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18.06.2009

Un épilogue

C’est l’épilogue d’une controverse d’une vivacité que le patrimoine parisien n’avait plus connue depuis des années. C’est aussi le sort d’un des plus beaux lieux de Paris qui vient d’être scellé, presque en catimini: l’Hôtel Lambert (si vous ne situez pas, des photos ici). Cet édifice du bord de Seine, à la silhouette si familière aux Parisiens, qui occupe toute la proue Est de l’île Saint-Louis. Un joyau de l’architecture du dix-septième siècle, que l’on doit à l’architecte Louis Le Vau et au décorateur Charles Le Brun, le duo qui s’illustra au château de Versailles. On n’avait pas encore eu l’occasion de traiter le dossier ici, donc il est plus que temps de lui consacrer quelques lignes aujourd’hui.

 

Tout commença en 2007, lorsque l’Hôtel Lambert fut vendu (pour un prix astronomique) par son propriétaire, le baron Guy de Rothschild, au frère de l’émir du Qatar. Avant de s’y installer, la famille princière avait prévu d’y mener des travaux pharaoniques: un parking souterrain dont la sortie donnerait sur le quai d’Anjou, une vingtaine de salles de bains, plusieurs ascenseurs intérieurs, etc. L’édifice (où vécut notamment Voltaire) étant entièrement classé, les amoureux du patrimoine avaient blêmi. Une pétition contre le projet avait été lancée, qui recueillit plusieurs milliers de signatures dont celles d’académiciens (Françoise Chandernagor, Jean Clair, Dominique Fernandez, Marc Fumaroli, etc.), de grands noms de l’architecture (Bruno et Henri Gaudin, Yves Lion, Bruno Fortier etc.), ou d’historiens (Emmanuel Le Roy Ladurie). Le propre adjoint au maire de Paris chargé de la Culture, Christophe Girard, avait signé le texte. L’Hôtel de Ville s’apprêtant à rejeter le projet, le ministère de la Culture (sur injonction du quai d’Orsay?) s’était auto-saisi du dossier. Nouveau tollé. A l’époque, même le très docile «Figaro» n’avait pas semblé ravi. «On n'ose croire que les liens personnels entre Nicolas Sarkozy et l'émir du Qatar ou que les intérêts diplomatiques entre les deux pays puissent être suffisants pour passer outre les réserves unanimes» des opposants au saccage de ce fleuron du patrimoine parisien, écrivait à l’époque un de ses éditorialistes.

 

Finalement, mardi, la ministre de la Culture a donné son accord au projet. Entre-temps, celui-ci a, au fil de mois d’âpres débats, été revu à la baisse. Au total, selon le ministère, les travaux que réalisera l’émir dans l’Hôtel Lambert permettront d’«assurer la sauvegarde et redonner vie à un ensemble architectural et décoratif de premier plan». Mais la mairie de Paris a assez séchement pris acte de cet aval. Car à l’instar des défenseurs du patrimoine (ici, par exemple), elle considère que le projet final est encore très imparfait.

 

Et la controverse sur la politique culturelle, et patrimoniale singulièrement, de l’équipe Sarkozy n’est probablement pas close. Témoin, cette tribune vengeresse publiée l’autre jour encore dans «Le Monde», titrée «Alerte à la non-assistance à chefs-d'oeuvre en danger» et signée notamment par un professeur à la prestigieuse université de la Sorbonne, Alexandre Gady. «Dans l'affaire de l'hôtel Lambert, dossier particulièrement sensible, ses positions (de la ministre de la Culture) ont été très en deçà de ce qu'on pouvait attendre face à un tel enjeu, et il a fallu une large polémique pour que le projet médiocre de l'architecte en chef soit un peu amélioré. Une question se pose: y a-t-il encore une volonté de défendre le patrimoine, bien commun de tous les Français? Un Président de la République indifférent à la Culture, prêt à sacrifier toutes les règles d'urbanisme qui protègent nos villes et nos paysages de l'avidité des promoteurs, et un ministre sans poids politique, qui ne s'oppose à rien: le bilan est accablant. L'Etat dispose pourtant de tous les moyens légaux pour protéger le patrimoine. Il en est le premier destructeur, quand il devrait en être le premier garant».

24.04.2009

Une bénédiction

toursaintjacques.jpgUn peu de culture, et en l’occurrence un peu de patrimoine, pour bien terminer la semaine. Et deux bonnes nouvelles même, tombées récemment et concernant deux des plus gros chantiers de restauration architecturale menés depuis tant et tant d’années à Paris. Des chantiers si vieux d’ailleurs qu’on a beau fouiller dans notre mémoire de Parisien, on ne se souvient  pas d’avoir vu un jour ces deux fleurons du patrimoine autrement que dans leurs habits de fantôme: hideusement recouverts d’échaufaudages et de bâches de protection, tels de sinistres revenants traînant leurs draps blancs.

 

La tour Saint-Jacques d’abord: un joyau de style gothique flamboyant qui, sur 62 mètres, s’élève au cœur de Paris, rue de Rivoli. Et, pour l'anecdote, un des points de départ du célèbre pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Depuis 2001, ce monument était dissimulé sous les échafaudages et son square attenant était envahi par les baraquements de chantier. Désormais, l’un et l’autre ont retrouvé leurs atours. L’édifice et ses 925 éléments sculptés ont été entièrement nettoyés et restaurés. Et le square a été revu et replanté selon ses plans d’origine.

 

Ensuite, rive gauche cette fois, sur la si belle place du même nom, l’église Saint-Sulpice: la plus vaste église de Paris après Notre-Dame. Ici, la défiguration par les échaufaudages remonte carrément à… 1999: dix longues années donc. Mais, depuis quelques jours, on compte un peu moins de bâches sur les hauteurs de Saint-Sulpice. En effet, plus de 70 mètres au-dessus du sol, une de ses deux tours est désormais décorée des répliques exactes de deux énormes statues d’évangélistes d’origine, pesant chacune 60 tonnes et  représentatives de la statuaire de la fin du dix-septième siècle. Du coup, niveau après niveau, la restauration de cette église, qui depuis tant d’années avait l’air de tant traîner, donne dorénavant l’impression d’avancer.

 

saintsulpice.jpgL’avancement de ces deux chantiers de restauration colossaux n’est pas seulement une excellente nouvelle pour le patrimoine de la capitale. C’est aussi une bénédiction – c’est le cas de le dire, s’agissant d’édifices religieux – pour le promeneur parisien moyen.

 

Faites l’expérience à votre prochain passage dans les environs de la place du Châtelet, lorsque l’apoplexie vous menace à cause des gaz d’échappement: une pause sur un banc à l’ombre du magniolia du square Saint-Jacques est un ravissement. Puis, traversez la Seine et poussez la porte de Saint-Sulpice. Dans la première chapelle de droite après l’entrée, vous attendent deux grandes fresques peintes par Delacroix en personne. Héliodore chassé du temple et Jacob luttant avec l’ange. Elles sont si belles, si puissantes, si fougueusement romantiques que, dès que l’on pose les yeux sur elles, on oublie tout le reste.

 

 

PS : Tiens, un tuyau, parce que les touristes de passage ici ne le savent pas toujours: pour sortir ces peintures murales de la pénombre et donc mieux pouvoir les admirer, il suffit d’allumer la lumière de la chapelle, à l’aide de l’interrupteur situé sur le mur de droite en entrant.

09.04.2009

Un bras de fer

samaritaine.jpgJour J ce jeudi, peut-être, pour un fleuron du patrimoine parisien. Le fameux paquebot Art déco de «La Samaritaine»: l’ex et célèbre grand magasin de la rue de Rivoli, vide depuis qu’en juin 2005, pour des raisons de sécurité, il a définitivement baissé ses rideaux métalliques. Les propriétaires du site rencontrent aujourd’hui, une fois encore, les élus parisiens afin de tenter de les convaincre du bien-fondé de leur projet de réaffectation.

 

Il y a six mois déjà (relire ici), l’on pouvait espérer un déclocage de ce dossier qui a déjà tant traîné. Mais il s’était de nouveau enlisé. L’avenir de ce site prestigieux, en effet, divise même ses propriétaires. L’actionnaire majoritaire de «La Sama» (le groupe de luxe LVMH) s’est opposé à son actionnaire minoritaire (la fondation Cognac-Jay, propriétaire historique du magasin). Ce dernier préférait un projet 100% grand magasin plutôt que le projet mixte (hôtel de luxe, centre d’affaires, commerces, bureaux, logements sociaux) concocté par LVMH. A ce bras de fer, a succédé un deuxième, opposant cette fois les propriétaires du site à la Ville de Paris. C’est ce deuxième affrontement qui, ce jeudi, pourrait être scellé par une trêve.

 

Le groupe de grand luxe, en effet, va vraisemblablement accepter les conditions posées par la mairie, et donc donner un accent plus social à son projet de réaffectation. Il y aurait toujours un hôtel haut de gamme, qui serait situé dans la partie historique du bâtiment: celle située à front de Seine, qui jouit en son sommet d’un belvédère avec une vue splendide sur Paris. Il y aurait toujours des commerces ainsi que des bureaux. Mais le nombre de logements sociaux prévus sur le site, côté rue de Rivoli, pourrait tripler et atteindre 10% de la superficie totale du futur édifice. Et un équipement public (une crèche d’une cinquantaine de berceaux, un gymnase et/ou une école) pourrait être ajouté au programme.

 

Si plus aucune anicroche ne retarde ce méga-projet urbanistique (450 millions d’euros de budget), les premières inaugrations pourraient avoir lieu dès 2012-2013. Ce serait tout bénéfice pour le patrimoine – il est toujours triste de voir laissé vide un édifice si remarquable. En outre, en ces temps de crise, cela ne pourrait être que bénéfique pour l’emploi, qui en ce moment souffre à Paris aussi. Pour mémoire, en 2005, la fermeture du grand magasin avait occasionné le reclassement de 725 salariés.

08.04.2009

Un remplacement (encore)

On parlait hier des rues et boulevards de Paris qui, bientôt, seront embellis par le remplacement, actuellement en cours, des sanisettes version vieux modèle, qui défigurent le paysage urbain depuis un quart de siècle. Le projet d’une autre amélioration esthétique est lancé cette semaine dans la capitale française. Cette fois, ne sont plus concernés ces blocs massifs de béton (9 tonnes l’unité!) qui abritent les toilettes publiques mais une pièce particulièrement légère et fragile, et néanmoins si utile, du mobilier urbain. Dans le jargon administratif  de l’Hôtel de ville, on appelle cela les «réceptacles de propreté». Les poubelles donc, selon le terme laissé par le créateur de cette si pratique invention (*).

 

Depuis que les attentats new-yorkais du 11 septembre 2001 ont haussé le degré d'alerte du plan français de vigilance antiterroriste (‘Vigipirate’), les poubelles à Paris sont une véritable misère. En effet, les anciennes poubelles en métal ont dû être abandonnées, les consignes de sécurité imposant un modèle de récipient ouvert et transparent – afin qu’on puisse y détecter la présence éventuelle d’engins explosifs. Cela fait donc des années maintenant qu’en guise de poubelles, sur les trottoirs et dans les parcs et jardins de Paris, on ne voit que de misérables cercles de métal auxquels pendouillent lamentablement des sacs en plastique – lorsque ces sacs fragiles n’ont pas été déchirés en répandant leur contenu sur la chaussée. Ce modèle enlaidit d’autant plus la capitale française qu’on y trouve des poubelles un peu partout: on en dénombre 30.000 sur son territoire.

 

Bientôt, cependant, c’en sera fini de ce coup de poing visuel permanent. En effet, à partir de l’an prochain et d’ici à 2014, un nouveau modèle de «réceptacle de propreté» va faire son apparition. Plusieurs prototypes (dont un ici, par exemple) ont déjà été dessinés en 2007, dans le cadre d’un concours d’idées lancé un an plus tôt par la mairie. Deux ans plus tard, celle-ci vient donc de décider de passer à l’étape supérieure: une grande consultation des habitants afin de sonder leurs préférences.

 

Car cela a l’air tout bête de changer de poubelle, mais, en fait, ce n’est pas si simple que cela, a fortiori dans une ville comme Paris. D’abord, dans les quartiers architecturalement protégés (et ils sont nombreux ici), les préconisations esthétiques des Bâtiments de France doivent intégralement être respectées. Ensuite, le modèle de poubelle choisi doit non seulement être esthétique mais également pratique, afin de ne pas compliquer ni ralentir le travail des éboueurs. Enfin, même si les récipients à déchets sont transparents et ouverts, avant de pouvoir être installés sur la chaussée, ils doivent avoir passé avec succès les tests de sécurité de la préfecture de police. Ainsi, lors du concours de 2007, des charges explosives ont été placées dans chaque prototype afin de vérifier qu’en cas d’explosion, le matériel brisé ne blessait pas le public.

 

Cerise sur le gâteau, si l’on ose dire s'agissant d'ordures, chaque future nouvelle poubelle parisienne sera assortie d’un cendrier de rue. Afin d’essayer de réduire un peu le nombre de mégots jetés par terre: une véritable plaie qui, depuis que le tabac a été interdit dans les lieux publics, a transformé les rues de Paris en gigantesque cendrier.

 

 

 

(*) Pour rappel et pour la petite histoire, le terme ‘poubelle’ vient du patronyme d’Eugène Poubelle: le préfet de Paris qui, en 1884, imposa pour la première fois aux habitants de la capitale de déposer leurs ordures ménagères dans des récipients communs, qui étaient alors en bois et en fer blanc.

07.04.2009

Un remplacement

sanisette.jpgToujours non au ras des pâquerettes, plutôt rares ici, mais au ras du macadam, Paris en ce moment s’occupe de… ses lieux d’aisance. Comme d’ailleurs la Ville de Bruxelles, qui, lisait-on l’autre jour dans «La Libre», va installer de nouvelles toilettes publiques sur son territoire. Dans la Ville lumière, l’on est en train de procéder au programme de remplacement des 400 sanisettes qui, depuis le début des années 80, parsèment la cité.

 

A titre perso, on l'avoue, ces toilettes publiques sont bien un des rares endroits de la capitale où, pendant toutes ces années de Parisien, on n’a jamais trop osé s’aventurer. Appréhension de se retrouver dans des lieux aussi clos. Idée sans doute totalement reçue d’y être confronté à une propreté douteuse et à des odeurs nauséabondes. Vague crainte que la porte de ces toilettes, à cause d’un dysfonctionnement technique quelconque, s’ouvre avec impudeur alors qu’on est en pleine occupation. Hantise carrément que cette porte ne s’ouvre pas quand on a terminé et qu’on reste donc enfermé là pendant des heures dans l’attente d’hypothétiques sauveteurs. Une hantise qui, cela dit, a l’air d'être assez répandue dans l’imaginaire populaire parisien puisque c’est expressément pour éviter que les gens craignent d’y rester enfermés que les nouveaux modèles de sanisettes en cours d’installation prévoient, outre une porte automatique, «une ouverture de secours manuelle».

 

Le diable se niche dans le moindre détail, dit l‘adage. Mais l’ingéniosité et la créativité aussi, comme l’illustrent bien ces nouvelles sanisettes parisiennes.

 

Ainsi, l’eau de pluie sera récupérée au niveau du toit de l’édicule et servira au lavage de son plancher, permettant ainsi des économies d’eau. Un puits de lumière aménagé dans le toit  des toilettes offrira un éclairage naturel qui complètera l’éclairage arttificiel, lui-même de faible consommation. Un détecteur de présence permettra de n’éclairer les lieux que lorsqu’ils sont occupés. On nous annonce aussi «un espace intérieur agrandi», une accessibilité conçue à 100% pour les handicapés (instructions sonores, en braille, etc.) ainsi qu’«une sonorisation d’ambiance» mais là, on craint un peu le pire: genre atroce «musak» d’ascenseur, qu’ils seraient bien capables d'assortir, en plus, de publicités commerciales.

 

sanisetteenrue.jpgQuant à son design, cette sanisette high-tech présentera «une ligne inspirée de l’arbre, avec une base qui soutient la structure comme un tronc soutient les branches».  Le tout, assure la mairie, «s’intègre parfaitement à l’environnement urbain parisien». On verra cela. En la matière, de toute manière, on peut difficilement faire pire que les édicules actuels, qu’on a toujours trouvés particulièrement hideux.

31.03.2009

Une couleur

«Vert anis!», s’enthousiasmait un Parisien moyen, interrogé à la radio locale ce matin. «Argenté, ou mieux encore: doré!», suggérait une touriste un peu bling, interrogée l’autre jour, lors d’un «micro-trottoir», pour le 20 Heures de TF1. «Rose», proposait plutôt un garçon délicat. «Bleu électrique», corrigeait un amateur de couleurs flashy. Bon, et bien non: ce sera brun. Couleur bronze, en fait. «Brun tour Eiffel», très exactement et officiellement. On parle de la couleur de la peinture qui, à partir d’aujourd’hui, va être apposée sur les armatures de la tour Eiffel. Qui fête ses 120 ans ce mardi. Jour où débute aussi la dix-neuvième campagne de peinture du monument touristique le plus visité au monde (rien que 7 millions de visiteurs l’an dernier!).

 

Gustave Eiffel avait voulu une tour brun rouge. Lors de son inauguration en 1899, elle avait les pieds orange et la pointe jaune clair. Aujourd’hui, à supposer même qu’ils auraient préféré le doré ou le magenta, les responsables parisiens n’auraient eu d’autre choix que la couleur bronze. En effet, la teinte si particulière du revêtement de la célèbre tour est désormais déposée et dûment enregistrée aux Monuments historiques. Précisément, expliquent ses gestionnaires, la teinte de la tour «est une couleur spécifique de trois tonalités (la plus claire est au sommet) de couleur bronze. Elle a été adoptée en 1968. Ces trois nuances différentes assurent aujourd’hui l’homogénéité de la couleur dans le ciel de Paris». Ce dégradé plus foncé en bas qu’en haut souligne aussi la ligne de fuite sur la silhouette élancée de la dame de fer.

 

Vingt-cinq ouvriers se chargeront du renouvellement de la peinture de la tour, une opération qui a lieu tous les sept ans et qui prendra vingt mois. Soixante tonnes de couleur seront utilisées. Lors du lifting de 2001, pour la première fois, une nouvelle peinture sans plomb avait été appliquée. Cette fois, une étape écologique supplémentaire est franchie puisque c’est exclusivement de la peinture bio qui sera utilisée . Les travaux de peinture seront effectués non à l’aide de pistolets mais uniquement avec des pinceaux ronds, afin de limiter les éclaboussures.

 

D’ailleurs, les millions de touristes qui visiteront la tour d’ici à l’achèvement de ses travaux de remise en couleur peuvent être rassurés: deux hectares de filets de protection seront déployés sur l’armature du monument, pour veiller à ce que les vêtements des visiteurs ne soient pas tachés par la peinture fraîche. Dans la capitale mondiale de l’élégance, a fortiori alors que les petites robes d’été ne vont plus trop tarder à faire leur réapparition en terrasse, on n’est jamais trop prudent. 

 

24.03.2009

Un label

squaredutemple.jpgAujourd’hui, faisons dans le local. Dans le micro-local, même. Au risque – on prévient tout de suite – de faire bâiller d’ennui tous les lecteurs de ce blog qui n’habitent pas dans le Marais. Mais nous, en tout cas, très égoïstement, on a été ravi en apprenant cela: une raison de plus nous est donnée, depuis quelques jours, de fréquenter un de nos espaces verts favoris à Paris.

 

Posons le décor, d’abord. Nous sommes dans le troisième arrondissement. Au square du Temple. Un endroit que, depuis qu’on habite Paris, on adore. C’est bien simple : dès qu’il fait beau, il fait partie des endroits où on se précipite. Pour bouquiner, converser,  rêvasser, flâner, mater, s’affaler sur les pelouses, s’amuser des facéties des canards qui barbotent dans la mare, etc. Bref, pour profiter de la vie.

 

C’est pourtant un espace vert qui, a priori, ne paie pas de mine. On est loin des beaux et grands jardins de l’ouest parisien: c’est même un tout petit square, enserré dans un tissu urbain très dense. Mais on l’a toujours trouvé ravissant. Et extrêmement varié et vivant: on y croise des tas de gens différents, qui habitent le quartier. Des ribambelles d’enfants asiatiques venues du Marais chinois, des familles du Marais juif, des jeunes gens du Marais gay, des bobos branchouilles du Haut Marais, ou des petits vieux du Marais populaire avant que ce quartier devienne si friqué. C’est en plus, un haut lieu de l’Histoire de France. A cet endroit, au douzième siècle, régnait le fameux Ordre des Templiers. Et, à la Révolution de 1789, dans l’enclos du Temple que ce square a remplacé, ont été emprisonnés Louis XVI, Marie-Antoinette et le dauphin Louis XVII. Enfin, dans le quartier environnant ce square, on trouve des tas de choses formidables: le Marché des Enfants rouges, où il est si agréable de bruncher le dimanche, des magasins d’alimentation fabuleux, des fleuristes magnifiques (même un magasin de cactus unique), une librairie vraiment bien, des bistrots sympas, des placettes adorables, etc. Bref, chaque fois qu’on va au square du Temple, on se dit que, pour rien au monde décidément, on habiterait dans un autre quartier de Paris.

 

fleursdutemple.jpgVoilà pour le décor. La nouvelle, c’est que ce square vient de recevoir le «label espace vert écologique». Les jardiniers y travaillent sans pesticide. Ils ne pratiquent pas le désherbage chimique, ce qui permet au trèfle ou aux pâquerettes d’envahir bucoliquement les pelouses. Grâce à une attention constante portée à la diversité, des oiseaux comme les roitelets, les martin-pécheurs ou les bergeronnettes y ont élu domicile. Parmi les plantations, la priorité a été donnée à des espèces végétales prisées des oiseaux: aubépines, pruneliers, noisetiers, ronces, etc. Des enclos avec des friches naturelles ont été aménagés pour permettre aux animaux de s'y installer. Les déchets verts (résidus des tontes d’herbe, etc.) sont broyés et répandus dans les massifs. Les jardiniers apprennent à recycler l'eau de la mare pour limiter la consommation lors des arrosages. Ceux-ci se font de nuit pour limiter l'évaporation. Etc, etc.

 

Ouh… alors, on entend d’ici là les récriminations. C’est bien gentil tout cela, mais, écologiquement, c’est peanuts dans une ville où, par ailleurs, s’accumulent les alertes aux pollutions de l’air. Et c’est limite tartouille en ces temps où des milliers de Français, et donc sans doute aussi d’innombrables Parisiens, sont plongés dans une galère pas possible par la crise. D’accord. Cela ne règle rien du tout, globalement. Mais cela ne peut pas non plus faire de mal, fondamentalement, se disait-on ce matin encore en passant devant le suare du Temple.

 

 

 

carreaudutemple.jpgPS: On parlait l’autre jour, dans ce blog, de l’anniversaire de la démolition des Halles de Paris. Le quartier du Temple a lui aussi sa petite Halle: le Carreau du Temple. Là, on a décidé de préserver le patrimoine. Et une réflexion est en cours pour sa réhabilitation au bénéfice de la population locale (espaces de réunion, salles de sport, lieux de convivialité, etc…). Ce quartier du Marais est décidément bien. Et vivre dans cette ville est définitivement formidable.

03.03.2009

Un joyau

«Il restait là quelques minutes, aspirant fortement l’air frais qui lui venait de la Seine, par-dessus les maisons de la rue de Rivoli. En bas, confusément, les toitures des Halles étalaient leurs nappes grises. C’était comme des lacs endormis, au milieu desquels le reflet furtif de quelque vitre allumait la lueur argentée d’un flot. Au loin, les toits des pavillons de la boucherie et de la Vallée s’assombrissaient encore, n’étaient plus que des entassements de ténèbres reculant l’horizon. Il jouissait du grand morceau de ciel qu’il avait en face de lui, de cet immense développement des Halles, qui lui donnait, au milieu des rues étranglées de Paris, la vision vague d’un bord de mer, avec les eaux mortes et ardoisées d’une baie, à peine frissonnantes du roulement lointain de la houle. Il s’oubliait, il rêvait chaque soir d’une côte nouvelle».

 

Paris célèbre ces jours-ci le quarantième anniversaire du «déménagement du siècle»: le transfert des Halles vers le marché de Rungis, dans la banlieue sud de Paris, dans la nuit  du 2 au 3 mars 1969. Ces quelques lignes sont extraites du «Ventre de Paris» d’Emile Zola, un des plus éblouissants romans consacrés à la capitale française. Ce matin, on n’a pas pu résister au plaisir d’en donner des extraits. En souvenir de ce qui reste dans la mémoire comme le plus grand massacre architectural du vingtième siècle à Paris: la démolition, à partir de 1971, des splendides pavillons de verre et de fer construits par Victor Baltard dans les années 1850 – une des opérations urbanistiques les plus spectaculaires du Second Empire, finalement impitoyablement rasée par l’urbanisme pompidolien.

 

A l’époque, la démolition des Halles – aujourd’hui remplacées par l’ignoble centre commercial du Forum  –  plongea le quartier Châtelet dans un chaos inimaginable. Pendant des années, Paris fut affublé du «trou des Halles», du nom donné par la population à l’immense cratère laissé devant l'église Saint-Eustache par le chantier. Trente cinq années après leur destruction, subsiste aujourd’hui un seul des nombreux pavillons de Baltard. Reconstruit en banlieue parisienne, à Nogent sur Marne, cet ex-joyau du patrimoine architectural mondial sert aujourd’hui notamment… de plateau au télé-crochet «A la recherche de la nouvelle star» de la chaîne de télé M6…

 

Si le patrimoine souvent s’écroule sous le poids de la bêtise humaine, les mots, eux, ne meurent heureusement jamais. Et quand ils sont de Zola, ils pansent merveilleusement les plaies de l’Histoire. Encore quelques lignes du «Ventre» donc, pour la beauté de ce lever de soleil sur Paris.

 

«Il leva une dernière fois les yeux, il regarda les Halles. Elles flambaient dans le soleil. Un grand rayon entrait par le bout de la rue couverte, au fond, trouant la masse des pavillons d’un portique de lumière; et, battant la nappe des toitures, une pluie ardente tombait. L’énorme charpente de fonte se noyait, bleuissait, n’était plus qu’un profil sombre sur les flammes d’incendie du levant. En haut, une vitre s’allumait, une goutte de clarté roulait jusqu’aux gouttières, le long de la pente des larges plaques de zinc. Ce fut alors une cité tumultueuse dans une poussière d’or volante».

26.01.2009

Un désastre

pin_maritime_021_(rameau).jpgWeek-end de tempête hivernale, dans le Sud-Ouest. Le bilan humain (8 morts, tout de même) n’est pas négligeable. Ce matin encore, d’innombrables personnes sont plongées dans l’embarras:  un bon million de Français au moins doivent être privés d’électricité, d’eau ou de téléphone. Cette tempête exceptionnelle constitue aussi un désastre écologique majeur pour le pays. En effet, la forêt d’Aquitaine – 300.000 hectares, le plus grand massif forestier de France – a été touchée de plein fouet. Selon le syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest, 60% de la forêt du Sud de la Gironde et des Landes a été ravagé. Concrètement, cela veut dire que des hectares entiers de pins maritimes ont été couchés par terre par les vents. Il faudra des décennies voire des siècles avant que le paysage de la région efface les traces de cette catastrophe.

 

On le sait particulièrement bien en région parisienne, où l’on n’a pas encore totalement fini de panser les plaies de la dernière grande tempête cyclonique d’ampleur historique avant celle de ce week-end: la tempête de décembre 1999. Cette tempête avait particulièrement frappé la capitale et sa région. Elle s’était acharnée sur les deux grands bois parisiens (Boulogne et Vincennes). Et avait causé des dommages irrémédiables y compris à des espaces verts d’intérêt esthétique, écologique ou culturel majeur comme les jardins de Versailles ou la forêt de Fontainebleau. Dégât collatéral en forme d’anecdote, qu’on avait expérimenté in situ à l’époque: pendant des années, après ces tempêtes, il avait été très difficile de pratiquer la randonnée pédestre dans ces forêts parisiennes, une bonne partie des signes de balisage des sentiers ayant disparu, les arbres sur lesquels ils avaient été apposés ayant été abattus.

 

Ses agents nous le confirmaient au téléphone, ce matin: en ce moment, l’Office national des forêts met la dernière main au rapport qui dressera un bilan extrêmement détaillé de la situation des forêts parisiennes et françaises dix ans après cette grande tempête de 1999. C’est à ce moment seulement que l’on saura dans quelle mesure le désastre écologique a pu ou non, en tout ou en partie, être réparé. En attendant la publication de ce rapport, dans plusieurs forêts domaniales de la région parisienne, les agents de l'ONF sont toujours à pied d'oeuvre pour réparer les dégâts. Dix ans n'ont pas été de trop, en effet, pour commercialiser les quantités énormes de bois abattus, pour nettoyer les parcelles, leur laisser le temps de se régénérer ou pour procéder à des replantations lorsque la tempête avait nui à la diversité des essences. A cet égard, certaines forêts parisiennes ont été tellement dévastées que 75% de leur régénération a dû être faite artificiellement. Les forestiers en ont souvent profité pour remplacer les tilleuls, très vulnérables aux coups de vent, par des chênes, plus costauds. Mais ces derniers arbres poussant lentement, il faudra bien un siècle avant que l'on retrouve la physionomie des forêts parisiennes d'avant la tempête de 1999. 

06.11.2008

Un effondrement

Alors, pour le coup, par rapport à la révolution planétaire qui a fait l’actualité d’hier, cela va évidemment paraître très terre-à-terre comme note, voire au ras des pâquerettes. Mais enfin, même donc si à première vue, c’est très anodin, on a pu constater hier, en y passant, que les gens ne parlent que de cela au Quartier Latin. De ce spectaculaire accident survenu mardi rue des Ecoles, pas loin de la Sorbonne. De ce qui aurait même pu tourner à la catastrophe. De… cet arbre qui, sans crier gare, s’est subitement effondré... sur la terrasse d’un café.

 

Deux personnes ont été blessées, dont une assez grièvement. L’arbre, un ailante vieux de 115 ans, mesurait plus de dix mètres. Sa chute impromptue sur la chaussée, en pleine heure d’affluence, a heureusement pu être amortie par une voiture. Inspecté récemment par les services municipaux, l’arbre avait été décrété comme étant en parfait état phytosanitaire. Comme le vent ne soufflait pas sur Paris à ce moment-là, son effondrement est probablement dû soit à des travaux de voirie effectués récemment et à proximité dans le sous-sol (qui auraient fragilisé son assise), soit à une pourriture non détectée de ses racines.

 

Du coup, rétrospectivement, on s’en veut un peu d’avoir si souvent pesté contre la mairie de Paris, si prudente qu’à la moindre petite bourrasque soufflant sur la capitale, elle ferme illico les squares et jardins pour éviter les chutes de branches voire d’arbres sur les passants. Vu les chiffres, en effet, le principe de précaution a de quoi être de mise.

 

La mairie gère 180.000 arbres (hors les deux bois: Boulogne et Vincennes) dont 100.000 en bordure de rues et 80.000 dans les parcs, jardins et cimetières. Cette végétation a beau être scrupuleusement contrôlée chaque année, son état de santé général souffre paraît-il beaucoup du mode de vie urbain, et notamment du stress infligé par les travaux de voirie et les vibrations souterraines. Cela explique pourquoi, à Paris (mais sans doute aussi dans les autres grandes capitales mondiales), les arbres plantés le long des rues ont une longévité souvent limitée à 60 ou 80 ans (*). Et cela oblige la mairie à abattre chaque année quelque 1.500 arbres trop vieux et/ou malades. Ce qu’elle ne fait qu’avec réticence car cela suscite souvent la controverse et la mobilisation des comités de quartier (relire ici).

 

La Ville se doit d’être d’autant plus prudente que, malgré leurs pieds d’argile, ces arbres sont souvent des géants, dès lors dotés d’une taille et d’un poids potentiellement très menaçants. Pour preuve, en plein centre de Paris, on en trouve qui dépassent allègrement les 30 mètres de haut. Dans les bois parisiens, où l’on dénombre 300.000 arbres, leurs dimensions sont encore plus impressionnantes. Pour l’anecdote, le Bois de Boulogne compte un séquoia géant (planté en 1872) qui fait… 6,55 mètres de circonférence. Tandis qu’au Bois de Vincennes, le plus grand des platanes (planté en 1860) va sur ses… 45 mètres de hauteur. La prochaine fois qu’on passera en dessous, on essayera de ne pas trop penser à l’effondrement de la rue des Ecoles.

 

 

(*) Sauf exceptions notoires, bien sûr. Ainsi, le célèbrissime robinier du Square René-Viviani: quai de Montebello, face à Notre-Dame, à côté de la belle petite église de St-Julien le Pauvre. Planté en 1601, c’est le plus vieil arbre de la capitale.

14.10.2008

Une épave

lasama.jpgC’est une épave au cœur de la ville, un vieux paquebot vide, comme piteusement amarré en bord de Seine depuis trois ans maintenant. Mais ce mardi, son sort pourrait bien se jouer. On parle de «La Samaritaine», l’ex et célèbre grand magasin de la rue de Rivoli, qui attend une nouvelle destinée depuis la fermeture de ses portes, le 15 juin 2005.

 

Ce mardi, la direction du groupe LVMH (propriétaire des lieux), les représentants du personnel du grand magasin, la mairie de Paris ainsi que celle du premier arrondissement tiennent une grande réunion du «comité de site» de «La Sama». Sur la table, le projet concocté par LVMH pour le site. Enorme projet: 26.000 m2 de bureaux et autant de commerces, quelques logements sociaux (2.400 m2) et, surtout, un hôtel de luxe qui serait situé dans la partie historique du bâtiment, celle à front de Seine et qui dispose en son sommet d’un belvédère avec une vue splendide sur Paris. Si ce projet est accepté, cet hôtel pourrait ouvrir en 2013.

 

A la mairie d’arrondissement, on estime, enthousiaste, qu’«un hôtel à cet endroit, ce serait un événement. Ce serait génial. Cela aurait une classe formidable». Moyennant quelques aménagements (l’assurance de la présence de commerces de proximité rue de Rivoli, par exemple), le projet de LVMH y est bien reçu. En tout état de cause, le maire d’arrondissement estime qu’«on ne peut pas continuer à avoir cette épave au cœur de Paris. Maintenant, il faut aller le plus vite possible».

 

En effet, la relance de cet énorme îlot situé en plein centre ville est indispensable pour  la vie de quartier et pour l’emploi à Paris. En termes de patrimoine également, ce serait une bonne nouvelle. En effet, le paquebot de «La Sama» a une grande valeur architecturale. Cet édifice, construit entre 1926 et 1928, est dû à Henri Sauvage (1873-1932), l’un des seuls architectes français de sa génération à avoir brillamment réussi le passage de l’Art nouveau au modernisme. Sauvage a aussi laissé à Paris de très beaux immeubles à gradins rue Vavin (huitième arrondissement) et rue des Amiraux (dix-huitième) ainsi que le fameux «Studio Building» (seizième): un sublime ensemble d’ateliers d’artistes en duplex dont la façade est carrelée de grès émaillé polychrome.

 

Pour la petite histoire, et parce que cela fournit un argument de plus en faveur de sa réhabilitation, «La Sama» fut aussi le théâtre d’une légendaire «success story» parisienne. L’irrésisistible ascension de son maître d’ouvrage, fondateur et propriétaire, Ernest Cognacq (1839-1928). Un homme à la vie fascinante, orphelin à l’âge de 12 ans, qui débuta comme petit commis dans une boutique puis comme vendeur de tissus dans la rue, au pied du Pont neuf, avant de gravir un à un les échelons et de finir à la tête d’un immense empire de grands magasins parisiens.

 

 

PS : BlogSpirit cafouille visiblement beaucoup, en ce moment. Une opération de maintenance de cette plateforme, lundi matin, a causé pas mal de problèmes, de mise en page notamment, à «Paris Libre». Dont – les lecteurs l’auront remarqué – des variations saugrenues et erratiques dans les polices de caractères utilisées dans ce blog. Juste donc pour préciser que nous ne sommes nullement responsables de ces si énervantes facéties électroniques. Sur lesquelles comme d’habitude, personne ne semble avoir beaucoup de prise – les joies de la technologie informatique, suite. Mais enfin, on imagine qu'on ne devrait pas trop se plaindre puisque certains utilisateurs de cette plateforme, paraît-il, n'y ont carrément plus accès. Dès lors, si l'un ou l'autre jour prochain, ce blog reste silencieux, n'en déduisez pas qu'on est parti à la plage: en lieu et place, on sera probablement en train de pester, impuissant, devant ce fichu ordinateur...

06.10.2008

Un chantier

01ab86068f4ca290802ba16277153d6d.jpgUn énorme chantier mené au cœur d’un fleuron du patrimoine, ce n’est habituellement ni agréable, ni joli. Au Palais royal en ce moment, cependant, le ministère de la Culture a réussi à joindre l’utile et l’agréable. En effet, le vaste chantier de restauration des célèbres colonnes de Buren, lancé il y a peu dans la cour d’honneur du Palais, a été mis en scène de manière aussi intéressante qu’efficace.

C’est Daniel Buren en personne qui a signé cette mise en scène, avec l’accord des architectes des Monuments historiques. La palissade qui, pour des raisons de sécurité, devait impérativement être installée autour du chantier, a été agrémentée des fameuses bandes verticales noir et blanc de 8,7 cm de largeur qui ont fait la réputation mondiale du plasticien. Surtout, elle a été percée à intervalles réguliers de fenêtres qui permettent au grand public de suivre l’évolution du chantier. Jolie trouvaille: ce sont des panneaux de verre de couleur qui constituent ces fenêtres. Bleu, vert, rouge, jaune, orange: aperçue par ces ouvertures colorées, du coup, l’enceinte majestueuse du Palais royal prend soudain un relief et un aspect encore plus séduisants que d’habitude. Et, lorsque le soleil s’y reflête, ces touches de couleur agrémentent elles-mêmes les galeries du Palais d’éclats malicieusement colorés. Le grand public, en tout cas, visiblement adore cela. Ainsi, samedi après-midi, on faisait quasiment la queue derrière ces carreaux de couleur pour admirer le panorama.

56cd3a4046f1ced0b155d348582b0ed4.jpgCe chantier de restauration n’a été dû qu’à un coup de gueule. Il y a quelques mois (relire ici), Daniel Buren avait carrément menacé de démolir son œuvre monumentale si l’Etat persévérait à ne pas l’entretenir correctement. Finalement, à l’issue de plusieurs réunions de crise, un budget de 5 millions d’euros a pu être débloqué. Il permettra la réfection des 260 colonnes proprement dites ainsi que de l’asphalte et des caillebotis, puis la réhabilitation du mécanisme de la fontaine et des éclairages qui sont censées mettre en valeur l’installation mais dont l’état, depuis 1986, s’était considérablement dégradé.

Avant que le plan pluriannuel de restauration du Palais royal s’attaque aux façades de la rue de Valois et à la galerie d’Orléans, les architectes vont surtout achever de traiter les gros problèmes d’étanchéité de la dalle supportant l’œuvre monumentale de Buren.

 

83f4205043fe9cfc2fe6d61d91527094.jpgCes problèmes affectent particulièrement la Comédie française, qui a trois salles de répétition en sous-sol de l’installation de Buren. Ces salles ont été inutilisables pendant des années à cause d’infiltrations d’eau, ce qui a obligé la célèbre institution à délocaliser ses répétitions sur trois plateaux aménagés au Grand Palais et au Théâtre Récamier. Les sociétaires de la Comédie française, qui se se voient mal répéter sous la poussière et les marteaux piqueurs, devront désormais patienter jusqu’à l’achèvement du chantier Buren, prévu dans un an, pour reprendre possession de ces locaux.

26.09.2008

Une crise

b0b3037576bee9381961982becbc8786.jpgDeux crises au menu de cette semaine. D’abord, évidemment, la grande crise financière et bancaire internationale, dont Nicolas Sarkozy hier soir encore disait qu’elle était la plus grave que le monde ait traversé depuis 50 ans. Crise qui occupe tous les esprits et qui, visiblement, préoccupe les gens – plus de sept Français sur dix se disent inquiets de ses répercussions sur leur vie quotidienne. Et puis, il y a une autre crise dont les médias français ont pas mal parlé cette semaine. Elle semble plus anecdotique car elle concerne un secteur bien déterminé de l’économie, mais elle a un impact important sur l’ambiance et sur le cadre de vie, en ville particulièrement et à Paris tout spécialement. C’est la grave crise traversée par le secteur des bars et des restaurants.

Les derniers chiffres sortis mardi ne laissent pas la moindre place au doute. Au premier semestre 2008, près de 3.000 restaurants, bars et cafés ont déposé leur bilan en France. Cela signifie qu’en moyenne, un café ferme ses portes chaque jour dans ce pays. Selon les régions, la fréquentation des cafés, bars, brasseries et restaurants a chuté de 10 à 30%. En 1997, 85% des Français se rendaient très régulièrement au resto et/ou au bistrot. Dix ans plus tard, ils ne sont plus que 41%. Selon les professionnels, cette dégringolade du secteur est la conséquence directe et combinée de la baisse du pouvoir d’achat, de la loi interdisant de fumer dans les lieux publics et des campagnes permanentes de sensibilisation à une moindre consommation d’alcool et à une alimentation moins riche.

Depuis la publication de ces chiffres, on est parvenu non sans mal à retrouver, cachées dans le fin fond de notre documentation, quelques données relatives à la capitale proprement dite. Et elles ne sont guère plus réjouissantes qu’à l’échelle du pays.

A Paris, on dénombre quelque 1367 cafés-tabacs et débits de boissons. Entre 2000 et 2006, ce nombre a chuté de 17%. Rien qu’entre 2003 et 2006, 251 bistrots ont fermé leurs portes dans la capitale. Si rien n’est fait, considèrent les professionnels du secteur, dans quinze ans, 60% des cafés de quartier auront disparu au profit des cafés des grandes chaînes et des établissements touristiques.

Un petit noir serré au zinc typique du coin? Ou un café en gobelet encartonné dans un Starbucks, exactement pareil à celui qu’on pourrait boire dans un établissement de cette chaîne à Rome, New York ou Tokyo? C’est peut-être un brin caricatural de résumer de la sorte la situation, mais c’est tout de même un peu cela la question.

22.09.2008

Un revirement

C’était prévu pour survenir aujourd’hui, premier jour de l’automne. C’était attendu pour ce soir précisément, à Paris à la tombée de la nuit. Et cela n’allait certainement pas passer inaperçu aux yeux de millions de Parisiens et de touristes. Et puis non, finalement, la mesure a été reportée.

On parle de la tour Eiffel. Chaque soir depuis le 31 décembre 1999, vestige des festivités du passage à l’an 2000, le célèbre monument s’illumine et scintille pendant les dix premières minutes de chaque heure. Le spectacle est kitschissime à souhait, mais absolument grandiose, voire carrément féerique. Ce 22 septembre, ce dispositif aurait dû être revu à la baisse: le scintillement n’aurait plus duré que cinq minutes par heure. «Une décision symbolique»: les économies d’électricité ainsi réalisées étaient censées montrer le souci de la capitale française pour le développement durable.

Finalement, il n’en sera rien, a-t-on entendu dans un demi sommeil à la radio, tôt ce matin. La présidence française de l’Union européenne a prié la société gérant la tour de maintenir telle quelle la durée de scintillement du monument. Dans la foulée, est également conservée la décoration lumineuse bleue qui, dès la tombée du jour, éclaire l’édifice aux couleurs de l’Europe.

C’est la deuxième fois que les autorités reviennent sur un projet de réduction de l’illumination de la tour Eiffel. A la mi-2001, la «robe de diamants» dont on avait paré la tour pour l’an 2000 était arrivée techniquement en bout de course et avait été arrêtée. Mais la déception des touristes et les plaintes des Parisiens avaient ensuite conduit la ville à faire marche arrière. Du coup, en 2003, 20.000 nouvelles ampoules lumineuses dites «à éclats» avaient été installées sur toute la structure du monument. Ce sont elles qui, depuis, assurent chaque soir le grand spectacle.

Celui-ci se poursuivra donc, jusqu’à nouvel ordre. Ce ne sera pas très écologique (*). Mais, au moment où à Paris aussi, les jours raccourcissent et les soirées se refroidissent, cela rendra cette nouvelle saison un peu moins sinistre.

(*) Pour, tout de même, faire quelques économies d’électricité, est désormais étudiée la possibilité de poser des panneaux solaires sur les toits des restaurants hébergés dans la structure de la tour. 

19.09.2008

Une visite

A Paris comme partout ailleurs ce week-end, les Journées du Patrimoine. Parce que la petite histoire des grands de ce monde fait toujours recette, parce que les coulisses des lieux de pouvoir ont toujours excité la curiosité populaire, il y a fort à parier que cette année encore, la queue va être interminablement longue rue du Faubourg Saint-Honoré, devant les grilles du palais de l’Elysée.

L’an dernier, pour la première fois dans les annales, le bureau personnel du Président de la République avait été ouvert au public. Cette année, les visiteurs auront accès à trois salons supplémentaires dont le célèbre salon d’Argent, où Napoléon signa son acte d’abdication le 22 juin 1815, après avoir été défait à Waterloo. Sinon, à l’occasion de cette Journée, le chef de l’Etat a voulu «mettre l’Histoire en valeur sous un angle inédit». Du coup, dans le salon Napoléon III, seront présentés au public «les menus d’hier et d’aujourd’hui, donnés en l’honneur d’invités illustres». Et dans la Cour d’honneur, les visiteurs pourront s’extasier devant «une collection unique de voitures présidentielles des débuts de la Cinquième République».

Dans le petit dépliant de présentation du Palais qui leur sera remis à leur arrivée, les visiteurs de l’Elysée découvriront un cliché inédit du couple Sarkozy-Bruni, réalisé spécialement pour l’occasion par la grande photographe américaine Annie Leibowitz. La photo montre un couple plus amoureux et glamour que jamais, limite illu de couverture d’un bouquin de la collection «Harlequin».

Ce week-end, d’ailleurs, l’amour pourrait bien priver les visiteurs de l’Elysée du bonheur incommensurable d’une poignée de main avec le maître de maison. Nicolas Sarkozy, en effet, est attendu en début de semaine prochaine à l’Assemblée générale des Nations unies. Or, il se murmure qu’il pourrait anticiper son départ à ce week-end pour pouvoir jouir avec madame d’un merveilleux week-end en amoureux à New York.

Il n’y a pas à dire: ces gens savent vivre.

16.09.2008

Un événement (encore)

Certains lecteurs de ce blog trouveront peut-être que reparler de ce sujet visiblement un brin polémique, c’est donner des verges pour se faire battre – pour rependre cette si délicieuse expression de la langue française ;-) Peu importe, revenons doublement sur cette grande exposition de Jeff Koons au château de Versailles, qu’on évoquait ici jeudi dernier.

D’abord, pour signaler qu’elle est en train de remporter un succès de foule assez historique. Selon les premiers chiffres de fréquentation, pas encore officiels, Versailles, depuis l’inauguration de cet événement, tourne au rythme de… 10.000 visiteurs par jour! C’est deux fois plus que la moyenne du nombre de visiteurs quotidiens reçus habituellement au château (*). «Les gens oscillent entre excitation et étonnement», nous confiait hier un des organisateurs. «Excitation avant l’expo, dans les files d’attente: ils ont l’air de sentir qu’ils vont vivre un grand moment. Etonnement au moment de découvrir l’expo: les gens sont stupéfaits, amusés, séduits. Et les choses se passent très bien. Aucun incident n’a été déploré: ni esclandre, ni coup de marteau dans les sculptures, ni crachat sur les oeuvres, etc».

Ensuite, pour nuancer un certain jugement selon lequel seule «l’intelligentsia de gauche bobo parisienne» applaudirait à cet événement culturel et, plus globalement, à l’art contemporain. On en a encore eu l’illustration pas plus tard qu'hier, en feuilletant … «Le Figaro»  – un quotidien tout sauf  bobo et de gauche mais qui, au contraire, incarne à merveille la bien-pensance. Le chroniqueur culturel de service (l’écrivain et historien de l’art Adrien Goetz) s’y enthousiasmait pour l’expo Koons, dans la mesure où «l’art d’aujourd’hui vient revivifier les décors anciens, il leur rend leur force».

Surtout, il rappelait très utilement que «l’art contemporain vraiment scandaleux à Versailles, c’est celui qui n’ose pas dire son nom». C’est un affreux escalier bâti en 1985 pour canaliser le flot de visiteurs. C’est, dans les années 2000, la restauration, très controversée dans les milieux des historiens de l’art, du Bosquet des Trois Fontaines, «là où il n’y avait qu’un champ de ronces». C’est «la nouvelle grille dorée comme in rocher Suchard» qui orne désormais le château : «grille dix fois plus agressive que tous les Jeff Koons de la terre», «hénaurme objet clinquant» qui transforme l’entrée de Versailles en «petit théâtre néo-bling bling pour une société de cour fantasmée».

Au demeurant, à notre humble d’avis, on trouve un peu partout dans Paris des manifestations de contemporanéité qui, bien plus que les sculptures de Koons à Versailles, outragent des chefs-d’œuvre de culture et de patrimoine. Prenez le Louvre, la Sainte-Chapelle, le Panthéon ou l’Ecole nationale des Beaux-Arts. Ils sont flanqués de très hideux préfabriqués: cabanes de chantier ou autres locaux supposés provisoires qui, parfois depuis d’innombrables années, les défigurent dans une indifférence assez générale.

(*) Du reste, si ce succès de foule se confirme, cela risque de devenir rapidement assez invivable pour le public. Déjà, en temps normal, visiter Versailles est assez pénible, vu la cohue permanente – c’est évidemment dans ce genre de circonstances qu’on regrette de ne pas être seul au monde. Mais avec un nombre de visiteurs désormais doublé, l’affluence risque d’être tout bonnement insupportable et le plaisir de la découverte artistique assez réduit.

11.06.2008

Une énigme

98a9ed61c4d51decf69e52945b4ed77e.jpg«Remontons les siècles. Cherchez l'origine d'avant et vous obtiendrez les quatre éléments qui composent l'endroit où la pensée d'Empédocle s'est possiblement arrêtée. Quel est le nom de cet endroit?»

 

Ce salmigondis n’a pas surgi de notre cerveau mal réveillé. C’est l’énoncé de la très officielle énigme qui vient d’être dévoilée par la mairie de Paris. Cette énigme sert de préambule à la troisième grande chasse au trésor qui se déroulera début juillet dans la capitale. Trouver la réponse à cette question obscure donne la possibilité de gagner une nuit d’hôtel à Paris le 5 juillet prochain.

 

Ce jour, comme chaque été, la chasse au trésor réunira des milliers de participants dans la capitale – 15.000 l’an dernier. Seuls ou par équipe, ces aventuriers urbains, dont beaucoup de touristes étrangers de passage ici, arpenteront pendant toute une journée le Paris «mystérieux et envoûtant» (bigre) à la recherche d’indices leur permettant de mettre la main sur le fameux trésor. L’aventure se déroulera majoritairement dans «des lieux insolites souvent méconnus: jardins cachés, ruelles étroites ou autres passages secrets». Ce sera l’occasion pour les participants à la fois de découvrir un Paris (un peu) hors des sentiers battus (*) et, tout en cherchant à se faire aider pour trouver les indices, de faire connaissance avec les Parisiens: «commerçants, artisans, artistes ou associations de quartiers». C’est d’ailleurs l’objectif affiché de ce «tourisme participatif et interactif».

 

La mairie aurait dû, dans cette liste d’interlocuteurs, ranger les concierges, gardiens et gardiennes d’immeubles. En effet, ce sont des auxiliaires indispensables à toute chasse au trésor digne de ce nom. Ce sont aussi de valeureuses mémoires vivantes de Paris qui d’année en année, hélas, tendent à disparaître, les digicodes remplaçant de plus en plus souvent les concierges arrivés à la retraite.

4a4f3832688b97220cfca3ed532653be.jpgPas toujours d’un abord très commode, les concierges parisiens: on prévient charitablement les futurs chasseurs non parisiens. Le plus souvent charmants en fait, quand on les connaît bien. Mais aussi et surtout défenseurs très consciencieux de leurs domaines, auxquels dès lors les intrus ne peuvent espérer avoir accès qu’à force de patience, de persuasion et d’amabilités. A la maison, on le vit chaque été, à chaque chasse au trésor, et c’est toujours assez drôle: la vieille gardienne (au compteur plus de 40 ans de bons et loyaux services) passe sa journée complètement affolée à courir après d’innocents chercheurs de trésor invariablement pris pour «des voleurs»

(*) Parcours intégralement accessible aux personnes à mobilité réduite: un bon point pour la mairie.

23.04.2008

Un arbre

88804d30dcf11619b9dc53bef8ec7283.jpgJour J pour les quelque 600 à 700 travailleurs sans-papiers de la région parisienne qui, depuis une semaine, sont en grève pour obtenir des titres de séjour. C’est à partir de ce mercredi, en effet, que leurs demandes de régularisation commencent à être examinées dans les préfectures. La plupart de ces clandestins en grève ont un travail en règle, ils paient des impôts et des charges sociales, et sont employés dans des secteurs professionnels dits «sous tension», à savoir manquant chroniquement de main-d’œuvre (hôtellerie, restauration, bâtiment, etc.). Du coup, leurs dossiers devraient être examinés avec un a priori favorable par les autorités, qui s’en tiendront toutefois à une régularisation étudiée «au cas par cas» et non généralisée.

Parlant des sans-papiers, il y a quelques jours en plein centre de Paris, à deux pas de la place du Châtelet – précisément dans le square situé au pied de la tour Saint-Jacques (qui commence à être très joliment restaurée, soit dit en passant) –, un «arbre à papiers» a été planté par les associations de défense des étrangers. Ce petit mûrier se veut un «symbole de l’enracinement en France pour les familles de sans-papiers». Le symbole aussi «des luttes pour que notre pays redevienne le pays des droits de l’Homme et retrouve sa tradition d’accueil».

Puisque, ces deux derniers jours, on évoquait ici la communauté chinoise, cet arbre à la mémoire des clandestins à notamment été dédié à Chunlan Liu. Cette Chinoise Dongbei originaire de Fushun, une grosse ville industrielle du nord de la Chine, a trouvé la mort en septembre 2007 à Paris. Elle avait débarqué dans la capitale française trois ans plus tôt, avec en poche quelques centaines de yuans et la nécessité de refaire sa vie après son licenciement suite à la faillite de son usine textile dans son pays natal. Chunlan («orchidée du printemps» en chinois, paraît-il) vivait dans un  logement collectif pour clandestins, boulevard de la Villette. Le 20 septembre 2007, la police débarqua dans l’immeuble, même pas pour un contrôle d'identité mais pour une banale enquête de voisinage sur un vol. Apeurée, la femme tenta de se cacher sur les toits, mais glissa et se fracassa sur le trottoir. Elle décéda le lendemain des suites de ses blessures.

a5660748f0c5376f21e8663d048a0aee.jpgCette mort atroce par défenestration ainsi que d’autres drames similaires ayant touché des sans-papiers vivant en France ont directement inspiré une affiche très forte, assez saisissante même, qu’on a beaucoup vue cet hiver, collée sur les murs de Paris – notamment dans les quartiers chinois – ainsi que dans quelques villes de province. Réalisée par des associations, cette affiche montrait un drapeau français frappé en son centre d'un seul mot en lettres capitales: «EXPULSION». Drapeau duquel une silhouette tombait, comme irrémédiablement précipitée dans le vide de l’obscurité.

19.03.2008

Une fermeture

cf300bfc6add1e7a548f386a8814e13f.jpgLa nouvelle est tombée il y a une dizaine de jours déjà, mais, à cause de la campagne électorale, on n’avait pas eu le temps d’en parler ici. Il n’est jamais trop tard, puisque, dix jours après, a-t-on encore constaté hier, les gens ne parlent toujours que de cela, dans le Marais: la fermeture de «Goldenberg».

«Goldenberg», c’était, depuis plus de soixante ans, une des adresses les plus célèbres du Marais juif. Une enseigne incontournable de la rue des Rosiers. Un restaurant traiteur qui a longtemps fait figure d’institution de la cuisine juive d’Europe centrale. Cet établissement avait été ouvert par Joseph et Abraham Goldenberg, les enfants de Nahoum Goldenberg, arrivé en 1920 à Paris après avoir fuit les pogroms en Russie.

En août 1982, le restaurant avait tragiquement marqué l’actualité. Des terroristes du groupe Abou Nidal avaient lancé une grenade vers sa terrasse puis mitraillé les clients en train d’y déjeuner. Cet attentat antisémite avait fait 6 morts et 22 blessés. L’an dernier, la plaque commémorative a été arrachée et dérobée. D’autres souvenirs, moins douloureux, étaient, il n’y a pas si longtemps encore, affichés en quantité en vitrine de «Goldenberg»: des dizaines de photos jaunies et émouvantes d’innombrables personnalités    stars du show-bizz, des lettres, de la politique, etc. –  qui, pendant toutes ces années, ont fréquenté cet établissement.

5c9dc71be917404d93d63cf640ff618f.jpgAujourd’hui, les lieux sont totalement vides. En vitrine, on n’aperçoit plus qu’une vieille bouteille de champagne toute poussiéreuse. Et quelques petits écriteaux de mets qui ne renvoient désormais plus à rien: kneïdlech, poitrine d’oie, pastrami, vodka zubrovka blanche, esturgeon, blinis et tarama. Bien visible, en revanche, accroché au grillage, un énorme panneau: «A LOUER».

Après avoir dû fermer ses portes pour des problèmes administratifs en 2006, «Goldenberg» avait été repris par les frères Costes, qui gèrent toute une série de restaurants branchés à Paris. Mais l’investisseur ayant récemment racheté ce fonds de commerce veut en tirer un meilleur loyer, conforme aux prix du marché dans ce quartier très coté. «Goldenberg » a donc définitivement mis la clé sous le paillasson. A sa place, dans quelques semaines, on trouvera sans doute une boutique de jeans, un Starbucks Café ou un H&M.

92431348b7ab4516ddfb1537f058c5fb.jpgA moins que la mobilisation des riverains ne porte ses fruits? L’autre soir, une centaine d’habitants du quartier ont manifesté pour que, dans les affectations commerciales, soit mieux respecté le caractère historique et culturel de la rue des Rosiers. Une pétition circule dans le Marais. Elle appelle les autorités à réagir contre la disparition des «commerces de tradition et de proximité» chassés du Marais juif par la flambée des loyers. En quelques années, affirme cette pétition, «des dizaines» de ces commerces ont fermé: 3 coiffeurs, 6 boucheries, 1 teinturerie, 4 restaurants, 1 hammam, 1 marchand de journaux, 1 PMU, etc.

Cette évolution du Marais juif, d’ailleurs, saute aux yeux quand on s’y promène. Certes, «Sacha Finkelsztajn» est toujours là, avec ses vatrouchkas de fromage. La belle librairie «Chir Hadach» aussi. Et on fait toujours autant la queue pour les baygels et les mazurkis devant le salon de thé «Korcarz». Mais, de tous côtés et de plus en plus, ont surgi les boutiques de vêtements ou de déco, les lunetteries, les bars branchés, etc. La communauté juive ne le supporte plus. Et entend bien ne pas laisser cette partie du Marais se transformer «en une promenade dominicale où l’on vient photographier les restes d’un quartier juif disparu».

e52793cc44fe4d5f0242fd210842c255.jpgLe dimanche, nous en tout cas, dans le Marais, depuis belle lurette on n’y va plus. Tous les jours de la semaine, quand on veut et chaque fois avec plaisir – on y est d’ailleurs souvent: on n’a qu’un boulevard à traverser – mais le dimanche, plus jamais ô grand jamais. Ce jour-là, en effet, depuis que les boutiques y sont ouvertes toute la journée, la masse de touristes et de promeneurs y est insupportablement dense. C’est comme si la ville entière, grégaire, bruyante voire vulgaire, s’était donné rendez-vous dans ce quartier. Qui, du coup, en perd irrémédiablement une grande partie de son indéniable charme. A moins d'aimer la foule, évidemment.

22.01.2008

Un désastre

01ceecbd303f6c0ea92f5a2d23727932.jpgCela s’est passé sans tambours ni trompettes, en catimini presque, ce week-end en plein cœur de Paris, et on en a à peine parlé. Cela risque de faire bailler d’ennui les lecteurs non-parisiens et pourtant, cela traduit un problème de fond. Qui, outre qu’il en dit long sur les conditions de vie dans la ville, modifie considérablement la physionomie et le panorama de celle-ci. Cela s’est déroulé dimanche matin précisément, le long des quais de la Seine à hauteur du quai des Tuileries notamment. On y a fait un saut hier, et effectivement, c’est assez triste à voir.

 

Seules quelques vagues mottes de terre bien ratissées en témoignent encore: une vingtaine de platanes ont été abattus sur les quais dimanche. Des Tuileries jusqu’au quai Henri IV en passant par les quais du Louvre, de la Mégisserie et de l’Hôtel de Ville, une trentaine d’autres devront également être rasés dans les trois semaines à venir. Ce qui signifie que 10% des 600 platanes – pour certains très vieux – longeant la Seine auront bientôt disparu.

 

d328a5f410768863452b00e875092bc1.jpgL’UMP a dénoncé un «coup de force» et «une opération commando». Les comités de riverains, qui n’avaient pas été prévenus, n’en sont pas encore revenus. La Ville, en fait, a dû agir dans l’urgence, un rapport d’experts reçu vendredi soir indiquant que ces arbres pouvaient à tout moment s’écrouler sur la voie publique. Ces platanes, en effet, sont malades. Ils sont rongés par deux champignons (pour les connaisseurs: le polypore hérissé et la phélinne tachetée) qui fragilisent leurs troncs et menacent leur stabilité. Le pourrissement de ces arbres malades a été accéléré par l’été humide que l’on a connu en 2007.

 

Ce problème de santé ne se pose pas que le long des quais et que pour les platanes. Sur les quelque 100 000 arbres parisiens, près de 1500 doivent être abattus chaque année pour raison de santé, à cause de parasites ou «de la pollution et du stress» selon l’adjoint au maire Yves Contassot. Entre 2004 et 2006, 300 marronniers du boulevard Arago (pas loin du Jardin des Plantes) ont été rasés. Les érables souffrent aussi énormément dans la capitale: rien que cet été, 36 ont dû être abattus.

 

afc310a8c939e25abae6a8059565523f.jpgD’ailleurs, et il ne faut pas être botaniste mais simple piéton relativement observateur et attentif pour le remarquer, les boulevards et trottoirs de Paris témoignent à suffisance de ce mauvais état de santé général du monde végétal. Ils sont jonchés de feuilles mortes à longueur d’années et non plus seulement en automne, ce qui ne doit  tout de même pas être très normal.