21.04.2008
Une affiche
«Faites l’amour, pas la guerre», proclamaient les murs de Paris il y a quarante ans. «Faites les Jeux Olympiques, pas de la politique», assènent en substance et en anglais ces mêmes murs, quarante ans plus tard. Accompagné d’un cœur tressé par des rameaux d’olivier, c'est le slogan d’une affiche qui est omniprésente en ce moment dans les quartiers chinois de Paris. C’est particulièrement le cas dans le onzième arrondissement, dans le quartier Sedaine-Popincourt plus précisément. Ces dernières années, ce quartier a vu affluer une importante communauté chinoise spécialisée dans le commerce de textile en gros. La plupart des vitrines de ces commerces affichent désormais l’affiche appelant les passants à «ouvrir leur cœur» et à soutenir les Jeux de Pékin.
C’est de ce quartier qu’est parti le gros de la mobilisation en faveur des JO menée par la communauté chinoise habitant en région parisienne (300.000 personnes). Cette mobilisation a culminé place de la République samedi, par une grande manifestation qui a réuni plus 4000 expatriés chinois, en majorité des jeunes, et transformé la place en impressionnante forêt de drapeaux rouges étoilés de jaune. La protestation se voulait également dirigée «contre l’injustice médiatique». «Allez en Chine. Jugez-la après», «Respectez la Chine, respectez la vérité», «Stop aux préjugés», «La liberté de la presse n’égale pas le droit de mentir»: tels étaient quelques-uns des nombreux slogans que l’on pouvait lire sur les pancartes et les banderoles.
La communauté chinoise de Paris n’est pas loin de mettre l’hostilité aux JO de Pékin et à leur pays sur le compte de la xénophobie. Et ce n’est pas la journée d’aujourd’hui – qui verra le Dalaï Lama devenir citoyen d’honneur de la ville de Paris – qui la fera changer d’avis.
Les critiques contre la Chine, si virulentes et fréquentes en ce moment en France, relèveraient donc de la sinophobie? C’est évidemment un argument aussi commode que caricatural. Toutefois, les Parisiens, et singulièrement les habitants du onzième, s’honoreraient à ne pas balayer cette accusation d’un revers de la main agacé et d’un lever de sourcils hautain, mais au contraire à prendre le temps d’y réfléchir un peu plus longuement.
Ces dernières années, en effet, d’évidents relents sinophobes ont, par moments, flotté dans le sillage de la mobilisation d’élus d’arrondissement et de comités de quartier contre les nuisances engendrées par les grossistes chinois. La mobilisation aurait-elle été d’une même ampleur si les nouveaux arrivants dans le quartier n’avaient pas tous aussi massivement et aussi visiblement appartenu à une communauté étrangère? Ces relents sont d’ailleurs apparus au grand jour lorsque les mêmes qui dénonçaient bruyamment la disparition, sous le rouleau compresseur des grossistes, des petits magasins de proximité se sont ensuite émus de voir des Chinois se diversifier en investissant en masse dans… un symbole même du commerce de proximité parisien: le bar-tabac. Là donc, ce n'était plus de commerce dont il était question, mais, clairement, de couleur de peau.
PS: Ce slogan maculant un drapeau tricolore français brandi samedi par des manifestants chinois devant le magasin Carrefour, à Wuhan: «Jeanne d’Arc=Prostituée. Napoléon=Pervers. France=Nazi». A côté de cela, dans le registre débilement injurieux, les hooligans du PSG et leur banderole anti-ch’tis peuvent aller se rhabiller. Comme ironisait un humoriste à la radio ce matin, les «Boulogne Boys» devraient, par mesure d'équité, demander et obtenir la dissolution de la Chine.
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10.04.2008
Une sanction?
Ce soir, les dirigeants du Paris Saint Germain (PSG) sont convoqués devant la commission de discipline de la Ligue française de football professionnel. En cause évidemment, l’affligeante banderole haineuse et insultante contre les Ch’tis déployée fin mars en plein match. En guise de sanction, le club de foot parisien risque une amende, un match à huis clos ou le retrait d’un point – ce qui n’arrangera rien aux mauvais comptes du PSG, déjà chroniquement menacé de relégation. En outre, deux mesures de rétorsion supplémentaires, au moins aussi potentiellement préoccupantes pour le club, sont en cours d’étude dans d’autres instances. Sans parler des poursuites judiciaires dont font l’objet les idiots ayant conçu, réalisé et déployé la fameuse banderole: trois personnes ont été placées en garde à vue ce matin.
D’une part, le ministère de l’Intérieur envisage la dissolution administrative des «Boulogne Boys»: l’association de supporteurs la plus radicale, la plus ancienne et la plus importante (elle compte plusieurs centaines de membres) du PSG. Ses dirigeants, en effet, auraient au minimum fermé les yeux sur la confection et le déploiement de la banderole. D’autre part, le Conseil de Paris est à nouveau saisi d’une demande de suspension de la subvention (de plus de 3,5 millions euros) versée chaque année par la ville au club de foot.
Cela fait plusieurs années que ce genre de requête de sanction financière revient régulièrement, portée par des élus écologistes ou UMP. Cette fois c’est un conseiller et sénateur centriste, Yves Pozzo di Borgo, qui remonte au créneau. Il juge que «l’affaire de la banderole injurieuse montre une fois de plus que ce club ne remplit pas ses engagements de prévention et de lutte contre les discriminations». Or, l’octroi des millions de la mairie au PSG est désormais explicitement lié à l’engagement de ce club d’agir contre le hooliganisme, le racisme et les discriminations. Cette charte avait même été renforcée à la suite de la mort, fin 2006, d’un jeune supporteur parisien, en marge d’affrontements entre les hooligans du PSG et des supporteurs du club israélien de Hapoël Tel-Aviv.
Mais le maire de Paris a toujours refusé de couper les vivres au PSG en suspendant le «partenariat exigeant», selon ses mots, qui unit la Ville et le club parisien. Son argument massue? La convention porte «sur la mise à disposition des jeunes Parisiens de places de foot et le financement de mesures de sécurité et de prévention». En clair, l’arrêt du subventionnement public du PSG ferait plus de victimes collatérales innocentes que de tort aux hooligans.
Soit. Mais alors, on fait quoi?
10:10 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Sports, Delanoë, Racisme, Sécurité
07.04.2008
Une image
«Une bulle». C’est la merveilleuse expression imagée inventée ce week-end par les grands communicants et stratèges de la préfecture de police de Paris pour désigner le dispositif de sécurité qui, ce lundi, entourera et protègera la flamme olympique pendant tout son séjour parisien. Cette «bulle» interdira à quiconque de s’approcher à moins de 200 mètres de la fameuse flamme. Elle sera à la fois terrestre, aérienne et fluviale. Elle sera constituée de 100 pompiers joggeurs, 100 policiers en rollers, 65 motards, 16 escadrons de gendarmerie, 28 compagnies de CRS, 3 vedettes fluviales, 1 hélicoptère et on en passe.
Dans le langage normal, un tel dispositif aurait été appelé «cordon de sécurité», «périmètre de protection», «garde rapprochée», etc. Mais non: dans la novlangue diplomatique et préfectorale parisienne, il s’agit d’«une bulle». Et c’est vraiment une belle image.
Dans l’air, quand elle est de savon, la bulle flotte, délicatement, légèrement, gracieusement, ses contours de déformant puis se réformant harmonieusement, jusqu’à éclater presque sans un bruit. C’est tellement charmant comme spectacle que c’est devenu un cliché pour clips publicitaires à la télé. Dans le fond de la mer, il n’y a pas plus belle vision que les longs chapelets de bulles d’air remontant gracieusement jusqu’à la surface de l’eau. Dans les bandes dessinées, la bulle c’est le symbole du dialogue et de la parole. Dans le verre ou la coupe que l’on tient à la main, la bulle elle pétille, tonique, malicieuse, festive. Dans la tête, la bulle c’est le cocon où l’on se retranche, où l’on se blottit quand la pression extérieure est trop forte: pour faire le vide en soi, se ressourcer, trouver les forces pour continuer à avancer.
Par où qu’on le prenne, donc – à l’exception de la note zéro à l’école – , ce terme «bulle» véhicule des connotations positives. Rien n’étant jamais innocent, c’est évidemment pour cela que les autorités ont choisi d’accoler l’image de la bulle au dispositif policier d’une ampleur sans précédent déployé dans Paris aujourd’hui. Et à cette journée olympique qui, malgré toutes les grosses ficelles de communication, restera probablement dans les mémoires comme celle des cris, des incidents et des polémiques.
10:25 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Langue française, Sports, International, Sécurité
03.03.2008
Une épreuve
En parler, c’est, une fois n’est pas coutume, tutoyer la périlleuse frontière entre le blog boulot et le blog perso, vu qu’on n’était pas du tout là en tant que journaliste. C’est aussi faire fuir en un seul clic tous les lecteurs que le sport fait irrémédiablement bâiller. On prend ce double risque. Parce qu’il s’agit tout de même d’un des grands moments de la vie parisienne, et donc qu’il peut aussi avoir sa place ici. Et parce que, on l’avoue, on ne s’en est pas encore tout à fait remis et, dès lors, on manque un peu d’énergie ce matin pour trouver un autre sujet du jour…
Hier donc, c’était le semi-marathon de Paris, un rendez-vous que ne manquent pour rien au monde tous les mordus d’athlé de France et d’au-delà (60 pays étaient représentés, dont la Belgique avec quelque 150 coureurs).
A l’inverse des 20 kilomètres de Paris, c’est loin d’être une course facile et plaisante. D’abord, parce qu’elle se déroule en plein hiver – mais au moins hier, a-t-on évité la neige. Ensuite, parce qu’il y a foule: quelque 25.000 personnes, ce qui en fait le premier semi-marathon de France en termes de participants. Du coup, pendant les premiers kilomètres, tout le monde se bouscule et joue des coudes, ce qui est moyennement agréable. Enfin, parce que le profil de la course – qui, en gros, va du Bois de Vincennes à l’Hôtel de Ville, et retour – est traître. Relativement «roulant», comme on dit dans le jargon, dans sa première moitié, mais accumulant, dans sa seconde moitié, les raidillons exténuants et les faux plats épouvantables. Monotones, aussi, vu qu’une bonne partie de la course se déroule dans le bois, d’où moins de public et moins d’encouragements et surtout moins de panoramas urbains à admirer entre deux foulées.
«C’était beaucoup moins pénible que ce que tu nous avais décrit!», se réjouissaient hier deux amis coureurs venus de Bruxelles spécialement pour l’occasion. Quasiment hilares, la ligne d’arrivée franchie. Visiblement shootés par les endorphines et le bon air parisien puisqu’ils en étaient presque à qualifier d’aimable cet infernal parcours. Sans doute n’ont-ils pas vu, à partir du kilomètre 17 ou 18, ces coureurs – souvent des jeunes gaillards en pleine forme, en plus – s’écroulant les uns après les autres d’épuisement sur le macadam, livides de fatigue, anéantis aurait-on dit, KO en tout cas, comme de grands blessés recouverts de couvertures de survie et entourés de pompiers affairés.
Autant on garde à chaque fois un bon souvenir des 20km, autant hier, comme les fois précédentes, on a pris peu de plaisir à ce semi-marathon. On en a même assez bavé, pour tout dire. Résultat des courses – c’est le cas de le dire ;-) –, le résultat a été assez catastrophique. Mais on s’en fiche assez, car une dizaine de minutes en plus ou en moins ne sont rien par rapport aux souvenirs inoubliables que laissent immanquablement ces grandes épreuves parisiennes d’athlétisme.
Il faut voir les métros de la capitale pris d’assaut par des myriades d’athlètes hystérisés. Se perdre sur l’esplanade du Château de Vincennes transformée en gigantesque barbecue à ciel ouvert ou dans le Parc floral reconverti en immense vestiaire. Sentir la pression physique de la foule qui piétine dans votre dos quand le coup de sifflet du départ est sur le point d’être donné. Entendre l’impressionnant martèlement en cadence de milliers de pas sur la chaussée. Assister à la cohue d’innombrables bouteilles d’eau volant en tous sens après les ravitaillements. S’émouvoir à la vue de ces coureurs qui, même entre inconnus, s’encouragent et s’entraident. Vibrer au spectacle de tous ceux – trop peu entraînés, trop vieux, trop lourds, trop gros, trop ci, trop là –, qui sont toujours en train de terminer leur course si longtemps après votre arrivée. Qui, dans les cent derniers mètres, peinent, soufflent, grimacent, manquent de défaillir, fondent carrément en larmes parfois. Mais s’accrochent, continuent, puisent leurs dernières forces au plus profond d’eux-mêmes. Jusqu’à franchir à leur tour la fameuse ligne d’arrivée, littéralement portés par les applaudissements et les cris d’encouragement de la foule. Ce sont toujours des moments très poignants.
10:20 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Sports, Santé
28.01.2008
Une spécificité
L’espace d’un très court instant, on s’est demandé si on n’avait pas un peu trop fait la fête. C’était ce week-end. Le dernier métro dans lequel on avait pris place était en train de quitter une station. On levait distraitement les yeux de notre bouquin pour voir où on était. Et là, en une fraction de seconde, avant que le train plonge dans l’obscurité du tunnel, on apercevait l’image de la colonne de Juillet (*) complètement contorsionnée.
On n’avait pas rêvé. C’est un des visuels de la dernière campagne de pub pour une grande chaîne de salles de sport, qu’on voit partout dans le métro en ce moment et qui prend pour thème les grands monuments parisiens. Du coup, la colonne de la Bastille contorsionnée renvoie aux cours de danse orientale. Dans le même registre, plutôt réussi, l’obélisque de la place de la Concorde perdu dans la brume illustre le hammam, une tour Eiffel exagérément effilée promeut les cours de stretching, et une gargouille de Notre-Dame rehaussée de biscoteaux vante la musculation. Voilà qui confirme une fois de plus combien la capitale française est un éternel sujet d’inspiration pour les publicitaires.
Au fond – un copain nous le confirmait encore ce week-end –, les salles de sport pratiquent des tarifs exorbitants à Paris. Cela peut aller jusqu’à plus de 1000 euros l'abonnement annuel. Ces prix prohibitifs ne sont pas spécialement dus à la rapacité des exploitants de ces salles. Ils découlent surtout du prix affolant du m2 à Paris. C’est bêtement mathématique: un club de sport avec une salle de fitness, un espace dévolu à la danse ou aux arts martiaux, un sauna et des vestiaires, cela demande beaucoup de m2, donc cela coûte les yeux de la tête.
L’exiguïté des lieux imposée par la cherté de l’immobilier, cela fait d’ailleurs partie de ces spécificités qui sautent immédiatement aux yeux des expatriés quand ils s’installent à Paris. On s’en souvient très bien: à nos débuts ici, on était effaré par la petitesse des appartements parisiens. Pareillement, l’exiguïté de certains lieux de loisirs (bars, restaurants, cinémas de quartier, etc.) était vraiment très dépaysante. Depuis, on ne remarque même plus ces formats mouchoir de poche. Sauf tout de même à la supérette du coin: l’espace entre les rayons est tellement étroit que les caddies y sont bannis et que, quand on y croise un autre client, tout le monde s’arrête et un des deux doit faire marche arrière. Comme en voiture sur ces petits chemins encaissés de campagne, si typiquement français…
(*) Pour les non-Parisiens, c’est l’immense colonne de bronze qui se dresse au centre de la place de la Bastille. Elle commémore les «Trois Glorieuses» (la révolution de juillet 1830 qui renversa Charles X et porta au pouvoir Louis Philippe) et est couronnée par «Le Génie de la Liberté», la fameuse statue d’angelot recouverte de feuilles d’or qui illumine tout le quartier Bastille.
11:10 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Sports, Publicité, Métro
04.12.2007
Un style
On trouve ces indiscrétions délicieuses dans le dernier numéro du mensuel économique «Capital», qui consacre un excellent dossier aux «nouveaux fournisseurs de l’Elysée» - Dior, Mont Blanc ou Ralph Lauren, on ne va pas s’étendre: on connaît cela. -Nicolas Sarkozy, qui collectionne et adore les montres de grand luxe, jusqu’à les porter façon racaille (au-dessus de sa chemise), possède notamment une «Rolex Daytona en acier sur fond noir à 6300 euros», une «Breitling Navitimer à 3640 euros» et un «Réveil du Tsar de Breguet à 28000 euros»;
-Alors que son prédécesseur Jacques Chirac se goinfrait de tête de veau, d’agneau rosé aux fines herbes ou d’escargots à l’ail, Nicolas Sarkozy, lui, picore «des copeaux de mimolette à 48 euros le kilos», des oeufs à la coque, des yaourts et du fromage blanc à l’aspartame;
-Sa directrice de cabinet à l’Elysée, Elisabeth Mignon, «se déplace en trottinette électrique sous les lambris»;
-L’hôte de l’Elysée va tous les quinze jours chez le coiffeur. Sa coiffeuse s’appelle Salima, elle s’occupe de lui depuis dix ans, travaille au salon Alexandre Zouari («qui compte Deneuve et Adjani dans sa clientèle»), et «se déplace à l’Elysée pour 300 euros en semaine, 500 le week-end»;
-Le Président effectue son jogging chaussé de «Nike Air Requin, modèle dernier cri à 150 euros, qu’il doit changer quatre fois par an s’il ne veut pas se tasser les vertèbres». Mais «les Asics à 80 euros seraient bien mieux pour son dos», si l’on en croit le conseil d’un vendeur de Décathlon cité par le magazine; -Nicolas Sarkozy «n’a qu’un péché mignon: le cacao». Il en pince pour le chocolat. Sur son bureau, il y a toujours ouverte une boîte de 500 grammes de ganaches, que ses intendants lui achètent à «La Maison du chocolat».
Nicolas Sarkozy est donc un fou de chocolat. Cela ne nous étonne pas. Quelque part, on a toujours été convaincu que cet homme avait un bon fond.
10:40 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Mode, Gastronomie, Sports
15.10.2007
Un grand moment
Paris n’a donc pu faire la fête au rugby samedi soir – on a tellement entendu pleurer là-dessus ce week-end qu’on n’y reviendra pas. Dimanche matin, en revanche, elle fut le cadre d’une magnifique fête de la course à pied.
En effet, avec le semi et le marathon, les 20 Kilomètres de Paris constituent un jalon majeur de l’année sportive dans la capitale. L’édition 2007 de cette épreuve fut d’autant plus inoubliable qu’elle se déroula sous un soleil quasi estival.
Dès le lever du jour donc, la toute grande foule s’agglutina sur le Pont d’Iéna, lieu majestueux de départ au pied de la tour Eiffel. Dès le coup de sifflet donné, ce fut la bousculade dans la montée du Trocadéro. Les rangs s’étirèrent un peu dans le bois de Boulogne, mais il y avait tellement de monde que les pas martelés des milliers de coureurs sur le bitume faisaient un bruit vraiment impressionnant.
Comme chaque année, le meilleur moment de la course survint juste après le onzième kilomètre. Au moment donc où les jambes commencent à peser, où les genoux commencent à cogner, où les pieds dans les godasses commencent à chauffer, où le souffle dans les montées commence à manquer. A la sortie du Bois, au détour du Boulevard Exelmans, surgit soudain la magnifique perspective de la Seine, que les coureurs descendent puis remontent pendant les neuf derniers kilomètres de la course. Cette année, vu l’automne clément, le ciel était si intensément lumineux et la vue si dégagée qu’on put embrasser d’un seul coup d’œil le ruban de flots bleutés jusqu’au coude formé par le quai Branly.
Comme dopés par ce panorama grandiose, les coureurs alors accélérèrent le pas. Cours Albert Ier et quai des Tuileries, le passage dans les tunnels fut comme chaque année fabuleux, des milliers de spectateurs s’étant massés à leurs entrées et sorties pour acclamer les coureurs. Les trois derniers kilomètres sur la rive gauche furent une formalité, tant courir dans un cadre aussi beau fait s’envoler toutes les souffrances. Et le franchissement de la ligne d’arrivée fut comme chaque fois un moment particulièrement émouvant.
En fin de matinée hier, affalés dans l’herbe du stade Emile Anthoine, torses nus et beaux comme à la plage, des milliers d’athlètes fourbus mais ravis jouissaient d’un repos bien mérité et profitaient d’un soleil inespéré. Des amis venus spécialement de Bruxelles pour y participer en convenaient alors de bonne grâce: ces 20 Kilomètres de Paris figurent sans doute parmi les plus belles courses du monde.
11:00 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Sports
09.10.2007
Un magot
Avec les camelots de la pub au moins, on n’est jamais déçus: ils sont toujours les premiers sur la balle, prêts à rebondir sur les dernières passions de l’opinion. Deux illustrations avec des nouvelles tombées ce matin.
Un: Sébastien Chabal, vient de confirmer son agent, va tourner un spot publicitaire pour… Gillette. Bon sang mais c’est bien sûr, quelle trouvaille, comme c’est spirituel et drôle: le rugbyman le plus hirsute et poilu du Mondial, limite Cromagnon, qui fait de la réclame pour des rasoirs, cela va cartonner.
Deux: TF1 a finalement haussé de 120000 à 150000 euros le tarif de ses spots publicitaires de 30 secondes pour la soirée télévisée de rugby de samedi prochain, qui verra les Bleus affronter l’Angleterre. Allongez la monnaie: une seconde de bidoche ou de détartrant WC vaudra donc 5000 euros, quatre SMIC en gros. Et si les Bleus parviennent en finale, les 30 secondes dépasseront carrément les 200000 euros. Avec de tels tarifs, même si les Bleus s'arrêtent samedi dans la compétition, la chaîne privée est d’ores et déjà assurée de rentrer dans ses frais. On est ravi pour elle.
Vu l’actuel climat d’euphorie nationale autour de ce Mondial, interdiction formelle, absolue et rigoureuse évidemment de jouer les gâte-sauces et de bougonner que toutes ces folles sommes d’argent liées aux business dérivés de la compétition auraient peut-être pu être utilisées à meilleur escient.
10:40 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Publicité, Télévision, Sports
08.10.2007
Une fête
«Paris est une fête», écrivait Ernest Hemingway dans les années 30 déjà. Samedi soir, c’était plus que jamais le cas. Quelque 2 millions de fêtards ont envahi les rues de la capitale française. La douceur du climat, les innombrables animations programmées dans le cadre de la «Nuit Blanche» et, bien sûr, la victoire inattendue des Bleus face aux Néo-Zélandais ont littéralement hystérisé les rues de la capitale. Sans aller jusqu’aux Champs – il faut vraiment adorer la foule pour s’y risquer, ces soirs-là –, on a vécu cette explosion collective de joie dans les rues du onzième puis du Marais. Et c’était aussi réjouissant qu’impressionnant. De tous côtés, les drapeaux tricolores avaient été déployés. Depuis leurs balcons, dès la fin du match, les gens hélaient les passants et les exhortaient à manifester leur joie. Sur les grands boulevards, les voitures circulaient à tombeaux ouverts en klaxonnant à tue-tête. Dans les ruelles bondées, des «vélibistes» extasiés slalommaient dans la foule, guidon dans une main, canette de bière dans l’autre. Un peu partout en rue, des gens hilares vous accostaient pour tout et pour n’importe quoi, avant tout pour exprimer leur joie. Vers 1 heure du matin, la place de l’Hôtel de Ville, où plus tôt 25.000 personnes avaient suivi la partie sur écran géant, avait toutes les apparences d’un énorme champ de bataille tant les reliefs de la fête étaient nombreux et divers. Et dans les fontaines de la place paraît-il, des jeunes gens délurés se sont baignés comme ils l’avaient fait ce mémorable soir d’été 1998 où l’Hexagone avait remporté la Coupe du monde de foot.
Sur le chemin du retour, notre convive de «Nuit Blanche», pareillement originaire d’un plat pays beaucoup moins cocardier, en avait volontiers convenu: au-delà des réserves d’usage (*), la vue de tous ces visages souriants, par delà les générations, petits et grands, invariablement peinturlurés aux trois mêmes couleurs, vibrant à l’unisson, communiant dans une même ferveur, avait quelque chose de profondément touchant.
(*) La frontière ténue entre le légitime et enthousiasmant sentiment d’appartenance à un même peuple et le culte rance d’une identité national(ist)e excluante, la vulgarité des foules avinées, etc.
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21.09.2007
Un mot
A chaque Président, son tic de langage. Jacques Chirac utilisait l’expression «tout naturellement» à longueur de phrases, en veillant bien à chaque fois la ponctuer d’un ample geste de la main. C’est «tout naturellement» qu’il répondrait aux questions des juges à sa sortie de l’Elysée, «tout naturellement» que la croissance reviendrait bientôt, «tout naturellement» qu’il soutenait le CPE, «tout naturellement» qu’il entretenait les meilleures relations du monde avec Nicolas Sarkozy, etc, etc. Les politologues et les lexicologues se marraient beaucoup: plus l’expression revenait dans la bouche du Président, plus il l’assénait avec aplomb, plus, en fait, elle traduisait a contrario la complète artificialité de l’assertion élyséenne et l'embarras du locuteur.
Quatre mois et quelque après son arrivée à l’Elysée, Nicolas Sarkozy voit déjà son tic de langage démasqué. Lui, le terme qu’il adore visiblement, c’est «remarquable».
Hier soir, lors de sa prestation télévisée, selon les premiers décomptes qui circulent déjà sur internet, il a prononcé ce mot pas moins de onze fois en cinquante minutes à peine, l’accolant à peu près à tous ses ministres ainsi que, bien sûr, à sa chère épouse.
Pour varier un peu les choses, Nicolas Sarkozy aurait pu de temps à autres utiliser les mots «épatant», «rare», «formidable», «extraordinaire», «marquant», «éminent», «insigne», «fameux», «méritoire» et on en passe. Mais non: sans doute la répétition de ce «remarquable» avait-elle été voulue et pensée à l’Elysée comme une grande stratégie de communication.
Ce soir toutefois, à l’issue du match du Mondial de rugby où se jouera la qualification ou l’élimination des Bleus, le Président n’aura, en gros, qu’une chance sur deux de pouvoir replacer son mot favori. Une élimination du XV de France, en effet, serait digne d’être remarquée. Mais elle serait tout sauf remarquable.
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10.09.2007
Un manque de recul
Ce week-end, elle apparaissait décidément bien anachronique et exagérément optimiste, cette Une d’un grand hebdomadaire d’information qui est placardée dans tous les couloirs de métro de Paris.
Vendredi soir, en effet, deux heures et quelques passes de ballon foireuses ont suffi à déboulonner la France de son piédestal. La semaine dernière terreur autoproclamée du Mondial, elle est désormais menacée purement et simplement d’élimination.
La brutalité de ce changement de statut est saisissante, tout comme le manque de distance et de recul dont a fait preuve une grande partie de la corporation journalistique hexagonale avant la compétitition.
A l’instar de rédacteurs en chefs, certains grands patrons doivent être dans leurs petits souliers, en ce moment. Pour eux, en effet, une humiliation du XV de France ne serait pas qu’une défaite sportive, elle serait une catastrophe économique.
Michalak et ses petits amis piteusement renvoyés dans leurs foyers, imagine-t-on La Poste encore faire du tapage sur son nouveau timbre «Allez les petits!»? Volvic continuer son matraquage publicitaire sur «Quinze», «l’eau des hommes qui ont soif» (au passage, merci pour les femmes)? La Société générale (qui a investi 20 millions dans le Mondial) persister à orner tous ses distributeurs de petits ballons ovales?
Auquel cas, TF1 elle-même s’en mordrait les doigts. Le soir de la finale, le spot de pub de 30 secondes se vendra 175.000 euros si le XV de France est de la partie, mais seulement 97.000 si, entre-temps, il a été éliminé.
On comprend mieux la mine contrite de Claire Chazal, ce week-end.
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07.09.2007
Un nettoyage?
C’est donc parti pour des semaines de rugbymania. Il va falloir faire preuve d’endurance si on veut tenir le coup et continuer à parler d’autre chose.
C’est curieux : dans toute cette logorrhée autour de la Coupe du monde – avec une sémantique tout de même souvent très guerrière, non? –, dans toute cette avalanche de reportages sur les coulisses de l’événement, il y a des sujets dont on parle peu.
Ainsi, ce cri de colère récent de trois associations: Médecins du Monde, Droit au logement et le Comité des sans-logis. Elles s'indignent du sort réservé aux plus démunis à la veille de ce Mondial. Campements de Roms aux abords des stades (à Saint-Denis, par exemple) évacués manu militari pour ne pas gâcher le paysage ovale, SDF hébergés à l’hôtel priés aimablement d’aller voir ailleurs et de céder la place aux supporters qui peinent à trouver à se loger (plus une chambre d’hôtel n’est libre sur Paris): selon ces associations, à la veille de la compétition, les autorités ont procédé à un «grand nettoyage social» dans le but de «cacher la misère» aux caméras du monde entier.
Les pouvoirs publics s’indignent évidemment qu’on puisse leur prêter une telle politique hygiéniste. Quant aux médias, ils n’enquêtent que peu sur le thème. Sans doute se disent-ils que des sujets sur les ronflements ou la pilosité de tel ou tel joueur du XV de France – on n'invente rien du tout: on a lu, entendu et vu cela – intéressent davantage le grand public.
Dans l’abondance de comparaisons faites ces jours-ci avec le Mondial de foot de 1998, qui avait plongé le pays dans un climat d’hystérie analogue, ce ne serait pas forcément inintéressant, pourtant, de voir ce qui en dix ans a changé ou non en France sur le terrain de la grande pauvreté.
Mais probablement le constat serait-il trop déprimant.
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05.09.2007
Un gavage
Le Mondial ne commence que vendredi en France. Pourtant, on est déjà largement saoulé par le rugby. Même si on n’a rien contre le sport en général, ni contre celui-ci en particulier, ni a fortiori contre la plastique des rugbymen. Mais là, la coupe déborde à force d’avoir été déjà tant et tant remplie par les camelots.
Dans les vitrines des magasins de Paris, on ne voit plus que des tee-shirts «I cœur rugby», des produits de beauté labellisés «Dieux du Stade», des livres de cuisine genre «Le rugby se met à table», des coffrets de dégustation de la gastronomie du sud-ouest, et on en passe. Tout le monde s’y est mis. Pastis 51 a sorti une bouteille spéciale édition limitée. Colette a fait pareil avec un ballon signé Ralph Lauren. Chanel, Castelbajac, Marithé & François Gerbault et même Hello Kitty ont suivi. Roche-Bobois propose un canapé garni de coussins en forme de ballon. Nike, Puma et Adidas évidemment ramènent leurs panoplies complètes. La GMF s’est fait 60.000 nouveaux clients grâce à des comptes bancaires offrant des tas d’avantages liés au Mondial. Peugeot, Orange, Toshiba, Mc Do & Co, dans les jours à venir, vont eux aussi chacun proposer un produit 100 % estampillé ovale.
Rien que de plus normal, nous dit-on. C’est la loi du business.
Sans doute.
N’aurait-on pu, tout de même, affecter ne fût-ce qu’une infinitésimale partie de cette immense puissance de feu médiatique à des causes non strictement lucratives? A, par exemple, des campagnes grand public de promotion, d’éducation et de sensibilisation axées sur la santé, la condition physique, la convivialité, l’esprit d’équipe, le respect, etc?
Cela n’aurait pas fait de mal à ce pays. Et aurait peut-être permis au breuvage d’éviter de passer pour un vulgaire gavage.
10:55 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Sports, Paris
16.04.2007
Un marathon
Le marathon de Paris hier, donc. Avec la chaleur, ce fut apocalyptique, nous confiait un ami au téléphone hier soir, qui, en effet, semblait si exténué qu’il en avait presque perdu la voix.
Campagne électorale oblige, on a dû faire une croix sur la mythique course parisienne, qu’on a modestement remplacée par une bonne heure de footing au Bois à la nuit tombée samedi – un grand moment d’été et de nature tout de même.
De quoi s’échauffer pour se farcir dimanche ce qui a constitué le marathon des journalistes suivant la campagne électorale: aligner dans la foulée les meetings de Le Pen au Palais des Sports, d’Arlette Laguiller au Zénith et de José Bové à Jaurès, le tout en quelques heures seulement.
C’était donc l’autre marathon de Paris. Ce fut au moins aussi chaud et éprouvant que le premier.
B.DL.
08:50 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Elections présidentielles, Sports, Paris
05.03.2007
Un plaisir
Parler de la pluie et du beau temps n’est pas ce qu’il y a de plus intéressant, évidemment. On veut tout de même évoquer la couleur du ciel de Paris, tôt ce matin: un bleu incroyablement lumineux, sublimement ensoleillé, qui donnait envie de ne pas traîner au lit et d’attaquer derechef la journée.
Hier matin aussi, d’ailleurs, on a été réveillé par les rayons du soleil. On est rapidement parti courir au Bois. Il y faisait divinement doux. Courir en short et en tee-shirt en plein cœur de l’hiver, en croiser même qui s’entraînent carrément torse nu, avait vraiment quelque chose de surréaliste. Sentir à nouveau les éclaboussures de boue sur les mollets au passage des grandes flaques (plaisir favori) était délicieusement régressif. Les sous-bois déjà avaient des parfums de printemps. Il faisait si beau et si chaud (plus de 15 degrés, certainement), le soleil était si haut que, sans s’en apercevoir, on a pulvérisé le chrono.
On était en bonne compagnie, il est vrai. En cette période particulièrement, le Bois de Vincennes est très prisé par les adeptes de la course à pied. Et pour cause: les deux grandes courses printanières de la capitale approchent: le semi (dimanche) et le marathon (le 15 avril) de Paris. Du coup évidemment, au Bois comme sur les trottoirs des tous les arrondissements, cela s’entraîne ferme.
Le spectacle dimanche, a fortiori si la météo se maintient, va vraiment valoir le coup d’œil.
B.DL.
10:40 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Météo, Sports



