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03/07/2013

Un jeu de dupes

Gouvernement, Hollande, Personnalités, Environnement, FemmesMême pas trois lignes de communiqué officiel, une trentaine de mots à peine, et hop: virée. L'ex-ministre PS de l'Ecologie, Delphine Batho, se consolera peut-être du caractère expéditif de son limogeage, hier, en constatant qu'elle est devenue le premier membre du gouvernement dont le licenciement s'est fait en direct sur Twitter.

Beaucoup d'hypocrisie, cela dit, derrière tout cela.

François Hollande a voulu montrer qu'il savait faire preuve d'autorité, en sanctionnant illico une ministre ayant, le matin même sur une radio, jugé «mauvais» son projet de budget 2014. La belle affaire: si le Président a fait preuve d'autant de poigne, c'est surtout parce que cette jeune ministre ne pesait rien: ni dans l'édifice gouvernemental, ni dans les équilibres internes au PS. Les ministres Arnaud Montebourg ou Manuel Valls auraient-ils tenu exactement les mêmes propos qu'elle que, bien sûr, ils n'auraient pas été virés – pas de la sorte, en tout cas.

Les Verts pleurent à chaudes larmes un licenciement, qui, selon eux, consacre le fait que François Hollande n'en a décidément rien à faire de l'écologie. La belle affaire: avant-hier encore, les écologistes étaient les premiers, en public comme en privé, à fustiger une Delphine Batho qu'ils jugeaient trop molle, voire peu compétente, pour défendre les enjeux environnementaux.

La politique, parfois, comme des tas d'autres domaines d'activité, c'est aussi (avant tout?) un jeu de dupes, une affaire de postures.

 

PS: Au fond, si l'on peut se permettre de poser la question: Delphine Batho aurait-elle été congédiée avec si peu d'égards, si elle avait été un homme? On vous laisse juges.

21/06/2013

Un climat, si pénible

Femmes, PersonnalitésNe pas terminer la semaine sans mentionner, une fois de plus, le climat de beauferie que continuent de devoir se coltiner, en France, les femmes actives en haute politique. Sujet qu'on a déjà évoqué dans ce blog (relire ici ou, par exemple), et qui, cette semaine, a trouvé une nouvelle illustration, éloquente. Au détriment, cette fois, de la ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem.

A l'Assemblée nationale, la jeune femme assistait à la séance de questions d'actualité au gouvernement, quand elle se prit un tweet graveleux. «NVB suce son stylo très érotiquement»: tel fut le message qu'un élu UMP envoya sur la plateforme de microblogging.

L'intéressé, complètement inconnu du grand public, est membre du conseil national de ce parti, et siège au bureau politique du Parti chrétien-démocrate: le mouvement de l'ex-ministre Christine Boutin, allié au parti sarkozyste. Sa saillie machiste lui valut immédiatement la renommée, sur les réseaux sociaux. Et le tollé fut tel que l'intéressé finit par s'excuser – non sans, auparavant, s'être gaussé de l'indignation de ce qu'il a appelé «la gauchosphère».

Que cet individu se définisse par ailleurs comme un bon père de famille, à cheval sur les valeurs traditionnelles, cela ne regarde que lui: chacun, sans doute, a la cohérence qu'il mérite. Que, en plus, cet amateur des relations buco-génitales se refuse à marier des couples gays, dans la petite commune de Bretagne dont il est le maire, on laisse cela aux psys. Qu'il ait trouvé normal de rendre publiques ses pensées libidineuses à l'égard d'une personnalité, qui sait cela en dit-il long sur un certain climat envers les femmes, dans la classe politique de ce pays.

Pénible, décidément.

29/04/2013

Une portion toujours aussi congrue

Médias, Télévision, Radio, FemmesCela a fait peu de bruit, mais ce n'est pourtant pas anodin, trouve-t-on. A la fin de la semaine dernière, les représentants de toutes les chaînes de télé et de radio de France ont été convoqués au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), pour s'y faire remonter les bretelles. En cause, la représentation des femmes à l'antenne. Les années passant, elle continue d'être insuffisante, tant en termes de quantité que de qualité.

Quelques chiffres l'illustrent bien. Tous programmes et toutes chaînes confondus, les femmes occupent 35% du temps d'antenne en France. Alors qu'elles représentent 52% de la population – et, soit dit en passant, constituent 56% de l’audience radio-télé. C'est encore pire dans certains secteurs particuliers, comme le sport à l'antenne: 14% de femmes, seulement. Pour le CSA, ce sont des chiffres «préoccupants». D'autant que le retard des femmes sur les hommes est aussi qualitatif. En clair, elles éprouvent «des difficultés récurrentes à se voir confier un rôle majeur à l’antenne: entre 34 à 39% de femmes sont des personnages principaux, dans les programmes». Et, quand les médias audiovisuels donnent la parole à des experts, dans 80% des cas ce sont des hommes qu'ils interrogent. Or, dans ce pays, ce sont les femmes qui sont majoritaires (51%) dans la population diplômée de l'enseignement supérieur. Dès lors, le CSA a invité (ici) les opérateurs de l'audiovisuel à s'activer un peu plus: à davantage se soucier à la fois de la participation des femmes aux émissions, et de l'image des femmes que, ce faisant, leur antenne véhicule.

C'est vraiment un marronnier de la politique audiovisuelle française. Les médias, en effet, se font réprimander sur le sujet depuis plusieurs années déjà. Dès 2008, un Observatoire de la diversité avait été mis en place, avec pour objectif de suivre les efforts des télévisions et des radios dans ce domaine. Visiblement sans grand effet, près d'une demi-douzaine d'années plus tard.

26/04/2013

Un changement, pour tous

La loi sur le «mariage gay» comporte une nouveauté qui est passée assez inaperçue. Etonnamment, vu qu'elle s'applique à tous: homosexuels comme hétérosexuels. Elle concerne les noms de famille. Auparavant, en France, quand deux parents divergeaient sur le patronyme à donner à leur nouveau-né ou à un enfant adopté (Celui du père? Celui de la mère?), c’était le nom de l'homme qui était d'office donné à l'enfant. Et la femme avait juste le droit de s'écraser. En revanche, quand la loi Taubira entrera en application, ce ne sera plus le cas. En effet, quand il y aura désaccord, l'enfant aura automatiquement pour patronyme les noms de famille de ses deux parents, accolés dans l’ordre alphabétique. Dès lors, pour les couples hétérosexuels, le masculin cessera de l'emporter sur le féminin.

Bien.

Mais, pour l'anecdote, remarquez que, dans un tout autre domaine, cela continuera à ne pas être le cas. Sans que cela ait l'air de gêner quiconque.

Ainsi, des générations entières d'écoliers français ont sagement appris – et continueront probablement encore longtemps à le faire – que, selon l'expression consacrée, «le masculin l'emporte sur le féminin». Quand un adjectif, qu’il soit épithète ou attribut, doit être accordé à deux noms de genres différents. Du coup, on n'écrit pas «Les hommes et les femmes sont belles», mais «sont beaux».

La France ayant mis dix ans (par rapport à des pays comme la Belgique) pour accorder son régime matrimonial à l'évolution des moeurs, on va être réaliste et lui donner, disons, dix siècles, pour se pencher sur cette inégalité-là.

25/04/2013

Une sale ambiance, décidément

paris,société,femmes,sécurité,policeLa loi a été votée mardi, mais ce sale climat perdure, visiblement. Y compris à Paris, en plein coeur de notre quartier Bastille, pourtant censé «gay friendly». Pour illustrer cette homophobie ambiante, désormais complètement décomplexée – si tant est qu'elle ait jamais été complexée –, ce témoignage qu'on a découvert ce matin, dans notre boîte électronique. Il émane d'une jeune fille. Et relate une agression perpétrée hier soir, en face d'un bar-resto très connu du onzième arrondissement, rue Saint-Sabin.

On vous le livre tel quel. Rien à rajouter.

«Ma copine vient de se faire agresser ("Sale gouine", etc.). Elle a des bleus dans le cou, sur le coude. Elle a appelé quatre fois la police en dénonçant des propos "homophobes" et s'est fait raccrocher quatre fois au nez. Ca s'est passé devant le «Café de l'industrie» (terrasse pleine, il était 23h) et personne n'a réagi. Le mec l'a chopée par le cou et l'a jetée par terre. Une voiture de flics est passée, ils ont pris les coordonnées du mec. Elle va porter plainte demain (pas la force ce soir) et je la pousse à faire un certif médical. Je suis en train de la convaincre, mais elle me dit "A quoi bon". On peut forcément faire quelque chose chose contre ça? C'est pas possible autrement?»

19/04/2013

Un ersatz, en somme

Activisme, Société, FemmesQuelques mots tout de même, vu qu'on n'a pas encore eu l'occasion d'en parler, sur ces «Hommen» que l'on voit beaucoup en ce moment, dans les cortèges anti-«mariage gay» (ici ou , par exemple). Et qui seront probablement à nouveau dans les rues de Paris dimanche après-midi: jour d'une nouvelle «Manif pour tous».

Ces activistes s'inspirent donc des «Femen»: ces militantes féministes, elles pro-«mariage gay», venues d'Ukraine à l'origine, et qui ont acquis une audience et une notoriété mondiales en protestant seins nus. Copiant leur scénographie, les «Hommen» manifestent torses nus. Si l'on peut se permettre, on trouve qu'au-delà du fond de leur combat, la forme que ces «Hommen» lui ont donnée n'est vraiment qu'une pâle copie.

D'abord, ces militants-là, à l'inverse de leurs modèles féminins, manifestent le plus souvent avec le visage recouvert d'un masque. C'est parfaitement leur droit, mais cela brouille complètement à la fois le message et l'image. Une «Femen» assume son corps, le met en avant voire en danger, car l'utilise comme instrument de lutte/de médiatisation. L'«Hommen», lui, en masquant son visage, dissimule la partie de la physionomie qui permet le plus aisément d'identifier, et donc de personnaliser, un corps. Comme s'il avait honte de ce corps et/ou de l'utilisation qu'il en fait. Où est la cohérence?

Activisme, Société, FemmesEnsuite, des sociologues l'écriraient sans doute mieux que nous, mais cela paraît l'évidence que la représentation sociale et symbolique du buste féminin reste complètement différente de celle du torse masculin. Et ce, en dépit de décennies d'étés de bains de mer et de plages seins nus, en France comme ailleurs. Un homme protestant torse nu, même en ville, cela n'enfreint rien, trouve-t-on. Cela ne choque pas. Cela n'a rien de transgressif, dans ce que cela renvoie en termes de représentation du corps et de discours sur le corps.

Ce n'est donc qu'un ersatz, en somme.

09/04/2013

Une double comparaison

Personnalités, Mitterrand, International, Histoire, Femmes«Elle a les yeux de Caligula, mais la bouche de Marilyn Monroe».

C'est donc ce que disait François Mitterrand de Margaret Thatcher. Si l'on en croit Elisabeth Guigou. Qui, avant de devenir ministre de Lionel Jospin, avait été conseillère du Président, à l'Elysée. Et qui, hier, s'est taillée un franc succès dans tous les médias de France, en rappelant ce bon mot qu'avait eu l'ancien chef d'Etat français à propos du Premier ministre britannique.

Les yeux de Caligula: pourquoi pas.

Des yeux qui ont tout de même pleuré deux fois en présence de l'hôte de l'Elysée, selon les souvenirs que Jacques Attali a narrés hier soir, sur une radio (ici). Des pleurs «quand François Mitterrand l'a fait céder sur le montant du chèque qu'elle demandait pour rester dans l'Europe, alors qu'elle avait dit qu'elle ne cèderait jamais». Puis «après son départ du pouvoir, quand elle me disait l'émotion qu'elle avait eue lorsqu'un samedi matin, j'avais traduit en direct au téléphone l'appel de François Mitterrand lui annonçant le soutien de la France dans l'affaire des Malouines».

Personnalités, Mitterrand, International, Histoire, FemmesMais la bouche... de Marilyn Monroe? Là, on l'avoue, depuis qu'on a entendu cette comparaison-là, on ne voit pas: la bouche de la star américaine nous semble autrement plus lippue que celle de la Dame de fer.

Mais comme François Mitterrand avait une notoire expertise des femmes, on ne se permettra pas de remettre en cause le bien-fondé de sa comparaison – et donc on vous laisse juges.

08/04/2013

Une apparition

François Hollande l'a confirmé, ce matin: un projet de loi va être présenté pour renforcer l'interdiction du port de signes religieux ostensibles. Jusqu'à présent, foulards musulmans, turbans sikhs ou autres kippas juives n'étaient prohibés que dans les services publics au sens strict. Bientôt, ils pourraient l'être également dans les établissements ou associations privés mais remplissant des missions de service public: les crèches privées, par exemple

En attendant, depuis 2011 en France, le port du voile intégral musulman (niqab, etc.) est censé interdit sur la voie publique en général. On s'en est souvenu samedi. Quand, en fin d'après midi, dans notre métro, à une station de la ligne 8 en plein Paris, est montée dans la rame une jeune femme habillée de la sorte. Couverte de la tête aux pieds, seuls les yeux visibles. Au vu des paquets qu'elle portait, elle venait de faire les boutiques. En la voyant entrer, on s'est dit que, peut-être, l'intéressée allait se prendre des remarques hostiles des usagers. Rien. Pas un mot. A peine quelques regards. Les gens ont fait comme si de rien n'était, le voyage s'est poursuivi sans encombres.

Et, le métro étant une fois de plus épouvantablement bondé, ses voyageurs collés-serrés à touche-touche, on n'a pu faire autrement qu'apercevoir ce que, sous notre nez – au propre, pas au figuré –, cette femme en noir textotait, sur son Blackberry dernier cri: «J'ai acheté une petite robe courte».

26/03/2013

Un corvée, à force

Habiter à Paris et dans sa région, c'est vivre dans un univers ultra-urbanisé et donc, comme tout citadin de grande ville, être censé ouvert à la modernité. Dans certains domaines d'activités, pourtant, le Parisien ou banlieusard moyen reproduit des schémas on ne peut plus traditionnels. C'est le cas en ce qui concerne l'activité culinaire, à en croire une recherche en sciences sociales que vient de publier l'Institut français de la recherche agronomique.

Elle concerne les modalités de préparation du repas du soir, et a été réalisée auprès de 818 ménages vivant dans la région-capitale. Il en ressort que, à Paris et dans sa région tout autant qu'ailleurs, Monsieur remplace très peu fréquemment Madame aux fourneaux, après la journée de boulot: «Avec plus des deux tiers (68%) de femmes chargées de la cuisine quotidienne au sein des ménages interrogés, ces dernières occupent toujours une place centrale en cuisine».

Les femmes en cuisine, donc, à Paris aussi. Pour le plaisir des intéressées? Pas franchement. L'étude confirme que la répétition lasse, que la routine d'une tâche en soi pas désagréable au départ peut la rendre assommante, à force d'être trop fréquemment accomplie. A cet égard, le clivage hommes-femmes est frappant. Au sein des couples parisiens, les hommes qui mettent la main à la pâte «sont 8 sur 10 à déclarer aimer faire la cuisine au quotidien». En revanche, «la moitié des femmes qui cuisinent n’apprécient pas cette activité».

Elle n'en ont que plus de mérite de se la coltiner.

25/03/2013

Une vie de palace? Pas vraiment

Paris, Tourisme, Economie, Social, Belgique, FemmesA Paris, le secteur du tourisme résiste bien à la crise. En 2012, avec, selon le dernier bilan en date (ici), 29 millions d'hébergements touristiques, la «Ville lumière» a encore battu tous ses records. Ce qui n'exclut pas quelques reculs particuliers. Les visiteurs provenant de Belgique, par exemple, ont été moins nombreux, l'an dernier: -2,6% pour les arrivées (au nombre 295.000) et -3,9% pour les nuitées (637.000). Plus intéressant que ces chiffres de fréquentation: qu'en est-il des conditions de travail des quelque 52000 salariés qui, en région parisienne, sont occupés dans ce secteur touristique? Elles n'ont rien de mirobolant. C'est ce que vient de rappeler (là) l'Institut français de la statistique (Insee).

Ainsi, dans l'hôtellerie, «les salariés exercent fréquemment leur métier en horaires décalés, et perçoivent plutôt de faibles salaires». Certes, le salaire horaire net y est plus élevé que dans la restauration. Et les hôtels situés à Paris paient mieux leur personnel que les établissements situés en banlieue. Reste que, globalement, le salaire net dans l'hôtellerie en région parisienne, «quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle», «est plus faible que dans l’ensemble des (autres) secteurs (professionnels): 11,08€ de l'heure, contre 16,58€». Et c'est particulièrement vrai «pour les métiers qui nécessitent le plus de personnel, comme les employés d’étage ou les réceptionnistes». Sans oublier que, pour les métiers de plongeurs, de serveurs ou de personnels d’étage, «les contrats de travail intermittents représentent plus d’une offre sur deux à Paris». Au demeurant, dans ce secteur hôtelier, «de nombreuses embauches (41%) s’effectuent via des contrats de très courte durée, de moins de 8 heures par semaine».

Et, bien sûr, dans le tourisme comme dans tant d'autres secteurs de l'économie française, «les hommes sont mieux rémunérés que les femmes, y compris pour des métiers identiques».

Bref: pas forcément une vie de palace, pour les petites mains de ce si renommé tourisme parisien.

15/03/2013

Une affolante inégalité

Femmes, Social, SantéPuisque il y a une semaine jour pour jour, c'était la Journée des droits des femmes, ces données qui nous ont fait tomber de notre chaise, hier. Découvertes dans le dernier bulletin d'information de l'Agence pour l'amélioration des conditions de travail (Anact). Elles montrent une fois de plus, si besoin en était, que dans ce «pays des droits de l'homme» que s'enorgueillit d'être la France, il y a encore du chemin à faire en ce qui concerne les droits des femmes.

Cela se résume en trois chiffres, chaque fois déclinés au masculin et au féminin, et portant tous sur la période 2001-2011. L'évolution du nombre de maladies professionnelles, sur ces dix années: +92% pour les hommes, +180% pour les femmes. Le nombre d'accidents de travail: -20% pour les hommes, +27% pour les femmes. Le nombre d'accidents sur le trajet du travail: -0,1% pour les hommes, +28% pour les femmes.

«Tensions liées aux temps de travail, risques non visibles, pénibilités, violences sexistes: ce sont des problèmes de santé ou de mal-être (au travail) qui font émerger les questions très enfouies du genre», en déduit-on – et c'est le moins que l'on puisse faire – à l'Anact. Où l'on estime qu'avec de tels chiffres, qui «donnent le tournis», «on ne peut plus nier les différences et inégalités de santé au travail, entre hommes et femmes».

Cela découle notamment de ce qui est encore fréquemment la répartition des rôles, dans l'entreprise. «Aux femmes, les postes souvent pénibles et répétitifs, émotionnellement exigeants, aux horaires atypiques, précaires. Aux femmes, le déficit de perspectives d'évolution, qui génère de l'usure professionnelle. Aux femmes, les difficultés d'articulation des temps, compte tenu de la charge de la maison et des enfants, qui leur reste majoritairement dévolue». Et, «pour peu qu'elles soient en situation de famille monoparentale, les choses s'aggravent encore».

Au boulot, donc: il y a du pain sur la planche, pour améliorer cela.

11:34 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : femmes, social, santé

08/03/2013

Une spécificité, ou pas?

«J'ai davantage été choisie pour mes compétences de journaliste que pour mon statut de femme». C'est, en substance, ce que n'a cessé de dire et de répéter, ces derniers jours, Natalie Nougayrède: la nouvelle directrice du «Monde». Ce qu'elle n'a cessé de répéter, en réponse à ces journalistes qui, en l'interviewant, en arrivaient tous invariablement à l'interroger sur le fait qu'elle est la première femme, en France, à prendre la tête d'un grand quotidien national – si l'on excepte sa consoeur Dominique Quinio, de «La Croix», mais ce n'est pas faire injure à ce journal catholique que d'estimer qu'il ne joue pas vraiment dans la même catégorie.

Y a-t-il une manière spécifique de faire du journalisme quand on est une femme? Y a-t-il un regard journalistique qui soit typiquement féminin? Et qui donnerait une valeur ajoutée au journalisme? Ou être journaliste, homme ou femme, est-ce d'abord et avant tout être journaliste, au-delà du sexe/du genre? Est-ce sexiste de (se) poser ces questions? C'est ce que Natalie Nougayrède semble penser.

Si elle a raison, le journalisme différerait donc de la politique. Puisqu'on entend si souvent dire, en France comme ailleurs, que la politique faite par les femmes se distinguerait de celle des hommes. Les femmes politiques seraient plus concrètes, plus à l'écoute des gens, moins brutales (l'ex-ministre Christine Lagarde ironisa sur le niveau selon elle exagéré de testostérone, en haute politique), voire meilleures gestionnaires (Ségolène Royal l'a assuré, cette semaine).

On verra à l'usage, en tout cas, si «Le Monde», sous l'égide de sa nouvelle patronne, se féminise, ou pas: dans ses choix rédactionnels, son approche journalistique, sa vision de l'actu. Ce sera intéressant à suivre.

 

PS: En attendant, puisque c'est aujourd'hui le 8 mars, remarquons que beaucoup de femmes figurent parmi les journalistes que les médias français, depuis la mi-janvier, envoient au Mali, pour couvrir la guerre qui s'y déroule. Tout comme, auparavant, nombre de consoeurs avaient couvert sur place les révolutions du «Printemps arabe». Certaines, d'ailleurs, l'ont payé chèrement: non pas en tant que journalistes, là, mais bel et bien en tant que femmes.

07/03/2013

Un vieux cliché à nouveau écorné

Femmes, Transports, Sécurité, ParisCe n'est pas la première fois que de tels chiffres sortent (relire ici), mais pourquoi pas les évoquer, en cette veille du 8 mars. Puisqu'ils tordent à nouveau le cou à un cliché sexiste. Non, définitivement non, les femmes ne conduisent pas forcément plus mal que les hommes. On en a encore eu la preuve l'an dernier, à Paris.

Ville où, d'après les propres chiffres de la préfecture de police, qu'elle a communiqués hier, très exactement 1.542 femmes ont été responsables d’accidents de la route, en 2012. Contre 4.787 hommes. Ce qui nous fait un ratio 75%-25%, défavorable aux mâles.

Sans doute est-il difficile d'en déduire que, d'office, les Parisiennes conduisent mieux que les Parisiens. En effet, le nombre plus élevé d'accidents causés par les hommes dans la capitale peut aussi découler du fait qu'on y dénombrerait davantage de conducteurs que de conductrices. Il n'empêche, certains indicateurs en disent long. Ainsi, toujours dixit la préfecture de police, «l’analyse de l’accidentologie 2012 met en lumière un écart encore plus grand entre hommes et femmes quant aux causes principales d’accidents: pour la vitesse 72% contre 28%, pour l’alcool 89% contre 11%, et pour les stupéfiants 91% contre 9%».

Voilà, en tout cas, un argumentaire tout trouvé: la prochaine fois qu'on se farcira des quolibets masculins éculés, moquant la prétendue inaptitude, voire dangerosité, des femmes au volant.

06/03/2013

Une précarité qui s'installe

Sombre tableau, décidément, à l'approche de la Journée internationale des droits des femmes, vendredi. Le Conseil économique et social vient, très utilement, de le rappeler (ici): dans la cinquième puissance économique mondiale qu'est la France, les années passent mais ce sont encore et toujours les femmes qui restent les principales victimes de la précarité.

Elles constituent près des trois quarts des effectifs à la fois des travailleurs qui sont classés comme pauvres (3,7 millions de gens, au total) et/ou sont considérés comme étant en sous-emploi (1,5 million). Huit travailleurs à temps partiel sur dix sont des femmes, alors que, dans 31% des cas, ce temps partiel n'est pas choisi mais subi par elles. On estime qu'au total dans ce pays, 4,7 millions de femmes (sur)vivent sous le seuil de pauvreté – dont le montant, pour rappel, est de 964€ par mois, pour une personne seule.

A part cela, «Le 8 mars, c’est toute l’année». Tel est l'intitulé de la grande soirée qui, autour de cette Journée des femmes, se tiendra demain soir à Paris, en présence de quantité de personnalités et de François Hollande y compris. «C'est toute l'année», comme on entend dire, les jours festifs, Noël, la St-Valentin, la Fête des grands-mères, ou peu importe: ce devrait être «tous les jours». Mais là, en l'occurrence, au vu de pareils chiffres, pas sûr que les femmes françaises auront énormément de raisons de faire la fête, vendredi.

01/03/2013

Un «lieu de romance»

Art de vivre, Société, FemmesUn peu de légèreté, pour bien terminer la semaine. Et cette info relative aux moeurs amoureuses des Parisiens. Figurez-vous que les habitants de la capitale et de sa région ont plus fréquemment des liaisons amoureuses avec des collègues de bureau que la moyenne générale des Français. A l'échelle du pays, 12% des Français ont déjà vécu une idylle née dans le cadre professionnel, mais ils sont 16% dans ce cas en région parisienne.

C'est une étude sur les Français au bureau, sortie récemment, qui nous l'apprend. Et donne des tas d'infos sur des sujets aussi essentiels que les caractéristiques du pire voisin de bureau, le style d'illu préférée pour le fond d'écran d'ordinateur, ou le nombre de Français apportant au bureau un mug provenant de la maison.

12% des Français donc ont déjà vécu une histoire d'amour au bureau, et 13% ont déjà été témoins d'une liaison entre deux collègues. «Le bureau peut devenir lieu de romance», en déduit l'étude. Mais, au fond, qu'est-ce qui fait craquer les Français, en termes d'apparence extérieure? On en sait un peu plus sur cette question elle aussi capitale, depuis qu'une autre étude est parue, l'autre jour: à l'époque de la St-Valentin.

Art de vivre, Société, FemmesAinsi, à l'en croire, ce que le Français moyen trouve séduisant chez une femme, c'est «un regard charbonneux (39%), sans autre maquillage (28%). Des sous-vêtements sexy, en dentelle ou en satin (67%). Là où vous préférez de loin les jeans (à 80%), les hommes l’apprécient aussi à 48%, mais vous aiment autant en robe ou en jupe (48%), et aiment découvrir vos jambes (42%), sans toutefois être totalement portés sur la mini-jupe (seulement 12%). Mettez plutôt des boots ou des bottines. Un look à la Kate Moss en robe bustier, voire en cat-woman en combi-pantalon, là où vous pensez que la jouer Marilyn marche à tous les coups. A garder en tête : presque un homme sur deux confirme que le style vestimentaire de sa conjointe a eu une influence au début de leur relation, contre seulement une femme sur trois».

Ne reste plus qu'à tester par sondage le taux de séduction, au bureau, du «look cat-woman en combi-pantalon», et on aura fait le tour de la question.

25/02/2013

Un vieux cliché sexiste

Personnalités, Publicité, FemmesLes personnalités politiques recyclées comme argument de vente et détournées dans des campagnes de pub – suite. Cette fois, c'est sur Valérie Trierweiler que cela tombe. D'après les échos/ragots, la compagne de François Hollande a un tempérament passablement emporté, voire carrément volcanique. Du coup, depuis quelques jours, une épicerie fine en ligne «propose une sélection de Thés "Zen" pour la Première Dame». Qui n'a pas réagi: qui laisse faire, donc. Sans doute se dit-elle que demander réparation pour l'atteinte à son droit à l'image fera plus de tort que de bien: aura surtout pour effet de donner de la notoriété à cette initiative commerciale.

Parlant d'épicerie fine, on laisse chacun juger de la finesse, ou non, de cette récupération publicitaire. On remarque juste qu'une fois de plus, le fait de manquer de calme et de sérénité est associé à une figure féminine, bien conformément au vieux cliché sexiste selon lequel l'hystérie est, par nature, réservée aux femmes. La classe politique française, pourtant, ne manque pas de mâles assez régulièrement voire chroniquement énervés/agités. Autant de personnalités dont l'image, dès lors, aurait parfaitement pu être utilisée dans le cadre d'une telle campagne de publicité.

Pour l'égalité des sexes, à quand une campagne invitant Jean-Luc Mélenchon, pour ne prendre que ce seul exemple, à «Keep calm & drink tea»?

15/02/2013

Une candidature désormais officielle

Paris, Personnalités, Langue française, FemmesA Paris, aux prochaines élections municipales (en 2014), deux femmes pourraient donc se disputer la mairie. Puisque, c'est officiel depuis hier soir, Nathalie Kosciusko-Morizet se voit bien mener la droite à ce scrutin. L'ex-ministre et porte-parole de Nicolas Sarkozy ambitionne de battre celle que le maire actuel, Bertrand Delanoë (qui ne briguera pas un troisième mandat) a adoubée pour sa succession: sa première adjointe, la socialiste Anne Hidalgo. Un duel entre ces deux femmes, donc, à moins qu'une troisième vienne perturber cette prévision: l'ex-ministre Rachida Dati est également candidate à l'investiture de l'UMP.

Cette échéance électorale est encore lointaine, la droite n'est absolument pas sûre de l'emporter dans la capitale, mais la perspective d'un duel Kosciusko-Hidalgo excite déjà visiblement beaucoup les médias français. «Un choc de femmes», «un duel de dames», etc.: depuis hier soir, on a droit à un florilège d'expressions guerrières. Et, bien sûr, certains commentateurs ou chroniqueurs en sont rapidement venus à parler d'un «crêpage de chignons».

Se serait-il agi, dans le cas d'espèce, d'un affrontement entre deux personnalités mâles se disputant le même siège de maire, on aurait parlé de «combat des chefs» ou de «choc des titans». Mais, là, non: c'est donc un «crêpage de chignons».

Le sexisme et la misogynie ont l'air d'avoir encore de beaux jours devant eux: dans ce pays, comme dans sa langue.

30/01/2013

Un ou deux rappel(s), bienvenu(s)

Femmes, Histoire, InstitutionsHier après-midi, à l'Assemblée, le grand débat sur l'ouverture à tous les couples du mariage et de l'adoption (le verbatim, c'est ici), a donné lieu à quelques rappels qu'on a trouvé pas inintéressants. Sur l'évolution qu'a été celle du mariage, en France.

Ainsi, grâce la ministre de la Justice, Christiane Taubira – qui a parlé une demie heure sans la moindre note –, on a appris quelque chose qu'on ignorait complètement. A savoir que, jadis en France, toutes les femmes n'étaient pas autorisées à se marier. Ainsi, avant la révision constitutionnelle de 1791, le mariage exluait «des professions, et notamment les comédiens, parce que la religion proclame qu’elle ne saurait reconnaître les pratiques infâmes des acteurs de théâtre. C’est d’ailleurs le comédien Talma qui va saisir la Constituante, parce que le curé de Saint-Sulpice refuse de publier les bans de son mariage avec une «mondaine», comme on disait à l’époque».

Deux autres rappels historiques, qu'a faits cette fois la ministre de la Famille, Dominique Bertinotti. Et qui, eux, devaient clairement être lus comme une critique du conservatisme et de la ringardise que la gauche reproche à la droite.

Ainsi, il a fallu attendre le régime du Front populaire, dans le milieu des années 30, pour que la France supprime ce qui figurait auparavant, noir sur blanc, dans le contrat de mariage: le devoir d'«obéissance» de la femme envers son époux.

Femmes, Histoire, InstitutionsEt, dans les années 70, quand a été voté le partage de l'autorité parentale entre le père et la mère (et non plus seulement bénéficiant au père), la droite était montée aux barricades, à l'Assemblée. Un de ses députés (Pierre Mazeaud, qui fut très proche de Jacques Chirac) avait agité l'épouvantail du «risque d’aggraver la dissolution de la famille, pourtant cellule de base de toute société». Et, invoquant ce qu'était alors l'avis de pédiatres et de psychanalystes, il avait eu ses phrases: «La mère exerçant l’autorité parentale, n’est-ce pas affirmer que l’enfant devient finalement l’arbitre des décisions qui le concernent? Je crains qu’il n’y ait des effets graves, d’ici quelques années».

En 2013, avec le recul, tout cela apparaît évidemment complètement daté, voire parfaitement dérisoire.

15/01/2013

Une histoire de mecs?

C'est le premier sondage réalisé depuis l'entrée en guerre de la France au Mali. Publié ce matin, il indique que 63% des Français la soutiennent – même si seuls 22% des sondés y sont tout à fait favorables. Pour retrouver un tel taux d'adhésion populaire à une intervention armée, il faut remonter aux opérations en Libye en 2011, au Darfour en 2007, ou en Bosnie en 1994. A titre de comparaison, en 2010 et 2011, l'intervention française en Afghanistan n'était plus soutenue que par moins d'un Français sur trois.

L'approbation de «Serval» traverse les clivages politiques: elle est est le fait de sondés sympathisants aussi bien du PS que de l'UMP, du Front national, ou du Front de gauche. Deux particularités à noter, toutefois. D'une part, les électeurs lepénistes sont les plus partagés: c'est chez eux que le conflit provoque le plus d'adhésion enthousiaste (31%) comme de rejet catégorique (28%). D'où, sans doute, la position chèvre-choutiste de Marine Le Pen, dans ce dossier. D'autre part, le tribun du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, pour qui l'intervention est «discutable», est désavoué par ses électeurs – ils sont 68% à la supporter.

Le soutien à Serval est majoritaire partout, au-delà de la tranche d'âge, de la catégorie socio-professionnelle, ou du lieu de résidence des sondés. Mais les plus de 65 ans sont nettement plus emballés (72%) que les moins de 25 ans (58%). Et, tiens donc, les hommes y sont massivement plus favorables (75%) que les femmes (53%).

Une histoire de mecs, définitivement, la guerre?

15/11/2012

Une condamnation, confirmée

Personnalités, Dati, Médias, Femmes, Justice, Paris, ArtsA propos des choix journalistiques du moment, dont on parlait hier, on n'a pas été emballé par l'avidité dont, dernièrement, les médias ont fait preuve, concernant l'ex-Garde des sceaux Rachida Dati: la procédure en reconnaissance de paternité qu'elle a engagée, relative à sa fille. On ne s'autoriserait pas à faire la leçon à la corporation, mais on se permet de signaler que, tant comme journaliste que comme citoyen, on n'est pas du tout intéressé de savoir qui est le géniteur de cette enfant. On trouve même que cela ne nous regarde pas. La tyrannie du «buzz» en a décidé autrement, donc la presse en a fait ses choux gras. Au passage, on a remarqué (ici, notamment) qu'on n'était pas le seul journaliste à en être un peu gêné.

Sinon, Rachida Dati a eu une autre actualité qui, elle, a été assez peu répercutée par les médias. Moins racoleuse, même très parisienne, elle n'est pas anodine, pour autant. Puisque l'ex-ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy vient... de se faire une deuxième fois condamner par la justice.

Cela concerne une affaire dont on a déjà parlé (relire ici): le "Mur de la Paix" de Clara et Marek Halter, sur le Champ de Mars: dans ce septième arrondissement dont Rachida Dati est la maire. Lors des nombreuses critiques publiques qu'elle fit de cet édifice, l'ex-ministre attribua à ses auteurs des «méthodes et déclarations mensongères», et leur reprocha de «galvauder l'idée de Paix, en l'associant à une structure qui bafoue les lois de la République». L'an dernier à la même époque, cela lui valut une condamnation, pour diffamation. Un jugement que l'intéressée avait alors dénoncé comme «invraisemblable, fondé ni en fait ni en droit». Cette condamnation n'en vient pas moins d'être confirmée: la semaine dernière, par la Cour d'appel de Paris. Qui a donc, elle aussi, mis à l'amende Rachida Dati.