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19/10/2009

Une empreinte

empreinte.jpgLes empreintes digitales, jusqu’à présent pour nous, c’était réservé aux séries télé américaines et/ou aux grands délinquants. Tout faux. En France en ce moment, ces empreintes ont même l’air d’êtres furieusement tendance. Et ce, dans des registres tout à fait différents. Trois illustrations.

 

Dans le registre technologique, d’abord. Dans son dernier numéro, reçu ce week-end, la newsletter électronique d’Aéroports de Paris proposait avec enthousiasme à ses abonnés de «gagner du temps lors de (leur) prochain passage dans nos aéroports» et de «passer les frontières en toute simplicité». Comment? Rien de plus simple, et c’est même «gratuit et immédiat». Il suffit, à partir de ce lundi, de s’inscrire au «service de contrôle automatisé» PARAFES, un acronyme signifiant «Passage automatisé rapide des frontières extérieures Schengen». Les voyageurs ayant opté pour ce système bénéficient de files d’attente dédiées (et, du coup, plus rapides) au départ comme à l’arrivée. Pour passer une frontière, il leur suffit de se présenter aux sas qui leur sont spécialement destinés, d’insérer le passeport dans la borne et d’apposer le doigt sur le capteur.

 

Présenté comme cela, évidemment, cela a l’air mirifique. Avec une telle technologie à portée de main, n’importe quel voyageur à Roissy, même le plus moche, va se prendre pour le beau Keanu Reeves dans «Matrix». N’empêche, nous en tout cas, en découvrant cette offre d’Aéroports de Paris, on a eu un léger mouvement de recul. Non pas qu’on soit spécialement flippé ou parano des fichiers. Non pas qu’on ait quelque chose à se reprocher (mais peut-on jamais en être sûr?). Mais cette idée que, sur un simple claquement de doigt, notre chère petite empreinte digitale se retrouve subitement rangée à côté de celles de millions d’autres, dans les immenses fichiers de tous les policiers de tous les aéroports de tous les pays de toute la zone Schengen…. Instinctivement, on ne le sent pas trop.

 

Les empreintes, registre administratif ensuite. On l'a découvert fortuitement l’autre jour, et on est tombé des nues parce qu’on ignorait complètement cela. En France, lorsqu’on introduit une simple demande de carte d’identité au guichet d’une préfecture de police (à la préfecture de Paris, en tout cas), parmi les renseignements qu’on est prié d’indiquer sur le formulaire ad hoc, il faut y apposer une empreinte digitale, de l’index gauche précisément. Empreinte exigée même et y compris quand on a un casier judiciaire complètement vierge. C’est le règlement. Tombé des nues car, à moins qu'on se trompe (du reste, cela a peut-être changé depuis), on n’a pas le moindre souvenir d’avoir jamais dû, en Belgique, mettre un jour le doigt dans l’encrier, dans une quelconque administration que ce soit.

 

Les empreintes, registre dramatique cette fois. On l’entendait récemment dans la bouche du ministre de l’Immigration, Eric Besson. Désormais, dans le Nord de la France et à Calais singulièrement, on voit de plus en plus de clandestins afghans, candidats à l’exil outre-Manche, qui sont allés jusqu'à s’auto-mutiler les doigts. Ils se brûlent les dernières phalanges à l’acide ou se les tailladent profondément au couteau ou au ciseau, afin que leurs empreintes digitales ne puissent être lues par les policiers. Du coup, difficile, pour les autorités, d’identifier précisément ces clandestins et donc de les ficher dans les bases de données. Pour les policiers, c’est surtout gênant lorsque de très jeunes Afghans ont recours à ce procédé. En effet, sans fichage certifié (car sans papiers et/ou sans empreintes), impossible de contredire un jeune clandestin qui assure être mineur – or, la France dit qu'elle ne renvoie pas dans leur pays les jeunes Afghans mineurs.

 

S’auto-mutiler pour se sauver: faut-il donc être dans une situation désespérée pour en arriver là.

05/10/2009

Un arsenal

Alors que les chiffres de la délinquance et de l’insécurité sont assez mauvais, le gouvernement met les bouchées doubles sur la vidéosurveillance – la «vidéoprotection» comme il dit, dans un distinguo lexical qui n’est évidemment pas neutre. Ainsi, juste avant le week-end, le Premier ministre François Fillon a annoncé le doublement des fonds octroyés aux municipalités pour l’installation et l’exploitation de caméras. Dans la capitale, au même moment, les opposants au plan "1.000 caméras pour Paris"  continuent de pétitionner (ici). Tous les policiers, cela dit, n'ont pas l'air d'être fans des caméras. Pour preuve, le syndicat UNSA-Police se dit «un peu sceptique». Selon son dirigeant, «100 caméras qui enregistrent des images dans une ville 24 heures sur 24, cela donne des bandes innombrables. Qui va en assurer l'exploitation derrière et comment?».

 

Au-delà de ce débat-là, cela part un peu dans tous les sens et n’importe comment avec n’importe quoi, ces jours-ci, sur le front de l’insécurité en France. Ainsi, dans l’Essonne, département de la banlieue Sud de Paris, la police vient d’ouvrir une boîte mail destinée à recueillir de manière discrète voire anonyme des informations, des photos ou des vidéos d’habitants, relatives à des délits dont ils auraient été témoins dans leur voisinage. «Cela désenclave les quartiers sensibles et permet à ceux qui ont peur d'entrer dans un commissariat de se faire entendre», a-t-il été justifié. Mais cela ne rappelle pas une délation de si sinistre mémoire en France? «Est-ce qu'on aurait dit qu'il ne faut pas que la police utilise le téléphone parce qu'il va y avoir de la délation?», a argumenté le chef de la police. Selon qui celle-ci  doit «vivre avec son temps». Il n’empêche, ici aussi, l’initiative ne fait pas l’unanimité. Outre des élus UMP, Alliance, le deuxième syndicat de gardiens de la paix, pourtant très à droite, a fait part de ses vives réticences. Selon un de ses dirigeants, ces dénonciations électroniques relèvent d’«une police d'une autre époque»: risquent de donner «l'impression de réinstaller la police de Vichy».

 

Autre innovation sécuritaire encore plus limite à Roissy en Brie cette fois, une bourgade de Seine et Marne (banlieue Est de Paris). Là, ce sont carrément des rondes de citoyens qui ont vu le jour. Sans que cette dérive milicienne fasse réagir les autorités. Excédés par la délinquance, quelques dizaines de riverains déguisés en gros bras (bombers noirs sur le dos, lampes torches en main, etc.) ont pris l’habitude, le soir venu, d’organiser des patrouilles «pour sécuriser le quartier» et signaler aux autorités les actes de délinquance ou d’incivilité qui y sont perpétrés.

 

La France n’a pas le monopole de ce genre d’arsenal sécuritaire douteux. Sans aller jusqu’aux retraités américains qui ne trouvent rien de mieux, en guise de hobby, que de jouer aux cow-boys en traquant les clandestins mexicains tentant de franchir la frontière, dans l’Italie de Berlusconi, cet été, une loi a légalisé les «volontaires pour la sécurité». Ces «rondes de citoyens» sont notamment utilisées, comme aux Etats-Unis, pour la chasse aux clandestins et autres sans-papiers. Selon leurs partisans, elles relèvent simplement de «l’éducation civique». A ce moment, peut-être n'est-il pas inutile de rappeler qu’à la fin des années 90, de telles milices avaient déjà été mises sur pied en Italie: par la Ligue du Nord, le parti xénophobe et sécessionniste d’Umberto Bossi. Mais en 1997, après de violents débordements, ces «Chemises vertes» avaient dû être dissoutes et interdites. En arrivera-t-on là en France également?

11/09/2009

Une renaissance

Ce sont nos confrères de «L’Express» qui viennent de débusquer cette petite info. Qu’ils ont découverte dans le dernier numéro de «Pprama», la revue de la préfecture de police de Paris. Une publication qui, on l’avoue, ne fait pas précisément partie de nos lectures favorites. C’est une nouvelle largement anecdotique, mais qui a attiré notre attention car elle nous a replongé illico à l’époque où l’on portait des courtes culottes  – ce qui n’est tout de même pas rien.

 

Cela concerne la grippe A-H1N1. Figurez-vous qu’à Paris, face à cette maladie, les pandores envisagent carrément de ressusciter… l’hygiaphone! Ce dispositif assez antique permet aux employés travaillant derrière un guichet d’être protégés, outre des braquages, des miasmes du grand public avec lequel ils sont en contact. Or donc, «soucieuse d’assurer la continuité des services administratifs rendus au public tout en garantissant la protection de ses agents», la préfecture de police a prévu de «remettre l’hygiaphone au goût du jour en cas de pandémie de grippe A». Du coup, pendant l’été, son service des affaires immobilières a fabriqué «150 dispositifs mobiles qui pourront être rapidement déployés en cas de besoin dans l’ensemble des services de guichet public». Un dispositif merveilleux selon la préfecture, puisqu’il «évite l’obstruction visuelle des guichets et offre une simplicité d’installation et d’utilisation».

 

Merveilleux aussi, dans la mesure où il nous replonge tout droit à la fin des années 70. En effet, pour notre part en tout cas, la dernière fois qu’on avait entendu ce terme d’«hygiaphone», c’était dans la bouche du mémorable groupe de rock français Téléphone. Ceux et celles qui ont vécu cette époque se souviennent certainement de ce tube: «Parlez/Parlez dans l'hygiaphone/ T'as pas besoin d'sonner/ Demande à l'interphone/ Si t'as envie d'quelqu'un/Décroch'ton téléphone».

 

Cette minute de nostalgie vous était gracieusement offerte par les policiers de Paris.

08/07/2009

Une «zone d’ombre»

portemetro.jpgGros travaux en ce moment sur la ligne 1 du métro de Paris: la plus centrale et la plus fréquentée de la capitale, avec 750.000 voyageurs par jour. Il ne s’agit pas seulement d’automatiser entièrement cette ligne, mais également d’équiper tous ses quais de porte palières: ces parois transparentes empêchant tout accès aux voies et ouvrant uniquement sur les portes du train quand celui-ci est à l’arrêt. Cela exige notamment de rehausser d’environ 5 centimètres le niveau du sol des stations.

 

Ces porte palières auront comme première conséquence de prévenir les suicides ou chutes accidentelles d’usagers sur les voies. Faudrait-il envisager la généralisation de ce dispositif de protection sur tout le réseau? Ces derniers jours, en tout cas, la capitale a connu plusieurs drames affreux de ce type. Ainsi, au début de cette semaine, une dame âgée, mal-voyante, a perdu la vie après être tombée entre deux rames à la station ‘Gobelins’. Auparavant, à la station du RER C ‘Saint-Michel’, une passagère a trouvé la mort après avoir tenté de monter dans le train alors qu’il était sur le point de redémarrer. Les portes s’étant refermées sur son passage, son bras coincé l’empêchant de redescendre sur le quai, elle a été traînée sur plusieurs mètres puis a perdu l’équilibre, a basculé sur les voies et a été écrasée.

 

«Dans certaines stations, les machinistes n’ont pas une visibilité parfaite sur l’ensemble des quais», expliquait hier un conducteur, dans les pages locales du journal «Le Parisien». C’est particulièrement le cas dans les stations de métro ou du RER qui sont en courbe, comme ‘Saint-Michel’. Malgré les caméras et rétroviseurs équipant les quais, les conducteurs de train qui démarrent peuvent y être confrontés à des «zones d’ombre» visuelles, qui les empêchent par exemple de s’apercevoir qu’un voyageur est resté coincé dans les portes.

 

entrerdanslemetro.jpgC’est donc, en quelque sorte, la version ferroviaire du fameux angle mort du rétroviseur de l’automobiliste. Cet angle mort qui, à Paris a fortiori depuis le lancement de Vélib’ il y aura deux ans bientôt, a déjà été fatal à tant et tant de cyclistes. L’existence de pareilles «zones d’ombre» fait froid dans le dos, quand on connaît les bousculades et la cohue régnant aux heures de pointe dans le métro ou le RER parisiens, au moment de l’embarquement et du débarquement des trains. Et quand on a expérimenté la rudesse, voire la violence, des croisements entre usagers sur les quais. Particulièrement l’été d'ailleurs, lors de ces jours d’orage où, dans les stations et dans les trains, il fait si étouffant et la promiscuité est si insupportable – ces jours où tant de Parisiens semblent subitement redécouvrir l'espèce d'animalité qui sommeille en eux.

 

Sinon, peut-on constater régulièrement sur les écrans d’information dans les stations de métro, la RATP, contrairement à l’engagement pris récemment par la SNCF, continue de privilégier la langue de bois et le parler politiquement correct. Les tentatives de suicide qui sont commises dans son réseau par les usagers sont toujours si pudiquement dénommées des accidents graves de voyageur…

14/05/2009

Une «exigence fondamentale»

videosurveillance.jpgDans notre onzième arrondissement en ce moment, sur les murs, les façades, les panneaux d’affichage, les potelets ou dans le métro, on peut voir des yeux menaçants, qui semblent épier le passant. Ces stickers en forme de regards inquisiteurs doivent faire partie de la campagne lancée par le «Collectif démocratie et libertés». Ce regroupement d’associations milite «pour un Paris sans caméras de surveillance». Et s’oppose au projet d’installallation de plus de 1000 caméras supplémentaires sur la voie publique dans la capitale. Selon lui, «avec la multiplication des caméras, nous assistons à la mise en place d’un contrôle généralisé des individus, sans avoir aucune garantie sur l’utilisation des images enregistrées». Ce qui ferait peser «de réelles menaces» sur «les libertés des personnes».

 

Mais, visiblement, on ne se bouscule pas au portillon pour signer la pétition lancée par ce collectif. Ce matin, elle n'avait recueilli que... 370 signatures, sur les quelque 2 millions d’habitants que comptent les vingt arrondissements. Le peu de succès remporté par cette initiative, cela dit, n’est pas trop surprenant: plus de sept Français sur dix (71%) approuvent la présence de caméras de vidéosurveillance dans les lieux publics.

 

On retrouve ce chiffre dans un sondage qu’a rappelé hier la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). Cet organe officiel est chargé de «veiller à ce que l’informatique soit au service du citoyen et qu’elle ne porte atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques». Mercredi, à l’occasion de la présentation de son rapport annuel, la CNIL a insisté sur la nécessité de mieux encadrer légalement les systèmes de vidéosurveillance en France. A ses yeux, en effet, «le contrôle des surveillants constitue, dans les sociétés démocratiques modernes, une exigence fondamentale, nécessaire pour asseoir la légitimité du développement de ces systèmes, offrant les meilleures garanties de prise en compte des droits et libertés des personnes».

 

Concrètement, la CNIL plaide par exemple pour que les sites vidéosurveillés, à Paris comme ailleurs, soient mieux notifiés au grand public. Comment? Grâce à leur «signalisation effective sur la voie publique». Grâce à la «la mise en ligne de cartes indiquant les zones de la voie publique placées sous vidéosurveillance». Via aussi «la présentation chaque année d’un rapport d’activité de l’ensemble des systèmes de vidéosurveillance au conseil municipal ou au conseil communautaire». Ou par le biais de «la mention de la durée de conservation des images sur les panneaux signalant un système de vidéosurveillance».

 

cammetro.jpgDans ce cas de figure, on serait évidemment très loin des panneaux que l’on voit habituellement aujourd’hui dans les sites vidéosurveillés à Paris: ces avis qui se contentent généralement d’invitations anodines, dans le genre: «Souriez, vous êtes filmés» Si le gouvernement suivait la CNIL, ces avis rappelleraient aussi que chaque citoyen de ce pays dispose du «droit, souvent mal connu, d’accéder aux enregistrements visuels le concernant». Cette idée n'est pas neuve. Les autorités, toutefois, ne l'ont jamais mise en oeuvre. Craindraient-elles donc d'être submergées de demandes de gens voulant vérifier les images qui ont été prises d’eux et l’usage qui en est fait?

28/04/2009

Une interdiction

pontdesarts.jpgTrois soirs. Il ne reste que trois soirs aux Parisiens et aux touristes étrangers qui aiment trinquer en admirant le coucher de soleil sur le plus beau pont de Paris. Le si gracieux Pont des Arts. Qui, dès les beaux jours, se transforme en aire de pique-nique géante, où l’on festoie dans toutes les langues avec vue extasiée sur le panorama. Et quel panorama! En aval, le célèbre Pont Neuf et la perspective sublime de la Seine qui écarte ses bras comme pour embrasser l’île de la Cité. En amont, le fleuve qui câline le jardin des Tuileries. De part et d’autre, le Louvre, le plus grand musée du monde, et la coupole si harmonieuse de l’Institut de France, sous laquelle siégèrent tant d’«Immortels» de l’Académie. Dans trois soirs, c’est fini. On remballe. Les pique-niqueurs qui aiment arroser leur repas avec autre chose que de l’eau minérale sont priés de dégager fissa.

 

C’est le premier jour de mai, en effet, qu’entre normalement en vigueur un arrêté de la préfecture de police de Paris interdisant toute consommation d’alcool sur le Pont des Arts entre 16 heures et 7 heures du matin. Pour justifier cette mesure «bonnet de nuit» (pas la première à Paris: relire ici), la préfecture et la mairie (UMP) du sixième arrondissement invoquent des raisons de sécurité et d'ordre public. L’été, au milieu de la nuit, le Pont des Arts deviendrait «une zone de non-droit». Peuplée de «personnes ivres (qui) jettent des bouteilles, se battent ou se mettent à uriner». Voire sont tellement alcoolisées qu’elles en viennent à tomber dans la Seine. Aux petites heures, l’ambiance n’y serait même pas rarement «agressive» à l'égard des passants. Et, au petit jour, le plus beau pont de Paris déserté par les fêtards partis se coucher ressemblerait à «un vrai dépotoir».

 

Curieusement, on ne trouve nulle trace de cette interdiction, édictée il y a plusieurs mois, dans la communication récente de la préfecture. Pas sûr donc qu’elle ait été maintenue. Si elle entre en vigueur, en tout cas, elle va vraiment changer les habitudes. C’est ce qu’on se disait l’autre soir encore, enjambant le Pont des Arts pour rentrer à la maison, venant de Saint-Germain des Prés. En effet, il y avait là un monde fou, qui arrosait joyeusement le coucher de soleil.

 

Il y avait des jeunes qui, affalés avec des réserves de canettes de Kro à leurs côtés, refaisaient le monde. Il y avait des touristes asiatiques qui, chacun à leur tour, se faisaient photographier en couples d’amoureux en train de trinquer au champagne. Il y avait des familles qui avaient déplié la nappe blanche et pique-niquaient sagement: salades, saucisson, rillettes, camembert, le papa sirotant une bière, la maman une demi-bouteille de blanc. Il y avait même deux jolies petites vieilles en goguette, la soixantaine, aux anges de faire la fête comme des ados: en mangeant des chips à même le paquet et en buvant au goulot une bouteille de vin rouge qu’elles venaient manifestement d’acheter à l’épicerie du coin. Au total, à cette heure-là en tout cas, l’ambiance était vraiment délicieuse sur le Pont des Arts: légère, rieuse, détendue, conviviale, amoureuse. Tout le monde semblait sous le charme unique de ces lieux aussi beaux.

 

«Si, par hasard/ Sur l'Pont des Arts/ Tu croises le vent, le vent fripon/ Prudenc', prends garde à ton jupon/ Si, par hasard/ Sur l'Pont des Arts/ Tu croises le vent, le vent maraud/ Prudent, prends garde à ton chapeau», chantait autrefois Brassens. Au fond, que penserait-il de cette mesure d'interdiction prise par la préfecture?

17/04/2009

Une sauvagerie

C’est décidément un grand classique en France: à chaque période pré-électorale, les autorités et les médias redécouvrent comme par magie le thème de l’insécurité. Quitte à évoquer le sujet, il faut citer un chiffre qui est tombé à Paris cette semaine et y a fait grand bruit. Il est la conséquence des méfaits non de casseurs, braqueurs, jeunes encagoulés ou autres sauvageons, mais des agissements d’inciviques le plus souvent très ordinaires, menant une vie sociale parfaitement rangée. Ce chiffre, c’est 29. Selon les dernières données de la préfecture de police de Paris, c’est le nombre de piétons qui, en 2008, ont été tués par l’insécurité routière dans la capitale française. Une insécurité qui, ici l’an dernier, a fait près de 40% de victimes de plus que l’année précédente.

 

29 piétons tués dans des accidents de la circulation en 2008 à Paris, donc. C’est 70% de plus qu’en 2007. Et 1964 piétons blessés. Le refus par les automobilistes de la priorité sur les passages protégés est la première cause de décès des piétons à Paris. Dans la moitié des cas, ces piétons tués étaient des personnes âgées.

 

L’autre jour encore, on a été témoin de cela dans le quartier. Arrivé au boulevard Voltaire, une des grandes artères de notre onzième arrondissement, on est soudain tombé sur un énorme attroupement. Les regards de dizaines de badauds convergaient vers un forme inerte allongée au sol. Un petit vieux venait de se faire mortellement faucher par un chauffard. Comme s’il s’était agi d’une performance sportive, les badauds commentait «le vol plané» spectaculaire qu’il avait fait lorsque la voiture l’avait heurté.

 

Les passages piétons posent vraiment deux problèmes à Paris. On en est d’autant plus frappé lorsque, de retour d’une escapade à Bruxelles, on foule à nouveau le bitume parisien et on arrive à un carrefour. Là, en effet, sautent aux yeux deux grandes différences de comportement entre les automobilistes bruxellois et leurs confrères parisiens. Différences qui, d’ailleurs, a-t-on pu constater à diverses reprises, sautent généralement aux yeux de nos visiteurs belges de passage ici.

 

D’une part, quand le passage est protégé par des feux de signalisation, d’innombrables automobilistes parisiens ont encore le réflexe d’accélérer lorsqu’ils s’aperçoivent que le feu passe à l’orange. D’autre part, quand les piétons en sont réduits à essayer de traverser sans l’aide de feux de signalisation – on le vit quasi quotidiennement place de la République ou boulevard Beaumarchais –, il ne semble pas y avoir à Paris cet usage existant en Belgique, selon lequel l’automobiliste cède automatiquement – ou le plus souvent, en tout cas – le passage aux piétons.

 

«Les comportements civiques se dégradent», a fustigé cette semaine la mairie, en commentant ces chiffres de l'insécurité routière. Et la préfecture a annoncé pour 2009 une intensification de la verbalisation des automobilistes forçant les passages protégés. Vu la sauvagerie régnant souvent dans les rues de Paris, ce ne serait pas du luxe, en effet.

14/04/2009

Une horreur

lemetroarrivant.jpgLes Parisiens qui, aujourd’hui, prennent le métro vont-ils en parler? Vont-ils, même très furtivement, y penser? Vont-ils aller jusqu’à scruter les usagers qui, comme eux, patientent sur le quai? Vont-ils prendre garde au moment où le train entre en gare? A cet instant, vont-ils imperceptiblement jeter un regard furtif derrière eux ? Voire reculer instinctivement de quelques pas? Ce week-end dans les couloirs et sur les quais du métro, en tout cas, on n’a pensé qu’à cela. A cet accident horrifique qui, vendredi, a failli coûter la vie à un usager et, ce faisant, pourrait bien faire resurgir tous les vieux fantasmes, faire renaître toutes les méfiances. La hantise du «pousseur du métro». Non pas cet employé de gare chargé de compresser les voyageurs trop nombreux dans les trains pour que leurs portes puissent se refermer. Mais cet illuminé qui, sans raison apparente, au moment où le train entre en gare, pousse sur les voies un usager qui ne lui a rien fait.

 

Cela s’est donc passé vendredi en milieu de journée, à la station ‘La Défense’. A ce moment-là, on était à la station ‘République’ et on s’était dit que quelque chose n’allait pas. Dans les couloirs, en effet, les écrans d’information annonçaient que le trafic était interrompu sur la ligne 1 à cause d’«un incident grave voyageur». Or, la RATP s’était engagée (relire ici) à ne plus avoir recours, dans sa communication,  à cette expression si pudique en cas de tentatives de suicide. Mais, cette fois, ce qu’on ne savait alors pas, elle pouvait difficilement faire autrement. Difficile, en effet, d’annoncer abruptement... une tentative de meurtre sur les écrans.

 

C’est pourtant ce qui s’était produit quelques instants plus tôt, à la station la ‘Grande Arche’. Un honnête père de famille de 41 ans attendait sagement son métro. Sur le même quai, comme dans tant de stations à Paris, se trouvaient des SDF. L’un d’eux, visiblement dérangé, se sentit «insulté» par le quidam, qui, d’après lui, mettait «une mauvaise ambiance» dans la station. Lorsque le métro arriva, il se précipita vers le voyageur et le poussa violemment sur les rails. Très grièvement blessée, la victime dut être amputée d’une jambe, mais ses jours à présent ne sont plus en danger. Le «pousseur» a été mis en examen pour tentative de meurtre et a été incarcéré.

 

metro.jpgLa RATP n’a pas communiqué sur cet accident. Sans doute se dit-elle que tout bruit fait autour de cette affaire ne fera qu’affoler inutilement les voyageurs. Il faut dire que, ces dernières années, plusieurs cas de «pousseurs de métro» ont horrifié les usagers. A la station ‘Rambuteau’ en 2005, un jeune de 29 ans avait trouvé la mort un soir de semaine à l’heure de pointe, après avoir été précipité par un malade sur les voies de la ligne 11 au moment où le métro entrait en gare. En 2003, c’était une vieille dame qui, à la station ‘Saint-Lazare’, avait été grièvement blessée à la suite d’un accident semblable. Deux ans plus tôt à la station ‘Auber’, une jeune femme de 22 ans fumait une cigarette sur le quai en attendant son RER. Le tabac avait incommodé un autre voyageur, qui, pour lui faire payer cette clope nauséabonde, l’avait grièvement blessée en la précipitant sur les voies. En 2000, à Boulogne, un SDF avait péri après avoir été poussé sur les rails par un de ses congénères, avec lequel il s’était disputé.

 

L’horreur de ces agressions a évidemment de quoi choquer les usagers. Un chiffre,  toutefois, doit les inciter à raison garder. On peut compter sur les doigts d'une seule main les attaques de «pousseurs du métro» survenues ces dix dernières années dans les transports à Paris. Or, dans cette même ville, plus de 10,5 millions de voyageurs empruntent  chaque jour et sans le moindre problème grave les lignes de la RATP.

08/04/2009

Un remplacement (encore)

On parlait hier des rues et boulevards de Paris qui, bientôt, seront embellis par le remplacement, actuellement en cours, des sanisettes version vieux modèle, qui défigurent le paysage urbain depuis un quart de siècle. Le projet d’une autre amélioration esthétique est lancé cette semaine dans la capitale française. Cette fois, ne sont plus concernés ces blocs massifs de béton (9 tonnes l’unité!) qui abritent les toilettes publiques mais une pièce particulièrement légère et fragile, et néanmoins si utile, du mobilier urbain. Dans le jargon administratif  de l’Hôtel de ville, on appelle cela les «réceptacles de propreté». Les poubelles donc, selon le terme laissé par le créateur de cette si pratique invention (*).

 

Depuis que les attentats new-yorkais du 11 septembre 2001 ont haussé le degré d'alerte du plan français de vigilance antiterroriste (‘Vigipirate’), les poubelles à Paris sont une véritable misère. En effet, les anciennes poubelles en métal ont dû être abandonnées, les consignes de sécurité imposant un modèle de récipient ouvert et transparent – afin qu’on puisse y détecter la présence éventuelle d’engins explosifs. Cela fait donc des années maintenant qu’en guise de poubelles, sur les trottoirs et dans les parcs et jardins de Paris, on ne voit que de misérables cercles de métal auxquels pendouillent lamentablement des sacs en plastique – lorsque ces sacs fragiles n’ont pas été déchirés en répandant leur contenu sur la chaussée. Ce modèle enlaidit d’autant plus la capitale française qu’on y trouve des poubelles un peu partout: on en dénombre 30.000 sur son territoire.

 

Bientôt, cependant, c’en sera fini de ce coup de poing visuel permanent. En effet, à partir de l’an prochain et d’ici à 2014, un nouveau modèle de «réceptacle de propreté» va faire son apparition. Plusieurs prototypes (dont un ici, par exemple) ont déjà été dessinés en 2007, dans le cadre d’un concours d’idées lancé un an plus tôt par la mairie. Deux ans plus tard, celle-ci vient donc de décider de passer à l’étape supérieure: une grande consultation des habitants afin de sonder leurs préférences.

 

Car cela a l’air tout bête de changer de poubelle, mais, en fait, ce n’est pas si simple que cela, a fortiori dans une ville comme Paris. D’abord, dans les quartiers architecturalement protégés (et ils sont nombreux ici), les préconisations esthétiques des Bâtiments de France doivent intégralement être respectées. Ensuite, le modèle de poubelle choisi doit non seulement être esthétique mais également pratique, afin de ne pas compliquer ni ralentir le travail des éboueurs. Enfin, même si les récipients à déchets sont transparents et ouverts, avant de pouvoir être installés sur la chaussée, ils doivent avoir passé avec succès les tests de sécurité de la préfecture de police. Ainsi, lors du concours de 2007, des charges explosives ont été placées dans chaque prototype afin de vérifier qu’en cas d’explosion, le matériel brisé ne blessait pas le public.

 

Cerise sur le gâteau, si l’on ose dire s'agissant d'ordures, chaque future nouvelle poubelle parisienne sera assortie d’un cendrier de rue. Afin d’essayer de réduire un peu le nombre de mégots jetés par terre: une véritable plaie qui, depuis que le tabac a été interdit dans les lieux publics, a transformé les rues de Paris en gigantesque cendrier.

 

 

 

(*) Pour rappel et pour la petite histoire, le terme ‘poubelle’ vient du patronyme d’Eugène Poubelle: le préfet de Paris qui, en 1884, imposa pour la première fois aux habitants de la capitale de déposer leurs ordures ménagères dans des récipients communs, qui étaient alors en bois et en fer blanc.

11/02/2009

Un changement

Travaux en cours sur la ligne 1: une des plus longues et fréquentées du réseau de métro parisien, notamment par les touristes puisqu’elle relie des lieux aussi courus que le Louvre, le Marais, Bastille, les Champs ou les Tuileries. Station après station – on en est à présent à 'Palais royal-Musée du Louvre' – , la RATP est en train d’équiper les quais de cette ligne de portes palières. Ce changement n’est pas qu’esthétique. Ce dispositif, en effet, avec les «fosses anti-suicide» (relire ici), vise à dissuader les candidats au suicide à se jeter sur les voies à l’approche des trains.

 

C’est le moment précis que choisit la SNCF pour divulguer ses statistiques en matière de suicides. Le bilan est assez catastrophique, en région parisienne en tout cas (*). En 2008, le ‘Transilien’ (le nom du réseau de chemin de fer de Paris et sa banlieue) a enregistré en moyenne un suicide ou une tentative de suicide tous les deux jours. C’est  22% de plus qu'en 2007. Au total, cela donne 181 cas ou tentatives de suicides, contre 148 en 2007. L'augmentation des suicides est particulièrement sensible aux heures de pointe (+72 % en un an). D’où un impact sur la circulation des trains: en 2008, sur les lignes de la banlieue parisienne, près d'un retard sur dix a été dû à un suicide. Soit 5000 trains annulés ou retardés par an pour ce type d’accident.

 

La SNCF, du coup, a décidé de saisir le taureau par les cornes. Elle va former ses agents afin de les aider à mieux repérer, sur les quais, les personnes à risque de suicide. Elle va aussi communiquer sur une des conséquences particulièrement horribles de ce type de geste désespéré, de manière à tenter d’en dissuader les candidats: comme l’expliquait hier un responsable du ‘Transilien’, «contrairement à une idée reçue, on ne gagne pas à tous les coups en se jetant sous nos trains: il y a 50% de tentatives ratées, et les conséquences sont terribles». Surtout, les usagers des transports pourront remarquer bientôt un changement important. La SNCF, en effet, va «cesser de faire du suicide un tabou». Concrètement? Dans ses annonces au public lors des retards causés par ce type d’événement, elle ne parlera plus pudiquement d’«incident voyageur» ou d’«accident de personne». Elle précisera carrément qu’il s’agit d’un suicide ou d’une tentative.

 

Le parler vrai. C’est déjà cela. Cela ne réglera sans doute pas fondamentalement les choses, mais ne pourra qu’y contribuer.

 

 

 

(*) Sans que l'on sache vraiment pourquoi, le bilan est (un peu) moins dramatique en ce qui concerne le réseau de la RATP, où l’on a noté en 2008 une légère baisse des suicides ou tentatives: 195 contre 220 l’année précédente.

05/02/2009

Un surnom

pizzahutenseigne.jpg«Pizza Honte». C’est le surnom assassin qui court les rues en ce moment à Paris, à propos de «Pizza Hut»: la chaîne de magasins spécialisés dans le vente à emporter mais qui, toujours selon ces quolibets, désormais «livre la précarité à domicile» plutôt que les pizzas.

 

Explication. Depuis janvier, un des magasins parisiens de cette chaîne, situé dans le quartier de l’Opéra, est en grève et son activité paralysée. Les grévistes, la plupart étudiants travaillant à temps partiel, réclament le paiement des jours pendant lesquels ils ont exercé leur droit de retrait, après avoir été victimes d’un braquage à main armée dû selon eux à l’insuffisance du dispositif de sécurité du magasin. A Paris, la chaîne de pizzas est habituée aux conflits sociaux. Ces dernières années, plusieurs de ses magasins ont été inaccessibles à la clientèle et leurs livraisons interrompues suite à des occupations par des grévistes. Ceux-ci réclamaient par exemple des systèmes de climatisation efficaces (pour des cuisines où les fours à pizzas font parfois monter la température «jusqu’à 35 degrés»), des «tenues adaptées aux conditions climatiques» (pour les livreurs en scooters), une majoration des salaires horaires après 21 heures (pour les nombreux employés travaillant tard le soir) ou le remboursement de leurs frais de taxi pour rentrer chez eux la nuit (quand bus et métros ne circulent plus). Autant de revendications qui, au regard du droit du travail, ne paraissent pas à première vue exorbitantes mais qui, chez «Pizza Hut», ne vont semble-t-il pas de soi.

 

Tiens, au passage, on a toujours été mal à l’aise devant ces pauvres livreurs de pizzas qui à Paris, mais dans d’autres villes de France probablement aussi voire en Belgique également, sont forcés de conduire des scooters affublés d’un panneau invitant les passants et les automobilistes à les dénoncer par téléphone à leur magasin s’ils les surprennent en flagrant délit de conduite irresponsable, dangereuse et/ou violant le code de la route.

 

pizzahutscooter.jpgMal à l’aise pour trois raisons au moins. D’abord, tout ce qui est délation ne sent jamais bon. Ensuite, en vertu de quoi les livreurs de pizzas, en majorité des jeunes évidemment, devraient-ils ainsi être la seule profession forcée à arborer à longueur de tournées cet écriteau d’infamie, comme s’ils étaient d’office présumés conduire tous comme des marioles? A ce train-là, pourquoi les chauffeurs de taxis, les conducteurs d’autobus, les coursiers express, les livreurs de fleurs ou de journaux voire les cyclistes en Vélib’ ne devraient-ils pas être pareillement stigmatisés? Enfin, si effectivement les jeunes livreurs de pizzas conduisent à l’occasion leurs scooters de manière un peu sportive, est-ce de leur propre chef ou parce qu’ils sont soumis, outre à des salaires pas folichons, à des cadences infernales de livraison?

20/01/2009

Un «comité»

affiche.jpgBoboland, autrement dit notre cher onzième arrondissement parisien, serait-il devenu la Mecque de redoutables activistes de la mouvance anarcho-autonome? Le repaire de cette «ultragauche» dénoncée à cor et à cri par les autorités et que la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, voit derrière les actions de sabotage dont a été victime le réseau TGV de la SNCF? Ces derniers temps, en tout cas, de Bastille à République, dans ces quartiers de Paris donc où, à chaque élection, l’extrême-gauche ne fait pas de mauvais résultats, les murs ont été placardés de bien mystérieuses affiches aux slogans vengeurs.

 

Elles sont signées par un obscur «Comité invisible». Une organisation inconnue au bataillon, mais dont l’appellation n’est pas sans rappeler la «Cellule invisible» à laquelle  Julien Coupat et ses amis terroristes présumés sont accusés par les autorités d’appartenir.

 

«Que fait la police?», interroge une de ces affiches, au moment où l’Intérieur présente un bilan très mitigé en matière de lutte contre la délinquance et la criminalité. «AutonoRme», proclame une autre affiche au bas de laquelle le R a dégringolé, dans ce qui doit être, si l'on comprend bien, une dénonciation des atteintes causées à l’autonomie par une culture exagérément normative. «Incarcérez, incarcérez. Vos prisons seront nos universités», fustige et menace une troisième affiche.

 

On imagine aisément que les fins limiers de Michèle Alliot-Marie sont d’ores et déjà aux trousses de ces dangereux afficheurs masqués.

19/01/2009

Une (in)sécurité

Ce lundi, la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, présente et détaille les données nationales sur la délinquance et la criminalité pour l’année 2008. Ces chiffres sont particulièrement attendus à Paris, qui, ce week-end encore, a été le théâtre de rixes violentes entre bandes rivales. Devant le centre commercial des Halles, une fois de plus. Et, c’est plus nouveau, dans le quartier Reuilly-Diderot, entre bandes du onzième et du douzième arrondissement. Les données relatives à la sécurité dans les transports seront elles aussi particulièrement décryptées, alors que plusieurs villes du pays, dont la capitale,  viennent d’être paralysées par des mouvements de grève massifs déclenchés après des agressions de chauffeurs de bus ou de conducteurs de trains de banlieue.

 

Au fond, qu’en est-il de la sécurité dans les transports parisiens? Fin de l’an dernier, des chiffres intéressants ont été diffusés, relatifs à 2007. On n’avait pas encore eu le temps d’en parler ici; c’est donc le jour où jamais.

 

Quelque 20.000 plaintes sont déposées chaque année par les usagers des transports parisiens. Neuf plaintes sur dix concernent des vols, commis sans violence dans les trois quarts des cas. Alors que la plupart des vols sans violence sont commis dans Paris intra-muros (dans le réseau du métro, essentiellement), la banlieue, elle,  concentre les vols avec violence et les agressions. Les jeunes sont les premières victimes de ces actes de délinquance. Plus de 40% des victimes de vols se sont vu dérober leur téléphone portable. Les lignes de métro parisien les plus exposées à la criminalité sont les lignes 1, 4, 5 et 13. Normal. La première (qui dessert notamment les Champs-Elysées, Bastille, le Louvre, etc) est la ligne plus fréquentée par les touristes, cible privilégiée des pick-pockets. Les trois autres lignes, après avoir traversé Paris, relient des villes de banlieue difficiles. Le nombre réel d’actes de délinquance commis dans les transports parisiens est certainement beaucoup plus élevé que ces 20.000 plaintes. En effet, les spécialistes considèrent que deux tiers des faits de violence ne sont pas signalés par les victimes.

 

C’est sans doute à ce moment que le lecteur de cette note, a fortiori s’il n’est pas Parisien, se dit que le réseau de transports est particulièrement insécure dans la Ville lumière et que donc, la prochaine fois qu’il l’empruntera, ce sera avec beaucoup d’appréhension. Ce serait particulièrement infondé. En effet, à supposer même que l’on multiplie par trois le chiffre des vols et des agressions, il resterait infinitésimal par rapport au nombre de personnes transportées. Pour mémoire, plus de 10,5 millions de voyageurs empruntent chaque jour les lignes de la RATP.

31/12/2008

Un déploiement

En ce jour de St-Sylvestre, les autorités ont incontestablement voulu marquer les esprits. De mémoire de Parisien, on n’avait jamais vu cela depuis de très nombreuses années: le dispositif de sécurité déployé dans la capitale est d’une ampleur sans précédent.

 

Ces dernières années, le 31 décembre, 4.500 hommes assuraient la sécurité dans la capitale. Cette année, ils seront carrément au nombre de… 7.000! Dont 2.000 déployés rien que dans le quartier des Champs-Elysées. La ville va donc être quadrillée de policiers, de gendarmes et de pompiers. Cette fois, on a même fait appel aux militaires, aux unités mobiles de la réserve nationale ainsi qu'à des hélicoptères qui survoleront en permanence la banlieue nord de la capitale. Tout ce joli monde a pour tâche de réprimer «tout acte qui viendrait gâcher l’esprit de fête devant prévaloir tout au long de la soirée dans la capitale». Voilà les fêtards prévenus. Ce soir à Paris, il ne s’agira vraiment pas de faire le mariole.

30/12/2008

Un aveu

La France est décidément le pays de tous les paradoxes. On le voit bien ces jours-ci, en matière de soins de santé. Ainsi, dans ce pays, un sexagénaire peut mourir dans une ambulance après que les services de secours eurent, pendant six heures, vainement cherché un service hospitalier de réanimation capable de l’accueillir. Cela s’est passé dimanche, en région parisienne. Mais ce pays peut aussi, quelques jours plus tôt, affirmer, par la voix de son ministre de l’Intérieur, avoir parfaitement géré un vaste exercice de simulation antiterroriste ayant fait, outre 103 morts, 312 blessés fictifs.

 

D’où, cette question de base. Si déjà on n’arrive pas à trouver un hôpital à un pauvre cardiaque un dimanche en plein cœur de la région parisienne, sera-t-on vraiment capable de gérer 312 blessés causés en quelques heures seulement par une catastrophe majeure? L’opinion est priée de le croire. Hier, cependant, des médecins en colère ont fait voler cette fiction en éclats.

 

«Ces scénarios de gestion d’attentats ne sont absolument pas crédibles», a assuré ainsi, à la radio, un dirigeant de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), pour qui «rien que le quotidien est déjà une gestion de catastrophe… » Voilà un aveu qui a au moins le mérite d'être clair. Si donc des terroristes devaient envisager de frapper l’Hexagone, les Français n’ont plus qu’à croiser les doigts et à espérer qu’ils soient assez aimables et patients d'attendre que les hôpitaux en aient fini avec les congés des fêtes de fin d’année, les épidémies de grippe, de gastroentérite ou de bronchiolite.

22/12/2008

Un exercice

Début de semaine horrifique à Paris. Ce matin, vers 9 heures, un groupe terroriste a fait irruption dans le fameux hôtel de Crillon, place de la Concorde. Il y retient en otages des touristes, des hommes affaires et des diplomates, américains notamment. Au même moment, une bombe a explosé gare Montparnasse. Des détonations ont également été entendues au palais des congrès, porte Maillot. On ignore encore le nombre de victimes. A deux pas, à la Défense, un groupe paramilitaire inconnu a réussi à prendre le contrôle d’un gratte-ciel; le détachement d’élite du Raid a été envoyé sur place. Et, comme si cela ne suffisait pas, l’alerte rouge a également été déclenchée au Bourget: sur les pistes de cet aéroport de la proche banlieue parisienne, un commando a pris le contrôle d’un petit avion.

 

Ce lundi matin parisien d’épouvante, ce sont les stratèges qui l’ont imaginé. Ce scénario sert de base à l’exercice qui se déroule en ce moment même, «destiné à tester la réaction des services du ministère de l’Intérieur en cas d’attentats et prise d’otage massive simultanés». Pour corser encore l’affaire, à ces cinq actes terroristes concernant la région parisienne, les autorités en ont ajouté deux autres se déroulant en province: un attentat à la gare routière de Marseille et une prise d’otages dans la tour du Crédit lyonnais, à Lyon.

 

L’objectif de cet exercice est de tester en temps réel les capacités de réaction des autorités, et notamment de voir si les innombrables services sollicités en cas de catastrophes majeures parviennent à bien travailler ensemble. Pas moins de cinq ministères sont associés à l’exercice: Intérieur, Défense, Affaires étrangères, Santé et Equipement. Il s’agit exclusivement d’un exercice d’état-major: qui se déroule en salles. Les différents sites concernés ne connaîtront aucune perturbation ni ne seront l’objet du moindre déploiement particulier de forces de l’ordre.

 

Pas de soldats en treillis dans les salons dorés du Crillon, donc. Sans doute les autorités ont-elles jugé qu’en matière de sécurité visible et ostensible sur la voie publique, on en avait fait assez, cette année. Ce lundi, d’ailleurs, pour de vrai cette fois, policiers, gendarmes, propriétaires de grands magasins, sociétés de transports et d’aéroports de la capitale sont à nouveau convoqués au ministère de l’Intérieur pour une grande réunion destinée à évaluer, et au besoin à peaufiner, ce dispositif de sécurité.

 

Faut-il en faire plus? En fait-on jamais assez? Jusqu’où faut-il pousser le principe de précaution, dans ce domaine ultra-sensible de la lutte anti-terroriste? La réponse n’est pas aisée. L’ont à nouveau bien montré, ces derniers jours, les si nombreux reportages radio ou télé ayant recueilli la réaction des Parisiens face à l’arsenal sécuritaire renforcé depuis l’alerte terroriste de l’autre jour, au «Printemps». En gros, pour une personne interrogée qui se disait sécurisée par la présence si visible et si importante des forces de l’ordre dans la rue, une autre personne, au contraire, se déclarait surtout stressée par cette présence.

 

C’est vraiment le verre à moitié vide ou à moitié plein. Quand, à l’entrée d’un grand magasin ou à la sortie d’une gare, vous tombez sur un militaire en tenue de combat, mitraillette au bras. Sa seule présence peut-elle légitimement vous rassurer? Ou, au contraire, rappelle-t-elle une situation générale rendant sa présence nécessaire, ou en tout cas jugée comme telle, et donc qui a surtout de quoi inquiéter? 

 

17/12/2008

Un dispositif

Si vous êtes Parisiens et si, ce mercredi, vous avez prévu de faire du shopping sur les grands boulevards, attendez-vous à devoir subir davantage de contrôles qu’à l’accoutumée. En effet, depuis l’alerte terroriste d’hier midi au «Printemps», boulevard Haussmann, tous les grands magasins de la capitale ont discrètement mais considérablement renforcé leurs mesures de sécurité. Ainsi, le nombre de vigiles a été augmenté. Et, à partir de ce matin, ils auront notamment pour mission de contrôler les sacs des clients aux entrées.

 

Ce matin également, les plus hauts responsables de la police, de la gendarmerie, de la sécurité dans les aéroports et dans les transports ont été convoqués au ministère de l’Intérieur pour plancher sur un renforcement des mesures de vigilance et de sécurité concernant non plus cette fois les espaces privés, comme les grands magasins, mais la voie publique. Dès hier après-midi, cinq unités mobiles, soit un demi-millier d’hommes, ont été déployées en urgence pour sécuriser davantage les zones commerciales à Paris et en province.

 

Ces renforts décidés aujourd’hui complèteront le dispositif déjà déployé dans le cadre du plan «Vigipirate», qui est actuellement à l'échelon rouge. Dans la capitale, ils viendront également s’ajouter à l’arsenal renforcé de sécurité mis en place pour les fêtes par la préfecture de police. Ce dispositif, qui sera maintenu jusqu’au 18 janvier, est déjà en soi impressionnant. Il mobilise plus de 1500 policiers supplémentaires. Ces patrouilles, pédestres ou motorisées, sont notamment affectées à la sécurisation des grandes zones commerciales de la Ville lumière (Forum des Halles, Haussmann, Montparnasse, etc.) et des quartiers touristiques emblématiques (Champs-Elysées, Tuileries, Vendôme, etc.).

 

Pendant un mois, dès lors, dans le centre de Paris, la couleur dominante sera à nouveau, et plus que jamais, le bleu marine, voire le kaki. L’hiver dernier, pendant la période des fêtes de fin d’année, un maillage policier d’envergure similaire avait débouché sur quelque 52.000 contrôles d’identité, dont 1700 avaient donné lieu à des interpellations. Les autorités s’étaient alors félicitées du succès de ce dispositif, invoquant une baisse de 9% de la délinquance dans la capitale pendant cette période des fêtes de fin d’année.

11/12/2008

Une hécatombe (suite)

Un collègue de bureau, paparazzo allemand, débarque un peu sonné: avec son vélo, il vient de se prendre une portière de voiture inopinément ouverte sur son passage. Pour lui remonter le moral, on lui tend un article paru dans les pages locales du journal «Le Parisien». Après les angles morts des camions, les ouvertures intempestives de portières semblent être très en vogue en ce moment dans le milieu cycliste de la capitale. Depuis le début de la semaine, un cycliste est entre la vie et la mort, plongé dans un coma profond après avoir été victime lui aussi d’un accident de ce type rue Guy-Môquet, dans le dix-septième arrondissement. S’il succombe à ses blessures, ce sera le sixième cycliste tué cette année à Paris – du jamais vu.

 

Tout ceci alors que l'Hôtel de ville vient de lancer une campagne d’affichage spectaculaire sur la sécurité routière. Pour le coup, les visuels sont impressionnants. Sur les panneaux publicitaires de la ville, c'est bien simple, on ne voit qu’eux tant ils sont nombreux et saisissants.

 

Ainsi, la déclinaison de cette campagne qui est destinée aux cyclistes. Elle montre une jeune femme inanimée. Etalée de tout son long sur les pavés de l’avenue du Général Lemonnier, l’artère qui sépare le Jardin des Tuileries du palais du Louvre. Avec, à ses côtés, son vélo cabossé ainsi que le contenu de son sac éparpillé sur la chaussée. Et, sur fond de panorama magnifique de la Grande pyramide, ce slogan: «Paris, ses places, ses monuments, ses 556 cyclistes victimes d’accidents en 2008».

17/11/2008

Un pugilat

Cela a volé bas, samedi.  On ne parle pas des coups bas entre camarades socialistes réunis en congrès à Reims. Au moins ces affrontements-là ne furent-ils que verbaux – du moins si l’on excepte l’un ou l’autre gnon perdu dans les bousculades médiatiques. En revanche, à Paris le même jour, c’est carrément à coups de poings, de barres de fer, de battes de base-ball et de bombes de gaz lacrymogène que l’on s’est affrontés.

 

C’était en plein centre-ville, en fin de journée. Cela s’est passé au Forum des Halles – lieu que, décidément, on n’aime pas –, Porte Lescot précisément, sous les regards médusés de centaines de badauds. C’était deux bandes rivales qui s’affrontaient: l’une réunissant des gamins de la banlieue ouest de Paris, l’autre des gosses du même âge mais originaires eux de la banlieue nord de la capitale. Résultat? Un pugilat général dans lequel furent impliquées plus de 70 personnes, sans compter une trentaine de policiers débordés, des vitrines et du mobilier cassés, des blessés et une dizaine des jeunes interpellés, dont certains âgés à peine de seize ans. Avant de faire le coup de poing aux Halles, ces hurluberlus avaient déjà, il y a plusieurs mois, semé la panique dans le quartier de la gare du Nord et à Pigalle.

 

Coïncidence: c’est juste au lendemain de ce week-end houleux que le centre commercial des Halles inaugure, ce lundi, ses illuminations de fin d’année. Pour l’occasion, dès la nuit tombée et jusqu’à début janvier, le Forum s’illumine tout en rose, avec notamment un sapin de Noël de dix mètres de haut installé sur la place basse du mall. Les organisateurs promettent une «frénésie rose», qui transportera les usagers et visiteurs des Halles «dans un tourbillon de rêve et de lumières». Si au moins cette animation pouvait en calmer un peu quelques-uns, ce ne serait déjà pas mal.

 

Dans la foulée, puisque la culture, comme la musique, adoucit les moeurs, on ne peut que se réjouir de la réouverture aux Halles, début décembre, du "Forum des Images" entièrement rénové après trois années de travaux. Cette très belle réalisation – dont la déco intérieure fait elle aussi largement appel au magenta – proposera au public une bibliothèque du cinéma, un restaurant, un bar et cinq salles de projection différentes. On ne sait si, au vu des incidents de ce week-end, les programmateurs oseront ou non programmer «West Side Story».

07/11/2008

Un malaise

Cela ne s’arrange pas chez Vélib’. Certes, le système parisien de location de vélos en libre-service connaît un succès éclatant. Vient encore de le confirmer la dernière livraison de l’Observatoire des déplacements à Paris. Pendant le premier trimestre 2008, les déplacements à vélo dans la capitale française ont augmenté de 33% par rapport au premier trimestre 2007. Cette croissance est surtout due au Vélib’, un cycliste parisien sur trois ayant recours à ce dispositif. Ces jours-ci, néanmoins, le système connaît un double malaise.

 

Malaise social, d’abord. Hier, comme ils l’avaient déjà fait en avril dernier (relire ici), les «gilets jaunes»  – à savoir le personnel de maintenance de Vélib’, regroupé au sein de Cyclocity, une filiale du groupe JC Decaux  – ont fait grève pendant toute la journée. Ils réclament notamment un meilleur cadre de travail, eux qui bossent y compris de nuit dans des conditions difficiles, ainsi qu'une rémunération décente: au moins équivalente au salaire minimum. Le mouvement a fait tache d’huile chez des homologues de Vélib’ en province: Vélo’v (Lyon) et VéloToulouse (Toulouse).

 

Malaise sécuritaire, ensuite. Les cyclistes parisiens ne savent plus à quel saint se vouer sur la question de savoir s’ils peuvent ou non circuler dans les couloirs de bus. Les associations (ici, par exemple) réclament de longue date cet accès. Mais entre la mairie centrale, les mairies d’arrondissements et la préfecture de police, les autorités ne tergiversent pas rarement. Entre les autorisations de circulation implicites, les PV malgré tout distribués par les pandores pas toujours au courant, et les coups de klaxon fréquents des chauffeurs de bus, les cyclistes en perdent leur latin. Et les récents arrêtés pris par la mairie n’ont pas simplifié les choses. Ils ont ouvert aux vélos 26 des 58 derniers kilomètres de couloirs de bus qui ne leur étaient pas encore accessibles. Mais en l’absence d’une signalisation adéquate, plus personne ne s’y retrouve.

 

Pour résumer donc, et si on a bien compris, en gros restent interdits aux vélos les couloirs de bus qui sont en site propre, à savoir ceux qui sont protégés du reste de la circulation par des séparateurs au sol. Et pour cause: ces couloirs-là sont des pièges mortels pour les cyclistes. En effet, les chauffeurs de bus, qui y roulent souvent vite, peuvent plus difficilement faire un écart pour éviter des vélos aperçus au dernier moment.

 

Reste que ce serait tout de même plus simple et plus sécurisant pour tout le monde si Paris jouissait enfin d’un réseau cyclable digne de ce nom. Mais c’est évidemment plus compliqué, car plus cher. Raison pour laquelle la mairie ne se contente que de vagues et lointains engagements en la matière: 200 kilomètres de voies nouvelles promises d’ici à… 2013.

 

En attendant, le quidam à vélo dans Paris est prié de croire en sa bonne étoile. Et de redoubler de vigilance pour ne pas servir, à son corps défendant, de chair à statistiques. Statistiques qui sont mauvaises car à mesure que croît l’usage du vélo dans la capitale, augmente bien sûr le nombre de sinistres touchant des cyclistes: + 21% par rapport au premier trimestre 2007.