06/02/2012
Une année faste
C'est un peu dur à écrire, alors que deux quotidiens («France Soir» et «La Tribune») viennent de disparaître des kiosques, mais, malgré tout, 2011 fut une année faste pour la presse quotidienne nationale (PQN) en France. Au passage, cela n'a pas l'air d'avoir été le cas en Belgique, où, si l'on se souvient bien d'une dépêche vue en coup de vent la semaine dernière, les chiffres relatifs à la diffusion payante des journaux ont, une fois de plus, été mauvais.
Dans l'Hexagone, en revanche, les quotidiens nationaux ont cessé de perdre des lecteurs (+0,04%). Dans le détail (voir ici ou là), cela donne +1,34% pour «Le Figaro», +2% pour «Le Monde», +3,3% pour «Les Echos», ou carrément +5,4% pour «Libération». L'autre jour, le directeur de ce journal, Nicolas Demorand, y est allé d'un cocorico (ici). Selon lui, cela indique «qu’il n’y a pas de fatalité. Qu’un titre de presse peut reconquérir des lecteurs, sur tous les supports. Qu’il peut faire entendre sa voix dans un paysage médiatique saturé».
En tout cas, cela indique qu'en 2011, l'actu a été porteuse pour la «grande presse». Ainsi, c'est la saga DSK qui a permis à «Libé» de réaliser ses dix meilleurs ventes de l'année. Au-delà de cette rocambolesque affaire et rien qu'au plan franco-français – sans rappeler donc les révolutions arabes, la crise mondiale, etc – l'an dernier, l'actu chaude, ici, n'a pas arrêté. Le «Karachigate», les procès Chirac et Villepin, l'«affaire Bettencourt-Woerth», la libération des deux journalistes otages des talibans, les élections cantonales, les déboires tunisiens de Michèle Alliot-Marie, le scandale sanitaire du «Mediator», les primaires socialistes, etc, etc.
Bref, les journalistes PQN de France n'ont pas arrêté, l'an dernier. Le public a suivi, donc. Tant mieux (pour eux); quitte à bosser...
12:15 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : presse, médias, economie, journalisme
20/01/2012
Une flambée
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Dans la «Ville lumière», l’ère de l’euro aura donc été «particulièrement favorable aux propriétaires», en termes de plus-values en cas de revente de leurs biens, se réjouit l'agence immobilière en ligne Efficity. C’est une façon de voir les choses. Une autre est de prendre le point de vue des candidats-acquéreurs. Vu sous cet angle, «depuis 2000, l'écart entre l'augmentation des prix des logements et celle des revenus des ménages ne cesse de se creuser (+ 86% contre + 25% sur la période 2000-2009). La solvabilité des ménages français s'est donc nettement dégradée. Une famille qui se serait endettée sur 14 ans en 2000 aurait dû s'endetter sur 31 ans en 2008».
Avec des prix désormais situés entre, en gros, 6000 et 12000 euros le mètre carré, selon l’arrondissement, faut-il encore se demander pourquoi, en dix ans, Paris est devenue une ville de bobos? Du reste, selon la même étude, cette flambée de l’immobilier n’a pas concerné que la capitale. Ainsi, depuis 2000, «les prix ont progressé de 136% à Lille, 118% à Toulouse et 111% à Marseille».
Les sondages, de longue date (voir par exemple ici), indiquent que 65% des Français jugent difficile de trouver un logement. Cette proportion passe à 71% chez les 18-29 ans. 64% des primo-accédants ont rencontré des difficultés pour trouver un logement correspondant à leurs attentes. Ils sont presque aussi nombreux (57%) à avoir peiné à trouver un financement correspondant à leurs besoins, pour acquérir ce logement.
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14:50 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, logement, economie, social, gouvernement
12/01/2012
Un «effet papillon»
C'est un exemple de la théorie selon laquelle «le monde est un village», désormais global. Une illustration de ce qui est appelé aussi l'«effet papillon»: «un battement d'aile de papillon à Paris peut provoquer quelques semaines plus tard une tempête sur New-York».
Cela se passe à Paris. Sur un sujet qui n'est pas d'un intérêt planétaire, mais qui, en un de ses aspects, renvoie à des logiques mondiales dépassant complètement le Parisien.
Cela concerne l'annonce faite en début de semaine par la mairie. Qui a déclaré la guerre... aux mégots de cigarettes. Chaque année, dans les rues ici, les services de nettoyage en ramassent... 315 tonnes. Une consoeur du «Figaro» a eu l'amabilité de faire le calcul: «Sachant qu'une cigarette pèse à peu près 90 grammes, cela représente plus de 350 millions de clopes» consommées chaque année dans Paris, leurs résidus étant ensuite jetés sur la voie publique. A terme, quiconque sera surpris en train de balancer un mégot dans le caniveau sera passible d'une amende de 35 euros.
Pourquoi pas. A ceci près que Paris diffère sur un point au moins d'autres capitales internationales qui, comme Singapour ou Tokyo, font la chasse aux fumeurs-pollueurs.
Dans la «Ville lumière», les cendriers publics sont rares. La mairie en est bien consciente, qui vient d'annoncer que, dans les mois à venir, leur nombre passera de 2.000 à 20.000.
On les trouvera sous la forme d'«éteignoirs». Il s'agit de ces petites plaquettes métalliques perforées qui sont apposées sur les cerclages supérieurs des poubelles, qui permettent de bien écraser sa cigarette, puis de s'en débarrasser dans ladite poubelle sans lui mettre le feu.
Très bien. Mais, la pollution des rues de Paris par les mégots ne datant pas d'hier, pourquoi donc les poubelles de rues ne sont-elles pas, depuis belle lurette, déjà équipées de tels «éteignoirs»? C'est ici que l'on retrouve notre «effet papillon».
Les «éteignoirs» qui figuraient jusqu'à présent sur ces poubelles n'y ont pas subsisté longtemps: en majorité, ils ont été rapidement dérobés. Pourquoi? Parce que le métal les constituant, l'inox, a vu son cours flamber sur les marchés mondiaux. Du coup, ces plaquettes métalliques a priori si anodines, et toujours très crasseuses, sont très prisées par les malandrins, qui les dérobent, les stockent, puis les revendent en masse à des grossistes profitant de la flambée des cours mondiaux de l'inox.
La mairie de Paris prévoit donc que la prochaine génération d'«éteignoirs» ne sera plus en inox. Mais dans «un matériau composite» qui aura un double avantage. D'une part, il résistera aux températures très élevées des bouts de cigarette incandescents. D'autre part, il n'aura pas la moindre valeur marchande. Ce qui permettra d'«éviter le pillage en règle» de ces écraseurs de clopes.
Rien n'est jamais simple, décidément, dans la gestion de la cité.
12:21 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, propreté, environnement, santé, tabac, economie, art de vivre
11/01/2012
Un «faible engouement»
Le début des soldes, ce mercredi. Ce matin à la radio, on entendait un «micro-trottoir» qui donnait la parole à des Parisiens ayant fait le pied de grue dès 6h30 devant les grands magasins du quartier Hausmann. Encore dans un demi-sommeil guère dynamique, on hésitait entre l'admiration envers l'énergie matinale de tous ces lève-tôt, ou l'agacement devant cette tradition consumériste qui, jusqu'au 14 février, va transformer les boutiques de Paris en champs de bataille hystérisés.
Un peu moins hystérisés que d'habitude, cela dit, peut-être.
Selon une étude de l'Observatoire des soldes – oui, ça existe –, ces soldes-ci suscitent un «faible engouement» dans le grand public. L'intérêt pour cette tradition commerciale ne serait plus en augmentation, mais en «stagnation» par rapport à cet été, voire en «décrochage» par rapport aux soldes de janvier. Pourtant, les soldes d'hiver sont «traditionnellement plus prisés que ceux de l'été». Certes, 61% des Français ont bien l’intention de sacrifier à ce rituel, «mais c’est moins que l’année dernière à la même saison (-6 points)». Et «cette baisse se constate chez toutes les catégories de Français quel que soit le sexe, l’âge et le niveau de revenu, avec une chute spectaculaire chez les jeunes (-14 points)». Dès lors, comme cela avait déjà été le cas pour les soldes «très décevants» de l'hiver 2011, «2012 pourrait suivre la même tendance».
Même si chaque Français qui fera les soldes ces prochaines semaines y consacrera un budget moyen de 221€, ce qui n'est tout de même pas rien.
11:38 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, economie, art de vivre
06/01/2012
Une pagaille d'anthologie
Difficile d'achever la semaine sans évoquer l'incroyable pagaille qui, depuis le 1er janvier, règne dans nombre de magasins – à Paris comme en province. Pagaille due au changement intervenu dans les taux de TVA, dans le cadre du dernier plan de rigueur gouvernemental. Le relèvement (de 5,5% à 7%) du taux de la TVA réduite pour toute une série de produits, mais pas pour toute une série d'autres, a plongé nombre de commerces dans une confusion considérable. A Paris ces derniers jours, c'était parfaitement notable dans les boulangeries, par exemple.
Le client doit désormais se voir facturer un taux de TVA distinct selon notamment que les aliments achetés sont destinés soit à être emportés, soit à être consommés sur place. Déjà pas trop simple à gérer au moment du passage en caisse. Exemple? La quiche emportée froide est frappée d'une TVA à 5,5%. Mais, si elle est réchauffée dans le micro-ondes de la boulangerie, sa TVA passe à 7%. Même différence entre le sandwich et le panini. Mais les chocolats ou macarons vendus dans la même boulangerie continuent, eux, à être taxés à 19,6%. «Nous sommes totalement perdus. En terme de complexité, je crois qu'on ne peut pas mieux faire», s'est énervé, dès le début de la semaine, le patron de la confédération de la boulangerie-pâtisserie française.
En milieu de semaine, constatant la pagaille, le ministère de l'Economie a sorti une note explicative (30 pages!) censée simplifier le casse-tête. Il en résulte que le cornet de glace acheté chez le glacier et le cône industriel Igloo ou Ola acheté au supermarché seraient frappés de deux taux de TVA différents. Idem pour le sandwich s'il est garni ou non de mayonnaise. Idem pour une boisson selon qu'elle est vendue dans un gobelet en carton ou en canette. En revanche, les chips et viennoiseries auraient toujours le même taux de TVA, qu'ils soient achetés ici ou là.
Tout cela au conditionnel, parce que la note de Bercy a eu l'effet exactement inverse de celui qu'elle recherchait: dans les petites commerces (ceux de notre quartier, en tout cas), le fouillis est tel que plus personne ne s'y retrouve: ni le commerçant, ni le client.
Encore bravo.
12:22 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : economie, gouvernement, gastronomie, art de vivre
05/01/2012
Une frénésie, ou pas
Rien ne change, d'une année à l'autre. Une fois de plus, en ce début d'année, notre boîte mail, à «La Libre», se retrouve complètement embouteillée, voire parfois paralysée, par les milliers de gigaoctets que pèsent les innombrables dossiers de presse rutilants que les services de com' des grands magasins parisiens se sentent obligés de nous adresser, chaque fois que les soldes approchent. Le même embouteillage électronique, dû à la même cause, avait été de mise, comme les années précédentes, au mois de décembre. Comme si on passait nos journées de travail à écrire des articles recommandant aux lecteurs d'aller acheter tel ou tel cadeau de Noël ou de profiter de telle ou telle promo au «Printemps», aux «Galeries Lafayette» ou au «BHV» ...
Cela dit, l'habituelle frénésie, voire hystérie, sera-t-elle de mise dès le lancement de ces soldes, dans les grands magasins de Paris?
A en croire un sondage (ici), près d'un Français sur deux compte diminuer son budget soldes, cet hiver. De manière plus générale, d'ailleurs, à en croire une autre étude (là), dans les mois à venir ce sont deux tiers des Français qui réduiront leurs dépenses et celles de leur famille. Mais, d'un autre côté, affluence aux caisses et dans les rayons il pourrait bien y avoir, due à un autre facteur: sept Français sur dix ont reporté certains de leurs achats, dernièrement, dans l'objectif précisément de profiter des bonnes affaires présumées de janvier.
Pendant la période des fêtes de Noël, déjà, 28% des Français avaient fait savoir (ici) qu'ils comptaient revoir à la baisse leurs dépenses pour l'occasion. Et ce malgré le fait qu'ils s'étaient serré la ceinture les moins précédents, dans l'espoir, justement, de pouvoir de ne pas trop regarder à la dépense lors de leurs achats de Noël.
Des achats qui néanmoins, malgré la crise, continuent à mobiliser un budget important. A l'occasion des fêtes de Noël, chaque foyer français a dépensé en moyenne un montant évalué (là) à 606€. C'est un budget en hausse de 1,9% par rapport à l'an dernier.
Et on trouve ce montant assez énorme. Pour mémoire, 606€ c'est, en gros, la moitié d'un salaire minimum.
12:55 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, social, art de vivre, paris
22/12/2011
Une société «qui marche sur la tête»
Hier après-midi à notre kiosque à journaux favori, place St-Ambroise, dans le onzième. Le kiosquier oscille entre satisfaction et irritation. En moins de deux heures, sa pile de journaux «Le Parisien» a été épuisée: autant d'invendus de moins à gérer. Mais, si ce journal s'est si bien vendu, c'est grâce à un sujet de Une pour le moins léger, sur le fond, par rapport à l'avenir du monde, etc: l'arrivée prochaine du footeux-modeux David Beckham au PSG.
Le beau David y gagnera 800.000€ par mois. Bruts, tout de même, les 800.000. Notre copain kiosquier trouve ce salaire éhontément et ridiculement exagéré. «Ce monde est vraiment mal fichu. Cette société marche sur la tête», maugrée-t-il. En pointant du doigt vers une pile de tracts figurant sur son comptoir, que, le matin même, on lui a apportée pour qu'il les mette à disposition de ses clients. C'est une pétition du personnel du service de pneumologie de l'Hôpital St-Antoine: le grand hôpital public de l'Est parisien. En 2012, ce service va fermer et être transféré. Ainsi l'exigent l'Assistance publique et son plan de restructuration et d'assainissement financier. «Diminution du nombre de lits d'hospitalisation», lit-on. «Suppressions d'emplois». Rideau tiré sur «une équipe médicale et paramédicale qui, pendant les vingt dernières années, a développé des compétences reconnues permettant la prise en charge de patients atteints d'un cancer bronchopulmonaire». «D'un côté, on dépense 800.000€ par mois et, de l'autre, on ferme des lits d'hôpitaux. Ca ne va vraiment pas», s'irrite notre interlocuteur.
Il est le premier à convenir que les deux événements n'ont absolument rien à voir l'un avec l'autre, et qu'ils ne peuvent donc être mis en rapport. Mais trouve tout de même extrêmement fâcheuse la simultanéité de ces deux actualités. «Cette société marche sur la tête», donc.
Comme ça, d'emblée, on ne trouve pas trop d'arguments percutants à lui opposer. De toute manière, aujourd'hui comme hier et comme demain, on est pressé: pas le temps de refaire le monde dans de grandes discussions. Et puis, finalement, nous aussi, on le trouve assez malencontreux, ce hasard ayant conduit à la collision, le même jour, de ces deux actualités. Et, nous aussi, on le trouve assez indécent, le montant de ce salaire mirobolant. Pas trop envie, donc, de contre-argumenter, d'expliquer par A+B à notre kiosquier que, non, non, elle ne marche pas sur la tête, «cette société».
On se contente donc d'opiner, de le saluer, et de lui souhaiter, malgré tout, une bonne journée.
11:54 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, social, santé, sports, economie
09/12/2011
Une augmentation impressionnante
C'est la mauvaise nouvelle de la semaine, pour les Parisiens utilisant les transports en commun. Le gouvernement a refusé d'exonérer les transports publics de Paris du passage de 5,5% à 7% du taux réduit de TVA, que le Parlement a récemment voté dans le cadre du dernier plan de rigueur en date. Du coup, les tarifs de ces transports vont eux aussi, dès début janvier, être augmentés: de 1,5%. En haut lieu, on n'a rien voulu entendre de l'argument de la majorité (de gauche) au pouvoir au Conseil régional, selon lequel «les transports publics font partie des produits de première nécessité, comme le chauffage ou l'alimentation», et auraient donc dû continuer à bénéficier d'une TVA à 5,5%.
Au total, quelques 8,5 millions de personnes sont concernées par cette augmentation. En juillet dernier déjà, comme chaque année à cette date, les tarifs des transports avaient été revus à la hausse. Et ce sera à nouveau le cas en juillet prochain – la mesure entrant en vigueur en janvier se superposant, bien sûr, aux augmentations annuelles.
Cela nous mettra le carnet de 10 billets à 12€70, et le billet à l'unité à 1€70.
Pour illustrer l'augmentation impressionnante des tarifs des transports publics en région parisienne, ce pourcentage, qui est confirmé par le STIF, l'autorité organisant ces transports. 42,8%. Avant même cette hausse de TVA, le prix du carnet de métro dans la capitale a crû de 42,8% entre 2000 et 2010.
C'est cela aussi, la vie quotidienne à Paris.
11:34 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, transports, economie, gouvernement
15/11/2011
Une mansuétude (assez curieuse)
En ces temps de plans de rigueur successifs et de mesures d'austérité en cascade, mentionnons ce geste particulier de mansuétude fait dernièrement, en toute discrétion, par le gouvernement. Un geste en faveur du secteur du grand luxe.
Il bénéficie aux établissements hôteliers facturant plus de 200 euros la nuitée à leurs clients. En septembre, le gouvernement, soucieux d'accroître ses recettes fiscales, avait décidé de frapper chacune de ces nuitées d'une taxe supplémentaire, de 2 %. Cette taxe devait s'appliquer dès le début novembre. En fait, elle n'a vécu... qu'une semaine. En effet, le syndicat des hôteliers et des restaurateurs a obtenu (ici) la promesse de son abrogation. Le gouvernement considère que l'hôtellerie sera déjà assez touchée par la hausse (de 5,5 à 7%) du taux réduit de TVA, qui a été décidée entre-temps.
Alors, on peut parfaitement partager le souci des autorités de veiller à la bonne santé du secteur du tourisme. Puisque, d'après les chiffres du gouvernement, ce secteur «emploie directement en France un million de personnes, dans 235.000 entreprises, et un autre million indirectement».
On peut néanmoins douter que cette petite (ex-)taxe de 2% allait vraiment menacer la compétitivité de la France en la matière, l'Hexagone étant depuis belle lurette la première destination touristique mondiale. On peut douter aussi que cette contribution supplémentaire allait mener le secteur de l'hôtellerie de grand luxe à la faillite: à Paris ou à la côte d'Azur, et à longueur d'années, il affiche des taux d'occupation insolents.
Enfin, vu les tarifs que pratiquent ces palaces – en gros, plusieurs centaines d'euros la nuitée – et vu donc les moyens qu'il faut avoir pour y séjourner, on peut douter que 2% en plus ou en moins, sur le montant final de l'addition ou de la réservation, cela allait fondamentalement mettre sur la paille leurs richissimes clients, et donc les faire hésiter à la dépense.
Mais ce n'est que notre avis.
12:02 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : luxe, tourisme, economie, gouvernement, art de vivre
08/11/2011
Une rapacité
Parfois – souvent? –, l'homme est décidément un loup pour l'homme. Ou un requin, ou une hyène, comme on veut. Il s'acharne sur lui y compris quand il est au plus bas, quand il est à terre. C'est ce qu'on s'est dit la semaine dernière. Comme chacun sait, c'était la semaine de la Toussaint, et une étude très d'actualité a confirmé la rapacité de certaines pratiques commerciales, au détriment de clients pourtant déjà particulièrement fragiles, et donc vulnérables.
Cela concerne le secteur des pompes funèbres. Selon l'association de consommateurs UFC-Que Choisir, nombre de professionnels funéraires en France ne respectent pas leurs obligations légales. Ainsi, «plus de six mois après l’entrée en vigueur de l’arrêté fixant un modèle de devis obligatoire, dans 18% des cas, nos enquêteurs sont repartis sans le moindre devis! Pire, seuls 3% des devis récoltés respectent les modèles de devis obligatoires, et 39% s’en rapprochent sans être conformes pour autant». Or, bien évidemment, «sans modèle de devis universel, il est impossible pour les familles endeuillées de comparer les services fournis par différents opérateurs funéraires».
Cette opacité est «un terreau fertile pour renchérir les prestations». Et elle est d'autant plus malvenue que, sur le terrain, le coût d'obsèques peut considérablement varier. Selon cette enquête, hors caveau et concession, ce coût «s’établit à 3098 euros en moyenne. Mais d’un opérateur à l’autre, pour une demande similaire, la facture totale peut considérablement varier: de 1300 euros pour le plus économique à plus de 6101 euros pour le plus onéreux». Un «grand écart tarifaire» qui est notamment dû à la surfacturation, par les sociétés de pompes funèbres, des démarches et formalités administratives, qui sont pourtant des opérations standardisées.
L'Office de la répression des fraudes est donc prié de se bouger: de multiplier ses contrôles et de sanctionner les contrevenants. D'autant qu'on est évidemment là dans le secteur commercial par excellence où l'on peut parler de clients captifs, l'enterrement étant une transaction à laquelle, le moment venu, on ne peut échapper – à l'inverse de la plupart des autres dépenses de la vie courante.
11:35 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : social, economie
07/11/2011
Un air du temps
Sans doute y a-t-il plus motivant pour débuter la semaine, mais c'est comme cela: à Paris, ce lundi est entièrement placé sous le signe de l'austérité. Ce midi, en effet, le Premier ministre François Fillon détaille un nouveau plan de rigueur, destiné à économiser une bonne demi-douzaine de milliards d'euros. C'est le deuxième plan de la sorte en trois mois seulement, un premier tour de vis budgétaire (lui pour une dizaine de milliards) ayant été annoncé cet été.
L'annonce de ces mesures d'austérité survient alors que, ce week-end, un sondage (ici, ou là) est venu confirmer qu'en France également, la population ressent les effets du marasme économique ambiant.
A en croire cette étude, désormais deux Français sur trois (68%) subissent les effets de la crise économique dans leur vie personnelle et celles de leurs proches. Le nombre de sondés déclarant être «beaucoup» affectés par cette crise a crû de 21 à 30% depuis février 2009. Comme toujours, les catégories socio-professionnelles moyennes (artisans, commerçants, employés, etc.) sont davantage touchées que les cadres supérieurs, ce qui est aussi le cas des femmes par rapport aux hommes.
Plus neuf, et toujours s'il faut en croire les enquêtes d'opinion (ici): aux yeux des Français, la dette et les déficits publics constituent désormais le problème le plus important pour le pays (33% de citations), loin devant le pouvoir d’achat (23%) et l’emploi (23%).
C'est bien dans l'air du temps.
11:41 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, social, gouvernement
26/10/2011
Un contraste médiatique
C'est le contraste médiatique de la semaine. Et il illustre une fois de plus le grandissant hiatus qui existe dans le secteur de la presse écrite – en France mais aussi dans d'autres pays – : hiatus entre une presse quotidienne qui, de plus en plus, boit le bouillon et une presse magazine qui, elle, se porte plutôt mieux.
Cette semaine donc, il y a d'un côté «Les Inrocks». Qui, ce mercredi, fête en grandes pompes son 25ème anniversaire. C'est incontestablement une belle réussite dans le marché, disons, de la presse périodique culturelle bobo urbaine branchée (pour faire court). Un marché où l'on a déjà connu tant d'échecs retentissants ces dernières années – voir, pour ne prendre que ce seul exemple, le sort qui fut celui du défunt «Zurban».
Et, d'un autre côté, deux jours plus tôt, on a eu cette opération coup de poing qui a été menée lundi matin à Paris par certaines sections du syndicat CGT de la presse. Quelque 15.000 exemplaires de quotidiens ont été déversés sur la chaussée, devant le siège du patronat de la presse quotidienne nationale, rue La Fayette. L'objectif était de protester contre les plans de licenciement ou de restructuration qui touchent nombre d'organes de presse écrite, en ce moment: «Le Parisien», «La Tribune», les journaux régionaux du groupe Le Midi ou «France Soir» surtout – qui, bientôt, ne paraîtra plus dans sa forme papier et sera diffusé exclusivement sur le net. «Cette action est symbolique, car on veut mettre le papier à la rue comme à «France Soir» et à «La Tribune»! C'est un gâchis!», fulminait un syndicaliste, lundi.
Dernièrement, au Parlement, Frédéric Mitterrand, encore lui, était invité par des députés de l'opposition à se bouger un peu plus pour préserver le pluralisme et la diversité de la presse écrite. «Le paysage de la presse française ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui» sans l'action du gouvernement, a rétorqué, piqué au vif, le ministre de la Communication. Pour qui «aucun gouvernement ne fait autant pour la presse que celui-ci!»
Au vu du nombre de plans de réduction de l'emploi qui sont à l'oeuvre ou sont envisagés dans ce secteur, les résultats de cet activisme gouvernemental allégué n'ont pas l'air d'être au rendez-vous – pas complètement, en tout cas.
11:28 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : economie, social, presse, médias, gouvernement, personnalités, mitterrand
23/09/2011
Un prix moyen (?)
Le début de l'automne ce vendredi, à Paris comme ailleurs. A 11h04 précisément, paraît-il. Mais une météo si estivale aujourd'hui et toujours autant de touristes dans les rues qu'on ne trouve pas incongru de revenir sur ce qui fut le chiffre de la semaine, concernant le tourisme dans la Ville lumière. 204€. Soit le prix moyen d'une nuit d'hôtel, en chambre double, à Paris. C'est ce qui ressort d'une étude publiée ces derniers jours. Selon elle, en la matière, «la capitale française devient, avec Genève (298€) et Londres (200€), l’une des plus chères d’Europe. En comparaison, le tarif moyen hôtelier parisien coûtait à la même période de l’an dernier 26% de moins, soit 162€».
On a (un peu) sursauté en prenant connaissance de ce chiffre. Car – avis aux jeunes routards qui fréquenteraient ce blog, ou aux voyageurs de tous les âges qui ne pourraient claquer un demi-millier d'euros pour un week-end ici – , dans le Paris qu'on fréquente quotidiennement (en gros: République, Bastille, Haut Marais, etc.), il va de soi qu'on trouve quantité d'hôtels affichant des tarifs nettement moins élevés.
Ainsi, à Paris comme dans nombre de capitales, les hôtels de grandes chaînes (Ibis, Campanile, etc.) baissent leurs prix quand arrive le week-end: quand les quitte donc leur clientèle professionnelle de la semaine. Et Paris regorge bien sûr de petits hôtels de quartier: sans façon mais le plus souvent très corrects.
On se le disait encore pas plus tard qu'hier, en flânant en bordure de Ménilmontant, dans notre onzième arrondissement. Et puis l'autre jour aussi, cette fois dans le quartier Aligre. On y a vu plusieurs petits établissements qui avaient l'air charmants. Certes ni très luxueux, ni aux pieds de la tour Eiffel, mais, familiaux, simples, tranquilles, populaires. Souvent adossés à de très typiques petits bistrots ou restos du coin, ils donnaient vraiment l'impression d'être joliment en symbiose avec leur quartier. Avaient l'air de couler des jours paisibles, en harmonie avec ce Paris (un peu) hors des sentiers battus, que négligent si souvent les visiteurs étrangers pressés et/ou peu imaginatifs.
Et puis sinon, et souvent cela ne se sait pas assez à l'étranger, il y a bien sûr toujours les tarifs imbattables des auberges de jeunesse et foyers (ici), ainsi que du camping de Paris (là). Camping qui, et oui, ouvre toute l'année. Au grand air et au vert par plus de 20 degrés au thermormètre, comme aujourd'hui, cela doit même ne pas être désagréable.
11:34 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, tourisme, economie, art de vivre
21/09/2011
Un slogan assez gonflé (encore)
Décidément, les pubards ne manquent pas d'air, en ce moment. Après Chanel qui se rend involontairement comique en prétendant descendre dans la rue, voilà une grande banque française qui fait très fort. Elle s'offre, ces jours-ci, des pleines pages de pub dans la presse, donc vous avez peut-être aperçu cette campagne. Le visuel? Une petite fille adorable, à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Le slogan? «Le bon sens a de l'avenir». La base line? «S'engager pour ses clients», «Garder les pieds sur terre», et blablabla.
Le problème? Cette campagne vante... le Crédit agricole. A savoir, une des trois grandes banques françaises en train de défrayer la chronique pour être parmi les exposées aux dettes souveraines des pays d'Europe dans le collimateur des agences de notation. Le Crédit agricole est mouillé à hauteur d'une dizaine de milliards d'euros dans ces placements grecs, italiens ou espagnols. Des produits financiers qui apparaissent aujourd'hui si hasardeux qu'on peut douter qu'hier, c'était vraiment faire preuve de «bon sens» et «garder les pieds sur terre» que de s'y risquer.
Le Crédit agricole, qui décidément a le sens de l'humour, défend «une campagne publicitaire en rupture». Car, basée sur les témoignages de ses clients, elle veut «donner la parole aux gens... plutôt que de parler de nous».
En ce moment, en effet, il vaut peut-être mieux, pour l'état-major de cette banque, que l'on ne s'étende pas trop sur ses stratégies d'investissement.
11:23 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : publicité, economie
20/09/2011
Un soupçon de connivence
On parlait hier des soupçons populaires de connivence entre politiques et journalistes. Ces soupçons risquent d'être renforcés par une actu qui, ces derniers jours, a eu autrement moins de retentissement médiatique que le vacarme suscité dimanche soir par l'interview de DSK par l'amie de son épouse, Claire Chazal. Pour preuve de la discrétion du traitement médiatique de cette actu-là: ce week-end, on n'a vu, à son sujet dans la presse, qu'un minuscule articulet: 10 lignes, dans le «JDD».
C'est à propos de cette «niche fiscale» qui, depuis des lustres, bénéficie aux journalistes en France. Elle leur permet de chaque année déduire 7650€ de leur revenu imposable, au titre d'«allocation pour frais d'emploi». On a déjà dit dans ce blog (relire ici) ce qu'on pensait – pas trop de bien – de ce cadeau fiscal.
Et bien figurez-vous qu'en 2012, cet abattement va une fois de plus échapper à l'effort de rigueur budgétaire. En effet, à l'inverse de toutes les autres exonérations fiscales, il ne sera pas raboté de 10% par le gouvernement. Dixit le «JDD»: «Bercy explique que seuls les crédits ou les réductions d'impôts sont concernés (par les mesures d'austérité), pas les modalités de calcul exceptionnelles».
Les journalistes ont donc le privilège de passer au travers des mailles du filet de la rigueur budgétaire, sur cet aspect-là en tout cas. Et ils se gardent bien d'en informer très largement l'opinion, si l'on en juge à la taille microscopique du seul entrefilet qu'on a vu dans les médias sur ce sujet.
Dès lors, la presse ne devra pas s'étonner si, dans une certaine opinion toujours prompte à casser du journaliste, resurgissent des procès en connivence avec la classe politique. Pas s'émouvoir si ce cadeau gouvernemental est décrypté comme révélateur du souci de politiques d'amadouer – de ne pas trop se mettre trop à dos, en tout cas – une caste influente de commentateurs, éditorialistes ou autres faiseurs (supposés) d'opinions. A la veille de l'année électorale cruciale que sera 2012. Encore bravo.
10:05 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : presse, médias, journalisme, economie
13/09/2011
Un souvenir (toujours) douloureux
Sur les Champs-Elysées bientôt, il n'y aura plus de mendiants, a fortiori si ce sont des Roumains. C'est en tout cas l'engagement qu'a pris hier le ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant. A la mairie de Paris, on n'y croit pas du tout. Pour l'équipe du maire socialiste, Bertrand Delanoë, «cet arrêté ne va faire que délocaliser cette délinquance. Encore une fois le ministre de l'Intérieur fait un coup de communication. Il va faire la chasse aux Roms sur les Champs-Elysées pendant un temps, comme il l'a fait pour les vendeurs à la sauvette à la Tour Eiffel, et d'ici quelques semaines, la situation sera la même. Ce type de sanction est totalement inadapté». L'avenir le dira, ou pas.
En revanche, sur les Champs-Elysées toujours mais dans un tout autre domaine, ce qui est sûr et certain, c'est qu'une grande enseigne va prochainement faire son retour. On en avait parlé dans ce blog au printemps (ici), quand la nouvelle avait été ébruitée. Depuis, cela a été confirmé et précisé: le goupe britannique Marks & Spencer revient donc dans l'Hexagone, dix ans après y avoir fermé, du jour au lendemain, ses 17 boutiques et licencié leurs 1700 travailleurs, en 2001.
L'autre jour, n'évoquant que du bout des lèvres ce pénible passé, «Le Figaro» s'est extasié sur ces projets parisiens de M&S. «L'ouverture du magasin amiral des Champs-Elysées est prévue, très stratégiquement, avant décembre et... la ruée des courses de Noël. On y trouvera mode féminine, lingerie et un rayon alimentaire, répartis sur trois étages et 1400 m2. Comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, de nouveaux magasins devraient ouvrir prochainement en France, notamment des «M&S Food», à Paris et dans ses environs».
«Le Figaro» ne le dit pas, mais sans doute parce que cela tombe sous le sens: sûr que toutes les caissières et autres petites mains de M&S jadis remerciées sans ménagement recevront par la poste un joli bristol les invitant personnellement à participer aux festivités d'inauguration.
11:15 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, economie, social, sécurité, gouvernement, etrangers
22/07/2011
Une initiative (suspecte?)
A Paris cet été, aussi curieux que cela puisse paraître à première vue, supermarché rime avec... solidarité. On a vu cela en faisant nos courses, hier: les magasins «Franprix»de la capitale ont rejoint le réseau «Voisins solidaires», né dans le sillage de la «Fête des Voisins». Ils ont lancé une opération baptisée «Portage d'eau». Concrètement, jusqu'au 30 août, les commerces de cette enseigne proposent aux plus de 75 ans la livraison gratuite de bouteilles d’eau à domicile. Il suffit, pour ces séniors, de s'inscrire au magasin de leur choix puis d'y acheter leur eau minérale préférée. Ensuite, chaque mardi, deux packs de 6 bouteilles d'eau d'1,5 litre leur sont gracieusement livrés à la maison.
On peut faire deux lectures de cette initiative.
La première est bienveillante, voire lénifiante. A l'échelle locale, cela ne peut que contribuer à tisser du lien social, comme on dit. Qui sait, cela pourra-t-il même éviter que, cet été, trop de personnes âgées esseulées sombrent dans un isolement périlleux pour leur santé. Pour rappel, 15.000 décès prématurés ont été déplorés en France pendant la canicule de l'été 2003, dont nombre de séniors isolés victimes de coups de chaleur et de déshydratation.
On laissera à chacun, selon son humeur du jour, le choix de telle ou telle lecture.
12:10 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, social
08/07/2011
Une dangereuse simultanéité
Fin de semaine. Lors de laquelle, décidément, sont tombées en France plusieurs petites nouvelles relatives au niveau de vie et au pouvoir d'achat, nouvelles n'ayant rien à voir entre elles mais qui, par leur simultanéité, risquent de se télescoper dans la tête du Français. Et de lui laisser un laisser un arrière-goût très amer.
D'un côté, Dominique Strauss-Kahn a donc dégusté des pâtes aux truffes: à 100$ l'assiette. Mais, de l'autre côté, a indiqué un sondage le même jour, 45% des Français ne partiront pas en vacances, cet été. Et ceux qui partiront feront attention: passeront des vacances économiques en famille (33%), au camping (14%), ou chez des amis (9%).
Autre événement de la semaine: la Française Christine Lagarde a remplacé DSK à la direction générale du FMI. Son salaire? 551.700$ l'an, soit quelque 30.000€ par mois. Le tout, 100% net d'impôts. Le jour de sa nomination, est tombé un autre chiffre, lui moins chic. La Banque de France s'attend à ce que, d'ici au 31 décembre, plus d'un million de familles lui aient introduit un dossier de surendettement. Essentiellement des foyers de la classe moyenne. Rien que sur les six premiers mois de 2011, le nombre de ces dossiers a déjà crû de 12%.
Cerise sur le gâteau: cette semaine encore, le Sénat français a décidé d'attribuer une prime exceptionnelle de 3.531€ euros à chacun de ses membres. Ce rabiot est présenté comme «un rattrapage exceptionnel sur un complément d’indemnité représentative de frais de mandat». Hier, plusieurs sénateurs, de la majorité y compris, ont annoncé qu'ils refuseraient ce bonus, qui ne leur semble «pas un bon signal, dans le contexte actuel». Le même jour, a fait grand bruit la mésaventure survenue à un dénommé Kader, honnête père de famille âgé 58 ans, employé d'un Monoprix de Marseille. Il a été mis à pied à titre conservatoire, avant un possible licenciement. Ce qu'on lui reproche? Avoir enfreint le règlement intérieur de son supermarché, en récupérant, dans les poubelles de celui-ci, six melons et trois salades périmés, pour les ramener chez lui.
Voilà donc, en si peu de temps, une accumulation de nouvelles qui, on le répète, n'ont rien à voir entre elles, mais qui, toutes, n'en demeurent pas moins, disons, sociologiquement très contrastées.
Cela ne va pas réduire le fossé entre les élites et les citoyens. Ni contribuer à ce que ces deux catégories de la population se regardent moins en chiens de faïence.
11:15 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : social, pauvreté, economie, institutions, personnalités
27/06/2011
«Un racisme»
Cette phrase prononcée ce matin par une des rares femmes de pouvoir en France, Laurence Parisot, la n°1 du Medef, principale organisation patronale: «Le sexisme est un racisme, comme il existe un racisme contre les Noirs, les juifs ou les musulmans». Et de presser les femmes à enfin élever la voix contre ce beaufisme machiste encore si dominant en France – comme dans d'autres pays certainement aussi, mais pas moins en France qu'ailleurs – : «L’arme numéro un en France contre la parole des femmes, c’est toujours le discrédit. C’est à cause de cela que beaucoup (de femmes confrontées au sexisme) se taisent. Je leur dis: «N’ayez pas peur».
Pas moins en France qu'ailleurs, le sexisme? Dans cette même interview (ici) aussi percutante que pleine de bon sens, Laurence Parisot tente une piste d'explication: «Convaincus de la force des principes issus des droits de l’homme, les Français ont négligé l’égalité réelle entre les hommes et les femmes». On peut d'ailleurs remarquer combien est sexiste rien que l'expression «droits de l'homme» figurant dans cette phrase; ce n'est pas pour rien si, ces dernières années, les activistes lui préfèrent celle de «droits humains».
Cette anecdote aussi, racontée par Laurence Parisot: «Mon tout premier entretien, à ma grande surprise, ne s’est pas déroulé dans un bureau. Celui qui m’embauchait ce jour-là m’a dit: «Nous allons dîner ensemble». J’avoue, sur le coup, ne pas avoir compris. Le dîner a été assez difficile à gérer…» Et cette constatation qu'elle a tirée de son activité: «En tant que présidente du Medef, je suis amenée à travailler avec des ministres. Les relations de travail avec les ministres femmes sont presque toujours plus faciles et plus constructives qu’avec les ministres hommes. Les hommes instaurent plus volontiers des relations de domination».
Sans doute que, pour ne tout de même pas verser dans la caricature, le «Les hommes» de cette dernière phrase aurait-il pu/dû être remplacé par «Nombre d'hommes», ou quelque chose du genre. Mais on trouve largement excusable cette généralisation un peu abusive, puisqu'elle renvoie à un comportement qui, à l'évidence, est encore très largement répandu chez les hommes. Voire, qui est majoritaire chez eux? On laissera chacun(e) juger.
11:24 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : femmes, personnalités, social, economie, langue française
16/06/2011
Une «sécheresse sans précédent»
«Regarde le ciel», nous conseillait ce matin, sur le chemin du bureau, un pochoir aperçu sur le bitume, dans notre quartier du onzième arrondissement. On se disait que l'auteur de ce slogan avait bien raison. On a toujours trouvé incomparablement déstressant de s'octroyer une petite pause pour contempler le ciel, qu'il soit uniformément azur ou rempli de nuages. Les Parisiens, souvent si énervés, devraient faire cela plus souvent.
Ciel changeant voire un peu morose cela dit sur Paris, ces derniers jours. En le constatant ce matin, on se prenait à déjà regretter le printemps si sublimement estival auquel on a eu droit. Puis, on s'est ravisé: pensant à tous ces gens qui, dans cette région aussi, ont été très heureux qu'il pleuve un peu.
Car, oui, la région parisienne – en dépit de la caricature qu'on s'en fait souvent à l'étranger (en gros: la «Ville lumière» entourée de banlieues horribles et délinquantes) –, a elle aussi son agriculture. Et donc des gens qui, actuellement, sont touchés de plein fouet par la sécheresse. Très exactement 228.000 hectares du territoire de la région-capitale sont consacrés à l'agriculture: pour 60% à la culture des céréales. Ce paysage risque de ne pas perdurer éternellement. Selon la chambre régionale de l'agriculture (ici), «100.000 hectares de terres fertiles ont disparu en l’espace de 50 ans au profit de l’expansion parisienne. Ces dernières années, ce sont 1 300 hectares de terres agricoles qui sont transformées chaque année en espaces urbains».
Et, cette année, ces agriculteurs parisiens souffrent eux aussi de la sécheresse. Sécheresse qui ne date pas d'hier, du reste: cela fait plusieurs années (relire ici, par exemple) que sont mal en point les nappes phréatiques de la grande banlieue Est de Paris, qui alimentent la capitale en eau. Mais cette année, les céréaliers de l'Essonne, des Yvelines et du Val d'Oise trinquent plus que jamais. Ils estiment que le manque d'eau leur a déjà fait perdre... 40% de leur production! L'autre jour, la majorité de gauche qui gouverne la région parisienne a été sommée par la droite de réagir de manière «immédiate et adaptée» à cette «sécheresse sans précédent», en étant «aux côtés des agriculteurs». L'UMP demande au Conseil régional «de mettre en place une aide au transport et à l'achat de fourrage, d'intervenir auprès des banques pour bonifier les prêts aux agriculteurs, et de participer financièrement à la création de bassins de stockage des écoulements d'eau».
En guise de chute à cette note, quelques précisions qu'en bon Parisien moyen, donc indécrottablement urbain, on trouve délicieusement bucoliques. L'agriculture de la région parisienne est la première productrice nationale de cresson, de persil et d'azalées, et la deuxième pour ce qui concerne les plantes en pot. Elle produit aussi d'énormes quantités de «pois protéagineux» et de «féverole» – on ne voit pas même ce que c'est, donc rien que ces noms nous semblent furieusement exotiques.
12:23 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : météo, agriculture, environnement, economie




164%. Le chiffre est sorti hier
Notez que, malgré cette situation critique, le gouvernement ne compte pas même, en son sein, de ministre du Logement de plein exercice: juste un secrétaire d’Etat.