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31.05.2011

Un ministre embarrassé?

Cela manifeste pas mal en ce moment, à Paris. Aujourd'hui, les fonctionnaires. Hier, les travailleurs sans-papiers. Dimanche (à Bastille), les «Indignés». Et samedi après-midi, par le plus grand des hasards, on a assisté à une manif sous les fenêtres d'un ministre.

Dans les jardins du Palais Royal, on était en train de somnoler paisiblement au soleil, quand, tout à coup, retentirent des exclamations. Et les vigiles du ministère de la Culture – le cabinet du ministre Frédéric Mitterrand donne sur la place – de s'agiter dans tous les sens, leur talkie-walkie crachotant. Entre les colonnes de Buren, sous l'oeil médusé des touristes, avait fait irruption une poignée d'activistes visiblement assez énervés. «Mitterrand, dans l'arêne!», «Mitterrand, dans l'arêne!» C'était... des militants anti-corrida, protestant contre l'inscription, en avril, de la tauromachie au «patrimoine culturel immatériel» français. La corrida désormais culturellement assimilée à la tarte tatin, au fest-noz breton, à la tapisserie d'Aubusson, ou aux parfumeurs de Grasse: les défenseurs des animaux sont furax.

Leurs associations revendiquent 700.000 adhérents, tous électeurs potentiellement mécontents. Elles se prévalent du soutien de «people» télégéniques, outre Brigitte Bardot évidemment: de Cabu à Cavanna en passant par Mylène Demongeot, Yves Duteil, Geneviève de Fontenay, Mgr Gaillot, Albert Jacquard ou Tomer Sisley. Et ces anti-corrida comptent bien que, cet été, ce sujet bien de saison et même en or – les enfants y compris peuvent donner leur avis – anime les discussions en famille: à la plage, au camping à l'heure de l'apéro, ou aux terrasses des bistrots.

Difficile à gérer, cette agitation, pour des politiques à moins d'un an d'une élection présidentielle? On a déjà connu Frédéric Mitterrand plus à l'aise. L'autre jour, à la radio (ici), il a assez laborieusement évoqué le sujet. Et, ce matin, sur le site web de son ministère, en tapant «corrida» sur le moteur de recherche, on n'obtenait qu'une seule réponse: «Aucun article n'a été trouvé. Merci de renouveler votre recherche»...

26.05.2011

Un (autre) féminisme

marchedessalopes.jpgCarla Bruni en personne aurait donc signé la pétition féministe lancée dans la foulée de l'«affaire DSK», texte que l'on évoquait hier dans ce blog. C'est ce qu'a annoncé (ici) «Le Figaro». Ce matin, cela dit, on n'a trouvé nulle trace du nom de l'épouse de Nicolas Sarkozy dans la liste des signataires de cet appel: ni à la lettre B – le seul Bruni renseigné est un certain «Bruni Sylvain, Ingenieur» –, ni à la lettre S: aucun(e) Sarkozy en vue. Passons.

Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que Carla Bruni n'était pas parmi les manifestantes qui, dimanche après-midi, ont défilé dans les rues de Paris avant de rendre public ce manifeste. Et qu'elle n'était pas davantage – et n'avait vraiment aucun risque d'y être – à l'autre manifestation qui, le même jour et sur le même thème, a précédé ce cortège. Il faut dire que cette manifestation-là, qui a démarré de la place de la Bastille, se voulait un tantinet plus radicale.

Rien que son nom était tout un programme: «La Marche des Salopes». En référence à une «Slut Pride» qui s'est tenue à Toronto, suite «aux déclarations d’un policier qui expliquait que, pour assurer leur propre sécurité, les femmes devraient éviter de «s’habiller comme des salopes» (et non pas d’apprendre l’autodéfense)». Dimanche, ces féministes-là ont, comme leurs concurrentes quelques heures plus tard, marché contre le sexisme, le machisme, le viol et toute forme d'agression contre les femmes. Mais elles ont aussi protesté contre «le patriarcat blanc hétéro-sexiste et sa morale bien intentionnée, (qui vient) mettre son nez dans nos placards». Elles ont revendiqué «le droit de s'habiller comme nous le souhaitons sans être stigmatiséEs et subir le comportement sexuellement agressif de certains (interpellations, sifflets, etc....)». Et, plus globalement, ont dit leur exaspération, «parce qu'il y en a assez de ces flics (de la morale ou de l’Etat) qui nous disent de ne pas nous habiller comme des catins si on ne veut pas d'ennui et se placent ainsi dans une logique de sanction de toute initiative de réappropriation de notre corps, qui passe également par le choix de nos vêtements».

lasalope.jpgExplication de texte? «En enjoignant les femmes, afin de les «protéger», à se conformer à un pseudo modèle vertueux d'un autre âge de «La-Femme»©, hétérosexuelle, blanche, avec une jupe ni trop longue ni trop courte, libérée mais pas trop, qui peut «concilier vie de travail et vie de famille» (c’est-à-dire continuer à effectuer sans sourciller 80% des tâches ménagères), les autorités ne font que ravaler celles qui ne s'y rangent pas au rang d'objet sexuel, puisque selon leur logique, une femme habillée «comme une salope» ne le fait que pour attirer l'attention des hommes, et n'a donc pas à se plaindre si ceux-ci répondent à ses «sollicitations passives».

Conclusion? «Nous revendiquons nos atours de filles de joie, notre propension à montrer ou pas nos genoux, nos bas résilles et nos oripeaux polissons, sans devoir subir de violences sexuelles, car la révolution se fait aussi en talons!»

Remarquez que, dimanche, cette manifestation féministe-là a eu un écho médiatique infiniment moindre que sa concurrente «officielle». Sans doute les médias français ont-ils jugé que le message qu'elle véhiculait n'était pas assez consensuel pour intéresser le commun des mortels.

25.05.2011

Une «réalité méconnue»

Audrey Pulvar, Florence Foresti, Gisèle Halimi, Clémentine Autain, Virginie Despentes, Christine Ockrent, Isabelle Alonso et quelque 23.000 personnes ont déjà signé l'appel lancé samedi par plusieurs associations féministes. Le texte s'intitule «Sexisme: ils se lâchent, les femmes trinquent». Et se veut une réaction «au déferlement quotidien de propos misogynes tenus par des personnalités publiques» à la suite de l'«affaire DSK».

Les signataires de ce manifeste disent avoir constaté, ces derniers jours, «un florilège de remarques sexistes». Du «il n’y a pas mort d’homme» au «troussage de domestique» – on en parlait l'autre jour dans ce blog – «en passant par «c’est un tort d’aimer les femmes?», ou les commentaires établissant un lien entre l’apparence physique des femmes, leur tenue vestimentaire et le comportement des hommes qu’elles croisent» ont été «largement relayés sur nos écrans, postes de radios, lieux de travail comme sur les réseaux sociaux». Selon eux, un tel déferlement consacre une «fulgurante remontée à la surface de réflexes sexistes et réactionnaires».

Ces tirades ne posent pas pour seul problème de faire «apparaître une confusion intolérable entre liberté sexuelle et violence faite aux femmes». Elles tendent aussi «à minimiser la gravité du viol», à «en faire une situation aux frontières floues, plus ou moins acceptable, une sorte de dérapage». Dès lors, elles «envoient un message simple aux victimes présentes et futures: «Ne portez pas plainte».

75.000 femmes sont violées chaque année en France. 75.000. Ce qui fait plus de 200 viols chaque jour – sans compter, sans doute, tous les viols qui ne sont pas suivis d'un dépôt de plainte. Pour les signataires de cet appel, le déferlement de sexisme auquel a donné lieu «l'affaire DSK » illustre «à quel point la réalité des violences faites aux femmes est méconnue». Méconnue notamment «de la part d’élites qui prétendent diriger notre société», ce qui «est particulièrement inquiétant».

20.05.2011

Une double palme (à nouveau)

lauriers.jpgPuisqu'on est toujours en plein festival de Cannes, décernons, comme la semaine dernière, une double palme. En rapport, cette fois, avec la fameuse «affaire DSK». La double «Palme de la Déclaration la Plus Effarante de Stupidité de la Semaine». Ces propos sont même si idiots qu'ils auraient amplement mérité la palme de la stupidité de l'année, mais soyons prudents: a priori, on voit mal comment ce serait possible, mais n'excluons pas d'emblée des déclarations encore plus stupides dans les six mois à venir.

Cette double palme de la stupidité va donc, bien sûr, à Jack Lang et à Jean-François Kahn.

«Il n'y a pas (eu) mort d'homme!», s'est énervé l'ex-ministre, au moment de se scandaliser du placement en détention provisoire de Dominique Strauss-Kahn. En effet, pas eu mort d'homme. Juste, possiblement, viol de femme. Mais sans doute est-ce anecdotique et accessoire.

Quant à Jean-François Kahn, alors qu'il contestait vigoureusement jusqu'à la seule éventualité que son ami DSK ait pu commettre une tentative de viol, il a tout au plus envisagé une simple «imprudence» de sa part: un... «troussage de domestique». Mais le journaliste, lui au moins, s'est ensuite excusé pour ses propos.

Il n'empêche, encore bravo.

PS: Mercredi, «La Barbe», mouvement féministe énervé voire atrabilaire – et, ici, on lui donne mille fois raison –, est allé applaudir Jack Lang devant l'Assemblée nationale et le siège du PS. Et il compte bien, prochainement, aller féliciter Jean-François Khan. C'est, certainement, le minimum.

18.02.2011

Un cirque

Une heure. Même pas. C'est le temps qu'il a fallu aux forces de l'ordre pour, ce matin, faire exécuter la décision de justice ayant ordonné mardi l'expulsion sans délai des jeunes squatteurs du collectif Jeudi noir. Fin décembre (on en avait parlé par exemple ici), ces «galériens du logement» avaient investi un immeuble de bureaux de l'assureur Axa: vide depuis des années et situé à deux pas du palais de l'Elysée. Auparavant, ils avaient déjà très médiatiquement et longuement squatté un hôtel de maître inoccupé de la place des Vosges ( ou ).

Ce matin donc, sur le coup de 7 heures, les pandores n'ont eu aucun mal à forcer les vagues barricades érigées par les jeunes, qui s'attendaient depuis trois jours à leur expulsion. De même, ceux parmi eux qui s'étaient enchaînés sur place, pour retarder les forces de l'ordre, ont été évacués sans le moindre problème. Et les quelques leaders qui s'étaient réfugiés sur le toit de l'immeuble y ont vite été rejoints par la maréchaussée et invités à redescendre illico sur terre.

L'explusion des squatteurs s'est apparemment déroulée sans autre incident notable qu'une certaine effervescence audiovisuelle. Si tant est que celle-ci soit un incident: l'expulsion a respecté à la lettre le scénario médiatique, déjà préécrit, vu et revu de nombreuses fois, entourant désormais ce genre d'opérations à Paris – couvertes en direct et en temps réel par les médias.

A n'en pas douter, il ne faudra guère attendre longtemps avant que les «galériens» ne jettent leur dévolu sur un nouvel immeuble vide. Immeuble que, pareillement, ils investiront, occuperont, puis dont ils seront expulsés. Et ainsi de suite. Toujours sous l'oeil des caméras. Et sans que, manifestement, personne ne semble à même de régler le problème de fond posé par ces actions: le manque criant de logements abordables pour les jeunes et les précaires, dans la Ville lumière comme ailleurs. Alors que, par ailleurs, y abondent et depuis des années des immeubles entièrement vides. Suite du feuilleton, donc, au prochain numéro.

 

PS. Sinon, dans un autre registre mais toujours dans le genre cirque, ce sondage, ce matin, relatif au second tour de l'élection présidentielle de 2012. Qui donne Nicolas Sarkozy (39%) humilié par Dominique Strauss-Kahn (61%!). A quatorze mois de l'échéance, une telle enquête n'a bien sûr pas le moindre sens. Ce qui, ce matin, n'empêchait cependant pas toute la planète médiatique parisienne de ne parler que d'elle.

15.02.2011

Un appel (à résister)

vidéosurveillance.jpgCela n'a pas tardé. A la fin de la semaine dernière, lors de sa grande émission télé, l'autre soir sur TF1, Nicolas Sarkozy s'était livré à un vibrant plaidoyer en faveur du développement de la vidéosurveillance. Quelques jours plus tard, à peine, les «street activists» opérant dans notre onzième arrondissement parisien ont, un peu partout, maculé les trottoirs et le macadam de la chaussée de pochoirs appelant, à l'inverse, le bon peuple de la capitale à entrer en résistance contre «big brother».

 

«En Grande-Bretagne, il y a 4 millions de caméras. En France, il n'y en a que 60.000!», s'était énervé l'hôte de l'Elysée, sur le plateau de Jean-Pierre Pernaut. Non content d'avoir déjà triplé la vidéosurveillance de l'espace public – on ne comptait que 20.000 caméras en France en 2007 –, Nicolas Sarkozy veut donc en installer «encore plus» ces prochaines années. Car il considère qu'avec des fichiers de police plus complets, cette vidéosurveillance est l'outil indispensable des forces de l'ordre pour accroître le taux d'élucidation des crimes et délits. Taux qui, même s'il a progressé depuis 2007, n'est tout de même aujourd'hui que de 40% – ce qui veut dire que 6 affaires sur 10 en France ne sont jamais élucidées.

A Paris ces dernières années, la préfecture de police a abondamment relayé ce discours sarkozyste en faveur de la vidéosurveillance. Et est parvenue à convaincre le maire, Bertrand Delanoë, de voter le fameux "Plan 1.000 caméras": 1009 caméras supplémentaires précisément, à implanter sur la voie publique – leur déploiement a débuté à la fin 2010. Cette décision, à l'époque, avait d'ailleurs fait exploser la majorité parisienne. Les alliés de gauche du maire socialiste (Verts, communistes, etc.) avaient voté contre le projet, qui avait été adopté grâce aux voix de la droite.

Pour les opposants (ici, par exemple) à la vidéosurveillance, dont font donc partie nos auteurs de pochoirs, elle ne constitue qu'«un énorme gaspillage d’argent public et une dérive policière dangereuse». Et, en plus, elle ne servirait pas à grand-chose: des études britanniques (de Scotland Yard y compris), l'auraient indiqué: «Les 500.000 caméras londoniennes et les millions de livres qu'elles ont coûtés n'ont permis de résoudre que 3% des actes criminels dans la ville». Alors qu'«une étude, toujours britannique, a conclu que l'argent dépensé en caméras serait bien mieux utilisé en éclairage public, dont il est démontré qu'il diminue (lui) la criminalité de 20%».

L'autre soir à la télé, n'importe quel journaliste normalement constitué aurait probablement demandé à Nicolas Sarkozy ce qu'il avait à rétorquer à ces études. Jean-Pierre Pernaut ne l'a pas fait. Une prochaine fois peut-être, ou pas.

10.01.2011

Une occasion

Un happening politico-gastronomique à grand succès médiatique, ce week-end dans les beaux quartiers de Paris. Samedi, l'écologiste Eva Joly est allée rendre visite aux «galériens du logement» du collectif «Jeudi noir». Ces militants, après avoir squatté un splendide hôtel de maître inoccupé de la place des Vosges (c'était ici) puis en avoir été expulsés après une longue saga judiciaire, ont investi cette fois un vaste immeuble de bureaux vide de l'assureur Axa, situé à un jet de pierre du palais de l'Elysée. L'eurodéputée écologiste n'est pas arrivée les mains vides chez les squatteurs. Elle leur a apporté une galette des rois, qu'ils ont dégustée tous ensemble: à la bonne franquette et sous les objectifs d'une nuée de caméras.

Une galette des rois, donc. C'est bien de saison. Nous, on n'a pas le souvenir d'en avoir jamais mangé à Paris, depuis qu'on s'y est installé. Parce que, comme toutes les pâtisseries et viennoiseries, exagérément grasses et sucrées comme chacun sait, cela n'a pas un grand intérêt nutritionnel. Et parce que les boulangers-pâtissiers parisiens ont fait un véritable business de cette tradition de l'Epiphanie, ce qui les amène à vendre ces gâteaux à des prix ridiculement prohibitifs – on l'avait d'ailleurs déjà signalé l'an dernier dans ce blog, à la même époque (ici). Mais, cet hiver, c'est peut-être l'occasion ou jamais de goûter une de ces fameuses galettes.

Puisque, cela tombe à merveille, c'est dans notre cher onzième arrondissement que l'on trouve «les meilleures galettes des rois de Paris»! L'atteste le palmarès de la dernière édition du grand concours de la meilleure galette de la région parisienne – oui, oui: cela existe. Parmi 300 candidats, le jury de l’Ecole de Paris des métiers de la table a couronné, derrière le trio de tête constitué par trois boulangers-pâtissiers de la banlieue, deux de leurs confrères établis dans notre quartier: aux boulevards Beaumarchais et Voltaire. C'est donc peut-être l'occasion ou jamais de se laisser tenter.

Les lecteurs qui habiteraient trop loin de ces boulangeries parisiennes distinguées pour pouvoir y faire un saut et/ou qui voudraient mettre la main à la pâte découvriront ici «comment réussir la galette des rois» à la française (résumons: pâte feuilletée de qualité, assez épaisse, et frangipane légère) ainsi que des liens vers les recettes de ces deux ingrédients. Bon appétit.

16.12.2010

Une campagne

arméedusalut.jpgCes affiches sont vraiment très très visibles depuis quelques jours, un peu partout dans les couloirs du métro de Paris. Elles montrent ce qui ressemble à une sortie de parking ou à recoin urbain sinistre. Sur le sol et sur le pignon d'un mur aveugle, une silhouette humaine dont les contours sont tracés par une ligne à la craie blanche. Un peu comme dans les «scènes de crime» des séries télé américaines. Un peu plus loin, une silhouette elle vivante, assez jeune et vue de dos, qui s'éloigne. Et un slogan en lettres capitales: «L'exclusion tue». Puis un autre, plus petit: «Votre don sauve». Et le logo de l'association qui est à l'origine de cette campagne d'affichage: la Fondation de l'Armée du Salut.

On peut préférer d'autres associations à celle-là. On peut évidemment juger qu'à un moment donné, pour cette cause comme pour toutes celles ayant atteint un degré réel de gravité, le caritatif et la générosité citoyenne atteignent leurs limites, ne suffisent plus, et que c'est bel et bien au politique de prendre ses responsabilités. Mais on ne peut que saluer la double pertinence de cette campagne, s'est-on dit il y a quelques jours, quand on est tombé pour la première fois sur ces affiches, dans le métro.

Pertinence de la forme du message. A un certain stade, les slogans jolis et les trouvailles de com' alambiquées n'ont plus lieu d'être. Il faut dire les choses ni plus ni moins, clairement, dans toute leur sécheresse. C'est ce qu'a compris cette campagne, et c'est ce qui fait son efficacité. On peut d'ailleurs noter qu'en France, les associations ont pris depuis un certain temps déjà le parti de ne pas se cacher derrière de jolis slogans. Voir «La précarité tue», que dénoncent de longue date des associations de malades. Voir aussi ce «Ni pauvres, ni soumis» qui était le slogan emblématique du collectif d'associations qui, l'an dernier, réclama (largement en vain) une revalorisation des allocations de handicapés.

Pertinence aussi du timing de cette campagne. Au moment où Paris célèbre, ces jours-ci, le quatrième anniversaire de l'installation, par «Les Enfants de Don Quichotte», du mémorable campement de tentes le long du canal Saint-Martin, dans le dixième arrondissement. Au moment où, comme chaque hiver à Paris et ailleurs en France, les SDF tombent comme des mouches. Au moment où l'association «Les Morts de la Rue», mardi soir lors d'une cérémonie d'hommage sur la terrasse du Forum des Halles, a rappelé ce chiffre effarant. Glaçant. L'âge moyen des 340 SDF déjà morts dans la rue en France en 2010. 45 ans.

13.12.2010

Une dénonciation

Cela se passera demain à 18h30 sur la terrasse Lautréamont, dans la rue et le quartier Rambuteau, au coeur de Paris. Un lieu où il n'est pas rare, l'hiver, de voir se regrouper des SDF par dizaines pour y (tenter de) passer la nuit. «Les morts de la Rue» y rendra un dernier hommage aux miséreux qui sont décédés dans la rue en 2010. Selon les derniers calculs de cette association, on en compte déjà 340 depuis début janvier. En 2009, 406 SDF avaient trouvé la mort en France. Cette année, on ne devrait pas être loin de ce chiffre. Demain, le collectif dénoncera une fois de plus «le manque de volonté politique, qui contraint actuellement des personnes à vivre et mourir dans ces conditions indignes».

Dénoncer sans cesse le fait que «vivre à la rue mène à une mort prématurée» et que «les causes (de ces décès) sont souvent violentes»: c'est un des messages de l'association. Ces derniers jours encore, en France, on a eu une double et dramatique illustration de la pertinence de cette dénonciation.

Ainsi, mercredi dernier à Lille, les pompiers ont découvert le corps sans vie, carbonisé, d'un SDF d'une trentaine d'années. Il y a trois mois, il avait planté sa tente à l'entrée d'une usine désaffectée: le long d'un mur, dans un recoin sombre. Sans doute était-il en train d'y préparer la cuisine avec un réchaud de fortune, insécure, qui a embrasé son abri. Les riverains n'ont que machinalement donné l'alerte au moment de l'embrasement, car ils croyaient à un simple feu de détritus. La nuit suivante, à Nice cette fois, c'est un SDF roumain de 26 ans qui a été très grièvement brûlé et qui, aux dernières nouvelles, était toujours entre la vie et la mort. Il aurait été aspergé d'un liquide inflammable alors qu'il dormait dans la rue. Selon les premiers éléments de l'enquête, à l'origine du drame pourrait être un différend entre SDF, qui se seraient disputés «pour une place dans la queue d'une soupe populaire».

Mais, sinon, tout va bien: à Paris comme dans le reste du pays, la féerie de Noël bat son plein et c'est en permanence la cohue joyeuse et insouciante dans les grands magasins.

07.12.2010

Un boulet

saintnicolasfouquets.jpgSaint Nicolas a beau souffrir en France d'un gros déficit de notoriété par rapport au Père Noël, au moment précis où on le rappelait hier midi dans ce blog, le grand saint faisait une apparition remarquée sur... les Champs-Elysées. En effet, encadré d'un Gavroche et d'une République sur des échasses, le barbu préféré des enfants sages y a distribué des cadeaux, des friandises et des clémentines. Sa distribution de présents ne s'est pas déroulée n'importe où sur «la plus belle avenue du monde»: elle a eu lieu précisément devant la célèbre brasserie du «Fouquet's». C'est dans cet établissement, faut-il le rappeler, que Nicolas Sarkozy avait fêté, un beau soir de mai 2007, son élection à l'Elysée. Trois ans plus tard, le Saint Nicolas ayant sévi hier midi sur les Champs était en fait un militant de la CGT. Par cette apparition le 6 décembre, devant le «Fouquet's», de ce saint ainsi prénommé, le syndicat communiste voulait dénoncer la «politique inégalitaire» d'un chef de l'Etat qui, selon lui, «prend aux pauvres pour donner aux riches».

 

Juste deux remarques.

 

Sur la forme et pour l'anecdote, la CGT devrait revoir ses classiques du folklore enfantin. Un Saint Nicolas qui distribue des friandises mais pas de massepain/de pâte d'amandes, ce n'est pas crédible. Et manquait, au saint patron des «enfants sages», son indispensable acolyte: le Père Fouettard/Zwarte Piet, qui lui châtie les enfants «pas sages»  –  à propos, notez la lourde symbolique raciale de cette tradition: le méchant est un Noir...

 

Sur le fond, et s'agissant de Nicolas Sarkozy, on peut donc constater que 41 mois plus tard, ses agapes de mai 2007 au «Fouquet's» lui collent toujours à la peau. Comme le sparadrap au doigt du capitaine Haddock d'Hergé. L'hôte de l'Elysée va-t-il donc traîner ce boulet symbolique jusqu'en 2012? Deux choses sont sûres, en tout cas. Un: à l'époque, le choix de ce restaurant, si connoté sociologiquement, pour fêter son triomphe électoral constitua une erreur de communication de débutant dans le chef d'un responsable politique pourtant obsédé par son image et entouré en permanence de communicants chevronnés. Mais c'est enfoncer des portes ouvertes que de le souligner: sans doute l'intéressé y compris n'en disconvient pas. Deux: si en 2012 Nicolas Sarkozy brigue un second mandat et est réélu, probablement n'ira-t-il pas arroser cela avec ses potes au «Fouquet's». Mais quel établissement parisien l'éventuel Président réélu choisirait-t-il? Les paris gastronomico-politiques sont ouverts.

03.12.2010

Une boutique épatante

Reparlons aujourd'hui du PS, qu'on évoquait hier, mais sur un mode infiniment plus léger – pour bien terminer la semaine. Ces jours-ci, période de shopping de Noël oblige, le parti de Martine Aubry a annoncé l'ouverture de sa nouvelle boutique en ligne. On s'y est évidemment précipité, et on y a découvert des tas de choses épatantes.

Ainsi, au rayon «La gamme militante», cet assortiment de 100 ballons de baudruche multicolores, «pour toutes les manifestations socialistes». Ou ce «fanion plastifié PS»: «indispensable pour une meilleure visibilité». Ce ravissant «parasol PS avec socle», aussi: «pour les marchés, les rassemblements». Surtout, ce renversant «clap-clap applaudisseur»: «Faites-vous entendre, applaudisseur, je suis aussi une pancarte 680 mm x 310 mm».

Nos deux articles préférés, toutefois, sont sans conteste ce lot de préservatifs masculins sur la pochette desquels figure ce slogan essentiel: «Il ne peut y avoir révolution que là où il y a conscience». Au moment du passage à l'acte, cela doit motiver. Ainsi que, repéré au rayon appelé «La boîte à bidules», ce mug orné du slogan «What would Jaurès do?»: «à collectionner et à utiliser! Matière porcelaine 10 cm x 8 cm Haute résistance lave vaisselle et micro-onde, contenu: 25 cl. Livré dans sa boîte individuelle. Fabriqué en Europe». 12 euros le mug militant, tout de même. Mais on peut l'assortir avec un «tee-shirt à message» garni du même slogan. Blanc ou noir, «100% coton bio», oui madame. Cela doit donner envie de changer le monde que de prendre son petit-déj' avec, face à soi, le/la/ militant(e) de sa vie en train de boire son café dans un tel mug et arborant un tel tee-shirt en guise de pyjama.

Mais désolons illico nos lecteurs bien bâtis en précisant que le modèle «homme XXXXXL» (bigre) n'est déjà plus disponible. Sans doute, en ces temps de rivalités croissantes entre camarades présidentiables, ces tee-shirts ont-ils déjà tous été achetés par les gros bras du service d'ordre du PS.

10.11.2010

Une illustration

lestentespontdesarts.jpgA l'ordre du jour du Conseil des ministres de ce matin à l'Elysée, figurait un état des lieux de la question de «l'hébergement d’urgence et l’accès au logement». Ce point avait été rajouté à la suite du (bref) déploiement, vendredi sur le Pont des Arts à Paris, d'une trentaine de tentes d'associations dénonçant le bilan de l'action gouvernementale en la matière. Les activistes avaient été priés par les forces de l'ordre de plier bagage, moyennant la promesse d'une rencontre avec le Premier ministre François Fillon. Cette réunion a lieu cet après-midi, à 17 heures, à Matignon.

 

Les militants contre le mal-logement avaient parié sur l'impact des (nombreuses) images télé de leur action pour faire bouger le gouvernement. Ce matin, ce dernier a choisi de leur répondre en communiquant une avalanche de chiffres aux médias. Ainsi, pour n'en citer que quelques-uns, «120.000 logements sociaux ont été financés en 2009, soit trois fois plus qu’en 2000». En 2010, l'objectif est de «140.000 logements sociaux». «Depuis le début de l’année 2010, 13.000 personnes sont déjà sorties de l’hébergement (pour SDF) pour aller vers le logement. 9350 places de pensions de famille ont été financées en 2010». Quant au «programme d’humanisation des centres d’hébergement» pour SDF, il «a permis de rénover 7619 places et d’en reconstituer 2068».

 

Sans doute cet après-midi à Matignon, les associations relativiseront-elles ce bilan.

 

lelogosecourscatho.jpgSinon, puisque l'on parle de pauvreté, on a appris hier que le Secours catholique - qui a remis mardi un rapport alarmant sur la pauvreté en France - est elle-même... dans un assez pauvre état. Car les locaux municipaux qu'occupait gratuitement cette association depuis cinq ans, dans le 18ème arrondissement de Paris, ont dû être réaffectés en école maternelle. Et car elle est incapable de payer les 66.000 euros annuels de loyer des nouveaux locaux qu'elle vise.

 

En résumé, on a une donc association qui, l'an dernier, a accueilli 1,5 million de personnes dans le besoin, notamment pour des problèmes de logement, et qui, aujourd'hui, est menacée d'être elle-même à la rue. Cela doit être une version parisienne des adages de l'arroseur arrosé ou du cordonnier mal chaussé. A moins que ce ne soit qu'une illustration du slogan-choc d'une des dernières campagnes de cette ONG: «La France est un pays très riche. En pauvres».

05.11.2010

Un retour

Un air de déjà vu dans la capitale française, ce vendredi: c'est le retour des tentes de SDF en plein Paris. A la mi-journée, en effet, sur le Pont des Arts, le «Collectif des associations unies» a donné rendez-vous aux médias. Il regroupe des associations comme la Fondation Abbé Pierre, ATD-Quart Monde, les Enfants de Don Quichotte ou Médecins du Monde. Leurs militants ont l'intention d'installer dans Paris, à un endroit qui n'a pas été dévoilé, un «campement symbolique» de 31 tentes. Pour dénoncer les «promesses non tenues» du gouvernement Fillon. L'hiver 2008, celui-avait promis de faire du logement et de l'hébergement des personnes sans abri et mal logées «un grand chantier national prioritaire». Deux ans plus tard, selon les associations, on est très loin du compte.

Les tentes de SDF, cela dit, elles n'ont jamais totalement quitté Paris. Certes, on n'y a plus vu d'opérations aussi spectaculaires que celle qui avait rassemblé des dizaines de SDF et/ou de militants au canal Saint-Martin, le long des berges duquel ils avaient squatté pendant des mois: interminable village de toile qui avait été énormément médiatisé. Plus de campement collectif, mais les tentes individuelles de SDF, elles, d'un hiver à l'autre, n'ont jamais vraiment disparu. Ainsi, très récemment encore, sur le terre-plein de notre boulevard Richard Lenoir, à deux pas du trafic automobile, de la station Vélib, des aires de jeux pour enfants et des terrains de pétanque, a campé une femme SDF, assez âgée, avec tout son barda – y compris un petit réchaud pour la cuisine, une corde à linge, un siège de jardin et un chien. Tout le voisinage avait l'air d'être très gêné par son installation: par cette intrusion si ostensible de la misère dans la vie quotidienne du quartier. Puis, les gens ont fini par s'y habituer. A plusieurs reprises, on a vu des policiers passer devant cette tente de camping sans y prêter la moindre attention – comme s'ils considéraient qu'elle faisait partie du paysage.

L'intéressée a campé là pendant plusieurs semaines. Puis, du jour au lendemain, a disparu. Sans crier gare, comme elle était venue.

24.09.2010

Un soulagement

UnCri.jpgD’innombrables cris de colère dans Paris, hier. Innombrables, c’est le mot. Puisque, entre l’estimation des syndicats (300.000) et celle de la préfecture de police (65.000), l’écart est si énorme, si caricatural, qu’on se gardera bien de chiffrer le nombre de manifestants ayant, une fois de plus, défilé contre le projet gouvernemental de réforme des retraites. Jeudi, finalement, à l’issue d’une semaine très tendue par l’alerte antiterroriste, l’événement aura peut-être été… un non-événement. Car, si on entendit hier d’innombrables cris de colère dans la Ville lumière, il n’y eut aucun hurlement de terreur, aucune effusion de sang. Vu que, comme l’avait bien prédit le grand patron de la police mercredi, les terroristes n’ont pas profité de ces immenses rassemblements de foule pour faire exploser des bombes. Au-delà de la tournure que prendra ce conflit social dans les prochaines semaines, c’est déjà, dans l’immédiat, assurément un soulagement.

 

Les autorités en étaient tellement satisfaites qu’elles ont été jusqu’à se féliciter qu’«aucun incident notable» n’ait émaillé cette grande manifestation parisienne. Il y en a que ce constat à coup sûr irritera. A savoir les dirigeants du Medef : la plus grande organisation patronale hexagonale, qui soutient à fond le projet gouvernemental. Hier, en effet, l’immeuble de cette organisation, situé dans le septième arrondissement, a été assiégé par quelques dizaines de militants anarchistes. Drapeaux noirs brandis rageusement, insultes, jets de bouteilles, de pierres ou de canettes de bière, échauffourées, tirs de gaz lacrymogènes: cela a chauffé hier, dans les beaux quartiers. Mais donc, si l’on en croit les autorités, rien de tout cela n’a été très «notable». Les auteurs et les cibles de ce grabuge en prendront sans doute bonne note.

16.09.2010

Un collectiviste

Ils ont vraiment tout faux, ceux qui accusent Nicolas Sarkozy de privatiser les moyens de l'Etat à son bénéfice personnel. Ceux qui, dans l'affaire Bettencourt, le soupçonnent d'avoir fait mettre sur écoute le confrère du journal «Le Monde» qui, grâce une fuite, a publié un PV d'audition mettant en cause le ministre Woerth. Ceux qui rappellent qu'il y a peu, le chef de l'Etat avait chargé les services du contre-espionnage de retrouver les médisants à l'origine des ragots sur son couple. Ceux qui se souviennent que, quand il était ministre de l'Intérieur déjà, Nicolas Sarkozy avait mobilisé toutes les polices de France pour, en un temps record, mettre la main sur les voleurs du scooter de son fils Jean. Il privatise à son profit les moyens de l'Etat, l'hôte de l'Elysée? Allons donc. En fait, c'est un grand... collectiviste. On en a eu la démonstration hier à Paris.

En effet, des manifestants s'en sont pris (légèrement) au siège de l'UMP (des photos ici), en projetant de la cendre sur la façade de l'immeuble parisien occupé par le grand parti présidentiel. Sitôt leur raid terminé, ces activistes ont été cueillis dans le métro par une escouade de pandores lourdement armés. Ils ont été interpellés, menottés, fouillés, photographiés, puis conduits sous bonne escorte au commissariat, où ils ont été (brièvement) retenus. A les en croire (), la «notification d'interpellation» qui leur a été signifiée était motivée de la sorte: «dégradation de bien public».

Un bien public, l'UMP? Certes, ce parti, comme tous les autres, est financé partiellement par des fonds publics. Mais, jusqu'à nouvel ordre, il reste tout de même une association privée. Un bien public, le siège du parti sarkozyste? On croyait qu'il s'agissait d'un immeuble privé, détenu par un propriétaire privé. Le grand parti au pouvoir qui, sur un coup de baguette magique procédurale, devient carrément un service public: un tel collectivisme ferait rougir d'envie les dirigeants cubains ou nord-coréens.

31.08.2010

Une récidive

Le temps passe, mais, à Paris, certains décidément n'évoluent pas. Vers la mi-juin, on avait évoqué (ici) l'émoi suscité dans la capitale – et au-delà: dans le reste du pays – par la tentative de groupuscules liés à l'extrême-droite de tenir un apéro géant dit «Saucisson & pinard» (clairement exclu aux musulmans, donc) à la Goutte d'or (quartier parisien à forte population issue de l'immigration). Depuis, près de trois mois ont passé. Mais d'aucuns ont envie de récidiver. On pourrait en avoir l'illustration ce samedi à Paris.

 

Ce jour-là, en effet, en plein centre-ville, est programmé un «grand apéritif républicain». Présenté comme en faveur d'«une certaine idée de la France». Pour que les choses soient claires, il s'agit de dénoncer «la montée de l'offensive islamiste sur le territoire français». Des initiatives du même acabit sont annoncées le même jour dans plusieurs villes de province: Bordeaux, Lyon, Strasbourg ou Toulouse. Parmi les organisateurs, on retrouve des ex-militants dévoyés d'une certaine «gauche» ultra-républicaniste, sécuritaire et anti-communautariste – genre Chevènement. Ils assurent que leur «conception de la Nation n’est absolument pas ethnique». Mais n'en condamnent pas moins le modèle français d'intégration des minorités issues de l'immigration, modèle qu'ils veulent remplacer par un régime d'«assimilation» pure et simple. Tout comme les amateurs de cochon et de vin rouge avaient, en juin, comparé à la Résistance aux nazis leur «entrée en résistance face à l'islamisation de la France», on a à nouveau droit à un alibi historique: l'apéro du 4 septembre se veut commémoratif de la journée du 4 septembre 1870, qui avait vu la proclamation de la IIIème République.

 

Le maire (écologiste) de l'arrondissement parisien où se tiendrait cette manifestation a demandé son interdiction à la préfecture de police.

26.07.2010

Un délit de faciès

Aujourd'hui, un sujet parfaitement de saison mais néanmoins pénible. En France visiblement, le racisme et l'intolérance ne prennent pas de vacances. Même en ces temps estivaux synonymes théoriquement d'insouciance, même dans des lieux de villégiature à l'atmosphère censée conviviale, décontractée et bon enfant, certains Français continuent de subir des discriminations liées à leurs origines. C'est ce que vient d'à nouveau montrer SOS-Racisme.

Ce week-end, en effet, la section départementale des Alpes maritimes de cette association a procédé à sept opérations de testing dans différents campings de la Côte d'Azur, opérations ayant été enregistrées avec des caméras ou des micros cachés. Des tests pareils à ceux souvent pratiqués par cette association aux entrées de discothèques. Cette fois donc, des campings étaient testés. Se présentaient successivement à la réception des candidats campeurs fictifs parfaitement similaires. Similaires par leur âge, leur apparence vestimentaire, leur courtoisie et leur capacité d'élocution, leur situation administrative en règle, leur équipement ou leur requête d'hébergement: un emplacement pour une tente. Différait juste leur faciès: certains de ces testeurs étaient issus de l'immigration, maghrébine ou africaine. Dans deux cas sur sept – ce qui n'est tout de même pas rien –, il a été répondu à ces campeurs-là que le camping était complet. Mais quand, immédiatement après (et sans qu'entre-temps, un emplacement ait été libéré), des testeurs blancs se présentaient à la même réception, comme par miracle, le camping n'était plus complet et un emplacement était disponible.

«Nombre de Français continuent chaque jour d'être victimes de ce qu'il faut bien appeler un délit de faciès», a déploré ce matin le président de SOS-Racisme, Dominique Sopo. A savoir sont victimes d'«une série de stéréotypes et de préjugés» projetés sur eux simplement en raison de la couleur de leur peau ou de leur l'origine géographique familiale, réelle ou supposée. Un tel comportement discriminatoire, qu'il ait lieu au camping ou ailleurs, est passible de peines allant jusqu'à trois ans de prison et 45.000 euros d'amende. Théoriquement. Si la justice et la police ne sont pas elles aussi parties à la plage.

29.06.2010

Une (in)fortune

laSamaoccupee.jpgFortune et infortune, heurts et malheurs, des grands magasins parisiens. Hier, en fin d'après-midi, hasard incongru de l'actualité, sont tombées quasiment au même moment des nouvelles relatives à deux parmi les plus fameux grands magasins de la Ville lumière.

 

La première nouvelle avait trait à «La Samaritaine», ce paquebot en bord de Seine qui a fermé ses portes il y a plusieurs années déjà, dans l'attente de sa transformation en vaste complexe hôtelier et immobilier de luxe. Hier, un collectif de chômeurs et de travailleurs précaires parisiens a pris possession (ici) du toit de cet ex-grand magasin. Ils réclamaient de la Ville une solution pour le relogement de leur coordination. Car «partout, des chômeurs, des précaires, des intermittents, des salariés licenciés, des travailleurs précaires, des sans-papiers font grève, s’organisent, se défendent, réinventent des solidarités. Partout, ceux qui s’organisent ont besoin de lieux pour le faire». D'autant que, «de hausse des loyers en expulsions, les pauvres continuent d’être invités à quitter Paris».

 

La deuxième nouvelle, concomitante, concernait «Les Galeries Lafayette». Qui a annoncé hier le «lancement des soldissimes d'été 2010 sur l'ensemble des magasins» de cette enseigne du Boulevard Haussmann: dès demain 30 juin jusqu'au 3 août prochain. A cette occasion, les Parisiens bénéficieront de «démarques allant de 30 % à 50 % et d'offres exceptionnelles à 60 % de remise sur des produits de marques propres». Ainsi, les Galeries promettent, quasi extatiques, des soldes à «-40 % chez Acne, Paul & Joe, Paul & Joe Sister, Juicy Couture, Just Cavalli, John Galliano», pour le rayon femmes, et «une large sélection à -30% sur les marques Façonnable et Eden Park, -40 % chez K de Karl Lagerfeld, chez Just Cavalli et jusqu’à -40 % chez Tommy Hillfilger», au rayon hommes. Cela donne, notamment,  une «ceinture plaque D&G 195 € à -50 %, soit 97,50 €», des «sandales lacées Paul & Joe Sister 115 € à -50 %, soit 57,5€», ou des «sabots de bois ouverts Dsquared, 365€ à  -50 %, soit 182.50 €».

 

Des pompes (des sabots de bois, encore bien) à 182.50€ la paire. Sûr que cela a motivé les précaires, intermittents et autres chômeurs de la Sama à redescendre de leur toit.

25.06.2010

Un bras de fer

barbouilleursdepub.jpgUn bras de fer reprend ce soir à Paris. En effet, après avoir observé un moratoire de trois mois, le collectif anti-pub des «Déboulonneurs» repart à l'attaque. Sur le coup de 19 heures, dans le quartier de la gare Montparnasse, alors que des actions similaires se dérouleront simultanément à Lille, Lyon et Rouen, aura lieu un nouveau raid de ces barbouilleurs de panneaux publicitaires. Qui ont décidé de sortir à nouveau leurs aérosols pour protester contre la tournure prise au Parlement par la loi dite Grenelle II sur l'environnement. Selon eux, cette loi se traduira sur le terrain par des «reculs très significatifs en matière de protection des paysages et des esprits contre l'agression publicitaire». Les activistes y voient «la patte des lobbies des afficheurs», qui «tirent les ficelles de cette mascarade» parlementaire pleine de «mauvaise foi».

Il sera intéressant de voir ce soir la réaction des policiers, puis du parquet, face à ces barbouilleurs de réclames. En avril dernier, en effet, ces activistes avaient remporté une victoire judiciaire mémorable. Poursuivis pour avoir, quelques mois plus tôt, bombé des panneaux publicitaires sur les Champs-Elysés, ils avaient finalement été relaxés. Le tribunal avait jugé que maculer des affiches de slogans tels que «Stop à la propagande» ou «Trop de pub» ne relevait pas de la dégradation, ne constituait donc pas une infraction, mais s'inscrivait dans l'exercice légitime de la liberté d'expression.

Cette nouvelle offensive des anti-pubs survient alors qu'à Paris la semaine prochaine, un autre bras de fer débute en groupes de travail. Ce bras de fer opposera, au sein de la majorité au pouvoir, les Verts (très publiphobes) et les socialistes, l'enjeu des pourparlers étant l'élaboration du nouveau règlement municipal régissant la publicité. Les Verts arriveront aux discussions avec un récent sondage. A l'en croire, huit Parisiens sur dix sont favorables à la suppression des panneaux d’affichage les plus grands, à l’obligation d’éteindre les panneaux lumineux pendant la nuit, et à l'interdiction d'installer des panneaux publicitaires à moins de 50 mètres des écoles.

21.06.2010

Une attaque

crroixrouge.jpgIl vole bas en ce moment, l'argumentaire de certains activistes militant sur le terrain parisien. Il vole bas, et manipule des termes historiquement si lourds qu'ils laissent pantois par l'amalgame qu'ils opèrent. C'est ce qu'on s'est dit ces derniers jours, en empruntant le métro de Paris. En y constatant qu'aux entrées de plusieurs stations de notre onzième arrondissement, des pochoirs ont été apposés, si visibles, sur le trottoir. Pochoirs qui, en utilisant le terme de «collabos», renvoient à la même période de l'Histoire que ces «identitaires» d'extrême droite dont on parlait l'autre jour dans ce blog – qui assimilent leur lutte contre «l'islamisation» de la France au combat, il y a 70 ans, de la Résistance contre les nazis.

Cette fois, l'analogie si douteuse avec les années 40 vise la Croix-Rouge française, dont la quête annuelle vient de s'achever. «Pas de fric pour les collabos», clament les pochoirs, ainsi que pas mal de blogs (ici ou ). Qui veulent dissuader les gens à donner leur obole à «une société qui prospère sur le dos de la misère humaine et aide les gouvernements, quels qu’ils soient, à trier, enfermer, déporter toutes celles et ceux qu’ils ont décrétés indésirables». «Au-delà de son image humanitaire», accusent ces opposants, la Croix-Rouge est «aussi une entreprise qui participe à l’enfermement et à l’expulsion des sans-papiers», via son rôle d'observateur dans la zone d’attente de l'aéroport de Roissy ou lors des reconduites à la frontière.

La Croix-Rouge a déjà été plusieurs fois mise en cause dans ce dossier, ces dernières années (ici, par exemple). «Seul l'intérêt des enfants guide le dévouement et la disponibilité inconditionnelle» de ses agents, a-t-elle déjà dû se justifier publiquement. Tandis que son président – un ex-ministre chiraquien –, soupçonné de cautionner la chasse aux sans-papiers, a déjà dû () mettre les points sur les i: rappeler que la Croix-Rouge, «fidèle à sa neutralité, s’interdit de porter un jugement sur les politiques des États. C’est de la responsabilité du pouvoir de dire si c’est bien ou mal de renvoyer les gens chez eux. Il nous revient à nous de veiller à ce que chacun soit considéré comme une personne avant d’être un clandestin».

On a bien sûr le droit d'être convaincu ou pas par la position de cette association. Le droit aussi de juger que son principe fondateur de neutralité la conduit, sur le terrain, à une certaine complicité avec la politique migratoire du gouvernement. Politique dont on le droit de contester l'humanité. Mais de là à traiter de «collabos» les 52000 bénévoles de cette association... L'attaque, en tout cas, ira droit au coeur de ceux parmi ces bénévoles qui, en ce moment, viennent en aide aux inondés du Var ou aux sinistrés d'Haïti.