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16/05/2011

Une photo, ou pas

presseDSK.jpgIl n'y avait pas photo ce matin à Paris, dans les kiosques à journaux. DSK était bien sûr en Une de tous côtés. De la politique, du sexe, voire du sang – remarquez comme tous les médias, depuis 24 heures, insistent sur les blessures physiques qu'aurait subies la jeune femme qu'aurait agressée le patron (en sursis) du FMI –: rien de tel pour booster les ventes de la presse quotidienne, qui en a tant besoin. Hier soir, certains journaux ont eu le réflexe d'augmenter leur titrage. D'autres ne l'ont pas fait, et étaient épuisés dès 9 heures dans certains kiosques à Paris.

Il n'y avait pas photo. Et il n'y avait pas non plus, à la Une de ces journaux, LA fameuse photo de l'ex-favori à l'Elysée blafard, mal rasé, sans cravate et menotté, sortant du commissariat de Harlem. Et pour cause, le décalage horaire a empêché les quotidiens français de la publier.

Il sera d'ailleurs intéressant de voir s'ils publieront ce cliché demain. Voire dès cet après-midi: à Paris pour « Le Monde » daté de mardi. En effet, depuis la loi Guigou de mars 2000 sur la présomption d'innocence, il est théoriquement interdit aux médias français, sous peine d'amende, de diffuser des images d'une personne identifiée ou identifiable mise en cause dans une procédure pénale et montrée avec des menottes ou des entraves, alors qu'elle n'a pas fait l'objet d'une condamnation. Pour l'anecdote, la même loi française punit la réalisation de sondages sur la culpabilité d'une personne mise en cause et/ou sur la peine qui est susceptible d'être prononcée à son encontre.

menottes.jpgDans le passé déjà, les médias français ont ouvertement – et impunément – violé cette loi. Ce fut le cas par exemple lors de l'arrestation de Youssouf Fofana, le leader du «Gang des barbares», qui avait enlevé et massacré le jeune Ilan Halimi: tout le monde avait pu voir les images de lui menotté, après son arrestation en Côte d'Ivoire. Dans d'autres affaires, certaines personnalités arrêtées (le syndicaliste paysan José Bové, par exemple) avaient utilisé a contrario, à leur profit politique, ce symbole visuel si lourd des menottes, en brandissant fièrement leurs poignets entravés devant les caméras.

DSK, lui, était menotté dans le dos. Ce qui rend la chose moins photogénique. Pas sûr que, pour autant, sa photo de lui entravé ne s'affichera pas demain à toutes les devantures de tous les kiosques à journaux de France.

10/02/2011

Une sobriété

microsjournalistes.jpgAujourd'hui, parlons un peu des journalistes et de Nicolas Sarkozy. Puisque, ce soir, c'est le grand soir (télévisuel) pour le Président. Qui, sur TF1, passe son «grand oral», comme on dit à Paris. Enfin, si tant est que convienne ce terme «grand oral», généralement associé au stress. Pas sûr que Nicolas Sarkozy aura à stresser ce soir. Puisque, en guise d'interlocuteurs, il n'aura face à lui que des Français probablement tétanisés et Jean-Pierre Pernaut: l'ineffable présentateur du 13 Heures de TF1, qui n'est pas connu pour être un extrême-gauchiste.

Au fond, Jean-Pierre Pernaut est-il de ces confrères qui se lèvent au moment où Nicolas Sarkozy pénètre dans le salon où l'attendent les journalistes qu'il a invités à sa conférence de presse? On pose la question, parce que, à l'Elysée l'autre jour, avec un sourire très très mi-figue, mi-raisin, Nicolas Sarkozy a entamé sa grande conférence de presse en se disant touché par les quelques journalistes qui s'étaient levés à son arrivée. Et en rassurant ceux qui étaient restés assis: la station debout n'est pas (encore?) jugée obligatoire à l'Elysée quand le Président paraît. On n'est pas (encore?) à la Maison Blanche – où la presse se lève à l'arrivée du Président, voire applaudit à la fin de sa prestation.

Et nous? Ce matin-là, si on avait eu le temps d'aller se montrer à ce grand raout médiatico-mondain, se serait-on levé à l'arrivée de Nicolas Sarkozy? Plutôt non, en fait.

Non pas qu'on soit un goujat. Mais une marque de politesse aussi ostensible nous semblerait inhabituelle au point de friser l'obséquiosité.

salutmilitaire.jpgTout comme, quand on couvre un meeting politique, on n'applaudit ni on ne hue un orateur. Tout comme on s'est toujours abstenu de militer dans un parti ou de signer une pétition. Tout comme on n'entamerait pas par un garde-à-vous une interview d'un haut gradé, à qui on ne donnerait pas du «Mon colonel», mais du «Monsieur», tout simplement. Tout comme ne nous viendrait jamais à l'idée de faire la bise à un(e) ministre, ou de partir à la plage à bord du jet privé d'un patron du CAC 40 dont on viendrait de publier le portrait.

En la matière, les soupçons de connivence entre la presse et les élites, les élites politiques singulièrement, sont tels – en France comme ailleurs – que la meilleure attitude, de la part des journalistes, nous semble être la plus grande sobriété, la plus parfaite réserve. On est là pour bosser. Pas pour les courbettes, ni pour l'affect.

03/02/2011

Une pratique

Cela s'appelle du «name dropping». La pratique qui consiste à lancer des noms dans l'opinion. Sans les accuser précisément, mais en insinuant des choses. Finalement, c'est un peu ce qu'a fait hier «Le Canard enchaîné» – qui, d'habitude, est mieux inspiré, trouve-t-on. Il a lâché quelques noms de grandes figures de la presse parisienne. Qui, disait-il, ont souvent été vues dans la Tunisie de Ben Ali, aux côtés de businessmen proches du tyran. Certains de ces journalistes auraient même, à l'époque, fait des affaires avec ces amis du régime déchu: des investissements dans l'immobilier, par exemple.

Le problème n'est pas tant que des journalistes soient victimes d'un tel «name dropping». Il n'y a, bien sûr, aucune raison que les journalistes soient les seules personnalités à ne pas devoir rendre des comptes s'il apparaissait qu'ils ont bénéficié des faveurs indues d'un autocrate ayant puisé largement dans les caisses de son pays. Le problème, c'est cette pratique même du «name dropping». On ne voudrait pas donner l'impression de donner des leçons – qui serait-on pour en donner? –, mais, quand on est journaliste, nous semble-t-il, tant qu'on n'a pas les preuves de ce que l'on insinue, on ne lance pas des noms comme cela, dans l'opinion. Soit on a des infos compromettant des personnalités, journalistes ou pas, et on les lâche. Soit on n'en a pas, pas encore ou pas assez, et, tant qu'on n'a pas réussi à en obtenir suffisamment, on se tait. Sous peine de risquer non seulement de salir des individus, mais aussi, par ricochet, de semer le doute sur la moralité de leur profession.

Or, il serait injuste que le «name dropping», visant des journalistes, en arrive à dégrader encore un peu plus l'image déjà négative de cette corporation dans l'opinion, en France et ailleurs. Certes, comme dans toutes les professions, il y a des journalistes qui dérapent: qui sacrifient l'éthique à leurs profits personnels. Mais, à côté de ces quelques moutons noirs, à dénoncer et à sanctionner, il y a tant et tant de journalistes qui tentent chaque jour de faire correctement leur (difficile) boulot: sans passe-droits ni cadeaux de qui que ce soit. Et il y en a même qui paient chèrement le simple fait d'exercer leur profession: on l'a encore vu hier avec ces confrères qui, en Egypte, ont eu de gros ennuis simplement parce qu'ils faisaient leur métier d'informer.

Hier aussi, au passage, cela a fait très exactement 400 jours que Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière (ici), les deux confrères de France 3, ont été enlevés en Afghanistan.

27/01/2011

Une effervescence

presse.jpgC'est décidément l'effervescence en ce moment, dans les hautes sphères de la grande presse parisienne. Comme si les stars du journalisme français avaient désormais droit eux aussi à leur «mercato», comme on appelle le marché annuel des transferts des vedettes du foot ou des star(lette)s de la télé.

Tentons de résumer cela en vitesse. Il y a d'abord eu Denis Olivennes qui a quitté «L'Obs» pour Europe 1, en remplacement d'Alexandre Bompard, parti à la FNAC à défaut d'avoir succédé à Patrick de Carolis à la tête de France Télévisions. On a ensuite eu l'annonce du remplacement probable d'Olivennes, à la tête de ce newsmagazine, par Laurent Joffrin, qui était le patron de «Libération» après avoir été celui de «L'Obs». Joffrin auquel succédera, a-t-il été confirmé cette semaine, Nicolas Demorand, ex-Europe1, ex-France Inter, ex-France Culture: il a décidément la bougeotte. Demorand qui, à la tranche d'info vespérale d'Europe, sera remplacé par Nicolas Poincaré, qui venait d'arriver à la tranche matinale de France Info. On a encore eu, cette semaine, la confirmation du remplacement d'Eric Fottorino, remercié de la direction du «Monde», par Erick Izraelewicz. Moins médiatisée mais spectaculaire: la semaine précédente, l'avionneur milliardaire Serge Dassault, grand ami de Nicolas Sarkozy, a viré comme un malpropre le directeur général du groupe «Le Figaro», Francis Morel. D'après les échos, cette éviction inopinée aurait moins des raisons économiques (ce groupe ne se porte pas trop mal) que politiques: un problème, semble-t-il, de ligne éditoriale, qui déplairait au très droitier Serge Dassault. Curieux: on n'avait pas remarqué, ces derniers mois, que «Le Figaro» (*) n'était plus ultra-sarkozyste.

Loin de l'effervescence entourant ce grand jeu de chaises musicales, deux petites nouvelles du monde de la presse ont, ces derniers jours, attiré notre attention.

Les nouveux propriétaires du «Monde», visiblement obsédés par le «cost cutting», ont décidé de réduire drastiquement le nombre d'exemplaires du journal gratuitement mis à la disposition de son personnel. Cocasse. C'est un peu comme si le petit apprenti qui bosse dans une boulangerie n'y avait plus droit à son croissant quotidien gratuit. Ou comme si, toutes proportions gardées, un écrivain qui vient d'être publié ne se voyait plus offrir, par son éditeur, un exemplaire gratuit de son bouquin. Plus sérieusement, «Libération», depuis la révolution tunisienne, offre l'accès gratuit, sur son site web, à tous les articles qu'il consacre à ce pays: accès gratuit au bénéfice notamment des lecteurs du Maghreb. Bien.

 

logo_figaro.jpg(*) «Le Figaro» qui, cela dit, nous fait souvent bien rire. Deux exemples récents. Un: l'autre jour, on y a lu une chronique culinaire délicieusement décalée avec les priorités d'un pays de plus en plus paupérisé. Son titre? «Quel vin rouge boire avec la truffe noire?» Question effectivement essentielle, que doivent se poser des millions de Français en ce moment. Deux: ce portrait, évidemment très élogieux, de la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie. Grand titre sur 5 colonnes: «Le style de MAM s'impose au quai d'Orsay». Problème? L'article est paru... le 14 janvier. Jour où le Tunisien Ben Ali fuyait son pays et où commençait la tempête qui allait déstabiliser la même ministre, à propos de sa gestion de la crise tunisienne. Encore merci au «Figaro» pour ces moments de joie matinale.

17/09/2010

Un silence

unecartedepresse.jpgParfois, en France comme ailleurs, il y a des sujets dont les médias ne parlent pas. Parce qu'ils embarrassent les journalistes? On s'est encore posé la question cette semaine. Lors de laquelle les politiques ont beaucoup évoqué les fameuses niches fiscales: ces exonérations fiscales accordées à toute une série de professions. Additionnés, ces avantages coûtent cher à un Etat lourdement déficitaire et endetté, raison pour laquelle il est question à présent de les raboter. Or, dans ce débat autour des niches fiscales, il est un silence médiatique que l'on trouve assez assourdissant.

 

En effet, ces dernières semaines, les journalistes ont visiblement adoré brocarder les avantages fiscaux dont jouissent les cultivateurs de truffes, lauréats de prix littéraires, fabricants de pipes ou autres possesseurs de chevaux de course. De même, ils ont rappelé combien certaines de ces niches avaient un coût exorbitant. Pour ne prendre que cet exemple: 3 milliards d'euros chaque année pour la TVA à 5,5% dans le secteur de la restauration. En revanche – mais cela nous a peut-être échappé –, nulle part dans les médias a-t-il été évoqué, ces derniers jours, la niche fiscale bénéficiant ... aux journalistes. Cette niche n'est ni énorme, ni négligeable: 7650€. C'est le montant que, chaque année, le journaliste qui paie ses impôts en France peut déduire de ses revenus imposables, au titre d'«allocation pour frais d'emploi».

 

C'est dommage, ce silence médiatique sur ce sujet. On trouverait intéressant que, dans les journaux, à la radio ou à la télé, les grands noms du journalisme français expliquent au public en quoi le maintien de ce privilège se justifie ou non. Rappellent que jamais un gouvernement n'a osé le remettre en cause, de peur de se mettre illico toute la presse à dos. Nous, en tout cas, au risque d'être considéré comme un traître par la corporation, on ne voit pas pourquoi les journalistes devraient être la seule profession d'office présumée exemptée de devoir participer à l'effort collectif d'austérité. On n'est pas maso: on ne tient pas spécialement à payer plus d'impôts. Mais on ne trouverait pas non plus complètement scandaleux que, par exemple, le montant de cet avantage fiscal varie de manière inversement proportionnelle au revenu déclaré. Autant les petits pigistes qui galèrent – et Dieu sait s'il y en a – ne peuvent ni ne doivent être saignés encore davantage financièrement, autant on ne voit pas pourquoi les grandes fortunes du paysage médiatique français – et Dieu sait s'il y en a – devraient conserver tel quel ce privilège.

04/05/2010

Une «indécence»?

LePenpère&fille.jpgHier, en France comme ailleurs, c’était la Journée mondiale de la liberté de la presse. C’est précisément le jour qu’a choisi le Front national pour, une fois encore… casser (verbalement) du journaliste. En effet, Marine Le Pen a pris les médias en exemple pour fustiger l’«effondrement moral» de la société française. En cause, l’écho donné depuis dimanche soir par les médias, médias de France et d'au-delà, à la tribune du cinéaste franco-polonais Roman Polanski. Pour la fille de Jean-Marie Le Pen, «c'est un peu indécent d'ouvrir grand les médias» pour «quelqu'un qui a quand même des choses assez lourdes à se reprocher».

 

On a été assez agacé par cette tirade lepéniste. Nuançons illico. On n’a pas de problème de principe avec le fait qu’entre la classe politique et le monde médiatique, les critiques aillent dans les deux sens. A savoir: pas toujours dans le même sens unique des journalistes vers les politiques qu’en permanence ils décortiquent et, souvent, critiquent. Il n’y a pas de raison que la presse soit le seul pouvoir – puisqu’elle en serait un: le quatrième – qui, par définition, serait au-dessus de toute critique.

 

En revanche, on a un gros mouvement de recul quand la dénonciation de la corporation journalistique et de ses pratiques se fonde sur un critère aussi pesant que «la morale». Qu’on critique les médias sur leur professionnalisme, leur sérieux, leur impartialité, leurs méthodes et conditions de travail, leurs dérives mercantiles ou dernières excitations technologiques du moment, sur leur irréverence ou leur bienveillance à l’égard du pouvoir en place: très bien. Mais qu’on en vienne à «la morale», danger. A fortiori si c’est le Front national qui s’érige en donneur de leçons de morale voire en censeur.

 

En janvier, Marine Le Pen va possiblement – probablement? – remplacer son père Jean-Marie à la présidence du Front national. Selon certains analystes, à ce moment, une partie de l’UMP sarkozyste pourrait être tentée de former une vaste alliance avec un FN qui, présidé par l’intéressée, serait tout à coup dédiabolisé et redevenu politiquement fréquentable. Ce serait politiquement un scénario «à l’italienne»: pays où, pour faire court, la droite de Berlusconi a intégré l’ex-extrême droite de Fini. C’est bien sûr loin d’être fait, et pas sûr que cela se fera jamais. En tant que journaliste, en tout cas, cette possible évolution nous ferait assez frémir si elle se traduisait par, parmi des ex-FN au gouvernement, une Marine Le Pen ministre de la Communication (cas de figure comme un autre) et donc érigée en arbitre de «la morale» médiatique. Dans ce cas, on ne serait pas trop sûr de pouvoir/vouloir/ encore exercer ce métier dans ce pays.

22/04/2010

Une consolation

François Fillon dirige un gouvernement dont la politique, sondage après sondage, est massivement désapprouvée par l'opinion. Il s'en consolera peut-être avec son nouveau statut d'«Homme de l’Année». En effet, c’est le titre qui sera décerné ce soir au Premier ministre français, dans le cadre select de l’Automobile Club de France, place de la Concorde à Paris. L’Automobile Club, car ce «Prix de l’Homme de l’Année» lui est attribué par le magazine… «Le Journal de l’Automobile». Cela ne vaut pas un Nobel? L’hôte de Matignon, ici aussi, s’en consolera en ayant une pensée émue pour son fief électoral de la Sarthe (Région Pays de Loire), le département du Mans et donc aussi celui de son célèbre circuit des 24 Heures.

 

Ce n’est pas seulement parce qu’il est fan de course automobile et même pilote à ses heures – du moins, quand son dos fragile ne le cloue pas au lit – que François Fillon est récompensé. C’est parce que, ces derniers mois, son gouvernement a pris une batterie de mesures pour soutenir une industrie automobile frappée de plein fouet par le ralentissement économique. Prêts bonifiés aux constructeurs, Fonds stratégique d’investissement, Fonds de modernisation des équipementiers automobiles et autres primes à la casse, soit «autant de dispositifs qui ont permis au secteur automobile de faire face à la crise». Autant d’«aides directes et indirectes (qui) ont permis au marché de progresser en volume et de limiter les dégâts en valeur», dixit la délibération du jury de ce prix masculin annuel.

 

Dans son ode à François Fillon, le «Journal de l’Automobile», toutefois, reste assez pudique. En effet, il s’abstient de mentionner les récents reports sine die, et controversés, de la taxe carbone puis de l’écotaxe sur les poids lourds, deux mesures qu’appréciait peu l’industrie automobile. Le jury de l’«Homme de l’Année» a-t-il donc craint que, s'il en faisait trop en faveur de son lauréat, ce dernier soit accusé par ses détracteurs d’être à la solde du lobby de la bagnole? 

19/03/2010

Un «transfert»

De la cuisine interne dans ce blog, aujourd’hui. Car c’est une journée de boulot un peu spéciale pour nous ce vendredi, avant-veille du dénouement des élections régionales françaises. En effet, professionnellement, on est… transféré. Comme une star de foot en plein Mercato; non non, pour beaucoup moins cher, et même pour pas un rond – mais on est quand même ravi de ce «transfert» ;-)

 

Explication. Aujourd’hui, on ne va pas passer la journée au bureau parisien de «La Libre», mais à la rédaction de «Libération». Transfert journalistique très ponctuel – rassurons ou désespérons, c’est selon, nos lecteurs. En effet, dans le cadre du partenariat rédactionnel, déjà ancien, unissant ces deux journaux, leurs deux hiérarchies, qui se connaissent bien, ont mis au point un projet de couverture un peu spéciale pour le second tour, dimanche, de ce scrutin hexagonal. Résultats dans les pages de «La Libre», version papier, samedi matin déjà, lundi matin surtout.

 

Cela tombe bien: pour changer ainsi de lieu de travail aujourd’hui, on ne devra vraiment pas aller bien loin. La rédaction de «Libé», en effet, est située à deux pas des locaux parisiens de «La Libre». Entre ces derniers, situés pas loin de Bastille, et le siège du grand quotidien français, derrière la place de la République, il y a dix minutes à pied, à tout casser. Un voisinage géographique qui relève du pur hasard. Mais qui, en ces journées si chargées, tombera à point nommé.

28/09/2009

Un marasme

pressepipol.jpgOn parlait vendredi de l’action en justice intentée par Ségolène Royal contre «Paris Match». C’est le 9 octobre que l’on saura si l’hebdo est une nouvelle fois condamné pour atteinte à la vie privée de cette personnalité. A l’audience, les débats furent tendus. L’avocat de la socialiste a reproché à l’illustré d’avoir éhontément publié des «photos volées» d’un «moment personnel et intime». Et, plus globalement, de ne cesser «de susciter ou d'alimenter une curiosité injustifiée des lecteurs sur la vie sentimentale de Ségolène Royal». L’hebdo à réagi du tac au tac en qualifiant cette action en justice d’«hypocrite». Certes, les clichés publiés étaient «non autorisés». Mais ils ont été pris dans un lieu public. Et, par ailleurs, leur protagoniste «joue les médias dans tous les sens» et n’a pas poursuivi les autres publications ayant évoqué l’existence de son nouveau compagnon.

 

Cela dit, si en France la presse people se jette sur ce genre de sujets tout de même informativement très pauvres, ce n’est pas pour rien: c'est parce qu'elle traverse en ce moment une période difficile. En 2009, certains titres comme «Gala» ou «Voici» vont même enregistrer une diminution de leur diffusion – de 14 à 20%, selon les estimations –, ce qui ne leur était jamais arrivé depuis l’année de la mort de Lady Di, qui a signé le début dans l'Hexagone de la faramineuse expansion de ce type de médias. Et même la période estivale, qui est traditionnellement la saison en or pour la presse people, si elle a donné une bouffée d’oxygène au secteur, n’a pas été fameuse, malgré pourtant de grandes opérations publicitaires et promotionnelles (opérations prix cassé, le coup annuel du paréo inclu dans la revue, etc.).

 

Ce tassement des ventes est dû à la concurrence d’internet et à la mutiplication des titres qui rend l’offre papier surabondante et peu différenciée, face à une demande globale qui ne croît plus. A joué un rôle également l’assagissement notable de la classe politique française après la période mémorablement bling qui avait suivi l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, en 2007. Dans les magazines de papier glacé, qu’il s’agisse de Nicolas Sarkozy, de Rachida Dati ou de Rama Yade, en 2009, les politiques people se font plus discrets qu’en 2008 (*). Les patrons de ces magazines sont les premiers à le regretter. «Nicolas Sarkozy ne fait plus recette», regrettait l’autre jour un chef d’édition à «Voici». «Auparavant, quand on le mettait en couverture, on vendait de 30.000 à 50.000 exemplaires de plus». Et ce qui est valable pour Nicolas Sarkozy doit l’être aussi pour Ségolène Royal – d’où les photos volées d’elle à la plage, sur le quai de la gare, etc.

 

 

 

(*) Dernier exemple en date de cet assagissement: à moins que cela nous ait échappé, la récente rencontre à New York entre le couple Nicolas Sarkozy-Carla Bruni et Cécilia Sarkozy-Richard Attias n’a fait l’objet d’aucune paparazzade. O tempora o mores

19/02/2009

Un zèle

vendeurLHuma.jpgQue fait la police/la justice en France? Question récurrente dans ce blog. On avait déjà évoqué il y a peu (relire ici ou ) le cas de ce lycéen de la banlieue parisienne convoqué au commissariat puis traîné devant le tribunal de police pour avoir… craché par terre. Parlé aussi de ce procureur qui avait placé en garde à vue puis avait réclamé des peines de prison contre des gamins accusés de tapage nocturne pour avoir, quelques soirs d’été à Paris, joué un peu bruyamment au foot dans la rue avec des canettes de soda. Parlé aussi de ce père de famille, militant anti-pub, traîné en justice et finalement condamné à une amende pour avoir apposé sur la porte d’un RER un petit autocollant mettant humoristiquement en garde les voyageurs contre le matraquage publicitaire permanent dans les transports en commun parisiens. Hier, deux nouveaux exemples de cette évolution répressive ayant de quoi interpeller.

 

Un brave militant communiste a comparu devant un tribunal parisien pour avoir vendu à la criée le journal «L’Humanité Dimanche» sur un marché. Il était poursuivi pour «vente de marchandises dans un lieu public sans autorisation». Son journal avait lancé une pétition de soutien en sa faveur, qui avait recueilli plus de 10.000 signatures. Pour l’intéressé, soutenu par les élus parisiens, la vente à la criée de la presse d’opinion relève de «la liberté d’expression publique» et contribue à «la vitalité démocratique de notre ville». L’autre jour, devant l’émoi suscité par les poursuites à son encontre, le préfet de police de Paris, manifestement gêné aux entournures par cet excès de zèle policier, avait publiquement assuré qu’il n’avait «rien à redire sur la vente à la criée» de journaux et que la préfecture saurait «faire preuve de tolérance et de discernement» dans cette affaire. Hier cependant, à l’audience, le parquet a estimé que le délit avait été constitué, consentant tout au plus à une dispense de peine «en raison des circonstances». Il n’a pas été suivi par le juge, qui, sous les applaudissements de la foule, a purement et simplement relaxé le prévenu.

 

Hier encore, à Marseille cette fois, les agents de la police aux frontières à la recherche de sans-papiers ont effectué une descente dans les locaux de l’association Emmaüs, ont interpellé et gardé à vue un de ses dirigeants, se sont fait remettre d’autorité les fichiers des déshérités (SDF, etc.) auxquels les amis de l’abbé Pierre viennent en aide, puis sont finalement parvenus à interpeller un clandestin. Idem dans le département de l’Yonne (Bourgogne): à la suite semble-t-il d’une délation d’un fonctionnaire, un sans-papiers hébergé par Emmaüs a été arrêté dans les locaux de la caisse primaire d’assurance maladie où il avait été convoqué pour un rendez-vous. L'association catholique a vivement protesté contre ces agissements policiers. Et a rappelé l’engagement solennel qu’avait pris le Président de la République lors de la dernière Journée mondiale du refus de la misère. A l’époque, Nicolas Sarkozy avait déclaré: «Quand quelqu’un est à la rue, qu’il est dans une situation d’urgence et de détresse, on ne va tout de même pas lui demander ses papiers» avant de lui venir en aide et de le secourir.

 

Si même le chef de l’Etat n’est plus écouté par les pandores, où va-t-on?

23/01/2009

Une liquidation

Nicolas Sarkozy rend ce matin ses arbitrages sur les réformes à mettre en œuvre pour sauver la presse écrite. C’est la conclusion des trois mois de débats publics qui ont eu pour cadre les Etats généraux consacrés à ce secteur économique en très grande difficulté. On vient d'ailleurs, cette semaine encore, d’avoir une nouvelle illustration du marasme de la presse, avec l’annonce de la disparition prochaine d’un titre mythique de la presse jeunesse française.

 

Mythique ou culte, en effet, était «Pif Gadget». Né en 1969, ce magazine s’est, à sa plus belle époque, diffusé jusqu’à un million d'exemplaires. Son emblème était le chien rouquin ingénieux Pif, héros de BD créé dans les années 30 par un républicain espagnol réfugié à Paris et publié dès 1945 dans les colonnes de «L’Humanité». C’est dans «Pif Gadget» que de fameux héros de BD virent le jour: Placid et Muzo, Dr Justice, Gay Luron ou Le concombre masqué, pour ne citer qu’eux. Surtout, le magazine se rendit célèbre par les gadgets inénarrables qui étaient encartés dans ses pages et qui, dans les années 70 et 80, fascinèrent tous les gamins de France et de Navarre. Parmi les plus fameux de ces gadgets: «Les pois sauteurs du Mexique», «La machine à cuire les oeufs durs carrés», «Le vrai trèfle à quatre feuilles» ou les «Pifises», ces minuscules crustacés lyophilisés qui reprenaient miraculeusement vie quand on les plongeait dans l’eau.

 

Après avoir cessé de paraître en 1993, «Pif Gadget» était réapparu dans les kiosques en 2004. Le succès avait été colossal, tant à Paris qu’en province. Les 380.000 exemplaires du premier numéro de la nouvelle formule s’étaient arrachés en quelques heures seulement. Depuis, le magazine avait tenté de se mettre au goût du jour en ouvrant ses colonnes aux jeunes talents de la BD et à des genres plus contemporains comme le manga ou l'héroic fantasy. Cinq ans plus tard, toutefois, il est à nouveau très mal en point. Mercredi, Pif Editions, la société éditrice du magazine, qui était lourdement endettée, a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Bobigny (banlieue parisienne). C’est vraiment la fin d’une époque.

27/11/2008

Une expérimentation

La presse en France, comme ailleurs au demeurant, ne va pas bien. C’était déjà vrai avant la grande crise économique internationale. Cela l’est encore plus depuis que cette crise a éclaté. Certes, dans un premier temps, elle a profité aux chiffres de diffusion et d’audience des médias, le public alarmé cherchant à s’informer. Mais, dès demain, si ce n’est déjà le cas dès maintenant, les médias seront les premières victimes de l’hémorragie attendue des recettes publicitaires: le premier poste dans lequel sabrent habituellement les entreprises en difficultés. Très concrètement, à Paris et en France en général, la morosité du secteur de la presse s’est ressentie récemment, avec le bilan très décevant des nouveaux tabloïds sportifs qui ont été lancés il y a quelques semaines. Mais, et c’est là une conséquence plus positive de la crise de la presse, ce climat morose pousse sans cesse les diffuseurs à innover, dans l’espoir de conquérir de nouveaux publics et de décrocher de nouveaux marchés. C’est particulièrement frappant et visible à Paris.

 

Dans la capitale française, en effet, plus un mois ne passe sans qu’une initiative nouvelle soit prise pour attirer de nouveaux lecteurs. En septembre (relire ici), c’était les vendeurs de journaux à la criée qui avaient fait leur réapparition dans le réseau du métro et du RER. En octobre, c’était les «vélopresse» (), kiosques ambulants sur triporteurs, qui, les dimanches, avaient envahi les quartiers touristiques. Ce mois de novembre, sur les Champs-Elysées – au n°99 exactement, soit à l’angle de l’avenue George V –, vient de s’achever une première expérimentation de ce que l’on appelle l’«i-kiosque».

 

Comment ça marche? L’«i-kiosque» se présente sous la forme d’un écran apposé sur le côté d’un kiosque, à l’emplacement des panneaux publicitaires traditionnels. Le passant est invité à approcher la main. Le balayage de la main à dix centimètres de l’écran permet au lecteur de tourner virtuellement les pages d’un magazine, dans un sens comme dans l’autre, et donc de le feuilleter et de le lire exactement comme s'il s'agissait d'une revue réelle. En l’occurrence, dans le cadre de cette expérimentation, quatre magazines étaient proposés à la lecture: ‘Gala’, ‘Paris Match’, ‘Côté Paris’ et ‘Femmes’. Lorsque le piéton a achevé sa lecture et s’en va, la couverture du magazine apparaît à nouveau en plein écran, lisible comme une annonce classique, en attendant que le prochain passant actionne à son tour le dispositif.

 

En cours d’évaluation, l’expérimentation a, a priori, séduit tout le monde. Ce support interactif inédit répondrait à la fois à la curiosité du consommateur et au souci de visibilité de l’éditeur. Dès lors, l’expérience pourrait bien être reconduite, voire à terme ces «i-kiosques» se généraliser dans les rues de Paris.

11:12 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, médias, presse

29/10/2008

Un plébiscite?

calendrier.jpgNicolas Sarkozy «aime les Belges». Oui, oui, c’est le Président français en personne qui l’a assuré hier. Bonne nouvelle donc pour les relations franco-belges. L’an dernier, celles-ci avait été refroidies par un présentateur de JT de la RTBF qui avait eu l’impudence de se demander si l’hôte de l’Elysée avait bu de l’eau ou de la vodka lors d’une rencontre avec son homologue russe d’alors, Vladimir Poutine – rencontre à l’issue de laquelle le chef de l’Etat français était apparu dans un état un peu bizarre. A l’époque, l’Elysée n’avait pas du tout apprécié cette irrévérence, qui avait créé un énorme buzz sur internet. Mais l’incident est désormais clos, puisque donc Nicolas Sarkozy «aime les Belges». Il les aime même «beaucoup».

 

Le chef d’Etat français évoquait la Belgique lors de son déplacement sur l’emploi. «J’étais l’autre jour dans le Nord», a-t-il raconté. «Quelqu’un me disait ‘Monsieur Sarkozy, le dimanche on va tous en Belgique parce que les magasins sont ouverts’. Voilà qui est malin! J’aime beaucoup les Belges, mais je les aime tellement que je préférerais que cela soit eux qui viennent dépenser leur argent chez nous, plutôt que nous qui allions dépenser notre argent chez eux!» Et Nicolas Sarkozy de terminer cette anecdote par un vigoureux plaidoyer en faveur de l’ouverture des magasins le dimanche.

 

La modification de la vieille loi de 1906 sur le repos dominical: vaste sujet s’il en est. Et énorme débat depuis des mois, voire des années, en France. Au fond, qu’en pensent les Français? «Ils veulent travailler le dimanche!», claironnait l’autre week-end le «Journal du Dimanche», sur base d’un sondage Ifop. C’était intéressant comme info car, traditionnellement, dans les sondages sur ce sujet, les Français apparaissaient plutôt partagés. Problème? Ce sondage-ci est assez foireux. Du coup, il faudra attendre la prochaine enquête d’opinion, à supposer qu’elle soit mieux faite, pour être fixé.

 

travaildimanchemonchoix.jpgDeux problèmes au moins se posent dans le sondage du «JDD». Un problème dans la question posée aux sondés, d’abord. «Travailler le dimanche est payé davantage qu’en semaine. Si votre employeur vous proposait de travailler le dimanche, accepteriez-vous?» C’est une façon pour le moins biaisée de présenter les choses. En effet, dans la majorité des métiers d’astreinte par exemple (dont d’ailleurs le métier de journaliste…), le travail dominical n’est pas le moins du monde payé davantage que celui des autres jours. Un problème dans l’interprétation de la réponse, ensuite. Le «JDD» annonce un «plébiscite» populaire en faveur du travail dominical, qui recueillerait les suffrages de près de sept Français sur dix. La réalité des chiffres est plus nuancée. Certes, 67% des Français répondent globalement «oui» à la question posée. Mais 50% disent «oui, de temps en temps» au travail dominical et 17% seulement «oui toujours» à cette formule. Avec un Français sur deux disponible au cas par cas pour ce genre de travail et un sur trois (33%) qui le refuse dans tous les cas, peut-on vraiment parler de «plébiscite», à savoir (selon "Le Robert") d'approbation «à une majorité écrasante»?

 

Les opposants au travail dominical ont vu dans ce «sondage bidonné» une «manipulation» de l’opinion. A les en croire, cette opération de com’ politique aurait été directement et sciemment orchestrée par des cercles proches de Nicolas Sarkozy: par son grand ami l’industriel Arnaud Lagardère (dont l’empire médiatique inclut le «JDD») et par la dirigeante du patronat français Laurence Parisot (patronne de l’institut de sondages Ifop). C’est donc la théorie du grand complot.

 

C’est peut-être aussi bien, et tout simplement si l’on ose dire, une affaire de journalistes qui ont mal fait leur boulot. Et/ou se sont un peu fait mousser en vendant leur soupe avec une titraille un brin racoleuse. Ce ne serait pas la première fois que cela arriverait.

21/10/2008

Un nouveau venu

velopresse.jpgCes jours-ci, les Etats généraux de la presse écrite évoquent les problèmes de distribution rencontrés par les journaux. On parlait l’autre jour (ici) de la nécessité pour la presse écrite, en France comme ailleurs, de ne pas rester retranchée dans les kiosques, mais au contraire d’aller au devant de nouveaux publics, de descendre sur le terrain pour arracher de nouveaux marchés avec les dents, de créer de nouvelles habitudes d’achat, etc. Et bien, à Paris, en la matière, les initiatives se succèdent.

  

Ainsi, il y a un bon mois, les vendeurs de journaux à la criée avaient fait leur réapparition dans le réseau du métro. Ce dimanche, ce sont carrément des kiosques ambulants qu’on a pu voir dans les rues de la capitale. L’initiative émane des Messageries de la presse. Elle vise à pallier la fermeture de nombreux points de vente de presse traditionnels le dimanche – pas de chance: juste le jour où les gens ont un peu le temps de lire.

  

Les «vélopresse», comme les Messageries les ont baptisés, sont des triporteurs qui, le dimanche, proposent à la vente une sélection d’une trentaine de titres de presse quotidienne nationale, magazine et étrangère. Tous ces prochains dimanches jusqu’à début décembre, on trouvera ces kiosques ambulants sur les huit grands marchés parisiens (les marchés couverts Saint-Germain, Saint-Martin, Saint-Quentin, etc.) ainsi que dans les grands lieux touristiques et/ou très fréquentés par les Parisiens en fin de week-end (le Trocadéro, les Tuileries, le Jardin d’Acclimatation, etc.). Leur offre sera adaptée en fonction de la clientèle potentielle. Ainsi, les triporteurs officiant près de la tour Eiffel seront particulièrement garnis en presse étrangère, alors que ceux basés au Jardin d’Acclimation auront un assortiment de titres destinés aux enfants.

 

Trouver un kiosque ouvert le dimanche à Paris, y compris en plein centre-ville, peut parfois être galère, a fortiori si vous avez fait la grasse matinée, de nombreux points de vente fermant après le rush des acheteurs matinaux des journaux dominicaux. Dès lors, les triporteurs des NMPP devraient se tailler un franc succès. Ce fut d’ailleurs déjà le cas, paraît-il, lorsqu’ils furent expérimentés pour la première fois cet été, à «Paris Plage» ainsi que dans une trentaine de stations balnéaires.

11:03 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, médias, presse

10/09/2008

Une réapparition

3e7055923c845fe121217e0f5d10ddbf.jpgC’est un nouveau métier qui réapparaît, un métier que les moins de 50 ans n’ont pas connu. Depuis début septembre, dans une dizaine de stations de métro de Paris, on peut tomber sur… des vendeurs de journaux à la criée.

Cette expérience vient d’être lancée par le syndicat national de la presse quotidienne. Le matin et en fin d’après-midi, une vingtaine de vendeurs de journaux à la criée proposent douze quotidiens nationaux aux voyageurs du métro parisien. Se basant sur le succès rencontré par une expérience similaire menée depuis le printemps dans quelques gares SNCF, les éditeurs de journaux espèrent que chacun de ces vendeurs écoulera en moyenne une centaine de quotidiens par jour. Le but est de surfer sur l’habitude de lecture des journaux gratuits qu’ont prise les usagers des transports en commun. Et de conquérir de nouveaux publics: notamment ces urbains pressés qui n’ont pas forcément le temps de faire un détour par les kiosques.

C’est d’autant plus nécessaire que la presse quotidienne, en France comme ailleurs, ne va pas bien. Les chiffres officiels sont un rien trompeurs. Ils font état d’un moindre recul de la diffusion de la presse payante en 2007: -0,5% seulement, à 4,6 milliards d’exemplaires annuels, alors que l’année précédente, la perte avait été de 2%. Mais ce résultat un peu moins mauvais est dû avant tout au boom de la presse périodique: newsmagazines et, surtout, revues «people». Les quotidiens nationaux et régionaux, eux, avec 7 millions d’exemplaires vendus par jour, accusent un recul de 0,7%. Et le chiffre de 2008 sera sans doute plus mauvais: en 2007, en effet, l’abondante actualité électorale (les scrutins présidentiels et législatifs) avait servi les grands quotidiens.

«La survie de la presse écrite quotidienne réside aussi dans son aptitude à aller au devant de nouveaux publics et à créer de nouvelles habitudes d’achat», expliquait l’autre jour à la radio un spécialiste des médias. «Il est fini le temps où les quotidiens pouvaient rester enfermés chez les marchands de journaux. Désormais, ils doivent aller chercher le client».

30/05/2008

Un style

284ea31621559d7937c6f082221e7dd7.jpgUne femme, retour d’une journée de shopping, s’adresse à son mari qui fait la moue en la voyant essayer les chaussures qu’elle vient d’acheter: «J’achète deux paires parce que, quand tu fais cette tête, ça m’enlève la moitié du plaisir». Une autre, au volant de sa voiture, tente d’amadouer un pandore sur le point de la verbaliser: «Je préfère ne pas vous remettre mes papiers, si vous êtes marié: ils empestent le parfum». Deux copines attablées dans un bistrot parisien: «Tu crois qu’ils ont remarqué, à Cannes, que nous boudions le Festival?» Une mère en vison sermonne une ado boudeuse: «Mais Françoise, je ne comprends pas ce qui t’empêche de vivre intensément avenue Foch». Deux copines encore, bavardent à la plage: «Il me demande si je suis libre ce soir. Ai-je une tête à avoir une soirée libre?» Un couple en tenue de soirée sur un balcon, elle répond à son prétendant: «Il y a en moi plusieurs femmes. Comment voulez-vous que je puisse me contenter d’un seul homme?» Plus tard, la même en robe de nuit et au téléphone: «Quelle surprise, Henri, de vous entendre avec le faux numéro que je vous ai donné».

Ces réparties, c’est du Kiraz tout craché. Edmond Kirazian dit Kiraz, le célèbre dessinateur de presse, qui depuis la fin des années 50, croque les Parisiennes dans des magazines de papier glacé: «Jours de France» pendant trente ans, puis «Match», «Gala», «Elle», «Playboy», etc. Les Parisiennes de Kiraz, sur leurs vertigineux talons hauts, ont fait le tour du monde. Leurs silhouettes longilignes ont même été exportées jusqu’au Japon. Elles ont aussi fait de la pub pour des édulcorants, des boissons gazeuses ou des panties. Et n’ont pas peu contribué à populariser le cliché mondial de la Parisienne élégantissime. De leur père spirituel, le couturier Christian Lacroix dit d’ailleurs qu’il n’avait pas son pareil pour «dessiner des décors formidables et capter l’essence de la mode».

f1db5088d05602a82d4db2b696f05698.jpgCarnavalet, le musée  de l’Histoire de la Ville de Paris (ici), rend hommage en ce moment à Kiraz, en lui consacrant une rétrospective qui réunit plus de 200 de ses œuvres: gouaches, dessins, esquisses ou croquis. En visitant l’expo, cela saute aux yeux: Kiraz, c’est vraiment un style. Aussi enlevé sur la forme (ses gouaches sont toujours très joliment colorées) que connoté sur le fond.

La Parisienne, la vraie, probablement se bat avec les horaires des crèches, transpire en Vélib’, peste contre des taxis inexistants, arrive en retard au spectacle, fraude dans le métro, n’a pas le temps d’arroser les plantes de son balcon, râle de ne plus pouvoir fumer au café, milite dans un comité de quartier, sacrifie quelques calories à un bon verre de vin, et fait surtout du shopping en période de soldes. La Parisienne de Kiraz, elle, passe ses journées dans les grands restaurants, dans les boutiques de luxe, au volant de son cabriolet, en rendez-vous galants, en vacances à la plage ou au manège équestre. Significatif: parmi toutes les oeuvres de Kiraz exposées, une seule et unique montre une Parisienne se livrant à une activité quotidienne dénuée de glamour: descendre les poubelles.

La Parisienne, la vraie, a probablement un caractère bien trempé, mais son tempérament ne se laisse pas résumer par quelques réparties en forme de clichés. La Parisienne de Kiraz, elle, de dessin en dessin invariablement depuis trente ans, est parfois spirituelle, toujours ravissante, mais le plus souvent passablement nunuche : sorte de poupée Barbie réduite à sa frivolité affective ou vestimentaire. La Parisienne de Kiraz, finalement, est un peu à la Ville Lumière ce que Carrie Bradshaw, de «Sex and the City», est à New York.

865a017b5f13a8076c7b52419c2d476b.jpgDu coup, en parcourant l’expo hier, on n’était plus trop sûr que cette futilité féminine ainsi honorée, supposément rafraîchissante, n’était pas en fait très agaçante par sa misogynie sous-jacente. On remarquait alors que, parmi les visiteurs, l’écrasante majorité était des femmes. Et que des éclats de rire guillerets et des murmures amusés fusaient régulièrement de leurs bouches.

22/02/2008

Un refus

dc05822acdc78e803e970138f7d341b3.jpgDécidément, il en fait des vagues, cet édito anti-sarkozyste de nos confrères espagnols d’«El País», qui moque un Président français malade d’une «hypertrophie probablement incurable» de son ego et accusé d’avoir, par l’étalage de sa vie privée voire par son «exhibitionnisme», rabaissé la France «au niveau de la Principauté de Monaco». Hier, le brûlot avait fait s’égarer le ministre Michel Barnier. Aujourd’hui, comme l’a révélé Rue 89, il vaut rien moins qu’à … Barack Obama de se voir interdit de publicité dans le métro parisien. Ce n’est évidemment pas le candidat à l’investiture démocrate qui est nommément visé ici, mais il est indirectement victime du climat d’animosité régnant entre Nicolas Sarkozy et les médias.

L’Américain, en effet, figurait en couverture du numéro de cette semaine du «Courrier International». Mais dans la partie supérieure de sa Une, le magazine renvoyait aussi au fameux édito d’«El País» avec cette accroche: «Vu de Madrid, Sarkozy ce grand malade». La société Métrobus, la régie publicitaire de la RATP, a jugé cette accroche offensante et a donc refusé d’afficher les pubs pour le «Courrier».

Ce genre de refus de campagnes publicitaires de la part de Métrobus n’est pas fréquent, mais pas rare non plus. En gros, une fois par an, la régie publicitaire des transports parisiens est accusée de «censure».

Ainsi, en septembre 2006, une campagne de pub axée sur Nicolas Sarkozy déjà avait été interdite. Elle émanait du magazine «Télérama». L’affiche reprenait un courrier attribué à un lecteur et, via l’allusion à une célèbre et très politiquement correcte émission télé dominicale, moquait les liens de connivence supposés entre le grand patron de l’UMP et l’establishment médiatique. Cela donnait ceci: «Dimanche 15 janvier. "Vivement dimanche". Nicolas Sarkozy devrait faire attention. C’est déjà la troisième fois qu’il invite Michel Drucker dans son émission». Suivait le slogan : «Nous sommes durs, vous êtes pires». A l’époque, Métrobus avait démenti toute censure mais avait rappelé que, dans le cadre de sa convention passée avec la RATP, elle était tenue «à une neutralité» passant par l’interdiction de «quelque communication à caractère politique que ce soit».

ec60603ccccdfeb48621f1fafc1fa498.jpgUn an auparavant, à l’automne 2005, c’était une autre campagne qui avait posé problème à la RATP. Pas du tout politique, cette fois, dans le sens premier du terme en tout cas. Il s’agissait de la promo pour un salon gay, «Rainbow Attitude», montrant des couples de filles et de garçons en train de s’embrasser. Dans un premier temps, Métrobus avait rejeté ces visuels, considérés comme indécents et susceptibles «de choquer l’ensemble des voyageurs». Les organisateurs du salon en avaient été réduits à faire diffuser une version light des deux clichés, montrant les couples s’enlaçant et non plus s’embrassant. Puis, furieux d’une «censure d’images aussi inoffensives, prônant simplement l’amour et la tolérance», ils avaient saisi la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde). Et avaient finalement obtenu gain de cause, Métrobus s’inclinant «par souci d’apaisement» et consentant à afficher les premiers visuels. Sitôt leur apparition dans les couloirs et sur les quais du métro, toutefois, lesdites affiches avaient souvent été lacérées et/ou recouvertes de graffitis haineux.

23/01/2008

Un paradoxe

Lorsqu’il s’agit de leur Président, de son style et de la manière dont les médias couvrent ces deux sujets, les Français sont décidément très ambyvalents. Un sondage publié dans «La Croix» vient encore le rappeler ce matin. Et illustre une fois de plus ce que, à notre modeste niveau - et sans vouloir nombrilistiquement tout ramener à nous - on expérimente avec ce blog: on se fait régulièrement engueuler par les lecteurs parce qu’on y parle trop de Nicolas Sarkozy mais, en même temps, les notes les plus lues et les plus commentées sont précisément… celles qui sont consacrées au Président.

 

Dans sa dernière partie, le sondage demande aux Français de donner leur avis sur la place qu’accordent les médias à Nicolas Sarkozy et singulièrement à sa vie privée. Une majorité de répondants (52%) trouve que ces médias accordent trop de place à l’action politique de leur Président, et la quasi-totalité des sondés (93%) juge qu’ils parlent trop de sa vie privée.

 

Mais en même temps, comme le rappellent les confrères de «La Croix», dans ce pays où les gens se disent incommodés par l’étalage de la vie privée, jamais les magazines «people» ne se sont autant vendus. Et dans ce pays qui dit friser l’overdose d’actus sarkozystes, jamais les newsmagazines «sérieux» ne réalisent de meilleurs chiffres de ventes que lorsqu’ils mettent Nicolas Sarkozy en «Une» et/ou se mettent eux aussi à décortiquer sa vie privée.

 

Sans surprise, les sondés qui sont le moins dérangés par la pipolisation de l’actualité politique sont les inactifs, les retraités, les gens qui n’affichent pas de préférences partisanes, qui sont sans diplôme ou certificat d’études, qui sont issus de la classe sociale dite moyenne inférieure ou modeste, et qui ne lisent jamais la presse. Tous les autres (actifs, diplômés, aisés, etc.), en revanche, sont nettement plus critiques sur l’évolution du paysage médiatique français et sur la couverture de l’actualité politique.

 

Un commentateur ce matin à la radio le disait un peu abruptement mais assez justement: en fait, cette dernière catégorie de Français… ment. En effet, l’audience médiatique des sujets «people» est telle en ce moment que, mathématiquement, il est impossible qu’elle repose uniquement sur la seule couche intellectuellement défavorisée de la population. «Le Français frime», analysait en substance ce commentateur. «Comme il n’avouera que rarement raffoler des potins et lire sous le manteau les magazine «people», il prétendra toujours que sa chaîne de télé préférée est Arte et non TF1». Il y a donc pas mal d’hypocrisie là dessous.

06/07/2007

Un double anniversaire

4db531b771c911dcce86c0c59b5e55f4.jpgLa célèbre agence de presse photo Magnum et les Nouvelles messageries de la presse parisienne (NMPP) fêtent cette année leurs 60 ans. Elles ont décidé de célébrer ce double anniversaire en mettant sur pied à Paris une exposition gratuite et à ciel ouvert, les devantures des kiosques servant de supports d’exposition aux clichés les plus fameux de l’agence.

Depuis hier et jusqu’au 25 juillet, vingt photographes (dont les célèbres Raymond Depardon et Martin Parr) exposent donc leurs oeuvres en alternance et en grand format sur soixante kiosques de la capitale, comme c’est en ce moment le cas à Bastille.Cette exposition se veut un hommage à la liberté d’expression et au droit à l’information.

Si, accessoirement, elle pouvait aussi attirer un peu plus de clients dans les kiosques, ce serait une bonne chose. A Paris, en effet, le nombre de kiosques s’est effondré.

Les gens lisent de moins en moins les quotidiens. Le nombre de magazines et de suppléments aux quotidiens ne cesse de croître, ce qui oblige à de lourdes et incessantes manutentions. La commission (autour de 19%) touchée par les kiosquiers sur le prix de vente des publications n’est pas suffisante pour leur permettre de vivre confortablement. Ajoutés à cela l’exiguïté du lieu de travail, le froid en hiver et la canicule en été régnant dans ces petits édicules, les horaires à rallonge et la concurrence des gratuits distribués en rue, les candidats kiosquiers ne se bousculent pas au portillon.

Depuis 2005, tout de même, grâce notamment aux aides des pouvoirs publics, ont pu être rouverts une trentaine des 80 kiosques qui avaient fermé ces cinq dernières années dans la capitale. Mais sur les quelque 300 restants, nombre sont encore vides faute d'occupants – et c’est du coup tout leur environnement urbain immédiat qui y perd en animation.