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19/06/2014

Une cible de choix

Paris, Culture, Musique, Social, Architecture, ActivismeNouveau coup d'éclat des intermittents du spectacle, à Paris hier. Après avoir occupé, l'autre jour, l'Opéra Bastille, ils ont envahi le chantier de La Philarmonie: l'immense temple de la musique symphonique en cours de construction, portes de Pantin et de La Villette. Ils y ont notamment déployé des banderoles en son sommet, qui ont été vues par des dizaines de milliers d'automobilistes circulant sur le boulevard périphérique situé en contrebas. Et, perchés sur le toit du petit matin jusqu'à la fin de l'après-midi, ils ont nargué les CRS.

Le choix de cette cible ne doit sans doute rien au hasard. On reproche aux intermittents leur régime spécifique d'assurance chômage, déficitaire et donc ruineux pour le contribuable? Mais La Philarmonie elle-même, projet financé par l'Etat et la Ville de Paris, est «un vrai florilège de tout ce qu'il ne faut pas faire, dans la conduite d'un grand équipement public».

Ainsi l'avait qualifié l'auteur du rapport que la commission des finances du Sénat lui avait consacré, en 2012. Pour preuve, son budget prévisionnel est passé de 150 millions d'euros, au début des années 2000, à... plus de 380 millions, aujourd'hui. Soit «une inflation des coûts exorbitante», dixit la Cour des comptes. Pour qui «on pouvait tout aussi bien défendre le principe d'un projet plus sobre, plus économe, limité à la construction d'une grande salle de concerts et jouant en synergie avec les autres espaces du parc de La Villette», la Cité de la Musique singulièrement.

Paris, Culture, Musique, Social, Architecture, ActivismeMais non, on a préféré un «chantier pharaonique» (un bâtiment de plus de 50 mètres de hauteur, etc.), comme le qualifient les intermittents du spectacle. Qui, dans ces conditions, l'ont un peu mauvaise qu'on vienne leur donner des leçons de bonne gestion des deniers publics.

En prime, à en croire ces manifestants, hier, sur ce chantier, ils ont découvert «de nombreux travailleurs roumains, slovaques, polonais, espagnols, portugais, allemands, belges, avec ou sans papiers, intérimaires pour beaucoup d'entre eux». Qui leur «ont fait part de leurs conditions de travail proches de l'esclavage, comme des ouvriers polonais payés 4€ de l'heure».

L'histoire ne dit pas si c'est à un tel tarif horaire que les opposants au régime des intermittents voudraient que ceux-ci soient rémunérés.

13/06/2014

«Un mythe grotesque»

C'est toujours périlleux de donner des leçons de morale, parce qu'il faut être soi-même irréprochable. C'est néanmoins ce que vient de faire le Front national, à propos... du Mondial. Dans un communiqué diffusé hier, peu avant l'ouverture de la compétition, le parti de Marine Le Pen a enjoint aux joueurs de l'équipe de France d'avoir, au Brésil, «un parcours exemplaire, sur le terrain comme en dehors». «Qu’ils tiennent bien leur place, et ils sauront reconquérir le cœur des Français», a ordonné le Front national.

Chacun jugera si les plus hauts dirigeants de ce parti sont eux-mêmes «exemplaires». Quand, comme Jean-Marie Le Pen, ils lancent leurs habituelles tirades racistes et antisémites.

Le parti lepéniste s'est également permis de donner une consigne à l'ensemble de la classe politique. Il lui semble «souhaitable que les politiques renoncent à prendre le football en otage, en cherchant à instrumentaliser les futurs succès de l’équipe de France à des fins idéologiques. Que ceux qui seraient tentés, à l’instar de la ministre des Sports, de ressusciter le mythe grotesque de la France «Black, Blanc, Beur» de 1998 restent pour une fois à leur place».

L'histoire ne dit pas si, les soirs de matchs de foot, les dirigeants et sympathisants du Front vont, dégoûtés, détourner leur regard du téléviseur, quand les Bleus marqueront un but mais que ce sera le fait d'un joueur black ou beur.

09/06/2014

Une irruption parisienne

Ce conflit social avait jusqu'à présent la province pour cadre, mais, ce week-end, il a soudainement fait irruption à Paris. Samedi soir, à la surprise générale, une centaine d'intermittents du spectacle, de travailleurs précaires et de chômeurs ont mené une opération d'«occupation de l’Opéra Bastille». Ils ont pris la scène d'assaut, y ont déployé une banderole de solidarité envers leurs collègues grévistes du festival des Printemps des Comédiens, à Montpellier, puis ont tenu une assemblée générale sur le plateau même. Cela a beaucoup retardé le début de la représentation du jour: «La Traviata» – dont la première, mercredi dernier, à l’opéra de Montpellier, avait déjà dû être annulée.

Les intermittents protestent () contre la réforme de leur régime d'indemnisation de chômage. Plus globalement, ils veulent «en finir avec les politiques d’austérité et la casse sociale généralisée». Ils ont déposé un préavis de grève national pour tout le mois de juin. Le gouvernement est tétanisé à l'idée que la saison des festivals soit perturbée – comme cela avait été le cas en 2003: le festival d'Avignon et les Francofolies de La Rochelle, notamment, avaient dû être annulés. Manuel Valls, ce week-end, a donc nommé un médiateur, le priant de trouver une solution dans les quinze jours.

Si tel n'est pas le cas, cela risque bien de devenir le feuilleton politique et social, brûlant, de l'été.

02/06/2014

Un clivage, si caricatural

Marine Le Pen plus énervée que jamais, ce matin. Au lendemain – c'est bien sûr lié – de l'annonce de l'arrestation, vendredi à Marseille, du jeune jihadiste qui fait figure de suspect n°1 de la tuerie antisémite perpétrée au Musée juif de Bruxelles, le week-end dernier. Sur une radio, la patronne du Front national a vitupéré contre la politique pénale, carcérale et antiterroriste du gouvernement, qu'elle juge à peu près digne des Bisounours. Et de réclamer notamment la création de centres de détention de haute sécurité, où seraient systématiquement enfermés tous les jihadistes avérés ou en devenir. Ce n'était pas dit, mais cela y faisait un peu penser: créer des sortes de Guantanamo, en somme.

D'un autre côté, le même matin, dans un autre média (les colonnes du journal «Le Parisien»), la ministre de la Justice, Christiane Taubira, défend sa réforme pénale. Que les députés commencent à examiner demain – dans un débat qui sera forcément incandescent. A l'inverse, la garde des Sceaux ambitionne, elle, de sortir du tout carcéral. Car, aux yeux du gouvernement, imaginer, dans certains cas, des alternatives à la prison permettra, précisément, d'éviter que des petits délinquants s'y islamisent et radicalisent. Comme ce fut le cas du tueur présumé de Bruxelles.

Le contraste entre ces deux visions des choses, si diamétralement opposées, est décidément saisissant. C'est noir ou blanc. Alors que, sans doute, l'approche idéale doit se situer quelque part dans une zone grise: nuancée, pragmatique, loin des positions de principe clivées et intangibles. Et au-delà des agitations médiatiques du moment.

Ce que l'actualité enfiévrée ne permettra probablement pas, et c'est assez dommage.

28/05/2014

Un règlement plus strictement appliqué?

Le règlement d'ordre intérieur de l'Assemblée nationale va désormais être appliqué avec plus de sévérité. C'est le président de l'Assemblée qui l'a annoncé aux députés, hier après-midi, lors de la séance de questions d'actualité au gouvernement. Qui, une fois de plus, a été agitée    normal: ces séances étant les seules retransmises à la tété, les parlementaires aiment s'y faire remarquer, pour capter l'attention du téléspectateur/électeur moyen.

Si cette mise en garde est suivie d'effets, les députés qui chahutent trop recevront systématiquement un courrier de rappel à l'ordre émanant du président. Dès la première récidive, ils seront sanctionnés. Sur base de l'article 71 du règlement de l'Assemblée. Il punit "tout député qui se livre à une mise en cause personnelle, qui interpelle un autre député ou qui adresse à un ou plusieurs de ses collègues des injures, provocations ou menaces". Et permet de priver le contrevenant, pendant un mois, du quart de son indemnité parlementaire.

Hier, la menace d'une telle sanction a été spécifiquement brandie contre deux députés. Le premier, socialiste, avait tempêté quand un de ses collègues sarkozystes avait fustigé la France, "pays merveilleux,où des allocations et aides sociales de toute nature permettent d’aller faire la guéguerre, en Syrie ou ailleurs" (allusion à la famille du tueur toulousain Mohamed Merah, soupçonnée d'être partie faire le jihad en Syrie). Le second député menacé de sanction, lui étiqueté UMP, avait raillé ("Blabla!") Manuel Valls alors qu'il était en train de promettre des baisses d'impôt. Et avait vivement réagi ("C'est insultant!") quand le Premier ministre avait estimé que "chacun s’honorerait" à ne pas faire du Parlement un lieu de "débat absurde et caricatural"

"Je n’accepte plus ces cris dans l’hémicycle! J’appliquerai maintenant le règlement à la lettre!", a lancé le président de l'Assemblée aux perturbateurs. Avec une irritation réelle: cela fait des mois qu'il recommande aux députés le calme et la dignité, a fortiori lors des séances qui sont télévisées. En vain.

On est curieux de voir si son coup de sang va changer quelque chose au ton général des débats. A priori, on en doute un peu.

27/05/2014

Un grand train de vie

Elections présidentielles, Justice, Economie, Sarkozy, Gastronomie Les comptes de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012 auraient donc été truqués, et pas qu'un peu. Le but de la manoeuvre? Eviter que ces dépenses électorales n'explosent trop, au risque de dépasser le plafond légal des dépenses maximales autorisées (22 millions d'euros, concernant chacun des deux participants au second tour). Certaines de ces dépenses auraient donc été payées, non sur le budget de campagne du candidat, mais par son parti: l'UMP. Qui, pour ce faire, aurait commis pour une dizaine de millions d'euros de fausses facturations.

Hier soir, dans une mémorable confession télévisée (ici), le directeur adjoint de la campagne du candidat Sarkozy, et en même temps bras droit du patron (démissionnaire) de l'UMP, Jean-François Copé, a personnellement confirmé l'existence d'un tel mécanisme. Et l'a justifié par «les dérives» des dépenses électorales sarkozystes de 2012. En substance, elles partaient tant en vrille qu'il fallait absolument trouver une solution comptable – fût-ce illégale – pour les ramener artificiellement à la baisse.

Le candidat Sarkozy a-t-il donc été exagérément dispendieux, il y a deux ans? A-t-il jeté l'argent par les fenêtres, lors de sa campagne élyséenne? En tout cas, on se souvient qu'à l'époque, on avait été frappé combien cette campagne menait grand train de vie.

Elections présidentielles, Justice, Economie, Sarkozy, Gastronomie Pour ne prendre que ce seul exemple – pas forcément représentatif de l'ensemble –, c'était saisissant pour tout ce qui concernait les dépenses relatives aux réceptions, aux traiteurs, à l'intendance, etc. On l'avait raconté dans ce blog, à l'époque (relire ): côté Sarkozy, c'était petits fours, miniardises et mets fins alors que, côté Hollande, c'était beaucoup plus frugal.

Si le restant du budget de sa campagne a été dépensé à l'avenant, l'ex-Président a du souci à se faire. Et on n'a pas fini d'entendre parler de cette affaire.

26/05/2014

Un îlot, de plus en plus isolé

Plus que jamais, Paris fait figure d'exception, dans le paysage électoral français. En ce lendemain de scrutin européen que le Front national a remporté haut la main.

La capitale, en effet, est la seule de toutes les grandes villes de France (à la seule exception de Rennes) où le parti de Marine Le Pen n'a pas réussi à franchir la barre symbolique des 10%. Avec 9,3% de voix (soit quelque 60.000 suffrages), le candidat frontiste achève le scrutin en cinquième position seulement, derrière même les centristes. Ce qui confirme une fois de plus la tradition selon laquelle la «Ville lumière», si sociologiquement différente du reste du pays, est un terrain électoral difficile, pour l'extrême droite.

Il n'empêche, avec ce score de 9,3%, le parti de Marine Le Pen enregistre une nouvelle progression, dans la capitale. Après des élections municipales qui, il y a deux mois, lui avaient déjà permis de doubler son résultat précédent (relire ).

De manière pas du tout anodine, les frontistes ont remporté le meilleur résultat parisien, non dans des arrondissements populaires, mais dans des quartiers très cossus, qui sont traditionnellement des fiefs de la droite. Ainsi, dans le si chic 16e arrondissement, 10,9% des électeurs ont voté FN. Dans le tout aussi aisé 7e arrondissement aussi (celui dont la maire est l'ex-ministre sarkozyste Rachida Dati), le Front a atteint les 10%. En revanche, comme d'habitude, c'est dans les quartiers bobos du centre-Est parisien que les lepénistes ont enregistré leurs moins bons scores: 6,9% dans notre 11e arrondissement, et même 6,1% seulement chez nos proches voisins du 3e: le Haut-Marais.

23/05/2014

Un énervement (un peu) moindre

Personnalités, Sarkozy, Elections européennes, Presse, Publicité, LuxeNicolas Sarkozy est un peu moins énervé. Visiblement, l'état de l'Europe le met (un peu) moins en rogne que les juges qui sont à ses trousses. En témoignent les points d'exclamation contenus dans la tribune sur les élections européennes qu'il a publiée hier, dans le magazine «Le Point». On y dénombre sept signes de ponctuation de ce type. Ce n'est pas rien, mais c'est moins que les huit points d'exclamation de sa volcanique tribune dans «Le Figaro», à la fin mars: quand avait été révélée sa mise sur écoutes, par des juges (relire ).

L'ex-Président gagne donc (un peu) en tempérance. Ses électeurs apprécieront – ou pas, on verra.

En attendant, il est douteux qu'en ouvrant «Le Point», hier, Nicolas Sarkozy ait apprécié la facétie qu'a occasionnée le plan publicitaire de ce numéro du magazine. En effet, il a fait juxtaposer l'apothéose de cette tribune (L'Europe, «ne laissons ni aujourd'hui ni demain détruire ce trésor!») avec une grande pub. Vantant les dernières créations d'un horloger joaillier suisse, dont une montre («mouvement manufacture réalisé à la main») à 2790€. Soit, tout de même, plus de deux mois de salaire minimum.

Nicolas Sarkozy possède certainement des toquantes encore plus onéreuses. Il n'empêche, il a dû grimacer, à la vue d'un tel catapultage entre pub et rédactionnel. Lui qui n'a jamais réussi à faire oublier sa grande période Rolex, Ray-Ban, bling bling etc.

22/05/2014

«Une petite phrase, au gré du débat politicien»

Incidents en série à l'Assemblée nationale, hier. Où toute la journée ainsi que la soirée ont été tendues, vu l'animosité de la droite à l'égard du projet de réforme de l'autorité parentale.

Entre deux altercations, un député UMP, qui, dans le civil, exerce la profession de psychiatre, s'en est pris à une ministre qu'il jugeait trop peu locace: «Après nous avoir répondu avec une perplexité anxieuse, vous êtes désormais dans un repli autistique particulièrement inquiétant, avec un relatif évitement du regard associé, signe d'un diagnostic assez grave». L'intéressée n'a pas apprécié. «Quand vous dites cela, je pense aux 100.000 familles qui, en France aujourd’hui, élèvent un enfant autiste. Je pense à leur souffrance. Je pense au mépris que vous exprimez à leur égard, en laissant entendre que la maladie de leur enfant peut être un quolibet, un nom d’oiseau, une petite phrase jetée au gré du débat politicien». Et la ministre de présenter ses excuses à tous ces parents, au nom du gouvernement – «parce que vous, M. le député, ne le ferez sans doute pas».

Le parlementaire sarkozyste a tenté de s'en sortir en jouant sur les mots. «Votre cabinet, Mme, aurait dû vous apprendre la différence entre un trouble envahissant du développement, syndrome autistique décrit par Kanner, et le repli autistique, qui concerne les psychoses de l’adulte. C’est une différence fondamentale, qu’il vous faudrait apprendre. Mon terme ne concernait en rien les enfants: ça, c’est une manipulation de votre part, à laquelle vous recourez parce que, depuis plusieurs heures, vous êtes en difficulté» dans ce débat parlementaire.

Cette anicroche politico-psychiatrique n'apaisant pas l'atmosphère, les débats ont continué à s'enflammer et à s'étirer. Au point que, vers 1h30 du matin, 361 amendements étaient encore à examiner. Le gouvernement a alors compris que, dans de telles conditions, ce texte ne pourrait jamais être voté mercredi prochain, comme il était prévu. Dès lors, il a dû faire suspendre le débat, et reporter sine die l'adoption de la réforme.

21/05/2014

Une «reprise mitigée»

Paris, Economie, Emploi, Social, TourismeL'autre jour, dans ce blog, on écrivait combien les bons chiffres de la fréquentation touristique à Paris étaient importants, s'agissant d'un secteur économique vital pour la «Ville lumière». C'est ce que met également en lumière la dernière note de conjoncture que l'Insee (Institut français de la statistique) a publiée hier, consacrée à l'emploi à Paris et dans sa banlieue. A sa lecture, on perçoit combien ces chiffres corrects de la fréquentation touristique sont une bonne nouvelle, tant les derniers mois de 2013 n'avaient pas été folichons. Ainsi, «entre juillet et décembre 2013, les nuitées ont diminué de 0,6% par rapport à l’an passé. L’activité pâtit de la forte diminution de la fréquentation hôtelière de la clientèle française (-9,1% en un an sur la période de juillet à décembre 2013), qui n’est pas entièrement compensée par la fréquentation plus importante de la clientèle étrangère (+6,3%)».

Malgré cette fréquentation hôtelière «en demi-teinte fin 2013», «le secteur de l’hébergement (touristique) et de la restauration reste dynamique (1700 emplois supplémentaires, soit +0,6% en un an)». Cela tombe d'autant mieux que, dans nombre de secteurs de l'économie parisienne, cela patine. Dans le commerce, l'emploi «se stabilise», guère plus. Dans la construction neuve, «l’activité est orientée à la baisse». Dans l'industrie, «l'emploi continue de reculer» (61.000 postes perdus ces six dernières années).

Au total, à la fin 2013 et tous secteurs confondus, l’emploi n'a progressé que de 0,3%, dans la capitale. Logiquement, «la progression du nombre de demandeurs d’emploi n’a que faiblement ralenti», les chiffres du nombre de demandeurs d'emploi parisiens (875.000) dépassant même «les niveaux record enregistrés au cours des quinze dernières années». Ce qui place le taux de chômage parisien à 8,6%, en diminution trimestrielle très infime (-0,1). Conclusion? La capitale ne bénéficie que d'une «reprise mitigée» de son économie.

Et il n'est pas sûr que les Parisiens s'en consoleront en apprenant qu'en province, la situation de l'emploi est encore moins enviable (il y a régressé de 0,4%), et/ou que le taux de chômage en France métropolitaine dans son ensemble (9,8%) est encore plus élevé qu'à Paris.

16/05/2014

Une réouverture, printanière

Ce n'est pas cela d'office qui va fondamentalement remonter le moral des Français, mais cela ne pourra non plus lui faire de mal. Et, au moins, cela concrétise le printemps...

Hier soir, François Hollande a annoncé la réouverture au public des jardins de l'Elysée, chaque premier dimanche du mois à partir de juin. L'an dernier (relire ), cette ouverture avait été suspendue, par mesure de sécurité. Au moins les Français verront-ils dans ce changement l'illustration d'un climat sécuritaire, anti-terroriste, qui se détend.

Dans ces jardins bientôt de nouveau accessibles, il faudra savoir se tenir. Comme l'a indiqué le communiqué de l'Elysée, pas question d'y promener son chien, d'y casser la croûte, d'y improviser un footing, d'y faire une partie de foot, ou d'y jouer d'un instrument de musique. Le public sera juste autorisé à contempler, et à s'imprégner de l'atmosphère solennelle des lieux. Tout en conservant, bien sûr, «une tenue et un comportement décents». Pas d'amoureux des bancs publics, donc, n'en déplaise à Brassens, dans ce parc-là. On ignore si les vigiles de l'Elysée vont recevoir des instructions au millimètre, pour évaluer la longueur et donc la décence, ou non, de ces petites robes d'été qu'aiment tant les Parisiennes.

Cela dit, si d'aventure c'est moins l'intérêt patrimonial pour le lieu que l'adhésion politique à son hôte qui motive les futurs visiteurs, il risque de ne pas y avoir grand monde, dans ce jardin, dès juin – François Hollande n'étant désormais soutenu que par 2 Français sur 10.

15/05/2014

Un trésor, précieux

Paris, Economie, Tourisme, International, BelgiqueC'est le chiffre de la semaine. 29,3 millions. Soit le nombre de touristes que Paris a accueillis, en 2013. Parmi eux, 12,1 millions de visiteurs étrangers. Dont, pour l'anecdote, 281.300 Belges, en recul (-5%) par rapport à 2012. Selon l'office du tourisme de la capitale française, qui vient de publier ces données, cela confirme que la «Ville lumière» demeure bel et bien la première destination touristique mondiale. Il y a quelques mois, la question avait agité la campagne électorale pour les municipales (relire ici).

Alors, on est le premier à avoir toujours trouvé un peu agaçant, voire puéril, que Paris insiste sans cesse, aussi lourdement, et sur un ton aussi cocardier, sur son leadership mondial, sur le plan touristique. Mais, si cette ville est obligée en permanence d'en faire autant, en la matière – et notamment en termes de communication –, c'est parce que le tourisme est un secteur absolument vital, pour l'économie locale. Cette attractivité touristique mondiale et l'énorme manne financière qui en découle sont un trésor précieux, que la ville doit veiller en permanence à entretenir.

En guise d'illustration, ce chiffre, qui est généralement peu connu à l'étranger, mais que les Parisiens, eux, et au premier chef leurs élus, ne perdent jamais de vue: dans la capitale française, un emploi sur six – ce qui n'est pas rien, a fortiori en cette période de crise – dépend directement du tourisme. En d'autres termes, l'attractivité touristique mondiale de Paris viendrait à baisser, des dizaines de milliers d'emplois seraient directement menacés. Et probablement davantage encore d'emplois indirects.

05/05/2014

Un fossé, confirmé

39% des Français se fichent des élections européennes prévues à la fin mai. C'est ce qu'est venu confirmer un sondage, ce week-end. Ce désintérêt se nourrit sans doute à la profonde désaffection de nombre d'habitants de ce pays à l'égard de ce qu'est devenu le projet européen. Selon un autre sondage, paru lui aujourd'hui, l'Union européenne évoque «quelque chose de négatif» pour 49% des sondés, et de «positif» pour 45%. Sur le plan économique, 58% des Français perçoivent l'Europe avant tout comme «une contrainte», pour leur pays. Idem sur le plan politique, l'Union est vue comme «une contrainte pénalisante» pour une majorité des sondés (52%).

Ces derniers mois, déjà, d'innombrables enquêtes d'opinion ont mis en lumière l'ampleur du fossé séparant désormais le citoyen et électeur français de l'Europe telle qu'elle fonctionne aujourd'hui – et c'est valable aussi dans d'autres pays. Ce n'est donc pas neuf. Mais, les semaines ont beau passer et ce désaveu sondagier se confirmer, les commentaires de la classe politique et du monde médiatique, face à ces enquêtes catastrophiques, restent dans une tonalité dominante de reproche et de culpabilisation. En substance: ce n'est pas bien, il faut y croire, il est impératif d'aller voter.

Cela rappelle un peu cette litanie de commentaires méprisants qui, en 2005, avait accueilli des mois de sondages pareillement désintéressés et désenchantés. A propos du référendum français sur le projet de traité constitutionnel européen. A l'époque, le même discours culpabilisant avait été tenu. Le petit peuple avait été sermonné de ne rien comprendre ou de se fourvoyer, et houspillé d'aller voter et de voter «Oui». On se souvient de ce qu'il en est advenu: la victoire du «Non», avec 55% des voix. Et une classe politico-médiatique durablement traumatisée par l'ampleur du désaveu populaire infligé au discours dominant.

On ne mettrait pas la main au feu que, quasiment dix ans plus tard, à la fin mai, le même fiasco sera évité.

25/04/2014

Une revendication, «comique»

Europe, Elections européennes, Famille Dans le programme de l'UMP pour les élections européennes, que ce parti a présenté hier, on trouve notamment la revendication d'«une Europe qui concentre son action là où elle est vraiment utile». En clair: «Il est indispensable de redéfinir la répartition des missions entre les États membres et l’Union européenne. Cette dernière ne doit agir que dans les domaines où une politique euro­péenne sera plus efficace qu’une politique nationale afin de défendre les intérêts des Européens. Nous pensons que l’Europe ne doit pas intervenir dans les politiques familiales et sur les ques­tions de société».

Il faut sans doute voir là un signal amical envoyé par les sarkozystes à la mouvance catholique conservatrice: les associations familiales, le collectif «La Manif pour tous», etc.. Qui ont toujours soupçonné l'Europe de vouloir propager, sur les questions de société, des projets, idées ou doctrines jugés exagérément libertaires, limite dépravés (la «théorie du genre», etc.).

Cette revendication de l'UMP est donc cousue de fil blanc, politiquement. Le problème? «Les politiques familiales ne sont pas de compétences européennes». C'est ce que nous assurait, hier, une très éminente consoeur de la rédaction européenne de «La Libre», à Bruxelles. Et qui, du coup, trouvait Jean-François Copé «comique»: «Il demande à l'Europe de ne pas faire quelque chose qu'elle ne fait pas!»

Cela en dit sans doute long sur le degré d'expertise des hommes politiques français, concernant les questions européennes.

24/04/2014

Une erreur, mémorable

Puisqu'on évoquait hier le vote par le Parlement de la loi sur le «mariage pour tous», il y a un an jour pour jour, cette anecdote de coulisses qui, à l'époque, fut assez peu rapportée par les médias français. Et dont les protagonistes ont bien veillé à ne pas se vanter. Le 23 avril 2013, la «loi Taubira» fut approuvée y compris par... des députés sarkozystes qui, pourtant, avaient défilé en tête de manifs anti-«mariage pour tous».

Les annales parlementaires de l'époque en témoignent. Au moment fatidique, 6 des 196 députés de la droite UMP ont voté le texte. Parmi eux, l'ancien ministre Luc Chatel et, surtout, l'ex-conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, Henri Guaino. Qui, tout au long du débat fiévreux ayant précédé le vote, avait été un des plus violents pourfendeurs du «mariage gay». Pourquoi, dès lors, un tel vote positif? On trouve l'explication dans les registres officiels de l'Assemblée ().

En marge de l'énumération des votants, pour ou contre, au sein de chaque groupe parlementaire, figure une «mise au point», relative à quelques députés. Elle précise que Luc Chatel et Henri Guaino notamment, «qui étaient présents au moment du scrutin ou qui avaient délégué leur droit de vote, ont fait savoir qu'ils avaient voulu voter contre». La «mise au point», toutefois, ne vaut que pour la forme. En effet, en vertu du règlement de l'Assemblée, «aucune rectification de vote n'est admise après la clôture du scrutin». Dès lors, le duo est considéré à jamais comme ayant voté ce projet de loi.

Appuyer sur le mauvais bouton, au moment du vote solennel d'un texte aussi emblématique: encore bravo.

22/04/2014

Une différence de traitement

Chaude parfois, l'aube, à Paris. Lundi, vers 6 heures du matin, une fusillade a éclaté à la sortie d'une boîte de nuit du quartier des Champs-Elysées. Entre une patrouille de policiers appelée pour intervenir sur une rixe, et un individu muni d'une arme de poing, qui a ouvert le feu en pleine rue. En février, déjà, dans ce quartier, deux videurs d'une discothèque avaient été poignardés par un client à qui ils avaient refusé l'entrée.

L'ultra-violence, elle sévit à Paris aussi. Il y a quinze jours, des coups de couteau mortels ont été donnés cette fois dans le 17e arrondissement. Auparavant, fin mars, deux spectateurs du «Lavoir moderne», le théâtre du quartier de la Goutte d'Or, avaient été grièvement blessés à l'arme blanche, avant une représentation. En décembre, dans le quatorzième arrondissement, un couple assis à la terrasse d'un bar avait été abattu à bout portant. Quelques semaines plus tôt, un samedi soir d'automne, c'était dans un bus de nuit qu'un banal différend avait valu à un jeune homme d'être grièvement blessé à coups de couteau. Et on arrête là la liste.

Tout cela pour remarquer que, si tous ces faits divers s'étaient déroulés non à Paris mais à Marseille et dans sa région, ils auraient incontestablement eu un retentissement bien plus important. Imagine-t-on combien les grands JT auraient tartiné si, ce week-end, une fusillade s'était déroulée à la sortie d'une boîte de nuit de la Canebière. Là, celle survenue sur les Champs a eu droit, certes, à l'un ou l'autre écho, mais n'a suscité aucun emballement médiatique particulier.

Cette différence de traitement médiatique de l'insécurité, selon le lieu qui est concerné, est décidément curieuse. Et on ne voit a priori pas ce qui peut la justifier, d'un point de vue journalistique.

18/04/2014

Un éternel recommencement?

Personnalités, Luxe, HistoireLes hommes n'apprennent-ils jamais de rien? Ne tirent-ils donc jamais de leçons du passé, et de ses turpitudes? Concernant les socialistes français au pouvoir, en tout cas, on semble être en droit de se poser la question. Du moins, s'il faut en croire les accusations du site Mediapart, concernant un haut conseiller de François Hollande: Aquilino Morelle.

Outre qu'il se voit reprocher – pour ce qui concerne une époque où il n'était pas encore à l'Elysée – des conflits d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique, il est décrit comme ayant eu, depuis mai 2012, au palais présidentiel, des comportements «gauche caviar» peu compatibles avec la République irréprochable qu'avait promise François Hollande. Ainsi, entre autres caprices, il aurait régulièrement fait venir à l'Elysée... un cireur: pour lustrer ses chaussures de marque.

Si elle est avérée, cette histoire renverrait furieusement à une des affaires les plus minables qui éclaboussèrent l'entourage d'un François Mitterrand en fin de règne. Une histoire de chaussures déjà, qui contribua à la chute de Roland Dumas: ancien ministre socialiste des Affaires étrangères et président du Conseil constitutionnel. En 1991, deux paires de bottines sur mesure avaient été confectionnées à son intention, par le chausseur et maroquinier de prestige Berluti. Elles avaient été réglées (plus de 10.000 FF la paire), rubis sur l'ongle, par sa maîtresse: Christine Deviers-Joncour. Alors que celle-ci bénéficiait d'un emploi de complaisance grassement payé par le contribuable, au groupe pétrolier Elf-Aquitaine. Le scandale, à l'époque, en avait dit long sur les moeurs de certains socialistes au sommet de l'Etat, et n'avait pas peu terni l'image de la fin de l'ère Mitterrand.

Près de vingt-cinq ans plus tard, donc, à en croire Mediapart, un haut conseiller socialiste à l'Elysée se serait à nouveau fait remarquer par et pour ses chaussures de luxe. Les gens, décidément, y compris en haut lieu, n'ont pas de mémoire.

17/04/2014

Un premier bilan

C'est un chiffre qui ne va pas contribuer à renforcer la popularité ni de l'exécutif Hollande-Valls, ni de l'«écologie punitive» – comme dirait Ségolène Royal. Il concerne le périphérique parisien. C'est le premier bilan du nombre d'infractions au Code de la route qui y ont été constatées, depuis que la vitesse sur ce boulevard a été abaissée de 80 à 70 km/h. Pour rappel (relire ), cette mesure avait été prise à la mi-janvier, dans le but de réduire à la fois le nombre et la gravité des accidents de la route, la pollution de l'air, et les nuisances sonores.

A en croire les chiffres publiés par le magazine Auto Plus (ici), que la préfecture de police de la capitale n'a d'ailleurs pas démentis, les radars équipant la rocade se déclenchent 1200 fois par jour, en moyenne. C'est carrément 20% de plus qu'à l'époque où l'on pouvait y circuler jusqu'à 80km/h. 1200 contraventions chaque jour pendant trois mois, cela fait pas mal d'automobilistes mécontents.

Et auprès desquels risque de rester largement inaudible la précision, en forme de dédramatisation, apportée par la préfecture: 1200 verbalisations par jour, par rapport au trafic journalier du périphérique (1,3 millions de véhicules, environ), cela ne fait jamais qu'un automobiliste sur mille qui est sanctionné.

16/04/2014

Un droit, par intermittence

Femmes, Institutions, Histoire, Elections municipales, Elections européennesFrançois Hollande prononcera un discours sur le sujet, ce mercredi soir: la France célèbre, ces jours-ci, le 70e anniversaire de l'octroi du droit de vote aux femmes. En effet, cette avancée démocratique historique a été consacrée par une ordonnance remontant au 21 avril 1944.

70 ans plus tard, dans l'Hexagone – mais c'est sans doute valable aussi dans d'autres pays où le vote n'est pas obligatoire –, les femmes, à l'instar des hommes, n'ont recours que par intermittence à ce droit. Certes, traditionnellement (lire ici), «la différence de participation (aux scrutins) entre hommes et femmes apparaît faible, au total». Car cette participation dépend surtout de l’âge: «Avant 40 ans, les femmes votent plus souvent que les hommes; entre 40 et 80 ans, il n’y a plus de différence; et après 80 ans, les femmes votent moins souvent que les hommes». Mais, en mars dernier, lors de ces fameuses élections municipales marquées par un record historique d'abstention, les femmes ont encore moins voté que les hommes (voir ). Et, aux élections européennes de la fin mai, le taux d'abstention qui est annoncé dans certaines catégories de l'électorat féminin français atteint des sommets astronomiques. Ainsi (voir ), 86% des femmes entre 18 et 24 ans pourraient bouder les isoloirs.

Le bilan de ce 70e anniversaire est donc très mitigé, en ce qui concerne l'usage qui est fait de ce droit. Ce serait d'ailleurs un utile sujet de réflexion et d'examen de conscience, pour une classe politique qui, nul besoin de le rappeler longuement, est toujours très majoritairement masculine.

11/04/2014

Un casse-tête sécuritaire

Ce sera l'événement du week-end, dans la «Ville lumière». La réouverture, après plusieurs années de gros travaux, du Zoo de Vincennes, rebaptisé Parc zoologique de Paris. Comme vient de le faire savoir (ici) la préfecture, les services de police ont été associés de près au chantier de rénovation des lieux et à la conception des espaces réorganisés. Comme le dit un inspecteur en chef de la santé publique et vétérinaire, «chacun garde en mémoire la mort d’un jeune soigneur de 23 ans: attaqué par un lion, en septembre 2001, dans la fauverie du zoo. Nous devons veiller à ce que ce type d’accident ne se reproduise pas».

On n'a pas forcément cela à l'esprit quand on visite un zoo, mais cet endroit – où cohabitent un millier d'animaux, de 180 espèces différentes – est un véritable casse-tête, en termes sécuritaires. Le premier impératif est évidemment de sécuriser les enclos. Mais ce n'est pas le seul. «Il faut aussi penser à la prévention des risques, notamment chimiques. Avec le stockage de produits dangereux comme l’acide chlorhydrique, pour réguler le pH des bassins, la conservation des médicaments pour les animaux, la sécurisation de cuves de stockage de gasoil pour les camions, penser aux armoires blindées pour enfermer les armes et fusils hypodermiques», etc. Sans oublier de prendre en compte le risque sanitaire, lié par exemple aux infections transmissibles de l’animal à l’homme (type grippe aviaire).

Pour la petite histoire, cette réouverture du zoo a mis à contribution de manière inédite les agents des compagnies motocyclistes de Paris.

Leur travail habituel, ce sont les contrôles de vitesse et d'alcoolémie, l'escorte de personnalités, ou l'encadrement des transferts de détenus. Là, ils ont eu à gérer un convoi exceptionnel assez inhabituel: le transport d'un des futurs pensionnaires du parc zoologique. Un lamantin de 450 kg, en l'occurrence. Qui, pour rejoindre son nouveau bassin, a effectué un trajet de plus de 500 km, tout en étant «maintenu dans son milieu aquatique durant la totalité du périple». La compagnie des motocyclistes parisiens l'a escorté jusqu'à Vincennes, depuis le péage de Senlis. «Mission particulièrement délicate, pour ces fonctionnaires». Mais mission accomplie: «0 coup de frein donné, pour une vitesse moyenne de 80km/h».

C'est merveilleux.