Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

19/11/2014

Une erreur, si improbable

Institutions, Gouvernement, Parlement Manuel Valls n'en a décidément pas fini, avec les parlementaires socialistes. On l'a encore vu hier après-midi, à l'Assemblée nationale.

Déjà, depuis sa nomination à Matignon, le Premier ministre était confronté aux états d'âme des députés PS «frondeurs». Qui, fâchés avec sa ligne social-libérale, s'abstiennent lors du vote de chaque texte important. Hier encore, sur le projet de budget 2015, 37 de ces députés – soit, en gros, un cinquième des effectifs socialistes à l'Assemblée, ce qui n'est tout de même pas rien – se sont abstenus. Mais voilà qu'en plus, à présent, l'hôte de Matignon doit compter avec... les députés PS étourdis.

Pour preuve, hier, deux socialistes ont malencontreusement voté contre ce projet de budget, alors qu'ils comptaient l'approuver. Les votes ne pouvant plus être modifiés après la clôture du scrutin, leurs suffrages sont définitivement perdus, pour le gouvernement. Tout au plus, pour la forme, les apparences seront sauvées grâce aux dispositions du règlement de l'Assemblée relatives aux opérations de vote (voir ). Elles permettent que le détail nominatif des votes, qui figure dans les annales de l'Assemblée, soit «accompagné de mises au point lorsqu’un député s’est trompé sur le sens du vote qu’il souhaitait émettre, ou lorsqu’il n’est pas parvenu à émettre son vote par erreur de manipulation».

Au passage, autant par principe l'erreur est humaine, autant, en l'occurrence là, dans des circonstances aussi solennelles et pour des textes législatifs aussi importants, on a vraiment dû mal à imaginer comment il est possible de se tromper carrément de suffrage.

Institutions, Gouvernement, Parlement Quand les députés ne votent pas à main levée, par «assis et levé» ou à l'aide d'une urne placée soit sur la tribune des orateurs, soit dans un salon contigu à l'hémicycle, ils le font grâce à un petit boîtier électronique situé devant leur pupitre. Ce boîtier comprend en tout et pour tout trois boutons poussoirs: vote pour, vote contre, abstention. Ce qui, en termes de compréhension intellectuelle et de manipulation technique, ne paraît tout de même pas la mer à boire.

Encore bravo, donc.

13/11/2014

Une sanction confirmée

Ce sont les «Immortels» qui vont grimacer. Il y a peu (relire ici), dans un avis comiquement énervé, les honorables membres de l'Académie française avaient fait la leçon à la classe politique, sur la question de la féminisation des noms de fonction. Cette «mise au point» avait fait suite à la sanction infligée à un député UMP. Un soir de débats, à l'Assemblée nationale (relire ), invoquant les règles du bon français, il avait persisté à refuser de donner du «Mme la présidente» à sa collègue qui présidait la séance. Hier, en dépit du soutien implicite que lui a accordé l'Académie, et malgré une pétition signée par plus d'une centaine de députés sarkozystes, la sanction frappant ce parlementaire a été confirmée.

La décision a été prise par la plus haute instance collégiale de l'Assemblée. Elle réunit, outre le président, tous les vice-présidents, questeurs et secrétaires de cette chambre. Par 11 voix contre 6, elle a validé, en dernier recours, l'amputation, pendant un mois, du quart de l'indemnité parlementaire de l'intéressé. Soit une perte sèche de 1.378 euros, ce qui n'est tout de même pas rien pour un écart de langage.

Qui sait ce député s'en consolera-t-il en constatant que la polémique qu'il a suscitée n'a pas peu contribué à renforcer sa notoriété, le sortant du quasi anonymat dans lequel il était, en dehors de sa propre circonscription électorale, avant cet incident. Sans doute cet accès à la célébrité (linguistique, en tout cas) n'a-t-il pas de prix.

07/11/2014

Un certain mérite

Personnalités, TélévisionIls ont du mérite, les Français. Hier soir, ils ont été 7,9 millions à regarder la grande soirée spéciale de mi-mandat de François Hollande, sur TF1. Une émission sans relief ni intérêt particulier, mais qui comptait beaucoup de déjà-vu et énormément de déjà dit.

7,9 millions, c'est un audimat honorable, sans plus. Par comparaison, l’interview de Nicolas Sarkozy sur France 2, le 22 septembre dernier, avait rassemblé 8,5 millions de téléspectateurs. C'est toutefois un score inespéré, pour François Hollande. Vu son impopularité record, il pouvait craindre que ses concitoyens désertent en masse le petit écran. Sans doute une part de voyeurisme populaire (Va-t-il parler de Valérie Trierweiler et de ses escapades en scooter? Va-t-il se faire descendre en flammes par les Français choisis pour dialoguer avec lui?, etc.) explique-t-il ce résultat d'audience pas trop mauvais.

Il a du mérite de garder le moral, François Hollande. Lui qui, dès le lendemain matin de son grand show radiotélé de mi-mandat, est d'ores et déjà détrôné, à la Une des flashs horaires des radios et de la conduite des télés d'info continue. Détrôné par... les déboires judiciaires de Nabilla, la bimbo de la téléréalité.

Mais sans doute ne faut-il jamais désespérer de rien.

06/11/2014

Un désenchantement, un désintérêt?

Le temps passe, et tout s'efface. En mai 2012, François Hollande était «le Président des bisous», comme il s'était lui-même décrit. En novembre 2014, alors qu'il est exactement à la moitié de son quinquennat, il n'est plus que le chef d'Etat le plus impopulaire de toute la Ve République, avec à peine un Français sur dix qui lui fait encore confiance. Et, ce jeudi 6 novembre, sur cette même place de la Bastille qui, il y a trente mois, le 6 mai 2012, avait fêté sa victoire pendant toute la nuit (relire ici), les lycéens manifestent. Contre «les violences policières» selon eux à l'origine de la mort d'un jeune manifestant écologiste, il y a quinze jours dans le Tarn.

Ce soir, à la télé, l'homme de l'Elysée va tenter de rebondir. Essayer de remonter la pente, lui qui a dégringolé dans les abysses de l'impopularité – mais peut-il vraiment tomber encore plus bas? Le désenchantement populaire à son égard est tel qu'il n'est même pas assuré de faire un bon audimat. Nombre de téléspectateurs risquent bien de zapper, de ne même pas s'intéresser à ce qu'il va dire pour se justifier et pour tenter de se relancer.

Au passage, si effectivement les téléspectateurs fuient TF1, ce sera une double perte, pour la chaîne privée. Elle qui, déjà, pour laisser la place à cette soirée présidentielle spéciale, a annulé quatre coupures publicitaires avant, pendant et après l'émission. Soit une perte nette de 2 millions d'euros.

04/11/2014

Une «agression psychologique»

Dans la boîte électronique, un courriel assez improbable. Expéditeur? «Les Z'Amis de Frigide Barjot». Le comité de soutien à l'ineffable Virginie Merle-Tellenne, ex-égérie de la croisade contre le «mariage pour tous». Mercredi dernier, elle et sa famille ont été définitivement expulsées du logement social qu'elles occupaient, à Paris. Un (très) vaste appartement, et accessoirement aussi le QG de «La Manif pour Tous» de la fin 2012 au printemps 2013. Un an plus tard, ces «Z'Amis» ne décolèrent pas. Et, au passage, réécrivent l'histoire.

Ainsi, à les en croire, la famille Merle-Tellenne a été expulsée «en raison de son engagement pour la filiation biologique dans le respect de toutes les familles». Ils sont donc des «boucs émissaires» victimes d'«une décision politique». Ce déménagement forcé n'est rien d'autre qu'«une agression psychologique, qui vise à traumatiser, pour mieux la faire taire, le leader historique et avec lui tous les citoyens qui proposent une alternative réaliste, et garante des droits des couples homosexuels, à la loi Taubira». Conclusion enflammée du comité de soutien: «C'est vous tous qui êtes muselés, et derrière la négation du courant que vous formez, c’est le pluralisme de la démocratie qui est bafoué».

C'est, pour le moins, une façon tronquée de présenter les choses. La famille Merle-Tellenne a été expulsée de son logement pour avoir sciemment enfreint les règles du bail social qui le régissait. En effet, une partie de cette habitation était sous-louée à la (florissante) société de production et d'édition du mari de Madame, le dénommé Bruno-«Basile de Koch». En outre, cette décision d'expulsion a fait l'objet d'un très long processus juridique, au cours duquel Frigide Barjot a eu toutes les occasions de faire valoir ses arguments. Processus à l'issue duquel les magistrats ont pleinement validé la mesure la frappant.

Les fans de l'intéressée qui seraient chagrinés par «l'agression psychologique» dont elle serait victime n'en sont pas moins, à présent, invités à donner leur obole () à son mouvement, afin de lui assurer «un nouveau départ». Direction? Les élections prévues en 2017. Motivation? «Soutenir le seul candidat qui s'engagera, dans sa profession de foi et son programme, à réformer la filiation de la loi Taubira, dans le respect de tous les couples».

Cela promet.

03/11/2014

Un engouement, dans l'entre-soi

Arts, Culture, Musique, Belgique, Paris, SocialUn peu de culture, pour bien débuter la semaine. Constater que, décidément, les années ont beau passer, une certaine culture belge reste tout de même furieusement à la mode, à Paris. Hier soir encore, c'est ce qu'on s'est dit.

A Garnier. Au vu de la ferveur, impressionnante, de l'ovation qui a salué – comme tous les soirs, paraît-il – «Rain»:  le spectacle que la danseuse et chorégraphe flamande Anne Teresa De Keersmaeker avait jadis créé à La Monnaie de Bruxelles, et que l'Opéra de Paris reprend, en ce moment. Un talent fou, une maestria technique hallucinante, une vitalité époustouflante, et une beauté totale (musique de Steve Reich, costumes signés Dries Van Noten, etc.). L'engouement parisien pour cette chorégraphie est tel qu'il n'y a évidemment plus une place de libre, et ce malgré des tarifs absolument prohibitifs.

A ce sujet, sans doute est-ce enfoncer une porte ouverte que d'en faire le constat, mais cela ne fait jamais de mal non plus de le souligner: à l'Opéra de Paris, cela continue à fonctionner terriblement dans l'entre-soi. A Garnier, en tout cas (c'est moins forcément systématique à Bastille), comme si souvent dans les grandes institutions culturelles parisiennes (Théâtre des Champs-Elysées, etc.).

arts,culture,musique,belgique,paris,socialOn n'a pas pu, hier, observer tous les visages de tout le public, mais, d'après ce qu'on en a vu, outre qu'il y avait très peu de jeunes (quelques trentenaires, tout au plus), il n'y avait... que des blancs. Sur un bon millier de spectateurs, à moins que cela nous ait échappé, pas un black, pas un beur. Quelques touristes asiatiques, oui, mais, pour le reste, tous des blancs.

Cela aussi, c'était assez saisissant.

31/10/2014

Une marotte, décidément

A chaque fois qu'une élection se profile à l'horizon, le gouvernement revient à la charge sur cette question. Tout comme il avait envisagé de le faire lors des dernières élections européennes (relire ici ou ), l'exécutif aimerait, au scrutin régional et départemental de l'an prochain, se passer d'envoyer la propagande électorale par voie postale. Cela lui ferait économiser quelque 130 millions d’euros, ce qui serait toujours ça de pris dans le contexte budgétaire actuel.

L'autre jour, à l'Assemblée, la droite UMP s'est à nouveau énervée, sur le sujet. Pour les sarkozystes, ce serait «une véritable atteinte à la démocratie, notamment pour les personnes âgées, pour nos concitoyens les plus modestes, ou pour ceux ayant des difficultés à se déplacer». Dans un pays qui est toujours marqué par une double fracture: «fracture numérique et fracture générationnelle»: «plus de 20% des Français n’ont toujours pas accès à Internet». Aux yeux de l'opposition, si l'on veut vraiment «assurer une égalité d’accès à l’information électorale», il faut impérativement que le numérique soit «utilisé en complément du papier, et non en substitution à ce dernier».

 

Interpellé, le ministre de l'Intérieur n'a pas trop fait le fier. Certes, sur le principe, il a défendu la «décision de dématérialiser la propagande électorale, par souci de modernisation et aussi – il faut le dire – d’économies». Et il a rappelé que, «dans la plupart des pays de l’Union européenne, la dématérialisation de la propagande électorale a été réalisée depuis de nombreuses années, sans que, pour autant, l’information et le taux de participation aux élections ne s’en trouvent affectés». Dans les faits, cependant, le ministre n'a pas exclu que, lors de ce scrutin à nouveau, l'on «continue à acheminer la propagande électorale par voie postale, tout en mettant en œuvre concomitamment une communication par internet. Cela permettrait d’engager une expérimentation et de tester cette mesure, en vue de sa généralisation ultérieure».

 

Au total, du coup, cette réforme pourrait bien être une nouvelle fois repoussée à plus tard. Sans que, pour autant, la droite accuse le gouvernement d'être incapable de réformer.

 

Pour une fois que majorité et opposition seraient d'accord sur quelque chose....

30/10/2014

Une humiliation judiciaire

Justice, Transports, Métro, ArtsC'est une gifle judiciaire qui a été assénée à la RATP, hier. Le tribunal correctionnel de Paris a purement et simplement annulé les poursuites que la régie des transports parisiens avait intentées à un artiste de rue avec lequel elle est en conflit. Les juristes de la RATP avaient si mal ficelé le dossier, en termes de procédure, que les magistrats ont carrément décrété la nullité totale de leur citation.

Le justiciable en question était Thoma Vuille, un artiste-graffeur franco-suisse âgé de 37 ans. Alias «M. Chat». Depuis la fin des années 90, il dissémine son gros chat jaune et hilare (inspiré du «grinning cat» d'«Alice au pays des Merveilles») un peu partout dans l'environnement urbain. Il a acquis une notoriété internationale lorsque, en 2004, le grand cinéaste Chris Marker a consacré un «street movie» («Chats perchés») à cet artiste ainsi qu'à son personnage. Depuis, Thoma Vuille expose dans des galeries jusqu'à New York ou Hong Kong. Ce qui lui vaut d'être régulièrement dénigré par nombre de street artists, qui le jugent complètement récupéré par le système (commercial).

Mercredi, il était donc traîné en justice par la RATP. Sur la base de la loi punissant « le fait de tracer des inscriptions, signes ou dessins sans autorisation préalable sur des façades, véhicules, voies publiques ou mobilier urbain». Auparavant, il avait refusé de payer les 1.800 euros d'amende que lui réclamait la RATP. L'objet du délit? Une dizaine de têtes de matous qu'il avait dessinées en mai dernier, sur les murs de la station de métro «Châtelet-Les Halles» en cours de rénovation. «Une blague», pour «faire sourire les usagers du métro». Une intervention éphémère, présentée comme recouvrant avantageusement «des murs gris tristes» qui, de toute façon, étaient sur le point d'être recouverts de carrelage. «Je ne suis pas quelqu'un de malveillant: je respecte les gens et les lieux où je peins», s'était-il justifié. «J'ai juste humanisé un lieu, un couloir de transit complètement gris, juste mis de la couleur. Les gens qui disent que mon graffiti est sale ne prennent jamais le métro».

Justice, Transports, Métro, ArtsLa RATP n'a rien voulu entendre. Comme elle l'a fait – mais là, sans succès – avec «M. Chat», elle dépose systématiquement plainte contre X, pour dégradation, chaque fois qu'elle découvre des interventions de ce type. Plainte «sans appréciation de la qualité artistique des actes concernés». Et que ces interventions plaisent au public, ou non; dans ce dossier, 20.000 personnes ont signé une pétition en ligne de soutien à Thoma Vuille.

La société de transports consacre chaque année un budget de 20 millions d'euros – ce qui n'est tout de même pas rien – à la traque et au nettoyage des tags et autres interventions commis dans son réseau, puis à la remise en état de ses installations.

29/10/2014

Une courtoisie matinale

Moment cocasse des matinales radio-télé, ce mercredi. La précédente ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, était invitée à commenter le fait que Fleur Pellerin, qui lui a succédé à ce ministère, n'a jamais lu le moindre livre de Patrick Modiano – on évoquait cela, lundi. «Je n'ai pas à commenter l'action ou les déclarations de mon successeur. Vous comprenez bien que ce ne serait pas courtois de ma part...», a-t-elle lâché, sourire en coin.

Parce que la courtoisie a ses limites, un coup de griffe a tout de même été donné, d'une manière sournoisement – et comiquement – implicite: «Sans les livres, pour paraphraser Nietzsche, la vie serait une erreur», a relevé l'ancienne ministre. Sur un air je-dis-cela-je-dis-rien, qui, en fait, en disait long, a fortiori quand on connaît l'inimitié entre les deux femmes.

Fleur Pellerin, à cette heure en tout cas, n'a pas encore tweeté si elle avait lu ou non, ou simplement si elle connaissait ou pas, l'auteur d'«Ainsi parlait Zarathoustra».

23/10/2014

Un impact sanitaire insoupçonné

C'est une petite info qui, vue depuis l'univers bétonné et bitumisé de Paris, paraît délicieusement campagnarde et bucolique. Mais, à l'échelle du pays, elle n'est tout de même pas si anecdotique. Cela n'a échappé à personne: la France a connu un été particulièrement pluvieux et un mois de septembre très doux. Cette météo atypique a un impact sanitaire particulier, auquel, on l'avoue, on n'aurait pas tout pensé, en tant que citadin 100% urbanisé. Figurez-vous que... «la saison des champignons a commencé plus précocement». Du coup, le nombre d'intoxications et d'hospitalisations qui leur sont dues est en explosion.

Les indicateurs – mais oui, il existe en France des indicateurs pour cela: voir – sont formels. Ils sont basés sur les données qui remontent des centres antipoison et de toxicovigilance, ainsi que des urgences hospitalières. Ces trois derniers mois, 460 cas d’intoxication par des champignons ont été enregistrés. Elles ont donné lieu à 188 passages aux urgences. C'est beaucoup plus que l'an dernier, à la même époque (265 intoxications, 103 interventions hospitalières). Pendant huit semaines consécutives, ces derniers mois, de 35 à 75 intoxications ont été dénombrées chaque semaine. Si les passages aux urgences pour ce motif ont été plus fréquents dans des zones comme Midi-Pyrénées, Pays de la Loire et Rhône-Alpes, «toutes les régions géographiques (du pays) sont concernées» par le phénomène.

Depuis le début de la surveillance saisonnière en la matière, seize cas graves d'intoxication ont été enregistrés. Pour treize de ces cas, «un syndrome phalloïdien» a été constaté. A savoir, un syndrome qui «peut être à risque de complications sévères, voire mortelles, pouvant nécessiter une prise en charge en réanimation, et une greffe hépatique». Et un décès a été déploré.

22/10/2014

Une probable mise au frigo

Architecture, Urbanisme, ParisCela ressemble furieusement à un enterrement de première classe.

Au début de l'été, semblait enfin sortir des limbes le vieux et fameux projet de la Tour Triangle: un immeuble de 42 étages et 180 mètres de haut à construire dans le quinzième arrondissement de Paris – on avait évoqué cela à l'époque: relire . Mais, à présent, ses promoteurs sont sans doute en train de déchanter. En début de semaine, en effet, la maire de Paris, Anne Hidalgo (PS), a tenu des propos qui ne sont pas de nature à leur donner espoir que cette méga-tour sera prochainement construite.

Plus précisément, elle a confirmé qu'elle ne tiendrait pas rigueur à ses alliés Verts de voter contre ce projet, lors du Conseil de Paris de la mi-novembre. A titre personnel, la maire est favorable à la tour. Mais l'accord de majorité qu'elle a signé avec les écologistes avant le second tour des élections municipales avait, dès le départ, acté le différend des deux partenaires, sur le sujet. Depuis, aucun des deux alliés n'a changé d'avis. Bien forcée de le constater («C'est le jeu de la démocratie...»), Anne Hidalgo, du coup, vient de confirmer que le prochain vote en sens contraire des élus parisiens PS et Verts sur la question n'affecterait pas la poursuite de leur alliance de majorité. Le mois prochain, donc, les écolos joindront leurs votes hostiles à ceux des élus de droite et du centre, qui s'opposent eux aussi à cette construction. Dès lors, on voit mal comment le projet ne s'en trouverait pas enterré pour un bon bout de temps.

C'est l'ex-maire, Bertrand Delanoë, qui doit faire la grimace, lui qui était favorable à cette tour. A moins que, à présent, tout ces débats urbanistiques parigo-parisiens lui semblent bien gris et accessoires. Vus depuis son exil balnéaire sur les rivages ensoleillés de Tunisie, à Bizerte – l'heureux homme.

21/10/2014

Un paysage complètement chamboulé

Saisissant enchaînement fortuit de circonstances.

La mort cette nuit – qui plus est dans des circonstances si rocambolesques – de Christophe de Margerie, qui était à la tête de l'empire pétrolier mondial que constitue le groupe Total. Quelques heures plus tôt, l'annonce inopinée de la démission, pour raisons de santé, de Luc Oursel: le grand patron du géant nucléaire français Areva. Il y a quelques jours, l'officialisation que ne serait pas reconduit dans ses fonctions l'électricien Henri Proglio, PDG d'EDF. Et son cousin gazier GDF Suez qui commence à s'agiter à propos de l'âpre succession à venir de son n°1, Gérard Mestrallet.

Subitement, en quelques jours à peine, c'est donc l'ensemble de la haute hiérarchie du paysage énergétique français qui se retrouve complètement bouleversée.

20/10/2014

Un inventaire à la Prévert

Demain mardi, les députés voteront la partie recettes du projet de budget 2015. Parmi toutes les recettes qui, l'an prochain, iront à l'Etat, ne figureront plus quelques impôts supprimés car jugés pas rentables: le coût de leur collecte était plus élevé que ce qu'ils rapportaient à l'Etat.

Ces prélèvements bientôt défunts sont un véritable inventaire à la Prévert. Ainsi, une taxe sur les trottoirs et les pavages. Elle date... de 1845. Et permet aux autorités municipales procédant à des travaux d'aménagement de demander aux riverains d'y participer financièrement. Cet impôt n'est plus appliqué que dans une trentaine des 36.000 communes de France, et ne rapporte que 600.000 euros par an. Autre fiscalité dont les jours sont comptés: une cotisation de solidarité sur les graines oléagineuses. Depuis 1969, elle frappe les producteurs de colza et de tournesol. Ou une taxe sur les appareils automatiques, flippers, bornes d'arcade et machines à sous (une vignette de 5 euros par appareil). Ou encore une taxe pour la gestion des eaux pluviales urbaines, et une redevance prélevée auprès des titulaires de concessions de stockage souterrain d'hydrocarbures.

Au total, la suppression de ces taxes à «rendement nul ou faible» mais à «coûts de gestion élevés», dixit le gouvernement, représentera un manque à gagner de 29 millions d'euros, pour l'Etat. A comparer aux 292 milliards d'euros de recettes qu'il a budgétés pour 2015. Ce n'est donc qu'une goutte d'eau dans la mer des finances publiques. Et la supprimer est considéré comme nécessaire pour «simplifier le droit et rationaliser la législation fiscale».

Il y a encore du pain sur la planche, en la matière. Selon l'Inspection des finances, existent en France 192 taxes inefficaces ou peu rentables. Parmi elles, 179 ont un rendement inférieur à 100 millions d'euros, contre 3 seulement en Allemagne et aucune au Royaume-Uni.

14/10/2014

Une accélération, pas flagrante

Tambours et trompettes. Jouez hautbois, résonnez musettes. Chez Manuel Valls, hier après-midi.

Quand le Premier ministre a promis monts et merveilles, après un comité interministériel consacré au «Grand Paris». Ce projet, lancé à l'époque de Nicolas Sarkozy, vise à doter la région parisienne d'un échelon de gouvernance supplémentaire: une grande métropole de quelque 8 millions d'habitants, ce qui passerait par la suppression des départements de la petite couronne. A ce stade, ce grand mécano institutionnel paraît encore assez fumeux. Le seul élément qu'en retient probablement le Parisien moyen est la promesse, à très très long terme, d'un vaste réseau de transports publics qui ferait tout le tour de la région. Et, en attendant, la perspective de nouveaux impôts.

Mais hier donc, promis juré, Manuel Valls allait concrétiser, accélérer et dynamiser tout cela. On allait «passer au temps des réalisations». Tambours et trompettes, grâce à l'annonce de «financements sans précédent» mobilisés par l'Etat, les projets allaient «maintenant sortir de terre». On allait voir ce qu'on allait voir, en somme. On n'a pas vu grand-chose, en fait.

Ainsi, en ce qui concerne le projet d'infrastructure emblématique de ce «Grand Paris». A savoir, le fameux train «CDG Express», qui doterait enfin l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle d'une liaison ferroviaire digne de ce nom avec la «Ville lumière». On en parle depuis des décennies. Hier, Manuel Valls a promis sa réalisation pour... 2023.

2023. Encore une dizaine d'années à patienter, du coup. Que serait-ce si ce projet n'avait pas, lundi, été accéléré...

09/10/2014

Un train de sénateur

Institutions, FemmesPuisque la thématique des femmes au Parlement semble intéresser, en ce moment – voir la grosse polémique qu'évoquait la note d'hier –, cette info que les médias français ont peu traitée, dernièrement. Le Sénat vient de faire un (petit) pas vers le caractère égalitaire hommes-femmes de sa composition.

En effet, les dernières élections sénatoriales, il y a dix jours, ont fait progresser, un peu (3%), le nombre de femmes siégeant dans cette assemblée. La France compte désormais 87 sénatrices, dix de plus qu'avant le scrutin. A comparer aux 261 sénateurs, ce qui donne un taux de 25% de femmes dans cette institution.

A ce train-là, avec une progression de 3% à chaque élection sénatoriale, donc tous les trois ans, la Haute assemblée devrait atteindre la parité... dans un quart de siècle environ: à l'horizon 2040.

C'est merveilleux.

07/10/2014

Une volonté de ne pas se mouiller

International, Gouvernement, Personnalités, FabiusLes choses commencent visiblement à rentrer dans l'ordre, à Hong Kong. Ne pas laisser refermer cette parenthèse, tout de même, sans remarquer combien on a peu entendu la France, tout au long de ces dix jours de «Révolution des parapluies».

Dans une classe politique qui tweete à longueur de journées sur tout et n'importe quoi, et souvent sur n'importe quoi, à peine une poignée de messages de soutien aux jeunes manifestants ont été envoyés, par des personnalités – que ce soit d'ailleurs de la majorité ou de l'opposition. Dans cet Hexagone auto-proclamé «pays des droits de l'homme», on peine à trouver l'une ou l'autre déclaration officielle forte qui aurait été prononcée, sur ce dossier. L'autre jour, d'ailleurs, à un briefing de presse du porte-parole des Affaires étrangères, on a bien pu voir combien Paris n'avait aucun désir de s'en mêler. «Est-ce que vous avez quelque chose à dire sur la situation à Hong Kong?», a-t-il été demandé au communicant du quai d'Orsay. «Comme le ministre (Laurent Fabius) l'a indiqué, "la France et la Chine sont deux pays amis et nous sommes attachés à la stabilité et à la prospérité de Hong Kong"», a-t-il répondu. Avant de conclure: «Nous suivons avec attention la situation, et nous espérons qu'un dialogue constructif et pacifique va permettre un accord qui soit conforme à la loi fondamentale de Hong Kong». Point final.

Profil bas, donc. Plus que jamais. Laurent Fabius n'ayant que les mots «diplomatie économique» à la bouche, ne pas prendre le moindre risque de fâcher Pékin. Ne pas bouger le moindre petit doigt qui pourrait froisser le gigantesque partenaire commercial chinois.

Au choix, on trouvera une telle attitude parfaitement cohérente et responsable. De la vraie real-politik, en somme: pleinement consciente des intérêts et des enjeux. Surtout, ne pas mordre la main qui vous nourrit.

Mais on pourra aussi juger une telle posture cauteleuse et pleutre, bref très peu glorieuse.

02/10/2014

Une si magnanime bienveillance

Puisqu'on parlait hier du secteur de la grande distribution, la distinction «Enseigne préférée» des Français vient d'être attribuée, concernant l'année 2014. Pour élaborer ce palmarès des «Enseignes de l'année», 6000 consommateurs ont été interrogés. Ils ont été invités à se prononcer sur l'attractivité d'une centaine d'enseignes, en prenant en compte des critères comme les prix de vente, le service et le choix disponible dans les magasins, etc. Le lauréat pour l'année 2014 est Picard. Le n°1 français du surgelé – plus de 900 magasins dans l'Hexagone – détrône la filiale française du géant américain de la vente en ligne Amazon. En 2010 et en 2011 déjà, Picard avait occupé la première place de ce classement.

On ne ne permettra pas de railler la mémoire courte du consommateur français moyen. Puisqu'il n'a sans doute pas oublié la retentissante affaire des lasagnes supposément de boeuf, mais qui étaient en fait à base de viande de cheval. En 2013, cette vaste fraude alimentaire avait fait grand bruit, en France comme dans nombre de pays européens On remarquera donc juste que ce consommateur est visiblement aussi magnanime que bienveillant. Lui qui, un an après, semble avoir déjà totalement pardonné à une des enseignes qui, à l'époque, avaient été éclaboussées par le scandale – on se souvient bien des écriteaux penauds qui étaient alors affichés dans tous les magasins Picard, se confondant en excuses d'avoir dû retirer des rayons de tels produits alimentaires, aussi improbables mais ayant échappé à tous les contrôles y compris dans une maison se disant pourtant très soucieuse de la qualité de ses produits.

01/10/2014

Un sens de l'à-propos

Santé, Social, Economie, Publicité, TélévisionBien joué, bien vu. Hier, pendant toute la journée, tous les médias ont évoqué la grande journée de protestation des professions réglementées contre le projet de réforme les concernant, et notamment la «Journée portes closes» des pharmaciens, qui s'opposent entre autres à la vente de médicaments (sans ordonnance) en grandes surfaces. Après avoir pris note de cette actualité, les Français sont rentrés chez eux, ont allumé leur poste de télé, et... ont pu assister à la contre-offensive du groupe Leclerc.

Ce géant de la distribution (100.000 salariés et 650 magasins dans l'Hexagone) s'est livré à un véritable matraquage publicitaire. Pendant toute la soirée, sur toutes les chaînes de télé, le même spot a été diffusé. Il met en scène un couple, Madame revenant d'avoir fait les courses chez Leclerc, et Monsieur lui demandant si elle a bien pensé à y acheter ses médicaments (des patchs à la nicotine, notamment). Elle répond que non, parce que l'enseigne n'a toujours pas reçu l'autorisation d'en vendre. Pourtant, ce faisant, le consommateur pourrait «se soigner moins cher», pourtant un docteur en pharmacie ayant fait 6 ans d'études est à la tête de chacune des parapharmacies Leclerc, etc., etc. Slogan final: dans cette France qui persiste à octroyer aux pharmaciens le monopole de la vente des médocs, «on marche sur la tête!»

Il y aurait pas mal de choses à dire sur le fond de ce message publicitaire, qui se décline aussi sous forme de pétition (). Mais, sur la forme, force est de reconnaître qu'il est assez efficace. Et avoir relancé cette campagne hier précisément – et si massivement – , témoigne d'un réel sens de l'à-propos. Ou comment tenter de contrebalancer, dans la tête de dizaines de millions de téléspectateurs, tous les discours en sens inverse qu'ils ont, pendant toute la journée, lus, vus et entendus dans tous les médias, à propos de la journée d'action des pharmaciens.

Santé, Social, Economie, Publicité, TélévisionVu le tarif des spots de pub en soirée, cela dit, cette contre-offensive a dû coûter très cher. On imagine que Leclerc veillera bien à ne pas répercuter le coût de cette campagne sur les prix de vente qu'il pratique dans ses supermarchés. Sinon, pour le coup, avec ses 45 milliards d'euros de chiffre d'affaires, on marcherait vraiment sur la tête.

29/09/2014

Un joli doublé

Tourisme, Social, Paris, LuxeL'info est passée assez largement inaperçue, à Paris à la fin de la semaine dernière. Vu l'abondance et la gravité de l'actualité en France par ailleurs. Il n'empêche, elle fera date, car est elle unique dans les annales du secteur économique concerné (et de son histoire sociale): celui de l'hôtellerie parisienne de grand luxe.

Vendredi, après huit jours de grève, le petit personnel du «Park Hyatt Paris-Madeleine» a obtenu gain de cause. Ces femmes de chambre, gouvernantes, équipiers et autres valets de chambre réclamaient l'alignement de leurs salaires et conditions de travail sur ceux des employés des palaces. Leur direction a fini par céder. Elle leur a octroyé une augmentation de plusieurs centaines d'euros par mois ainsi qu'une prime de fin d'année équivalente à un treizième mois. Quelques jours plus tôt, ce sont leurs collègues du «Park Hyatt Vendôme», à deux pas de la place du même nom, qui avaient eux aussi remporté des avantages similaires, et donc mis fin à leur grève. L'an dernier, déjà, à l'issue également d'un mouvement social (relire ), plusieurs de leurs revendications avaient été rencontrées.

Pour les intéressés, ces acquis sont d'autant moins négligeables que, dans le secteur hôtelier parisien, les salaires et conditions de travail sont rarement mirobolants (relire ici).

A titre d'anecdote, le dénouement de ces deux conflits sociaux.a pu être favorisé par... la «Fashion Week», en cours au même moment à Paris.

Tourisme, Social, Paris, LuxeEn effet, cet événement draine une très importante clientèle dans les hôtels de luxe, et notamment dans les «Park Hyatt». Et, parmi cette clientèle, des représentants de médias du monde entier. Sans doute, dès lors, la direction de ces établissements a-t-elle voulu éviter des situations embarrassantes en termes d'image et de communication. Comme les rencontres fortuites entre ces clients de choix et un petit personnel en train de manifester, de brandir des calicots syndicaux pas trop glamour, et de scander des slogans tout sauf feutrés («L’esclavage est fini», «Hyatt exploiteur», etc.).

25/09/2014

Une macabre liste qui s'allonge

Avec l'assassinat hier soir du touriste niçois qui avait été enlevé par des islamistes en Algérie, elle commence à dramatiquement s'allonger, la macabre liste des Français ayant perdu la vie après avoir été pris en otage par des islamistes. Au mois d'avril, déjà, le groupe jihadiste Mujao avait annoncé la mort du touriste Gilberto Rodriguez Leal, qu'il avait enlevé à la fin 2012 au Mali. Et l'été dernier, c'était l'homme d'affaires Philippe Verdon qui avait été assassiné par Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi). Trois ans après la mort en détention, possiblement pour raison de santé, de l'otage Michel Germaneau, que le même Aqmi avait enlevé dans le Nord du Niger au printemps 2010.

A cela, il faut encore ajouter la mort de trois otages tués lors d'opérations manquées de libération. Denis Allex: agent des services secrets, décédé en 2013 à la suite de l'assaut donné aux islamistes somaliens des shebabs qui le détenaient depuis quatre ans. Antoine de Leocur et Vincent Delory: les deux jeunes qui, début 2011, avaient péri lors ou en marge du raid aérien mené par l'armée française contre les islamistes les ayant enlevés à Niamey. Sans oublier – même si les circonstances et le motif exacts de leur mort restent à préciser par la justice française – la jeune photographe de presse qui fut victime d'un guet-apens en République centrafricaine au mois de mai, et les deux journalistes de RFI assassinés au Nord-Mali, peu après leur enlèvement, à la fin 2013.

Mais il y a une différence entre tous ces décès tragiques et celui qui vient d'endeuiller la France. Hier soir, pour la première fois s'agissant d'un Français, cet assassinat a été sciemment mis en scène, des images ont été enregistrées sur une vidéo, et celle-ci a été diffusée dans le monde entier à des fins assumées de propagande. Ces images sont donc visibles en France aussi, et y compris par les proches de l'otage assassiné. Jamais auparavant on n'avait connu cela. Jusqu'à présent, même dans les cas les plus anciens et mémorables d'otages ayant trouvé la mort en détention (Michel Seurat par exemple: au Liban au milieu des années 80), le supplice qui leur avait été infligé n'avait pas donné lieu à la moindre image (hormis de ponctuelles preuves de vie), n'avait en tout cas jamais été mis en scène de la sorte.

D'où l'immensité du choc, à Paris et dans tout le pays.