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30/03/2007

Un peu de shopping (6)

Les marques et l’actu électorale, suite.
Il y avait les présidentielles. Il y a maintenant les… «pizzadentielles». Dans cette élection, quatre pizzas se présentent aux suffrages de la population. La pizza Margherita par exemple, qui croit «au retour des valeurs de simplicité et de naturel». Ou la Pizza Reine, qui «souhaite redonner leur dignité à tous les jambons, à tous les champignons et aussi à la mozarella» et dont la «royale garniture permet d’élever le débat».
N’importe quoi? Dans une autre élection du même acabit organisée entre le 1er janvier et le 15 mars par une grande marque de crème dessert cette fois, 1.068.497 personnes avaient trouvé le temps de voter.
Etaient en concurrence la crème saveur praliné, candidate de l’Union pour la République gourmande (URP), qui «offrira les saveurs que l’on demande et garantira l’égalité des chances pour tous les gourmands de France», la crème chocolat blanc, pour le Collectif des fondus de chocolat (CFC), qui fera «partager aux Français les plaisirs de la voie lactée», et la crème saveur marrons, candidate du Front de libération des saveurs (FLS), qui promet aux électeurs que «la fin de la traversée du dessert est proche». Le nom du produit élu sera dévoilé le 1er mai.
Plus d’1 million de Français ont donc «voté pour Danette». Les gens ne sont pas tous débordés dans ce pays, visiblement.
B.DL.

27/03/2007

Un mouton

medium_21_01_00_411650000_FRANCE_BAYROU_XFM106.jpgPetit-déjeuner en quatrième vitesse à plusieurs centaines de kilomètres de Paris, à Saint-Etienne précisément, où on a passé toute la journée de lundi «embedded with» François Bayrou (*).
Le «journalisme embarqué» n’est pas précisément la facette la plus passionnante du métier. C’est même très moutonnier. On n’a aucune autonomie. On n’a d’autre choix que de se plier au programme officiel et imposé. On ne peut que suivre le troupeau et ressasser sa liberté de mouvement dans le fin fond d’un car bondé de confrères pareillement frustrés. Mais comme, en campagne électorale, c’est le seul moyen d’approcher de près les présidentiables, il faut bien s’en contenter.
Et déjà, ce ne fut pas facile de se faire incorporer. L’état-major du candidat centriste, en effet, y réfléchit à deux fois avant d’accréditer. Officiellement, pour éviter qu’un trop grand nombre de journalistes incorporés préjudicie aux conditions de travail de ces derniers. Plus vraisemblablement, parce que François Bayrou a compris que son statut revendiqué de candidat «anti-système» passe notamment par la maîtrise de l’affluence médiatique autour de lui. Plus un homme politique est noyé sous les perches, les caméras et les flashs de photographes, plus il passe auprès des populations locales qu’il visite pour le candidat de l’«establishment» politico-médiatique parisien. Dès lors, il doit faire le tri dans les demandes d’accréditation, et le couperet tombe évidemment plus volontiers sur la presse étrangère que sur la grande presse nationale.
Pour l’anecdote : comme à chacun de ses déplacements, François Bayrou a pris un malin plaisir lundi à prendre le temps de «parler avec les gens» rencontrés, au point de désorganiser complètement le programme du voyage. Résultat des courses, la plupart des journalistes qui l’accompagnaient ont raté le dernier TGV pour Paris et ont été contraints de passer la nuit à Saint-Etienne. C’est très bien. Rarement on aura vu autant de journalistes parisiens obligés de se coltiner un peu de terrain.
B.DL.

(*) Et non… «in bed with» François Bayrou ! ;-) Pour les éventuels lecteurs de ce blog maîtrisant mal l’anglais, «embedded» signifie donc «incorporé», «embarqué» dans un déplacement officiel, un peu comme (enfin, toutes proportions gardées) les journalistes pendant la guerre d’Irak étaient «embedded» dans l’armée américaine.

23/03/2007

Un peu de shopping (5)

medium_pub-quinquennat.jpgEn lançant il y a quelques semaines cette petite rubrique du vendredi sur l’exploitation commerciale des élections présidentielles, on n’était pas vraiment sûr d’avoir assez de matière pour l’alimenter jusqu’au scrutin. De jour en jour, toutefois, cette crainte s’estompe tant le filon apparaît surexploité.
Mais cela continue à ne pas toujours voler très haut. Deux exemples encore.
- Une grande marque de poudre à lessiver a lancé une vaste opération invitant les Français à élire (contre la promesse de «cadeaux mirobolants») leur produit préféré pour le prochain quinquennat. Chaque produit a son programme: le liquide spécial lainages promet «une France plus douce», le produits pour le linge délicat promeut «une France pleine de charme», etc. Chaque candidat a aussi son blog assorti de commentaires d’électeurs (du genre:«Lui au moins tient ses promesses»), ses tracts de campagne, ses vidéos de propagande, etc.
- Encore plus fort: sur ce site, les présidentiables sont comparés... à des yaourts. Il y a le yaourt brassé (pour le candidat qui «brasse de l'air mais à l'arrivée, c'est pareil que les autres»), la crème renversée («une rupture avec les recettes habituelles»), etc. Pour le moment, «Bayrou-crème caramel» l'emporte avec 55% des voix devant «Le Pen-crème brûlée» à 47% puis «Royal-yaourt à boire» et «Sarkozy-crème renversée» à égalité à 23%. Les pubards à l’origine de cette campagne la présentent comme «un éclairage ludique, sans prétention sur cette communication omniprésente, sur ce marketing politique qui veut donner du sens à la moindre poignée de mains, à la plus petite phrase ou à la couleur de la cravate ou du tailleur».
Soit. Ce qui est frappant surtout, c’est qu’il y a manifestement des sociétés pour investir des moyens humains et financiers non négligeables (ces sites sont souvent assez bien faits) dans des opérations de communication dont l’intérêt paraît a priori si ténu.
B.DL.

22/03/2007

Un monde fou

On n’avait jamais vu cela depuis qu’on vit à Paris. Une station de métro complètement inaccessible non parce qu’elle est fermée, mais parce qu’il y a déjà tellement de voyageurs à l’intérieur que, physiquement, plus un seul ne peut y pénétrer.
C’était mercredi soir sur le coup de 22 heures à la station Porte de Pantin, à deux pas du Zénith, là où François Bayrou tenait un méga-meeting. Le candidat centriste a fait le plein: 6500 spectateurs à l’intérieur et paraît-il autant restés dehors faute de place. Jamais en 25 ans de carrière il n’avait rempli une aussi grande salle. Jamais avant hier soir, pour notre part, on n’avait vu autant de Parisiens si ostensiblement ravis de la cohue dans le métro et des perturbations que cette sortie de meeting a occasionnées sur le trafic.
Le candidat de l’UDF a notamment chauffé le Zénith en poussant à fond les décibels de la sono. Et en lui passant en boucle le mythique «Supernature» de Cerrone remixé par le DJ Bob Sinclar: du disco-électro-techno-flamenco sautillant à en faire se relever les paralytiques.
Bayrou, le Cerrone de la politique française? Un tube au départ un peu désuet, puis remis spectaculairement au goût du jour, et qui finit par déplacer les foules?
Le roi du disco français a donné un méga concert de come-back au palais de Versailles, il n'y a pas si longtemps. Bayrou lui donnera-t-il la réplique en faisant de l'Elysée son propre palais?
Première réponse au premier tour. Dans un mois, jour pour jour.
B.DL.

20/03/2007

Une perle

Sans vouloir paraître le moins du monde donneur de leçons (les coquilles et fautes de français, on connaît cela en presse écrite aussi), la chaleur du direct en télé fait parfois dire vraiment n’importe quoi aux candidats à l’Elysée. Ainsi, cette perle de Nicolas Sarkozy hier soir au 20 Heures de France 2. «Je ne veux pas qu’aucun Français ne soit condamné à l’inactivité», a asséné le candidat UMP.
On en a sursauté. Voulait-il dire en fait: «Je veux qu’aucun Français ne soit condamné à l’inactivité»? Ou, à la rigueur: «Je ne veux pas qu’un (seul) Français soit condamné à l’inactivité»? Mais là -- du moins si on se souvient bien et si on a bien compris les règles grammaticales d’enfance sur les doubles négations qui s’annulent --, il avait l’air de proclamer, avec aplomb qui plus est, le souhait de l’UMP de… condamner tous les Français à l’inactivité.
C’était tout de même un fameux revirement doctrinal, et donc un tournant dans la campagne électorale. Mais comme les agences de presse n’alignaient pas les dépêches urgentes sur cette conversion umpiste aux délices de l’oisiveté, on en a déduit qu’en effet, ce n’était qu’une erreur de français. Et, en stoïque condamné, on en est retourné à nos activités.
B.DL.

16/03/2007

Un peu de shopping (4)

Les camelots et l’élection présidentielle, suite. Ce vendredi, deux exemples qui montrent que cela ne vole pas toujours très haut.
-Dans tous les couloirs du métro parisien, cette affiche pour le prochain spectacle de Gérald Dahan. Sous le si fin titre «Erection présidentielle», on voit l’imitateur-humoriste (?), une rose rouge entre les dents, grimacer en se faisant mettre la main au panier par une dame;
-En boucle sur toutes les chaînes de télé en ce moment, ce spot publicitaire pour promouvoir la consommation de viande de veau. Avec, avant le slogan «Bravo le veau», cette accroche: «Veautez!»
Voilà maintenant que l’on prend les électeurs pour des escalopes ou des pièces de haché. Cela renvoie probablement au célèbre «Les Français sont des veaux» du général de Gaulle. Asséné par des vendeurs de bidoche, cela se veut sans doute très drôle. Rira bien qui rira le dernier.
B.DL.

14/03/2007

Un défoulement

medium_misssysego.jpgA l'approche des présidentielles, on se défoule de plus en plus sur les radios jeunes. Ainsi, sur 88.2, très écoutée dans les quartiers populaires de Paris et en banlieue, les DJ s’éclatent en rivalisant avec des parodies de morceaux de rap sur les présidentiables. Ce n’est pas toujours d’une grande finesse, c’est même parfois franchement sexiste, mais c’est le plus souvent vraiment tordant.
Au choix, on y trouve:
-MC Sarko, flinges, karsher et flashballs pointés: «Article 1: Jamais traiter Sarko comme un chien/ T’as compris cousin? (…) Moi, j’attends pas que ça tombe des urnes/ Si t’es pas n°1 de l’UMP, c’est que t’as rien dans les burnes»;
-Missy Sego, assez drôle relookée en rappeuse: «Vous me prenez pour une chienne/Mais c’est moi qui tient la laisse/ Et c’est moi qui vous promène (…) J’ai du charme et de la classe/J’ai aussi la hargne du chien de la casse (…) On va lui faire mordre la poussière/Le renvoyer chez sa mère la Hongroise dans un charter (…) Ils préféreraient me voir laver les draps plutôt que de voir à mes meetings les Français lever les bras». Avec en prime une voix d’outre tombe de François Mitterrand: «Moi, de là haut, je crois en Sego»;
-MC Jak Chirac, vraiment irrésistible en racaille chic: «J’ai pas envie de prendre ma retraite au bord de la mer avec les mouettes/Je veux pas non plus moisir aux Baumettes avec Bernadette/ Je n’ai rien à perdre/Jak Chirac: toujours un tour dans son sac»
Ces morceaux sont écoutés et téléchargés chaque jour par des milliers de jeunes. S’ils pouvaient être aussi nombreux à aller voter le 22 avril, ce serait fantastique.
B.DL.

12/03/2007

Un artiste

medium_chirac.jpgJacques Chirac a donc tiré sa révérence hier soir. Il laissera l’image notamment d’un homme politique qui était infatigable en campagne électorale, considérant qu’une élection n’était pas jouée tant qu’il restait une cage d’escalier à arpenter et une main d’électeur à serrer.
On l’avait beaucoup accompagné sur le terrain aux présidentielles de 2002. Ainsi, quelques jours avant le premier tour, dans un bourg du fin fond de la Corrèze.
Il y était particulièrement apprécié par les petites gens parce que, malgré les ans et l’éloignement, il se souvenait toujours d’eux. On avait ainsi rencontré un vieux paysan adorable prénommé Jean, qui faisait bien 80 printemps et l’attendait patiemment devant une salle de meeting. «Je le connais bien, depuis plus de quarante ans!», nous avait expliqué cet admirateur. «On ne se voit plus que tous les trois, quatre ans mais chaque fois, il vient me saluer personnellement. Et il se souvient de mon prénom!»
Quelques minutes plus tard, en effet, l’hôte de l’Elysée avait avisé le paysan dans son bain de foule, avait levé les bras au ciel, s’était écrié «Jean! Mon petit Jean!», s'était précipité vers lui et l'avait gratifié d'une chaleureuse accolade. Jean en avait eu les larmes aux yeux. Puis, nous avait lancé un «Je vous l’avais bien dit!» victorieux.
On l’avait félicité. On ne lui avait évidemment pas raconté la scène qui avait précédé leurs retrouvailles et dont lui-même n’avait pu être le témoin parce qu’il était moins proche physiquement du Président. Un élu local avait discrètement signalé la présence de Jean à l’hôte de l’Elysée, lui avait murmuré son prénom à l’oreille, l’avait briefé sur son village et sa famille, lui avait rappelé combien ils se connaissaient depuis tant d’années.
En une fraction de secondes, le tour avait été joué. Du grand art.
B.DL.

09/03/2007

Un peu de shopping (3)

Il y avait donc déjà les produits dérivés de l’élection présidentielle: tongs, parapluies, tee-shirts et autres colifichets de fantaisie généralement vendus à prix d’or. Il y a désormais aussi la pub qui, dans ses slogans, s’inspire directement du contexte électoral.
Ainsi, il y a ce héros publicitaire récurrent qui s’illustre par son caractère un peu teigneux et par son leitmotiv «Je l’aurai», adressé à un responsable d'une grande mutuelle qu’il désespère de pouvoir un jour coincer en flagrant délit d’incompétence ou de rapacité. L'homme a été récemment dénommé et est dorénavant affublé, en fin de spots, d’un slogan clairement électoral («Votez Marcel»).
Il y a aussi cette grande marque d’ameublement. Les visuels de sa dernière campagne ont pareillement une dimension électorale. Voir un mouflet gambader sur un moelleux canapé devant le slogan «Ministre du confort de l’Intérieur» n’est sans doute pas innocent. Comme le sous-slogan («Oui au changement») et ses déclinaisons («Oui à la politique de détente» ou «Avis de rêve général»).
Tirer profit du contexte pour attirer l’attention, donc. Ce n’est d’ailleurs pas le monopole de l’affichage. Dans nombre de grands journaux, les annonceurs publicitaires bénéficient de réductions sur le prix de leurs encarts lorsque ceux-ci font directement référence à un fait d’actualité, en rebondissant et en détournant un événement récent. Une prime à la créativité comme à la réactivité, en quelque sorte.
B.DL.

02/03/2007

Un peu de shopping (2)

medium_bayrou.jpgLes camelots sont tellement à l’affaire avec cette élection présidentielle, et ils vendent tellement tout et n’importe quoi lié au sujet que, si on voulait, on aurait assez de matière pour y consacrer une rubrique hebdomadaire, qui paraîtrait tous les vendredis, veille du shopping rituel du samedi.
Depuis la semaine dernière donc, en faisant un peu les boutiques sur le net, on est tombé sur:
-un marcel de couleur rose taillé S à l’effigie de Ségolène Royal, avec sous la photo de son visage souriant le slogan «ALLEZ LES FILLES!» en lettres capitales, 26 €, «modèle déposé, série limitée»;
-un tee-shirt «anti Ségolène» représentant la candidate du PS en fromagère vendant du hollande, «100 % coton, 180 gr, col et manches en jersey simple contrasté. Coupe ajustée très tendance», 29€ tout de même. Dans la même boutique mais moins chers, un tee-shirt style rap en faveur de Bayrou (22 €) et un tee-shirt «Fruit of the Loom Super Premium à partir de 20.00€» tout noir avec l’inscription «Souviens toi le scrutin dernier» en lettres de sang dégoulinantes;
-«le petit bracelet réversible en silicone noir, qui affiche en boucle le prénom de Ségolène (en rose) sur une de ses faces et, à l’envers, celui de Nicolas (en bleu)». Un objet spécialement designé pour «les indécises, les apolitiques et les girouettes».
-un jeu de billes de billard Chevillotte à l’effigie des présidentiables, «Sarkozy bande Voynet qui pousse Chirac. Objet déjà culte! Le jeu consistera à mettre au trou les candidats non souhaités. C’est aussi un élément de décoration drôle et exceptionnel… un collector»;
-des «trousses à maquillage militantes» estampillées au choix «Vive Sarko!» ou «Vive Ségo!». Argument de réclame: «Les petites Françaises peuvent désormais exprimer leur choix politique, de la même manière que les jeunes Américaines arboraient les tee-shirts «Team Jolie» ou «Team Aniston» lors de la séparation de Jennifer Aniston et Brad Pitt, lequel Brad avait filé avec Angelina Jolie».
On est sûr qu’on parviendra à trouver plus débile et sexiste encore pour la semaine prochaine.
B.DL.

23/02/2007

Un peu de shopping (1)

medium_sac_20shopping_M.jpgC’est une petite boutique. Elle vient d’ouvrir. Elle s’appelle «La boutique des amis de Nicolas Sarkozy». Et on y vend des tas de petites choses merveilleuses.
-des tee-shirts et sweat-shirts avec ou sans la photo du candidat (15 € et 29 € pièce).
-un «sac shopping classique» à 38 €, «en toile tissée, imprimé une face, dos marron foncé, anses et doublure en coton marron», tellement mignon qu’il a légitimement été propulsé «meilleure vente» de la boutique. Ce n’est pas cher, Madame: 38 €. Et «envoyé sous 8 jours», en plus.
-sans conteste le fleuron de la boutique: un «tablier sans cordon écru». 24 € le tablier, tout de même. Oui, mais «grâce à un astucieux système de serre taille, vous l’enfilez ou le retirez en un temps record!» Grâce à cette innovation technologique, "tout devient possible", vraiment , pour la ménagère de base. En plus, et cela prouve bien que l’UMP n’est pas un parti sexiste, il a choisi un homme et non une femme pour illustrer le modèle présentant ledit ustensile de cuisine.
C’est vraiment une bien belle boutique.
B.DL.

22/02/2007

Une menace

Deux mois. Dans deux mois jour pour jour, c’est le premier tour des élections présidentielles.
Petit effort d’imagination. Nous sommes le 23 avril. Le scrutin, la veille, comme à chaque élection présidentielle, a donné lieu à de grosses surprises et ridiculisé les sondeurs. Intense agitation médiatique: plus que quinze jours et l'on connaîtra le nom du futur chef de l’Etat. Les gens sortent de chez eux pour acheter les journaux, avides de dévorer des pages d’analyses, d’éditoriaux et de résultats. Problème: tous les kiosques sont fermés. En grève. Pas un journal disponible à Paris.
Telle est, en tout cas, la menace spectaculaire brandie par deux syndicats de kiosquiers et de libraires parisiens, qui viennent d’appeler leurs membres à fermer boutique le 23 avril pour protester contre leurs conditions de travail en dégradation constante et la concurrence chaque jour croissante des journaux gratuits. Et cet appel, à première vue, semble suivi: 200 des 300 kiosques de Paris ont déjà répondu oui.
Un lendemain d’élection sans journaux - alors que les quotidiens, ces jours-là, enregistrent des hausses de diffusion astronomiques. Toute une population obligée, pour s’informer, de se tourner vers ces feuilles de chou publicitaires que sont les gratuits.
Dans le petit paysage médiatique, ce serait vraiment énorme -- un scénario-catastrophe en somme. Le pire, c'est qu'on n'est même pas sûr qu'il émeuvrait tant que cela les gens.
B.DL.

21/02/2007

Un sport

medium_Marion_Jones.jpgOn pratique les deux sports, modestement, à la hauteur de nos quelque 40 ans, depuis des années, donc on s’autorise à en juger. Le journalisme, finalement, c’est un peu comme la course à pied. Il nécessite de l’endurance, du tonus et, à certains moments, du ressort pour pouvoir se lancer dans de fulgurantes accélérations. On en a encore fait l’expérience mardi soir.
On avait quitté le bureau vers 20 heures, sur un énième papier plutôt moyen consacré à la méforme de Ségolène Royal dans les sondages en dépit de ses talents télévisuels. On se doutait bien qu’un énième sondage allait paraître mercredi matin, susceptible de changer la donne après le show télévisé réussi de l’intéressée lundi soir. Mais les fuites sur ses résultats tardant à tomber, on s’était résolu à passer une énième soirée entre copains avec France Info à l’oreillette et l’ordi portable dans le sac à dos, prêt à actualiser à tout moment ledit papier.
Les heures passent: rien. France Info ânonne sur le foot. 21h44, le premier AFP tombe: Ségolène Royal se redresse spectaculairement selon une enquête CSA publiée ce mercredi matin. 21h45: coup de fil du journaliste de garde à la Rédaction Etranger: le papier doit, évidemment, être complètement revu. Deux minutes plus tard, précision téléphonique du secrétariat soir de "La Libre": les papiers pour la première édition (importante: c’est celle qui est distribuée à l’étranger et donc en France et dès lors à Paris) doivent être envoyés à… 22 heures. Il reste moins d’un quart d’heure. On s’énerve (un peu).
On abandonne les copains (ils ne s’en formalisent plus). On dégaine le PC. Accès Wifi réservé, on n’a pas les identifiants ad hoc. On se retrouve à dicter par téléphone, depuis la place Saint-Germain des Prés (so chic ?), un dernier paragraphe de l’article du coup adéquatement modifié. Mais (et c’est toujours à ce moment que cela arrive) le vibreur s’affole, le téléphone clignote: «Low batt». On s’énerve (un peu). On y arrive malgré tout. L’heure du bouclage est respectée. Ce n’est toutefois que du colmatage d’urgence, avec notamment des horreurs de mise en page. Il faut améliorer cela pour les éditions suivantes.
Le délai pour la deuxième édition est fixé à 23h10. C’est jouable. On saute dans le métro. La panne, à Odéon. Interminable. 22h33, 22h44: les agences de presse s’excitent, multiplient les dépêches sur «le spectaculaire redressement royaliste». On se promet de réclamer un blackberry à la rédaction en chef. Le train redémarre enfin.
On arrive à la maison à 22h55. On se dit qu’avec la liaison ADSL surboostée que la rédaction en chef nous a offerte, cela va aller comme sur des roulettes. Raté: la machine se traîne misérablement. On s’énerve (un peu). On ne parvient à entrer dans la page du journal qu’à 23h. Au «Soir 3», Marie Drucker met la pression, tartine sur Royal. Il faut vraiment qu’on modifie ce fichu papier. On introduit en vitesse deux, trois micro-modifications, qu’aucun lecteur lambda évidemment ne remarquera. Il est 23h08.
On téléphone à un Bruno qu’on ne connaît pas mais qui, comme tous les «soiristes» dans n'importe quel journal du monde, résiste bien au stress, en a vu d’autres et est aussi cool qu’efficace. «Voilà, c’est bouclé, tu peux envoyer!»
23h09, le Bruno se marre. Il est ravi: il a une minute d’avance sur l’horaire imposé. Un délai Royal.
Le journalisme, a fortiori en campagne électorale, est vraiment le métier le plus excitant au monde.
B.DL.

19/02/2007

Une pétition

medium_Jaiunequestion.jpgC’est la grande mode des plateaux télé de cette campagne présidentielle millésime 2007: les débats entre les hautes personnalités politiques et les quidams, ces derniers remplaçant donc les journalistes et posant directement leurs questions aux présidentiables. «A vous de juger» (France 2), «Français, votez pour moi» (France 3) et (ce soir encore, avec Ségolène Royal) «J’ai une question à vous poser» (TF1): pas moyen d’échapper à cette nouvelle mode.
Dans le sérail journalistique, nombre de confrères n’apprécient pas de se voir ainsi remplacés au pied levé par des citoyens supposés moins en connivence avec le pouvoir et plus en lien avec les préoccupations quotidiennes des Français.
Ainsi, à l’initiative de cinq journalistes du service public -- Jean-François Tealdi (France 3), Jacques Cotta (France 2), Lionel Thomson (Radio France), Lisa David (RFO), et Catherine Rolland (RFI) --, une pétition a été lancée, qui s’insurge notamment contre cette «dérive populiste qui consisterait seulement à donner la parole à des panels de citoyens interpellant directement les candidats, les journalistes étant cantonnés dans le rôle de M. Loyal porteurs de micros et ne pouvant exercer leur droit de suite sur les propos tenus par les différents candidats».
De même, les pétitionnaires refusent de se «satisfaire d'émissions d'info communication où un seul candidat est invité pour parler de ses propositions au prétexte que les grands candidats refuseraient tout débat contradictoire». Et réclament dès lors, «comme la majorité des citoyens, des débats entre les différents candidats. Les projets de société doivent être confrontés pour que les citoyens se forgent leur opinion. Ce n'est qu'à ces conditions que nous remplirons nos missions de service public, pilier essentiel de la démocratie».
B.DL.

16/02/2007

Un embouteillage

C’est un des effets de l’«affaire Rebelle», du nom de ce conseiller de Ségolène Royal qui était fiché par les Renseignements généraux et qui a obtenu en un temps record la communication de sa fiche.
A l’occasion, les médias ont abondamment rappelé que chaque citoyen disposait, via la Commission Informatique et Libertés (CNIL), d’un droit légal d’accès aux données informatiques le concernant. Du coup, depuis cette affaire, la CNIL est submergée de demandes de consultation de ces fichiers provenant de quidams par milliers – dont un grand nombre de journalistes, paraît-il.
Avant même cet afflux, la CNIL, qui dispose de quatre fois moins de personnel que son homologue allemande, était déjà passablement débordée. Cette semaine, son patron a carrément lancé un appel à l’aide au gouvernement pour qu’il lui octroie des moyens supplémentaires. Cet appel n’a visiblement pas été entendu: pour résoudre les problèmes posés par cet embouteillage, un décret se bornerait à étendre de quatre à sept mois le délai octroyé à la CNIL pour traiter les requêtes individuelles (*).
Les citoyens assiégeant la CNIL ne risquent pas, en tout cas, de le faire pour rien. Selon certaines estimations, on dénombrerait 100 millions de fiches de police et de gendarmerie en France, soit presque deux fiches par habitant.
Ces citoyens inquiets sont-ils un brin paranoïaques? Pas sûr. Le très officiel Observatoire national de la délinquance a reconnu récemment que ces fichiers contenaient jusqu’à 30 pc de noms répertoriés par erreur.
B.DL.

(*) Il faut manifestement faire partie de l'entourage d'un présidentiable pour obtenir sa fiche en 24 heures.

14/02/2007

Une déclaration

Prévenons d’emblée nos lecteurs belges: Saint-Valentin aujourd’hui ou pas, ce qui suit n’est pas précisément une déclaration d’amour française envers le plat pays.
C’est Europe 1 qui faisait ses choux gras de cette anecdote ce matin, sur la base d’un écho paru dans «L’Express». Cela se passe le 23 novembre à Matignon. Le Premier ministre regarde Nicolas Sarkozy au 20 heures de TF1. Les témoins sont peu nombreux. Du coup, le chef du gouvernement se lâche contre le patron de l'UMP: «Quelle démagogie! Quelle petitesse! Quelle vision étriquée! Il va faire de la France une Belgique».
Et le confrère d’Europe 1 de charitablement ajouter: «Et dans la bouche de Dominique de Villepin, ce n'est pas un compliment».
Au service de com de Matignon ce matin, tout le monde était en réunion. Personne n’a pu donc nous confirmer, nous infirmer ou nous commenter cette si charmante déclaration. On va nous rappeler, nous a-t-il été promis. C'est toujours ce que l'on dit.
B.DL.

12/02/2007

Une différence, ou l’autre

Un dimanche passé à Villepinte donc, parmi la foule des milliers de supporteurs de Ségolène Royal venus l’entendre décliner son programme.
En ce qui concerne simplement l’organisation du meeting, au-delà même donc du fond, on a pu noter l’une ou l’autre différence avec le récent sacre de Nicolas Sarkozy, porte de Versailles.
-Le hall d’exposition réquisitionné par les royalistes était trois fois moins grand que celui qu’avaient choisi les sarkozystes. Et l’assistance, même impressionnante, y était trois fois moins nombreuse. Mais vu la densité de la foule et le nombre de militants relégués au dehors, ce choix habile a permis de donner l’impression d’un succès public au moins aussi important que celui de la grand messe sarkozyste.
-Le service d’ordre du PS était beaucoup plus souple et moins ostensible que celui mis en place par le parti du premier flic de France. Ainsi, en lieu et place des centaines de barrières Nadar qui avaient transformé le parc de Versailles en immense labyrinthe de zones réservées, ponctué tous les cinq mètres ou presque de vigiles, on eut droit dimanche à des cordons un brin plus conviviaux de simples militants faisant barrage de leurs corps en se tenant par la main face à la foule.
-Alors que le buffet servi pendant toute la journée dans la salle de presse du meeting de l’UMP avait été grandiose, digne des meilleurs traiteurs parisiens, celui offert par les socialistes aux médias dimanche était réduit à sa plus simple expression, voire quasiment inexistant: de vagues sandwiches en nombre à peu près dix fois insuffisant, quelques pauvres bouteilles d’eau minérale, et encore pas pour tout le monde, du mauvais café. Des journalistes ont beaucoup râlé. D’autres, la plupart, ont stoïquement accepté de passer la journée sans quasiment rien avaler.
C’est très bien. Les journalistes ne sont pas des coqs en pâte. Et a priori, il ne viennent pas à des meetings politiques pour se goinfrer.
B.DL.

09/02/2007

Un flop

medium_palaisdel_elysee.jpgHier en rédigeant l’articulet du jour sur la campagne présidentielle, consacré cette fois aux états d’âme du couple Chirac sur l’éventualité de son départ de l’Elysée (on pourra les voir et entendre dimanche à la télé, chez Drucker), on s’est souvenu d’avoir récemment reçu, comme sans doute nombre de journalistes, un courriel annonçant le lancement par un quidam d’une pétition sur internet en faveur d’une nouvelle candidature de Jacques Chirac.
On n’avait pas encore eu le temps d’aller faire un tour sur le site. On l’a fait ce matin. C’était éloquent.
En effet, ladite page censée recueillir les signatures d’internautes inconditionnels de Jacques Chirac est déjà indisponible, et sans doute pas à cause de la sur-fréquentation du site. Sur le web, d’ailleurs, l’hypothèse Chirac en 2007 semble faire un flop. Du moins si l’on en juge aux quelques coups de sonde que l’on a faits ce matin en vitesse.
Sur Chirac2007.com, ni pétition, ni engouement populaire: un contenu purement informatif et très classique et beaucoup de pubs. Dont notamment -- cela ne s’invente pas -- de la réclame pour une certaine «Chapelle Ste Bernadette. Père Elie Marie Exorciste Désenvoûtement Objets religieux». Sur chirac.new.fr et chirac2007.new.fr, les noms de domaine sont toujours à vendre.
Les blogs ne semblent pas d'avantage attirer la grande foule. On en a visité deux. Le premier n’a reçu que 1259 visiteurs et le sondage qu’il propose en faveur d’un troisième mandat du Président n’a attiré que 152 votants. Le second, lui, affiche carrément et d’emblée le post suivant: «Erreur Aucun billet».
A part cela, tout va bien pour les chiraquiens.
B.DL.

08/02/2007

Une comparaison

Dans son dernier numéro, le magazine «Gala» -- «l’actualité des gens célèbres» -- n’y va pas avec le dos de la brosse à reluire. La demi-douzaine de pages qu’il consacre au couple Sarkozy sont si hagiographiques et richement illustrées qu’on croirait vraiment du publi-reportage. En bonne place et en lettres grasses, on y trouve la comparaison qui tue: Nicolas et Cecilia, «les Kennedy tricolores».
Ce faisant, «Gala» reprend en fait un vieux plan de com' du ministre de l’Intérieur lui-même. Lors de son arrivée place Beauvau, Nicolas Sarkozy s’était fait photographier par «Match» avec son fils Louis gambadant dans son bureau, comme jadis John-John Kennedy dans le bureau de son père à la Maison-Blanche.
Sarkozy-Kennedy, donc. Les deux hommes, en effet, sont immensément populaires, ils se jouent des médias et sont des experts en marketing politique.
Le candidat Sarkozy de 2007, toutefois, a au moins triplement intérêt à ce que son vieux plan de com’ comparatif s’arrête là -- sans même évoquer la fin tragique du 35ème Président des Etats-Unis ni se lancer dans l’évaluation machiste des charmes de Cecilia et de Jacqueline Lee Bouvier.
-Se faire comparer à un Américain n’est peut-être pas la meilleure chose pour un candidat à l’Elysée qui s’efforce de gommer son image d’ultra-atlantiste, «caniche» de la Maison-Blanche.
-Vouloir faire oublier les déboires de son couple n’est peut-être pas forcément compatible avec la référence omniprésente à Kennedy, «l’amant romantique de l’Amérique» (comme le décrivaient ses biographes), qui était connu aussi pour ses frasques sexuelles et sa libido incontrôlable.
-Les relations entre le clan Kennedy et la mafia ayant de tout temps fait jaser, Nicolas Sarkozy n’a peut-être pas intérêt à ce que les médias insistent de ce côté-là, lui qui est déjà raillé par ses adversaires comme étant le candidat du grand capital, l’homme des réseaux opaques entre le pouvoir et le business.
Du coup, cette question: «les Kennedy tricolores» Nicolas et Cecilia ne vont-ils pas/ ne devraient-ils pas plutôt engueuler la rédaction en chef de «Gala» pour cette comparaison historique?
B.DL.

29/01/2007

Une brève rencontre

medium_niptuck.jpg«Je ne porte pas de jugement sur la chirurgie esthétique. Moi-même, je n’ai pas envie d’y avoir recours, ce qui ne veut pas dire que je suis parfaite! Les gens seraient moins intéressants s’ils étaient complètement parfaits». Kelly Carlson, alias Kimber Henry, la jolie blonde de la série US «Nip/Tuck» parlait d’or l’autre jour au siège français de la Warner, à Neuilly.
Très jolie et apprêtée pour la conférence de presse, cette comédienne, ancien mannequin, ne dégageait pas moins un naturel et une simplicité plutôt inattendus. Rien de refait (ou de surfait) en apparence chez cette jeune femme de trente ans.
Après avoir versé tour à tour dans le porno, la drogue, ou la scientologie, son personnage n’a d’ailleurs rien d’une oie blanche ou d’une simple poupée gonflable dans cette série sulfureuse, mâtinée de sexe et d’interventions chirurgicales un peu gore, dont le second degré n’est jamais absent.
Lors de notre entrevue, organisée à l’Américaine (des rencontres en "one to one" de 20 minutes millimétrées), Kelly Carlson préféra ne pas se prononcer autrement qu'en off sur la scientologie, histoire de ne se fâcher avec personne. Elle évita cependant la langue de bois en reconnaissant notamment qu’en tant que téléspectatrice, elle avait moins apprécié la saison 3 de «Nip/Tuck» (qui a été critiquée par la presse) que les saisons précédentes.
«Mais la quatrième saison sera meilleure, davantage dans l’esprit de la première». On était rassurée: elle était bien là pour une promo.
C.G.