Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

24/06/2014

Un début d'évolution de fond?

Mine de rien, c'est peut-être tout un secteur de l'économie parisienne qui commence à changer. Et à s'humaniser, dans ses pratiques sociales. En tout cas, c'est la deuxième fois que des travailleurs en grève obtiennent gain de cause, alors qu'ils opèrent dans un secteur où, pas rarement, la loi de la jungle prédomine, l'employé ayant juste le droit de la fermer.

Dans l’Est de Paris (les environs du Boulevard de Strasbourg et le quartier Château d'Eau), les employées de deux salons de beauté afro sont entrées en résistance. Elles étaient payées au lance-pierre: au pourcentage et au compte-goutte, quand leur patron le voulaient bien. Ce statut professionnel ultra-précaire ne facilitait bien sûr pas leurs démarches en vue d'une régularisation, s'agissant d'étrangères sans-papiers. Dernièrement, après avoir fait grève pendant plusieurs jours, elles ont obtenu un contrat de travail en bonne et due forme, et des modes de rémunération légaux. Au printemps, déjà, un mouvement social analogue avait eu pour cadre une boutique d'onglerie et de manucure du dixième arrondissement, cette fois dans la communauté asiate. Les employés y travaillaient sans avoir été déclarés (certains depuis plusieurs années), ils étaient payés à la tâche, et subissaient des retards de salaire pouvant s'étaler sur plusieurs mois. Pendant plusieurs semaines, ils ont occupé les lieux, jour et nuit. Et ont fini par obtenir un contrat de travail et des fiches de paie, y compris rétroactives.

Dans les deux cas, un syndicat, la CGT, s'est mobilisé aux côtés de ces grévistes, ce qui n'a pas peu contribué à leur victoire. Au passage, l'on peut noter que, à de rares exceptions près (ici, par exemple), ces actions syndicales de défense des travailleurs exploités, parfaitement louables, sont infiniment moins médiatisées que les mouvements de grève menés par ces mêmes organisations – voir, ces dix derniers jours, le rouleau compresseur médiatique sur la «prise en otages» des usagers des chemins de fer par la CGT notamment, la «capacité de nuisance» de ce syndicat, etc.

04/06/2014

«Un nouveau territoire»

C'est un hasard de l'actualité, mais il ne tombe pas mal. En ces jours où toute la France se passionne pour les identités régionales – à la faveur du fameux projet de redécoupage de l'Hexagone des Régions, qu'a esquissé François Hollande hier. Ce soir, la maire de Paris lance les premiers noms de domaine en .paris. Et elle n'est pas peu fière que la «Ville lumière» soit «l’une des toutes premières capitales au monde à pouvoir créer des adresses internet à son nom, dans le cadre d’un processus lancé en 2012 par l’ICANN». Les «pionniers» qui seront les premiers à disposer d'un site web dont l'adresse s'achève par un .paris «deviendront les ambassadeurs de Paris et participeront avec la Ville à la construction de ce nouveau territoire numérique» de demain.

Pourquoi pas. Mais l'identité régionale vaut-elle également pour une ville qui est si cosmopolite et mondialisée? Les Parisiens ont ils, eux aussi, le sens du terroir? Autant que les Auvergnats, les Bretons ou les Bourguignons? Alors que la majorité des habitants de la capitale ne sont pas des Parisiens de souche (issus de générations entières ayant vécu sans discontinuer dans cette ville), mais des ex-immigrés venus d'autres Régions – et qui, d'ailleurs, prennent souvent soin d'entretenir leurs racines non-parisiennes. On verra cela, notamment à l'aune du succès – ou pas – de ce nouveau nom de domaine si fièrement parigot.

En tout cas, le projet paraît moins passéiste et régionalo-franchouillard que celui qu'a réaffirmé hier, avec force, l'ineffable Geneviève de Fontenay qui, décidément, n'en rate pas une (relire ). Interrogée sur la nouvelle carte de France redessinée par François Hollande, la dame au chapeau a protesté. «Les gens sont attachés à leurs racines! Pourquoi il y a tant de monde qui veut venir en France? Parce que, justement, on a notre folklore, notre terroir, notre tradition. Nous, en tout cas, on continuera à faire des Miss Quercy, des Miss Centre-Val de Loire, des Miss Artois: ce qui fait la France!»

On n'est pas sûr que ce soit une très bonne nouvelle pour les femmes modernes, du Quercy et d'ailleurs.

07/05/2014

Un (si) léger mieux

Les plans gouvernementaux successifs de lutte contre les violences conjugales commenceraient-ils enfin à produire leurs effets? Selon des chiffres officiels diffusés ce matin, en France en 2013, 121 femmes sont décédées sous les coups de leur conjoint, et 25 hommes ont été victimes de violences mortelles émanant de leur compagnon ou ex-compagnon. Cela fait 28 décès en moins, par rapport à l'année précédente.

«C'est une tendance à la baisse qui encourage le gouvernement à poursuivre son action», ont commenté les ministres de l'Intérieur et des Droits des femmes. Qui ont redit leur détermination à «mettre en œuvre tous les dispositifs nécessaires pour lutter plus efficacement contre ces violences, qui brisent chaque année trop de vies et de familles».

«Une tendance à la baisse», oui, mais cela fait tout de même encore quelque 150 morts par an, dues à des violences exercées dans le cadre du couple. Et il faut leur ajouter 13 enfants victimes de violences mortelles émanant de leur père ou mère.

Ce macabre décompte, dès lors, même s'il traduit une légère amélioration de la situation, continue d'en dire long sur le degré de sauvagerie quotidienne de la société actuelle – mais, bien sûr, ce n'est nullement propre à la France.

29/04/2014

Une indélicatesse

Personnalités, Valls, FemmesQuelle mouche a piqué Manuel Valls? Ce mardi après-midi, le Parlement débat et vote son programme de stabilité budgétaire 2014-2017, prévoyant 50 milliards de réductions de dépenses publiques dans les trois années à venir. Hier, en prévision de cette échéance, le Premier ministre a adressé un courrier aux députés socialistes, dont nombre n'approuvent pas de gaieté de coeur ce plan de rigueur. Histoire de tenter de les amadouer, avant le vote fatidique. Or, la formulation de l'accroche de sa lettre n'était pas d'une grande délicatesse.

«Messieurs les députés, chers amis», disait cette missive. Or, parmi les députés socialistes à qui elle était destinée, figurent... une centaine de femmes. C'est donc carrément un tiers de la représentation socialiste à l'Assemblée nationale qui a ainsi vu son genre nié, d'un trait de plume primo-ministérielle.

Encore bravo.

16/04/2014

Un droit, par intermittence

Femmes, Institutions, Histoire, Elections municipales, Elections européennesFrançois Hollande prononcera un discours sur le sujet, ce mercredi soir: la France célèbre, ces jours-ci, le 70e anniversaire de l'octroi du droit de vote aux femmes. En effet, cette avancée démocratique historique a été consacrée par une ordonnance remontant au 21 avril 1944.

70 ans plus tard, dans l'Hexagone – mais c'est sans doute valable aussi dans d'autres pays où le vote n'est pas obligatoire –, les femmes, à l'instar des hommes, n'ont recours que par intermittence à ce droit. Certes, traditionnellement (lire ici), «la différence de participation (aux scrutins) entre hommes et femmes apparaît faible, au total». Car cette participation dépend surtout de l’âge: «Avant 40 ans, les femmes votent plus souvent que les hommes; entre 40 et 80 ans, il n’y a plus de différence; et après 80 ans, les femmes votent moins souvent que les hommes». Mais, en mars dernier, lors de ces fameuses élections municipales marquées par un record historique d'abstention, les femmes ont encore moins voté que les hommes (voir ). Et, aux élections européennes de la fin mai, le taux d'abstention qui est annoncé dans certaines catégories de l'électorat féminin français atteint des sommets astronomiques. Ainsi (voir ), 86% des femmes entre 18 et 24 ans pourraient bouder les isoloirs.

Le bilan de ce 70e anniversaire est donc très mitigé, en ce qui concerne l'usage qui est fait de ce droit. Ce serait d'ailleurs un utile sujet de réflexion et d'examen de conscience, pour une classe politique qui, nul besoin de le rappeler longuement, est toujours très majoritairement masculine.

10/04/2014

Un manque de respect

Femmes, Institutions, Personnalités, RoyalNouvel incident à caractère sexiste, hier après-midi, à l'Assemblée nationale – après tant d'autres, déjà (relire ). Ségolène Royal y assistait à sa première séance (en tant que ministre de Manuel Valls) de questions d'actualité au gouvernement. Elle a eu droit à des quolibets et à des railleries. Au moment où elle évoquait François Hollande et la feuille de route qu'il a fixée au gouvernement, les ricanements ont redoublé. Sur les bancs de la droite, où l'on trouve visiblement digne de moqueries la situation de l'ex-couple Royal-Hollande.

«Ce n'était pas méchant!», a minimisé, hilare, le député UMP de Paris, Pierre Lellouche – qui n'a jamais été le plus délicat des parlementaires. «Elle avait l'air tellement heureuse de venir nous expliquer toutes ces choses qu'on est contents pour elle!» Des femmes députées, en revanche, ont estimé que de telles allusions à la vie privée, qui plus est dans pareil cadre, relevaient d'«un manque de décence total», «honteux».

Minable, même, trouve-t-on.

Alors, bien sûr, chacun peut parfaitement penser ce qu'il veut de Ségolène Royal. Et, par exemple, ne pas être fan de son profil idéologique si baroque, de ses postures politiques si souvent agaçantes, et de son appétit médiatique si envahissant. Mais on voit mal comment lui dénier le droit, en tant que personne – qu'elle soit femme ou homme, peu importe –, à bénéficier du respect. Respect qu'elle avait d'ailleurs réclamé dès ses premières interviews radio-télé, aussitôt après sa nomination. Mais manifestement, pour certains hommes, c'est déjà trop demander.

Encore bravo.

21/02/2014

Un déséquilibre (un peu) moins criant

«Aux grands hommes: la patrie reconnaissante». Et les femmes? François Hollande a donc rempli sa promesse, et entendu la demande qui lui était faite – déjà évoquée, dans ce blog: relire ici ou . Parmi les quatre grands noms de la Résistance dont le chef de l'Etat confirme, ce vendredi, le prochain transfert au Panthéon, figurent deux femmes: Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion.

Ces femmes ont eu un parcours de vie si admirable que l'on peut considérer que, finalement, leur genre importe peu: est même assez accessoire, dans les motivations du processus qui conduira à ce qu'un hommage solennel leur soit rendu par la Nation.

Oui, mais non. A titre de symbole, il était important que, enfin, une panthéonisation face la part belle aux femmes. Pour donner un signe, pour lancer un mouvement. Etant entendu que n'est pas supportable – dans le message que cela renvoie aux Françaises – ce déséquilibre si flagrant existant dans le genre des personnalités reposant au Panthéon.

Au demeurant, il y a encore un fameux bout de chemin à faire. Puisque, après le transfert des cendres de Geneviève de Gaulle-Anthonioz et de Germaine Tillion, l'institution ne comptera jamais que 4 femmes. Contre quelque 70 hommes.

29/01/2014

Une sanction, mais pas l'autre

Femmes, Elections, Institutions, Parlement, GouvernementLarge approbation hier après-midi, à l'Assemblée, du projet de loi sur l'égalité entre les hommes et les femmes. «Une grande loi de progrès», dixit la gauche. «Un texte fourre-tout», minimise la droite – il est vrai qu'il traite aussi bien du congé parental que de l'égalité professionnelle, des pensions alimentaires, des stéréotypes sexistes, des mini-Miss ou de l'IVG. Nombre de députés sarkozystes, toutefois, ont voté avec la majorité. Parmi eux, la candidate UMP à la mairie de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet, ainsi que les ex-ministres Valérie Pécresse et Nicole Ameline.

Un point de ce texte concerne la parité hommes-femmes dans les assemblées. La France n'en est à peu près nulle part: on ne compte que 22% de femmes au Sénat et 27% à l'Assemblée. Dès lors, le texte voté hier double la pénalité financière infligée aux partis ne respectant pas la parité aux législatives. Ces amendes, déjà, ne sont pas minces. L'an dernier, par exemple, elles ont privé l'UMP de près de 4 millions d'euros de financement public.

Pendant la discussion parlementaire, les députés Verts ont essayé de muscler ce volet du texte. Ils ont proposé de pénaliser une deuxième fois les partis. Sur base, cette fois, non du genre des candidats qu'ils présentent aux législatives, mais de la composition de la représentation parlementaire issue de ces scrutins. Dans cette optique, seraient une deuxième fois sanctionnés les partis qui comptent exagérément plus d'élus que d'élues. Le gouvernement et la majorité socialistes, cependant, ont refusé d'aller aussi loin.

«Ce ne serait pas le choix fait par les partis qui serait sanctionné, mais celui que font les électeurs. Cela pose trop de problèmes d’ordre constitutionnel», ont-ils justifié. «Le juge constitutionnel estime que ce serait en quelque sorte venir contrarier la liberté de choix des électeurs», a renchéri la ministre des Droits des femmes. Les Verts ont dû s'incliner, mais ils ont peu apprécié. A les en croire, «la parité ne sera jamais effective dans les assemblées» si on continue à uniquement sanctionner son non-respect au niveau des candidats présentés par les partis. Puisque, très souvent, «les partis continuent à proposer aux candidates de se présenter dans des circonscriptions qui ne sont pas gagnables»....

En sortira-t-on un jour?

22/01/2014

Un vieux débat de langue française

Un débat houleux hier soir, à l'Assemblée. A propos du toilettage de la loi Veil de 1975, sur l'avortement. Les députés, survoltés, en ont même profité pour s'étriper sur un vieux sujet d'affrontement relatif à la langue française. A savoir, l'appellation qu'il convient de donner à une femme ministre. Cfr la chiraquienne Michèle Alliot-Marie. Quand elle était à la Défense et aux Affaires étrangères, elle interdisait qu'on lui donne du «Mme la ministre», imposant le «Mme le ministre». Un quinquennat plus tard, la droite sarkozyste, visiblement, n'en démord toujours pas.

«En français, la fonction prime sur le genre!», a, ainsi, argumenté un député UMP. Fâché qu'un de ses collègues, qui dit systématiquement «Mme le ministre», ait été rappelé à l'ordre: au nom de la circulaire qui, depuis 1994, recommande la féminisation des titres. «Nous sommes des hommes et des femmes libres: personne ne peut imposer à l’autre un vocabulaire qu’il ne souhaite pas! Les députés de la nation ont le devoir de défendre la langue et de ne pas céder aux diktats de la modernité». Ce à quoi l'ex-ministre communiste Marie-George Buffet a rétorqué: «Essayez de prononcer "Mme le ministre est enceinte". Vous verrez: c’est difficile». Et la présidente de la délégation aux droits des femmes de renchérir: «Ce qui ne se nomme pas est invisible. En utilisant le masculin dans la totalité des titres, vous voulez rendre les femmes invisibles».

Mais rien n'y a fait. Les députés UMP ont continué à interpeller au masculin «Mme le ministre» des Droits des femmes. Puis, ont donné du «Mme le président» à la députée socialiste qui présidait la séance. L'intéressée, énervée, a fini par s'adresser à un député sarkozyste... en le féminisant. Le pauvre: il en a été tout retourné.

Virilité outragée, contre féminité niée. Qui sait est-ce cela, l'égalité.

15/01/2014

Une intrusion, grotesque

Personnalités, Hollande, FemmesPour en terminer, on l'espère, avec cette séquence consacrée aux présumées escapades amoureuses d'un Président en scooter, un mot de l'intrusion qu'on a trouvée la plus grotesque, dans ce crapoteux feuilleton médiatique.

Celle de Geneviève de Fontenay, qui présida pendant 20 ans le comité Miss France. «Révoltée» par «la manière dont est traitée» Valérie Trierweiler («répudiée comme un objet consommable et jetable»), elle a demandé la démission de François Hollande, jugeant qu'il n'avait «plus sa place» à l'Elysée («Qu'il aille s'amuser avec ses compagnes!»).

Qu'est-ce que Geneviève de Fontenay connaît de la situation intime du couple Hollande-Trierweiler? De quoi se mêle-t-elle? En tant que personne, elle a le droit, comme chacun, à avoir une opinion sur la question, mais quelle est sa légitimité pour prendre ainsi une position publique, sur un tel sujet? L'image rétrograde et sexiste de la femme qu'elle a promue pendant vingt ans lui donne-t-elle une expertise, en matière de relations conjugales? Lui octroie-t-elle le droit de donner des leçons de morale? Et, aujourd'hui si «révoltée», démissionna-t-elle, hier: quand de si nombreuses Miss ou ex-Miss finirent en photos scabreuses, dans des magazines guère plus reluisants que «Closer»?

La France, décidément, ne nous épargne pas grand-chose, en ce moment. Dans le registre surréaliste, voire pathétique et grotesque.

25/11/2013

Un plan après l'autre

Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, ce lundi. En France, elle coïncide avec le lancement, par le gouvernement, d'un plan triennal d'action et de prévention, en la matière. Très bien. Mais c'est déjà le quatrième plan du genre. Et, malgré tous ces plans s'empilant les uns sur les autres, la situation continue d'empirer, dans ce pays. Ainsi, le nombre d'homicides perpétrés au sein de couples (dont les femmes sont les victimes dans 84% des cas) a encore augmenté, de 2011 (146) à 2012 (177).

Au moins ces plans successifs permettent-ils de corriger les insuffisances des dispositifs précédents. Ainsi, pour ne prendre que ce seul exemple (sur lequel la communication gouvernementale a beaucoup insisté, ces derniers jours): toutes les dispositions techniques ont désormais été prises pour que, quand des femmes violentées appellent le numéro vert d'assistance et de conseil mis à leur disposition, cet appel n'apparaisse jamais ensuite sur la facture téléphonique du couple. Dans le cas contraire, cela expose souvent les intéressées à de nouvelles violences: quand leurs conjoints découvrent, sur la facture de téléphone, l'existence d'un tel appel.

Une précaution salutaire, donc. Mais si élémentaire qu'on reste pantois qu'il ait fallu attendre quatre plans gouvernementaux pour y penser.

07/11/2013

Un chiffre certainement minoré

Transports, Police, Sécurité, Femmes, Métro, Paris, BanlieuesLes «frotteurs». C'est donc qu'ainsi que sont dénommés, en jargon policier, les individus qui, dans les transports publics parisiens, profitent de la cohue pour agresser sexuellement des femmes: par des attouchements ou, au minimum, des contacts aussi rapprochés qu'indésirés. A la RATP, on avait déjà les «pousseurs du métro» ou les «détrousseurs de l'aube». Voici donc maintenant les «frotteurs». Tant qu'à faire, et pour parler encore plus clair, on aurait pu/dû donner à ces gens le nom qu'ils méritent: celui d'agresseurs sexuels.

Dans le dernier bilan sécuritaire en date dressé par la police des transports parisiens (pdf téléchargeable ici: le numéro 292), on peut lire que 500 plaintes ont été déposées en 2012 pour atteinte à caractère sexuel perpétrée dans ce réseau de transports. Des agressions sexuelles, dans plus d'un cas sur deux (52%). Des exhibitions.(43%). Et des viols et tentatives (4%). La préfecture de police assure que, «quand les femmes déposent plainte, le taux d'élucidation est proche de 50%, grâce à l'exploitation des images de vidéoprotection».

Outre que cela fait une plainte sur deux ne débouchant sur rien (ce qui n'est tout de même pas rien), tout est là: dans cette formule «Quand les femmes déposent plainte».

Transports, Police, Sécurité, Femmes, Métro, Paris, BanlieuesOn a beaucoup vu, lu et entendu, dans les médias ces jours-ci, de beaux esprits se réjouir de ce chiffre de 500 plaintes annuelles qu'ils présentaient comme finalement très réduit: par rapport à la masse des 15 millions de voyages quotidiens effectués dans les transports publics parisiens.

Pénible, un tel commentaire, a-t-on trouvé. Comme si la souffrance d'une victime était quantifiable, et donc plus ou moins appréciable, en fonction de la récurrence ou non, et à quelle fréquence, des agressions semblables à celle qu'elle-même a subie. Commentaire qui n'a pas de sens, en plus. Puisqu'il ne fait aucun doute que ce chiffre ne représente qu'une infime partie de la réalité.

25/10/2013

Une portion toujours aussi congrue

Les médias audiovisuels français? Avant tout un univers de mâles. C'est ce que viennent de confirmer deux études (ici et) réalisées par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Elles portent sur la place, la parole et la représentation des femmes dans les programmes d'information et les émissions dites "de plateau" ("Mots croisés", "On n’est pas couché", "C dans l’air", etc.).
 
Ainsi, en ce qui concerne les programmes d'info, que ce soit dans les reportages, les brèves, les plateaux avec invités ou les duplex diffusés, "la part des femmes intervenant est inférieure à 20%, contre un peu de plus de 80% pour les hommes". Dans les émissions de débat liées à l’actualité, si les présentatrices et chroniqueuses sont plus présentes et visibles que leurs homologues masculins, au global, "les femmes représentent moins d’un tiers du temps de parole". Et "ce temps est plus morcelé". Concrètement, "lorsqu’elles ont la parole, les femmes ont tendance à la garder moins longtemps que les hommes", ont donc "moins de temps pour développer leurs propos et s’affirmer sur un plateau". Quant au statut des intervenantes, "42% des femmes ont un statut d’encadrant ou de dirigeant (présidentes d’association, dirigeantes d’entreprise, personnalités politiques, etc.), contre 55% des hommes".
 
Et, bien sûr, un grand classique perdure: "Les interventions des femmes dans le domaine de la culture et de la santé sont proportionnellement plus importantes que celles des hommes. A l’inverse, les interventions des hommes marquent leur différence sur les sujets politiques et économiques. Les femmes sont, en revanche, très rarement sollicitées, voir jamais dans le corpus étudié, pour aborder les sujets qui relèvent des sciences et techniques, du sport, de l’environnement, de l’art de vivre et de l’éducation".
 
Bref, un déséquilibre sur tous les plans, au détriment des femmes: tant quantitatif que qualitatif. Or, la majorité des programmes décryptés par le CSA pour ce travail réalisent de bons scores d’audience. Dès lors, ils "concourent de manière significative à l’image des femmes véhiculée" par les médias. D'ou cette conclusion en forme de rappel à l'ordre: les médias audiovisuels "portent une responsabilité particulière concernant la représentation et la promotion de la diversité des parcours des femmes (...) Montrer cette richesse à l’antenne apparait comme le meilleur moyen de faire progresser les mentalités, au travers des exemples et modèles que (les médias) peuvent donner à voir".
 
Compris, Messieurs?

23/10/2013

Un déséquilibre persistant

Puisqu'on parlait hier de noms de rues à Paris, la capitale compte désormais une Place Stéphane Hessel. Inaugurée l'autre jour, elle se situe dans le quatorzième arrondissement, pas loin du lieu où vécut longtemps l'essayiste et ancien résistant. En choisissant de donner son nom à une place, la mairie a voulu saluer «les convictions généreuses et le destin exceptionnel de cette figure de notre histoire contemporaine».

Pourquoi pas. Au moins, un choix aussi consensuel (voir les millions d'exemplaires d'«Indignez-vous!» qui se sont vendus dans le monde), ne fera pas tache, à quelques mois des élections municipales.

Juste – et cela n'enlève rien aux mérites que l'on peut trouver à Stéphane Hessel –, on avait cru comprendre que, dorénavant, la Ville allait, le plus souvent possible, dans ses choix d'appellation de places, de squares et de rues, privilégier des noms de femmes. Pour tenter de corriger un peu le déséquilibre en la matière: dans la capitale, la plupart des rues portent des noms d'hommes (on en a déjà parlé, ici notamment, dans ce blog).

Encore une occasion ratée, donc.

10/10/2013

Une sanction très inhabituelle

Institutions, FemmesOn s'est donc trompé, hier. Et, cela dit, on en est ravi.

Trompé, en écrivant que rien ne change décidément en France, dans le monde politique machiste – à propos de cette députée écologiste qui, mardi soir, en plein hémicycle, s'est pris des caquetages de poule, lancés des bancs de la droite. Trompé, car, contre toute attente, l'incident a pris de grandes proportions, le lendemain – alors que tous les précédents de cet acabit étaient illico tombés dans les oubliettes de la petite histoire peu glorieuse du Parlement.

Ainsi, hier, on parla de cela y compris dans le debriefing de presse du Conseil des ministres, à l'Elysée. La porte-parole du gouvernement a dit «regretter que certains (députés) aient du mal à conserver une attitude conforme à la fonction, après des dîners manifestement trop arrosés». Ensuite, à l'Assemblée, toutes les députées de la majorité ont, pour protester, boycotté le début de la séance, puis sont arrivées ostensiblement, et toutes ensemble, en retard dans l'hémicycle. L'élue qui avait été si misérablement chahutée a eu droit à des applaudissements. Et à des excuses du malotru qui l'avait assimilée à de la basse-cour. L'homme s'est même pris une sanction, pour «comportement sexiste»: il sera privé du quart de son indemnité parlementaire pendant un mois, soit très exactement 1.378 euros. La réprimande a été infligée sur décision du bureau de l'Assemblée prise à l'unanimité, donc y compris avec les voix de l'UMP sarkozyste. Qui a pareillement condamné l'«incident tout à fait regrettable» causé par son député macho.

Un tel tumulte parlementaire après un dérapage sexiste, c'est très nouveau. L'avenir dira si ce n'est qu'un feu de paille, ou une vraie tendance de fond.

09/10/2013

Un machisme ordinaire (encore)

Les députés qui, après une petite pause à la buvette de l'Assemblée, reviennent dans l'hémicycle et y dérapent en propos ou attitudes sexistes. C'est une vieille tradition parlementaire française – dont on a déjà eu l'occasion de parler, dans ce blog (relire par exemple ici ou). Et, comme quoi décidément rien ne change, un nouvel incident de cet acabit s'est déroulé hier soir.

Quand, alors qu'une député écologiste avait la parole, des petits gloussements aigus ont été entendus sur les bancs de l'UMP. Où, donc, certains députés tentaient de faire passer l'oratrice pour une poule. L'intéressée et le président de l'Assemblée, le socialiste Claude Bartolone, ont aussitôt protesté. Mais les perturbateurs – «complètement avinés», d'après certains de leurs collègues – ont persévéré. Ce qui a occasionné une (courte) suspension de séance.

Très énervé contre cette ambiance de «cour de récréation», Claude Bartolone a fait la leçon aux députés. «Que quelques parlementaires essayent de se transformer en oiseau lorsqu'il y a un parlementaire qui s'exprime, ce n'est pas acceptable! Et n'allez pas, après, vous étonner qu'il puisse y avoir des voix pour les populistes s'ils se rendent compte que les élus de la République se comportent comme ils se comportent quelques fois».

Bien entendu, la députée comparée à une poule n'a pas eu droit à la moindre excuse, de ses misérables collègues.

30/09/2013

Une pudibonderie médiatique, déplacée

femmes,activisme,médias,sécurité,sociétéComme chaque année (relire ici), maigre couverture médiatique, ce week-end en France, de la troisième édition de la «SlutWalk». Sans doute parce que les médias décrètent que rien que l'intitulé de ce mouvement, la «Marche des salopes», est cru au point d'être indicible.

Curieuse pudibonderie, tout de même, à l'heure où tant de programmes de ces mêmes médias dégoulinent de vulgarité – passons.

Comme ce fut le cas dans nombre de villes étrangères, cette Marche s'est tenue à Paris mais aussi dans des villes de province comme Bordeaux, Clermont-Ferrand, Lille, Lyon, Rouen, Toulouse ou Strasbourg. L'intitulé provoc' du mouvement renvoie au qualificatif qui, pas rarement, est attribué aux femmes victimes de violences sexuelles et qui se voient reprocher de les avoir favorisées par leur accoutrement ou leur comportement. A Paris, des participantes au cortège, qui a défilé jusqu'au Panthéon, arboraient parfois un short ou un soutien-gorge apparent. Sur leurs pancartes, des slogans comme «Ceci est une jupe, pas une invitation», «Non, c'est non», «Un viol n'est jamais ni consenti, ni provoqué, ni de la faute de la victime», ou «La honte doit changer de camp».

En France, «il y a encore beaucoup de progrès à faire», a témoigné une organisatrice de la manifestation. Des progrès dans l'accueil et la considération des victimes de violences sexuelles, et dans le regard porté sur elles par la société. A assez bien résumé l'ampleur des progrès encore a accomplir, le témoignage, à l'agence AFP, d'une étudiante de 23 ans ayant manifesté à Lille. Victime d'un viol, elle en a parlé à ses amis. «A l'époque, certains m'ont demandé comment j'étais habillée. J'ai expliqué que je portais un jean et un T-shirt. On m'a répondu: "Ah, dans ce cas, ce n'est pas normal"».

On aurait aimé voir genre de témoignage davantage répercuté dans les médias, ce week-end.

27/09/2013

Une idée qui a l'air de séduire

C'est un chiffre très honorable: plus de 30.000 personnes ont pris part, ces dernières semaines, à la consultation en ligne organisée pour l'Elysée, par laquelle les Français étaient invités à dire leur préférence sur la prochaine personnalité qu'ils aimeraient voir honorée par la Nation, via un transfert de ses cendres au Panthéon – on a déjà évoqué le sujet, l'autre jour (). «Les résultats de cette consultation n’ont valeur ni de référendum, ni de sondage», était-il précisé d'emblée. Mais ils «éclaireront les conclusions du rapport» qui sera rendu à François Hollande sur la question, «et, sans doute, le moment venu, la décision» du chef de l'Etat.

L'enjeu est notamment de corriger la criante inégalité qui, aujourd'hui, caractérise ce lieu d'hommage qu'est le Panthéon. Seules deux femmes y reposent: Marie Curie et Sophie Berthelot – et encore, cette dernière y figure uniquement au titre d'épouse du chimiste Marcellin Berthelot. Le grand public a l'air d'avoir été séduit par l'idée de féminiser cette institution: sur les 1.200 personnalités qu'ont proposées les internautes, des noms de femmes ont été «fréquemment cités».

Le choix de François Hollande sera annoncé le 9 octobre. Les noms des favorites qui reviennent le plus souvent restent la révolutionnaire Olympe de Gouges, la militante Louise Michel, l'écrivaine Simone de Beauvoir, ou les figures de la Résistance Germaine Tillion et Lucie Aubrac.

24/09/2013

Un homme comme les autres

Paris, Personnalités, Elections municipales, Femmes, Kosciuko-Morizet, HidalgoFinalement, c'est la déclinaison à l'envers, et appliquée à la politique, du mémorable titre de ce vieux film français «L'homme est une femme comme les autres» (avec Antoine de Caunes, Elsa Zylberstein, etc.)

C'est ce qu'a conclu ce matin, en mode doux-amer, entre déception et ironie, le journaliste Guillaume Durand. L'animateur de la tranche matinale de «Radio Classique» parlait du duel féminin en cours à Paris, en vue des élections municipales de mars prochain – qu'on évoquait hier, dans ce blog. En substance, cela donnait ceci: «A droite, on caricature Anne Hidalgo en doublure amoindrie (du maire sortant, Bertrand Delanoë). A gauche, on réduit Nathalie Kosciuko-Morizet à une Marie-Antoinette ambitieuse. En fait, ce duel de femmes dont on nous promettait monts et merveilles, il ne vole pas beaucoup plus haut que si cela avait été un duel d'hommes». En politique, la femme est un homme comme les autres.

C'est aussi cela, l'égalité hommes-femmes. Les deux genres au même niveau. Ni plus, ni moins. Donc ni moins, bien sûr. Mais ni forcément plus. Car, outre qu'elles sont femmes, Anne Hidalgo et Nathalie Kosciuko-Morizet sont surtout des professionnelles de la politique. Et donc, à ce titre, elles reproduisent tous les codes de ce métier, y compris, parfois, les moins glorieux: attaques ad hominem (si l'on ose dire), petites phrases ne volant pas très haut, etc.

Du reste, si l'on peut se permettre, exiger l'exemplarité totale de deux femmes pour la seule raison de leur appartenance à ce genre, cela paraît pour le moins sexiste, non?

27/08/2013

Une criante inégalité

Femmes, Institutions, ActivismeDes cris, des slogans et des éclats de voix, hier soir: Place du Panthéon. Devant le si vénérable édifice dédié «Aux grands hommes: la patrie reconnaissante». A l'initiative de plusieurs mouvements féministes (ici, notamment), quelques dizaines de manifestantes ont houspillé François Hollande: pour qu'il n'oublie pas sa promesse de «panthéoniser» une femme.

Car c'est peu dire que la parité n'est pas de mise, au Panthéon. Dans les 72 sépultures qu'il héberge, on compte... 70 hommes. Les mouvements féministes trouvent cette inégalité insupportable, notamment en termes d'image que cela renvoie aux femmes – seuls donc des mâles auraient droit à la reconnaissance du pays? Les manifestantes dénonçaient aussi le nombre très réduit de noms de rue et de station de métro qui, à Paris, honorent des femmes – on a déjà évoqué cela, dans ce blog: relire ici ou .

La semaine prochaine, via son site internet, l'Elysée lancera une grande consultation populaire, portant sur le nom de la femme dont les Français voudraient que les cendres soient transférées au Panthéon. Plusieurs personnalités semblent avoir déjà les faveurs des pronostics: les écrivaines George Sand ou Simone de Beauvoir, par exemple, ou la révolutionnaire Olympe de Gouges.