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22/04/2015

Une nouvelle offensive

paris,transports,tourisme,economie,environnementUne nouvelle étape, dans l'impitoyable guerre des prix que se livrent les compagnies aériennes traditionnelles et leurs rivales à bas coût. Cette fois, l'escarmouche a lieu sur le champ de bataille parisien. Elle oppose Air France à EasyJet. Et concerne le business très lucratif des navettes entre la capitale française et l'aéroport de Roissy CDG.

Aujourd'hui, seules deux possibilités s'offrent à qui n'est pas motorisé, souhaite se rendre à Roissy, mais ne veut prendre ni le RER (avec la qualité de service qu'on lui connaît), ni le taxi (dont coût, une cinquantaine d'euros). Soit le Roissybus, opéré par la RATP à un tarif analogue à celui du RER (11€). Soit les cars Air France, plus confortables mais plus chers: 17€ voire 17.50€, en fonction du lieu parisien de départ ou d'arrivée. Un gros changement est annoncé, à partir du mois prochain. Si l'on s'y prend un peu à l'avance, on pourra effectuer un tel trajet pour... six à huit fois moins cher.

EasyJet, en effet, a décidé de casser les prix, sur ce marché. Le 15 mai, sa filiale EasyBus inaugurera un service de navettes reliant directement Roissy au quartier Louvre-Palais Royal, pour un tarif de départ de... 2 euros. Ces minibus de 16 places opéreront 80 rotations par jour, à raison de deux par heure. Leur réservation se fera uniquement par internet (). En vertu du principe régissant le low cost, plus l'on réservera à l'avance, plus le tarif sera avantageux. Quelque 26.000 sièges sont d'ores et déjà mis en vente, depuis le 31 mars dernier. Ces minibus seront prioritairement destinés aux passagers voyageant sur EasyJet, mais ils seront accessibles également aux clients d'autres compagnies aériennes. La société opère déjà de telles navettes à bas coût à partir ou vers les aéroports de Genève, Gatwick, Luton et Stansted.

L'histoire ne dit pas (encore) si ces minibus carbureront ou non au diesel. Et donc s'ils contribueront ou pas à gratifier les touristes qu'ils transportent d'une atmosphère parisienne encore un peu plus polluée qu'à son habitude. En tout cas, au moment où la mairie entend interdire le centre-ville aux cars de tourisme, si polluants, les professionnels du secteur semblent avoir déjà trouvé la parade: les minibus.

21/04/2015

Une pratique physique – et ses à-côtés?

Puisque le sport est à la mode en ce moment à Paris – voir le récent accord donné par les élus de la capitale à une candidature aux JO de 2024 –, cette étude () sur l'importance de la filière sportive, pour l'économie parisienne. Les 19.300 clubs sportifs dénombrés dans la région occupent 100.000 emplois, ce qui est loin d'être négligeable. D'après ces données (ici), plus de six Parisiens et banlieusards sur dix (62%) pratiquent régulièrement une activité sportive. C'est le cas également de 54% des plus de 55 ans (bien!) et de 72% des 15-25 ans.

Sans doute est-ce parmi ces quelque 7 millions de sportifs de la région-capitale (dont 2,4 millions de licenciés) que l'on retrouve la majorité des partisans de la tenue des JO de 2024 dans la «Ville lumière». L'engouement populaire pour ce projet, cela dit, n'est ni inconditionnel, ni massif – à cette heure, en tout cas. Selon un récent sondage, 38% des habitants de Paris et de sa région s'opposent à une telle candidature. Sans doute est-ce dû à l'image très perfectible des Jeux, dans l'opinion. Ils sont considérés comme étant souvent «trop coûteux» (pour 84% des sondés), «trop marketing» (70%), voire «associés à des scandales de corruption» (50%).

A cet égard, n'a pas dû améliorer cette image la confidence que Marie-George Buffet a faite à une télé (), la semaine dernière. Un souvenir remontant à 2001, alors qu'elle était ministre des Sports dans le gouvernement Jospin. Paris tentait alors de décrocher les Jeux de 2008. «Il faut mesurer ce que j’ai vécu comme pressions (à ce moment), par rapport à la loi dopage...», a rappelé l'ex-ministre. Et de narrer qu'à l'époque, le CIO lui demanda de s'engager par écrit à ce que sa loi antidopage... ne soit pas appliquée pendant ces Jeux, si Paris obtenait leur organisation. Elle refusa de ce faire, et avertit le chef du gouvernement qu'elle démissionnerait illico, s'il exigeait qu'elle prenne un tel engagement. Il n'en fit rien. Les Jeux furent attribués à Pékin.

Ni le CIO lui-même, ni ses dirigeants de l'époque n'ont contesté cette allégation. Qui, du reste, n'a pas recueilli un très grand écho médiatique. Comme si tout le monde considérait que cette anecdote était sans grand intérêt. De l'histoire ancienne, en somme. Voire une pratique de lobby si habituelle, dans le monde olympique?

15/04/2015

Un retour aux sources

Cette semaine, Harlem Désir, secrétaire d'État aux Affaires européennes, est retourné dans son ancien lycée, à Paris. Dans le cadre du programme européen "Back To School/Retour à l'École", auquel l'Hexagone participe pour la première fois. Ce programme consiste à faire revenir des fonctionnaires européens dans les écoles qu'ils ont eux-mêmes fréquentées, quand ils étaient gamins. Pour, dixit le quai d'Orsay, y «évoquer l'Europe de façon concrète, et raconter, de l'intérieur, l'aventure qu'est la construction européenne».

 

Voilà qui, au passage, nous permet d'apprendre qu'avant de devenir n°1 de SOS-Racisme puis du PS et ensuite ministre, le jeune Harlem fréquenta le Lycée Claude Monet. Cet établissement se situe dans le treizième arrondissement, pas loin de la place d'Italie. Il n'est pas mal classé, dans les palmarès annuels des lycées (voir ici ou ). Ce serait même le meilleur lycée du XIIIème. Et il pointe à la 63ème place, dans le dernier classement en date des quelque 110 établissements parisiens que le magazine "L'Etudiant" a réalisé, sur la base de leurs résultats au bac 2014.

 

Il ne fait pas partie des vingt meilleurs lycées de la capitale? Sa note globale est néanmoins de 16/20, ce qui est très honorable. Juste, cet établissement descend à 14/20 – note correcte, sans plus – sur le critère précis de sa «capacité à faire progresser les élèves», autrement dit sa «valeur ajoutée».

 

L'histoire ne dit pas si le parcours de l'ex-lycéen Désir au gouvernement – où c'est peu dire qu'il peine à cesser d'être transparent – doit être considéré comme, ou non, une confirmation de cette notation assez moyenne.

10/04/2015

Un ministre un brin décalé

Télévision, International, Art de vivre, Gouvernement, Personnalités, Fabius, TerrorismeL'agenda ministériel toujours délicieusement décalé de Laurent Fabius – sujet éternel d'émerveillements, pour ce blog (relire par exemple ici ou ).

Quelques heures à peine avant que TV5 Monde, hier, soit attaquée par les hackers du groupe Etat islamique – qui ont réussi à la paralyser pendant près d'une journée –, le ministre des Affaires étrangères était au siège de cette télé francophone internationale. Il lui rendait une petite visite, pour rehausser de sa présence le lancement, par ce groupe, d'une nouvelle chaîne thématique. Dédiée... à l'art de vivre.

Mais oui. Baptisée «TV5MONDE Style HD», sous-titrée en anglais, en mandarin et en arabe, cette chaîne sera diffusée dans un premier temps au Moyen-Orient/Maghreb et en Asie-Pacifique. «Sa programmation sera consacrée à l'art de vivre français et francophone dans toutes ses dimensions», s'extasie le quai d'Orsay. Pour qui cette télé, «vitrine de nos savoir-faire et de l'excellence de nos créateurs et de nos entreprises, s'inscrit pleinement dans les objectifs du ministère des Affaires étrangères, en termes d'influence, de diplomatie économique et d'attractivité touristique de la France».

C'est merveilleux. Et cela détend assurément l'atmosphère, dans ce contexte d'actualités internationales si délétères.

Sauf que, donc, les égorgeurs d'Irak et de Syrie ont complètement parasité le lancement de ce bijou télévisuel HD, que le monde entier envie certainement à la France.

L'histoire ne dit pas si, du coup, Laurent Fabius va une nouvelle fois se rendre au siège de TV5, pour y faire la promo du bon goût hexagonal. Ou si, non, une fois mais pas deux, il va à présent se consacrer à des matières diplomatiques et internationales plus essentielles.

09/04/2015

Une ambiance assurément glaciale

Le communiqué restera dans les annales de la communication partisane française, pour sa brièveté. Une quinzaine de mots. Diffusé ce matin par le FN, il informe que «la rumeur d'un bureau exécutif (du parti) qui se déroulerait cet après-midi est totalement infondée». Ce ne sera donc pas dès ce jeudi que Marine Le Pen et son paternel, depuis hier officiellement en «rupture», laveront leur linge sale en famille.

L'ambiance doit assurément être glaciale en ce moment, au siège du parti – situé à Nanterre, en banlieue parisienne. Sans doute que chaque camp y compte les siens, et que le moindre cadre ou même simple employé se sent obligé de faire allégeance à l'un ou l'autre duelliste.

Dans tout cela, les communicants du FN essaient de sauver la face. Quitte à devoir jouer les mercenaires. Pour preuve hier, c'est le même directeur de la communication, Alain Vizier (originellement plus proche de Jean-Marie Le Pen que de sa fille), qui a envoyé aux médias les deux communiqués fatidiques de la journée. Celui du matin, dans lequel Marine Le Pen rompt avec un «Jean-Marie Le Pen (qui) semble être entré dans une véritable spirale, entre stratégie de la terre brûlée et suicide politique». Puis, en fin d'après-midi, le communiqué dans lequel le paternel reproche à sa fille et à son clan d'avoir «ouvert au Front National une crise qui pourrait être grave de conséquences». Et annonce à «la Présidente du Front National» qu'il entend bien rester jusqu'au bout «un homme politique responsable, libre, qui a toujours marché tête haute et mains propres».

On ignore si le processus frontiste de validation des communiqués officiels du parti prévoient ou non, avant leur envoi aux médias, leur relecture systématique par la présidente et sa garde rapprochée, y compris lorsqu'il s'agit des communiqués paternels. Si une telle règle existe, son application éventuelle a dû être glaciale, hier. Tant, en l'occurrence ici, «le drame familial rejoint le drame politique. C'est à la fois le Roi Lear et Dallas» – comme l'a assez bien résumé le documentariste Serge Moati, hier.

02/04/2015

Une «neutralité» très discutée

La régie publicitaire de la RATP, Metrobus, fait reparler d'elle. Parce qu'elle a, une nouvelle fois, imposé une modification dans une campagne de pub destinée au réseau de transports parisien. Un réflexe décidément habituel, de sa part – se souvenir de l'émoi que Metrobus avait déjà suscité, ces dernières années, en refusant une campagne pour le Salon du mariage gay, ou en faisant supprimer toute allusion au tabac dans des affiches représentant Serge Gainsbourg ou Jacques Tati.

Cette fois, il s'agit d'une affiche pour un spectacle du groupe Les Prêtres, à l'Olympia, dont les recettes seront reversées à des actions humanitaires en faveur des chrétiens martyrisés d'Orient. Metrobus a exigé et obtenu que la mention "au bénéfice des chrétiens d'Orient" soit retirée de l'affiche. Au nom de son refus constant de «toute publicité présentant un caractère politique ou confessionnel». Au nom, également, de son obligation de respecter le «principe de neutralité du service public». Selon elle, ce principe interdit à une campagne publicitaire destinée à son réseau de «prendre parti dans un conflit, de quelque nature qu'il soit» – et au-delà du caractère légitime de «l'émotion que suscite la situation dramatique des chrétiens d'Orient»

L'évêque Di Falco Léandri, promoteur du spectacle, l'a très mal pris. «Ce n'est pas prendre parti dans un conflit à l'étranger que de vouloir venir en aide à des populations en danger, qu'elles soient chrétiennes, musulmanes ou autres», a-t-il martelé. Selon lui, refuser cette mention sur l'affiche, c'est «confondre la laïcité avec l'intégrisme laïc». Et les opposants à cette décision de rappeler que, très régulièrement, des panneaux publicitaires de la RATP affichent des campagnes d'appel à dons émanant d'associations comme le Secours islamique ou le Secours catholique.

Du coup, évidemment, sur les réseaux sociaux notamment, les milieux catholiques s'agitent. Toujours très prompts à voir de la «cathophobie» partout, ils assimilent la décision de la RATP à un acte «anti-chrétiens». L'extrême droite n'a pas tardé à relayer ce courroux. «Votre intolérance et votre absence totale de compassion sont très choquantes». C'est ce que vient d'écrire le patron du FN de Paris, dans la lettre ouverte qu'il a adressée ce matin à la haute direction de la société de transports.

31/03/2015

Une absence (pour le moment)

Pas un seul. Dimanche, en région parisienne, le Front national n'a pas réussi à faire élire un seul conseiller départemental. Pourtant, c'est peu dire qu'en banlieue de Paris, ne sont pas absents les thèmes sur lesquels le FN prospère, électoralement: la précarité, le chômage, le déclassement social, les tensions intercommunautaires, l'insécurité, etc. Mais, autant au premier tour, dans nombre de cantons de la petite ou de la grande couronne parisienne, les candidats lepénistes n'ont pas rarement atteint les 30% des voix, voire ont frisé ou même dépassé les 40%, autant aucun n'a réussi à s'imposer au second tour.

C'est dû pour partie à la stratégie d'isolement choisie par le Front. Au premier tour, elle est très rentable pour lui. En effet, elle lui permet de ratisser tous les mécontents, en mettant la droite et la gauche (l'«UMPS») dans le même sac d'incompétence connivente – «les copains et les coquins», répète en boucle Jean-Marie Le Pen, depuis des décennies. Mais au second tour, sans le moindre allié à ses côtés, il est extrêmement difficile de dépasser la barre fatidique des 50%, et donc de s'imposer.

Cela dit, cette absence d'élus FN parisiens est due aussi, et pas marginalement, aux particularités du mode de scrutin départemental, pénalisantes pour les partis qui sont dans la configuration du FN. Aux élections régionales de décembre, en revanche, ce sera autre chose. En effet, il s'agira là d'un mode de scrutin très différent (forte dose de proportionnelle, prime octroyée au parti arrivé en tête, etc.). Dès lors, il serait très étonnant – et même a priori assez improbable – que, dans ce cadre-là, le Front ne parvienne pas à faire élire de candidats, à Paris et dans sa banlieue.

Ce n'est donc sans doute plus qu'une question de mois. Avant que la Région parisienne, à son tour, se mette à l'unisson d'un pays qui, un scrutin après l'autre, voit grandir le nombre d'élus d'extrême droite.

27/03/2015

Un dernier vestige en jeu

Ce week-end, en région parisienne, ce sera un des enjeux du second tour des élections départementales. Le maintien ou, au contraire, l'écroulement du dernier pan de ce qui, pendant près d'un siècle, a été un monument de la carte politique française: la «ceinture rouge» de Paris.

Ainsi que l'on dénommait les collectivités territoriales de la banlieue de la «Ville lumière» gérées par le Parti communiste. Cette «ceinture rouge» – expression née dès les années 1920 – a connu son apogée à la fin des années 1970. A l'époque, le PCF était à la tête de plus d'une centaine de villes de la petite et grande couronnes parisiennes. Cette «banlieue rouge» a commencé à s'effriter au début des années 80. Les élections municipales de l'an dernier ont consacré son basculement à droite. D'innombrables villes depuis très longtemps communistes ont été perdues par la gauche (Aulnay-sous-Bois, Bobigny, Saint-Ouen, Bagnolet, Le Blanc-Mesnil, Villepinte, etc.). Au fil des décennies, donc, la «ceinture rouge» d'antan est devenue «ceinture bleue». Et ce dimanche verra peut-être s'accomplir l'ultime étape de ce processus.

En effet, le dernier département de banlieue encore géré par les communistes, le Val de Marne, pourrait, à son tour, tomber à droite. Depuis sa création, en 1968, il a toujours été géré par le PCF (hormis pendant six ans, dans les années 70). Georges Marchais a été le député de ce département pendant un quart de siècle. Dimanche, à en croire les dernières estimations, le combat gauche-droite y sera extrêmement serré.

Un autre enjeu intéressant, cela dit, concernera tout autant la banlieue parisienne: la Seine-Saint-Denis. Outre que la gauche peut tout au plus espérer la conserver de justesse, c'est le département du pays où on a le moins voté, dimanche dernier. Quelque 63% des électeurs ont boudé le scrutin. Or, dans cette même Seine-Saint-Denis, à l'élection présidentielle de 2012, François Hollande avait réalisé son plus beau score métropolitain de second tour (65,3%), face à Nicolas Sarkozy. Qu'en reste-t-il, après trois ans? Un contraste frappant, qui en dit sans doute long sur un certain désenchantement.

26/03/2015

Une obligation, surveillée de près

Elections départementales, Audiovisuel, MédiasDernière ligne droite, pour la campagne électorale. Et elle donne parfois lieu à des petites choses un peu comiques, dans les médias.

Ainsi, la diffusion, en radio ou en télé, de telle ou telle séquence, mettant en scène telle ou telle personnalité politique, mais séquence dont l'intérêt informatif ne saute pas immédiatement aux yeux. Ou même carrément l'annonce à l'antenne – on l'a encore entendu hier matin, sur une radio – de la nécessité de passer quelques secondes d'un son de tel ou tel élu, candidat ou responsable politique, pour «respecter parfaitement les obligations» imposées à ce média.

Ces contraintes ont trait à l'équité des temps de parole et d'antenne qui sont octroyés aux formations politiques en lice aux élections. Quotidiennement, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) procède à un relevé extrêmement minutieux, à la minute près, de ces temps de parole et d'antenne. Il adresse ensuite ses relevés aux médias concernés, et leur demande de corriger le tir, si besoin. A la clôture de la campagne, les comptes sont faits, et les médias qui n'ont pas été équitables sont rappelés à l'ordre. D'où, dans les dernières heures de la campagne, les tentatives de toutes les radios et télés de se mettre in extremis en conformité avec leurs obligations. Quitte à devoir diffuser des séquences pas très intéressantes, sur le fond – qu'elles relatent des anecdotes, ou donnent la parole à des intervenants mineurs.

Dans sa dernière analyse en date (là), le «gendarme de l'audiovisuel» se félicite: «Les déséquilibres constatés lors des relevés intermédiaires ont pour la plupart été corrigés». Sans doute lui-même conscient de la lourdeur de la tâche qu'il impose aux médias, il «salue l’implication des radios et des télévisions, en particulier des chaînes d’information en continu, de la plupart des antennes locales du service public ainsi que de nombreuses télévisions locales hertziennes», dans l'application de ces contraintes.

Voilà un compliment qui, en tout cas, tranche avec le ton, très sec, des remontrances que ce même CSA, le mois dernier, avait adressées aux médias, relatives à leur couverture des attentats.

25/03/2015

Une mise entre parenthèses

C'était très prévisible et c'est parfaitement légitime, mais cela n'en reste pas moins spectaculaire, comme impact. La catastrophe aérienne d'hier matin, dans les Alpes, a eu pour effet de mettre complètement entre parenthèses la fin de la campagne électorale pour les élections départementales – dont le second tour a lieu dimanche. Seule l'une ou l'autre petite phrase assez misérable, de tel ou tel, ont bien tenté de poursuivre dans le registre politicien, mais elles n'ont suscité qu'une désapprobation assez générale.

Le drame a même complètement éclipsé les tractations de dernière minute d'hier après-midi. Lorsque, à 16 heures au plus tard, les candidats ayant franchi le premier tour ont dû confirmer leur candidature pour le second tour ou, au contraire, opter pour le retrait, le désistement et/ou l'appel à voter. En temps normal, ces petits arrangements auraient passionné les médias. Là, ils y ont peu fait écho.

Il est vrai qu'une catastrophe d'une telle ampleur, qui plus est si mystérieusement inexpliquée – dans un pays où un avion Airbus décolle toutes les deux minutes, entendait-on sur une radio, ce matin –, cela relativise immédiatement l'importance de tout le reste.

Le débat de cette fin de campagne, au demeurant, était devenu inintéressant au possible. Résumé, en gros, à des attaques ad hominem, au ras des pâquerettes: untel traité d'«excité de service», un autre invité à «se reprendre tranquillement, sans être nerveux», un troisième prié de «rentrer (se calmer) chez lui et s'enfermer à double tour». Au vu de la manière dont cette campagne avait évolué, dans sa dernière ligne droite, sa subite mise entre parenthèses ne privera sans doute pas l'électeur de grand-chose.

20/03/2015

Une tentative sans doute vaine

Communication, Gouvernement, Elections départementales Les Français votent dimanche, ainsi que dimanche prochain. Les Français, mais – pour des raisons institutionnelles dont on vous fait grâce – pas les Parisiens, pas les Lyonnais, ni d'ailleurs les Martiniquais et les Guyanais. Tous les autres Français votent pour renouveler leurs assemblées départementales. Enfin, tous les autres Français... ceux qui le veulent bien. Et ils risquent d'être très peu nombreux. Une fois de plus, l'on s'attend à des records d'abstention.

Aussi, ces derniers temps, le gouvernement a tenté un peu tout et n'importe quoi pour donner aux électeurs potentiels l'appétit de voter.

Samedi dernier, dans la soirée, le compte twitter du ministère de l’Intérieur a profité de la diffusion du télé-crochet «The Voice» pour publier un message d’appel aux urnes parodiant ce programme. «Il y a ceux qui donnent de la voix et ceux qui peuvent au moins la faire entendre. La plus belle voix, c'est forcément la vôtre», disait-il. Précédemment, la communication gouvernementale avait déjà saisi une autre accroche d'actualité décalée: le «Mondial du tatouage», qui battait son plein à Paris. Un message officiel avait alors été lancé, sous la forme d'une photo de biceps tatoué des mots «Oui je vote»: l'intitulé du site web gouvernemental dédié à ce scrutin.

Pourquoi pas. Ces gadgets de com' électorale ne peuvent sans doute pas faire de mal. Et peut-être auront-ils fait sourire l'un ou l'autre électeur. De là à motiver des abstentionnistes à aller voter, c'est déjà beaucoup plus illusoire.

18/03/2015

Un match au sommet

Paris, Environnement, Patrimoine, Sports, GouvernementC'est un dossier urbanistique dont on parle depuis plus de cinq ans, qui n'a jamais abouti depuis, mais qui va sans doute tourner à la grosse polémique de l'année 2015, dans la capitale. Dès ce samedi, d'ailleurs, il donnera lieu à une manifestation. Et certains, au sein de l'UMP sarkozyste, en sont déjà à imaginer qu'il pourrait conduire à la création, en plein Paris, d'une «Zone à défendre» (ZAD). Mais oui: un campement d'activistes occupant en permanence le site, pour éviter que le chantier y soit mené à bien. Comme ce fut le cas, en province, pour les projets de l'aéroport de Notre-Dame des Landes ou du barrage de Sivens.

Ce projet, c'est l'agrandissement de Roland Garros. Depuis des années, la Fédération française de tennis rêve (ici) de redimensionner ce célèbre site, situé en bordure du Bois de Boulogne. Son méga projet (350 millions d'euros de budget) se ferait au détriment d'un joyau patrimonial et naturel de la capitale: le jardin botanique et les serres d’Auteuil, qui datent de la fin du XIXe siècle (voir ).

Ce dossier donne lieu à un bras de fer, au sommet de l'Etat. La ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, n'y est notoirement pas favorable. Elle pousse autant qu'elle peut une proposition alternative, moins dévastatrice pour le patrimoine. Elle consisterait notamment à construire les nouveaux courts de tennis en surplomb de l'autoroute A13 contiguë, qui serait donc en partie recouverte pour l'occasion. Mais la ministre a été spectaculairement désavouée par Manuel Valls lui-même. Dernièrement, le Premier ministre l'a martelé: «L'État donnera son accord à l'ensemble des procédures relevant de sa compétence dans les prochaines semaines, afin de permettre rapidement un début des travaux d'agrandissement» sur le site des serres et du jardin d'Auteuil.

La ministre laisse passer l'orage. Nul ne sait, à ce stade, si elle va s'incliner ou si elle va faire de ce dossier un casus belli. Les défenseurs de l'environnement sont consternés. Les élus Verts au Conseil de Paris ont déjà promis qu'ils batailleraient devant la justice administrative, si les permis de construire (et de démolir, en l'occurrence) étaient accordés.

Paris, Environnement, Patrimoine, Sports, GouvernementEn début de semaine, c'est la maire de Paris, Anne Hidalgo (PS), qui s'est jetée dans la bagarre. Partisane de longue date du projet, elle a taclé Ségolène Royal – dont elle n'a jamais été proche. Avec ces mots, pleins de fiel: «Elle voulait que le tournoi de Roland Garros se joue sur les pelouses (des stades) de Jean Bouin ou du Parc des Princes. Pour un tournoi de tennis de terre battue, je lui ai dit que c'était un peu farfelu...»

Le match, assurément, ne fait que commencer.

11/03/2015

Un flou artistique

La menace terroriste qui pèse sur la France demeure «élevée». C'est le constat, sans surprise, qu'a fait ce matin le Conseil de Défense. François Hollande l'a réuni à l'Elysée, pour faire le point notamment sur «les moyens de l’Etat mobilisés pour assurer la sécurité de nos concitoyens». Comme attendu, il a été décidé de «maintenir l’engagement des armées sur le territoire national à hauteur de 10.000 militaires, en soutien des forces de sécurité du ministère de l’Intérieur. 7.000 d’entre eux sont déployés dans la durée, principalement pour la surveillance et la protection de sites à caractère confessionnel particulièrement menacés».

Ces sites sensibles sont au nombre de 830. Sur le terrain, cela dit, leur protection est à géométrie variable. On l'avait noté l'autre jour, s'agissant de notre onzième arrondissement (relire ), et c'est toujours valable aujourd'hui.

Reste un point tout de même, sans doute évoqué ce matin à l'Elysée, mais sur lequel rien n'a été communiqué. Et pour cause, c'est un point délicat. Le coût de cette mobilisation sécuritaire «exceptionnelle».

L'opération «Sentinelle», puisque c'est le nom de code qui lui a été donné, engendre un surcoût d'«à peu près un million d'euros par jour», pour l'Etat. C'est le ministre de la Défense lui-même qui a donné le chiffre, dernièrement. En cours depuis la mi-janvier, elle a donc déjà nécessité plus de 50 millions dépensés. L'exécutif a assuré qu'elle se poursuivrait encore pendant «plusieurs mois». Cela renchérira l'addition au minimum d'une centaine de millions.

Pourquoi pas. Mais, à cette heure, aucune explication claire n'a encore été donnée par les autorités, sur la manière dont ces dépenses seront compensées – puisqu'il n'est pas question d'accroître les déficits publics. Dans quels budgets, dans quels délais, et au détriment de quels projets l'Etat va-t-il aller puiser tous ces millions consacrés à «Sentinelle»? Mystère. Flou artistique.

Cela promet pour ce printemps, lors du traditionnelles opérations de contrôle budgétaire.

10/03/2015

Une machine bien huilée

Institutions, Présidence, Communication, Médias, PersonnalitésC'est vers 3 heures du matin qu'a été diffusé le communiqué officiel de François Hollande rendant hommage aux huit Français – dont trois sportifs de haut niveau – victimes hier de l'accident d'hélicoptère qui a endeuillé le tournage de la prochaine émission de téléréalité de TF1, en Argentine.

Cela ne signifie toutefois pas forcément que le chef de l'Etat lui-même ait été tiré du lit par cette actualité, cette nuit.

A l'Elysée, un «Service permanence et information» se charge de la veille des actualités survenant tardivement. Il a pour référent celui ou celle de la dizaine de hauts conseillers du Président qui, à tour de rôle, est d'astreinte cette nuit-là. C'est ce conseiller qui reçoit les premières alertes provenant des aides de camp chargés de surveiller en continu les actualités, puis qui lance la machine à communiquer.

Le conseiller de François Hollande qui coordonne sa communication (Gaspard Gantzer) est tenu d'être joignable et mobilisable 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Un communiqué officiel signé par le chef de l'Etat ne doit pas nécessairement être relu et approuvé par lui, avant d'être envoyé aux médias. Le secrétaire général de la présidence (Jean-Pierre Jouyet), son adjoint (Boris Vallaud), le chef d’Etat-major particulier (le général Benoît Puga) et le directeur de cabinet (Thierry Lataste) ont reçu mandat de ce faire.

De manière impérative, l'hôte de l'Elysée est bien sûr systématiquement réveillé si et quand, la nuit, surviennent des événements qui engagent la sécurité nationale (attentats, etc.), des actualités graves concernant des Français à l'étranger (prises d'otages, détournements d'avion, etc.) ou des événements diplomatiques majeurs (décès de chefs d'Etat, etc.). Dans les autres cas (disparitions de personnalités, etc.), c'est au haut conseiller de permanence cette nuit-là qu'il revient de décider de reveiller ou non le grand patron, après en avoir référé à l'un ou l'autre des quatre membres de sa garde rapprochée.

Institutions, Présidence, Communication, Médias, PersonnalitésSous François Hollande, toutefois – comme c'était déjà le cas sous Nicolas Sarkozy –, ces règles habituelles de fonctionnement sont régulièrement bousculées par l'intéressé lui-même. Boulimique de travail, ultra-connecté, drogué d'actualité, il ne se coupe jamais complètement d'elle, quelle que soit l'heure. Très souvent, dès lors, quand survient le coup de fil du permanencier de l'Elysée censé l'informer de tel ou tel événement nocturne, il en est déjà au courant.

Cette nuit, donc, François Hollande lui-même a très bien pu piloter la réaction de l'Elysée au tragique événement.

09/03/2015

Une attaque, si improbable

On avoue que, quand l'info nous est parvenue, ce week-end, on a d'abord cru à un gag. Cela paraissait si improbable. Et puis non, finalement. Le groupe Etat islamique s'est bel et bien attaqué à... Velib.

Samedi, sur le blog du système de location de vélos en libre service de la ville de Paris, en lieu et place des informations habituelles, on trouvait le drapeau noir de Daech, la mention «Hacked by Islamic State» (piraté par l'Etat islamique) et un poème en langue arabe chanté a capella. Manifestement, il ne s'agit pas d'un petit piratage, mais d'une opération d'envergure, qui donne du fil à retordre aux informaticiens de la mairie. Pour preuve, tout au long de la journée, de la soirée puis de la nuit de samedi à dimanche, le blog a affiché «Site en maintenance» comme seul message. Dimanche, il s'est contenté d'un «Le Blog Velib revient lundi. Merci pour votre compréhension». Mais, ce lundi matin, il n'avait toujours pas été remis en état: le même message continuait à s'y afficher.

Ces dernières semaines, déjà, des centaines de sites web français ont été hackés par les égorgeurs d'Irak et de Syrie.

On ignore si, en paralysant cette fois le site de Velib, ils ont l'impression d'avoir fait avancer leur cause de manière décisive. Pour notre part, en tout cas, on peine un peu à comprendre à la fois l'intérêt jihadiste de cette action, pour ses auteurs, et l'importance stratégique de cette cible en particulier.

06/03/2015

Une visibilité toujours aussi faible

Femmes, Audiovisuel, Télévision, Radio, PresseCe vendredi matin, à quelque jours du 8 mars, trois femmes, membres du gouvernement Valls, ont pris leur petit-déjeuner ensemble. Aux côtés de ces ministres de la Culture, des Affaires sociales et des Droits des femmes, un panel de professionnels de l’audiovisuel, de parlementaires, et de dirigeants du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).

A l'ordre du jour des discussions, l'éternel sujet de «la place des femmes dans les médias». Il n'a sans doute pas fallu beaucoup de cafés et de croissants pour que ces convives fassent un même constat accablé: la situation, dont on parle pourtant depuis des années, tarde décidément à s'améliorer.

Pour preuve, la dernière analyse en date du contenu de 1200 heures de programmes (hors publicités et bandes annonces) diffusés par seize chaînes hertziennes. Elle a quantifié à 36% seulement la place que les femmes y ont occupée, par rapport aux hommes. C'est encore moins que l'année précédente (37%). Or, s'il faut le rappeler, dans la population française, les femmes sont toujours largement majoritaires (52%), par rapport aux hommes.

Du coup, dernièrement, le CSA a adopté une délibération qui renforce les obligations des médias, notamment en termes de visibilité des femmes à l'antenne. «On ne peut pas vivre en 2015 dans une démocratie où la moitié de la population est considérée comme subalterne» par les médias, a justifié la journaliste Françoise Laborde, ex-membre du «gendarme de l'audiovisuel».

Femmes, Audiovisuel, Télévision, Radio, PresseCela dit, une opportunité va rapidement se présenter aux gouvernants, qui leur donnerait l'occasion d'au moins faire symboliquement progresser le dossier. La présidence de France Télévisions doit bientôt être renouvelée. Qui sait, nommer une femme à la tête du groupe audiovisuel public pourrait contribuer à sortir tout ce petit monde de l'entre-soi masculin?

 

PS: La presse écrite et la radio, cela dit, ne sont pas fondées à faire la leçon à la télévision, sur la question. 20% des intervenants qui apparaissent sur le petit écran en tant qu'experts (=interrogés pour leurs compétences) sont des femmes – contre 80% d'hommes. A la radio et dans les journaux, ce taux féminin chute à 17% et 15%, respectivement.

05/03/2015

Une «position à développer»

Dans la vie, chacun sans doute a les intérêts et les préoccupations qu'il peut/veut. Cela vaut aussi pour les membres du gouvernement. Faisons donc un rapide écho à cette initiative que vient de prendre le ministre des Affaires étrangères – et du Tourisme, n'arrête-t-il pas de rappeler –, Laurent Fabius.

Les sujets de tension et conflits sanglants ne manquent pas, de par le monde? Cette semaine, néanmoins, le chef de la diplomatie française a pris sur son temps pour nommer un... «M. Croisières».

Un «Chargé de mission pour le développement des croisières maritimes et fluviales». Celui qui a été choisi pour occuper ce poste est Jacques Maillot: le fondateur et longtemps dirigeant du groupe «Nouvelles Frontières», grande gueule médiatique du monde patronal, s'il en est.

«Sur ces deux marchés touristiques en pleine croissance» que sont les croisières maritimes et fluviales, «la France occupe aujourd'hui une position en deçà de son potentiel, qu'il s'agit de développer fortement», a justifié le quai d'Orsay. Qui juge qu'avec son «expérience reconnue dans le domaine du tourisme», Jacques Maillot sera le mieux placé pour booster le «made in France», dans ce secteur économique également.

«Cette mission (confiée à l'intéressé) est bénévole», a pris soin de préciser le porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Sans doute est-ce déjà cela.

04/03/2015

Une si longue attente

Paris, Histoire, Terrorisme, Justice33 ans que l'on attendait cela, dans le Marais et, au-delà, à Paris et dans tout le pays. Plus de trois décennies après l'attentat antisémite de la rue des Rosiers, la justice française a émis trois mandats d'arrêt internationaux, visant les suspects de cette tuerie qui, en 1982, avait ensanglanté le Marais juif et plongé la France entière dans l'effroi.

Ces trois individus vivent à présent en Norvège, en Palestine et en Jordanie. La France va tenter d'obtenir leur extradition. Si elle arrivait à ses fins, ce serait le deuxième très vieux dossier terroriste parisien qui, coup sur coup, avance spectaculairement, après une interminable attente. En novembre dernier, déjà, avait été extradé vers Paris le Canadien d'origine libanaise Hassan Diab. Il est soupçonné – mais nie catégoriquement – d'avoir fait exploser une moto piégée devant la synagogue de la rue Copernic, dans le 16eme arrondissement, le 3 octobre 1980.

Deux ans plus tard, le 9 août 1982, c'était donc dans le Marais que les terroristes avaient frappé.

Au n°7 de la rue des Rosiers, à l'heure de la pause-déjeuner, un homme avait fait irruption dans le restaurant Jo Goldenberg – adresse fameuse, à l'époque –, puis avait dégoupillé et lancé une grenade dans la salle, qui était bondée. Quatre de ses comparses avaient ensuite ouvert le feu sur les passants, dans la rue. Le bilan avait été terrible: six morts, 22 blessés.

Paris, Histoire, Terrorisme, JusticeCe mercredi matin, réagissant à ce rebondissement inopiné survenant dans ce si vieux dossier, le président de la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), visiblement ému, à eu ces phrases: «Aucun criminel, aucun terroriste ne peut se cacher. Où qu'il soit, il est susceptible d'être arrêté, jusqu'à la fin de ses jours. Au-delà de cette affaire, c'est un message envoyé aux terroristes mais également aux victimes, pour garder foi en la justice».

02/03/2015

Un tassement, qui se confirme

Tourisme, International, Economie, TerrorismeDe mauvais chiffres à nouveau, concernant le tourisme. Or, pour l'économie parisienne, c'est un secteur absolument vital: un emploi sur six, dans la «Ville lumière», est lié à cette activité.

Tout comme n'avaient pas été bons les derniers chiffres de la fréquentation dans la capitale (relire ), c'est à présent ceux relatifs au pays tout entier qui font état d'une baisse de 1,2% du nombre de nuitées, dans l’ensemble des hébergements touristiques. La fréquentation des hôtels, elle, régresse pour le cinquième trimestre consécutif. Ce tassement est essentiellement dû à la clientèle, non internationale, mais française – l'effet du marasme économique ambiant, sans doute.

Pour Paris, ces données sont d'autant plus préoccupantes qu'elles concernent le quatrième trimestre 2014. Donc la période avant les attentats de la mi-janvier 2015. Or, on le sait (relire ici), ceux-ci ont eu un impact sur la fréquentation touristique étrangère: ils ont fait chuter notamment le nombre de visiteurs originaires du Moyen-Orient.

Sur ce plan, d'ailleurs, les semaines ont beau passer, la situation semble tarder à s'arranger. D'après des chiffres qui circulent dans le secteur hôtelier, à Paris en février, les hôtels quatre étoiles ou plus ainsi que les palaces ont enregistré carrément un taux de 60% d’annulation de leurs réservations. Et les restaurateurs ont vu leur chiffre d'affaires régresser de 11%. A en croire les professionnels du tourisme, le redémarrage des affaires est en fait beaucoup plus lent qu'il y a vingt ans: après la vague d'attentats qu'avait perpétrés le GIA algérien dans les transports publics parisiens, en 1995.

27/02/2015

Un (si) léger embarras

Comme une gêne, cette semaine, à un des briefings de presse quotidiens du porte-parole du ministère des Affaires étrangères. A propos de l'Egypte. Pays avec lequel Paris vient de signer un très gros contrat de vente d'armements: 24 avions Rafale et leurs équipements, une frégate, et des missiles de défense anti-aérienne, soit une commande à 5,2 milliards d'euros. Mais pays qui, aussi, est gouverné d'une main de fer par le maréchal al-Sissi, qui réprime et emprisonne à tout-va.

«Quelle est la réaction des autorités françaises suite aux condamnations prononcées par un tribunal égyptien contre Alaa Abdel Fattah, une des principales figures de la révolution de 2011, condamné à cinq ans de prison, et vingt-quatre autres co-accusés, condamnés à des peines de trois à quinze ans de prison?» C'est la (bonne) question qui a été posée, l'autre jour, au porte-parole du quai d'Orsay. Réponse: «Nous avons pris connaissance avec préoccupation des lourdes condamnations prononcées. Ces décisions sont susceptibles d'appel. Nous souhaitons que les prévenus puissent bénéficier, à cette occasion, d'un procès équitable et respectueux des droits de la défense, conformément aux dispositions de la Constitution et aux engagements pris par l'Égypte sur le plan international».

Quelle merveille de novlangue accommodante.

Se serait-il agi de n'importe quel autre Etat, avec lequel donc Paris ne vient pas de signer le contrat du siècle, le quai d'Orsay aurait pas dit simplement sa «préoccupation». Il aurait fait part de sa «désapprobation». Et le «pays des droits de l'homme» ne se serait pas borné à «souhaiter» un procès équitable, pour les infortunés intéressés. Il aurait «insisté» pour que ce soit le cas. Ou, à tout le moins, l'aurait «recommandé».

Mais non. Sans doute est-ce le charme de la «diplomatie économique» si chère à Laurent Fabius. Les 500 entreprises françaises (dont les géants Dassault, Thales et Snecma) qui sont engagées dans le programme Rafale emploient plus de 7000 personnes.