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30.01.2012

Un gros retard français

Télévision, Sarkozy, Handicapés, BelgiqueDès samedi, l'Elysée l'a annoncé, par un communiqué pas peu fier. Dimanche, l'entretien télé de Nicolas Sarkozy serait «disponible dans la soirée en rediffusion, traduit en langue des signes», sur son site internet. Et de préciser: «Cette initiative répond aux demandes d’associations de personnes sourdes et malentendantes».

En lisant ce communiqué, on s'est dit que, les sourds et malentendants étant des électeurs comme les autres, sans doute nombre d'entre-eux devaient vouloir suivre en direct l'intervention du chef de l'Etat, plutôt que d'attendre sa traduction en langues de signes, dans la soirée. Tous ceux-là n'ont eu d'autre choix que de se rabattre sur le télétexte.

En Belgique, en revanche, d'après le souvenir assez précis qu'on en a gardé, les allocutions du Roi, comme d'ailleurs tous les programmes d'information, sont diffusés avec, apparaissant en temps réel en bas de l'écran, un traducteur-interprète qui les restitue simultanément en langue des signes. Cela doit bien faire une vingtaine d'années que cela existe.

Samedi, dès lors, l'Elysée n'avait pas vraiment de quoi se vanter, dans son communiqué. La France, en effet, affiche un gros retard en la matière.

Mais sans doute n'est-il jamais trop tard pour bien faire.


PS: Cela dit, on trouve qu'hier soir, le grand parti sarkozyste a été un peu mou du genou. L'UMP, en effet, n'a diffusé que 16 communiqués de presse différents, saluant la prestation télé du chef de l'Etat. Seize, à comparer avec les 24 communiqués que le même parti avait consacrés jeudi à François Hollande. Besoin de vitamines?

13.01.2012

Une double palme

S'il y avait une palme hebdomadaire de la déclaration à l'emporte-pièce, le député-maire UMP de Nice (et ex-ministre) Christian Estrosi la remporterait haut la main, cette semaine. L'autre jour, sur une radio, ce sarkozyste de choc n'a rien trouvé de mieux que de s'emporter de la sorte, revenant sur un certain dimanche soir de mai 2007: «C'est indigne de reprocher au Président de la République d'être allé dans une brasserie populaire des Champs-Elysées, ce soir-là!»

Populaire, donc, le «Fouquet's». Vu l'énormité de cette assertion, nombre de médias ont pris un malin plaisir, ces derniers jours, à se pencher sur la carte de cet établissement. Cela donne «28€ le saumon fumé de Norvège en entrée», «54€ le ris de veau braisé», ou «des menus à 80€». A l'UMP, semble-t-il, on n'a pas la même notion que dans le reste du pays de ce qui est, ou pas, accessible au peuple.

La socialiste Martine Aubry, elle aussi, a cru bon d'évoquer la brasserie parisienne préférée des sarkozystes, cette semaine. En vilipendant les «maux» d'un «quinquennat Fouquet's».

Il nous semblait que, depuis une certaine affaire Strauss-Kahn (la Porsche place des Vosges, la suite la plus chère du Sofitel, les pâtes aux truffes dans un resto chic de Manhattan, etc.), le PS n'était définitivement plus le mieux placé pour faire la leçon à la droite, question train de vie. Depuis le cas DSK, le parti à la rose a compris l'image désastreuse qu'un tel affichage de luxe a pu donner, dans l'électorat «populaire» par exemple? Les barons de ce parti la jouent modeste, à présent? Et bien pas tous, semble-t-il; on en a eu confirmation (ici) cette semaine.

Aux prochains scrutins, l'électorat «populaire» va adorer cela: la «droite-Rolex» contre la «gauche-Porsche».

Encore bravo.

05.12.2011

Une concurrence, ou l'autre

paris,transports,environnement,delanoë,sarkozyOn l'a trouvé un peu aigri, Bertrand Delanoë ce matin, sur une radio. Le maire de Paris, qui a son caractère, déteste qu'on lui fasse de l'ombre. Ce matin, il donne le coup d'envoi à la grande marotte de son deuxième mandat: Autolib, le service de location de voitures électriques en libre-service. Mais, au même moment, se déroule un autre grand raout médiatique concurrent: celui que Nicolas Sarkozy consacre au RER, à La Défense. N'appréciant guère cette «indélicatesse», le maire de Paris ne s'est pas fait prier pour, ce matin, faire savoir que Nicolas Sarkozy et son gouvernement n'avaient «pas mis un euro» dans ces nouvelles rames du RER que le chef de l'Etat va inaugurer en grandes pompes...

Parlant de concurrence, cet Autolib ne fait pas que des heureux. Les compagnies de taxi et les sociétés de location de voitures sont folles de rage, et ont d'ailleurs porté plainte au tribunal administratif. Selon elles, on est clairement en présence d'une distorsion de concurrence. En effet, l'opérateur privé d'Autolib (le groupe Bolloré) a été aidé à hauteur de 250 millions d'euros par les pouvoirs publics parisiens pour développer ce service.

Les risques de concurrence, c'est aussi une des raisons pour lesquelles les Verts n'adorent pas ce dispositif. Selon eux, les Parisiens, pour leurs petits trajets en ville, risquent désormais de délaisser Vélib pour Autolib. «Cela remet en cause des années d'efforts pour réduire la circulation automobile», dans un centre-ville déjà notoirement sursaturé de bagnoles.

La concurrence, toujours, c'est ce que dénonce aussi le lobby des automobilistes parisiens. Pour l'instant, on ne compte que 250 stations Autolib à Paris et dans sa proche banlieue. Mais, à terme, le nombre de ces stations à l'allure de bulles à verre sera multiplié par quatre, qui proposeront au total 3000 véhicules de location. Autant d'engins qu'il faudra bien garer quelque part, donc autant de places de stationnement en moins destinées à l'automobiliste moyen – pour qui se garer dans Paris relève déjà si souvent du cauchemar quotidien.

02.12.2011

Une visite de terrain?

Nicolas Sarkozy usager des transports en commun parisiens?! C'est le (gros) bruit qui a fait le tour des rédactions de la capitale, ce matin. Lundi, le chef de l'Etat pourrait bien s'offrir une escapade en métro et/ou en RER. Et profiter de l'occasion de cette visite de terrain pour s'offrir un bain de foule parmi des Parisiens moyens.

Le communiqué de l'Elysée n'annonce encore rien de tel. Il se borne à faire savoir que «le Président de la République se rendra lundi 5 décembre 2011 au CNIT (La Défense-Hauts-de-Seine) où il prononcera à 11h00 un discours sur la modernisation des transports urbains, à l’occasion de la mise en service des nouvelles rames du RER A». Mais, en haut lieu ce matin, on ne démentait pas que l'idée d'une telle visite de terrain était dans l'air.

Nicolas Sarkozy qui prend le métro et/ou le RER. Poireaute avec les usagers sur les quais. Fait le tour des petites boutiques de gare. Salue les usagers entre deux portillons. On imagine déjà le déploiement sécuritaire dantesque que cela provoquerait. On voit déjà bien la bousculade médiatique d'anthologie que cela susciterait.

Mais, à part cela, non non, le Président n'est pas en campagne pour sa réélection.

23.11.2011

Un hommage (doublement) laborieux

personnalités,parti socialiste,sarkozy,umpToujours à propos du décès de Danielle Mitterrand, on a beaucoup ri mardi à Paris, dans le microcosme médiatico-politique. Ri d'une grosse bévue commise par l'Elysée.

En effet, dans la dizaine de lignes que contenait le communiqué d'hommage de Nicolas Sarkozy à la défunte, figuraient... une demi-douzaine de fautes d'orthographe ou de syntaxe. Depuis, le texte officiel (ici) a été corrigé. Reste la leçon que l'on peut tirer de cet incident: soit Nicolas Sarkozy ne relit pas, avant leur envoi, les communiqués censés porter sa parole (qui sont évidemment rédigés par des petites mains), soit il les relit, mais alors il maîtrise assez imparfaitement la langue française.

Autre curiosité du jour: l'UMP a mis une dizaine d'heures avant de rendre hommage à la défunte. Il a fallu attendre 19 heures pour que tombe le communiqué du parti présidentiel. Son n°1, Jean-François Copé, y saluait «une femme qui a porté, avec dignité et courage, de nombreux combats tout au long de sa vie», une «figure de la Vème République et du militantisme» – dont, néanmoins, l'«intransigeance» était soulignée.

Un délai de réaction dû à une surcharge de travail ou à une désorganisation du grand parti sarkozyste? C'est oublier le fait que l'UMP dispose d'une réelle force de frappe médiatique. Quand il le veut, il se débrouille parfaitement pour inonder de sa prose les boîtes électroniques des journalistes – chaque jour et à longueur de journées, en fait. Plus vraisemblablement, l'UMP hier matin n'avait pas prévu de saluer publiquement cette personnalité qui, il est vrai, lui était si diamétralement opposée. Mais il s'est ravisé en fin de journée, soucieux sans doute de ne pas être en total décalage avec l'afflux d'innombrables hommages rendus à la défunte – y compris à droite, Bernadette Chirac par exemple.

Dès lors, les louanges sarkozystes de Danielle Mitterrand sont très vraisemblablement opportunistes. Voire carrément hypocrites.

Mais sans doute est-ce de bonne guerre.

02.11.2011

«Une obligation humaine»

paris,social,pauvreté,sarkozyCela nous mène évidemment très loin des fastes de Cannes, où se tient ces jours-ci le sommet du G20, qui réunit les représentants des 20 puissances les plus riches du monde. Mais c'est cela aussi, Paris – «Ville lumière» oui, mais pas pour tout le monde.

Ce week-end-end, une femme SDF, âgée de 38 ans, a accouché dans la tente qui lui servait d'abri, dans une rue du quatorzième arrondissement. Mais son bébé, une petite fille, n'a pas survécu, malgré les secours que lui ont prodigués les pompiers et une équipe du SAMU appelée en renfort. Avant leur intervention, ont précisé les agences de presse, «la maman appelait au secours et portait son enfant dans ses bras», en pleine rue.

S'il est besoin de rafraîchir les mémoires, cet engagement pris par Nicolas Sarkozy en décembre 2006, alors qu'il briguait l'Elysée: «Je veux, si je suis élu Président, que d’ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid. Parce que le droit à l’hébergement, je vais vous le dire, c’est une obligation humaine. Mes chers amis, comprenez le bien: si on n'est plus choqués quand quelqu’un n’a pas un toit lorsqu’il fait froid et qu’il est obligé de dormir dehors, c’est tout l’équilibre de la société qui s’en trouvera remis en cause».

Ce n'est pas très charitable, voire c'est assez minable, de rapprocher cette promesse non-tenue et ce drame atroce?

Difficile d'avoir des scrupules quand, l'autre jour, l'ex-ministre sarkozyste Patrick Devedjian s'est frotté les mains en faisant, si cyniquement, des spéculations électorales sur le dos de la misère. Pour lui, il sera très facile à la droite de reprendre Paris à la gauche, aux élections municipales de 2014. Il lui suffira d'«expliquer que le Paris de Bertrand Delanoë se résume, avec la flambée de l'immobilier et celle de la pauvreté, à ISF et SDF».

28.10.2011

Un double comique

Sarkozy, Médias, Télévision, Journalisme, Communication, Langue françaiseIls sont comiques, au PS. Hier, ce parti a fustigé l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy avant même qu'elle ait lieu: non sur le fond, mais sur sa forme. Car l'émission a été entièrement réalisée par une boîte de prod' privée. Engagée pour l'occasion par l'Elysée, c'est elle qui l'a conçue, scénarisée, filmée, puis vendue aux chaînes de télé qu'ils l'ont diffusée. Pour le PS, c'est d'autant moins acceptable que cette boîte de prod' est une filiale du groupe Lagardère, dirigé par un proche de Nicolas Sarkozy.

 

Ce qui est comique, c'est que François Hollande n'est pas loin... d'avoir fait pareil, dernièrement. C'était l'autre jour, dans notre onzième arrondissement de Paris. Il tenait son dernier meeting de campagne dans la salle de spectacles du "Bataclan". Ses communicants y ont interdit toute prise de vue filmée par les médias. C'est une société engagée par le candidat socialiste qui a assuré la captation et la réalisation des images du meeting, ainsi que sa retransmission exclusive en direct, par signal vidéo, aux médias couvrant l'événement. En 2007 déjà, lors de sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy faisait pareil pour tous ses grands meetings, afin de contrôler au maximum son image.

 

Ils sont comiques, à l'UMP. Hier, l'intervention télévisuelle présidentielle a reçu son lot habituel de critiques pour son caractère extrêmement encadré par l'Elysée (qui choisit les journalistes-intervieweurs, etc.). Pour beaucoup, un tel cadenassage de ce programme par le pouvoir fait qu'il relève moins de l'information que de la communication, moins de l'interview que de la tribune.

 

Ce qui est comique, c'est que les communiqués de presse louangeurs envoyés par l'UMP après l'émission ont eux-mêmes, involontairement et donc si maladroitement, confirmé le caractère artificiel, voire fictif, de cette supposée confrontation entre chef d'Etat et journalistes. En effet, ces communiqués vantaient «l'allocution» de Nicolas Sarkozy. Un terme qui, comme on l'a vérifié ce matin au «Robert», renvoie à celui de «discours», dénué donc de la moindre contradiction...

19.10.2011

Une «insistance»

Guilad Shalit désormais libre, il reste encore un Français binational détenu dans cette région: le Franco-Palestinien Salah Hamouri. Ce jeune homme de 26 ans est emprisonné en Israël depuis 2005, après sa condamnation pour une tentative d'assassinat – qu'il a toujours niée – contre un rabbin. Hier soir, dans une interview notamment à Radio J, la radio de la communauté juive de France, Nicolas Sarkozy a dit son espoir qu'il fasse partie de la deuxième vague de prisonniers palestiniens qui seront bientôt libérés, dans le cadre de l'accord passé entre Israël et le Hamas. «Nous l'avons demandé avec insistance» aux Israéliens, a assuré le chef de l'Etat, car «comme tout citoyen français», ce jeune homme «a le droit à la protection et à l'attention du gouvernement» français.

 

Que Nicolas Sarkozy ait pris soin de mentionner ce cas s'explique par le fait que, dans la mouvance pro-palestinienne, on l'a toujours accusé de pratiquer le deux poids, deux mesures: de s'être beaucoup bougé pour Guilad Shalit, mais de ne s'être jamais soucié de Salah Hamouri.

 

Tant à l'Elysée qu'au quai d'Orsay, on a toujours catégoriquement réfuté une telle différence de traitement. Pas plus tard que la semaine dernière, le porte-parole des Affaires étrangères avait encore insisté: «A de nombreuses reprises, la France a demandé aux autorités israéliennes la libération anticipée de Salah Hamouri. Nous continuerons de faire passer ce message. Je rappelle qu'Alain Juppé avait rencontré les parents de Salah Hamouri lors de son déplacement en Israël, en juin dernier».

 

Il n'empêche, Paris n'a jamais caché qu'à ses yeux, il n'y avait «pas lieu de faire un parallèle» entre les situations endurées par ces deux jeunes gens.

 

Entre Salah Hamouri qui, «depuis son incarcération, reçoit, dans le cadre de la protection consulaire, des visites régulières des agents consulaires français», et qui fait donc «l'objet d'un suivi constant de la part des autorités politiques et diplomatiques». Et Guilad Shalit, qui, lui, était détenu dans un endroit inconnu de tous, auquel même la Croix-Rouge internationale n'avait pas accès. «Toutes les règles du droit international» ayant, dans son cas, été violées, les Affaires étrangères ont toujours estimé qu'il s'agissait «d'une situation différente, et oh combien dramatique».

 

 

PS: Actualisation, quelques heures plus tard. Pour le coup, Nicolas Sarkozy aurait-il mieux fait, hier soir, de... se taire? Son "insistance" à ce que Salah Hamouri figure parmi les prochains Palestiniens libérés par Israël relève-t-elle en fait... de la grosse bourde?

C'est ce que pense le comité de soutien du jeune Franco-Palestinien (lire et écouter ici).

Comité qui voit là l'illustration du grand désintérêt qu'auraient toujours eu les autorités pour ce dossier. Dossier que le ministre de la Défense, ce matin, a avoué benoîtement... ne même pas connaître.

23.06.2011

Une histoire mouvementée

Tout bouge décidément, en France. Puisque, depuis hier, y compris la si vénérable institution républicaine qu'est le baccalauréat est désormais sur la sellette – si vous aviez loupé cela, lire par exemple ici. En bossant sur ce sujet pour «La Libre» hier après-midi, on a retrouvé, dans le fin fond de notre documentation, deux petites anecdotes concernant ce bac.

D'abord, au cours de son histoire mouvementée, il a, en fait, toujours fait l'objet de tentatives de fraude. Dès 1830, des candidats bacheliers peu scrupuleux furent pincés pour avoir envoyé des élèves plus brillants qu'eux, qu'ils rémunéraient, passer l'oral à leur place. Jusqu'en 1920, en effet, les examinateurs ne demandaient pas aux candidats de présenter une pièce d'identité avant de présenter l'épreuve.

Ensuite, ce n'est pas toujours forcément évident pour tout le monde de décrocher ce sésame. Pour preuve, aux alentours de 1840, le futur célèbre scientifique Louis Pasteur dut s'y reprendre à deux fois pour réussir un bac ès sciences complet: s'il était très bon en sciences, il n'était que moyen en latin et en grec, et carrément médiocre en histoire-géo.

Cela vaut bien ce dont on parlait l'autre jour: Nicolas Sarkozy et son misérable 9/20 en philo.

 

PS: Cela n'a strictement rien à voir, mais on ne résiste pas au plaisir d'en parler vu que, pour nous, c'est LA bonne nouvelle de la journée. L'Elysée... nous respecte! On l'a constaté avec ravissement ce matin, au saut du lit. En prenant connaissance du mail arrivé à 5h59 très exactement ce jeudi, dans notre boîte électronique. C'était un communiqué envoyé par le SPI: le «Service Permanence et information» de la Présidence. Ce service est chargé de surveiller l'actualité pendant la nuit et les week-ends, pour que le chef de l'Etat  puisse y réagir à toute heure, en cas d'urgence. Là, l'urgence, c'était le discours d'Obama sur l'Afghanistan. Et ce mail élyséen si matinal disait ceci: «Bonjour. Veuillez trouver ci-joint un communiqué de la présidence de la République. Respectueusement. Le SPI». «Respectueusement»! Quelle belle journée et quel beau métier que le journalisme, assurément.

17.06.2011

Une épreuve, des résultats

«Ressentir l'injustice m'apprend-il ce qui est juste?», «L'homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même?», ou «L'art est-il moins nécessaire que la science?» Quelques-unes des questions existentielles qui figuraient donc parmi les sujets de dissertation du bac de philo, hier. Si vous voulez élire votre sujet préféré parmi ceux-ci et d'autres qui ont été proposés ces dernières années, une radio française organise une consultation: ici.

A l'occasion de ce bac 2011, la presse française, qui parfois peut être malicieuse, s'est amusée à aller retrouver les résultats qu'avaient obtenus à l'épreuve de philo les bacheliers qui, aujourd'hui, briguent ou pourraient briguer l'Elysée. Nicolas Sarkozy, décidément peu philosophe, n'a obtenu que 9/20 à cette épreuve. Jean-Louis Borloo, son ex-ministre et futur possible rival à droite pour 2012, a fait deux fois mieux: 18/20. Quant à François Hollande et Martine Aubry, aujourd'hui au coude à coude dans les sondages pour l'investiture socialiste, à l'époque déjà, ils étaient à égalité: 13/20.

Interrogé sur ses performances d'adolescent, le ministre de l'Education, Luc Chatel, a fait sangloter dans les chaumières en révélant qu'il n'avait pu passer cette épreuve de philo en juin, cette année-là. Car, à ce moment, il était hospitalisé pour une méningite foudroyante. Il passa donc le bac de rattrapage en septembre. Avec succès, mais cela ne l'a pas empêché, l'autre soir sur un plateau de télé, de sécher misérablement sur un problème figurant au programme des élèves de CM2 – pour les lecteurs non-français de ce blog: des écoliers âgés de 9 ou 10 ans. Ce n'était pourtant qu'une banale règle de trois.

Au moins ledit ministre sait ce qu'il lui reste à faire si d'aventure en 2012 il était, comme son Président, renvoyé dans l'opposition: un bon petit recyclage.

11.05.2011

Une double palme

Décernons une double palme, aujourd'hui. Puisque, ce mercredi, s'ouvre le Festival de Cannes. Un événement auquel Carla Bruni ne participera pas en personne, mais par pellicule interposée: via sa courte apparition dans le dernier film de Woody Allen. Cette absence physique est mise officiellement sur le compte de l'agenda surchargé de l'intéressée (...). Elle ne fera évidemment que renforcer les ragots sur l'heureux événement qui serait en préparation dans le couple présidentiel. Cette double palme, précisément, à propos de la dimension politique que certains donnent à cette grossesse élyséenne éventuelle.

C'est Benoît Hamon que l'on prime. Pour les deux réflexions que ce porte-parole du Parti socialiste a faites sur ce sujet, à la faveur d'une interview le week-end dernier.

La première lui vaut «Palme de la Bienveillance, Limite Lénifiance». Ce possible nouveau-né ne serait qu'une grosse opération politique? La solution de fortune qu'aurait trouvée un Nicolas Sarkozy si impopulaire pour gagner quelques précieux points dans les sondages, et donc pouvoir encore nourrir quelque espoir d'être réélu en 2012? C'est ce que disent les mauvaises langues. Dont Benoît Hamon ne fait visiblement pas partie. Selon ce jeune père de famille lui aussi, un enfant ne peut être qu'«un acte d'amour» et rien d'autre. Et, «si cette naissance est confirmée, félicitations à eux deux». Le PS ne nous avait pas habitué à un ton aussi Bisounours envers Nicolas Sarkozy. Cela nous transporte quasiment au pays de Candy.

Seconde récompense: la «Palme de la Lucidité et du Bon Sens». Pour cette réflexion du même Benoît Hamon. «Quant aux points (de popularité dans les sondages) que cette grossesse pourrait faire gagner à Nicolas Sarkozy, si la gauche perd (en 2012) à cause d'un enfant, c'est que vraiment nous n'aurons pas été bons». Bien vu.

Et le pire – diront les lecteurs plutôt à gauche –, le mieux – diront ceux plutôt à droite –, c'est que rien, à ce stade, ne permet d'écarter d'emblée un tel scénario.

05.05.2011

Un peu de détente

dskporsche.jpgLes politiques et les journalistes s'amusent, en ce moment. Histoire d'un peu relâcher la pression. En cette période déjà si nerveuse de précampagne électorale présidentielle, où ils ont si peu l'occasion de se détendre – et cela ne fait que commencer: on en a encore pour un an. On a donc été bien amusé, nous aussi, ce matin, au saut du lit. En entendant, sur une radio, le dernier pastiche en date de slogan de campagne électorale suggéré par les facétieux à Dominique Strauss-Kahn.

Ce slogan détourne le fameux et mémorable «La Force tranquille», de François Mitterrand. Appliqué à DSK, il devient... «La Porsche tranquille». Si d'aventure cela vous avait échappé: lors de son dernier passage à Paris, le probable candidat à l'investiture socialiste à l'Elysée s'est fait paparazzier, avec Anne Sinclair, en train de sortir d'une rutilante Porsche. Pour les connaisseurs, une Panamera S: «une voiture à 10 plaques!», paraît-il. Ledit bolide n'appartient pas au patron du FMI, mais à un de ses amis, a précisé l'entourage de DSK. Il n'empêche, ce cliché volé tombe vraiment mal, pour un politique qui peine à se défaire d'une certaine image bling-bling: le ryad à Marrakech, l'appartement place des Vosges, l'immense fortune de son épouse, etc. C'est même une erreur de com' de béotien, qui n'a pas fini de faire jaser, venant d'un DSK pourtant censé coaché en permanence par une escouade de communicants de haute volée.

Dans le camp DSK toujours, un autre slogan fait fureur, paraît-il. L'inspiration, cette fois, n'est pas mitterandienne mais nord-américaine. Comme Obama a conquis l'Amérique avec son «Yes we can», certains strauss-kahniens s'encouragent en scandant des... «Yes we khan»...

kitesurf.jpgPour l'anecdote, il se raconte aussi que, dernièrement, a vu le jour, dans un autre état-major de présidentiable, une autre déclinaison hexagonale du fameux slogan d'Obama. Il s'agit cette fois de Nicolas Hulot. Dernièrement, ses collaborateurs lui ont offert un tee-shirt. Sur lequel figurait le slogan... «Yes I kite». En référence à la passion de l'animateur télé pour le kite-surf...

On a gardé le meilleur pour la fin: la perle langagière de la semaine. Elle émane d'un ponte de l'UMP, Marc-Philippe Daubresse. Mardi, soit très fatigué, soit lui aussi très facétieux, ce cacique du grand parti sarkozyste a commis un gros lapsus. Il concernait à nouveau DSK. On vous le donne tel quel: «Nicolas Sarkozy a bien fait de proposer Nicolas Strauss-Kahn comme président du FMI, à l'époque». Merveilleux.

04.05.2011

Un poids (sondagier)

Puisqu'on parlait hier des sondages, la question qui agite le microcosme politico-médiatique parisien, en ce moment: depuis que bruissent les rumeurs sur un heureux événément qui serait en préparation chez Carla Bruni-Sarkozy. Cette question? Combien de points dans les baromètres de popularité vaut une grossesse annoncée et menée à bien en pleine campagne présidentielle? Bonne question. Ce week-end, dans un quotidien du dimanche, un sondeur s'est (anonymement) hasardé à répondre: «A mon avis, cinq points».

Si ce professionnel de l'opinion ne se trompe pas et si cette grossesse de Carla Bruni est avérée, Nicolas Sarkozy peut se frotter les mains, pour la présidentielle de l'an prochain. En effet, ces cinq points ne lui seront pas de trop. Lui qui, selon les sondages d'intentions de vote – qui, à ce stade, n'ont évidemment aucun sens – , aura déjà tant de mal à franchir le cap du premier tour et donc à se qualifier pour le second.

Cinq points: le poids sondagier d'un nouveau-né. Au passage, cela en dirait long sur les critères de choix politique d'un certain électorat.

En attendant, remarquons que la gestion de cette séquence par Carla Bruni lui vaut quelques piques inhabituellement acérées, dans des médias.

«Pitié, faites taire la Première Dame!», entendait-on ainsi hurler, mercredi dernier, un éditorialiste, sur une radio (ici). Le couple élyséen, dans ce domaine de com', jouerait avec le feu. Car «beaucoup de Français pourraient trouver que, pour eux, l'actualité est moins riche en heureux événements que pour ceux qui les gouvernent». Encore plus fort: «La princesse Carla, en révélant à demi-mots son état de future mère, change de statut. La petite princesse chanteuse à la voix rauque devient Reine-mère», raillait à son tour, ce lundi, un autre commentateur (là). Qui s'effarait de cette «dramaturgie» si «parfaite»: certes «totalement adaptée à notre monarchie républicaine», mais en même temps «si Disneyland». Et de lever, mine de rien, un fameux lièvre: «En jouant ce rôle de Bernadette Chirac post-moderne, (Carla Bruni) peut-elle encore rester une star de la chanson? Douloureux dilemme».

En haut lieu y compris, décidément, la vie n'est pas toujours facile, Madame.

03.05.2011

Un gros business

HULOT.jpgLes élections présidentielles de 2012, un gros business: on en parlait hier. Elles constitueront aussi une affaire en or pour les instituts de sondages – la France n'est pas pour rien le pays au monde qui produit et consomme chaque année le plus grand nombre de sondages à caractère politique. Dès à présent, d'ailleurs, cette folie sondagière ne nous épargne rien. On en a encore eu l'illustration l'autre jour, avec cette enquête d'opinions qu'on trouve d'un niveau assez consternant.

La question? «Avec quel leader politique partiriez-vous en vacances?» L'intérêt avancé? Mesurer, «sous un angle décalé, l’intérêt que suscitent les personnalités politiques auprès des Français». L'objectif commercial probable derrière tout cela? De la pub en masse pour le commanditaire de ce sondage: un site de voyages en ligne, qui, grâce à cette enquête, a vu sa marque citée à chacune des innombrables reprises médiatiques de ce sondage.

Pour ceux que cela intéresse, Nicolas Hulot domine le palmarès des «vacanciables» politiques pour «un trek au bout du monde» ou «un safari en Afrique». Nicolas Sarkozy, en revanche, n'apparaît qu'en quatorzième position des personnalités citées par les sondés. Et Dominique Strauss-Kahn n'est pas mal placé pour les mini-trips urbains culturels et branchés.

Pour arriver à ces données si passionnantes, «1 050 internautes âgés de 18 ans et plus, représentatifs de la population française internaute (critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle et de région, source Insee)» ont été dérangés. Et ont donc été priés de donner leur avis sur une question aussi idiote (la mission des dirigeants politiques n'étant pas précisément d'être de bons compagnons de voyage) que virtuelle (aucun répondant ne bronzera évidemment jamais sur le yacht du milliardaire Bolloré en compagnie de Nicolas et Carla Sarkozy).

Plus intéressant aurait sans doute été de venir avec un sondage montrant que cet été encore, près d'un Français sur deux n'aura pas les moyens de partir en vacances. Mais cela aurait été moins glamour, moins fun et donc moins vendable – cela aurait fait moins de buzz, comme on dit.

Business is business.

(*)Pas trop désireux de rajouter encore de la pub à la pub, une fois n'est pas coutume, aucun lien dans cette note ne dirige vers ladite «enquête». Mais les lecteurs que cela passionne ne devront sans doute par chercher longtemps avant de trouver par eux-mêmes, sur le net, ses résultats.

22.04.2011

Un champion (du gazouillis)

twittoscope.jpgIl a beau être impopulaire comme jamais un Président français ne l'a été à un an d'un scrutin présidentiel, dans ce domaine au moins, il demeure le n°1. Nicolas Sarkozy reste, et de loin, la personnalité politique la plus tweetée de France. Il totalise à lui seul un petit tiers (82.500) des 280.000 tweets enregistrés dans le dernier «Twittoscope» de la Sofres. Le chef de l'Etat fait quasiment deux fois mieux que la deuxième du classement, la frontiste Marine Le Pen (45.000).

Dominique Strauss-Kahn décroche la médaille de bronze (17.600 tweets). Six personnalités dépassent les 10.000 tweets mensuels: les socialistes Ségolène Royal et Martine Aubry, le leader de l'UMP Jean-François Copé, le ministre de l'Intérieur Claude Guéant, son collègue des Affaires étrangères Alain Juppé, et le bon vieux Jacques Chirac.

Nuance: un nombre élevé de tweets ne signifie pas automatiquement une forte adhésion. Car, a calculé la Sofres, quatre cinquième des tweets analysés sont de simples échanges d'information: ils se bornent à évoquer la personnalité concernée ou son actualité, sans contenir d'opinion positive ou négative à son égard. Seul un sixième (16%) des tweets sont critiques. Sans surprise, les personnalités suscitant beaucoup de tweets critiques sont les si sulfureux ministres Claude Guéant ou Eric Besson. Particularité: «les personnalités qui obtiennent des scores de tweets positifs sensiblement plus élevés que la moyenne sont toutes issues de formations de gauche». Un hasard? Non, se hasarde la Sofres. Cela «pourrait laisser à penser que l'e-démocratie trouverait plus facilement sa place à gauche, du fait d'une culture partisane plus discursive et/ou d'un personnel politique plus accoutumé au dialogue horizontal».

Ce qui est sûr, en tout cas, c'est qu'il y a de l'effervescence dans tout cela. «A un peu plus d'un an de la présidentielle, l'agora politique que constitue Twitter a largement dépassé le demi-million de tweets mensuels, sur les 140 personnalités suivies». Plus que jamais, donc, la vie politique française suscite un intense gazouillis. Et, bien sûr, cela ne fait que commencer.

01.03.2011

Une promesse oubliée

Un changement symbolique en France, ce mardi: à 11h30 précisément, soit l'heure fixée pour la passation de pouvoirs entre Michèle Alliot-Marie et Alain Juppé au ministère des Affaires étrangères. A partir de ce midi, ce pays ne compte plus la moindre femme avec rang de ministre d'Etat. Et on ne dénombre plus que 7 femmes (10, en comptant les secrétaires d'Etat), au sein d'une équipe ministérielle totalisant 30 membres. 10 (au mieux) sur 30. Au sommet de l'Etat, donc, on reste loin – et encore un peu plus loin aujourd'hui qu'hier – de la parité hommes-femmes.

En 2007, pourtant, le candidat Sarkozy avait pris cet engagement, à la télé: «Je constituerai un gouvernement de 15 ministres, pas un de plus. Et, bien sûr, avec la parité».

L'électorat féminin appréciera, ou pas, le reniement de cet engagement. Cet électorat féminin qui, au passage, au second tour de l'élection présidentielle de 2007, avait proportionnellement voté davantage pour Nicolas Sarkozy que pour Ségolène Royal..

22.02.2011

Une (double) couardise

soldatclément.jpgGouverner et communiquer, cela va de soi. Gouverner et assumer, c'est moins évident. On vient d'en avoir un double exemple en France. L'exemple d'une pudeur qui confine à la couardise.

Premier exemple? Il y a des choses qu'il vaut mieux ne pas dire à l'opinion, pensent sans doute les grands communicants qui entourent les hauts dirigeants français. Ainsi, quel était l'âge du chasseur de première classe Clément Chamarier, qui a été tué en Afghanistan samedi? (Au passage, c'est le 54ème Français mort dans ce pays depuis que les troupes françaises y sont déployées, en 2001) Son âge n'est mentionné ni dans le communiqué du Président Sarkozy, ni dans celui du Premier ministre François Fillon, ni dans celui du ministre de la Défense Alain Juppé, tous trois diffusés ce week-end pour lui rendre hommage. Les télés françaises, samedi soir, ont en majorité parlé d'un soldat «âgé d'une vingtaine d'années». C'est faux. Comme l'armée de terre, elle, a le cran de le préciser (ici), Clément Chamarier était «âgé de 18 ans». Il était donc plus jeune encore que ce soldat français âgé de 20 ans tué il y a quasiment un an jour pour jour dans ce même pays, dont on avait parlé (là) dans ce blog à l'époque.

Pour clore ce premier exemple, on se contentera de reprendre textuellement (à deux chiffres près, relatifs à l'âge de l'intéressé) ce qu'on écrivait alors. «18 ans. Sans doute n’y a-t-il pas d’âge idéal pour mourir. Probablement ne faut-il pas réduire à ce genre de détail le débat sur l’engagement militaire français en Afghanistan, autrement plus complexe. Mais tout de même. 18 ans!»

Deuxième exemple? Il y a des choses qu'il vaut mieux que l'opinion oublie, pensent sans doute les grands communicants qui entourent les hauts dirigeants français. Oublier par exemple, au moment où le sang coule en Libye, le tapis rouge qui, en décembre 2007, avait été déployé à Paris en l'honneur du colonel Kadhafi. .

sarkozykadhaf.jpgAinsi, sur le site web de l'Elysée – sauf erreur: on n'a pas eu le temps, ce matin, d'y passer des heures –, on ne trouve plus trace de cette visite. Ni photo, ni vidéo, ni discours, ni la moindre déclaration. Une petite main du service de com' de l'Elysée aurait-elle donc, cette nuit, été chargée d'effacer tout cela? La Présidence a démenti, jurant que ces documents n'avaient jamais figuré sur le site. Y figure toujours, en revanche, une déclaration de janvier 2008: Nicolas Sarkozy y raille «le charivari un peu ridicule» provoqué par cette visite.

Si cet émoi était «ridicule», c'était que, de l'avis de l'Elysée, cette grande pompe franco-libyenne était justifiable. Mais pas sûr qu'en haut lieu, beaucoup de gens le répéteront, trois ans plus tard.

21.02.2011

Une apostrophe

«Ca suffit!» C'est ainsi que les médias français ont, ce week-end, traduit le «Jalas!» qu'a donc osé lancer le nouvel ambassadeur de France à Tunis, Boris Boillon, à une journaliste tunisienne à qui il voulait clouer le bec. Car elle avait la mauvaise idée de l'interroger sur «des trucs débiles» selon lui: la longue complaisance de Paris envers le despote Ben Ali, les vacances à la plage et les voyages en jet privé de la ministre Alliot-Marie, etc. Si d'aventure cela vous avait échappé, ce langage si peu diplomatique, dans la bouche d'un jeune diplomate censé brillantissime, a provoqué un gros buzz sur le net. Il a aussi conduit des centaines de Tunisiens à manifester, pour réclamer le départ de l'«arrogant» jeune homme. Et a contraint ce dernier à présenter ses excuses à la télévision tunisienne.

«Ca suffit!», donc. Contrairement à Boris Boillon, on n'est pas arabophone, donc on peut se tromper. Mais, de nos voyages dans le monde arabe, jadis, on a tout de même gardé un souvenir assez net que ce «Jalas!», dans le langage courant, était un terme beaucoup plus rude que le «Ca suffit!» français. Une apostrophe très méprisante, même. Du genre de celles que l'on lance aux importuns pour les prier de dégager vite fait , d'aller se faire voir (pour rester poli) ailleurs.

Qui sait peut-on traduire ce «Jalas!» par «Casse-toi, pauvre con!» Par «Casse-toi, pauvre conne!», en l'occurrence. Cela tomberait bien, finalement, cette version arabe et féminisée de la célèbre apostrophe agricole sarkozyste, dans la bouche d'un diplomate qui se définit lui-même comme un «Sarko boy».

18.02.2011

Un cirque

Une heure. Même pas. C'est le temps qu'il a fallu aux forces de l'ordre pour, ce matin, faire exécuter la décision de justice ayant ordonné mardi l'expulsion sans délai des jeunes squatteurs du collectif Jeudi noir. Fin décembre (on en avait parlé par exemple ici), ces «galériens du logement» avaient investi un immeuble de bureaux de l'assureur Axa: vide depuis des années et situé à deux pas du palais de l'Elysée. Auparavant, ils avaient déjà très médiatiquement et longuement squatté un hôtel de maître inoccupé de la place des Vosges ( ou ).

Ce matin donc, sur le coup de 7 heures, les pandores n'ont eu aucun mal à forcer les vagues barricades érigées par les jeunes, qui s'attendaient depuis trois jours à leur expulsion. De même, ceux parmi eux qui s'étaient enchaînés sur place, pour retarder les forces de l'ordre, ont été évacués sans le moindre problème. Et les quelques leaders qui s'étaient réfugiés sur le toit de l'immeuble y ont vite été rejoints par la maréchaussée et invités à redescendre illico sur terre.

L'explusion des squatteurs s'est apparemment déroulée sans autre incident notable qu'une certaine effervescence audiovisuelle. Si tant est que celle-ci soit un incident: l'expulsion a respecté à la lettre le scénario médiatique, déjà préécrit, vu et revu de nombreuses fois, entourant désormais ce genre d'opérations à Paris – couvertes en direct et en temps réel par les médias.

A n'en pas douter, il ne faudra guère attendre longtemps avant que les «galériens» ne jettent leur dévolu sur un nouvel immeuble vide. Immeuble que, pareillement, ils investiront, occuperont, puis dont ils seront expulsés. Et ainsi de suite. Toujours sous l'oeil des caméras. Et sans que, manifestement, personne ne semble à même de régler le problème de fond posé par ces actions: le manque criant de logements abordables pour les jeunes et les précaires, dans la Ville lumière comme ailleurs. Alors que, par ailleurs, y abondent et depuis des années des immeubles entièrement vides. Suite du feuilleton, donc, au prochain numéro.

 

PS. Sinon, dans un autre registre mais toujours dans le genre cirque, ce sondage, ce matin, relatif au second tour de l'élection présidentielle de 2012. Qui donne Nicolas Sarkozy (39%) humilié par Dominique Strauss-Kahn (61%!). A quatorze mois de l'échéance, une telle enquête n'a bien sûr pas le moindre sens. Ce qui, ce matin, n'empêchait cependant pas toute la planète médiatique parisienne de ne parler que d'elle.

17.02.2011

Un langage

nombril.jpgComme tous les métiers combinant une forte notoriété publique et une grosse charge de travail, la politique nécessite une fameuse dose d'ego. Et un certain nombrilisme? C'est ce qu'on pourrait déduire d'une étude sortie il y a quelques jours, consacrée au langage des personnalités politiques françaises. On y découvre qu'en France, le mot préféré des politiques – mais sans doute est-ce la même chose dans tous les pays et dans toutes les langues – n'est autre que le terme... “je” .

Pour cette étude, les discours, interviews et autres interventions de 35 personnalités politiques françaises, prononcés entre janvier 2000 et juin 2010, ont été disséqués. Au bas mot, c'est le cas de le dire, 500.000 termes de chacune de ces personnalités ont été passés au peigne fin. Il en ressort donc que c'est le “je” qui y revient le plus souvent. A raison de 22,97 occurrences par 1000 mots, très précisément. Nicolas Sarkozy est le champion toutes catégories de l'utilisation du “je” –  comme du “moi”, d'ailleurs. Le suivent la socialiste Ségolène Royal et le centriste François Bayrou. Rien d'étonnant à cela: comme le signalent les auteurs de cette étude, ce nombrilisme lexical est «le reflet, sans doute, d'une présidentielle 2007 très axée sur la personnalité même des candidats, avec un besoin d'incarner sans doute plus fort encore qu'auparavant dans la Ve République».

Sinon, on trouve davantage de confirmations que de révélations dans ce travail. Et même quelques constatations qui enfoncent des portes ouvertes. Ainsi, rien d'étonnant à ce que les termes “immigration” ou “sécurité” soient beaucoup utilisés par les ministres de l'Immigration et de l'Intérieur respectivement. Quelques petites informations pas totalement inintéressantes, tout de même.

Ainsi, pendant la période étudiée, c'est le tribun souverainiste Philippe de Villiers qui a le plus utilisé le plus le mot “France”. La socialiste Martine Aubry, elle, est de loin celle qui emploie le plus souvent le mot “social”. La mère de la loi sur les 35 heures a aussi le plus fréquent recours au terme “travail”, mot qu'emploie beaucoup aussi Nicolas Sarkozy («réhabiliter la valeur travail», etc). Jean-Marie Le Pen adore évoquer "l'Europe" et la "nation". François Bayrou ne cesse de parler de la "démocratie" et des "citoyens". Jacques Chirac a un tic verbal – si par extraordinaire cela vous avait échappé, c'est le terme "naturellement". L'écologiste Cohn-Bendit met surtout en avant des "problèmes". Et Marine Le Pen utilise énormément le qualificatif "national" alors que son père, lui, parlait plus volontiers du "peuple".

mots.jpgEt, pour conclure sur le sujet, cette anecdote prouvant à merveille, une fois de plus et si besoin en était, combien le langage traduit/trahit décidément le locuteur. Les termes "Nicolas Sarkozy" ont été cités le plus souvent par... le jeune trotskiste Olivier Besancenot, jadis couronné dans les sondages comme étant le meilleur opposant au Président. Et ils ont été cités le moins souvent par, on vous le donne en mille, le meilleur ennemi-ami de 30 ans de l'hôte de l'Elysée: un certain Jacques Chirac.