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06/02/2014

Une idée fixe

Musées, Culture, Arts, Economie, Tourisme, InternationalC'est la fin d'un système qui existait depuis près de quinze ans. Une remise en cause en catimini, comme embarrassée. Lundi, Le Louvre a confirmé avoir décidé que, pendant la haute saison touristique (d'avril à septembre), le premier dimanche du mois ne serait plus synonyme de gratuité d'accès à ses collections permanentes. Ce changement est formalisé sur la page de son site web détaillant les horaires et tarifs.

Pourquoi revenir sur cette gratuité dominicale mensuelle? Les agences de voyage étrangères auraient abusé. Elles auraient pris l'habitude d'organiser un grand nombre de visites précisément à ces dates-là. Cela aurait conduit à une «hyper-fréquentation» du musée, ces dimanches, au détriment de «la satisfaction des visiteurs» et des «conditions de travail» du personnel.

Les problèmes que poserait la clientèle étrangère: c'est décidément une idée fixe, au Louvre. Un tel argument avait déjà été brandi il y a quelques années, dans un débat tarifaire voisin (relire ici ou ).

Serrer la vis sur les tarifs, parce qu'il y a trop d'étrangers. Il y aurait une autre façon, plus glorieuse, de résoudre le problème présent.

Musées, Culture, Arts, Economie, Tourisme, InternationalLe personnel du musée est surchargé les premiers dimanches de mois? La qualité de la découverte artistique s'en trouve dégradée? Que ce musée prenne ses dispositions. Qu'il augmente ses effectifs ces jours-là, pour encadrer plus efficacement ces visites: les canaliser, via l'ouverture de salles supplémentaires, etc.

Certes, cela lui coûterait plus cher qu'à présent, en termes de nombre de personnels rémunérés au tarif dominical. Mais, quand on accueille plus de 9 millions de visiteurs à l'année, à un tarif payant supérieur à 10 euros par personne, on peut difficilement faire preuve de pingrerie.

31/01/2014

Un énorme succès

musées,culture,artsNe pas partir en week-end sans mentionner ce qui fut la bonne nouvelle de la semaine – il y en a peu, des bonnes nouvelles, en France en ce moment. Le Louvre Lens vient de franchir le cap du million de visiteurs. C'est donc une confirmation: ce qui apparaissait d'emblée (relire ici) comme une excellente idée s'est, de fait, transformé en énorme succès public.

Car un million de visiteurs accueillis en à peine plus d'un an, c'est très largement supérieur aux prévisions initiales. A l'origine, les concepteurs du projet tablaient sur un maximum de 700.000 visiteurs pour la première année, puis sur 500.000 pour les années suivantes: lorsque, passé l'effet de curiosité dû à la nouveauté, le musée adopterait un régime de croisière. Il s'agissait déjà d'objectifs ambitieux. En effet, aucun musée en dehors de Paris n'affiche de tels chiffres de fréquentation. Mais là, après cette première et si excellente année, le chiffre de 500.000 visiteurs annuels devrait être largement atteint, voire allègrement dépassé.

D'autant que, semaine après semaine, le succès ne se dément pas. Pour preuve, déjà plus de 40.000 personnes, soit bien plus qu'attendu, ont visité l'exposition en cours en ce moment (consacrée aux Etrusques), pourtant récemment inaugurée.

Bien.

14:30 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musées, culture, arts

06/09/2013

Une mesure insuffisante

paris,social,culture,musées,artsUn peu de culture, pour bien terminer la semaine. Mais, en l'occurrence, pas une bonne nouvelle. Puisqu'il s'agit du constat d'échec d'une des grandes mesures qui étaient censées à accroître l'accès à la culture: la gratuité des musées.

Concernant les quatorze musées de la ville de Paris, cette gratuité est de mise depuis 2001. Or, selon de premières fuites dans des médias, un rapport de chambre régionale de la Cour des comptes qui est attendu en octobre démontre que la composition sociologique du public se rendant au musée n'a pas fondamentalement évolué. Les cadres et représentants des professions intellectuelles (55%) , ainsi que les personnes ayant fait des études supérieures (75%) restent ultra-majoritaires. Les visiteurs à bas revenus et les moins de 25 ans, eux, se rendent toujours aussi peu au musée.

La mairie a réagi au quart de tour (ici), assurant mordicus que «les professions et catégories sociales inférieures et moyennes (fréquentant les musées municipaux) représentaient 42% des visiteurs en 2009, contre 31,4% pour les musées nationaux situés à Paris». Et, pour contester le manque allégué d'attractivité des musées parisiens, elle a brandi les chiffres de leur fréquentation: 1,4 million de visiteurs des collections permanentes en 2012, contre 400.000 en 2001. Dans les couloirs de l'Hôtel de Ville, néanmoins, nul ne disconvient qu'il reste des efforts à faire pour rendre les musées municipaux «plus vivants, plus attirants, plus pédagogiques», la suppression de la barrière tarifaire ne suffisant pas à attirer en masse de nouveaux publics.

Voyons les choses positivement; donc ne nous arrêtons pas à ce constat d'échec: au moins ce sera un très beau chantier que pourra lancer, dès son élection, le nouveau maire de Paris, qui sera issu des élections municipales de mars prochain.

28/06/2013

Un grand vainqueur, un gros business

Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Avec le nom du vainqueur de la saison des grandes expositions parisiennes. Qui, de Dali exposé à Beaubourg ou de Edward Hopper célébré au Grand Palais, a le plus déplacé les foules? Les résultats sont tombés (ici) cette semaine. C'est le peintre surréaliste espagnol (790 090 visiteurs) qui l'a emporté, avec 5821 entrées d'avance sur son concurrent américain (784 269).

Ces deux grands événements culturels ont surclassé les autres, en termes de fréquentation. Matisse à Pompidou (encore lui), troisième expo la plus vue de la saison, arrive loin derrière: 494 085 visiteurs. Et la dizaine de grandes manifestations culturelles ayant bien marché à Paris en 2012 ont plutôt tourné autour des 300 000 visiteurs.

Sinon, le palmarès culturel de l'année confirme l'engouement du public pour les grands classiques artistiques (Matisse, Degas, l'impressionnisme, etc.). Mais des expos (un peu) moins «mainstream» ont elles aussi récolté un certain succès: 352 000 visiteurs pour la rétrospective Tim Burton à la Cinémathèque, 286 694 pour «Debussy: la musique et les arts», au Musée de l'Orangerie.

Tous ces chiffres peuvent aussi avoir une lecture économique. Ils confirment le gros business des expositions temporaires: par rapport aux collections permanentes des musées et autres institutions culturelles – qui, elles, connaissent une hausse beaucoup moins marquée de leur fréquentation.

24/06/2013

Une ambiance d'intolérance

Cela ne s'arrange pas, décidément: l'ambiance d'intolérance en France, alors pourtant que cela fait plusieurs semaines maintenant qu'elle a été définitivement approuvée, cette fameuse loi sur le «mariage gay». Pour preuve: ce week-end-end, dans notre quartier de Paris, a été deux fois vandalisée une exposition de photographies contre l'homophobie.

Les clichés étaient montrés devant la mairie du troisième arrondissement, dans le Haut Marais. Ils mettaient en scène des partenaires – quidams ou célébrités – de couples fictifs, représentés dans des situations de la vie quotidienne. Les oeuvres ont été considérablement dégradées. Signe particulièrement symbolique de la violence du geste des vandales, ils s'en sont surtout pris aux visages des sujets photographiés, qu'ils ont lacérés à coups de cutter.

Les passions tardent visiblement à s'apaiser, dans ce pays. Pas sûr qu'ils et elles auront vraiment matière à faire la fête, samedi: les participant(e)s à la première Gay Pride/Marche des Fiertés de Paris, depuis l'entrée en vigueur du «mariage pour tous».

10:55 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, société, arts

22/05/2013

Un nouvel habitant

Paris, ArtsParis, ArtsUn visage, surgi de nulle part. Découvert ce matin au saut du lit, dans notre coin de Paris – quartier Saint-Sébastien, dans le onzième arrondissement. Visage de papier, grand format, comme sorti d'une BD. Collé sur un mur, par un artiste de rue.

Visage mutique d'un jeune homme. La moue boudeuse, ayant l'air de toiser le passant, de ce regard que l'on trouve légèrement condescendant.

A quelques rues de là, de l'autre côté du boulevard, un autre visage, lui présent depuis plusieurs mois, contemple lui aussi la vie de quartier. Casquette, lunettes, davantage de couleurs dans le graphisme, mais un regard identiquement songeur.

Cela arrive de temps en temps, dans Paris, de faire connaissance, du jour au lendemain, avec de nouveaux voisins, le plus souvent éphémères. Ainsi, on l'évoqua en son temps, cet ancien Président (ici) cocassement réapparu sur une porte (et qui y figure toujours, aux dernières nouvelles). Ou ces candidats imaginaires aux élections (là), que l'on vit beaucoup dans les rues de la capitale, au moment de la campagne électorale. Ou, encore, ce visage magnifique de Noir (ici), qui impressionna beaucoup les gens du quartier. Avant qu'impitoyablement il disparaisse, balayé par les pluies et/ou les coups de pinceau des agents municipaux de la propreté.

Paris, ArtsAutant de rencontres fugaces et inattendues, qui, au gré de l'humeur des créateurs, agrémentent les allées et venues dans Paris. «La rue est une galerie d'art en plein air», dixit un pochoir que l'on a longtemps vu, dans le onzième. L'art en plein air: à ciel ouvert.

Bien.

11:50 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, arts

15/04/2013

Un ascenseur social

Arts, Culture, Musées, Personnalités, Social On n'est pas encore au stade où un ancien chauffeur de bus devient chef de l'Etat, comme au Vénézuela. Il n'empêche, c'est un bel exemple de réussite. Qui montre que, parfois en France, il fonctionne tout de même encore bien, cet ascenseur social que l'on décrit depuis des lustres comme étant irrémédiablement en panne.

Ce lundi, Le Louvre voit son nouveau président entrer en fonctions. Et celui qui va diriger le plus grand musée du monde et gérer les 2200 membres de son personnel est un fils d'immigrés espagnols né il y a 49 ans dans un milieu très modeste. La mère de Jean-Luc Martinez, c'est son nom, était concierge d'immeuble, et son père facteur à La Poste. Il a passé toute sa jeunesse de l'autre côté du périph': en banlieue. Ce week-end, dans une interview, il a raconté une anecdote remontant aux années 90, alors qu'il était jeune prof d'histoire-géo à Montreuil. «J'ai emmené mes élèves au Louvre. Comme moi, c'était la première fois qu'ils venaient à Paris. Pourtant, il y a une ligne de métro, mais, quand vous habitez Montreuil, vous ne descendez pas en bas».

Se souvenant de ses origines, dans une sorte de renvoi d'ascenseur ici pour le coup très salutaire, le nouveau patron du Louvre a fixé parmi les priorités de son mandat non pas les projets somptuaires, mais le renforcement de l'accessibilité sociale de ce musée.

Bien.

06/12/2012

Un si grand homme

Dans une autre vie, on aurait sauté dans le premier taxi, ce matin. Après avoir été réveillé par la radio annonçant la mort d'Oscar Niemeyer. Le taxi, direction Roissy. Puis le premier avion pour Brasilia. Une dizaine d'heures plus tard, on aurait à nouveau poussé les portes de cette sublime cathédrale que le grand architecte brésilien y construisit, notamment. Sûr que, comme il y a longtemps, on aurait une fois de plus été subjugué par la lumière bleutée diffusée par ses vitraux. Un bleu si beau qu'il donne envie de croire en Dieu.

Plus prosaïquement, on sera attentif, ces prochains jours, aux annonces que fera le Parti communiste français. Puisque son chef, ce matin sur une autre radio, a promis qu'en hommage au Brésilien, il organiserait des journées portes ouvertes: pour que les Parisiens puissent visiter le siège de ce parti, place du Colonel Fabien, que l'on doit aussi à Niemeyer. Allez-y, si vous en avez l'occasion. Depuis son toit, on a l'impression d'être sur une vague gracieuse de béton, qui contemple la ville. Et, en son coeur, dans la salle du comité central, on ne peut qu'être impressionné par les dizaines de milliers de petites plaquettes métalliques qui ornent la voûte de son grand dôme.

En attendant, on a ressorti ce matin, du fin fond de notre bibliothèque, «Les Courbes du Temps»: la version française des Mémoires de l'architecte, qui parut chez Gallimard en 1999. Chacune de ses pages est agrémentée de croquis, touchants, du grand hommme. Qui y conte notamment ses années à Paris, ses rencontres avec Sartre, Genet, Aron ou Malraux, et son amour pour cette ville. Pour la Seine, aussi, qui revient plusieurs fois dans ses lignes. La Seine «qui coule tranquillement, indifférente à la vie et aux hommes», la Seine «avec ses bateaux et ses ponts, illuminée et miroitante comme un tableau de Monet».

04/12/2012

Une inauguration, réjouissante

Dix ans qu'on l'attendait, et il sera inauguré aujourd'hui, par François Hollande: le Louvre-Lens, l'annexe du plus grand musée du monde, délocalisée dans le pays minier du Nord-Pas de Calais.

L'unanimisme est rarement ce qu'il y a de plus intéressant en politique. Il n'empêche, pour le coup, on n'a rien à redire à ce projet. Sans même avoir encore eu le temps de faire un saut à Lens pour visiter ce nouveau musée, on applaudit des deux mains à sa création. Tout comme on avait trouvé très bien son jumeau: le Centre Pompidou-Metz. On voit même quelque chose de fondamentalement rassurant dans le fait que ces deux projets d'extension en régions d'institutions culturelles nationales aient été lancés à l'époque par le Président Chirac, et soient aujourd'hui assumés par son successeur Hollande. Cela veut dire que, par delà la traditionnelle fracture politique gauche-droite, il y a une double conviction commune.

Celle que, en Culture comme dans tout le reste, il n'y a rien de plus pénible que le parisianisme – et c'est un parigot qui l'admet, bien volontiers. Et la conviction que, oui, la Culture aussi peut servir comme outil de revitalisation économique de territoires longtemps délaissés, et effectivement léprosés. Pour être déjà allé quelque fois à Lens, on connaît un peu cette ville et cette région difficiles, et on ne peut que leur souhaiter de connaître une ascension aussi fulgurante que, par exemple, celle que connut ces dix dernières années l'Espagnole Bilbao, grâce au Guggenheim.

Alors, oui, il y a bien, entendait-on ce matin, sur l'une ou l'autre radio, les réserves qu'émettent quelques esprits chagrins. Qui s'irritent du coût de tels grands projets, en ces temps d'austérité budgétaire extrême. Ou qui s'attendent déjà à ce que le nouveau musée nordiste serve péniblement, ces prochains mois, de faire-valoir à tous les barons socialistes locaux ou régionaux, qui s'y précipiteront dans l'espoir de ramener la couverture politicienne à eux. Peut-être. Sans doute.

Mais, face aux enjeux qu'un tel investissement représente pour ces régions, face à l'importance symbolique que revêt aujourd'hui cette inauguration, ces controverses ne parviennent pas à entamer notre satisfaction.

15/11/2012

Une condamnation, confirmée

Personnalités, Dati, Médias, Femmes, Justice, Paris, ArtsA propos des choix journalistiques du moment, dont on parlait hier, on n'a pas été emballé par l'avidité dont, dernièrement, les médias ont fait preuve, concernant l'ex-Garde des sceaux Rachida Dati: la procédure en reconnaissance de paternité qu'elle a engagée, relative à sa fille. On ne s'autoriserait pas à faire la leçon à la corporation, mais on se permet de signaler que, tant comme journaliste que comme citoyen, on n'est pas du tout intéressé de savoir qui est le géniteur de cette enfant. On trouve même que cela ne nous regarde pas. La tyrannie du «buzz» en a décidé autrement, donc la presse en a fait ses choux gras. Au passage, on a remarqué (ici, notamment) qu'on n'était pas le seul journaliste à en être un peu gêné.

Sinon, Rachida Dati a eu une autre actualité qui, elle, a été assez peu répercutée par les médias. Moins racoleuse, même très parisienne, elle n'est pas anodine, pour autant. Puisque l'ex-ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy vient... de se faire une deuxième fois condamner par la justice.

Cela concerne une affaire dont on a déjà parlé (relire ici): le "Mur de la Paix" de Clara et Marek Halter, sur le Champ de Mars: dans ce septième arrondissement dont Rachida Dati est la maire. Lors des nombreuses critiques publiques qu'elle fit de cet édifice, l'ex-ministre attribua à ses auteurs des «méthodes et déclarations mensongères», et leur reprocha de «galvauder l'idée de Paix, en l'associant à une structure qui bafoue les lois de la République». L'an dernier à la même époque, cela lui valut une condamnation, pour diffamation. Un jugement que l'intéressée avait alors dénoncé comme «invraisemblable, fondé ni en fait ni en droit». Cette condamnation n'en vient pas moins d'être confirmée: la semaine dernière, par la Cour d'appel de Paris. Qui a donc, elle aussi, mis à l'amende Rachida Dati.

22/10/2012

Un prix à payer

Un nouveau cinéma ouvrira ses portes ce mercredi, à Paris: Porte des Lilas. A cette occasion, une étude interne vient d'être remise à la mairie, consacrée aux évolutions du paysage cinématographique dans la capitale, de 2000 à 2015. Elle gratifie la «Ville lumière» d'«un tissu de salles unique au monde», qui ferait de cette ville la «capitale mondiale du cinéma».

Concrètement, dans les trois ans à venir, «si tous les projets annoncés (d'ouverture de salles) voient le jour», Paris comptera 431 écrans de cinéma. Soit un pour 6000 habitants, et 62 de plus qu'en 2000. Pour autant, le nombre de cinémas parisiens ne s'est pas envolé: 88 en 2015, contre 89 il y a douze ans. Explication? Les nombreuses salles qui ont fermé dans la capitale ces dix dernières années ne comportaient le plus souvent qu'un seul et unique écran – jamais plus de trois, en tout cas. En revanche, les établissements ouverts pendant la même période, eux, sont des multiplexes: cumulant plusieurs écrans.

Qui dit multiplexes dit souvent gestion par de grands groupes, et pas rarement programmation standardisée, voire commerciale. La mairie ne nie pas ces «phénomènes de concentration liés au développement des multiplexes». Mais les juge inévitables. Les onze fermetures de salles ces deux dernières années dans la capitale ont été dues à des «facteurs économiques (augmentation très importante dans certains quartiers des baux commerciaux) et architecturaux (impossibilité de rénover ces salles dans de bonnes conditions). Vu l’importance des investissements nécessaires à la création de nouvelles salles il est logique de retrouver, comme porteurs de ces projets, les trois grands circuits de l’exploitation parisienne»: les groupes UGC, Pathé-Gaumont, et MK2.

Pour autant, assurent les autorités, «les salles de cinéma art et essai indépendantes résistent bien». Paris en compte aujourd'hui 38. Et le prochain «Louxor» (vieux cinéma Art déco du quartier Barbès, restauré) sera confié à un exploitant indépendant. Son inauguration, au printemps, sera un événement: la dernière ouverture de salle de ciné parisienne indépendante remonte à... 1996.

Cela dit, le «maintien d’une exploitation art et essai indépendante, véritable spécificité parisienne et gage d’une diversité de l’offre cinématographique», n'est rendu possible que grâce aux aides et subventions de fonctionnement que les pouvoirs publics accordent à ces salles. Sans cela, le circuit indépendant ne survivrait pas, face au gros business du ciné commercial. Et soutenir ce secteur à bout de bras a un coût, non négligeable, pour les finances municipales: près de 950.000€ chaque année.

Le prix à payer, sans doute. Pour, à Paris, conserver une certaine diversité dans le monde du ciné.

18/10/2012

«Un saccage», selon le Front national

Le Front national s'est trouvé un nouveau cheval de bataille, dans la capitale. Où, au passage, il a toujours réalisé des scores électoraux lilliputiens. La formation de Marine Le Pen est partie en guerre, hier, contre un projet d'intervention artistique spectaculaire: visiblement trop audacieux pour l'extrême droite.

Cette installation consisterait à encadrer l'Arc de Triomphe d'une monumentale structure de tubes en inox. Cet écrin d'acier, d'une cinquantaine de mètres de hauteur et de largeur, servirait de support à la projection sur le monument, la nuit tombée, des drapeaux de tous les pays ayant participé à la Première Guerre mondiale, dont on célébrera le centenaire dans deux ans. L'installation demeurerait pendant quatre ans. Son coût (entre 14 et 23 millions d'euros) serait pris en charge par des mécènes publics et privés. Selon son concepteur, le sculpteur Vincent Treu, elle pourrait attirer quelque 18 millions de curieux à Paris, et donc rapporter des rentrées économiques considérables à la capitale. Si vous voulez avoir une idée de ce que cela donnerait, une photo ici  et une vidéo .

Pour Wallerand de Saint-Just, le patron du FN de Paris, il n'est pas question de donner «un sou d’argent public pour ce projet qui enlaidira un des monuments les plus beaux et les plus symboliques de Paris». Ce projet relèverait même du «saccage». Le FN exige que le centenaire de la Grande guerre «soit célébré plus dignement, et de façon plus économe des deniers du contribuable».

Chacun est, bien sûr, parfaitement en droit d'apprécier, ou non, ce projet d'installation.

On notera juste que si, il y a un quart de siècle, on avait écouté les arguments comme ceux du FN, Paris n'aurait jamais autorisé le sculpteur Christo à empaqueter le Pont Neuf. Or, en 1985, les images de cette spectaculaire installation firent le tour de la planète. L'intervention fut assez unanimement considérée comme étant à la fois une prouesse technique impressionnante, et un geste artistique majeur, qui renouvela le regard porté par le grand public sur le plus vieux pont de Paris. Et, pendant ses trois semaines d'existence, ce Pont Neuf empaqueté de rose attira dans la «Ville lumière» d'innombrables visiteurs, venus du monde entier pour l'admirer.

04/10/2012

Un rappel si bienvenu

«Un campement de gens du voyage, en bordure de Paris: porte de Choisy». Ce sont les premiers mots de la journée qu'on a entendus: au radio-réveil, ce matin. Pas bien réveillé, on en a déduit qu'une fois de plus, un camp de Roms avait été évacué à l'aube par les autorités, en banlieue parisienne. Et bien non: pas du tout.

Cela rappelait ce que furent les conditions de vie d'un gamin, qui, néanmoins, devint un des plus grands noms de la musique française du siècle dernier.

Django Reinhardt, en l'occurrence. Qui, dans les années 20, après sa naissance à l’arrière de la roulotte familiale, dans la campagne belge, passa son enfance dans un bidonville de «La Zone», ainsi qu'étaient dénommés, à l'époque, les taudis squattant l'aire des anciennes fortifications de Paris, avant qu'on y construise le périph'. La (décidément épatante) Cité de la Musique consacre une expo à ce grand musicien. Outre qu'elle a l'air passionnante, elle tombe à merveille, se disait-on ce matin.

Car, honorer la mémoire de celui qui joua sur scène avec Duke Ellington ou Dizzy Gillespie, c'est rappeler aux Français, de manière si bienvenue, que la culture et le monde des gens du voyage, cela ne peut se résumer à l'image, si stigmatisante et dégradante, qu'en donne l'actualité dans ce pays, ces dernières années: la misère, la délinquance, la crasse.

21/09/2012

Un encouragement

Paris, ArtsOn ne voit vraiment que cette inscription, dans les rues de notre onzième arrondissement, en ce moment. Depuis cet été, on la retrouve absolument partout. Sur tous les supports possibles et imaginables: murs, containers, pallissades de chantier, panneaux de signalisation, macadam, et on en passe. Une belle écriture, ronde et vive. Peinturlurée chaque fois dans une couleur différente. Visiblement, le ou la quidam à son origine a passé l’essentiel de ses journées, ces dernières semaines, à diffuser son message dans toute la ville. Pour qu’il soit vu par le plus grand nombre possible de gens.

 

Un message qui se résume à un mot, ponctué d’un point d’exclamation: «vis!»

 

On ne sait si l’auteur de ce mot est motivé par la gravité de la crise ambiante. Et par son  cortège de difficultés qu’elle entraîne, dans l’existence quotidienne de tant de gens – de Parisiens, notamment. Mais tous ces derniers, qui sait, en apercevant son exhortation, y verront un encouragement anonyme à tenir le coup, à relever la tête, et à s’accrocher – vaille que vaille sans doute, mais coûte que coûte.

 

Il n’est pas rare de voir, dans les rues de Paris, des messages anonymes de ce type (cfr ici, par exemple). On les aime plutôt bien. On leur trouve, comment dire, une dimension altruiste, voire affectueuse, bienvenue, en ces temps pas faciles.

14:00 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, arts

20/09/2012

Un air de nostalgie

Paris, Arts, Personnalités, Histoire, ChiracOn parlait hier de Jacques Chirac. On aperçoit son portrait de temps à autres, en ce moment, dans les rues de Paris. Et dans celles de notre onzième arrondissement, notamment. Visiblement, l'ex-Président inspire les artistes urbains. Qui, dans ce pochoir, le représentent affublé d'une de ses mimiques les plus mémorables.

On a été assez surpris, en tombant nez à nez avec la bobine de l'ex-chef d'Etat, au hasard de nos pérégrinations dans la capitale. Car, finalement, il y a dix ans, qui aurait osé parier que Jacques Chirac deviendrait un sujet d'art populaire? Lui qu'il était de si bon ton de railler. Lui, «Supermenteur» moqué par Les Guignols et pourchassé par les juges. Lui, le candidat sortant historiquement si impopulaire, au bilan présidentiel si maigre. Lui qui, en 2002, ne dut sa réélection qu'à la configuration si inhabituellement fracassante du second tour de la présidentielle: l'extrême droite ou moi.

Dix ans plus tard, l'image publique de Jacques Chirac semble s'être réduite à celle d'un vieillard bonhomme, incorrigiblement dragueur, cocassement étourdi par l'âge et la maladie – une figure au fond sympathique, qui a l'air d'inspirer une certaine nostalgie.

Les peuples, décidément, ont la mémoire courte. Et les humeurs changeantes.

19/09/2012

Une visite particulière

La présentation cette semaine – aux autorités et aux médias – du nouveau département du musée du Louvre. Consacré aux Arts de l'Islam, il ouvrira samedi au grand public. Pour ne s'attacher qu'au contenant, il est marqué par un spectaculaire geste architectural. Ces collections, en effet, sont abritées sous une vaste verrière ondulante, qui surplombe la Cour Visconti: «voile doré de verre et de métal, qui respecte les façades historiques tout en ornant le bâtiment d'un élément d'une grande originalité». Pour la direction du Louvre, ces 2800 m2 de nouveaux espaces d'exposition et la manière dont on les a agencés représentent «une étape décisive dans l'histoire architecturale du palais et dans le développement du musée, plus de vingt ans après la création de la Grande pyramide» de Ieoh Ming Pei.

C'est l'aboutissement d'un projet vieux de plus de dix ans. Projet que Jacques Chirac, quand il était aux affaires, avait toujours appuyé.

Aujourd'hui, cependant, les médecins et l'entourage de l'ancien Président (1995-2007) l'ont jugé trop affaibli pour qu'il participe aux cérémonies et autres mondanités d'inauguration du nouveau lieu. Aussi, très discrètement, à la fin de la semaine dernière, une visite guidée particulière a été organisée rien qu'à son attention. Il a donc eu tout le loisir de découvrir les lieux à son rythme, en compagnie du grand patron du Louvre ainsi que de la ministre de la Culture. Et loin des caméras.

14/05/2012

Un (autre) candidat

L'ex-candidat Hollande sera donc investi en grande pompe, demain. Sera intronisé, en somme: le cérémonial de ces rituels républicains de passation de pouvoirs est tellement empesé que, demain, la France ressemblera plus que jamais à une monarchie républicaine. Et l'audimat des JT ou des retransmissions en direct des cérémonies montrera une fois de plus que les Français adorent cela.

L'ex-candidat Hollande s'efface donc, pour devenir le Président Hollande. Il faudra s'habituer à cette appellation.

Dans le même temps, dans les rues de Paris, les murs continuent d'être ornés d'affiches électorales appelant à voter pour... un candidat parfaitement inconnu, lui.

Personnalités, Elections présidentielles, Paris, Arts Il s'appelle Evelin Philibert. Nulle trace de lui dans les encyclopédies ou dans les dictionnaires de noms propres – à moins que cela nous ait échappé. Tout aussi inconnu au bataillon est son alter ego, dont le portrait est lui aussi affiché un peu partout sur les murs de la capitale, en ce moment: un certain Louison Rego.

Evelin et Louison. Physionomie surannée, patronymes désuets, obscurité de leur message: sur leurs affiches, pas un slogan, pas un engagement, pas un renvoi vers un site web, qui expliciterait la raison de leur présence ici, et dans une telle posture électorale.

C'est bien. C'est l'art urbain. Chacun y voit, ou pas, ce qu'il veut bien. Puis passe son chemin.

31/01/2012

Un toupet

Nicolas Sarkozy n'est donc pas encore officiellement candidat à un nouveau mandat. Dimanche soir, à la télé, il a répété que sa priorité devait continuer à aller à la conduite du pays, par ces temps de crise. Mais, le moment venu, «je ne me déroberai pas», a-t-il aussi confirmé, et ce moment «approche». Aucune surprise à attendre, dès lors.

Nicolas Sarkozy n'est pas encore officiellement candidat, mais la page web intitulée http://www.nicolassarkozy2012.fr/, elle,existe déjà. Et elle est squattée par une intruse. La dame officie dans un tout autre domaine que la haute politique. Mais, avec un toupet assez comique, elle a manifestement jugé que cette usurpation de nom de domaine lui serait profitable, en termes de pub.

Cela fait des semaines, voire des mois, que l'effrontée sévit à cette page. Au vu et au su de tout le monde politique, et donc y compris des services de l'Elysée. Il n'empêche, malgré tout ce temps, les pandores (électroniques) ne l'ont visiblement pas encore délogée de cette adresse hautement fatidique.

D'où la question qui, plus que jamais, s'impose: mais que fait la police?

24/11/2011

Une croisade, une condamnation

Revenons sur le terrain strictement parigot-parisien. Pour relever que la France compte désormais un ex-Garde des Sceaux... condamné en justice. Comme elle avait déjà un ministre de l'Intérieur ayant connu le même sort (Brice Hortefeux, reconnu coupable d'injure raciale).

Cette fois, c'est de Rachida Dati dont il s'agit. Il y a quelques jours, l'ex-ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, par ailleurs député européen et maire du septième arrondissement parisien, a été reconnue coupable de diffamation. Elle a été condamnée à une amende (avec sursis) de 2000€ et au paiement de 7000€ de dommages et intérêts et de frais de justice.

C'est le couple Clara et Marek Halter (elle artiste, lui écrivain bien connus) qui est à l'origine de ce camouflet judiciaire. En cause, le "Mur de la Paix", qu'ils ont créé sur le Champ de Mars à l'occasion des festivités pour le passage à l'an 2000. Dû au grand architecte Jean-Michel Wilmotte, inspiré librement du Mur des Lamentations de Jérusalem, il est constitué de douze panneaux de verre déclinant le mot "Paix" en 32 langues et 13 alphabets différents. Des messages peuvent être glissés dans des interstices ménagés entre les panneaux.

Rachida Dati déteste cette oeuvre. Elle a même lancé une pétition contre elle. Elle juge illégal le maintien de ce monument qui, à l'origine, n'était que temporaire. Et considère qu'il obstrue la perspective, classée, qui va de l'Ecole militaire jusqu'à la Tour Eiffel.

Dans sa croisade contre ce Mur, l'ex-ministre de la Justice a publiquement accusé les époux Halter de «méthodes et déclarations mensongères», et leur a reproché de «galvauder l'idée de Paix, en l'associant à une structure qui bafoue les lois de la République». A la suite de ses propos, les dégradations infligées au site (graffitis antisémites, etc.) ont redoublé.

En riposte à cette campagne, a vu le jour une association pour la pérennisation de l'installation. Elle regroupe quantité de personnalités du monde artistique (Anouk Aimée, Daniel Mesguich, Marie-Christine Barrault, etc.), intellectuel (Edgar Morin, Philippe Sollers, Julia Kristeva, etc.) ou politique, de gauche (comme Martine Aubry ou Lionel Jospin) et de droite (comme Jean-François Copé, les ministres Bachelot et Bertrand, ou l'ex-Premier ministre Raffarin). Tous prônent le maintien ad vitam, au Champ de Mars, de cet «hymne à la vie, dédié à un mot universel et chaque jour plus nécessaire», d'autant qu'il s'agit là «de l'unique monument pour la paix, dans un pays où abondent les monuments aux victimes des guerres».

Mais Rachida Dati n'est pas du genre à se laisser faire. Elle n'en démord pas. Dès qu'il est tombé, elle a donc fait appel du jugement la condamnant, que son avocat a qualifié de «jugement invraisemblable, fondé ni en fait ni en droit».

Dès lors, le débat va continuer de faire rage. A Paris, on n'a pas fini de s'énerver sur le sujet, dans les beaux quartiers.

28/09/2011

Un respect, ou pas

femmes,gouvernement,artsOn parlait des femmes, hier. Dernièrement, dans nombre de rues de notre onzième arrondissement, un artiste anonyme a apposé des affiches sur lesquelles est dessiné un tronc de femme nue. Sans autre mention, slogan ou inscription donnant au passant une clé pour décoder son oeuvre. Juste un dessin – très beau, au demeurant.

 

Et, ce qui est vraiment frappant, c'est de voir combien, jour après jour, cette œuvre demeure, la plupart du temps, parfaitement intacte. Ni dégradée, ni arrachée, ni tagguée, ni raturée, ni recouverte par d'autres créations  – comme c’est le lot habituel, à Paris ou ailleurs, de la plupart des œuvres d’art urbain, dont la durée de vie est souvent très courte.

 

Mais là, rien. Pas grand monde ne semble toucher à cette représentation du corps féminin. Qui, dès lors, continue à fièrement embellir la vi(ll)e.

 

Hier, en le constatant une nouvelle fois dans notre quartier, on a pris le parti d'y voir un signe avant-coureur d'un plus grand respect pour les femmes, dans ce pays. Pays où, faut-il le rappeler, l'affaire Strauss-Kahn a remis en lumière l’ampleur encore, dans l'opinion, du machisme, du sexisme et du beaufisme.

 

femmes,gouvernement,artsCet accès soudain d'optimisme (mesuré), on trouvait qu'il était plutôt bienvenu, le jour de la prise de fonctions, au gouvernement, du nouveau ministre des Sports, David Douillet. Quel rapport ? Ce David Douillet eut un jour, il n’y a pas si longtemps, une petite phrase effarante d'irrespect: «On dit que je suis misogyne, mais tous les hommes le sont, sauf les tapettes».

 

Réussir, en quinze mots, à cumuler misogynie et homophobie, cela méritait assurément une promotion gouvernementale.

 

Encore bravo.