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26/06/2006

Un gâchis?

C'est le succès incontestable du week-end -- et on ne parle pas de la qualification des Bleus au Mondial. Ces trois derniers jours, il fallait faire entre 1h30 et 3h30 de queue avant de pouvoir entrer et visiter le nouveau "musée Chirac", quai Branly. Ce temple rutilant dédié aux arts premiers, qui a ouvert ses portes au grand public vendredi matin, a déjà accueilli près de 30.000 visiteurs.
Ce grand projet culturel suscite donc, outre un concert d'applaudissements médiatiques, un fort engouement public. Et les rares voies discordantes s'en retrouvent complètement inaudibles. Ainsi, personne ou presque n'a parlé du dernier livre publié par Bernard Dupaigne, un ethnologue réputé du Musée de l'homme, l'institution hier si prestigieuse du Trocadéro et qui, pour le coup, voit son aura un peu éclipsée par le succès du paquebot de Jean Nouvel.
Intitulé "Le scandale des arts premiers" (éditions Mille et une nuits), cet ouvrage est une charge au vitriol contre "la débauche de luxe" du "palais" du quai Branly, dont on apprend par ailleurs qu'il aurait été construit en zone inondable. L'auteur dit éprouver un sentiment de "grand gâchis". Il craint le pire pour l'avenir de certaines de ses collections. "Ils se vantent d'exposer les instruments de musique dans une grande colonne au centre. Mais elle n'est pas climatisée et ces instruments demandent une surveillance constante". L'ethnologue fustige aussi le parti pris du nouveau musée. "Au quai Branly, ils ont choisi les plus beaux objets du monde sur de seuls critères esthétiques. Pour certaines populations, pourtant, un objet n'est beau que s'il est utile".
Ce week-end, en tout cas, le Parisien moyen ne s'est visiblement pas trop posé de questions, et s'est satisfait de la beauté.
B.DL.

23/06/2006

Une affaire importante

Bon, on ne plaisante plus visiblement, aujourd'hui. C'est un pays entier qui sera à l'arrêt, devant sa télé, ce soir sur le coup de 21 heures. L'heure est grave, manifestement. "La France tremble", titre ainsi, en Une "Le Parisien" ce matin. Comme il y a vingt-cinq ans ans, parlant d'un sanglant fait divers, Roger Giquel avait ouvert son journal de 20 heures avec un mémorable "La France a peur".
Selon un sondage, seuls 32 pc des Français pensent que les Bleus vont se qualifier pour la suite de la compétition de la Coupe du monde de football, et 59 pc sont d'un avis contraire. Les femmes, apprend-on, sont plus sceptiques que les hommes. Les pessimistes sont plus nombreux chez les jeunes, chez les sympathisants de droite et chez les habitants des communes rurales.
On n'aura pas l'occasion de suivre le match ce soir, ni d'être tenu au courant de son évolution. En fin de soirée, toutefois, quelques pas dans les rues de Paris, un coup d'oeil aux terrasses des cafés, un regard aux mines des usagers du métro suffiront pour en connaître le résultat. Il faudra vraiment, à ce moment, prendre garde de s'afficher très en accord avec l'humeur ambiante.
B.DL.

21/06/2006

Un sombre présage?

C'est l'été donc aujourd'hui, et il continue de faire chaud. Du coup, jusque tard le soir, les Parisiens vivent les fenêtres ouvertes. Dans cette capitale surpeuplée, qui affiche en certains de ses arrondissements une densité de population supérieure à celle de Manhattan, ce n'est pas anodin. En ces temps de Mondial, par exemple, cela permet de suivre les matchs de foot sans même allumer son téléviseur, grâce aux beuglements de joie ou aux cris de désolation de tout le quartier.
Les Bleus n'ont donc plus que quelques jours pour convaincre. Cela ne semble pas trop bien parti. "Le Monde" est tellement pessimiste qu'il en vient à comparer Raymond Domenech à Dominique de Villepin, ce qui n'est ni encourageant, ni très charitable. Et le journal "La Provence" révélait ce matin que l'affiche géante du portrait de Zidane qui ornait depuis des années la corniche de Marseille n'avait pas résisté aux rafales de mistral et venait de s'envoler. Un sombre présage?
Il ne faudrait tout de même pas trop minimiser l'impact d'une éventuelle élimination des Bleus. Selon une étude du très sérieux Massachusetts Institute of Technology publiée hier, une défaite en Coupe du Monde de football est toujours sanctionnée à la Bourse du pays vaincu. En moyenne, un revers subi en match de premier tour, même pas éliminatoire, plombe le marché boursier du pays concerné de 38 points de base. Lors des matchs éliminatoires, une telle défaite fait carrément chuter les marchés nationaux de 49 points de base.
Avec une voix catastrophée, un chroniqueur financier ce matin expliquait à la radio que, transposée à la France et au poids financier du marché boursier parisien, une telle chute du CAC représenterait au bas mot le poids du budget annuel de la Justice.
On essayait de ne pas trop stresser notre petit-déjeuner en se disant que, depuis le scandale d'Outreau ou autres fiascos judiciaires retentissants, l'opinion française avait bien compris et enregistré que, de toute manière, ce budget de la Justice était ridiculement peu élevé. Et que, malgré toutes les promesses et efforts de ces dernières années, il demeurait sans commune mesure avec celui de pays voisins comparables, comme le Royaume-Uni. On se console comme on peut.
B.DL.

20/06/2006

Une humiliation

medium_villepin-cpe.jpgLa dégringolade continue pour Dominique de Villepin. Dimanche déjà, le baromètre mensuel de l'Ifop le créditait de 23 pc d'opinions favorables seulement, un niveau de popularité encore plus bas qu'en pleine crise du Contrat première embauche et en dessous désormais de son si malaimé prédécesseur, Jean-Pierre Raffarin. Avec 73 pc de mécontents, l'hôte de Matignon est désormais dans le rouge dans toutes les catégories de l'électorat et dans toutes les formations politiques, auprès des sympathisants de l'UMP y compris.
Ce matin, nouvelle humiliation pour le chef du gouvernement. Le baromètre présidentiel TNS-Sofres ne le crédite plus que de 4 pc d'intentions de vote au premier tour des présidentielles de 2007. C'est près de huit fois moins que le résultat prêté à Nicolas Sarkozy. C'est un score inférieur à ceux réalisés en 2002 par le chasseur Jean Saint-Josse ou le trotskiste Olivier Besancenot. Et ce serait même insuffisant pour que le candidat Villepin puisse ne fût-ce que voir ses dépenses de campagne électorale remboursées.
Pour mesurer l'ampleur de la dégringolade subie par le chef du gouvernement, il faut se remémorer quelle était sa situation l'été dernier. A l'époque, 57 pc des Français jugeaient qu'il ferait un excellent candidat pour 2007.
B.DL.

19/06/2006

"Une initiation"

Il n'y avait pas encore trop foule ce matin au vernissage de presse du Musée du quai Branly. Ou plutôt si, il y avait beaucoup de monde, mais l'édifice était tellement grand qu'on ne se marchait pas encore trop sur les pieds.
C'est d'ailleurs la première chose qui frappe le visiteur à la découverte de l'immense paquebot de Jean Nouvel: son énormité, son gigantisme. Pour le coup, c'est vraiment un grand projet culturel présidentiel. Un peu mégalomane? Très massif en tout cas, si ostensible. Interminable parfois dans sa déperdition volontaire d'espace, comme cette sinusoïde de 180 mètres de long qui sert de rampe d'accès au musée et est censée représenter un cours d'eau à remonter avant d'atteindre le coeur du projet: les collections.
Celles-ci sont évidemment magnifiques. Tant et tant d'oeuvres sont réunies qu'il faudra sans doute des années avant de toutes les connaître et de les apprivoiser. On est loin ici de l'intimité si émouvante et sobre du Pavillon des sessions, au musée du Louvre.
Certains éléments du bâtiment (les boîtes multicolores de sa façade, le mur végétal de 800 m2, la palissade de verre de 200 mètres de long rappelant la Fondation Cartier, la terrasse et la vue extraordinaire qu'elle offre sur Paris, etc.) fonctionnent a priori mieux que d'autres. La pénombre des salles de collection met souvent très bien en valeur les oeuvres. Mais tout comme la fluidité voulue des espaces et le nombre réduit de vues dégagées sur l'extérieur, elle ne facilite vraiment pas une perception d'ensemble de l'édifice par le visiteur. Pour preuve, on a consacré une heure à admirer les collections et à peu près autant à trouver le chemin vers la sortie, non sans revenir involontairement chaque fois aux mêmes endroits sans jamais parvenir à se repérer.
Ce matin d'ailleurs, entre les lignes, Jean Nouvel semblait justifier le caractère un peu confus -- déroutant, en tout cas -- de l'itinéraire qu'il avait créé. "Ce projet, c'est moins une architecture qu'un territoire", expliquait l'architecte éternellement tout de noir vêtu. "C'est le territoire de l'homme. C'est un peu un sas. Il faut y voir une sorte de rituel". ''Une initiation, en quelque sorte?", interrogeait une collègue, qui semblait ravie d'avoir trouvé ce si joli mot. Le bâtisseur était aux anges: lui-même n'aurait sans doute pas mieux dit.
B.DL.

15/06/2006

Une différence?

medium_cecilia_sarkozy.jpgElle est donc revenue. On parle évidemment de Cecilia Sarkozy. Résumé des épisodes précédents: elle était partie, elle était revenue, elle était repartie, et maintenant elle est à nouveau revenue.
Ce n'est pas le ministre d'Etat qui l'a directement et explicitement annoncé. Nicolas Sarkozy, en effet, à l'époque où ses déboires conjugaux l'avaient placé dans la tourmente médiatique, avait promis qu'il ne communiquerait plus jamais sur sa vie privée.
La bonne nouvelle a donc été distillée en trois temps. Un: le teasing. Jeudi dernier, Cecilia et Louis Sarkozy ont fait une brève apparition lors de la grande conférence de presse sur l'insécurité de leur époux et père, ce qui n'a évidemment pas échappé aux quelque 150 journalistes présents et a lancé les ragots dans le tout-Paris. Deux: la mise en scène. Hier, la "vie apaisée" à nouveau du plus célèbre couple de la droite française s'étalait, si jolies photos à l'appui, en couverture et sur trois pages de "VSD". Trois: la confirmation. Le beaucoup plus sérieux magazine "Le Point" explique en substance ce matin que Cecilia et Nicolas ont certes chacun de très fortes personnalités, mais entretiennent une relation tellement fusionnelle que leurs retrouvailles étaient évidemment inévitables.
Bien. On remarque la différence de forme dans la communication de Nicolas Sarkozy relative à sa vie privée. On perçoit moins, en revanche, un changement de fond sur la médiatisation de celle-ci. En gros, et c'est le seul changement, ce n'est plus Nicolas Sarkozy qui annonce à la France entière qu'il porte à nouveau son alliance mais "VSD" qui, extatique, s'en charge.
Cette si subtile différence suffira-t-elle à empêcher les échotiers de se focaliser sur l'annulaire du ministre lors de ses prochaines apparitions télévisées? On en doute.
B.DL.

06/06/2006

Une antienne

En avant donc, pour une nouvelle semaine de travail. Une courte semaine une fois de plus, puisque la journée d'hier était fériée pour au moins un Français sur deux. Ce qui nous a valu, pendant tout le week-end dans les médias, des refrains culpabilisateurs, sur le mode "Les Français sont le peuple le plus fainéant au monde".
Pour illustrer cette antienne cette fois, une inévitable étude récente (réalisée par Expédia et Harris Interactive-Novatris) sur le nombre annuel de jours de congé. Avec 39 jours en moyenne (31 jours de congé payé, plus 8 jours au titre de réduction du temps de travail), les Français seraient champions du monde, loin devant les Allemands (27), les Britanniques (24), les Canadiens (19), les Australiens (17) et les Américains (14).
Trois réserves à ces chiffres ont elles été beaucoup moins médiatisées, et c'est bien dommage.
Un: en 2006, les Français renonceront en moyenne à deux jours de congé (soit un de plus qu'en 2005), ce qui représentera tout de même au total 49,8 millions de journées de travail offertes, soit une recette nette pour les employeurs de quelque 4 milliards d'euros. Deux: selon toutes les études comparatives de productivité, les Français travaillent relativement peu, mais ils travaillent bien, voire mieux que leurs collègues de nombreux autres pays voisins. Trois: le cliché du Français qui se la coule douce au boulot concerne dorénavant surtout le salarié, mâle et employé à plein temps. Les femmes, les travailleurs à temps partiel, les statuts précaires, eux, sont beaucoup moins bien lotis en termes de nombre de congés. Et que l'on sache, en France, le nombre de ces travailleurs moins privilégiés, d'année en année, ne cesse d'augmenter.
B.DL.

01/06/2006

Un chiffre

6.075 euros. C'est le salaire mensuel de Jacques Chirac. Et c'est "L'Express"qui publie ce chiffre ce matin, dans un dossier sur "Les vrais salaires des chefs d'Etat". Un dossier qui tombe donc au lendemain de la date limite donnée aux contribuables pour envoyer leur déclaration de revenus -- cela doit être une coïncidence.
A la grosse louche, ce montant équivaut à six fois le salaire minimum et à dix fois l'allocation adulte handicapé. Mais le magazine note surtout qu'il est trois fois moins élevé que celui du Premier ministre et bien moindre que la dotation octroyée par la plupart des pays voisins à leurs chefs d'Etat. Et l'on sait qu'il est sans commune mesure avec le salaire d'un grand patron d'une entreprise du CAC 40, d'une vedette du show-bizz ou d'un sportif de haut niveau.
Sans doute. Mais avec les quatre pensions de retraite dont il bénéficie (en tant qu'ancien député, ancien maire, ancien conseiller général et ancien conseiller à la Cour des comptes), le salaire mensuel de Jacques Chirac grimpe tout de même à quelque 18.000 euros. Depuis trente ans aussi, l'intéressé, logé, nourri et blanchi dans les palais nationaux de la République, n'a aucun frais d'intendance et peut donc considérer ses émoluments comme de l'argent de poche.
Enfin -- et en termes démocratique, c'est évidemment le plus gênant -- le chef de l'Etat français dispose d'une autonomie financière totale, qui n'autorise qu'un contrôle et une justification très fragmentaires des dépenses qu'il engage. Ainsi, le budget officiel de l'Elysée ne donne qu'une vue très partielle du coût réel de la présidence, qui est encore largement opaque notamment dans la distinction entre dépenses de fonction et dépenses d'ordre privé.
Les socialistes sont assez en pointe sur cette question. Ils réclament régulièrement une clarification du mode de focntionnement élyséen, en termes de budget notamment. Et, perfides, ne se privent pas de rappeler qu'à l'époque, le général de Gaulle lui, très scrupuleux en la matière, avait toujours son chéquier sur lui.
Sous les quatorze ans de mandat de François Mitterrand, en revanche, on a peu entendu le PS sur cette question. Le train de vie à l'Elysée était pourtant au moins aussi fastueux et opaque qu'aujourd'hui. La légende veut d'ailleurs que le Président n'avait jamais le moindre sou sur lui et ne répugnait pas à prier ses collaborateurs de se charger de ses menues dépenses.
B.DL.

29/05/2006

Un climat "assez serein"

Après quatre jours de soleil et de grand bleu, retour à Paris donc, ce matin. Sous une météo de Toussaint. Et, avec ce retour à la réalité, l'actualité qui reprend ses droits: Michelin, Gergorin et autres Villepin.
Ce long week-end, tiens, on l'a notamment passé avec un copain qui bosse à Matignon. La dernière fois qu'on l'avait croisé, en pleine tempête sur le Contrat première embauche (CPE), le garçon -- cerné, livide, épuisé -- avait une mine à faire peur. Aujourd'hui, il est en pleine forme, malgré l'"affaire Clearstream".
"Sous le CPE, on a vraiment fait les cartons", a-t-il confié ce week-end. "L'ambiance était épouvantable. Chaque jour ou presque, le cabinet était traversé de rumeurs de démission. Villepin était terriblement à cran. Là, en revanche, cela se passe plutôt bien. On est en phase avec l'Elysée. Il n'a jamais été question de démission. Du coup, à Matignon, hormis quelques coups de gueule contre l'une ou l'autre fuite de presse ou déclaration de sarkozystes, on gère Clearstream assez sereinement".
Jusqu'à quand? "Sauf coup de théâtre judiciaire, on tiendra jusqu'en juillet, au minimum. Plus vraisemblablement jusqu'en septembre. Voire jusqu'à la fin de la législature, nul ne le sait". Les paris sont ouverts.
B.DL.

22/05/2006

Un livre

Le général Rondot a donc été emmené manu militari -- quatre policiers pour ce seul frêle septuagénaire -- au pôle financier du Palais de justice de Paris pour y être entendu comme témoin dans l’ «affaire Clearstream».
L’as du renseignement l’avait fait annoncer ce week-end par son entourage: dans son sac, il a glissé une bouteille d’eau, un casse-croûte et… un livre, qu’il entend lire devant ses juges, auxquels il refuse d’adresser la parole tant qu’ils ne lui auront pas octroyé le statut de témoin assisté.
Le général a du goût : «Les sept piliers de la sagesse», de Thomas E. Lawrence (1888-1935), est un grand classique de la littérature anglaise du XXème siècle. Il a aussi de la cohérence dans ses choix littéraires. C’est en effet le récit autobiographique du fameux officier et agent secret Lawrence d’Arabie, qui conduisit la révolte arabe contre les Ottomans pendant la première guerre mondiale et fut incarné à l’écran par Peter O’Toole dans le célèbre film de David Lean.
Le bras de fer entre les juges de «Clearstream» et l’as du renseignement français risque, toutefois, d’être interminable. On vient de le vérifier dans la bibliothèque : «Les sept piliers» compte… plus de 950 pages.
B.DL.

18/05/2006

Une belle mise en scène

"Le corbeau nous dit tout". C'est la "Une " du "Le Parisien" ce matin. Le quotidien a décroché un entretien "capital" avec Jean-Louis Gergorin, dans lequel l'ex-dirigeant d'EADS avoue ce que tout le monde savait déjà: qu'il a été le "corbeau" de l'"affaire Clearstream" . Enfin, un des "corbeaux", celui qui a balancé à la justice les faux listings de comptes bancaires oui, mais des listings qui ne contenaient nulle trace de Nicolas Sarkozy -- on n'est jamais trop prudent dans l'aveu.
Le journal vend très bien l'info. En manchette, il publie une photo (genre photo volée de pararazzi) de son journaliste et de l'industriel en train de converser sur un banc du Jardin du Luxembourg. En intérieur, après le surtitre en gras "EXCLUSIF", il décrit Jean-Louis Gergorin comme "un homme traqué", qui "craint pour sa sécurité". Explique que ce proche de Dominique de Villepin "est suivi en permanence par une équipe discrète d'au moins quatre personnes. Equipés d'oreillette et de micros dans les manches, ces enquêteurs en civil, munis de casques de moto pour les filatures dans Paris, ne le lâchent pas d'une semelle".
Le "corbeau", comme tous les autres protagonistes du feuilleton, ne se sent pas moins une victime: "Cette affaire me hante, me ronge. Depuis dix-huit mois, je cherche moi-même à comprendre si j'ai été manipulé". Et le journal d'en rajouter: "Menaces de mort, opérations de déstabilisation, poison du KGB, pénétrations informatiques secrètes, l'univers de Jean-Louis Gergorin ressemble à un véritable polar".
C'est si cinématographie comme journalisme que cela cadre très bien avec l'autre actualité majeure (et concurrente, donc) de la semaine: l'ouverture du Festival de Cannes. Et qu'on pourrait vraiment en faire un film, de cette si romanesque "affaire Clearstream". Des projets en ce sens existent d'ailleurs déjà, a-t-on entendu l'autre jour à la radio. Mais le film, plus que la justice, dira-t-il la vérité?
B.DL.

12/05/2006

«Une petite révélation»

«Le Monde», l’autre jour, l’avait donné Premier ministrable. A l’en croire, il allait revenir à Paris, reprendre les choses en mains et sauver cette décidément si désastreuse fin de quinquennat de son cher Jacques Chirac, qu’il a déjà tant servi, avec un dévouement filial qui frisa l’abnégation. Et qui, par juges interposés, lui coûta sa fin de carrière. Mais voilà: l’intéressé, vendredi, a courtoisement et joliment décliné la proposition.
On parle d’Alain Juppé, évidemment. Dans «Le Monde 2» de ce week-end, l’ancien Premier ministre (1995-1997) paraît ne pas être enchanté par la perspective de replonger jusqu’au cou dans le marigot impitoyable d’une basse politique hystérisée par la proximité des échéances électorales.
Depuis son «retrait» canadien aujourd’hui, l’homme hier si «droit dans ses bottes», si raide jusqu'à sembler inhumain, si acharné au travail, si technocratement parisien, fait savoir qu’il a redécouvert les vertus d'une vie normale: «Aller conduire les filles le matin à l'école, les entendre chanter en chemin, être là quand elles rentrent le soir et même les aider à faire leur devoir… C'est une petite révélation et c'est un bonheur».
Pour le coup, c’est même une grande révélation. Ou une belle opération de communication.
B.DL.

05/05/2006

Un lâchage

Le silence n'a duré qu'une fraction de seconde. Mais dans l'hystérie habituelle de la tranche d'info matinale et vu le contexte ambiant, il semblait interminable. C'était Michel Roussin qui parlait à la radio ce matin. Michel Roussin, "Le gendarme de Chirac" comme il a été surnommé, et ainsi qu'il a titré son dernier bouquin. Gendarme de Chirac, parce que l'homme est effectivement ancien gendarme, ancien officier d'élite des renseignements, ancien ministre et surtout ancien directeur de cabinet et donc fidèle bras droit du locataire de l'Elysée lorsqu'il était à l'Hôtel de ville et à Matignon.
Pendant toute sa carrière, Michel Roussin a beaucoup protégé Jacques Chirac, jusqu'à se faire silencieusement lourdement condamner dans l'affaire des marchés publics de la Région Ile-de-France. Mais Chirac lui même a-t-il protégé son fidèle serviteur? Lui a-t-il "rendu la pareille"? C'était la question de ce matin. Un silence, donc. Puis cette phrase: "On ne peut pas dire cela". Et ces précisions, désabusées à souhait: "C'est peut-être une constante de la vie politique, qu'il faut prendre en compte quand on s'engage en politique. L'homme politique a sa voie: il continue. Vous, vous vous arrêtez et restez au bord du chemin". Nouvelle question: "Que vous reste-t-il de Jacques Chirac?". Réponse: "Le respect pour le Président et pour les institutions. Pour le reste, les relations se délitent. C'est vrai pour tous les hommes".
Dans la foulée, Michel Roussin en a profité pour balancer sur Dominique de Villepin. "Peut-être qu'on sort des règles habituelles de fonctionnement du service", a estimé cet ex-ponte de la DGSE en commentant les enquêtes sur "Clearstream" commandées par celui qui dirigeait alors le quai d'Orsay. Surtout, l'ex-gendarme a raconté une anecdote qui ne va que renforcer l'image de Villepin homme de cabinet noir. A la veille de sa mise en examen dans le scandale des HLM de Paris, Roussin se souvient d'avoir reçu un coup de téléphone de Dominique de Villepin. Ce dernier, alors secrétaire général de l'Elysée, l'invite à rencontrer dans les plus brefs délais un de ses amis, avocat. Le soir même, Roussin et l'avocat se retrouvent dans un restaurant de la place Saint-Sulpice. L'avocat lui tient ce discours: "On a des infos. Ca va être très chaud pour toi. Ce serait peut-être pas mal que tu prennes un peu de recul". Et de lui citer un certain nombre de pays exotiques où il pourrait confortablement prendre la fuite.
Après les bagarres, complots, manipulations et autres déstabilisations entre sarkozystes et chiraquiens, voilà donc les règlements de comptes entre ultra-chiraquiens. On n'a pas fini d'en voir.
B.DL.

04/05/2006

Une cachette

On le lit dans le procès-verbal d'audition du général Rondot publié par "Le Monde" daté de ce jeudi. C'est évidemment une info à prendre avec des pincettes, puisqu'elle est issue d'un document non-authentifié, qui a fait l'objet d'une fuite (forcément intéressée, comme toute fuite) et qui relève de la violation du secret de l'instruction. Mais, vraie ou fausse, l'anecdote est trop cocasse.
Les juges enquêtant sur l"affaire Clearstream", qui fait trembler Dominique de Villepin, ont donc saisi une série de documents au domicile de l'as du renseignement français, qui réside en banlieue parisienne, à Meudon. Ils ont notamment trouvé ces documents possiblement compromettants dans un placard fermé par une porte blindée. Les magistrats ont dû faire appel à un serrurier pour faire ouvrir cette porte. Selon les déclarations d'audition qui lui sont prêtées, le haut gradé, bon prince, ne leur reproche même pas cette "mesure", qu'il dit comprendre "parfaitement, faute d'avoir pu répondre à votre appel à temps pour vous indiquer où se trouvait la clé de ladite porte".
Mais précisément, où donc était la clé de ce fameux placard blindé? Elle était "cachée dans le fer à repasser qui se trouvait sur une étagère en bois dans ma chambre", aurait répondu le général.
La clé donnant accès à des secrets d'Etat potentiels cachée dans un vulgaire et anonyme fer à repasser! Même 007, sans doute, n'y aurait pas pensé.
B.DL.

03/05/2006

Un bruissement d'ailes

En cette période printanière -- 24 degrés annoncés aujourd'hui à Paris! --, le petit monde de la télé est en ébullition. Bruissements d’ailes sur toutes les chaînes où se réorganisent les grilles pour l’éclosion de septembre. De ces mouvements incessants, quelques échos, encore lointains, nous parviennent.
Comme ce matin, cette info, sortie par «Le Parisien». La journaliste Laurence Ferrari, 38 ans, a annoncé mardi sa démission aux dirigeants de TF1. Cette décision n’est sans doute pas sans rapport avec l’arrivée prévue du journaliste Harry Roselmack pour assurer l’interim de PPDA au « 20 heures », fonction occupée jusque-là par Thomas Hugues, le mari de Laurence Ferrari.
Le souci, c’est que Laurence Ferrari jouait aussi les jokers de Claire Chazal. Elle sera donc probablement remplacée par une journaliste de l’édition matinale de LCI, Mélissa Theuriau, 28 ans. Réaction en chaîne: «Sept à huit», le magazine dominical de TF1 coprésenté par le couple, sera désormais présenté par Thomas Hugues seul. Mais on ne connaît pas encore l’avenir de «Vis ma vie», piloté par Laurence.
S’il pose un problème à TF1, le départ de la journaliste arrange en tout cas Canal+, qui comptait se débarrasser de Karl Zéro, devenu gênant depuis ses dérapages sur l’affaire Alègre-Baudis. «Le Vrai journal» disparaîtra donc à la rentrée, pour laisser place à une émission politique hebdomadaire présentée par Laurence Ferrari. A quelques mois de la présidentielle.
C. G.

12/04/2006

Une "Télé Mobutu?"

«Plusieurs syndicats de France Télévisions jugent que la présentation des journaux par votre épouse, Béatrice Schönberg, pose des problèmes. Ils disent qu'elle met la rédaction de France 2 en porte à faux. Quelle est votre réaction, Jean-Louis Borloo?» Interrogé par Jean-Michel Apathie sur RTL mardi matin, le ministre de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement a préféré éluder: «Je ne veux pas m'exprimer sur ce point. Chacun a son intégrité professionnelle pour lui et je ne ferai, donc, aucun commentaire.»
Les auditeurs de RTL ont pu ensuite lire sur le blog d’Apathie: «Sitôt les micros coupés, il m'a fait connaître son désaccord, me laissant libre de mes questions (…) mais manifestant sa colère d'avoir posé celle là qui, selon lui, ne présente aucune légitimité. (…) Il ne s'agit pas ici de rechercher l'esclandre ou le scandale. Simplement, ce thème existant en toile de fond des choses, certainement pas déterminant mais pas non plus sans intérêt à un moment où l'on parle beaucoup de l'indépendance des médias et de leur soumission aux décideurs, il me semblait utile, professionnellement, de s'en faire l'écho.»
Ce débat autour de la présence au 20 heures d’une grande chaîne de service public de l’épouse d’un ministre directement concerné par l’actu chaude a ressurgi à l’occasion de la crise du CPE. Si les syndicats FO et CFTC dénoncent «un procès d’intention», la SDJ s’est entretenue avec la journaliste le 6 avril et la SNJ et la CGT ont renouvelé leurs questions à la direction sur ce thème. La direction de l’information de France 2 a renouvelé sa confiance envers la présentatrice, précisant qu’elle «n’est pas responsable de son journal et ne décide pas de son contenu : il y a un rédacteur en chef pour cela». Un ancien délégué du personnel, pour sa part, confie en privé: «Nous avions déjà soulevé le problème il y a trois ans. On nous avait répondu: «On fera en sorte que le week-end, il n’y ait pas d’actu avec Mr Borloo». Pour moi, cette collusion entre le rôle de présentatrice et celui de femme de ministre est absurde. C’est Télé Mobutu!».
Rappelons qu’Anne Sinclair avait abandonné la présentation de l'émission politique «7 sur 7» en 1997, au moment de l’accession de son mari Dominique Strauss-Kahn au poste de ministre de l’Economie et des Finances. Elle était alors sur TF1. Service public/secteur privé: deux poids, deux mesures?
C.G.

07/04/2006

Un petit coup de fatigue

Les Parisiens (enfin, pas tous) sont en vacances à partir de ce vendredi soir. Le quotidien «Le Parisien» y consacre sa Une ce matin. Parce que ce genre de sujets très grand public se vend généralement bien, comme les sempiternels numéros spéciaux que les newsmagazines nous servent invariablement tous les trois mois sur les salaires, les prix de l’immobilier, le lobby des francs-maçons ou les vins ? Sans doute.
Mais le quotidien populaire justifie ce choix rédactionnel par une constatation alarmante: jamais, d’après lui, les Français n’ont été aussi «exténués».
Ah bon? Ils sont fatigués comme à l’issue de chaque trimestre et de chaque hiver? Non, non, assure le journal: cet hiver a été plus pénible que les autres, ce qui explique ce gros coup de fatigue.
Trois facteurs sont très sérieusement avancés. L’hiver, cette année, a été particulièrement long et rigoureux. Il y a aussi eu les épidémies de grippe et de gastroentérite, qui ont davantage frappé que les années précédentes. Enfin, il y a eu… cette interminable crise du Contrat première embauche, qui, en près de trois mois, a fait descendre des millions de Français dans la rue. Ce qui, d’après «Le Parisien», a soumis la population à «un stress social intense», l’a plongée «dans un climat anxiogène» et la menace d'une véritable «hypocrondrie médiatique».
On se sentait bien un peu fatigué ce matin. Mais là, tout d’un coup, on avait illico envie de retourner se coucher.
B.DL.

08:35 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris

06/04/2006

Un regard un peu las

On faisait la queue ce matin à Matignon. Les journalistes faisaient la queue, pour entrer à la conférence de presse mensuelle du Premier ministre. Les cars de CRS aussi s'alignaient à la queue leu leu, à l'entrée de rue de Varenne: on en a compté huit.
A l'intérieur, c'était l'ambiance des grands jours. Les confrères, tels de grands fauves dans une arène un peu mondaine, avaient visiblement envie de croquer du Premier ministre à pleines dents. L'intéressé s'en rendit compte immédiatement. Dès son entrée, plus que son costume noir (en signe de deuil du CPE?) et sa toute fraîche coupe de cheveux, on remarqua ses traits légèrement amaigris, son regard un peu las, ce plissement imperceptible des lèvres en lieu et place du sourire si enjôleur habituel.
Les journalistes n'avaient évidemment que deux mots à la bouche: abrogation et démission. Villepin les rabroua et les interrompit plusieurs fois, leur reprochant "de voir des problèmes là où il n'y en a pas", de "poser des questions qui n'ont pas lieu d'être", de feindre de ne l'avoir "pas compris", de lui faire dire ce qu'il n'avait "pas dit", bref de préférer aux faits les "rumeurs", les "spéculations" et les "fantaisies". Franz-Olivier Guisbert, auteur d'un best-seller dévastateur sur l'agonie de la chiraquie, fut même réprimandé pour s'être laissé emporter par son "imagination de romancier" et lui avoir prêté des propos "vulgaires", qu'il n'aurait jamais tenus.
La salle, en retour, ricana ostensiblement quand l'hôte de Matignon, un peu de mauvaise foi, assura qu'il n'avait jamais cessé de dialoguer avec les étudiants. Elle soupira lourdement quand la parole fut passée aux ministres Robien et Breton. "Voilà qu'il fait les questions et les réponses, maintenant!", s'exclama un confrère.
Au bout d'une heure, le maître des cérémonies mit un terme à l'exercice. Jamais le courant avec ses invités n'était vraiment passé. Il était midi. "Tu crois que c'est la dernière fois qu'on le voyait là?", se demandaient deux collègues un peu blasés, en train de prendre le soleil sur le perron de l'hôtel de Matignon.
B.DL.

Une invention magnifique

En ces périodes de haute tension politique, le moindre mot compte. Ce n’est pas Dominique de Villepin qui nous démentira, lui dont le sort à Matignon est peu ou prou lié à un mot (retrait, abrogation, suspension ou adaptation du CPE ?). Lui qui a d’ailleurs déjà joliment rebaptisé «période de consolidation» la période d’essai de deux ans au cours de laquelle le jeune peut être licencié sans explication par son patron.
Dans la foulée, Laurence Parisot -- qui est reçue ce matin au Palais du Luxembourg dans le cadre des consultations sur le futur CPE-bis – vient elle d’agrémenter la langue française d’un néologisme délicieux. Ainsi, la présidente du Medef, la principale organisation patronale, a purement et simplement balayé de son vocabulaire le mot «licenciement». En lieu et place, elle propose le concept de «séparabilité».
Dans «Le Figaro» hier, cela donnait ceci: «Réfléchissons aux motifs de rupture, à la période d’essai et plus généralement à ce que j’appellerais la séparabilité de l’entreprise et de l’employé».
Magnifique.
B.DL.

04/04/2006

Une étude

Une nouvelle grande journée d'action nationale contre le Contrat première embauche (CPE) est donc organisée ce mardi. La cinquième en deux mois, si l'on compte bien.
Mais pourquoi toujours le mardi? Sans doute parce que le lundi, ce serait considéré comme un week-end prolongé. Parce que le mercredi, beaucoup d'employés sont en récupération pour s'occuper de leurs enfants en congé. Parce que le jeudi, il faut travailler pour rattraper le retard pris le mercredi. Et parce que le vendredi, l'après-midi tout au moins, depuis le passage aux 35 heures, il n'y a plus grand monde dans les bureaux, dans les services publics en tout cas.
C'est le moment que choisit OfficeTeam, une société d'intérim, pour publier les résultats d'une enquête sur les habitudes de travail, enquête menée auprès de 1.760 dirigeants d'entreprises de divers pays. Question posée: quel jour de la semaine est-on le plus productif? Pour les patrons belges, britanniques, irlandais ou australiens, la journée la plus propice à la productivité est le lundi. Mais pour les Français comme pour les Néo-Zélandais, les Allemands ou les Néerlandais, c'est... le mardi.
Les Français font donc grève et manifestent le jour où ils sont les plus performants.
B.DL.