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18/03/2009

Un imbroglio

Pas simple de s’y retrouver, sur les Champs-Elysées. Et plus spécifiquement sur la question si délicate de l’autorisation ou non du travail du dimanche en France. La célèbre avenue parisienne, en son édifice portant le n°101, illustre bien toutes les cacophonies actuelles sur le sujet, exacerbées par la décision de la majorité UMP, vu ses divisions, de reporter aux calendes grecques tout débat clair et franc au Parlement sur cette question.

 

Au 101 Champs-Elysées, la confusion a probablement atteint son comble dimanche dernier, et ce sera sans doute à nouveau le cas ce dimanche. A ce numéro de la célèbre allée, on  trouve le plus grand magasin au monde de la marque de luxe française Louis Vuitton. Cette enseigne bénéficiait depuis plusieurs années d’une autorisation préfectorale d’ouverture le dimanche. Mais, il y a quelques jours, tranchant un imbroglio juridique de plusieurs années, le Conseil d’Etat annula cette autorisation d’ouverture. Pour autant, dimanche sur les Champs, la boutique Vuitton était… bel et bien ouverte. En effet, cette enseigne estime être dans son bon droit puisque, d’après elle, l’autorisation préfectorale annulée n’était plus en vigueur et puisque, depuis, elle a été remplacée par une autre, lui permettant d'ouvrir le dimanche pendant trois ans et elle «pas concernée par ce jugement». Vuitton a donc ouvert ses portes.

 

Résultat des courses, le syndicat CFTC crie à «la mauvaise foi» et somme le préfet de retirer son autorisation à Vuitton. A l’UMP locale, en revanche, on estime «dommage d’obliger une enseigne qui porte le savoir-faire français à fermer le dimanche». Mais, à l’Assemblée, ce même parti peut difficilement confirmer légalement cela, tiraillé qu’il est, en son sein, entre libéraux en faveur de l’ouverture des magasins le dimanche et opposants réclamant le respect de la pause dominicale. Et, pendant ce temps, la préfecture et le ministère des Affaires sociales, qui ont vraisemblablement d’autres chats à fouetter en cette veille de grande journée de grève générale, se taisent dans toutes les langues.

 

Résultat, sur les Champs, plus grand monde ne comprend grand-chose. Seuls les touristes étrangers fortunés, grands consommateurs des célèbres sacs griffés français, trouvent peut-être cocasse cette confusion administrative si courtelinienne, et donc à cet égard si hexagonale. Les autres passent leur chemin, plutôt indifférents. Se disant probablement que, de toute manière, vu la crise actuelle, ce genre d’achats leur est hors de portée.

 

 

 

PS : Quand on écrivait hier, dans ce blog, que le climat de convivialité en ce moment à Paris, et dans le reste de la France, n’était pas terrible: cette nuit encore, dans le quartier Montmartre, des heurts ont opposé des CRS en tenue anti-émeute à des jeunes, en marge d’une manifestation étudiante. Actes de vandalisme, bris de verre, bombes lacrymo, vitrines brisées, insultes: un avant-goût de la grande journée de mobilisation de demain?

17/03/2009

Un emballement

Des semaines qu’on ne voit qu’elle à Paris: sur la plupart des panneaux publicitaires qui ornent les colonnes Morris ou les kiosques à journaux, dans les rues, ainsi que sur les affiches dans le réseau des transports en commun de la capitale. Elle? Emilie Dequenne, la comédienne belge. Qui marche dans la ville, sur fond d’un RER passant derrière elle, perché sur un viaduc. Dans le dernier film d’André Téchiné, qui sort demain en France (en Belgique aussi), elle incarne «La fille du RER». Avant de poursuivre plus bas la lecture de cette note, la bande de lancement de ce film.

 

Il s’agit d’une histoire vraie. Celle de «la fausse agression du RER D», comme on l’a appelée à l’époque. L’histoire de Marie L., une fille de banlieue un peu paumée, un peu mytho. Qui, en juillet 2004, inventa de toutes pièces une agression à caractère antisémite dont elle disait avoir été victime dans son train de banlieue, en compagnie de son bébé en poussette. Un récit assorti de détails particulièrement abjects. Ainsi, ces croix gammées qui, avait-elle dit, avaient été gravées sur son ventre par ses agresseurs. Ainsi encore, la passivité des nombreux usagers du RER qui, selon elle, n’avaient pas réagi à son calvaire.

Cette affaire fut à l’origine d’un des plus spectaculaires emballements médiatiques et politiques de ces dernières années en France. Les médias et les politiques réagirent au quart de tour à ce fait divers, prirent pour argent comptant les déclarations de la jeune femme. On était alors deux ans après la campagne présidentielle de 2002, qui s’était focalisée sur l’insécurité, et un an avant la flambée des banlieues. Problème? Les dirigeants eurent beau dire tout l’«effroi» que leur inspirait cet acte «ignoble», ce dernier s’avéra rapidement être… une affabulation. Quelques mois plus tard, la jeune femme fut jugée pour dénonciation de délit imaginaire. Elle encourait six mois d'emprisonnement et 7 500 euros d'amende. Finalement, elle fut punie de quatre mois avec sursis et de deux ans de mise à l'épreuve avec obligation de soins. «Je voulais qu'on s'occupe de moi», s’excusa l’affabulatrice. «J'avais conscience du mensonge, mais je ne pensais pas que ça allait aller aussi loin». Commentant plus tard l’affaire, qu’il jugea «regrettable», le Président Chirac estima qu’elle était « une «séquelle du «mauvais climat en France».

Cinq ans plus tard, donc, André Téchiné consacre un film à «la fausse agression du RER D». Y risque même un casting totalement à contre-emploi: ainsi, Catherine Deneuve en mère de famille banlieusarde habitant un petit pavillon modeste. On est curieux de voir comment le cinéaste, qu’on aime généralement plutôt bien, va s’en sortir dans l’adaptation cinématographique de cette affaire déjà en soi si rocambolesque. On n’est pas sûr qu’entre-temps, le climat en France – en termes de de rapports humains et de respect mutuel, notamment  – se soit fondamentalement amélioré.

06/02/2009

Une innocuité?

Transports parisiens, suite. On n’a pas encore eu le temps d’en parler, mais il est plus que temps puisque le changement est intervenu cette semaine (lundi à 0 heures, précisément) et puisqu’il s’agit d’un tournant historique: en effet, c’est une page vieille de 35 ans qui vient d’être tournée. Lancée en 1975, la carte orange (pour les non-Parisiens: le coupon mensuel d’abonnement au réseau de transports régional) a cessé d’exister. EIle est désormais remplacée par le pass Navigo, une carte à puces rechargeable à des bornes magnétiques (si besoin, relire ici). Les mois qui ont précédé cette petite révolution, deux grosses réserves avaient été émises par les réticents. D’abord, un problème de respect de la vie privée, cette carte permettant de tracer et de mémoriser les déplacements effectués par les usagers. Ensuite, un problème potentiel de santé. Sur ce dernier sujet, on en sait désormais un peu plus.

 

Le timing ne doit sans doute rien au hasard: l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) vient de remettre son avis sur les éventuels risques pour la santé des puces RFID contenues dans ces pass Navigo, puces qui émettent des rayonnements électromagnétiques. Pour ces spécialistes, «l’étude de la littérature, ainsi que les résultats des campagnes de mesure, ne permettent pas, à ce jour, d’établir l’existence d’un risque sanitaire lié à l’exposition aux champs électromagnétiques émis par des systèmes RFID». Ces champs, en effet, seraient «inférieurs aux valeurs limites d’exposition». Et, en tout état de cause, l’exposition des utilisateurs de puces à ces champs serait «très faible» par rapport à d’autres sources de rayonnements, «comme par exemple l’usage d’un téléphone mobile». Comme, toutefois, en ces matières, rien n’est jamais simple, l’Afsset juge «nécessaire de poursuivre la veille scientifique» sur le sujet.

 

D’où, l’on peut en déduire que le diagnostic rassurant des scientifiques sur l’innocuité de ce dispositif n’est pas forcément définitif. Du coup, en théorie, certains abonnés au métro et au RER parisiens pourraient décider, en âme et conscience, de faire jouer le principe de précaution et donc choisir de ne pas s’exposer à cette nouvelle technologie. Non, là désolé, ce n’est pas possible. En effet, le remplacement de la carte orange par le pass Navigo est définitif et il a été imposé à tout le monde.

 

Ne reste donc plus qu’à croiser les doigts pour que, dans dix ans, les experts ne reviennent pas sur ce constat d’innocuité.

05/02/2009

Un surnom

pizzahutenseigne.jpg«Pizza Honte». C’est le surnom assassin qui court les rues en ce moment à Paris, à propos de «Pizza Hut»: la chaîne de magasins spécialisés dans le vente à emporter mais qui, toujours selon ces quolibets, désormais «livre la précarité à domicile» plutôt que les pizzas.

 

Explication. Depuis janvier, un des magasins parisiens de cette chaîne, situé dans le quartier de l’Opéra, est en grève et son activité paralysée. Les grévistes, la plupart étudiants travaillant à temps partiel, réclament le paiement des jours pendant lesquels ils ont exercé leur droit de retrait, après avoir été victimes d’un braquage à main armée dû selon eux à l’insuffisance du dispositif de sécurité du magasin. A Paris, la chaîne de pizzas est habituée aux conflits sociaux. Ces dernières années, plusieurs de ses magasins ont été inaccessibles à la clientèle et leurs livraisons interrompues suite à des occupations par des grévistes. Ceux-ci réclamaient par exemple des systèmes de climatisation efficaces (pour des cuisines où les fours à pizzas font parfois monter la température «jusqu’à 35 degrés»), des «tenues adaptées aux conditions climatiques» (pour les livreurs en scooters), une majoration des salaires horaires après 21 heures (pour les nombreux employés travaillant tard le soir) ou le remboursement de leurs frais de taxi pour rentrer chez eux la nuit (quand bus et métros ne circulent plus). Autant de revendications qui, au regard du droit du travail, ne paraissent pas à première vue exorbitantes mais qui, chez «Pizza Hut», ne vont semble-t-il pas de soi.

 

Tiens, au passage, on a toujours été mal à l’aise devant ces pauvres livreurs de pizzas qui à Paris, mais dans d’autres villes de France probablement aussi voire en Belgique également, sont forcés de conduire des scooters affublés d’un panneau invitant les passants et les automobilistes à les dénoncer par téléphone à leur magasin s’ils les surprennent en flagrant délit de conduite irresponsable, dangereuse et/ou violant le code de la route.

 

pizzahutscooter.jpgMal à l’aise pour trois raisons au moins. D’abord, tout ce qui est délation ne sent jamais bon. Ensuite, en vertu de quoi les livreurs de pizzas, en majorité des jeunes évidemment, devraient-ils ainsi être la seule profession forcée à arborer à longueur de tournées cet écriteau d’infamie, comme s’ils étaient d’office présumés conduire tous comme des marioles? A ce train-là, pourquoi les chauffeurs de taxis, les conducteurs d’autobus, les coursiers express, les livreurs de fleurs ou de journaux voire les cyclistes en Vélib’ ne devraient-ils pas être pareillement stigmatisés? Enfin, si effectivement les jeunes livreurs de pizzas conduisent à l’occasion leurs scooters de manière un peu sportive, est-ce de leur propre chef ou parce qu’ils sont soumis, outre à des salaires pas folichons, à des cadences infernales de livraison?

30/01/2009

Une surprise

aïe.jpg«Aujourd’hui, c’est jeudiiiiiiiiii! Aïe! Aïe! Aïe!», s’exclamaient dès le matin, sur un ton un peu moqueur, des petites affichettes placardées par des anonymes dans les stations du métro parisien. Hier, pour les usagers des transports en commun de la capitale, la grande galère était donc annoncée à l’occasion de la journée de grève générale. Vingt-quatre heures plus tard, on n’en est pas encore revenu. Et la plupart des Parisiens sans doute non plus. On avait pas mal de trajets en métro à effectuer cette journée, un peu en tous sens. On craignait donc le pire. Et bien, pas du tout. Et ce fut une énorme surprise. Comme le courrier, qui hier matin, malgré donc la grève, est en fait arrivé… beaucoup plus tôt que les autres jours dans les boîtes aux lettres, les métros ont… beaucoup mieux fonctionné qu’habituellement.

 

Ligne 13, par exemple. La pire ligne de métro de Paris. La plus déglinguée. La plus saturée. La plus bondée. D’habitude, aux heures de pointe, il faut bien laisser passer un ou deux trains avant d’être en mesure de s’y engouffrer. Et, une fois à l’intérieur, la cohue et la chaleur sont telles qu’on se croirait sur une plage de La Grande Motte une journée caniculaire d’août. Hier, en revanche, d’après tous les témoignages, la plupart des utilisateurs de cette ligne maudite ont eu le privilège de pouvoir voyager confortablement assis. Ils n’en revenaient pas. Idem pour notre chère ligne 8, habituellement une des plus perturbées les jours de grève puisqu’il s’agit d’un bastion du syndicat CGT. On s’attendait vraiment au pire, en la prenant hier soir. Et bien, ici encore, pas du tout. Certes, il ne fallait pas louper le train: il n’y en avait qu’un par quart d’heure. Et ceux-ci roulaient plus lentement que d’habitude. Mais, dans l’ensemble, cela fonctionnait plutôt bien.

 

Décryptage? C’est la preuve que la loi sur le service minimum dans les transports publics les jours de grève marche bien, dixit les sarkozystes. C’est la preuve que les grévistes peuvent adopter un comportement responsable et, tout en revendiquant et en protestant contre le gouvernement, se soucier du sort des petites gens, dixit les syndicats. Il y a peut-être une autre explication, moins idéologiquement clivée, à cette grosse surprise.

 

danslemetro.jpgHier dans Paris, en dehors évidemment des quartiers où passait la grande manifestation, il n’y avait… personne. C’était vraiment frappant, dès le début de la matinée. Peu de trafic automobile. Des trottoirs moins bondés que d’habitude. Des stations de Vélib’ pleines à ras bord de vélos. Un fond sonore nettement moins bruyant que les autres jours. Peu ou pas de coups de klaxon. Pas le moindre énervement ambiant. Aux terrasses de bistrot des grands boulevards, il restait même des places au soleil pour prendre le petit noir du matin. Les rues de la capitale étaient non désertes, tout de même, mais vraiment très très calmes. On se serait cru un dimanche. Ou un 15 août, quand la France entière est partie à la plage. Hier visiblement, énormément de Parisiens et de Français en général, pour éviter de galérer toute la journée, ont précautionneusement pris une journée de congé et sont sagement restés chez eux. D’où une affluence nettement moindre que d’habitude dans les transports en commun. Et cette fluidité si inattendue, divine surprise.

 

 

 

PS: Sensation tout de même à la RATP, hier soir sur le coup de 20 heures. Plusieurs stations (‘Strasbourg-Saint-Denis’, ‘Havre-Caumartin’, ‘Oberkampf’, etc.) se sont retrouvées… dans le noir complet. Le tout, pendant une bonne demie-heure. Avec des métros qui, dans ces stations plongées dans le noir, ne marquaient pas l'arrêt. Une panne d'un poste d'éclairage. Du jamais vu. Ce qui est bien, avec les transports publics parisiens, c’est qu’il y a tous les jours quelque chose à raconter.

27/01/2009

Un test

Alors qu’en plein cœur de Paris, à deux pas de l’Opéra Garnier, les tentes de mal-logés ont fait leur réapparition rue de la Banque (ici), les députés entament ce mardi  la discusssion d’un projet de loi controversé, dit de «mobilisation pour le logement et la lutte contre l’exclusion». A Paris (mais en province aussi), selon que l’on s’appelle Durant, Hamidou ou Ben Bakar, on a plus ou moins de facilités à trouver un logement. On s’en doutait déjà, mais au moins maintenant c’est clair et quantifié.

 

En effet, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) vient de rendre publics les résultats édifiants d’une opération de testing qu’elle a réalisée. Ses enquêteurs assermentés ont testé 36 bailleurs (agences immobilières et particuliers) ayant mis en location une habitation. Dans près de la moitié des cas, ces bailleurs ont adopté un comportement discriminatoire à l’encontre des candidats locataires fictifs joués par les enquêteurs lorsque ceux-ci s’affublaient d’un patronyme à consonance africaine. Ces candidats obtenaient plus difficilement que les autres, aux noms à consonance plus immédiatement française, ne serait-ce qu’un rendez-vous pour pouvoir visiter ces logements mis en location.

 

Les résultats de ce test ont été transmis au procureur de la République. En effet, la loi française punit de 3 ans de prison et 45.000 euros d’amende «le refus ou la subordination de la fourniture d’un bien ou d’un service à une distinction opérée entre des personnes en raison notamment de leur origine, de leur patronyme, de leur appartenance ou non appartenance vraie ou supposée à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée». Enfin, théoriquement. Car, comme l’a rappelé Louis Schweitzer, le président de la Halde, «pour changer les choses, il faut avoir une sanction si la loi n'est pas respectée. Si on n'avait pas mis de radar, la violence routière n'aurait pas baissé...»

22/01/2009

Un stéréotype

bananiaold.jpgL’Amérique, depuis mardi, a un Président noir. En France, ce jeudi, la justice se penche sur une des représentations les plus stéréotypées du Noir figurant sur un produit de grande consommation: le tirailleur sénégalais, effigie depuis des décennies de la marque Banania, troisième boisson chocolatée la plus vendue en France après Nesquick et Poulain.

 

La société Nutrimaine, qui commercialise ce produit, est traînée devant le tribunal de grande instance de Nanterre (banlieue parisienne) par le MRAP. Cette association antiraciste considère que ce visuel, très caricatural (grosses lèvres, yeux ahuris, sourire en forme de banane, etc.) ainsi que le slogan historique de cette marque («Y’a bon Banania») véhiculent «une image (du Noir) contraire aux principes de respect de la dignité humaine». Le MRAP «attend des juges du tribunal une sentence exemplaire, dans cette affaire où l’image des individus à la peau noire a, comme trop souvent dans l’Histoire, fait l’objet de dévalorisation et de mépris».

 

Nutrimaine, pour sa part, rétorque que le slogan «Y’a bon» ne figure plus sur les produits Banania depuis 1977 et qu’elle l’a même radié de l’Institut national de la propriété industrielle. De même, par «volonté de ne pas choquer», le visuel d’origine a été modifié. Sur les emballages des produits de cette marque, au lieu du tirailleur sénégalais hérité de l’époque coloniale, apparaît désormais un enfant noir censé rappeler la génération «black-blanc-beur».

 

Le tribunal décidera aujourd’hui si, ce faisant, le fabricant a effectivement respecté les engagements qu’il avait pris envers les associations antiracistes. L’affaire, en tout cas, n’est pas sans rappeler le jugement qu’en 2007, le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) avait porté sur la bande dessinée «Tintin au Congo». Un ouvrage qu’il avait trouvé «offensant» car véhiculant quantité de stéréotypes dénigrants envers les Noirs.

13/01/2009

Un repère

Mauvaise nouvelle pour le pouvoir d’achat: c’est aujourd’hui qu’entre en vigueur une énième hausse des tarifs de la SNCF, une augmentation de 3,5% en moyenne. Apprécieront particulièrement cette hausse les innombrables voyageurs qui ont été victimes des avaries et des retards à répétition qu’ont connus cet hiver les chemins de fer français.

 

Parlant argent, l’Hexagone, comme les autres pays de la zone euro, vient de fêter sans tambours ni trompettes le septième anniversaire de l’entrée en vigueur de l’euro. Or, malgré cette longévité qui commence donc à s’installer, dans ce pays  particulièrement, «le franc demeure un repère» confirme une étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

 

Selon cette enquête, pour des dépenses quotidiennes et de montant en général limité, seulement 55 % des Français pensent systématiquement en euros. Mais plus d’un Français sur quatre pense uniquement en francs. «Sept ans après le passage à l’euro, les Français, dans l’ensemble, maîtrisent son utilisation comme unité de compte. Cependant, nombre d’entre eux sont toujours obligés de convertir en francs, surtout pour des valeurs qu’ils ne manipulent pas quotidiennement. Comme en son temps l’ancien franc, le franc continue à jouer, pour beaucoup d’entre nous, un rôle important dans leur appréhension du système de prix actuel». C’est surtout quand le prix du bien est élevé et la fréquence d’achat plus rare que les Français pensent en francs: par exemple, moins d’un sur trois pense uniquement en euros pour acheter une voiture. Le recours à l’une ou l’autre des deux unités de compte dépend donc, outre de facteurs comme l’âge ou la région d’habitation, du montant de la dépense. Plus il est faible, plus elle a de chance d’être évoquée en euros. En France, résume bien l’Insee, «on achète sa baguette en euros et sa voiture en francs».

 

Tiens, avez-vous remarqué comme, sept ans après son introduction, la monnaie unique européenne n’a pas encore trouvé de surnom affectif et populaire dans la langue française? Dans le langage courant, les francs avaient été rebaptisés «balles» ou «briques». La monnaie unique européenne, elle, se cherche toujours un sobriquet dans la langue de Voltaire – signe, selon certains spécialistes, de l’absence d’un lien affectif entre cette monnaie et les Français.

 

 

PS: A propos d’euro et de langue française, on sursaute à cette différence d’usage chaque fois qu’on passe en Belgique – et la dernière fois encore, pour les fêtes de fin d’année. Autant vous n’entendrez jamais un Français parler d’autre chose que de «centimes» d’euros, autant le Belge, lui, semble majoritairement parler de «cents». Ce n'est pas inintéressant, cette nuance.

30/12/2008

Un aveu

La France est décidément le pays de tous les paradoxes. On le voit bien ces jours-ci, en matière de soins de santé. Ainsi, dans ce pays, un sexagénaire peut mourir dans une ambulance après que les services de secours eurent, pendant six heures, vainement cherché un service hospitalier de réanimation capable de l’accueillir. Cela s’est passé dimanche, en région parisienne. Mais ce pays peut aussi, quelques jours plus tôt, affirmer, par la voix de son ministre de l’Intérieur, avoir parfaitement géré un vaste exercice de simulation antiterroriste ayant fait, outre 103 morts, 312 blessés fictifs.

 

D’où, cette question de base. Si déjà on n’arrive pas à trouver un hôpital à un pauvre cardiaque un dimanche en plein cœur de la région parisienne, sera-t-on vraiment capable de gérer 312 blessés causés en quelques heures seulement par une catastrophe majeure? L’opinion est priée de le croire. Hier, cependant, des médecins en colère ont fait voler cette fiction en éclats.

 

«Ces scénarios de gestion d’attentats ne sont absolument pas crédibles», a assuré ainsi, à la radio, un dirigeant de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), pour qui «rien que le quotidien est déjà une gestion de catastrophe… » Voilà un aveu qui a au moins le mérite d'être clair. Si donc des terroristes devaient envisager de frapper l’Hexagone, les Français n’ont plus qu’à croiser les doigts et à espérer qu’ils soient assez aimables et patients d'attendre que les hôpitaux en aient fini avec les congés des fêtes de fin d’année, les épidémies de grippe, de gastroentérite ou de bronchiolite.

26/12/2008

Une diminution

Dans le Thalys hier soir, retour d’un saut de puce en Belgique pour les fêtes. On ne prend ce train qu’une ou deux fois l’an, donc on n’y est pas trop habitué et, dès lors, on tombe à chaque fois un peu des nues en constatant cela: les prix pratiqués à la voiture-bar. Sans être radin pour un sou, ces prix sont tellement prohibitifs qu’ils en deviennent carrément grotesques. On s’en consolait en sirotant un coca light dont le prix du centilitre devait bien valoir, en ville, celui d’un cru bourgeois: dans les TGV français au moins, à partir de mars, les tarifs vont devenir un peu moins inaccessibles.

 

tintinetletrain.jpgLa SNCF, en effet, va changer de prestataire pour son service de restauration à bord. A la Compagnie des Wagons-lits, filiale du géant français Accor, va succéder, dans trois mois, le groupe italien Cremonini, qui annonce des tarifs en baisse de 20 à 30%. Des exemples concrets? Le café verra son prix baisser de 2€40 actuellement à 2€10. Le sandwich (forcément mou, sinon ce ne serait plus un sandwich SNCF) passera de 4€10 à 3€50. La bouteille d’eau coûtera 2€ (contre 2€50 aujourd’hui), le soda 3€40 (contre 3€60) et le paquet de chips 2€ (contre 2€20). Cette diminution de prix annoncée aidera peut-être à faire passer la pilule de la prochaine augmentation annuelle des tarifs des billets.

 

Tiens, à propos, la SNCF est en train de réfléchir à la suppression des wagons-bars dans ses TGV. Ou, du moins, de limiter leur présence aux seuls trains assurant les trajets les plus longs. Ces voitures-bars seraient remplacées par des distributeurs automatiques situés sur les plateformes ou par un service de vente ambulant à l’aide de charriots roulants. Raison de cette réforme envisagée? Malgré les tarifs prohibitifs qui y sont pratiqués, les voitures-bars ne sont pas très rentables. Selon le grand patron de la SNCF, Guillaume Pepy, «un wagon-bar, c’est 50 places assises en moins. C’est simple: supprimer le wagon-bar nous permettrait de faire 10% de chiffre d’affaire en plus sur une rame de dix voitures». CQFD 

 

19/12/2008

Une question

Fin de la semaine. Pour info – car, médiatiquement, cela n’a pu que vous échapper –, celle-ci a notamment vu, mardi, les collectifs de travailleurs intermittents et précaires se mobiliser, dans le cadre d’une journée nationale d’action (ici) qui a donné lieu à des manifestations à Paris et dans plusieurs villes de province. Globalement, les médias n’en ont pas du tout parlé. La veille, en revanche, les journalistes ont amplement couvert le happening de presse organisé par une catégorie bien particulière de travailleurs précaires: les modèles posant nus pour les Ateliers des Beaux-Arts de la ville de Paris, qui sont mécontents de leurs conditions salariales (). Pas un journal, pas une radio, pas une télé n’a manqué la conférence de presse de ces modèles. Lors de laquelle, bien entendu, ils et elles se sont dénudé(e)s. D’où, cette question: les journalistes, que l’on savait déjà curieux de nature, ne sont-ils pas aussi et avant tout de grands voyeurs?

26/11/2008

Une disparition

Cela doit être la première mesure prise par Martine Aubry, qui a été proclamée hier soir nouvelle patronne du Parti socialiste.

 

Hier encore, en fin d’après-midi, sur le site d’enchères eBay.fr, on pouvait trouver un objet intitulé «Parti socialiste, peu utilisé, vendu sans capitaine» mis en vente par un petit plaisantin. Il était classé dans la catégorie «Sports collectifs». Annoncé «de couleur rouge» ainsi qu’à l’«état d’occasion». «Le vendeur n'accepte pas les retours pour cet objet», était-il précisé dans l’annonce. Mais la livraison était entièrement gratuite. L’objet avait été mis en vente le 16 novembre, soit au lendemain du calamiteux congrès de Reims. Son prix, à l’époque, avait été fixé à un euro. Depuis, il avait suscité 20 enchères, qui avaient fait grimper sa valeur jusqu’à 10 millions d’euros.

 

Rebondissement. Ce matin, sur la même page d’eBay, plus rien. Plus de PS mis aux enchères. Disparu. Volatilisé comme par enchantement. N’y subsistent que de misérables et cafardeux jeux de cartes, pin’s, cravates et autres gadgets logotés socialistes. Autant d’objets qui, visiblement, n’intéressent personne. Ce matin,  les 22 articles référencés socialistes proposés sur eBay n’avaient totalisé qu’une demi-douzaine d’enchères. Et personne ne surenchérissait même sur de merveilleux pin’s de la fédération du Nord, le fief de Martine Aubry, proposés 3 euros la pièce. Si ça tombe bien demain matin, pour laver cet affront, les grands communicants de la rue de Solférino les auront dicrètement fait disparaître d’eBay.

24/11/2008

Un nombre

42. C’est donc, avant les recomptages et éventuelles corrections de ce lundi, le nombre de voix d’avance de Martine Aubry sur Ségolène Royal pour la direction du PS. Quelques heures à peine après l’achèvement du psychodrame de vendredi soir, cette référence historico-politique avait déjà été ajoutée à la rubrique consacrée à ce chiffre par Wikipédia. «L’encyclopédie libre» et participative du net a beau voir sa fiabilité régulièrement contestée, au moins donc sait-elle à l’occasion faire preuve d’une belle réactivité. En plus, si on la lit bien, cette notice encyclopédique sur le 42 renvoie à des tas de choses qui, par analogie, conviendraient bien à la situation au PS.

 

Ainsi, 42 est, à une centaine de mètres près, le nombre de kilomètres d’un marathon. Voilà qui ne pouvait mieux tomber, s’agissant au PS d'une interminable course de succession. C’est aussi «le numéro atomique du molybdène, un métal de transition». Mais après cela, elle ne va pas être facile la transition, dans ce parti. 42 est également «le nombre de types distincts de fromages requis dans le sketch de la fromagerie des Monty Python». D’un sketch comique à l’autre, cela méritait d’être rappelé. A moins qu’au PS, on ne soit pas en présence d’une comédie mais d’une tragédie? Auquel cas, il n’y a qu’à demander, Wiki fournit illico une référence: «Dans 'Roméo et Juliette', la potion que donne Frère Laurent à Juliette la maintient 42 heures dans un état de mort». Menacé à terme de mort, le PS a, depuis vendredi soir, le feu peu ou prou à tous ses étages. Normal: 42 est «le titre original et la durée approximative en minutes de l’épisode 'Brûle avec moi' de la série Doctor Who». C’est encore «le nombre d’années de mariage des noces de nacre». Mais de toute évidence, les aubrystes et les royalistes ne sont pas prêts de les célébrer, ces épousailles.

 

 

 

PS: Pour que nos lecteurs n’aient décidément pas perdu leur journée, signalons que 42 est également «le numéro de l’inode du répertoire root dans un système de fichier resiser4», le nom donné «par les chercheurs d’Umbrella à la plante gigantesque occupant le poste de garde dans le jeu 'Resident Evil'», ou «le nombre de portes protégeant 'Le grimoire des secrets' dans l'épisode 13 des 'reflets d’Acide'». Décidément, toutes ces sous-cultures et toutes les connaissances encyclopédiques auxquelles elles donnent lieu chez leurs initiés sont assez fascinantes.

10/11/2008

Une évolution

champselysees.jpg«La plus belle avenue du monde»: c’est l’appellation habituellement donnée aux Champs-Elysées. Est-ce un cliché? En tout cas, la célèbre allée percée par Le Nôtre en 1667 évolue de jour en jour, et visiblement pas toujours en bien. Ainsi, une récente étude internationale menée sur les plus grandes avenues commerciales de la planète ne ménage pas les Champs. Les critères retenus étaient notamment l’accueil des clients, la propreté et la sécurité des lieux. Les Champs-Elysées n’arrivent qu’en seizième et dernière position de ce classement, précédés y compris par l’avenue Louise, à Bruxelles. Désagréables, froids, peu souriants et peu attentifs à la satisfaction du client: tels sont, selon les enquêteurs, les vendeurs des boutiques des Champs.

 

Des boutiques et des enseignes commerciales qui, cela dit, connaissent une forte rotation. Ces dernières années, l’UGC Triomphe, le Club Med et le Planet Hollywood ont fermé leurs portes.  Le voisin de ce dernier établissement, la boîte de nuit très paillettes VIP Room, a lui aussi déménagé, chassé par la flambée des loyers qui frappe la troisième rue commerciale la plus chère du monde. Une autre boîte fameuse, le Queen, et même le McDo du coin, sont donnés partants.

 

Ces dernières années, les nouveaux arrivés n’ont pas fait l’unanimité dans ce quartier huppé. Et pour cause: il s’agissait de marques moyen voire bas de gamme comme Promod, Celio, Gap, Zara ou Benetton, dont la clientèle détonne quelque peu par rapport à celle des Chanel et autres Fouquet’s. Ainsi, il fallut une saga juridique de plusieurs années avant que, fin septembre, H&M obtienne du Conseil d’Etat l’autorisation d’ouvrir une boutique de près de 3000 m2 de surface au n°90. Au grand dam des détracteurs de la marque suédoise, selon qui cette décision va contribuer à «transformer la plus belle avenue du monde en simple galerie commerciale».

 

abercrombie.jpgCes protestations, cependant, n’arrêtent pas le mouvement. Pour preuve, la dernière autorisation d’installation et d’ouverture en date accordée pour les Champs a, une nouvelle fois, profité à une multinationale du textile présente sur les cinq continents: Abercrombie & Fitch, la marque américaine mythique des années 80 et 90 qui, depuis, semble tout de même s’être un peu décotée (à moins que ce soit simplement nous qui ayons vieilli… ;-). A&F s’installera au numéro 23 de la prestigieuse avenue, à l’emplacement du siège de la compagnie américaine Thaï Airways. Ici encore, l’installation de cette enseigne a donné lieu à un véritable bras de fer, l’instance départementale de l’équipement commercial voyant son veto outrepassé par la commission nationale adhoc.

 

Selon les plus pessimistes, cette uniformisation des enseignes commerciales sur les Champs, en portant un coup fatal au cachet de cette avenue, menace à terme sa survie. Ainsi, aux yeux du maire du huitième arrondissement, «dans dix ou vingt ans, il n’y aura plus que des magasins de vêtements, qui sont les mêmes partout dans le monde, à la place de nos cinémas et de nos cafés, qui créent l’ambiance unique de ce lieu. Les Champs-Elysées, c’est mythique. Si les touristes y retrouvent les mêmes enseignes qu’à l’autre bout du monde, ils y viendront moins; c’est l’image de la France qui est en jeu».

29/10/2008

Un plébiscite?

calendrier.jpgNicolas Sarkozy «aime les Belges». Oui, oui, c’est le Président français en personne qui l’a assuré hier. Bonne nouvelle donc pour les relations franco-belges. L’an dernier, celles-ci avait été refroidies par un présentateur de JT de la RTBF qui avait eu l’impudence de se demander si l’hôte de l’Elysée avait bu de l’eau ou de la vodka lors d’une rencontre avec son homologue russe d’alors, Vladimir Poutine – rencontre à l’issue de laquelle le chef de l’Etat français était apparu dans un état un peu bizarre. A l’époque, l’Elysée n’avait pas du tout apprécié cette irrévérence, qui avait créé un énorme buzz sur internet. Mais l’incident est désormais clos, puisque donc Nicolas Sarkozy «aime les Belges». Il les aime même «beaucoup».

 

Le chef d’Etat français évoquait la Belgique lors de son déplacement sur l’emploi. «J’étais l’autre jour dans le Nord», a-t-il raconté. «Quelqu’un me disait ‘Monsieur Sarkozy, le dimanche on va tous en Belgique parce que les magasins sont ouverts’. Voilà qui est malin! J’aime beaucoup les Belges, mais je les aime tellement que je préférerais que cela soit eux qui viennent dépenser leur argent chez nous, plutôt que nous qui allions dépenser notre argent chez eux!» Et Nicolas Sarkozy de terminer cette anecdote par un vigoureux plaidoyer en faveur de l’ouverture des magasins le dimanche.

 

La modification de la vieille loi de 1906 sur le repos dominical: vaste sujet s’il en est. Et énorme débat depuis des mois, voire des années, en France. Au fond, qu’en pensent les Français? «Ils veulent travailler le dimanche!», claironnait l’autre week-end le «Journal du Dimanche», sur base d’un sondage Ifop. C’était intéressant comme info car, traditionnellement, dans les sondages sur ce sujet, les Français apparaissaient plutôt partagés. Problème? Ce sondage-ci est assez foireux. Du coup, il faudra attendre la prochaine enquête d’opinion, à supposer qu’elle soit mieux faite, pour être fixé.

 

travaildimanchemonchoix.jpgDeux problèmes au moins se posent dans le sondage du «JDD». Un problème dans la question posée aux sondés, d’abord. «Travailler le dimanche est payé davantage qu’en semaine. Si votre employeur vous proposait de travailler le dimanche, accepteriez-vous?» C’est une façon pour le moins biaisée de présenter les choses. En effet, dans la majorité des métiers d’astreinte par exemple (dont d’ailleurs le métier de journaliste…), le travail dominical n’est pas le moins du monde payé davantage que celui des autres jours. Un problème dans l’interprétation de la réponse, ensuite. Le «JDD» annonce un «plébiscite» populaire en faveur du travail dominical, qui recueillerait les suffrages de près de sept Français sur dix. La réalité des chiffres est plus nuancée. Certes, 67% des Français répondent globalement «oui» à la question posée. Mais 50% disent «oui, de temps en temps» au travail dominical et 17% seulement «oui toujours» à cette formule. Avec un Français sur deux disponible au cas par cas pour ce genre de travail et un sur trois (33%) qui le refuse dans tous les cas, peut-on vraiment parler de «plébiscite», à savoir (selon "Le Robert") d'approbation «à une majorité écrasante»?

 

Les opposants au travail dominical ont vu dans ce «sondage bidonné» une «manipulation» de l’opinion. A les en croire, cette opération de com’ politique aurait été directement et sciemment orchestrée par des cercles proches de Nicolas Sarkozy: par son grand ami l’industriel Arnaud Lagardère (dont l’empire médiatique inclut le «JDD») et par la dirigeante du patronat français Laurence Parisot (patronne de l’institut de sondages Ifop). C’est donc la théorie du grand complot.

 

C’est peut-être aussi bien, et tout simplement si l’on ose dire, une affaire de journalistes qui ont mal fait leur boulot. Et/ou se sont un peu fait mousser en vendant leur soupe avec une titraille un brin racoleuse. Ce ne serait pas la première fois que cela arriverait.

27/10/2008

Une surprise

La semaine dernière, en passant les coups de fil nécessaires à la note de vendredi sur la restauration rapide, on a appris que les McDo de France étaient y compris fréquentés par… les membres du gouvernement! Cela s’est passé le 9 octobre dernier précisément, à Bordeaux. Et la ministre dont question, c’est Christine Albanel.

 

Ce jour-là, la ministre de la Culture s’était rendue dans la ville d’Alain Juppé pour signer une convention avec l’opéra local puis pour discourir sur l’architecture à un colloque. A la fin de la journée, manifestement affamée, elle se voyait mal reprendre l’avion pour Paris avec l’estomac dans les talons. Du coup, sur la route de l’aéroport de Mérignac, elle a fait stopper son convoi après avoir avisé un McDo. Et, ni une ni deux, s’est engouffrée sans complexe avec son équipe dans le fast-food pour y engloutir en vitesse quelques burgers.

 

Dans la région, évidemment, on n’est pas encore revenu de cette visite surprise. Qu’une personnalité issue de la grande bourgeoisie toulousaine s’aventure ainsi dans le sanctuaire de la restauration populaire, ce n’est déjà pas banal. Ce qui l’est encore moins, c’est quand le symbole de la culture fast-food US qui est honoré par cette personnalité l’est par la ministre de la Culture. Et donc par le membre du gouvernement en charge de la sauvegarde et de la défense de la sacrosainte exception culturelle française – défense face aux invasions étrangères, américaines notamment.

 

Le service de com’ de McDo (*), quand on l’a interrogé pour qu’il confirme ou non cette visite ministérielle surprise, avant de finalement lâcher le morceau, a quelque peu minaudé, se retranchant derrière le «droit au respect de la vie privée» bénéficiant aux «personnalités» fréquentant ses établissements. C’était assez comique. Cela faisait comme si, dans les queues s’étirant devant les comptoirs de ces fast-food, on trouvait en permanence et quotidiennement plein de stars et de peoples en quête de milk-shakes, de nuggets ou de big macs...

 

 

 

(*) Service qui, en France, est assuré rien moins que par EuroRSCG (Séguéla, et tout cela), le géant français de la com’ et de la pub. Le simple fait qu’en France, McDo fasse appel à une boîte disposant d’une telle force de frappe montre bien que, dans ce pays, cette multinationale surveille son image de marque comme le lait sur le feu.

23/10/2008

Une quête

Reçu ce matin dans la boîte aux lettres, à la maison, un appel à dons émanant du diocèse de Paris. Accompagné d’une lettre du cardinal André Vingt-Trois, nous assurant de sa prière et nous exhortant à «avancer ensemble dans la lumière». Et un petit tiré à part, format marque-pages bien pratique, avec au recto une photo de Benoît XVI saluant la foule devant la cathédrale Notre-Dame et au verso un «Notre Père».

 

On n’a pas encore trop bien compris pourquoi ni comment nos coordonnées personnelles avaient abouti à l’archevêché, mais on a profité de ce courrier pour consciencieusement y dénicher des tas d’informations passionnantes sur l’église catholique à Paris.

 

Ainsi, si l’on veut contribuer par prélèvement bancaire automatique au «denier de l’Eglise», comme cela s’appelle, le montant minimum est fixé à 10€ par mois. Comme c’est le cas pour toutes les associations agréées, 66% de ces dons donnent droit à une réduction d’impôt. «Par exemple, un don de 100€ vous revient à 34€ après votre réduction d’impôt», explique merveilleusement bien le dépliant de l’archevêché. On y apprend aussi que plus de 500 messes sont célébrées chaque jour à Paris, que 543 prêtres sont en activité dans la capitale, que 23.000 enfants y suivent le catéchisme, que 230 adultes y sont baptisés chaque année et que, dans les 107 paroisses parisiennes, 144.000 personnes vont à la messe chaque semaine – 144.000 sur, pour mémoire, une population de, grosso modo, 2 millions de Parisiens.

 

Pour sensibiliser le lecteur moyen de son appel à dons aux dures réalités matérielles, l’Association diocésaine de Paris y dévoile quelques dessous de ses finances. Ainsi, on apprend qu’un prêtre gagne un salaire mensuel brut de 1000€, que le chauffage d’une paroisse en hiver coûte entre 1500 et 4000 €, et que le budget de l’Eglise catholique de Paris s’élève à 58,2 millions d’euros. Côté dépenses, le plus gros poste est consacré au paiement des salaires des laïcs (16 millions), trois fois plus important que le traitement du clergé (4,9 millions). Côté recettes, l’Eglise catholique de Paris touche 10,9 millions d’euros (=18,8 % de son budget) de ses «produits immobiliers», les «offrandes, cérémonies et messes» lui rapportent 3,2 autres millions (5,5%), et les «recettes troncs, cierges et ventes de charité» 13,5 millions (23,2%).

 

Les «quêtes ordinaires», elles, rapportent chaque année 8,6 millions d’euros à l’archevêché, soit 14,7% de son budget. Ce chiffre nous permet d’être odieusement indiscret et de calculer le montant moyen donné par le fidèle parisien moyen à la collecte à la messe. Si l’on divise la recette annuelle par le nombre de semaines puis de jours de l’année (car comme le rappelle le dépliant: «L’Eglise ne prend pas de vacances, ses services s’échelonnent tout au long de l’année»), on obtient le montant d'une journée de quête dans les églises de Paris: quelque 23.000 euros. Si ensuite on divise ce chiffre par le nombre de fidèles assistant à la messe dans la capitale (144.000 par semaine = en gros 20.500 par jour), cela donne environ… 1€ par collecte et par personne. Ce qui est sans doute honorable, par ces temps de crise.

 

Mathématiquement, si l'on divise le nombre quotidien de fidèles parisiens (20.500) par le nombre de messes tenues par jour dans la capitale (plus de 500), cela donne une quarantaine de participants à chaque office. Ce qui n'est déjà pas énorme. Pratiquement, la majorité des fidèles allant surtout à la messe le dimanche et pas les autres jours, cela doit donner des messes encore moins suivies et des églises donc très très vides en semaine. On comprend mieux, du coup, pourquoi un tel appel à dons.

10/10/2008

Un chiffre

Puisqu’on parlait de fric hier, poursuivons dans le même registre. Et évoquons ce qui fut assurément la mauvaise nouvelle de la semaine, pour le portefeuille des Parisiens. Oh, bien sûr, dans cette ambiance médiatique de fin du monde, elle paraîtra bien anodine. Il n’empêche, elle va peser sur le pouvoir d’achat des habitants de la capitale, qui n’en demandaient sans doute pas tant.

A sa décharge, il avait prévenu. Avant les élections municipales de mars, Bertrand Delanoë avait joué cartes sur tables: il avait annoncé une hausse des taxes municipales, après six ans de stabilité, s’il était élu. Une hausse légère, avait-on retenu. Mais le chiffre sorti cette semaine de la mairie de Paris est vraiment tout sauf léger: c’est en fait de 9% que les impôts, d’un coup, vont augmenter. En moyenne, pour un locataire, cela correspondra à un surcoût annuel de 35€ (le prix d’un resto, en gros). Pour un propriétaire, ce sera 140€  (un lunch à une table étoilée, pour le coup). Ce n’est tout de même pas rien.

L’opposition, estomaquée, a dénoncé «un coup de massue». Selon elle, la mairie a besoin de ce surplus de recettes fiscales pour financer «la politique de poudre aux yeux de Bertrand Delanoë, qui a laissé filer les dépenses de la mairie». L’Hôtel de ville, pour essayer de mieux faire passer la douloureuse, promet en tout cas que le produit de ces nouveaux impôts ne sera pas affecté à l’augmentation du nombre de fonctionnaires municipaux. Celui-ci restera stable, à 48.000 personnes.

Tiens, arrêtons-nous un instant à ce chiffre. 48.000, donc. Cela confirme qu’à elle seule, la ville de Paris (sous Delanoë comme du temps de Chirac ou de Tiberi) emploie davantage de personnel que toute la Commission de Bruxelles (32.000 fonctionnaires), voire que l’ensemble des institutions européennes (40.000), dans les 27 pays de l’Union. C’est décidément une réalité et un chiffre qu’il faudrait plus souvent rappeler à tous ces politiciens français eurosceptiques, qui ne cessent de dénoncer le poids et la gabegie financière de la bureaucratie eurocrate.

09/10/2008

Une réputation

C’est fou la vitesse avec laquelle une réputation peut se défaire. On se le disait encore hier soir. On était dans un resto de la place de la République. Au moment de payer l’addition, on avait tendu notre carte bleue. Le garcon, y jetant un coup d’œil distrait en la passant dans le sabot, s’était un peu raidi. «Heu… Excusez-moi, mais vous êtes vraiment sûr que cela va marcher, là?», avait-il demandé, mi-goguenard, mi-inquiet. Il n’était pas encore au stade de refuser la carte, mais enfin, on sentait bien qu’il n’aurait pas été fondamentalement mécontent si on l’avait payé avec une autre carte ou en liquide. Et pour cause, ladite carte dont il semblait remettre en doute la fiabilité était libellée au nom de… Fortis.

 

Fortis Banque France, s’entend. L’ex-Banque Parisienne de Crédit (BPC) donc, longtemps cousine de l'ex-Générale de banque belge avant d’être rebaptisée Fortis France il y a quelques années. La deuxième banque étrangère en France (275 000 clients particuliers, 55 000 entreprises et professions libérales), mais qui est aussi bien protégée que toutes les banques hexagonales. Ainsi, à l’inverse de son homologue belge, elle bénéficie d’un plafond de garantie fixé conformément à la réglementation française, à savoir de 70.000 euros par déposant. Une banque qui plus est dorénavant contrôlée par la BNP Paribas, devenue cette semaine la plus grande banque de dépôt de la zone euro. Mais une banque qui visiblement, depuis ces dix jours où elle a fait la Une de l’actualité financière, a désormais un nom un peu difficile à porter.

Les dirigeants de Fortis se consoleront de cette réputation écornée en constatant que cette sinistre actualité leur a au moins permis d’installer la notoriété de leur marque dans le grand public hexagonal. En effet, il y a quinze jours encore, rarissimes étaient les Français moyens qui avaient ne serait-ce que déjà entendu le nom de Fortis. Ainsi, on ne compte plus les fois où, à l’un ou l’autre ami français ayant aperçu notre carte bleue, on a dû ressortir le traditionnel laïus explicatif: «Fortis, une institution en Belgique, la plus grande banque et le premier employeur du plat pays, un géant de la bancassurance au Bénélux, et blablabla». Quinze jours plus tard,  il n’est plus besoin de présenter Fortis, qui est désormais connue par le premier garçon de café parisien venu...

02/10/2008

Un coût

Vivre à Paris coûte cher. On l’a compris dès le premier jour passé ici, mais, depuis, on se force à ne pas y penser, histoire que ce qui est aussi un plaisir quotidien ne soit pas gâché. Cette semaine, cela dit, une enquête de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) vient de très précisément chiffrer le surcoût que représente le fait d’habiter en région parisienne par rapport à la province: 13%.

Détaillons un peu. L’écart de prix le plus important (36%) entre la région parisienne et le reste du pays est évidemment celui des dépenses relatives au logement. A Paris, le coût des loyers – au sens large: qu'ils soient dus par les locataires où qu'ils correspondent à ce que devraient payer les accédants à la propriété en train de rembourser – est supérieur de 47% par rapport à la province. Mais d’autres écarts de prix importants existent, préjudiciables aux habitants de la capitale et de sa région: les dépenses de santé (+14%), les services de loisirs et de culture (+11%), ou les tarifs pratiqués dans le secteur de la restauration (+19%). L’étude note que les écarts de prix sont moins marqués pour l’alimentation et les transports. Mais ils existent tout de même et traduisent généralement un meilleur service rendu (heures d’ouverture des magasins plus grandes à Paris qu’en province, etc.). «Au total, hors dépenses de loyers, les prix en Ile de France sont supérieurs de 7% à ceux de la province», conclut l’Insee.

Qui, toutefois, nuance immédiatement son constat. Selon lui, cette différence de prix préjudiciable aux Parisiens est neutralisée par la hauteur des revenus salariaux, généralement plus élevés dans la capitale et dans sa banlieue que dans le reste du pays.

Moue un peu sceptique, on l’avoue, en lisant cette dernière conclusion. Le cadre travaillant dans les tours de La Défense gagne sans doute plus que son homologue des centres d’affaires de Sophia Antipolis, Montpellier ou Lyon. Ne fût-ce que parce que, comme le rappelle l’Insee, c’est à Paris et dans sa banlieue que sont localisées toutes les plus grandes entreprises du pays ainsi que celles appartenant aux secteurs d’activité les plus rémunérateurs. Dans ces catégories socio-professionnelles-là, en effet, le coût de la vie plus cher dans la capitale est sans doute neutralisé par une rémunération à la hauteur. Mais est-ce aussi systématiquement vrai dans les autres catégories sociales? Autrement dit, par exemple, une caissière de chez Franprix, un balayeur de rue ou un petit commerçant de Saint-Denis, Sarcelles ou Saint-Maur gagnent-ils forcément et fondamentalement beaucoup plus que leurs collègues de Villeurbanne, Blagnac ou Montluçon? Ou, plutôt, tous, où qu’ils habitent, n’ont-ils pas du mal à nouer les deux bouts?