des urnes. Il doit rester cinq ans au pouvoir, assumer ses erreurs jusqu’au bout. Le No Sarkozy Day doit avoir lieu le 7 mai 2012, et pas avant».

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas nouveau ce débat, à gauche. Début mai 2007 déjà, au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, la question avait déchiré les anti-sarkozystes. D’un côté: ceux qui invoquaient la légitimité du nouveau Président et trouvaient donc anti-démocratique toute contestation du verdict des urnes. De l’autre côté: les manifestants qui, dans notre onzième arrondissement notamment – si vous voulez vous rafraîchir la mémoire, relire ici ou –, répliquaient que ce n’était pas parce que les Français avaient élu leur nouveau Président que ses opposants étaient obligés, du coup, de la fermer pendant cinq ans.

 

Trois ans plus tard donc, chez les anti-sarkozystes, le débat n'a visiblement pas progressé d’un iota.

22/03/2010

Une galère

Galère. Le mot du jour. Et celui d’hier. Galère en effet, dans les bureaux de vote de la capitale. Témoin, ce dialogue saisi au vol dans notre bureau du onzième arrondissement. Vers 18 heures, un jeune préposé accueille avec un «Bravo!» sonore, et un peu ironique, un quidam venu voter. «Bravo! Avec vous, on atteint enfin les 50% de votants». Dans le quartier, a-t-on donc beaucoup plus voté hier que dimanche dernier? «Non, c’était galère», répond le gamin: «A peine quelques votants en plus, à la même heure. Pffff quelle journée pénible, passée à attendre!» De fait, en région parisienne hier, le taux d’abstention a frisé les 53% -- bien plus élevé qu’à l’échelle du pays.

 

Galère de la démocratie, ensuite. Avec le Front National qui, hier soir, a spectaculairement confirmé son redressement. Les frontistes, on les retrouve y compris à Paris. Pas plus tard qu’il y a un quart d’heure, au kiosque du boulevard Voltaire, un acheteur de journaux s’emportait face au vendeur qui, faute de «Figaro», épuisé dès la première heure, lui proposait «Libé». «Ca va pas, non? La gauche? Et encore quoi!? Moi ce que je veux, c’est que le Front national passe!» Légère gêne du kiosquier, d’origine immigrée.

 

Galère au boulot pour nous, hier soir. Galère technique au bureau parisien de «La Libre», galère pour le collègue ayant suivi la nuit électorale à «Libé», galère pour les journalistes mobilisés à Bruxelles. Le système n’a pas peu cafouillé. Dès 18 heures, on était, informatiquement, coupé du monde. Sans doute le trafic de la bande passante qui a explosé suite à l’afflux de connections d’internautes français à la recherche, dès la fin de l’après-midi, des résultats électoraux sur les sites web d’info belges. Du coup, pas mal de sueurs froides pendant toute la soirée. C'est modérément intéressant, on en convient, cette cuisine interne. Mais cela illustre une fois de plus ce que le grand public sait peu de la presse, généralement. A savoir le temps incroyable passé par les journalistes non à faire leur boulot (recueillir l’info, faire attention à ce que l’on écrit, etc.) mais à se prendre la tête avec la technique. Heureusement que quatre valeureux informaticiens, mobilisés pendant toute la soirée à la rédaction de Bruxelles, sont parvenus à éviter un plantage général du système. Le journal de ce matin aurait eu l’air malin, avec six pages électorales françaises complètement blanches. N’empêche, si déjà le système sature avec des élections régionales qui n’intéressent personne, cela promet pour la soirée électorale du premier tour de la présidentielle, en 2012...

 

Galère encore, et enfin, dès ce soir en région parisienne. Ce n’est pas le moindre des paradoxes. La campagne électorale, dans la capitale, a été centrée sur les transports. Avec notamment la gauche, gagnante comme prévu, qui, dans son dernier tract, promettait d’«accélérer la révolution entamée» dans ce secteur, et singulièrement dans le RER. Or, dès ce soir, ce sera sans doute à nouveau l’horreur dans ces mêmes RER, vu un mouvement de grève pour la défense de l’emploi, des salaires, des retraites et de la fonction publique. A Matignon hier soir, on annonçait sereinement «la continuité» au sommet de l’Etat, malgré le fiasco électoral. Dès ce soir et demain sur le terrain parisien, pour des millions de banlieusards, ce sera la continuité oui: dans la galère.

19/03/2010

Un «transfert»

De la cuisine interne dans ce blog, aujourd’hui. Car c’est une journée de boulot un peu spéciale pour nous ce vendredi, avant-veille du dénouement des élections régionales françaises. En effet, professionnellement, on est… transféré. Comme une star de foot en plein Mercato; non non, pour beaucoup moins cher, et même pour pas un rond – mais on est quand même ravi de ce «transfert» ;-)

 

Explication. Aujourd’hui, on ne va pas passer la journée au bureau parisien de «La Libre», mais à la rédaction de «Libération». Transfert journalistique très ponctuel – rassurons ou désespérons, c’est selon, nos lecteurs. En effet, dans le cadre du partenariat rédactionnel, déjà ancien, unissant ces deux journaux, leurs deux hiérarchies, qui se connaissent bien, ont mis au point un projet de couverture un peu spéciale pour le second tour, dimanche, de ce scrutin hexagonal. Résultats dans les pages de «La Libre», version papier, samedi matin déjà, lundi matin surtout.

 

Cela tombe bien: pour changer ainsi de lieu de travail aujourd’hui, on ne devra vraiment pas aller bien loin. La rédaction de «Libé», en effet, est située à deux pas des locaux parisiens de «La Libre». Entre ces derniers, situés pas loin de Bastille, et le siège du grand quotidien français, derrière la place de la République, il y a dix minutes à pied, à tout casser. Un voisinage géographique qui relève du pur hasard. Mais qui, en ces journées si chargées, tombera à point nommé.

18/03/2010

Une nébuleuse

royalistes.jpgA chaque élection, cela ne rate pas: une kyrielle de petits partis tentent de séduire l’électorat censé déçu par les formations traditionnelles. Ces élections régionales n’échappent pas à la règle. Mais dimanche, cette nébuleuse politique alternative n’a pas du tout mobilisé l’électorat. Ainsi, l’«Alliance écologiste indépendante», écologistes de droite menés par des people comme le chanteur Francis Lalanne ou l’ex-M.Météo Patrice Drevet, n’a récolté au premier tour que 40.000 voix en région parisienne, soit 1,4% des 3 millions de votants. Fiasco encore pire pour «Emergence», la «liste aux couleurs de la France des banlieues», issue du milieu associatif des «quartiers» comme on dit, et qui voulait remplacer «le disque rayé de la démocratie»: 12.000 voix, 0,4% de l’électorat.

 

A Paris dimanche, les électeurs pouvaient aussi voter pour une liste… anti-avortement. Cette «Liste chrétienne» revendiquait le soutien d’une association militante baptisée d’un acronyme qui en dit long: AMEN, comme «Arrêtons le massacre des enfants à naître». Pendant la campagne, les candidats de cette liste avaient été dénoncés comme étant «des fous de Dieu»  par le Front de gauche. Mais, alors que la France vient de fêter le trente-cinquième anniversaire du vote de la loi Veil ayant, en 1975, dépénalisé l’IVG, ces «fous de Dieu» ont fait un flop: 24.000 voix en région parisienne, soit 0,8% de l’électorat.

 

Tiens, dans la même mouvance idéologique, ces derniers jours dans le onzième arrondissement, «Les Volontaires du Roi» ont collé des stickers dans les rues de notre quartier. Ces «Volontaires» fleurdelysés sont le «Groupe d’Action Royaliste». Eux n’étaient pas candidats aux élections régionales. On ne saura donc pas combien de Français prônent, comme eux, l'abolition d’«un système politique décadent», la montée sur le trône de «l'héritier légitime de la couronne de France» (le «prince Jean de France, duc de Vendome»), l'«abrogation du regroupement familial, la restriction drastique du droit d’asile, la récupération du contrôle de nos frontières», etc. Sans oublier: «débarrasser le débat éducatif des idéologies pernicieuses», en particulier de «l’idéologie dite soixante-huitarde»  -- sur ce dernier point au moins, Nicolas Sarkozy en personne applaudira.

 

Dommage, dans un sens, que ces «Volontaires du Roi» n’aient pas été candidats aux élections: on aurait pu voir si les royalistes de France sont, ou non, aussi groupusculaires que les républicains de Belgique, qui prônent le rattachement de la Wallonie à la France. 

17/03/2010

Une coupure

Plus que jamais, depuis dimanche, la capitale française est coupée en deux. Politiquement, s’entend. En effet, les résultats du premier tour des élections régionales ont largement confirmé la vieille division électorale qui sépare Paris en deux parties. Cette fracture électorale parisienne est verticale. Tracez une ligne séparant Paris de part en part, du haut vers le bas. A gauche de cette verticale, à l’Ouest de la capitale donc (en gros, les beaux quartiers), on vote massivement à droite. Alors qu’à droite de cette verticale, dans l’Est parisien donc (pour faire vite: les quartiers populaires), on vote largement à gauche. Cela n’a rien de neuf, ce clivage sociologico-politique parisien? D’accord, mais, quand on regarde de près les résultats électoraux de dimanche, cela reste tout de même assez spectaculaire.

 

Ainsi, dans le seizième arrondissement, bastion chic de l’Ouest parisien s’il en est, l’UMP a cartonné à plus de …60% des voix, ne laissant que des miettes aux socialistes et aux écologistes (20% à eux deux). Idem dans le tout aussi select septième arrondissement, celui de Rachida Dati, aux pieds de la tour Eiffel: 54% pour l’UMP, 14% pour le PS, 12% pour les Verts. En revanche, de l’autre côté de cette verticale politique, dans l’Est parisien donc, le rapport de forces est exactement inverse. Dans le très populaire vingtième arrondissement par exemple (Ménilmontant, porte de Bagnolet, et tout cela), le score de l’UMP dégringole à…14%: dix points de moins que les Verts et deux fois moins que les socialistes.

 

Confirmation aussi, dimanche, d’une tendance électorale elle plus récente, qui s’était déjà manifestée aux élections européennes de l’an dernier (relire ici): le fort ancrage des Verts dans le Paris dit bobo. Deux exemples particulièrement éclairants. Dans le dixième arrondissement (les berges du canal Saint-Martin, etc.), les Verts (28,3%) font quasiment jeu égal avec les socialistes (29,7%). Et dans le deuxième arrondissement (les petites rues piétonnes du quartier Montorgueil, etc.), les amis de Daniel Cohn-Bendit, avec 28,9%, devancent de plus de trois points le PS. Et confirment leur position de premier parti.

16/03/2010

Une disparition

FNParis.jpgPoursuivons notre petite exploration des résultats des élections de dimanche dans notre quartier, et à Paris en général. Dans la capitale française, ce premier tour du scrutin régional s’est traduit notamment par la confirmation d'un phénomène politique qui ne date pas d'hier: le manque total d’ancrage de l’extrême droite – ce qui, au passage, n’empêche pas les militants de cette mouvance de s’illustrer, à l’occasion, dans le quartier (relire ici ou ). Dimanche à Paris, le parti de Jean-Marie Le Pen a, une fois de plus, fait des résultats désatreux. Ainsi, dans notre onzième arrondissement, le candidat frontiste n’a recueilli que 1.864 voix, sur quelque 38.000 suffrages exprimés, soit 4,8%. Manifestement, le slogan principal du FN, «Les Français premiers servis!», chez nous, n’a pas beaucoup plu.

 

Le onzième, assez bobo même s’il l’est moins que la caricature qu'on en fait souvent, n’est pas forcément représentatif de la sociologie de l’électorat parisien en général. Voyons donc le score du Front national ailleurs dans la capitale. L’on peut constater que, même dans les arrondissements les moins nantis de Paris (en gros, ceux au Nord: le dix-huitième, le dix-neuvième ou le vingtième), l’extrême droite n’a jamais engrangé plus de 6% des voix. Ses meilleurs scores parisiens, le parti de Jean-Parie Le Pen les a réalisés en fait dans les quartiers les plus chics, qui sont aussi des bastions de la droite, comme le seizième (7%).

 

En Région parisienne au sens large, le FN n’a pas davantage cartonné, malgré des scores nettement plus élevés dans certaines banlieues qu’à Paris: 12% par exemple en Seine Saint Denis et dans le Val d’Oise. Du coup, à l’échelle de la Région, le parti d’extrême droite, avec 9,2% des suffrages au total, n’a pas résussi dimanche à atteindre la barre fatidique des 10%, qui permet de se maintenir au second tour. Conséquence? C’est carrément la disparition prochaine de l’extrême droite du Conseil de la Région Ile-de-France, où elle compte à présent 9 élus.

 

Pour la capitale, c’est tout de même une évolution politique qui n’est pas complètement banale.

15/03/2010

Un désert

C’est peu dire qu’on n’a pas du tout été étonné hier soir, quand est tombé le chiffre astronomique relatif à l’abstention enregistrée dimanche, au premier tour des élections régionales. En effet, dans notre propre petit bureau de vote du onzième arrondissement parisien, dans le quartier Saint-Sébastien, c’était… le désert. Pas la moindre queue d’électeurs devant les isoloirs. Pas un chat et un silence de mort dans la cour de la petite école élémentaire réquisitionnée pour l’occasion. Et, dans les bureaux de vote, du personnel qui bayait aux corneilles. Frappant aussi: la moyenne d’âge des rares électeurs qu’on y a croisés tournait autour des 50 ans – là aussi, on n’a pas été étonné d’entendre le soir même les commentaires selon lesquels parmi les abstentionnistes, avaient figuré nombre d’électeurs jeunes et citadins.

 

Sur les quelque 80.000 électeurs inscrits de notre onzième arrondissement,  38.000 seulement ont glissé un bulletin dans l’urne. Dès vendredi soir, on a eu la puce à l’oreille de ce désintérêt général en constatant, à notre modeste niveau, que pas mal de nos copains étaient en partance pour le week-end, sans avoir pris leurs dispositions pour se faire représenter électoralement. Samedi, même constatation au téléphone avec les copains qui étaient restés à Paris: peu avaient l’air décidés à aller voter le lendemain. Un brunch, un footing, une expo, un ciné, une grande balade: on nous a parlé de tout sauf d’élections. Et dimanche, dans la cour de la maison, à la question de la journée entre voisins qui se croisaient (« Hello! Ca va? Tu vas voter, toi?»), on a surtout entendu des «Ouais, bof/ Peut-être, nsais pas/Non, je crois pas/On verra».

 

Hier donc, électoralement parlant, notre entourage a été parfaitement raccord avec la tendance globale du Français moyen. On ne sait pas trop si on doit se réjouir de cette dominicale harmonie.