28.05.2009
Un recours
Début avril, on avait parlé dans ce blog (ici) de l’accès gratuit dont bénéficient désormais les jeunes aux collections permanentes des musées nationaux de France. A l’époque, on avait maugréé contre la limite de ce dispositif. En effet, cette gratuité bénéficie aux seuls jeunes français et ressortissants de l’Union européenne. On s’était demandé en vertu de quoi les jeunes de passage en France et en provenance des continents africain, asiatique ou américain étaient d’office supposés, par le ministère de la Culture, soit ne pas s’intéresser à la culture, soit avoir assez d’argent pour être en mesure de payer leur entrée au musée. Mais cette exclusion ne semblant déranger personne, on n’était plus revenu sur le sujet depuis. Hier, toutefois, près de deux mois plus tard donc, le dossier a rebondi.
L’association SOS Racisme, en effet, a annoncé avoir introduit un recours au Conseil d’Etat contre cette mesure de préférence communautaire, qu’il juge discriminatoire et donc pénalement répréhensible. Plainte va également être déposée contre tous les musées qui, comme le Louvre, appliquent les consignes du ministère de la Culture. Selon l’association anti-raciste, cette préférence communautaire européenne «n'existe en France dans aucun autre domaine». Et cette grande première n’est ni plus ni moins que «la traduction d'une idéologie d'extrême droite dans la politique gouvernementale». Pour mémoire, le Front national et ses dissidences successives ont toujours plaidé pour le régime de la «préférence nationale». Selon SOS Racisme, qui y a mené une action hier, le Louvre se serait engagé à ne plus pratiquer cette discrimination – mais le musée n’a pas communiqué sur le sujet.
La ministre de la Culture, elle, Christine Albanel, a pris la parole pour s’étonner de ce recours devant le Conseil d’Etat. Et pour répéter qu’elle ne souhaitait pas étendre cette mesure de gratuité à tous les jeunes de passage en France. Tous au plus envisage-t-elle d’en faire bénéficier les jeunes étrangers non-communautaires résidant à titre permanent dans l’Hexagone. Dans ce cas de figure, un jeune touriste non–Européen en vacances à Paris ne pourrait toujours pas aller admirer gratuitement les merveilles du Louvre. Sans parler, évidemment, du jeune étranger qui réside en permanence dans la capitale mais est dépourvu de papiers en règle: titre de séjour, carte d’étudiant, etc.
Dès lors, s’il faut appeler un chat un chat, ce sera toujours bel et bien un accès discriminatoire à la culture qui sera de mise pour les jeunes en France. Le concept lepéniste de la «préférence nationale» ayant jadis été condamné devant les tribunaux, on se réjouit de voir ce que la justice va penser de cela.
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22.05.2009
Une «expérience»
La scène s’est déroulée il y a peu, au pied du Sacré-Cœur. Et sans doute les passants ainsi que les touristes étrangers, toujours si nombreux à Montmartre, n’en sont-ils toujours pas revenus. Au même moment, une soixantaine de jeunes âgés de 20 à 30 ans, qui s’étaient discrètement rassemblés à cet endroit, ont commencé à s’y livrer à des facéties d’enfants. A jouer ensemble à «Un-deux-trois soleil!» A se lancer dans une ronde endiablée. A saluer les passants comme s’ils étaient de bons amis. A se figer comme s’ils étaient frigorifiés, etc. C’était la première «expérience MP3» tenue à Paris.
MP3? Car, avant de se rendre à Montmartre, tous ces jeunes avaient téléchargé un fichier de ce type sur internet. Ensuite, à l’heure précise du «happening urbain», ils ont appuyé sur la touche ‘play’ de leur iPod ou de leur téléphone portable. Casque sur les oreilles, ils ont alors scrupuleusement et simultément suivi les instructions du maître de cérémonies. En l’occurrence, un «laboratoire de happenings urbains» baptisé «Improvisons!». Qui, à Paris, avait déjà conçu «Pielib», une parodie pédestre assez farce de «Vélib».
Ces animateurs de scénographies ludiques en plein air conçoivent le happening comme «une intervention artistique, une performance, un événement ou une situation qui peut être considéré comme un art». Carrément régressives, ces chorégraphies collectives se veulent «un moment d’émotion positive». Leur but premier est «de voir des sourires sur les visages des participants et du public»: «Nous jouons, comme de grands enfants, à surprendre positivement les gens».
Une prochaine «expérience MP3» est d’ores et déjà prévue. Elle est programmée pour le dimanche 21 juin, jour à la fois du début de l’été et de la Fête de la Musique. Le lieu de Paris où se déroulera cette expérience est encore tenu secret, mais son scénario est déjà connu. Il s’agira d’un «évènement bête, inutile et décalé», dont il sera fait «un happening festif et coloré». En clair? «Une chenille géante!» Vu le buzz suscité par la première de Montmartre, combien seront-ils, cette fois, à tenter l'expérience?
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28.04.2009
Une interdiction
Trois soirs. Il ne reste que trois soirs aux Parisiens et aux touristes étrangers qui aiment trinquer en admirant le coucher de soleil sur le plus beau pont de Paris. Le si gracieux Pont des Arts. Qui, dès les beaux jours, se transforme en aire de pique-nique géante, où l’on festoie dans toutes les langues avec vue extasiée sur le panorama. Et quel panorama! En aval, le célèbre Pont Neuf et la perspective sublime de la Seine qui écarte ses bras comme pour embrasser l’île de la Cité. En amont, le fleuve qui câline le jardin des Tuileries. De part et d’autre, le Louvre, le plus grand musée du monde, et la coupole si harmonieuse de l’Institut de France, sous laquelle siégèrent tant d’«Immortels» de l’Académie. Dans trois soirs, c’est fini. On remballe. Les pique-niqueurs qui aiment arroser leur repas avec autre chose que de l’eau minérale sont priés de dégager fissa.
C’est le premier jour de mai, en effet, qu’entre normalement en vigueur un arrêté de la préfecture de police de Paris interdisant toute consommation d’alcool sur le Pont des Arts entre 16 heures et 7 heures du matin. Pour justifier cette mesure «bonnet de nuit» (pas la première à Paris: relire ici), la préfecture et la mairie (UMP) du sixième arrondissement invoquent des raisons de sécurité et d'ordre public. L’été, au milieu de la nuit, le Pont des Arts deviendrait «une zone de non-droit». Peuplée de «personnes ivres (qui) jettent des bouteilles, se battent ou se mettent à uriner». Voire sont tellement alcoolisées qu’elles en viennent à tomber dans la Seine. Aux petites heures, l’ambiance n’y serait même pas rarement «agressive» à l'égard des passants. Et, au petit jour, le plus beau pont de Paris déserté par les fêtards partis se coucher ressemblerait à «un vrai dépotoir».
Curieusement, on ne trouve nulle trace de cette interdiction, édictée il y a plusieurs mois, dans la communication récente de la préfecture. Pas sûr donc qu’elle ait été maintenue. Si elle entre en vigueur, en tout cas, elle va vraiment changer les habitudes. C’est ce qu’on se disait l’autre soir encore, enjambant le Pont des Arts pour rentrer à la maison, venant de Saint-Germain des Prés. En effet, il y avait là un monde fou, qui arrosait joyeusement le coucher de soleil.
Il y avait des jeunes qui, affalés avec des réserves de canettes de Kro à leurs côtés, refaisaient le monde. Il y avait des touristes asiatiques qui, chacun à leur tour, se faisaient photographier en couples d’amoureux en train de trinquer au champagne. Il y avait des familles qui avaient déplié la nappe blanche et pique-niquaient sagement: salades, saucisson, rillettes, camembert, le papa sirotant une bière, la maman une demi-bouteille de blanc. Il y avait même deux jolies petites vieilles en goguette, la soixantaine, aux anges de faire la fête comme des ados: en mangeant des chips à même le paquet et en buvant au goulot une bouteille de vin rouge qu’elles venaient manifestement d’acheter à l’épicerie du coin. Au total, à cette heure-là en tout cas, l’ambiance était vraiment délicieuse sur le Pont des Arts: légère, rieuse, détendue, conviviale, amoureuse. Tout le monde semblait sous le charme unique de ces lieux aussi beaux.
«Si, par hasard/ Sur l'Pont des Arts/ Tu croises le vent, le vent fripon/ Prudenc', prends garde à ton jupon/ Si, par hasard/ Sur l'Pont des Arts/ Tu croises le vent, le vent maraud/ Prudent, prends garde à ton chapeau», chantait autrefois Brassens. Au fond, que penserait-il de cette mesure d'interdiction prise par la préfecture?
11:33 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, police, sécurité, santé, jeunes, art de vivre
03.04.2009
Une gratuité
Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et c'est même une bonne nouvelle. Dès demain à Paris comme dans toute la France, les jeunes entreront gratuitement au musée. C’était une des promesses électorales de Nicolas Sarkozy. La formule a été expérimentée avec succès pendant six mois l’an dernier dans plusieurs grands musées parisiens: le Louvre, Orsay, Pompidou ou Branly. C’est donc enfin l’application concrète de ce que le chef de l'Etat avait annoncé en janvier.
Cela dit, dans le laps de temps pris pour concrétiser cette vieille annonce, la grande crise mondiale est survenue. Du coup, cette formule de gratuité a été réduite, parce que la crise rogne les moyens budgétaires de l’Etat – or, c’est lui qui remboursera aux musées le manque à gagner entraîné par ces entrées gratuites. En clair, trois restrictions de taille limitent ce régime de gratuité.
Un: n’en bénéficieront que les 18-25 ans. A 26 ans donc en France, on est supposé avoir de l’argent. Deux: seuls jouiront de cette gratuité les jeunes Français et ressortissants de l’Union européenne. Un jeune Malien étudiant à Paris, un jeune Malgache effectuant un stage dans une entreprise à La Défense, ou un jeune Japonais en goguette dans la Ville lumière, qu'ils aient 19, 21 ou 23 ans, s’ils veulent visiter le musée du Louvre, devront payer l’entrée cash – on ne comprendra décidément jamais trop les frontières de ce genre. Trois: seuls sont concernés les musées nationaux (pas les musées privés, municipaux, etc.) ainsi que leurs collections permanentes. Si donc un jeune veut entrer gratuitement au musée, il aura intérêt à bien se renseigner auparavant (sur cette carte, par exemple). Et il ne sera pas question pour lui de visiter gratuitement toutes les grandes expositions temporaires dont on parle tant: par exemple à Paris en ce moment les expos Warhol, de Chirico, Sonia Rykiel ou David LaChapelle.
Cela dit, en France les musées nationaux sont si nombreux et leurs collections permanentes si riches que les jeunes ne sont pas au bout de leurs plaisirs et de leurs découvertes artistiques: ils ont même quelques années de visites passionnantes devant eux. Ils bouderont d’autant moins leur plaisir qu’il y avait une demande de leur part. Selon une enquête de Sciences-Po Paris et du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), la gratuité muséale est «une mesure très bien perçue par les jeunes», qui sont 41% à considérer que les grands musées sont chers.
La gratuité n’aura cependant qu’«un impact limité sur la démocratisation de la fréquentation» des grandes institutions culturelles. En effet, elle «ne parvient pas à elle seule à compenser le déficit de démocratisation dans l’accès à la culture». Les études montrent que «pour les jeunes qui vont rarement au musée, le manque d’intérêt est un obstacle plus difficile à surmonter que le prix». Dès lors, si les musées français se contentent de ce régime de gratuité, ils ne parviendront pas à renouveler et à élargir leur jeune public. Il leur faudra aussi, comme en Angleterre par exemple, développer «des offres muséales plus pédagogiques, plus vivantes et au contenu plus accessible». Voilà un beau défi.
11:22 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, arts, musées, expositions, culture, jeunes
02.03.2009
Une fronde
Depuis hier, les discothèques et bars de nuit ont l’obligation de mettre des bornes éthylotests à la disposition de leurs clients. A première vue, un tel dispositif paraît être la moindre des choses pour tenter de réduire l’hécatombe de l’insécurité routière, qui est particulièrement meurtrière chez les jeunes. Il suffit, chaque lundi matin, d’ouvrir les journaux à la rubrique des faits divers pour constater le nombre de jeunes automobilistes qui, chaque week-end, perdent la vie en rentrant bourrés de boîte de nuit. Les exploitants de ces établissements, pourtant, ne l’entendent pas ainsi.
Ils sont même assez furieux. Selon leurs organisations syndicales (ici), «l’installation et l’utilisation des bornes éthylotests est inapplicable notamment dans les établissements de grande capacité pour des raisons pratique. De plus, cette mesure nécessite un coût financier que ne peuvent supporter seuls les professionnels». Les patrons de boîtes refusent d’autant plus de «porter de nouvelles responsabilités» en matière de lutte contre l’acoolémie que, d’après eux, «l’alcoolisation sauvage s’effectue en dehors de (leurs) établissements».
La fronde du lobby alcoolier ne fait d’ailleurs que commencer. Cette semaine, en effet, débute au Parlement l’examen du volet le plus controversé du projet de loi de la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, volet visant à faire la chasse à l’alcool. Constatant que l’alcool au volant reste la première cause de mortalité sur les routes, la loi interdit toute vente de ce produit dans les stations services. Elle durcit aussi la réglementation sur la vente d’alcool aux jeunes dans les bars et restaurants. Et pour cause: l’alcoolisation croissante de cette tranche de la population est un réel problème en France – ces quatre dernières années, le nombre d’hospitalisations pour ivresse dans les services de pédiatrie y a augmenté de près de 50%. Mais là aussi, le secteur traîne les pieds. Selon lui, le gouvernement «se trompe de cible» en «s'obstinant à considérer les cafetiers et les restaurateurs comme des boucs émissaires responsables de l'alcoolisation des jeunes».
Dernière polémique en date: afin de lutter contre les phénomènes de «binge drinking», la loi Bachelot interdit les ventes d’alcool au forfait (les soirées «open bar», par exemple) ou les offres gratuites d’alcool à titre promotionnel. Du coup, c’est tout le lobby de la viticulture qui monte au créneau. Selon lui, telle qu’elle est rédigée, cette loi pourrait mettre en danger l’existence des foires et dégustations de vin. Vu la puissance du lobby viticole en France – à quelques mois d’élections, qui plus est – , vu aussi le poids économique de tout le business autour des foires des vins, nul doute que la ministre de la Santé va, très rapidement, apporter à son texte les précisions qui s’imposent pour apaiser cette fronde.
11:04 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : santé, jeunes, gouvernement, art de vivre
24.02.2009
Un virus
Les rongeurs, grande phobie de l’auteur de ces lignes; les lecteurs réguliers de ce blog l’auront déjà remarqué – pour les autres, c’est ici ou là. Hier, on n’a pas été calmé par la lecture d’un bulletin d’alerte (ici) émanant de l’Institut de veille sanitaire (InVS), qui commence à s’alarmer des conséquences pour la santé de la dernière mode en matière d’animaux de compagnie, particulièrement chez les ados: les rats domestiques.
Selon l’InVS, douze personnes ont été hospitalisées en France ces dernières semaines, atteintes par les virus dits cowpox ou orthopox. Ces virus provoquent des «lésions cutanées érythémato-vésiculeuses» (rien que les termes font peur) pouvant évoluer «vers des lésions ulcéro-nécrotiques» (idem) parfois associées à de la fièvre, des ganglions et des douleurs musculaires. Tous ces malades, souvent des jeunes filles, ont pour point commun d’avoir un âge moyen de 18 ans et d’avoir acheté des rats domestiques dans des animaleries, en région parisienne notamment. Ils ont donc vraisemblablement été contaminés par ces rongeurs. L’InVS en profite pour rappeler que «tout animal peut être porteur de microbes et que des précautions d'hygiène doivent impérativement être prises par les propriétaires. Il est notamment recommandé de porter des gants pour les opérations de nettoyage des cages des animaux et de se laver les mains après avoir manipulé des animaux. Il faut éviter tout contact avec les yeux. Les griffures ou plaies doivent être nettoyées et désinfectées».
Tiens, à propos, en décembre dernier, un jeune agent de quai de la SNCF travaillant à la gare de Paris Saint-Lazare – en travaux depuis des lustres et, du coup, notoirement envahie par les rats – avait contracté la leptospirose. Cette maladie, transmise par le rat, est mortelle dans 5 à 20% des cas. En effet, elle peut endommager les reins, les méninges, le foie ou les poumons. L’infortuné cheminot est désormais guéri. Son cas avait été très médiatisé. Mais ce que l’on a moins dit, c’est que, selon son syndicat, Sud-Rail, il a subi à l’occasion de cette affaire un «harcèlement en règle de la part de sa direction».
Ainsi, le jeune cheminot aurait «été convoqué à quatre entretiens préalables à sanctions, pour des prétextes fallacieux». Les deux premiers entretiens auraient «donné lieu à un blâme et à cinq jours de mise à pied». Selon Sud-Rail, sa hiérarchie lui reprochait surtout «d'avoir parlé aux médias» de sa maladie. Et donc, aux yeux de la SNCF, d’avoir «flanqué la trouille pour rien aux 450.000 personnes qui passent chaque jour» par la grande gare parisienne. Et qui pourraient avoir été alarmées par les éventuelles conséquences sur leur santé de la prolifération des rats à cet endroit.
Etre victime d’un accident de travail, en tomber malade, puis être mis à pied pour s’en être plaint: trop sympa.
10:29 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : santé, propreté, jeunes, transports, social, paris
23.02.2009
Un comble
Ce week-end encore plus que les autres, le Forum des Halles a été bondé de jeunes venus de la banlieue parisienne. La plupart se rendaient à l’énorme complexe de cinéma ‘UGC Cité Ciné’. Mais, ce faisant, la majorité de ces spectateurs avaient les boules, et manifestaient d’ailleurs ostensiblement leur énervement. En cause, la dernière polémique cinématographique en date qui agite la France, et en même temps le sujet de conversation incontournable en banlieue parisienne en ce moment, tout comme le topic favori des blogs et forums des ados de Créteil, Rosny ou Noisy: une décision un peu bizarre du groupe UGC.
Ce réseau, en effet, a décidé de ne pas programmer en banlieue parisienne le dernier film produit par Luc Besson: le deuxième volet de «Banlieue 13» – la saga d’anticipation musclée, et assez culte chez les ados, qui décrit l’embrasement des cités. Ce week-end donc, pour voir ce film, les gamins des banlieues ont dû se taper Les Halles, Bercy ou les Champs. Cette décision a littéralement rendu fou de colère Luc Besson, qui accuse UGC de «racisme» et de «discrimination» à l’encontre «des jeunes, des habitants de la banlieue, des beurs, des noirs et des chômeurs». Selon lui, le groupe UGC aurait délibérément pris cette décision de non-programmation «pour assainir le public de ses salles». Une accusation relayée par Axiom. Le rappeur, qui a signé la BO du film, s’est scandalisé qu’«on empêche les jeunes des quartiers d’accéder à leur propre culture, c’est-à-dire la culture urbaine». Les associations SOS Racisme et AC le feu ont été saisies.
Pendant tout le week-end, UGC s’est efforcé d’apaiser la polémique. Le groupe a démenti tout boycott de ce film de sa part. Et a jugé «ridicule» le procès qui lui est fait de vouloir réduire en douce le nombre de jeunes de couleur parmi le public de ses multiplexes. Le réseau explique la diffusion limitée de ce film pour sa non-conformité à sa «politique éditoriale». Plutôt qu’un «Banlieue 13» jugé trop noir et violent, UGC préfère promouvoir et diffuser largement des films dont il considère qu’ils véhiculent des valeurs plus positives, comme «Slumdog Millionaire» ou «Gran Torino», le dernier Clint Eastwood.
Soit. Mais, il n’empêche, c’est assez peu compréhensible, cette décision de ne pas diffuser en banlieue un film sur les banlieues et joué notamment par des jeunes comédiens issus de ces quartiers. C’est même un comble. Car enfin, toutes proportions gardées et d’un strict point de vue géographique – sans donc mettre en parallèle les qualités cinématographiques de ces différents films – , c’est un peu comme si «Amélie Poulain» n’avait pas été projeté dans le cinés de Montmartre. Comme si aucun cinéma de Montparnasse n’avait, à l’époque, programmé «Cléo de 5 à 7». Ou comme si les habitants du quartier Bastille avaient dû se taper un multiplexe de banlieue pour voir le «Chacun cherche son chat» de Klapisch. A l’époque, on aurait trouvé cela énorme, non?
11:08 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, culture, jeunes, banlieues
05.02.2009
Un surnom
«Pizza Honte». C’est le surnom assassin qui court les rues en ce moment à Paris, à propos de «Pizza Hut»: la chaîne de magasins spécialisés dans le vente à emporter mais qui, toujours selon ces quolibets, désormais «livre la précarité à domicile» plutôt que les pizzas.
Explication. Depuis janvier, un des magasins parisiens de cette chaîne, situé dans le quartier de l’Opéra, est en grève et son activité paralysée. Les grévistes, la plupart étudiants travaillant à temps partiel, réclament le paiement des jours pendant lesquels ils ont exercé leur droit de retrait, après avoir été victimes d’un braquage à main armée dû selon eux à l’insuffisance du dispositif de sécurité du magasin. A Paris, la chaîne de pizzas est habituée aux conflits sociaux. Ces dernières années, plusieurs de ses magasins ont été inaccessibles à la clientèle et leurs livraisons interrompues suite à des occupations par des grévistes. Ceux-ci réclamaient par exemple des systèmes de climatisation efficaces (pour des cuisines où les fours à pizzas font parfois monter la température «jusqu’à 35 degrés»), des «tenues adaptées aux conditions climatiques» (pour les livreurs en scooters), une majoration des salaires horaires après 21 heures (pour les nombreux employés travaillant tard le soir) ou le remboursement de leurs frais de taxi pour rentrer chez eux la nuit (quand bus et métros ne circulent plus). Autant de revendications qui, au regard du droit du travail, ne paraissent pas à première vue exorbitantes mais qui, chez «Pizza Hut», ne vont semble-t-il pas de soi.
Tiens, au passage, on a toujours été mal à l’aise devant ces pauvres livreurs de pizzas qui à Paris, mais dans d’autres villes de France probablement aussi voire en Belgique également, sont forcés de conduire des scooters affublés d’un panneau invitant les passants et les automobilistes à les dénoncer par téléphone à leur magasin s’ils les surprennent en flagrant délit de conduite irresponsable, dangereuse et/ou violant le code de la route.
Mal à l’aise pour trois raisons au moins. D’abord, tout ce qui est délation ne sent jamais bon. Ensuite, en vertu de quoi les livreurs de pizzas, en majorité des jeunes évidemment, devraient-ils ainsi être la seule profession forcée à arborer à longueur de tournées cet écriteau d’infamie, comme s’ils étaient d’office présumés conduire tous comme des marioles? A ce train-là, pourquoi les chauffeurs de taxis, les conducteurs d’autobus, les coursiers express, les livreurs de fleurs ou de journaux voire les cyclistes en Vélib’ ne devraient-ils pas être pareillement stigmatisés? Enfin, si effectivement les jeunes livreurs de pizzas conduisent à l’occasion leurs scooters de manière un peu sportive, est-ce de leur propre chef ou parce qu’ils sont soumis, outre à des salaires pas folichons, à des cadences infernales de livraison?
10:58 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, social, jeunes, gastronomie, sécurité
21.01.2009
Un «gang»
Ces derniers jours à la télé, dans les rétrospectives des meilleures images du règne de George W Bush, on a beaucoup revu ce mémorable jet de chaussures que le désormais ex-Président américain a récemment essuyé de la part d’un journaliste irakien en colère. En région parisienne, en ce moment, il est d’autres chaussures volantes qui, certes beaucoup plus anecdotiquement, intriguent les habitants. Elles pourraient bien, elles aussi, avoir un lien avec les Etats-Unis.
Cela ressemble fort, en tout cas, à ce que l’on appelle en Amérique le «shoe tossing». A savoir le lancer de chaussures entrelacées sur des câbles ou des fils électriques, de préférence surplombant des routes ou des lieux de passage afin que la présence incongrue de ces chaussures, suspendues là bien en évidence, suscite le questionnement des automobilistes et des passants. Ces dernières semaines, des paires de chaussures de sport accrochées à des câbles EDF ont été découvertes dans plusieurs localités de Seine et Marne (banlieue Est de Paris). Au point que l’édition départementale du quotidien «Le Parisien» ait parlé d’un «gang des baskets» qui sévirait en banlieue parisienne.
A ce jour, en tout cas, les motivations et les identités de ces «terroristes de la pompe» demeurent totalement mystérieuses. S’agit-il, comme dans les ghettos américains, de bandes de caïds voire de dealers qui marquent de la sorte leur territoire? D’un gag de potaches? D’une opération de teasing imaginée par des pubards? Certains y voient en fait une allusion... au plus populaire des feuilletons de la télévision française. En effet, des baskets suspendus à un câble apparaissent, une fraction de seconde, dans le générique de début de «Plus belle la vie».
Tiens, dans le même registre, mais au cœur de Paris cette fois, on est tombé à plusieurs reprises, ces derniers temps, sur des paires de baskets entrelacées abandonnées sur le trottoir, aux pieds de bancs publics ou dans des squares. La première fois qu’on a vu cela, on s’est dit que ce n’était qu’un oubli. La deuxième fois, on a pensé que ces chaussures avaient été jetées là par quelqu’un qui voulait s’en débarrasser mais avait eu la flemme d’aller jusqu’à la prochaine poubelle. Et puis, à force de continuer à tomber sur ces paires de baskets abandonnées, on a fini par se demander s’il ne s’agissait pas d’une nouvelle mode. D’une espèce de jeu urbain pour initiés. Voire d’une variante du «book dropping», ce phénomène urbain en vogue il y a un an ou deux ans, qui consistait à abandonner sciemment des livres dans des lieux publics afin que des inconnus de passage puissent à leur tour partager le plaisir de leur lecture. Tant de chaussures abandonnées par leurs propriétaires au même moment, de manière si ostensible qui plus est: voilà qui dépasse probablement la simple coïcincidence. Mais ni sur internet, ni dans la blogosphère, ni nulle part on n’a trouvé la moindre trace d’une vague de «shoe dropping» qui se serait abattue sur Paris.
La ville, décidément, recèle parfois d’insondables mystères.
10:32 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, folklore, jeunes, mode, publicité, télévision
12.12.2008
Une (double) première
On n’a jamais trop bien supporté le bruit – certains bruits, en tout cas. On est donc tout à fait sensibilisé à la question des nuisances sonores. Mais là, tout de même, on avoue qu’on est tombé des nues en apprenant cette grande première. Hier à Paris, devant la vingt-quatrième chambre du tribunal correctionnel très précisément, il s’est trouvé un magistrat pour réclamer que des gamins un peu bruyants soient… jetés en prison.
Les jeunes en question, les samedis soirs d’été, avaient pris l’habitude de descendre de leur ville de banlieue pour se rassembler dans le quartier des Batignolles, dans le dix-septième arrondissement. Là, jusqu’à pas d’heure, ils refaisaient le monde, rigolaient, faisaient les fous en scooters, jouaient au foot avec des canettes en guise de ballon, etc. «Ils n’étaient pas méchants, mais très gênants», a témoigné hier un riverain. N’en pouvant plus, les habitants du quartier avaient fini par porter plainte contre eux. Hier donc, le substitut du procureur, voulant manifestement faire un exemple, a réclamé trois mois de prison (avec sursis, tout de même) contre ces jeunes. Pour ce faire, le parquet s’est basé sur une loi de 2003 adoptée à l’initiative de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Cette loi avait créé un délit de «trouble de la tranquillité d’autrui par des agressions sonores répétées», punissable d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende. Jusqu’à jeudi, elle n’avait jamais été appliquée pour ce genre de contentieux entre voisins. Hier, renâclant devant cette première, le tribunal s’est refusé à suivre le parquet. Il a plus sobrement condamné les gamins à des amendes de 150 euros pour tapage nocturne. Avant le procès, les jeunes n’en avaient pas moins passé 48 heures en garde de vue et une nuit entière au dépôt du Palais de justice.
Autre première judiciaire qui a de quoi, disons, interpeller: hier encore, en région parisienne, un lycéen de 19 ans a été traîné en justice pour avoir… craché par terre.
Des policiers l’avaient surpris en train de cracher alors qu’il sortait de son établissement scolaire. Ils l’avaient copieusement admonesté. La loi française, en effet, punit les crachats sur la voie publique, en vertu notamment d’un décret de 1942 – datant du régime de Vichy, donc – qui «interdit à toute personne de cracher ailleurs que dans les crachoirs disposés à cet effet». Les pandores avaient ensuite convoqué par téléphone le gamin au commissariat. Sans succès, les parents du jeune homme y compris étant persuadés qu’il s’agissait d’une plaisanterie. Et bien non. D’où le procès d’hier, devant le tribunal de police d’Evry. Celui-ci a toutefois estimé avoir été saisi de manière irrégulière et a renvoyé l’affaire.
11:18 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : justice, police, jeunes, banlieues
17.11.2008
Un pugilat
Cela a volé bas, samedi. On ne parle pas des coups bas entre camarades socialistes réunis en congrès à Reims. Au moins ces affrontements-là ne furent-ils que verbaux – du moins si l’on excepte l’un ou l’autre gnon perdu dans les bousculades médiatiques. En revanche, à Paris le même jour, c’est carrément à coups de poings, de barres de fer, de battes de base-ball et de bombes de gaz lacrymogène que l’on s’est affrontés.
C’était en plein centre-ville, en fin de journée. Cela s’est passé au Forum des Halles – lieu que, décidément, on n’aime pas –, Porte Lescot précisément, sous les regards médusés de centaines de badauds. C’était deux bandes rivales qui s’affrontaient: l’une réunissant des gamins de la banlieue ouest de Paris, l’autre des gosses du même âge mais originaires eux de la banlieue nord de la capitale. Résultat? Un pugilat général dans lequel furent impliquées plus de 70 personnes, sans compter une trentaine de policiers débordés, des vitrines et du mobilier cassés, des blessés et une dizaine des jeunes interpellés, dont certains âgés à peine de seize ans. Avant de faire le coup de poing aux Halles, ces hurluberlus avaient déjà, il y a plusieurs mois, semé la panique dans le quartier de la gare du Nord et à Pigalle.
Coïncidence: c’est juste au lendemain de ce week-end houleux que le centre commercial des Halles inaugure, ce lundi, ses illuminations de fin d’année. Pour l’occasion, dès la nuit tombée et jusqu’à début janvier, le Forum s’illumine tout en rose, avec notamment un sapin de Noël de dix mètres de haut installé sur la place basse du mall. Les organisateurs promettent une «frénésie rose», qui transportera les usagers et visiteurs des Halles «dans un tourbillon de rêve et de lumières». Si au moins cette animation pouvait en calmer un peu quelques-uns, ce ne serait déjà pas mal.
Dans la foulée, puisque la culture, comme la musique, adoucit les moeurs, on ne peut que se réjouir de la réouverture aux Halles, début décembre, du "Forum des Images" entièrement rénové après trois années de travaux. Cette très belle réalisation – dont la déco intérieure fait elle aussi largement appel au magenta – proposera au public une bibliothèque du cinéma, un restaurant, un bar et cinq salles de projection différentes. On ne sait si, au vu des incidents de ce week-end, les programmateurs oseront ou non programmer «West Side Story».
10:52 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, sécurité, jeunes, cinéma
31.10.2008
Un «bonnet de nuit»
C’est, entre autres raisons, pourquoi on n’habiterait pas ailleurs à Paris: notre onzième arrondissement ainsi que son voisin, le troisième, a toujours été le quartier de prédilection des noctambules, insomniaques et fêtards de tout poil. Cette joyeuse ambiance, cela dit, pourrait ne pas longtemps perdurer. Les amoureux de la nuit dans ce coin de Paris, en tout cas, sont très chagrinés par deux mesures prises par les autorités. Mesures qui, selon eux, traduisent une volonté de coiffer Paris d’«un bonnet de nuit» - et hop, tout le monde au lit.
La première mesure a été prise cet été. La préfecture de police a adopté un nouvel arrêté relatif aux horaires d’ouverture et de fermeture des bistrots. Résultat: plusieurs bars plutôt sympas du Marais doivent désormais fermer leurs portes comme tout le monde à 2 heures du matin alors qu’auparavant, ils restaient ouverts jusqu’à 4 heures au moins. Le préfet a «nié toute volonté de coiffer Paris d’un bonnet de nuit». Mais il est resté sourd aux récriminations des tenanciers de ces établissements, qui, leur activité étant réduite, ont dû licencier du personnel. Il n’a pas davantage été sensible aux arguments de la majorité de gauche au Conseil municipal. Celle-ci plaide pour «que Paris conserve, pour les touristes et pour les Parisiens, son énergie de ville dynamique et festive».
La deuxième mesure anti-fêtards vient d’être annoncée. Elle émane cette fois du député-maire socialiste du onzième, Patrick Bloche. Il s’agit à présent d’étendre très largement dans l’arrondissement le périmètre d’application d’un arrêté préfectoral. Cet arrêté limite, dès la nuit tombée, la consommation d’alcool sur la voie publique ainsi que la vente de bouteilles à emporter. La mairie invoque «un impératif de santé publique»: la lutte contre l’«alcoolisation» de ces quartiers, qui commencerait à poser «des problèmes d’aggressivité».
On est sensible à l’intérêt d’une politique de santé publique luttant contre l’alcoolisme, contre l’alcoolisme des jeunes en particulier. On se permet cependant de relever le caractère largement hypocrite de cette mesure. En effet, tout le monde sait très bien, et Patrick Bloche le premier, que cet arrêté préfectoral dont il veut étendre l’application n’est, dans les faits, … absolument pas respecté. Sans être adepte du binge drinking, on en a déjà fait maintes fois l’expérience. Après 21 heures, en effet, dans les Monop’ du quartier Bastille (rue de la Roquette, par exemple), on ne vous vendra plus la moindre canette de bière. Mais vous pourrez acheter sans problème et plus discrètement tout l’alcool que vous voulez... deux rues plus loin, chez le petit épicier du coin. C’est d’ailleurs la même chose et de longue date avec la réglementation qui réserve théoriquement la vente de cigarettes aux débits de tabac dûment agréés et annoncés avec le célèbre cône rouge. N’importe quel fumeur parisien sait très bien qu’avec un beau sourire, il arrivera sans trop de problèmes à acheter des clopes sous le manteau ou sous le comptoir (mais un peu plus cher) à l’épicerie ou au bistrot du coin.
D’où cette remarque tellement évidente qu’elle en paraît tartouille: avant d'étendre des arrêtés, il vaudrait peut-être mieux vérifier si, sur le terrain, ils sont appliqués. Et si ce n'est pas le cas, se demander pourquoi.
11:39 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : paris, police, sécurité, santé, jeunes, art de vivre
22.07.2008
Une trouvaille
La réforme institutionnelle enfin votée hier au Congrès de Versailles – par une seule et unique petite voix de majorité: parfois décidément, ce qui est ténu arithmétiquement est énorme politiquement – , la classe politique s’achemine tout doucement vers la plage, et on ne va d’ailleurs plus trop tarder à l’imiter. Comme chaque été depuis trois ans, «les Jeunes Populaires», à savoir la section jeunesse de l’UMP, autrement appelés «Jeunes Pops» en jargon sarkozyste, partent aujourd’hui de Paris pour leurs «Caravanes de l’Eté». Il s’agit d'aller «à la rencontre des Français sur leurs lieux de vacances», afin de «revenir sur les réformes en cours ou à venir et faire participer les citoyens au débat: ‘Avec Nicolas Sarkozy, faisons bouger la France’». Dans les semaines à venir, deux caravanes de «Jeunes Pops» parcourront 54 villes du pays: sillonneront l’Alsace, écumeront les plages du Nord-Pas de Calais, de Normandie et de Bretagne, traverseront le Poitou-Charentes, l’Aquitaine et le Languedoc et, bien sûr, séviront sur le littoral de Provence et de Côte d’Azur.
Cet été donc, entre deux bains de mer, deux apéros au camping, deux slows collants, deux randos ou deux visites de cloîtres romans, parler niches fiscales, TIPP sur les carburants, économies dans l'assurance-maladie ou recours en inconstitutionnalité: quel bonheur - on est sûr que les Français vont se précipiter à ces grands débats des «Caravanes de l’Eté». Pour encore mieux les y inciter, les Jeunes UMP vont ressortir cet été ce merveilleux accessoire qu’ils avaient naguère inventé, brillantissime trouvaille de marketing politique: la tong de plage. Griffée sur sa semelle au sigle du parti, elle permet de laisser des empreintes logotées sur le sable. L’édition 2008 de la tong sarkozyste est bleue (évidemment): courroie bleu clair et plante des pieds bleu foncé parsemée de petits bonhommes rouges et jaunes. C’est décidément merveilleux, l’UMP l’été.
10:50 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : UMP, Politique, Jeunes
18.07.2008
Une illisibilité
Sa mise en vente est autorisée depuis lundi, mais on ne l’a encore trouvé nulle part, dans les magasins du quartier: ni au «Monop'», ni chez «Franprix», ni chez «Shopi», ni aux épiceries du coin. Rien. On veut parler du «Red Bull», du vrai «Red Bull»: cette boisson énergisante qui a tant défrayé la chronique en France, ces derniers mois (relire ici ou là). Dans les rayons de la plupart des grands magasins du onzième arrondissement, c’est encore le faux «Red Bull» que l’on trouve: la version soft du soda, sans la fameuse taurine susceptible de donner des ailes. Il faudra encore quelques jours, voire l’une ou l’autre semaine, pour que les anciens stocks soient écoulés, puis tout le monde pourra enfin goûter le breuvage énergisant le plus consommé au monde (3,5 milliards de canettes vendues en 2007).
On n’est pas spécialement à la recherche de produits qui permettraient de rendre les journées encore plus longues. A fortiori à ce prix: 1€43 la canette de 25 cl, ce qui fait cher l'acide aminé, même ailé. N’empêche, si un de ces jours on tombe sur ce nouveau «Red Bull», on regoûtera. Ne serait-ce que pour se faire un plan «madeleine de Proust» en mémoire aux années 90, lorsque ce soda était si à la mode dans le monde de la nuit à Bruxelles.
Cela dit, les consommateurs doivent tout de même se poser des questions. D’un côté, la mise en vente de ce produit a été autorisée. Mais de l’autre côté et dans le même temps, la ministre de la Santé appelle publiquement les gens à le boycotter. En raison de son absence d’«intérêt nutritionnel ou énergétique» mais surtout de ses «dangers importants», sur lesquels l’Agence française de sécurité sanitaire a déjà alerté. D’un côté, la toxicité de la taurine n’a pas pu être prouvée, ce qui est a priori plutôt rassurant. Mais d’un autre côté et dans le même temps, la ministre de la Santé assure qu’elle n’hésitera pas à interdire la vente du soda dès qu'elle a «le moindre élément» attestant de cette toxicité – ce qui entretient tout de même le doute. D’un côté la vente est autorisée mais de l’autre côté et dans le même temps, elle sera interdite dans les établissements scolaires et déconseillée aux femmes enceintes et aux enfants. Enfin, d’un côté on lance un vaste plan de lutte contre l’alcoolisme des jeunes. Mais de l’autre côté et dans le même temps, on autorise une boisson que les jeunes associent quasi systématiquement à de l’alcool car le «Red Bull» en potentialise les effets excitants et en diminue les effets dépressifs – ce qui inquiète tous les médecins et alcoologues.
Tout cela, décidément, ne fait pas une politique de Santé publique extrêmement lisible.
11:10 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Santé, Gouvernement, Jeunes
17.07.2008
Une ouverture
Double bonne nouvelle, que cette inauguration. Urbanistiquement, c’est une étape supplémentaire qui est franchie dans le vaste programme de rénovation des quais de Seine, à savoir la partie haute du canal Saint-Martin. L’auberge a même pris place dans un des deux Magasins généraux bouclant la perspective du bassin, qui avait été détruit dans un incendie dans les années 90. Petit à petit, en quelques années, grâce notamment à l’arrivée des cinémas MK2 (joli flair urbanistique, décidément), le bassin de la Villette a complètement changé de physionomie. Longtemps délaissé et donc délabré, ce quartier est devenu le paradis des bobos. Et l’ouverture, dernièrement, d’une grande terrasse de bistrot supplémentaire – bénéficiant d’un ensoleillement imprenable – sur le côté sud du bassin est même en train de jouer sur l’ambiance de la place de Stalingrad, jadis si mal famée. Revers de la médaille: désormais, le week-end pendant toute l’année et en soirée pendant tout l’été, ce quartier spectaculairement embelli est évidemment bondé en permanence, donc infréquentable si on n’adore pas la foule.
Bonne nouvelle aussi économiquement, que cette auberge de jeunesse supplémentaire. Car Paris est confrontée à une pénurie d’hébergement hôtelier très bon-marché. Sur l’ensemble de la région, les lieux ne manquent pas (voir ici) et y compris dans leurs formes les plus délicieusement désuettes (les foyers pour jeunes filles, par exemple). Mais dans les lieux d’accueil situés en plein cœur des quartiers animés de la capitale, l’on se bouscule souvent dans toutes les langues et à longueur d’années.
11:15 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tourisme, Paris, Economie, Jeunes
23.06.2008
Un coup de chaud
Les humains finalement, les jours de forte chaleur, ne sont-ils guère plus évolués que les animaux, qu’excite l’imminence de l’orage? On est en droit de se poser la question au vu du bilan de ce week-end parisien de moiteur et de sauvagerie.
Vendredi soir, des dizaines de casseurs se sont mêlés à quelques milliers de lycéens qui fêtaient la fin du bac au Champ de Mars, puis ont transformé celui-ci en champ de bataille avec les forces de l’ordre, avant d’aller casser des vitrines et vandaliser des boutiques dans le quinzième. Le lendemain, dans le quartier des Buttes Chaumont, un gamin de 17 ans a été passé à tabac par des voyous, vraisemblablement parce qu’il portait une kippa - ce matin encore, il est entre la vie et la mort. Le même soir, la Fête de la musique à Paris a donné lieu à près d’une centaine d’interpellations d’abrutis avinés. Dimanche, enfin, les sans-papiers du Centre de rétention de Vincennes sont entrés en révolte, pour protester notamment contre la mort la veille de l’un d’entre-eux. Une vingtaine de personnes ont été blessées dans l’incendie des bâtiments du centre, que les flammes ont complètement dévasté.
Cela commence fort à Paris, l’été.
10:55 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Jeunes, Racisme, Sécurité, Etrangers
18.06.2008
Un appel
Lancé en 1976 par le journal «Libération», cet appel réclame «la dépénalisation totale du cannabis, de son usage, sa possession, sa culture (autoproduction) ou son introduction sur le territoire français en quantité de consommation courante». Il prône aussi l’ouverture de centres d'information sur les substances psychotropes. Très populaire à l’époque, cet appel a été signé par une kyrielle de personnalités: par des intellectuels (Gilles Deleuze, Philippe Sollers, etc.), par des artistes (Bernadette Laffont, Bertrand Tavernier, Isabelle Huppert, Maxime Le Forestier, Bulle Ogier, etc.), mais aussi par des politiques, parmi lesquels un certain… Bernard Kouchner.
Une trentaine d’années après avoir signé cet appel, le même Bernard Kouchner n’en est pas moins devenu le meilleur ami du monde d’un certain Nicolas Sarkozy, qui a de tous temps été un grand pourfendeur du cannabis. Pour le chef de l’Etat, «il n’existe pas de distinction entre drogues douces et drogues dures: il n’y a que des drogues interdites, et toutes les drogues sont néfastes».
Désireux de «redonner une valeur à l’interdit», le Président favorise l’imposition systématique de sanctions aux fumeurs de joints. Très longtemps, la loi de 1970 sur les stupéfiants n’a pas été appliquée. Elle promet théoriquement un an de prison et 3750 euros d’amende aux usagers de cannabis mais, dans les faits, ceux-ci (les mineurs, en tout cas) n’héritaient la plupart du temps que d’un rappel à la loi et d’un avertissement. Mais en 2007, la loi a été durcie. Désormais, une sanction peut être infligée à tout fumeur dès l’âge de 13 ans pris en flagrant délit. Ces sanctions peuvent être assorties de stages payants de sensibilisation aux dangers du cannabis.
Tout cela n’empêchera sans doute pas les effluves prohibés de parfumer l’air de Paris aujourd’hui, dès la fin de l’après-midi. En effet, chaque 18 juin, les promoteurs de l’«appel du 18 joint» ont pris l’habitude de convier «les amateurs de petite fumette à se réunir sur les pelouses du parc de La Villette pour partager des idées, des pétards et demander l'abrogation de la loi de 1970». Il va y avoir de la maréchaussée dans les parages…
10:50 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Kouchner, Histoire, Activisme, Jeunes, Santé, Police
29.04.2008
Une récup'
Ce qui est rigolo avec les camelots, c’est leur effronterie. Leur culot. Leur absence totale de scrupules quand il est question de recycler tout et n’importe quoi à des fins purement et bassement commerciales. On le voit bien en ce moment en France, avec les célébrations du quarantième anniversaire de Mai 68. Cette commémoration est reprise et cuisinée à toutes les sauces du marketing.
On vient encore de s’en faire la réflexion en passant devant un grand chocolatier, boulevard Saint-Germain. Dans ce quartier, il y a quarante ans, les étudiants débraillés faisaient voler les vitrines en éclats à coups de pavés. Quarante ans plus tard, dans la vitrine de ce chocolatier, un monticule de pavés avait été aussi sagement que proprement amoncelé. Des pavés parisiens grisâtres, nervurés et granulés, assez joliment imités. Des pavés constitués en fait… de chocolat praliné. 600 grammes et 49 euros le pavé.
En quarante ans, s’est-on dit en voyant cela, le pavé du Quartier Latin est donc passé du statut de projectile étudiant révolutionnaire à celui de douceur chic et chère. On ne savait trop qu’en penser. Du coup, on a ravalé notre envie de sucré et on a passé notre chemin sans acheter.
10:25 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Gastronomie, Folklore, Jeunes
07.07.2006
Un flottement
Où est donc Nicolas Sarkozy? Le grand patron de l'UMP, d'habitude médiatiquement si omniprésent, est un peu absent de toute l'agitation politico-médiatique autour du Mondial de foot. Ainsi, à l'inverse de Chirac et Villepin, on ne l'a pas encore vu parader dans les tribunes officielles des stades ou poser pour les paparazzi et les caméramen avec la sacrosainte écharpe des Bleus autour du cou.
Officiellement, l'intéressé fait son métier de "premier flic de France": il évite que les soirées de liesse populaire ne dégénèrent trop. Certains murmurent toutefois que le ministre de l'Intérieur a été victime de la prudence exagérée de ses conseillers en communication. Dès le début du Mondial, ceux-ci lui auraient conseillé de ne pas trop associer son image au parcours des Bleus, qu'on croyait à l'époque peu prometteur, et d'axer plutôt sa com estivale sur le tour de France, sportivement moins risqué. Le ministre peinerait à présent à inverser cette stratégie médiatique qui s'est avérée trop pessimiste.
Une autre thèse circule pour illustrer sa discrétion. Depuis les violences urbaines de l'automne et ses dérapages au karcher, Sarkozy est fâché avec l'un ou l'autre pilier bleu, Lilian Thuram singulièrement. La popularité de la sélection française dans les banlieues prendrait un peu trop à contre-pied celle de Nicolas Sarkozy et expliquerait ses flottements de communication. Un calicot brandi l'autre jour sur les Champs, et filmé par toutes les télés de France, a bien résumé la difficulté du travail d'image actuel du ministre. Il disait: "Les racailles vont vous ramener la coupe du monde. C'est pas magnifique?".
Le ministre peut d'autant plus être embarrassé qu'il doit se coltiner en ce moment le délicat dossier des jeunes sans-papiers promis à l'expulsion, et qui sont pour une bonne part de la même origine que ces footballeurs "black-beur" adulés par l'opinion. Dans la gestion de ce dossier, d'ailleurs, Sarkozy cafouille. Début de semaine déjà, il avait dû remettre au pas son médiateur national Arno Klarsfeld, qui s'était imprudemment engagé à ce que, à la prochaine rentrée scolaire, pas une chaise d'écolier ne soit inoccupée dans les salles de classe. Hier à nouveau, il a dû corriger un haut fonctionnaire de la préfecture de police cette fois, qui avait assuré que plusieurs milliers de familles seraient régularisées.
Deux gros flottements politico-médiatiques en Sarkozie, en quelques jours seulement. Cest assez rare pour être souligné. Et cela témoigne peut-être, effectivement, d'un certain malaise de l'intéressé.
B.DL.
10:35 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Jeunes, Elections présidentielels, Football



