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28.09.2010

Une agitation (encore)

cabinetéléphoniqueàParis.jpgVent de panique hier après-midi à la gare Saint-Lazare. Pendant une heure, elle a dû être évacuée et le trafic ferroviaire être interrompu, alors que les métros n’ont pas marqué l’arrêt à la station du même nom. En cause, une (fausse) alerte à la bombe. Ces derniers jours, d’identiques alertes avaient déjà frappé la tour Eiffel, le Champ de Mars voisin, la gare RER Saint-Michel ainsi qu’une voie de TGV en banlieue parisienne, où un simulacre de bombe artisanale avait été découvert sur les voies.

C’est sans doute inévitable dans ce genre de période: de sombres crétins en profitent pour faire des canulars téléphoniques. Ce faisant, non seulement ils causent d’inutiles frayeurs aux gens et distraient pour rien les forces de l’ordre, mais en plus ils encourent de lourdes sanctions. En France, le code pénal punit de deux ans de prison le fait de communiquer ou de divulguer une fausse information dans le but de faire croire à un attentat ou à un sinistre de nature à provoquer l'intervention inutile des secours. Cette peine d’emprisonnement se double d’une amende de 30.000 euros. Montant qui n’inclut évidemment pas les dommages et intérêts faramineux que sont en droit de réclamer tant la police et les secours (pour les frais inutilement occasionnés) que les sociétés de transport visées (pour la perte d’exploitation due à l’interruption du trafic causée par le canular).

En région parisienne, les fausses alertes au colis suspect ou consécutives à des appels téléphoniques malveillants sont fréquentes, y compris en dehors des périodes d’alerte antiterroriste. Ainsi, a précisé l’autre jour la préfecture de police de Paris, rien qu’en 2009, son laboratoire central a dû intervenir à… 1467 reprises dans la capitale pour des colis suspects. Et, ce week-end, les autorités ont révélé que, rien que depuis la mi-septembre à Paris, «90 colis suspects ont été identifiés et traités, soit deux fois plus qu’en période normale». Au total, précisait hier le grand patron de la SNCF, Guillaume Pépy, 2500 cheminots affectés à la sécurité ferroviaire sont actuellement sur les dents dans l’ensemble du pays: traquant sans relâche valises non-étiquetées, bagages abandonnés ou autres objets potentiellement piégés.

14.09.2010

Une inaccessibilité

tourEiffel.jpgNicolas Sarkozy a reçu hier à l’Elysée les associations représentant un public dont on parle finalement assez peu en France: les personnes handicapées. A en croire ses hôtes, en ce qui concerne l'accessibilité des lieux publics aux moins valides, le chef de l’Etat aurait «reconnu les choses telles qu'elles sont en France: c'est-à-dire catastrophiques». La loi de 2005 sur le handicap impose pourtant des obligations d’accessibilité aux espaces publics. Mais le progrès à accomplir sur ce terrain reste «titanesque», selon l’Elysée. Le chef de l’Etat a donc prié ses ministres de se «mobiliser», afin «de rendre la France totalement accessible à toutes les formes de handicap».

 

On en est encore très loin. Pour preuve, à Paris, restent interdits d’accès aux moins valides y compris les lieux les plus emblématiques, visités chaque année par une demi-douzaine de millions de touristes venus du monde entier.

 

Cet été, a encore rappelé cette inégalité l’assignation en justice dont a fait l’objet la tour Eiffel. C’est la mère d’une jeune fille lourdement handicapée, Anne-Shirley, âgée de dix ans, qui est à l’origine de cette assignation. En août, elle a décidé de saisir la justice, après que sa fille et elle eurent été refoulées alors qu’elles voulaient visiter les étages de la célèbre tour. Elle reproche à la société d’exploitation du monument de ne pas avoir, comme l’impose la loi, installé des équipements spéciaux pour fauteuils roulants. La justice tranchera début octobre. La tour, elle, soutient qu’elle a jusqu’en 2015 pour mettre ses installations aux normes. D’ici là donc, sans doute sont priés de ronger leur frein tous les moins valides qui désireraient jouir eux aussi de l’incroyable panorama sur Paris qu’offrent les étages du fameux monument.

25.06.2010

Un bras de fer

barbouilleursdepub.jpgUn bras de fer reprend ce soir à Paris. En effet, après avoir observé un moratoire de trois mois, le collectif anti-pub des «Déboulonneurs» repart à l'attaque. Sur le coup de 19 heures, dans le quartier de la gare Montparnasse, alors que des actions similaires se dérouleront simultanément à Lille, Lyon et Rouen, aura lieu un nouveau raid de ces barbouilleurs de panneaux publicitaires. Qui ont décidé de sortir à nouveau leurs aérosols pour protester contre la tournure prise au Parlement par la loi dite Grenelle II sur l'environnement. Selon eux, cette loi se traduira sur le terrain par des «reculs très significatifs en matière de protection des paysages et des esprits contre l'agression publicitaire». Les activistes y voient «la patte des lobbies des afficheurs», qui «tirent les ficelles de cette mascarade» parlementaire pleine de «mauvaise foi».

Il sera intéressant de voir ce soir la réaction des policiers, puis du parquet, face à ces barbouilleurs de réclames. En avril dernier, en effet, ces activistes avaient remporté une victoire judiciaire mémorable. Poursuivis pour avoir, quelques mois plus tôt, bombé des panneaux publicitaires sur les Champs-Elysés, ils avaient finalement été relaxés. Le tribunal avait jugé que maculer des affiches de slogans tels que «Stop à la propagande» ou «Trop de pub» ne relevait pas de la dégradation, ne constituait donc pas une infraction, mais s'inscrivait dans l'exercice légitime de la liberté d'expression.

Cette nouvelle offensive des anti-pubs survient alors qu'à Paris la semaine prochaine, un autre bras de fer débute en groupes de travail. Ce bras de fer opposera, au sein de la majorité au pouvoir, les Verts (très publiphobes) et les socialistes, l'enjeu des pourparlers étant l'élaboration du nouveau règlement municipal régissant la publicité. Les Verts arriveront aux discussions avec un récent sondage. A l'en croire, huit Parisiens sur dix sont favorables à la suppression des panneaux d’affichage les plus grands, à l’obligation d’éteindre les panneaux lumineux pendant la nuit, et à l'interdiction d'installer des panneaux publicitaires à moins de 50 mètres des écoles.

15.06.2010

Un combat

metroDUROCK.jpgC'est l'été à Paris. Même si ce n'est pas flagrant d'un point de vue météorologique, il y a des signes qui ne trompent pas. Ainsi, a-t-on aperçu l'autre jour, la station de métro «Duroc» a été temporairement rebaptisée «Durock» et décorée, sur tous ses panneaux publicitaires en 4×3, de photos et d'affiches de groupes musicaux. Un rhabillage à l'occasion du festival «Rock en Seine».

Le lancement de la saison des grands festivals musicaux en plein air, c'est, en région parisienne comme ailleurs, le signal par excellence du début de l'été. Cette année encore, du reste, les Parisiens amateurs de rock vont se prendre la tête pour faire un choix. En effet, les deux grands festivals du début de la saison, qui tous les ans attirent chacun des dizaines de milliers de spectateurs, auront lieu le même dernier week-end de juin. Et, entre eux, ce sera le choc des titans. D'un côté, «Rock en Seine» donc, au domaine de Saint-Cloud, avec à l'affiche Stereophonics, LCD Soundsystem, The Kooks, Massive Attack, Eels ou Roxy Music. De l'autre côté «Solidays», à l’Hippodrome de Longchamp, avec Pony Pony Run Run, M, Olivia Ruiz, Ginzhu, les BB Brunes ou Vanessa Paradis.

Parlant de festivals de rock, certains ne sont pas appréciés par un certain public. L'a encore rappelé hier l'actualité judiciaire. Qui, devant le tribunal de grande instance de Nantes (Loire-Atlantique), a vu s'opposer la Confédération nationale des associations familiales catholiques de France (CNAFC) et les organisateurs du prochain festival de rock heavy metal «Hellfest».

homersimpsonnevertoooldtorock.jpgDébut avril déjà, les alliés les plus conservateurs de Nicolas Sarkozy (Christine Boutin, Philippe de Villiers, etc.) avaient protesté en vain, à l'Assemblée, contre la tenue de ce «festival sataniste» et contre son subventionnement par les pouvoirs publics. Car cette manifestation selon eux «promeut et véhicule la culture de mort». Et est dédié à une musique à même d'«influencer négativement des jeunes en fragilités psychologiques, au point de les amener à poser des actes graves et violents». Dans la foulée, l'association catholique voulait que les organisateurs d'«Hellfest» soient contraints par la justice à leur communiquer les textes des chansons qu'interpréteront les 114 artistes attendus à ce festival. A ses yeux, en effet, en présence d'un tel type de rock, le «principe de précaution» est de mise. Et celui-ci exige «de protéger en particulier les populations les plus fragiles» contre «toute atteinte aux intérêts spirituels, moraux et matériels des familles». Hier, toutefois, le tribunal a débouté l’association de ses demandes, qui selon lui auraient pu porter atteinte à la liberté d’expression.

Dans sa lutte contre le heavy metal, donc, le lobby catholique a jusqu'à présent été vaincu en France, sur les plans tant politique que judiciaire. Reste à voir si, dans ce cas, il s'agit là aussi d'un choc des titans ou plutôt d'un combat d'arrière-gardes.

04.06.2010

Une «obscénité»?

Le Front National, paraît-il, se modernise. Se banalise. Se civilise. Et, paraît-il, ce sera encore plus vrai l'an prochain, lorsque Marine Le Pen sera probablement à sa tête. Le FN se modernise, ah oui? Ce n'est pas si évident, au vu de l'actualité judiciaire qui, lundi, sera celle d'un membre du «comité central» de ce parti – au passage, pour une formation d'extrême droite, ce terme, si communisant, de «comité central» sonne tout de même un peu bizarrement.

 

Le hiérarque lépéniste en question – dont on taira le nom, car on ne tient pas spécialement à lui faire de la pub – comparaît lundi devant la septième chambre de la Cour d'Appel de Versailles. Pour avoir, le 2 décembre 2006, déchiré et dégradé une baudruche gonflable de onze mètres de haut en forme de préservatif géant. Baudruche que la mairie de sa petite ville de banlieue parisienne avait érigée à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida. Pour ce dirigeant frontiste, cette opération de prévention était une «obscénité publique, qui constituait de toute évidence un attentat à la pudeur, un outrage aux bonnes moeurs et un objet de scandale notamment pour les jeunes enfants». Et l'intéressé, dès lors, d'appeler «tous les patriotes qui le souhaitent» à venir nombreux au tribunal lundi, pour le «soutenir dans (son) combat pour avoir voulu simplement défendre et protéger la vue des jeunes enfants, la pudeur, les bonnes moeurs et la morale publique».

 

On ne sait pas si cet élu FN a ou non des enfants. Mais, si oui et si ce sont des garçons, on leur souhaite bonne chance et bon courage quand, lorsqu'ils seront ados, ils devront aborder avec un père aussi péniblement rétrograde les questions du premier rapport sexuel, de la contraception et de la prévention des infections sexuellement transmissibles.

01.06.2010

Une campagne

boycottproduitsisrael.jpgCoups de matraques et lacrymos hier soir au Rond-Point des Champs-Elysées, aux abords de l'ambassade d'Israël. La tension entre manifestants et forces de l'ordre était telle que la célèbre avenue a même dû être complètement fermée à la circulation. Des incidents ont aussi éclaté dans des villes de province comme Strasbourg, où pareils rassemblements avaient été organisés en signe de protestation contre les événements survenus le matin même au large des côtes israéliennes. A Paris, les manifestants arboraient des autocollants appelant au boycott de l'Etat hébreu en général et des produits israéliens en particulier. C'est peu dire qu'en France mais aussi sans doute dans d'autres pays, cette actualité va redonner vigueur à la campagne en faveur d'un tel boycott.

 

L'autre jour, d'ailleurs, cet appel au boycott a eu des prolongements en justice. En effet, une association pro-palestinienne radicale (ici) a assigné les magasins de parfumerie Sephora (propriété du géant LVMH), parce qu'ils commercialisent des produits cosmétiques fabriqués en Cisjordanie. Dans le sens inverse, il y a quelques mois, la justice a sanctionné le camp des partisans du boycott. Dans des supermarchés en province, une activiste avait apposé des autocollants sur des produits israéliens, appelant les clients de ces magasins à ne pas les acheter. Le groupe de grande distribution propriétaire de ces supermarchés avait porté plainte contre elle pour «dégradation». Le parquet avait requalifié les faits en «incitation à la haine raciale» en raison d’une «discrimination à l’égard d’un pays». Et l'intéressée avait été condamnée.

 

A l'époque, cette décision de justice avait suscité un vif débat. Le mouvement antiraciste MRAP y avait vu une «stratégie d’intimidation» orchestrée par «certains milieux ultra-sionistes», accusés de «porter contre toutes voix critiquant la politique menée par les gouvernements d’Israël l’infamante accusation d’antisémitisme, pour mieux les disqualifier». Et la Ligue des droits de l'homme – pourtant opposée à tout boycott de produits israéliens – avait dit sa «consternation» pour une sentence «profondément injuste et injurieuse». «Plus attachée que jamais à l'exigence de justice, (en France) comme à Gaza», cette association avait fustigé le fait que, «pendant qu'on traite de la sorte l'expression citoyenne, les crimes de guerre commis à Gaza (...) restent impunis». La condamnation, en revanche, avait été applaudie par les associations juives et de lutte contre l'antisémitisme. Pour qui ces «appels illégaux au boycott incitent à la haine d'Israël et poussent à l'acte antijuif».

04.05.2010

Une «indécence»?

LePenpère&fille.jpgHier, en France comme ailleurs, c’était la Journée mondiale de la liberté de la presse. C’est précisément le jour qu’a choisi le Front national pour, une fois encore… casser (verbalement) du journaliste. En effet, Marine Le Pen a pris les médias en exemple pour fustiger l’«effondrement moral» de la société française. En cause, l’écho donné depuis dimanche soir par les médias, médias de France et d'au-delà, à la tribune du cinéaste franco-polonais Roman Polanski. Pour la fille de Jean-Marie Le Pen, «c'est un peu indécent d'ouvrir grand les médias» pour «quelqu'un qui a quand même des choses assez lourdes à se reprocher».

 

On a été assez agacé par cette tirade lepéniste. Nuançons illico. On n’a pas de problème de principe avec le fait qu’entre la classe politique et le monde médiatique, les critiques aillent dans les deux sens. A savoir: pas toujours dans le même sens unique des journalistes vers les politiques qu’en permanence ils décortiquent et, souvent, critiquent. Il n’y a pas de raison que la presse soit le seul pouvoir – puisqu’elle en serait un: le quatrième – qui, par définition, serait au-dessus de toute critique.

 

En revanche, on a un gros mouvement de recul quand la dénonciation de la corporation journalistique et de ses pratiques se fonde sur un critère aussi pesant que «la morale». Qu’on critique les médias sur leur professionnalisme, leur sérieux, leur impartialité, leurs méthodes et conditions de travail, leurs dérives mercantiles ou dernières excitations technologiques du moment, sur leur irréverence ou leur bienveillance à l’égard du pouvoir en place: très bien. Mais qu’on en vienne à «la morale», danger. A fortiori si c’est le Front national qui s’érige en donneur de leçons de morale voire en censeur.

 

En janvier, Marine Le Pen va possiblement – probablement? – remplacer son père Jean-Marie à la présidence du Front national. Selon certains analystes, à ce moment, une partie de l’UMP sarkozyste pourrait être tentée de former une vaste alliance avec un FN qui, présidé par l’intéressée, serait tout à coup dédiabolisé et redevenu politiquement fréquentable. Ce serait politiquement un scénario «à l’italienne»: pays où, pour faire court, la droite de Berlusconi a intégré l’ex-extrême droite de Fini. C’est bien sûr loin d’être fait, et pas sûr que cela se fera jamais. En tant que journaliste, en tout cas, cette possible évolution nous ferait assez frémir si elle se traduisait par, parmi des ex-FN au gouvernement, une Marine Le Pen ministre de la Communication (cas de figure comme un autre) et donc érigée en arbitre de «la morale» médiatique. Dans ce cas, on ne serait pas trop sûr de pouvoir/vouloir/ encore exercer ce métier dans ce pays.

03.03.2010

Un soutien

Bravo décidément, Carrefour. Après avoir annoncé un plan massif de restructuration en Belgique la semaine dernière, le géant français de la distribution fait, cette semaine, parler de lui en France. Dans un dossier beaucoup moins médiatisé et pourtant tragique. Ce sont les suites d’un drame survenu fin décembre au supermarché Carrefour Part-Dieu, à Lyon. Un jeune homme, prénommé Michaël, avait trouvé la mort après avoir été surpris par les vigiles du supermarché en train de voler une canette de bière.

 

Amené dans un local de sécurité du magasin, il avait succombé des suites d’une «asphyxie avec écrasement de la cage thoracique», selon l’autopsie. Les images filmées par les caméras de vidéosurveillance l'avaient montré longuement et violemment maintenu plaqué sur une table par les cerbères, jusqu'à en perdre connaissance. «Mourir pour une canette de bière, ce n'est pas acceptable», s’était insurgé le procureur, «choqué» par ce fait divers « tout simplement ahurissant» et par ces images de «mort en direct». Depuis, les vigiles concernés ainsi que le salarié de Carrefour chargé de la sécurité de ce supermarché ont été mis en examen pour «violences volontaires en réunion avec circonstances aggravantes, ayant entraîné la mort sans intention de la donner». Et incarcérés.

 

On en était resté là. Avec le souvenir d’une affaire qui, trouvait-on, avait curieusement fait assez peu de bruit. N’avait en tout cas pas donné lieu, à moins que cela nous ait échappé, à des déclarations solennelles et apitoyées de Carrefour. Et puis, ce matin à la radio, on a entendu que ce groupe, en fait, soutenait totalement ces grosses brutes (présumées). En effet, il a garanti aux juges de les réembaucher aussitôt leurs ennuis avec la justice terminés. Argument qu’a fait valoir leur avocat hier pour réclamer leur remise en liberté, qui a finalement été refusée.

 

D’habitude, on est  le premier à trouver remarquable quand des gens, des associations et a fortiori des entreprises privées s’engagent en faveur de la réinsertion de détenus. Ce qui leur donne une chance de redémarrer dans la vie et leur permet de quitter des prisons qui ne sont jamais la meilleure solution – d’autant plus vu leur état notoirement si déplorable en France. Mais, dans ce cas précis, on trouve tout de même cela un peu léger. Comme une tentative de coup d’éponge vite passé sur un dérapage horrible. On dirait presque un «geste commercial», comme on dit.

 

Que pense donc la famille de ce jeune Michaël de cette initiative de Carrefour? Et que pense-t-elle de cette révélation (ici) selon laquelle ces vigiles, en répertoriant leurs interventions, les catégorisaient en fonction de l’origine ethnique des personnes visées. On ne l’a pas encore dit, mais le jeune homme était d’origine antillaise.

 

«Carrefour, le positif est de retour», dit le slogan publicitaire de la chaîne. C’est drôle comme on l’entend peu, en ce moment.

09.02.2010

Un détachement

Un fait divers atroce dont s’emparent les médias. Une victime ou sa famille reçues dans les plus brefs délais à l’Elysée. Un entretien compassionnel et médiatisé avec le Président et ses conseillers. Puis l’annonce d’une loi ou d’une énième modification du Code pénal pour, assure-t-on, résoudre les problèmes sociétaux mis en avant par ce fait divers. C’est, en gros, ce qui est reproché continuellement par l’opposition et les associations à la majorité. Majorité qui, en ce qui concerne sa politique sécuritaire, sur-réagirait exagérément à l’actualité. Accumulerait les lois de circonstance sans recul ni  vision de fond et sans se donner les moyens. Bref, gérerait l’agenda législatif en fonction de l’émoi médiatique du moment. On va à nouveau n’entendre que cette critique à partir de ce mardi. Jour où débute au Parlement le débat sur le dernier renforcement en date de l’arsenal répressif (couvre-feu pour les mineurs, durcissement des peines frappant les agresseurs de personnes âgées, etc.).

 

Non, vraiment, ce reproche fait à Nicolas Sarkozy est totalement infondé. Il relève de la mauvaise foi la plus crasse. En effet, il est des faits divers atroces vis-à-vis desquels les autorités montrent le plus parfait détachement. On en a encore eu l’illustration cette semaine, en banlieue de Paris.

 

On l’a appris hier matin. Cela s’est passé la veille près d’Orly. Un petit garçon âgé de trois ans, prénommé Stephan, est mort à la suite de l’incendie qui a ravagé plusieurs cabanons de fortune du campement de Roms insalubre où lui et sa famille croupissaient depuis plus d’un an. Sa petite soeur, Francesca, grièvement brûlée au visage, lutte en ce moment contre la mort aux urgences de l'hôpital Trousseau. Les parents des deux enfants sont également hospitalisés. En mai dernier déjà (relire ici), toujours en banlieue de Paris (c’était alors à Bobigny), un enfant Rom âgé de dix ans avait perdu la vie, lui aussi dans un incendie. Les flammes avaient ravagé le hangar pouilleux où une centaine de gens du voyage s’étaient réfugiés après avoir été expulsés de toutes parts par les municipalités environnantes. Dans un communiqué hier, le collectif Romeurope s’est ému de «l'horreur qui s'est installée, et un chagrin immense», dans la communauté des gens du voyage. Et s’est demandé «comment, malgré ces drames réguliers, les pouvoirs publics continuent d'expulser ces familles sans les reloger, les maintenant dans une précarité dangereuse et indigne».

 

En quelques mois, deux enfants morts carbonisés dans des bidonvilles situés aux portes de Paris. Voilà bien des faits divers atroces. Pour autant, les proches de ces gosses ont-ils été reçus à l’Elysée? Non. Au plus haut niveau de l’Etat, a-t-on envisagé de tancer les communes ne respectant pas leur obligation de mettre des aires d’accueil dignes et sécurisées à disposition des gens du voyage? Non. La mort de ces deux enfants a-t-elle entraîné une modification en urgence du Code pénal ou des lois relatives au mal-logement? Non. Par rapport à cette actualité-ci, en tout cas, les autorités prennent manifestement beaucoup de recul avant de communiquer et de réagir. Alors, franchement, de quoi se plaint-on?

 

 

PS: Quelques heures après la rédaction de cette note, tombe une dépêche: Mort d'un second enfant après l'incendie d'un camp rom à Orly PARIS (AP) 15:20 Une fillette d'un an grièvement brûlée dimanche dans l'incendie d'une caravane dans un camp de Roms à Orly (Val-de-Marne) est décédée mardi matin à l'hôpital, a-t-on appris de sources policière et judiciaire. Son frère de trois ans avait pour sa part péri peu après le drame.

On attend toujours la réaction de l'Elysée.

 

02.02.2010

Un enfer

Puisqu’on parlait d’aviation hier – mais, cette fois , dans un registre bien plus tragique – : ce matin, s’ouvre le procès du crash du Concorde.  Sur les lieux du drame, à Gonesse (banlieue parisienne), les cicatrices ne se sont pas encore refermées.

 

Témoin, l’émoi qui, la semaine dernière, a saisi des familles des 113 victimes de la catastrophe, alors qu’était mis aux enchères le terrain où se trouvait l’hôtel sur lequel, en juillet 2000, s’était écrasé le Concorde. La mise à prix du site avait été fixée à 100.000 euros. Les victimes du drame ne décolèraient pas, elles qui veulent la sanctuarisation de ce lieu où a été érigée une stèle commémorative. Sans doute donc se sont-elles satisfaites de l’échec de cette vente aux enchères. Aucun repreneur n’a pu être trouvé pour ce terrain, car aucun candidat-acquéreur ne s’est déclaré.

 

L’échec de cette vente n'est-il que purement fortuit et passager? Dû à la coïncidence avec l'actualité judiciaire de ce matin? Ou, au contraire, la tragique destinée de ce lopin de terre de la banlieue parisienne empêchera-t-elle à jamais sa reconversion? Un jour, et si oui dans combien de temps, une entreprise, un commerce, un promoteur immobilier ou un particulier rebâtira-t-il sur ce site sinistré? Le cas échéant, serait-ce, pour ce quartier, pour ce pays, pour le monde de l'aéronautique, utilement tourner la page, de manière à pouvoir aller de l’avant? Ou, à l’inverse, ce site doit-il rester vierge à jamais, car le réaffecter serait oublier et donc souiller le passé?

 

Un détail encore, entendu ce matin au saut du lit, sur une radio. Un détail qui dit peut-être bien l’enfer que fut le 25 juillet 2000 à cet endroit. Cela concerne toujours le site de Gonesse où le supersonique s’est écrasé. Le brasier fut d’une telle intensité que, sur des parcelles entières, près de dix ans plus tard, l’herbe n’a pas encore repoussé. 

29.01.2010

Une Histoire

Dominique de Villepin plus fort que Marie-Antoinette? Comme l’a malicieusement rappelé l’AFP hier, l’ancien Premier ministre, poursuivi dans l’«affaire Clearstream», a été jugé cet automne, et finalement relaxé jeudi, dans la même salle du Palais de Justice de Paris où, le 16 octobre 1793, Marie-Antoinette avait été condamnée à mort par un tribunal révolutionnaire. On ne sait si, hier, au moment d’entendre le tribunal le relaxer, le flamboyant et féru d’Histoire Dominique de Villepin a eu une pensée pour l’infortunée, se disant que, finalement, il avait au moins eu plus de chance qu’elle. La guillotine, il est vrai, n’existe plus en France. Reste à voir si la pendaison à un croc de boucher, que Nicolas Sarkozy avait promise à son grand rival, est un supplice plus enviable.

 

Le parquet, ce matin, a donc décidé de faire appel de la relaxe de Dominique de Villepin. Qui hurle à l’«acharnement». Ses partisans voient le fait du Prince dans cet appel du parquet. Et, un peu exaltés en ce moment, ne sont pas loin de prophétiser que le peuple parisien et au-delà  y réagira comme il se doit: en rejoignant massivement les troupes du bataillon villepiniste en révolte contre les mœurs de Cour qu’ils prêtent aux sarkozystes.

 

C’est peut-être le moment de rappeler une autre anecdote historique relative au Palais de Justice de Paris, alors qu’il était dénommé Palais du Roi. C’était le 22 février 1358. Comme le raconte le Guide Vert, «les émeutiers parisiens, sous la conduite d’Etienne Marcel, pénètrent dans la chambre du dauphin Charles – le futur Charles V – qui gère le royaume en l’absence de son père, Jean le Bon, captif en Angleterre. Les conseillers du prince sont égorgés sous ses yeux et l’éclaboussent de leur sang, tandis que le prévôt le coiffe du chaperon rouge et bleu, aux couleurs de Paris. Redevenu maître de la situation, Charles V quitte le le palais, qui lui rappelle de trop mauvais souvenirs, et lui préfère désormais le Louvre, l’hôtel St-Paul ou Vincennes».

 

Ce matin à la radio, six siècles et quelque après ce départ de Charles V du Palais de Justice de Paris, Dominique de Villepin mettait le chef de l'Etat au défi de se rendre en personne à ce même Palais, lors du procès en appel. Pour s’expliquer lui-même à la barre, les yeux dans les yeux de son rival, sur les «mensonges» qui auraient été les siens dans l’affaire Clearstream.

 

Si d’aventure une telle confrontation avait lieu, le chef de l’Etat verrait-il ses conseillers – les Xavier Bertrand, Frédéric Lefèbvre et autres Henri Guaino – égorgés illico sous ses yeux par des émeutiers parisiens, leur sang l’éclaboussant? Par sûr qu’en tous ces siècles, le débat français ait fondamentalement perdu en sauvagerie – verbale, en tout cas.

21.10.2009

Un rapport

stylo.jpgAu moment où, dans la majorité sarkozyste et jusqu’à l’Elysée, il est de bon ton de traîner les journalistes dans la boue, parlons de la position de la France dans le dernier rapport que publie ce mercredi l’ONG Reporters sans frontières, consacré aux atteintes à la liberté de la presse dans le monde. Cela n’a rien à voir? Comme n’a rien à voir avec le bon sens le fait de clouer ainsi au pilori une profession dans son ensemble. Non pas, bien sûr, que les journalistes, en France ou ailleurs, seraient d’office et par principe exempts de tout reproche, ce qui relèverait du corporatisme le plus débile. Mais jeter de cette façon l’opprobre sur toute une profession – que le pouvoir accuse de jouer désormais le rôle de l’opposition, anémiée – n’a aucun sens. Et, au passage, confirme une fois de plus une double confusion qui a toujours été faite au sommet de l’Etat français: entre contre-pouvoir et opposition et entre information et communication. Confirme aussi un grand classique de la politique hexagonale, qui se voit sous Sarkozy comme il s’est vu sous de Gaulle, Giscard, Mitterrand ou Chirac: quand le pouvoir traverse une mauvaise passe, il tente de faire diversion en cassant du journaliste et en accusant les médias de tous les maux.

 

Le rapport 2009 de Reporters sans frontières, donc. La France s'effondre de la trente-cinquième à la quarante-troisième place – loin derrière la Belgique, soit dit en passant. Le rapport décrit le nombre croissant de journalistes qui, cette année dans ce pays, ont été perquisitionnés, convoqués par les policiers, placés en garde à vue, poursuivis en justice, traînés devant un tribunal (voir Denis Robert au procès Clearstream, en ce moment), harcelés dans le but qu'ils dévoilent leurs sources, ou (ce fut le cas d’un ancien patron de «Libé») tirés du lit par les pandores au petit matin devant leurs enfants, puis fouillés au corps comme de vulgaires délinquants.

 

Assurément, les journalistes français n’ont pas à se plaindre de leur sort, par rapport à leurs confrères chinois, russes, cubains, iraniens ou birmans. Il n’empêche, depuis 2002, l’Hexagone a dégringolé de plus de trente places dans ce classement.

25.09.2009

Une incohérence

La vie privée des personnalités politiques se retrouve aujourd’hui devant la justice. Ce vendredi, en effet, le tribunal de grande instance de Paris examine une plainte déposée par Ségolène Royal contre «Paris Match». A la mi-août, l’illustré avait fait sa couv’ avec un cliché montrant l’élue socialiste accompagnée, sur un quai de gare, d’un homme présenté comme étant son nouveau compagnon. Ségolène Royal a estimé que ces «photos volées» attentaient à son droit à l’image et à la protection de sa vie privée. Elle réclame donc 50.000 euros de dommages et intérêts à l’hebdo. Au printemps dernier, déjà, «Match» avait été condamné à lui payer 16.000 euros d’indemnité pour l’avoir photographiée au bras du même homme, dans une station balnéaire de la Costa del Sol.

 

On n’a pas de problème avec cette procédure. D’autant que le sujet de «Match» en question se distinguait par sa vacuité informative et sa pauvreté iconographique. D’autant aussi que son retentissement médiatique avait donné lieu à des commentaires complètement déplacés, émanant de ces chroniqueurs qui se croient si drôles et si impertinents mais qui, nous, commencent vraiment à nous gonfler à force de devoir subir leur vulgarité à longueur de journées, à la radio comme à la télé. Commentaires du genre: voyez comme, sur ce quai de gare ce matin-là, Ségolène Royal était mal fagotée. Constatez combien est ringard le petit geste d’affection envers son compagnon, geste que le paparazzo a immortalisé en exclusivité mondiale: un index tendrement appuyé sur le ventre du nouvel amoureux. Repérez combien ledit ventre dudit monsieur est mou et moche, etc, etc. Pénible.

 

On n’a pas de problème non plus avec le fait que Ségolène Royal travaille à l’occasion avec son nouveau compagnon, qui vient par exemple de signer le relooking si décrié de son site web. C’est encore son droit de composer son entourage professionnel à sa guise.

 

Là où il y a peut-être un petit problème, cela dit, c’est dans la cohérence de l’attitude de Ségolène Royal. En effet, en marge d'une réunion socialiste dernièrement, elle s’est fait photographier tout sourires avec le même homme, et il s’agissait cette fois de clichés non volés mais pleinement autorisés. Surtout, l’autre jour, parlant de l’intéressé au magazine «L’Express», elle l'a elle-même ouvertement présenté comme «un homme (…) très amoureux».

 

Peut-on donc, honnêtement, faire et dire cela, puis se plaindre que les médias s’intéressent à cet homme-là?

07.07.2009

Une errance

La justice française et les pauvres, suite. On avait déjà eu droit aux SDF et aux militants contre le mal-logement poursuivis et condamnés (avant d’être relaxés en appel) pour avoir installé un campement de tentes de mal-logés en plein cœur de Paris – ces miséreux étant assimilés par la justice à des dépôt clandestins d’objets encombrants (relire ici ou ). Comme quoi, rien n’évolue: hier, dans une affaire similaire, ce fut au tour de Médecins du monde de comparaître en référé devant le tribunal de grande instance de Bobigny (banlieue parisienne) pour occupation illégale d'un terrain appartenant à l’Etat.

 

Cette fois, il ne s’agit pas d’une rue dans le chic quartier de l’Opéra Garnier, mais d’un terrain vague misérable situé en contrebas de l'autoroute A86 (qui traverse la banlieue parisienne) à hauteur de Saint-Denis, le long des quais de Saint-Ouen. A cet endroit, fin mai, l’association a érigé six tentes. Dans ce campement d’urgence, pareil à ceux que l’ONG humanitaire a installés au Darfour ou au Kosovo, sont hébergés une centaine de Roms. Ils ont fui le hangar pouilleux de Bobigny où, après avoir été expulsés de toutes parts par les municipalités environnantes, ils s’étaient réfugiés. Avant que ces lieux soient ravagés par un incendie fin mai, un enfant de 10 ans perdant la vie dans le brasier.

 

La préfecture de Seine-Saint-Denis poursuit l’ONG car elle est bien décidée à lutter contre l’installation «de véritables bidonvilles» de gens du voyage. Ce département assure accueillir déjà sur son territoire «plus d’un tiers des Roms de la région» parisienne. Selon lui, «ces populations s’installent sur des terrains ou friches industrielles mal sécurisés, encore très nombreux et font l’objet d’évacuations régulières depuis plusieurs années. Cette situation, qui ne cesse de s’amplifier, pose non seulement des problèmes en matière de sécurité et d’ordre public, mais également en matière d’insalubrité tant les conditions de vie dans ces camps sont dégradées».

 

L’association rétorque que, les départements étant si nombreux à ne pas respecter la loi de 2000 leur imposant de mettre des aires d’accueil à la disposition des gens de voyage, il faut bien que ceux-ci s’installent quelque part, a fortiori quand ils sont confrontés à des situation d’urgence. «Face à la mise en danger des personnes (…), la seule réponse de l’Etat est une assignation en justice», fulmine Médecins du Monde. «Etat, collectivités locales et territoriales se renvoient en permanence la responsabilité de cette situation. De bidonville en bidonville, après chaque évacuation, les familles Roms sont condamnées à une vie d’errance car aucune solution adaptée et globale n’a été trouvée pour leur apporter dignité et stabilité. Ces expulsions répétées, sans solution de relogement, entraînent un épuisement, des ruptures de soins et de suivi médical, notamment pour les femmes et les jeunes enfants».

 

Treize associations (dont la Fondation Abbé Pierre, le Secours Catholique ou la Ligue des droits de l’homme) ont apporté leur soutien à Médecins du Monde. Ont réclamé l’arrêt immédiat des poursuites contre l'ONG ainsi que le relogement sans délai de tous les Roms concernés, afin que cesse cette insupportable errance. D’après le blog du campement, sous ce pont d'autoroute à quelques kilomètres à peine de la Ville Lumière, on trouve «une femme ayant eu une césarienne (et) suivie pour surinfection de sa cicatrice, un bébé de deux mois en attente d’une intervention chirurgicale pour problèmes cardiaques, un bébé de trois mois (ayant) récemment subi une intervention chirurgicale pour pieds bots, une femme hospitalisée en service psychiatrique pour syndrome post traumatique et deux nouveau-nés âgés d’une semaine, (dont) un bébé né prématuré (et)  âgé de six semaines».

24.06.2009

Un blanc

Cela s’est passé hier à la télé, en plein milieu de la soirée. Sur une chaîne de service public, France 3 en l’occurrence. Pendant un long moment – une bonne minute, ce qui, à l’échelle télévisuelle, est une éternité – , il y eut un blanc à l’antenne. Un noir plutôt, tel qu’il apparaissait sur le petit écran. En fin du «Soir 3», après le décrochage régional. Ce long blanc terminé, le spectacteur éberlué a pu constater que la désannonce par Carole Gaessler de son JT avait carrément été zappée et qu’on avait enchaîné sur le mini-programme sportif quotidien. Cela fait des semaines que la régie finale du «Soir 3» cafouille complètement avec ces décrochages régionaux en queue de JT national, ce qui produit des conséquences visibles à l’antenne. Avec, soit dit en passant, jamais le moindre mot d'excuses au téléspectateur pour ces couacs à répétition. Une telle interruption de programme sur le service public en pleine soirée est toutefois assez rare.

 

Cette semaine, la chaîne régionale de France Télévisions a aussi eu droit à l’annonce du départ prochain de la talentueuse et populaire présentatrice de son «19-20», Audrey Pulvar. Cette journaliste se distinguait notamment par ses interviews tout sauf complaisantes de personnalités politiques – Nicolas Sarkozy en personne, un soir, en fit l’expérience. Dans le même registre, est venue hier la confirmation que la justice poursuivait son enquête sur les conditions dans lesquelles les images, sons et confidences en «off» du chef de l’Etat avant sa mémorable intervention sur France 3, fin juin 2008, avaient fuité sur la place publique. Et, vu l'image pas trop flatteuse que la séquence donnait de l'intéressé, avait aussitôt fait du buzz sur internet. Confirmation, donc: après des collègues déjà entendus sur ce dossier au printemps, un des responsables de France 3 est convoqué début juillet à la police judiciaire de Paris, à la demande du parquet.

 

Du coup, dans la profession journalistique, d’aucuns dénoncent un «harcèlement» judiciaire de la presse, sur instruction du pouvoir politique. Plus sobrement, on se permettra de poser une question: dans ce pays, la justice et la police n’ont-elles donc que cela à faire que de continuer à enquêter, un an après les faits, sur un incident télévisuel qui, tout de même, n’a pas entraîné mort d’homme?

 

Sinon, depuis hier soir, c’est donc un ancien journaliste, Frédéric Mitterrand, qui est désormais ministre de la Culture et de la Communication. Son passé professionnel ne lui sera sans doute pas de trop pour tenter d’apaiser les relations entre la presse et la présidence de la République. 

22.06.2009

Un achèvement

Jour J dans le Quartier Latin. Ce lundi, en effet, s’y achève officiellement un énorme chantier, qui dura des années et nourrit d’innombrables polémiques: la rénovation de Jussieu. Du nom du campus de l’université Paris VI, dont la tour particulièrement hideuse, avec ses 24 étages et 88 mètres de haut, défigure depuis 1970 les environs immédiats du Jardin des Plantes.

 

Dans cette tour comme dans une dizaine d’autres bâtiments de la fac, s’est déroulé depuis 1996 un chantier colossal par son ampleur et sa complexité: «le plus gros chantier de désamiantage en Europe». Un chantier qui a nécessité le déménagement de milliers d’étudiants, a été parsemé d’incidents et a occasionné d’énormes dépassements budgétaires. On peut d’ailleurs rappeler qu’un des principaux responsables des retards de ce chantier fut, à la fin des années 90, un chercheur renommé de Jussieu qui était en même temps ministre de l’Education, Claude Allègre – dont le nom est cité pour entrer au gouvernement à la faveur du remaniement attendu cette semaine. Claude Allègre, en effet, n’est pas seulement un révisionniste du réchauffement climatique. Dans le cas de Jussieu, il a aussi, et constamment, mis en doute la dangerosité de ce que les spécialistes qualifiaient pourtant de «mine d’amiante en plein Paris». Et n’au eu de cesse de dénoncer la «psychose collective» de ses collègues scientifiques à propos de ce matériau.

Dès lors, son entrée au gouvernement désespérerait sans doute, outre les défenseurs de l’environnement, les malades de ce fléau sanitaire oublié qu’est l’amiante en France – pays qui, par rapport à ses voisins, tarda très longtemps avant d’interdire ce matériau. Ce week-end, justement, une «marche nationale des veuves de salariés de l'industrie victimes de l'amiante» a eu lieu à Dunkerque. Venues de toute la France mais aussi d'Italie et de Belgique, quelque 2000 personnes ont défilé derrière une banderole clamant: «Nos empoisonneurs doivent être jugés sans délai». «Les premières plaintes ont été déposées en 1996, et toujours pas de procès», a déploré un des organisateurs. «Et on nous dit aujourd'hui que l'instruction devrait se prolonger jusqu'en 2014: près de vingt ans après les premières plaintes». Les associations considèrent que, depuis la première «Marche des veuves» de l’amiante, fin 2004, «il y a eu 17.000 morts empoisonnés par l'amiante en France». Et des projections pour les années à venir tablent sur 100.000 décès dus à l’amiante dans ce pays.

16.06.2009

Une limite?

Jusqu’où va le droit de propriété? Et jusqu’où va le droit de se révolter contre l’indignité de ses conditions de vie, quitte à ce que la désobéissance civile dans laquelle on se lance attente à ce droit de propriété? Dans le cadre de ces deux droits, une limite claire peut-elle et doit-elle être fixée par la justice? Si oui, où? Ce sont les questions de fond qui sont désormais posées à la justice française.

 

Hier, en effet, au tribunal de grande instance de Paris, étaient entendus huit jeunes mal-logés, activistes de la remuante association «Jeudi noir». Précédemment, ils avaient été condamnés à payer 80.000 euros d’indemnisation à la propriétaire d’un immeuble inoccupé depuis des années: un édifice situé dans les beaux quartiers de Paris, que ces jeunes avaient squatté faute de places disponibles dans le logement social. Lundi, ces huit «galériens du logement» demandaient la révision de «cette condamnation invraisemblable». Une condamnation critiquée dans les associations et les partis de gauche. Selon le collectif «Sauvons les Riches», elle est même carrément «emblématique d'une société malade, où les propriétaires millionnaires ont tous les droits et où la Justice, clémente avec les puissants, se montre implacable avec les plus faibles».

 

Il sera intéressant de voir dans quel sens le tribunal va trancher. Dans un autre dossier parisien controversé, en tout cas, la justice a montré, dernièrement, qu’elle savait s’amender.

 

C’est la fameuse affaire de «Droit au Logement» (DAL), l’association qui avait été condamnée par le tribunal de police après avoir installé un campement de mal-logés sur la voie publique, en plein cœur de Paris (relire ici). Elle avait été sanctionnée d’une amende de 12.000 euros pour avoir «embarrassé la voie publique en y laissant des objets». Ce qui mettait sur le même pied des êtres humains contraints de dormir sous tente faute d'un logement décent et des déchets jetés en rue. Le DAL avait également vu confisquées les tentes de camping qu’il avait utilisées dans cette opération coup de poing.

 

Dernièrement, cependant, la cour d’appel de Paris a inversé ce jugement, a annulé l’amende et a ordonné la restitution des tentes. En effet, elle a jugé que l’article de loi punissant le dépôt d’immondices sur la voie publique ne pouvait être invoqué pour «réprimer les manifestations telles que celle organisée par l’association pour lutter en faveur du droit au logement». Et, surtout, a reconnu «l’état de nécessité» des familles qui avaient campé sur le trottoir. Dans ce dossier-ci donc, en tout cas, le juge a établi, dans l’application de la loi, une limite au profit des plus déshérités.

29.05.2009

Une cohabitation

pistecyclable.jpgOn parlait mardi de Vélib’ et de l’incroyable succès qu’il connaît à Paris, depuis bientôt deux ans. L’extraordinaire engouement des Parisiens pour le vélo ne va pas, parfois, sans poser quelques problèmes de cohabitation sur la voie publique. C’est encore ce que l’on vient de constater, hier soir et avant-hier soir.

 

Hier, sortant de la station de métro ‘Porte dorée’, près du Bois de Vincennes, on a  vu une femme avec un bébé dans une poussette copieusement se faire insulter par un cycliste. Parce que, voulant passer du trottoir au passage piétons pour traverser la rue, elle s’était imprudemment et sans s’en rendre compte aventurée sur la piste cyclable, qui à cet endroit mange une partie du trottoir. Le cycliste avait dû piler en catastrophe pour l’éviter, elle et son enfant. Idem la veille au soir boulevard de Magenta cette fois, non loin de la place de la République. Là, le piéton était une ado, iPod sur les oreilles. A un moment, elle s’est légèrement écartée, rognant sur la piste cyclable ici aussi intégrée au trottoir. Deux cylistes arrivaient dans son dos, roulant à tombeau ouvert. Absorbée par sa musique, l’ado n’a pas entendu leurs coups de sonnette rageurs. Pour l’éviter,  les cyclistes ont dû dévier brutalement sur la chaussée, l’un d’eux manquant de se prendre un taxi. D’où, là aussi, jurons, insultes, etc.

 

Ce n’est pas la première fois, loin s’en faut, qu’on assiste à ce genre d’incidents à Paris. Avec le temps, d’ailleurs, on a appris à se méfier comme de la peste de ces trottoirs qui sont en même temps des pistes cyclables. Au demeurant, c’est probablement parce que la dangerosité de ce type d’aménagements est avérée que, tous les cinq mètres, ils arborent de grands marquages au sol disant «ATTENTION PIETONS». Mais manifestement, ce n’est pas suffisant. Ou, en tout cas, ces trottoirs partagés sont encore trop nouveaux dans la capitale pour que les Parisiens, cyclistes comme piétons, s’y soient habitués.

 

Il n’y a d’ailleurs pas qu’à Paris que le problème se pose. Et ces pistes cyclables pourraient bien, un jour, fortement embarrasser l’équipe du maire, Bertrand Delanoë.

 

pistecyclable2.jpgEn effet, à Marseille récemment, le tribunal administratif a interdit la circulation sur un tronçon de la piste cyclable de l’avenue du Prado: une bande aménagée sur le trottoir exactement comme au boulevard de Magenta. Jugeant la cohabitation entre cyclistes et piétons trop dangereuse pour ces derniers, et notamment pour les personnes âgées ou les mamans avec des poussettes, un particulier avait saisi le tribunal administratif. Qui lui a donné raison. Désormais, ladite piste cyclable peut uniquement être empruntée par «les enfants de moins de 8 ans à conservant une allure au pas et n'occasionnant pas de gêne aux piétons». Une signalisation ad hoc oblige dorénavant tous les autres cyclistes à se rabattre sur la chaussée car, sur le trottoir, l’on présume qu’ils rouleraient trop vite et donc mettraient en danger les autres usagers.

 

On imagine déjà le tumulte à Paris si une telle décision de justice venait à faire jurisprudence et si, à la suite de plaintes de piétons parisiens, elle devait être appliquée porte Dorée ou boulevard de Magenta. La mairie n’aurait n’autre choix que de refaire tous ces aménagements qui ont déjà coûté tant d’argent, de travaux et de désagréments. Théoriquement, il y aurait bien une alternative: forcer les cyclistes et vélibeurs à rouler au pas sur ces espaces partagés. Mais on peut d’ores et déjà oublier cela. On a pu le constater tant de fois, à l’heure de la sortie des bureaux par exemple: à Paris, les cyclistes sont d’abord et avant tout… des Parisiens. Donc, le plus souvent, ils roulent très vite. Tout Parisien digne de ce nom se devant évidemment d’être (ou de donner l’impression d’être) pressé. Ca c’est Paris. 

 

28.05.2009

Un recours

Début avril, on avait parlé dans ce blog (ici) de l’accès gratuit dont bénéficient désormais les jeunes aux collections permanentes des musées nationaux de France. A l’époque, on avait maugréé contre la limite de ce dispositif. En effet, cette gratuité bénéficie aux seuls jeunes français et ressortissants de l’Union européenne. On s’était demandé en vertu de quoi les jeunes de passage en France et en provenance des continents africain, asiatique ou américain étaient d’office supposés, par le ministère de la Culture, soit ne pas s’intéresser à la culture, soit avoir assez d’argent pour être en mesure de payer leur entrée au musée. Mais cette exclusion ne semblant déranger personne, on n’était plus revenu sur le sujet depuis. Hier, toutefois, près de deux mois plus tard donc, le dossier a rebondi.

 

L’association SOS Racisme, en effet, a annoncé avoir introduit un recours au Conseil d’Etat contre cette mesure de préférence communautaire, qu’il juge discriminatoire et donc pénalement répréhensible. Plainte va également être déposée contre tous les musées qui, comme le Louvre, appliquent les consignes du ministère de la Culture. Selon l’association anti-raciste, cette préférence communautaire européenne «n'existe en France dans aucun autre domaine». Et cette grande première n’est ni plus ni moins que «la traduction d'une idéologie d'extrême droite dans la politique gouvernementale». Pour mémoire, le Front national et ses dissidences successives ont toujours plaidé pour le régime de la «préférence nationale». Selon SOS Racisme, qui y a mené une action hier, le Louvre se serait engagé à ne plus pratiquer cette discrimination – mais le musée n’a pas communiqué sur le sujet.

 

La ministre de la Culture, elle, Christine Albanel, a pris la parole pour s’étonner de ce recours devant le Conseil d’Etat. Et pour répéter qu’elle ne souhaitait pas étendre cette mesure de gratuité à tous les jeunes de passage en France. Tous au plus envisage-t-elle d’en faire bénéficier les jeunes étrangers non-communautaires résidant à titre permanent dans l’Hexagone. Dans ce cas de figure, un jeune touriste non–Européen en vacances à Paris ne pourrait toujours pas aller admirer gratuitement les merveilles du Louvre. Sans parler, évidemment, du jeune étranger qui réside en permanence dans la capitale mais est dépourvu de papiers en règle: titre de séjour, carte d’étudiant, etc.

 

Dès lors, s’il faut appeler un chat un chat, ce sera toujours bel et bien un accès discriminatoire à la culture qui sera de mise pour les jeunes en France. Le concept lepéniste de la «préférence nationale» ayant jadis été condamné devant les tribunaux, on se réjouit de voir ce que la justice va penser de cela.

06.05.2009

Une pugnacité

Décidément, ils ne passent pas, ces nouveaux panneaux publicitaires animés, dits «NumériFlash», que la RATP veut généraliser dans le réseau du métro parisien. Ils sont si contestés par les associations anti-pub que c’est la justice désormais qui est saisie du dossier.

 

On a déjà parlé dans ce blog (ici, par exemple) de ces panneaux sonores et à cristaux liquides. Ils sont équipées de capteurs qui détectent les formes des visages des voyageurs orientés vers les messages publicitaires. Qui comptabilisent le nombre de gens (et donc de consommateurs) passant devant eux. Ainsi que le temps d’exposition de chacun à l’annonce publicitaire. Fin du fin, leur fonction Bluetooth, lorsqu’elle est activée, permet l’envoi de messages publicitaires sur le téléphone portable des passants – uniquement des passants consentants, promet la RATP. 

 

Pour les militants anti-pub, c’en est trop. A la base, ils jugent que l’usager moyen de métro parisien est déjà submergé par un matraquage publicitaire incessant et infernal. En plus, dans le cas d’espèce, ils soupçonnent cette nouvelle technologie de «relever de la vidéosurveillance et du recueil de données biométriques» sans autorisation et à des fins mercantiles. Et trouvent qu’au moment même où, ce mercredi, débutent vraiment les travaux de la grande table ronde lancée par le gouvernement sur les dangers éventuels des ondes (antennes-relais, etc.), il est assez léger de présumer d’emblée de l’innocuité de ces radiofréquences et donc de transformer les couloirs et quais du métro de Paris en gigantesque autoroute à Bluetooth.

 

Cinq associations anti-pub avaient dès lors saisi en référé le Tribunal de grande instance de Paris, lui demandant d’ordonner que ces panneaux publicitaires «high tech» soient soumis à une expertise professionnelle et indépendante. Pour mieux savoir de quoi ils sont faits, comment ils fonctionnent, et quels sont les risques qu’ils font éventuellement courir à la santé et au respect de la vie privée des quelque 10 millions d’usagers quotidiens des transports publics parisiens. La RATP, sa régie publicitaire et les concepteurs du «NumériFlash» ne semblaient pas opposés à cette expertise. Normal: ils ont tout intérêt à désamorcer au plus vite cette controverse: tant qu’elle dure, tant que ces mystérieux «panneaux publicitaires espions» (dixit les activistes) alimentent la suspicion, leur généralisation dans le métro est assez délicate. Dernièrement, cependant, le tribunal a jugé que, pour des questions de forme, les associations plaignantes étaient «irrecevables à agir». Leur requête n’a donc même pas été examinée sur le fond.

 

Les associations jugent «regrettable que des intérêts privés d’ordre purement financier soient ainsi privilégiés, au détriment du droit des citoyens à aller et venir sans servir de cobayes publicitaires dans les transports en commun». Du coup, et elles viennent de le confirmer cette semaine, plus pugnaces que jamais, elles ont décidé de ne pas en rester là et de faire appel de ce jugement. A Paris, on n’a donc pas fini d’entendre parler de ce dossier.