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09/02/2009

Une progression

La semaine commence on ne peut plus sainement. Ce lundi, en effet, le ministère de la Santé et les directions des chaînes de télévision signent une charte destinée à une meilleure prévention de l’obésité sur le petit écran. C’est le prolongement de l’opération «mangerbouger» lancée le printemps dernier, en vertu de laquelle les messages publicitaires pour les produits alimentaires sont désormais assortis de messages incitant le téléspectateur à mieux manger et à se bouger un peu (relire ici). Aujourd’hui, via cette charte, il s’agit notamment d’assurer la diffusion à la télé de programmes courts promouvant les bons comportements de vie et d'alimentation ainsi que des campagnes en faveur des produits sains (fruits, légumes, etc.) encore sous-consommés actuellement.

 

C’est une initiative d’autant moins inutile que les chiffres de l’obésité en France se dégradent d’année en année. 18% des jeunes de moins de 17 ans et 49 % des adultes y sont considérés comme étant en surpoids ou obèses.

 

Tiens, à ce propos, la malbouffe ne subit visiblement pas les effets de la crise économique. L’autre jour, la filiale française de McDonald’s a annoncé que son chiffre d’affaires avait progressé de plus de 11% (à 3,3 milliards d’euros) l’an dernier. Une progression comparable est envisagée pour 2009. Au total, ces cinq dernières années, McDo a accru de 50% son chiffre d’affaires en France, où cette société dispose désormais de plus de 1.100 restaurants.

 

Des restaurants souvent bondés et où donc – à Paris, c’est très fréquent  – , les clients ne font pas rarement la queue. C’est bien sûr surtout le cas pendant les pauses déjeuner et à l’heure du dîner. Ces retards sont d’autant plus préjudiciables pour les sociétés de restauration rapide qu’elles réalisent chaque jour 70% de leur chiffre d’affaires dans les tranches horaires midi-14 heures et 18-21 heures. Du coup, de plus en plus à Paris et bientôt dans toute la France aussi, sont installées des bornes de prise de commande en libre-service, qui permettent de réduire à trois minutes le temps moyen d’attente du client. Fin 2009, 400 restos McDo seront équipés de ces bornes automatiques. Un mouvement similaire est suivi chez Quick et chez KFC. Les exploitants de fast food sont d’autant plus enclins à généraliser ce genre de technologie que les études ont montré que les clients utilisant ces bornes ont tendance à consommer davantage que les autres : 5% en moyenne, soit 50 centimes supplémentaires sur une addition moyenne de 10 euros.

 

A terme, l’objectif est de booster la fréquentation des fast-food. Un Français se rend en moyenne 14 fois par an au McDo, contre 35 fois par an pour un Américain – il existe donc encore des marges de progression. Pas sûr qu'il faille s'en réjouir.

06/02/2009

Une innocuité?

Transports parisiens, suite. On n’a pas encore eu le temps d’en parler, mais il est plus que temps puisque le changement est intervenu cette semaine (lundi à 0 heures, précisément) et puisqu’il s’agit d’un tournant historique: en effet, c’est une page vieille de 35 ans qui vient d’être tournée. Lancée en 1975, la carte orange (pour les non-Parisiens: le coupon mensuel d’abonnement au réseau de transports régional) a cessé d’exister. EIle est désormais remplacée par le pass Navigo, une carte à puces rechargeable à des bornes magnétiques (si besoin, relire ici). Les mois qui ont précédé cette petite révolution, deux grosses réserves avaient été émises par les réticents. D’abord, un problème de respect de la vie privée, cette carte permettant de tracer et de mémoriser les déplacements effectués par les usagers. Ensuite, un problème potentiel de santé. Sur ce dernier sujet, on en sait désormais un peu plus.

 

Le timing ne doit sans doute rien au hasard: l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) vient de remettre son avis sur les éventuels risques pour la santé des puces RFID contenues dans ces pass Navigo, puces qui émettent des rayonnements électromagnétiques. Pour ces spécialistes, «l’étude de la littérature, ainsi que les résultats des campagnes de mesure, ne permettent pas, à ce jour, d’établir l’existence d’un risque sanitaire lié à l’exposition aux champs électromagnétiques émis par des systèmes RFID». Ces champs, en effet, seraient «inférieurs aux valeurs limites d’exposition». Et, en tout état de cause, l’exposition des utilisateurs de puces à ces champs serait «très faible» par rapport à d’autres sources de rayonnements, «comme par exemple l’usage d’un téléphone mobile». Comme, toutefois, en ces matières, rien n’est jamais simple, l’Afsset juge «nécessaire de poursuivre la veille scientifique» sur le sujet.

 

D’où, l’on peut en déduire que le diagnostic rassurant des scientifiques sur l’innocuité de ce dispositif n’est pas forcément définitif. Du coup, en théorie, certains abonnés au métro et au RER parisiens pourraient décider, en âme et conscience, de faire jouer le principe de précaution et donc choisir de ne pas s’exposer à cette nouvelle technologie. Non, là désolé, ce n’est pas possible. En effet, le remplacement de la carte orange par le pass Navigo est définitif et il a été imposé à tout le monde.

 

Ne reste donc plus qu’à croiser les doigts pour que, dans dix ans, les experts ne reviennent pas sur ce constat d’innocuité.

12/01/2009

Un froid

Atterri à Roissy dimanche, à l’aube. Sept degrés sous zéro, cela réveille son homme. Voire jette un froid, au sens propre en tout cas. Pendant cette semaine de vacances passée loin de France, sans le moindre média et donc coupé de toute actu, une seule et unique information nous est parvenue de l’Hexagone, via des Français rencontrés par hasard: Marseille sous la neige et donc complètement en pagaille.

 

En une semaine, cela dit, rien n’a fondamentalement changé à Paris. Si ce n’est que cet «épisode météorologique remarquable», comme Météo France qualifie la «vague de froid exceptionnelle» qui affecte la France en ce moment, oblige les gardiens de parcs et les policiers à jouer au chat et à la souris avec les Parisiens amateurs de patin sur les étangs et les lacs gelés.

 

Rien n’a changé?  Jusqu’aux pieds de l’immeuble du bureau, boulevard Richard Lenoir, d’innombrables SDF continuent de claquer des dents à longueur de journées. Dans des HLM au système de chauffage vétuste, entendait-on ce matin à la radio, des petits vieux habitent dans des logements où la température n’est que de 12 degrés. Gare Saint-Lazare, une grève sur le réseau régional de la SNCF continue de frigorifier les usagers sur les quais. Gare Montparnasse ce matin, des centaines de voyageurs sont arrivés sonnés, après avoir passé la nuit dans des TGV bloqués par des problèmes de catenaire causés par le froid, comme cela a déjà été le cas tant de fois. Quant à l’air ambiant, dans la capitale, il est toujours aussi détestablement pollué, comme continuent de le rappeler les bulletins d’alerte.

 

Tiens, une autre alerte a été lancée par le ministère de la Santé: une campagne média invitant les Français à être attentifs aux personnes âgées, qui sont souvent les premières victimes de ces temps de froidure exceptionnelle. En entendant ces spots à la radio, dimanche, on a repensé à une précédente campagne publique de prévention, menée au début de l’hiver: à ces spots télé qui invitaient les personnes grippées à… mettre la main devant leur bouche au moment de tousser.

 

Etre attentif à l’autre, veiller aux plus faibles: c’est un peu drôle, tout de même, tous ces messages qui tournent en boucle mais qui ne font jamais que rappeler ce qui aurait toujours dû rester une évidence. Un peu drôle ou assez triste, c’est selon. Qu’il soit nécessaire de mener ces campagnes en dit peut-être long sur l’état des relations de solidarité, dans une société.

02/01/2009

Un bilan

Un an aujourd’hui, jour pour jour, que la France a interdit le tabac dans les lieux publics et singulièrement dans les lieux de convivialité: cafés, bars, restos, discothèques, etc. Le bilan de cette loi est mitigé.

 

Côté pile, la qualité de l’air ambiant dans ces lieux s’est incontestablement améliorée. Le tabagisme passif, que subissait notamment le personnel travaillant dans ces lieux, a été éradiqué. Les spécialistes s’attendent à «un impact fantastique» en termes de santé publique: une réduction d’une dizaine de pourcents du nombre d’hospitalisations pour infarctus du myocarde. Enfin, tous les sondages montrent que cette loi est assez populaire: elle est plébiscitée aussi bien par les fumeurs que par les non-fumeurs. Dans l’ensemble, elle est donc assez bien respectée. En région parisienne, en un an, seuls 384 fumeurs et 228 patrons d’établissements récalcitrants ont été verbalisés.

 

Côté face, reste un gros problème à régler dans les terrasses, qui sont devenues les lieux de refuge des fumeurs et dont l’atmosphère, du coup, est souvent irrespirable. La loi pose aussi un problème économique. La baisse du chiffre d’affaires des lieux de convivialité due à l’interdiction du tabac est évaluée entre 1,5 % (estimation des économistes) et 10% (calculs des syndicats). Elle ne va pas arranger l’impact de la crise générale déjà subi par ce secteur. L’interdiction du tabac dans les cafés y a fait revenir une nouvelle clientèle (familles avec enfants, personnes âgées, etc.), à certaines heures notamment (l’après-midi). Mais elle a fait fuir les fumeurs invétérés. Elle tend à écourter souvent les durées de consommation (au déjeuner par exemple, les gens zappent le dessert ou le café pour sortir fumer). Et, dans les centres urbains animés, elle est à l’origine de troubles du voisinage. Sans parler de la plaie environnementale des trottoirs transformés en grands cendriers et des chauffages de terrasses très énergivores.

 

Enfin, surtout, nouvelle loi ou pas, les Français ne fument pas moins.  Selon l’office de prévention du tabagisme, cette loi n’a eu «aucun impact» sur le nombre de fumeurs réguliers ou occasionnels, qui continuent à représenter, en gros, un tiers de la population. C’est évidemment le principal constat négatif, même si tout le monde s’y attendait un peu en vertu du vieux principe selon lequel punir, interdire, cela n’a jamais suffi à convaincre et à infléchir.

30/12/2008

Un aveu

La France est décidément le pays de tous les paradoxes. On le voit bien ces jours-ci, en matière de soins de santé. Ainsi, dans ce pays, un sexagénaire peut mourir dans une ambulance après que les services de secours eurent, pendant six heures, vainement cherché un service hospitalier de réanimation capable de l’accueillir. Cela s’est passé dimanche, en région parisienne. Mais ce pays peut aussi, quelques jours plus tôt, affirmer, par la voix de son ministre de l’Intérieur, avoir parfaitement géré un vaste exercice de simulation antiterroriste ayant fait, outre 103 morts, 312 blessés fictifs.

 

D’où, cette question de base. Si déjà on n’arrive pas à trouver un hôpital à un pauvre cardiaque un dimanche en plein cœur de la région parisienne, sera-t-on vraiment capable de gérer 312 blessés causés en quelques heures seulement par une catastrophe majeure? L’opinion est priée de le croire. Hier, cependant, des médecins en colère ont fait voler cette fiction en éclats.

 

«Ces scénarios de gestion d’attentats ne sont absolument pas crédibles», a assuré ainsi, à la radio, un dirigeant de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), pour qui «rien que le quotidien est déjà une gestion de catastrophe… » Voilà un aveu qui a au moins le mérite d'être clair. Si donc des terroristes devaient envisager de frapper l’Hexagone, les Français n’ont plus qu’à croiser les doigts et à espérer qu’ils soient assez aimables et patients d'attendre que les hôpitaux en aient fini avec les congés des fêtes de fin d’année, les épidémies de grippe, de gastroentérite ou de bronchiolite.

02/12/2008

Un air

Dans un mois, cela fera un an jour pour jour que la France bannissait le tabac des lieux de convivialité. Les bars, cafés, restaurants et discothèques allaient être désertés par les fumeurs et donc allaient voir leur chiffre d’affaires s’effondrer, avaient alerté tant et tant de voix, avant l’entrée en vigueur de la loi. Et bien, pas du tout. Tous ces oiseaux de mauvais augure se sont trompés et les usages ont assez facilement et convivialement changé. C’est ce qu’on se disait ce week-end encore, au «Showcase». Devant la boîte bling du pont Alexandre III, jusqu’aux petites heures, s’agglutinaient des nuées de fumeurs frigorifiés, contraints d’assouvir leur assuétude dans le froid glacial de la nuit mais qui, pour autant, n’avaient pas l’air de se formaliser exagérément de l’exclusion les frappant.

 

Là au moins, outre que le panorama sur la Seine endormie était splendide, l’air était polaire mais pur. Ce qui n’est visiblement pas la caractéristique première de l’atmosphère régnant dans les terrasses des cafés parisiens, le seul endroit désormais où les fumeurs sont tolérés. C’est du moins ce qui ressort d’une récente étude scientifique menée pour le compte de l’association ‘Droit des non-fumeurs’ et portant sur la pollution due aux particulines fines.

 

Selon cette étude, l’air d’une terrasse couverte et quasi-fermée est en moyenne six fois plus pollué que celui des rues parisiennes: 116.000 particules par cm3 contre 23.000. Même les terrasses à l'air libre posent problème. Selon l’association, le degré de pollution qui y est causé par le tabac est 50% plus élevé que la pollution affectant la rue. DNF réclame donc davantage de contrôles.

 

Accessoirement, elle rappelle aussi qu’«en aucun cas, les terrasses de cafés ne peuvent devenir un espace exclusivement réservé aux fumeurs». En cette période hivernale, peu de non-fumeurs étant assez sots pour réclamer de pouvoir déjeuner ou dîner dehors, la monopolisation des terrasses par les fumeurs ne pose pas trop de problème. Mais dès le retour des beaux jours, aux terrasses des bistrots, la cohabitation risque de redevenir orageuse entre adeptes et pourfendeurs de l’herbe à Nicot.

31/10/2008

Un «bonnet de nuit»

bonnet de nuit.jpgC’est, entre autres raisons, pourquoi on n’habiterait pas ailleurs à Paris: notre onzième arrondissement ainsi que son voisin, le troisième, a toujours été le quartier de prédilection des noctambules, insomniaques et fêtards de tout poil. Cette joyeuse ambiance, cela dit, pourrait ne pas longtemps perdurer. Les amoureux de la nuit dans ce coin de Paris, en tout cas, sont très chagrinés par deux mesures prises par les autorités. Mesures qui, selon eux, traduisent une volonté de coiffer Paris d’«un bonnet de nuit» - et hop, tout le monde au lit.

 

La première mesure a été prise cet été. La préfecture de police a adopté un nouvel arrêté relatif aux horaires d’ouverture et de fermeture des bistrots. Résultat: plusieurs bars plutôt sympas du Marais doivent désormais fermer leurs portes comme tout le monde à 2 heures du matin alors qu’auparavant, ils restaient ouverts jusqu’à 4 heures au moins. Le préfet a «nié toute volonté de coiffer Paris d’un bonnet de nuit». Mais il est resté sourd aux récriminations des tenanciers de ces établissements, qui, leur activité étant réduite, ont dû licencier du personnel. Il n’a pas davantage été sensible aux arguments de la majorité de gauche au Conseil municipal. Celle-ci plaide pour «que Paris conserve, pour les touristes et pour les Parisiens, son énergie de ville dynamique et festive».

 

La deuxième mesure anti-fêtards vient d’être annoncée. Elle émane cette fois du député-maire socialiste du onzième, Patrick Bloche. Il s’agit à présent d’étendre très largement dans l’arrondissement le périmètre d’application d’un arrêté préfectoral. Cet arrêté limite, dès la nuit tombée, la consommation d’alcool sur la voie publique ainsi que la vente de bouteilles à emporter. La mairie invoque «un impératif de santé publique»: la lutte contre l’«alcoolisation» de ces quartiers, qui commencerait à poser «des problèmes d’aggressivité».

 

On est sensible à l’intérêt d’une politique de santé publique luttant contre l’alcoolisme, contre l’alcoolisme des jeunes en particulier. On se permet cependant de relever le caractère largement hypocrite de cette mesure. En effet, tout le monde sait très bien, et Patrick Bloche le premier, que cet arrêté préfectoral dont il veut étendre l’application n’est, dans les faits, … absolument pas respecté. Sans être adepte du binge drinking, on en a déjà fait maintes fois l’expérience. Après 21 heures, en effet, dans les Monop’ du quartier Bastille (rue de la Roquette, par exemple), on ne vous vendra plus la moindre canette de bière. Mais vous pourrez acheter sans problème et plus discrètement tout l’alcool que vous voulez... deux rues plus loin, chez le petit épicier du coin. C’est d’ailleurs la même chose et de longue date avec la réglementation qui réserve théoriquement la vente de cigarettes aux débits de tabac dûment agréés et annoncés avec le célèbre cône rouge. N’importe quel fumeur parisien sait très bien qu’avec un beau sourire, il arrivera sans trop de problèmes à acheter des clopes sous le manteau ou sous le comptoir (mais un peu plus cher) à l’épicerie ou au bistrot du coin.

 

D’où cette remarque tellement évidente qu’elle en paraît tartouille: avant d'étendre des arrêtés, il vaudrait peut-être mieux vérifier si, sur le terrain, ils sont appliqués. Et si ce n'est pas le cas, se demander pourquoi.

24/10/2008

Un poids

macdoburger.jpgFin hier soir de la saga politico-environnementale de la semaine: on ne taxera pas les sacs plastiques mis à disposition de la clientèle des supermarchés. La controverse autour de cette question a quelque peu éclipsé une autre actualité de la semaine en termes de lutte contre les déchets: la charte qu’ont signée l’Association des maires de France et le Syndicat national de la restauration rapide. Cette charte vise à améliorer la propreté autour des fast-food de France, en réduisant la quantité de détritus qui y sont abandonnés par les clients.

 

Cela concerne énormément de gens: chaque jour dans ce pays, pas moins de 2 millions de personnes vont dans un établissement de restauration rapide. La moitié de ces deux millions de clients quotidiens ne consomment pas sur place, d’où la crasse régnant souvent aux alentours des fast-food. Pour vous en faire une idée, allez vous promener un samedi après-midi dans les environs du McDo du Forum des Halles…

 

Pourtant, McDo  –  plus que jamais le leader de la restauration rapide en France: 1116 restaurants accueillant chaque jour 1,3 million de clients  –  ne reste pas inactif dans le domaine de la lutte contre la saleté. Ainsi, il vient de redessiner les poubelles se trouvant sur les parkings de ses restaurants. Ces nouvelles poubelles, dites «Service au volant», permettent aux mangeurs de burgers façon drive-in d’y jeter leurs déchets sans même devoir sortir de voiture. On peut donc présumer qu’elles seront davantage utilisées. Le groupe travaille aussi sur la valorisation des déchets organiques, à savoir les 15 kilos de restes alimentaires produits en moyenne par jour et par restaurant (burgers tombés par terre en cuisine, aliments pas consommés dans les délais fixés, etc.). Comme cela se fait depuis longtemps en Suède, ces déchets, au lieu d’être idiotement jetés à la poubelle comme aujourd’hui, pourraient bientôt être transformés en compost puis revendus aux agriculteurs.

 

mcdoclown.jpgMais parfois, la réduction des déchets n’est vraiment qu’une question de détail: une affaire de quelques grammes à peine, pour tout dire. Ainsi, ces dix dernières années, à force de recherches et d’améliorations technologiques, McDo a réduit d’1,5 gramme le poids du sachet de papier utilisé pour la vente à emporter. Idem pour l’étui de carton servant aux frites, qui pèse aujourd’hui 9,82 grammes contre 11,5 grammes en 1995. Anecdotique? Non. Ces quelques grammes gagnés ainsi que les mêmes mesures appliquées aux boîtes à nuggets, aux gobelets de coca, aux boîtes de sandwiches ou aux touillettes à café (passées du plastique au bois) permettent au groupe d’économiser chaque année 4100 tonnes de plastique et 4000 tonnes de papier.

 

Plus de 8000 tonnes d'emballages en moins: ce n’est tout de même pas rien. Même si ce n'est qu'une goutte d'eau dans la mer des 849 millions de tonnes de déchets produits chaque année en France. Et même si, on est d’accord, tout cela ne rendra pas les burgers plus appétissants ou meilleurs pour la santé. Ni ne fera maigrir les Français, qui mangent trop et mal et donc grossissent d’année en année. Mais cela, c’est une autre débat.

05/09/2008

Une bestiole (encore)

C’est programmé pour la semaine prochaine, entendait-on – un peu incrédule, on l’avoue – à la radio ce matin. A Paris comme sur l’ensemble de la France. Le grand retour de l’été, les 25 degrés et tous les plaisirs habituellement liés à une arrière-saison ensoleillée.

Les nombreux plaisirs mais aussi les quelques inconvénients. Dont les moustiques, particulièrement voraces à Paris – on n’a pas du tout le souvenir qu’ils étaient aussi agressifs à Bruxelles. Et décidément, dans la capitale française cet été, ces bestioles ont fait l’actualité.

On en parlait (ici) peu avant la pause des vacances: fin juillet, une habitante de la région parisienne piquée par un moustique tigre a contracté le chikungunya – du jamais vu sous ces latitudes.  Fin août, nouvelle sensation: c’est carrément le paludisme que vient d’attraper un couple de Parisiens ayant résidé à proximité de l’aéroport de Roissy. Dans les deux cas, les victimes ont probablement été contaminées par des moustiques ayant voyagé dans des cabines d’avion mal désinfectées.

Enfin, l’autre jour, autre première en région parisienne, des mesures de protection particulière contre les moustiques ont dû être prises par les autorités. Cela s’est passé dans l’Essonne (banlieue sud de Paris), à Sainte-Geneviève des Bois précisément. Confrontée à une prolifération de ces insectes piquants, due au mauvais temps semble-t-il, cette localité a dû distribuer des bracelets anti-moustiques à plusieurs centaines d’élèves d’un groupe scolaire situé à proximité d’une forêt. C’était la seule solution si l’on voulait continuer à permettre à ces élèves d’avoir des récréations. La mesure de protection a été prise pour un mois. Qui sait si cela continue, va-t-on finir par trouver des moustiquaires en vente dans tous les supermarchés de la région parisienne.

25/07/2008

Un bruit chic

Cela nous éloigne un peu de Paris. Mais c’est une nouvelle parfaite puisque très de saison et qui nous rapproche géographiquement de la route de la plage: il y a des bruits ploucs et des bruits chics.

A Paris par exemple, les habitants se prennent la tête pour des nuisances sonores très peu glamour: le trafic automobile un peu partout, les coups de klaxon inévitables aux carrefours,  les marteaux-piqueurs des chantiers en rue à longueur de journées, et, à la maison, le vacarme des bricoleurs, surtout le samedi matin – les marteaux-piqueurs et les bricoleurs, on prévient: on les déteste vraiment. A Saint-Tropez en ce moment, c’est une nuisance sonore en revanche un brin plus chic qui exaspère les riverains: le ballet incessant des hélicoptères qui transportent la cohorte des people, stars, jet-setteurs et autres paparazzi en villégiature dans la célèbre presqu’île.

 

Le golfe de Saint-Trop’ compte une cinquantaine d’«hélisurfaces», comme semble-t-il on appelle cela. Ce sont des aires d’atterrissage et de décollage privées aménagées dans les vignobles ou à proximité des résidences de luxe. Elles sont très pratiques pour les estivants fortunés, car on les rejoint en une vingtaine de minutes à peine depuis les aéroports de Nice, Toulon ou Monaco. Tellement pratiques que, selon les comités anti-bruit des communes de Ramatuelle, Grimaud ou Cogolin, l’été à Saint-Tropez, c’est chaque jour et pendant deux mois l’ambiance défilé aérien du 14 juillet. Les jours les plus fous, les habitants ont comptabilisé un vol d’hélico toutes les 7 minutes et ce de 7h30 à 21 heures: de quoi devenir fou.

La réglementation n’est donc, de toute évidence, pas respectée. Théoriquement, elle limite le nombre de vols quotidiens, les restreint à certaines plages horaires, et impose le respect d’une hauteur minimale de vol. Du coup, les protestataires ont menacé de faire du grabuge: rien moins que de bloquer la route des vacances menant à Saint-Tropez. L’Etat s’est aussitôt exécuté. Après avoir constaté une kyrielle d’infractions, il a imposé cette semaine la fermeture de l’hélisurface du fameux Château de Pampelonne, à Ramatuelle. Et d’autres sanctions du même type sont d’ores et déjà promises si les nuisances ne diminuent pas.

Même les plus fortunés impitoyablement sanctionnés: les gendarmes de Saint-Tropez, décidément, sont à féliciter.

PS: A propos de gendarmes et de Saint-Tropez, en ce moment la télévision M6, décidément la chaîne des daubes, programme tous les jeudis un épisode de la célèbre série des Louis de Funès – a-t-on constaté avec effarement hier soir. Un de Funès tous les dix ans, quand on est nerveusement très fatigué, soit et même volontiers. Mais chaque été la même série des «Gendarmes» invariablement reprogrammée par et sur la même chaîne: il devrait y avoir des procédures d’avertissement du Conseil supérieur de l’audiovisuel pour ce genre de fonctionnement si paresseux.

24/07/2008

Une bestiole

4d31f58bab092efc57f35bafddd1023e.jpgAujourd’hui, une note qui intéressera plus particulièrement les lecteurs parisiens de ce blog qui, en ces nuits d’été, ont comme nous le bonheur – et l’immense privilège, dans cette ville si bruyante – de pouvoir dormir avec les fenêtres grandes ouvertes. Et qui, du coup, en ce moment, sont probablement couverts de piqûres de moustique. S’ils ne l’ont pas déjà fait, ils auraient tout intérêt à se procurer au plus vite de l’anti-moustiques. En effet, le chikungunya pourrait bien avoir fait sa première victime en région parisienne.

 

Le chikungunya est une maladie virale particulièrement douloureuse voire invalidante (fortes fièvres, violents maux de tête, sévères courbatures, etc.), contre laquelle il n’existe ni vaccin, ni traitement spécifique. Cette maladie tropicale est transmise par un moustique, baptisé «Aedes albopictus» ou «moustique tigre» (bigre) par les entomologistes. En 2006, le chikungunya a décimé les îles françaises de l’Océan indien (La Réunion et Mayotte). Et y a causé «une crise sanitaire d’une ampleur inégalée», dixit à l’époque le gouvernement: 30% à 40% de la population de ces départements ont été atteints par le virus.

 

Jusqu’à présent, les très rares cas de chikungunya diagnostiqués en métropole n’étaient pas des contaminations autochtones. Il s’agissait de gens qui avaient été piqués par un moustique lors d’un voyage en outre-mer puis avaient développé la maladie à leur retour. On se souvient également d’une contamination accidentelle d’un personnel soignant qui, en réalisant un prélèvement sanguin sans gant, avait été exposé au sang d’une personne infectée. Mais cette fois, les choses pourraient bien se corser.

 

En effet, la patiente habitant la banlieue parisienne qui est soupçonnée d’avoir contracté le chikungunya, qui est en cours d’examen à la Direction générale de la Santé, outre qu’elle n’a jamais eu de contact de ce type avec un malade, affirme n’avoir pas du tout quitté sa région ces derniers mois. Or, jusqu’à présent, les rares moustiques tigres recensés en métropole ne l’avaient été que dans quelques départements méditerranéens (Corse, Var ou Alpes maritimes). Mais jamais à Paris ni en région parisienne. Du coup, si la contamination est confirmée, l’hypothèse la plus probable, pour expliquer la présence de ce moustique dans le nord du pays, serait que la bestiole se soit glissée dans un avion en provenance du sud. Mais ces avions sont supposés être tous désinfectés. Les spécialistes en perdent donc leur latin.

 

Et le Parisien moyen dormant avec les fenêtres ouvertes de s’interroger s’il doit ou non changer ses habitudes. Pour nous, il n'en est pas question. Les autorités (ici) n’ont pas l’air plus alarmées que cela. Et, surtout, la canicule arrive à grand pas – 30 degrés annoncés aujourd’hui à Paris. Donc, on va juste redécouvrir l’odeur acidulée et si estivale de la citronnelle, en somme joindre l’utile à l’agréable.

18/07/2008

Une illisibilité

8ab5d1703a2bdd58df953a59fee1fed5.jpgSa mise en vente est autorisée depuis lundi, mais on ne l’a encore trouvé nulle part, dans les magasins du quartier: ni au «Monop'», ni chez «Franprix», ni chez «Shopi», ni aux épiceries du coin. Rien. On veut parler du «Red Bull», du vrai «Red Bull»: cette boisson énergisante qui a tant défrayé la chronique en France, ces derniers mois (relire ici ou ). Dans les rayons de la plupart des grands magasins du onzième arrondissement, c’est encore le faux «Red Bull» que l’on trouve: la version soft du soda, sans la fameuse taurine susceptible de donner des ailes. Il faudra encore quelques jours, voire l’une ou l’autre semaine, pour que les anciens stocks soient écoulés, puis tout le monde pourra enfin goûter le breuvage énergisant le plus consommé au monde (3,5 milliards de canettes vendues en 2007).

 

On n’est pas spécialement à la recherche de produits qui permettraient de rendre les journées encore plus longues. A fortiori à ce prix: 1€43 la canette de 25 cl, ce qui fait cher l'acide aminé, même ailé. N’empêche, si un de ces jours on tombe sur ce nouveau «Red Bull», on regoûtera. Ne serait-ce que pour se faire un plan «madeleine de Proust» en mémoire aux années 90, lorsque ce soda était si à la mode dans le monde de la nuit à Bruxelles.

 

Cela dit, les consommateurs doivent tout de même se poser des questions. D’un côté, la mise en vente de ce produit a été autorisée. Mais de l’autre côté et dans le même temps, la ministre de la Santé appelle publiquement les gens à le boycotter. En raison de son absence d’«intérêt nutritionnel ou énergétique» mais surtout de ses «dangers importants», sur lesquels l’Agence française de sécurité sanitaire a déjà alerté. D’un côté, la toxicité de la taurine n’a pas pu être prouvée, ce qui est a priori plutôt rassurant. Mais d’un autre côté et dans le même temps, la ministre de la Santé assure qu’elle n’hésitera pas à interdire la vente du soda dès qu'elle a «le moindre élément» attestant de cette toxicité – ce qui entretient tout de même le doute. D’un côté la vente est autorisée mais de l’autre côté et dans le même temps, elle sera interdite dans les établissements scolaires et déconseillée aux femmes enceintes et aux enfants. Enfin, d’un côté on lance un vaste plan de lutte contre l’alcoolisme des jeunes. Mais de l’autre côté et dans le même temps, on autorise une boisson que les jeunes associent quasi systématiquement à de l’alcool car le «Red Bull» en potentialise les effets excitants et en diminue les effets dépressifs – ce qui inquiète tous les médecins et alcoologues.

 

Tout cela, décidément, ne fait pas une politique de Santé publique extrêmement lisible.

08/07/2008

Un «troupeau»?

9ea56d4059424ea98058791a7c0a169d.jpgSinon – au-delà donc de toute autre actualité plus fondamentale –, la principale info de ce début juillet, pour les usagers des transports parisiens, est très prosaïquement la nouvelle et énième augmentation des tarifs. Le carnet est dorénavant à 11€40 – on se souvient comme si c’était hier des 10 tickets pour 10 euros. Le ticket à l’unité (désormais à 1€60) augmente lui carrément de 7%.

Dans la plupart des stations de métro de Paris, depuis plusieurs mois, on peut voir des affiches ou entendre des messages pressant les détenteurs de la carte orange (pour les non-Parisiens: le coupon magnétique d’abonnement) de remplacer celle-ci par un «pass Navigo». Ce pass est une carte rechargeable à des bornes automatiques, elle est d’une durée de vie de plusieurs années et permet (mais moyennant un bip assez intrusif) un passage plus rapide aux lignes de contrôle.

Ce pass, pour autant, est loin de faire l’unanimité. Ainsi, un réseau d’activistes (ici, par exemple) est né, qui condamne «Navigo» au nom des libertés et a déjà organisé des manifestations contre lui dans le métro. Le pass, en effet, contient une puce dite RFID, c’est-à-dire lisible à distance par ondes radio. Du coup, «à chaque validation du pass, grâce à sa puce, on sait que vous étiez là, à telle heure», dénoncent ces opposants. Or, «la RATP est tenue de conserver et de fournir ces informations à la police si elle les lui demande. Accepter le traçage systématique de nos déplacements, c’est renoncer à la liberté de circuler anonymement, déjà largement mise en cause par les caméras». C’est donc accepter de se transformer en «troupeau humain traçable à distance».

3316ee534668cb080ac1ce834b7f37ea.jpgLa RATP dément tout «flicage» de ses clients. Elle reconnaît que le pass permet de tracer les trajets des utilisateurs. Mais assure que leurs validations sur les appareils de contrôle «sont enregistrées anonymement» et servent uniquement «à réaliser des statistiques de trafic». La régie des transports assure même être «très vigilante sur ce sujet». D’autres réticences, toutefois, ont vu le jour. Les opposants au pass invoquent par exemple les craintes de revente des fichiers de clients «Navigo» à des entreprises commerciales ou les éventuels risques pour la santé des puces RIFD. Selon eux, «comme les ondes électromagnétiques du portable ou du wifi, le peu que nous en savons indique clairement que ces puces nuisent à notre santé».

 

Devant toute cette polémique, le grand public, lui aussi, est devenu réticent. La RATP avait prévu que tous ses clients abandonnent la carte orange et passent donc à «la télébilletique totale», comme elle appelle cela, avant la fin 2008. Mais les propres enquêtes de la régie montrent qu’un bon million d’usagers au bas mot (soit un usager sur trois, en gros) rechignent au changement. Dès lors, l’échéance de l’abandon définitif du coupon magnétique a dû être reportée sine die.

24/06/2008

Une plaie (encore)

Deux millions de rats – autant que d’habitants – à Paris, rappelait-on l’autre jour (ici). Le fléau frappe même les plus beaux quartiers. Et il peut être à l’origine de mouvements sociaux.

Ainsi ce week-end, dans le très chic sixième arrondissement, les indésirables rongeurs ont motivé un arrêt de travail. Les employés du McDonald’s de la rue de Rennes – le troisième plus grand McDo de la région parisienne après celui de Disneyland et celui des Champs – ont cessé le travail samedi. Ils ont manifesté devant les portes du restaurant pour dissuader les clients d’y entrer vu les «conditions d’hygiène déplorables» y régnant. Et ont distribué des tracts disant «Stop aux cafards et aux souris». La direction de l’établissement a reconnu être confrontée en ce moment à «une recrudescence des nuisibles rue de Rennes». Et a assuré avoir fait renforcer les traitements et contrôles sanitaires. Les grévistes – qui comme leurs collègues du McDo de Tolbiac (dans le treizième) réclament aussi  «des conditions de travail respectables» en termes de carrière et de salaire – ont été tellement peu convaincus par ces explications qu’ils se croiseront probablement à nouveau les bras samedi prochain.  

Ils racontent notamment qu’il leur arrive de trouver des cafards dans les machines à boissons et des souris en train de grignoter des hamburgers. Cela donne envie.

20/06/2008

Un masque?

C’est de plus en plus tendance en ce moment dans les rues de Paris. C’est visiblement le dernier accessoire à la mode parmi les cyclistes. Hier soir encore, dans les heures de pointe, on en a croisé plusieurs qui arboraient cela. Un masque pour se protéger de la pollution atmosphérique et automobile. Un petit masque blanc qui rappelle un peu l’hôpital, en tissu ou en carton léger, accroché avec deux cordons passant derrières les oreilles.

 

Jusqu’à il y a peu, c’était assez rare de croiser des cyclistes masqués dans les rues de Paris, A présent, c’est devenu très fréquent. Jusqu’à hier, on se demandait si ces cyclistes flippés et/ou délicats des bronches n’exagéraient tout de même pas un peu. Ou s’il n’y avait pas un peu de frime là-dessous. Non pas qu’on prenne pour argent comptant les discours lénifiants de Bertrand Delanoë selon lesquels l’air est merveilleusement respirable à Paris. Mais tout de même, hormis à certains endroits et à certains moments précis de la journée, le niveau général de pollution de cette ville justifie-t-il un accoutrement aussi dramatisant?

 

La réponse est oui. C’est en tout cas ce qu’on s’est dit à la lecture du communiqué alarmant diffusé hier par l’Institut de veille sanitaire, et bizarrement complètement passé inaperçu.

 

En effet, cet organisme officiel a établi pour la première fois en France l’existence d’un lien épidémiologique indéniable entre le niveau de particules présent dans l’air ambiant et le risque de mortalité induit pour les gens qui respirent cette atmosphère. La grande étude qu’il a menée pendant quatre ans auprès de 11 millions d’habitants de neuf villes de l’Hexagone, dont Paris, «confirme que pour les niveaux de pollution atmosphérique couramment rencontrés en milieu urbain, la qualité de l’air présente une menace pour la santé des populations».

 

Evidemment, on pouvait déjà s’en douter. Mais maintenant, c’est clair et scientifiquement attesté. Ce sont les cyclistes masqués depuis des années, malgré tant de regards narquois des passants, qui doivent jubiler.

18/06/2008

Un appel

L’«appel du 18 juin», tout le monde connaît: l’appel radio lancé depuis Londres par le général de Gaulle le 18 juin 1940, il y a donc aujourd’hui 68 ans jour pour jour, invitant ses compatriotes à rejoindre les forces de «la France libre». L’«appel du 18 joint», en revanche, on connaît moins, à l’étranger en tout cas. Beaucoup moins consensuel, il n’en est pas moins fêté chaque année le 18 juin en France.

Lancé en 1976 par le journal «Libération», cet appel réclame «la dépénalisation totale du cannabis, de son usage, sa possession, sa culture (autoproduction) ou son introduction sur le territoire français en quantité de consommation courante». Il prône aussi l’ouverture de centres d'information sur les substances psychotropes. Très populaire à l’époque, cet appel a été signé par une kyrielle de personnalités: par des intellectuels (Gilles Deleuze, Philippe Sollers, etc.), par des artistes (Bernadette Laffont, Bertrand Tavernier, Isabelle Huppert, Maxime Le Forestier, Bulle Ogier, etc.), mais aussi par des politiques, parmi lesquels un certain… Bernard Kouchner.

Une trentaine d’années après avoir signé cet appel, le même Bernard Kouchner n’en est pas moins devenu le meilleur ami du monde d’un certain Nicolas Sarkozy, qui a de tous temps été un grand pourfendeur du cannabis. Pour le chef de l’Etat, «il n’existe pas de distinction entre drogues douces et drogues dures: il n’y a que des drogues interdites, et toutes les drogues sont néfastes».

Désireux de «redonner une valeur à l’interdit», le Président favorise l’imposition systématique de sanctions aux fumeurs de joints. Très longtemps, la loi de 1970 sur les stupéfiants n’a pas été appliquée. Elle promet théoriquement un an de prison et 3750 euros d’amende aux usagers de cannabis mais, dans les faits, ceux-ci (les mineurs, en tout cas) n’héritaient la plupart du temps que d’un rappel à la loi et d’un avertissement. Mais en 2007, la loi a été durcie. Désormais, une sanction peut être infligée à tout fumeur dès l’âge de 13 ans pris en flagrant délit. Ces sanctions peuvent être assorties de stages payants de sensibilisation aux dangers du cannabis.

Tout cela n’empêchera sans doute pas les effluves prohibés de parfumer l’air de Paris aujourd’hui, dès la fin de l’après-midi. En effet, chaque 18 juin, les promoteurs de l’«appel du 18 joint» ont pris l’habitude de convier «les amateurs de petite fumette à se réunir sur les pelouses du parc de La Villette pour partager des idées, des pétards et demander l'abrogation de la loi de 1970». Il va y avoir de la maréchaussée dans les parages…

16/06/2008

Une idée

024811b4e329a650a78569235ddbff19.jpgLe bac commence aujourd’hui, avec l’épreuve de philo ce matin. Pour les très exactement 615.625 candidats bacheliers de cette édition 2008, les jours et les semaines à venir seront synonymes de stress.

 

Dans la foulée de la note de vendredi, ces deux chiffres: en France, 14,3% des enfants de 3 à 17 ans sont en surpoids et 3,5% souffrent d’obésité. Un des plus grands chefs français, le multi-étoilé Alain Ducasse, vient de lancer une idée originale. Son objectif est de mettre le bac à contribution dans la lutte contre les kilos en trop et pour la sensibilisation aux réflexes de bonne alimentation dès le plus jeune âge. Concrètement, les élèves partenaires de ce projet se verraient proposer de signer un contrat santé. Celui-ci jouerait sur deux ans. A l’issue de cette période, si ces candidats bacheliers sont parvenus à maintenir leur poids en équilibre, ils gagneraient  des points supplémentaires au bac.

 

Le grand chef va soumettre sa petite idée aux ministères de la Santé et de l’Education. Ce dernier, en attendant, a fait distribuer ce matin une barre chocolatée au quelque demi-million de candidats bacheliers planchant sur la philo, histoire de leur fournir un peu d’énergie nécessaire mais aussi beaucoup de glucides supplémentaires.

13/06/2008

Une aggravation

Les chiffres sont tombés cette semaine, et ils sont encore plus mauvais que ce qu’on redoutait. Ils émanent d’une vaste enquête médicale menée entre 2005 à 2007 auprès de 4.800 Français âgés de 35 à 74 ans, résidant dans les régions de Lille, Toulouse et Strasbourg. Et ces données le confirment sans le moindre doute: les Français sont trop gros. Et d’année en année, ils prennent de plus en plus de poids. En France, selon cette enquête scientifique, 67% des hommes et 50% des femmes sont en surcharge pondérale. Ce sont des chiffres beaucoup plus alarmants que tout ce qu’on avait imaginé jusqu’à présent. Les précédentes études, en effet, évaluaient à 30% environ la population française en surpoids. Elles chiffraient aussi à quelque 17% la prévalence de l’obésité chez les adultes. Les données publiées cette semaine rehaussent ce chiffre à 20%.

Cela dit, quand on voit ce que les Français mangent, ces chiffres n’ont rien d’étonnant. Deux illustrations.

Selon des données du ministère de l’Agriculture dévoilées récemment, entre 1997 et 2005 en France, les achats de fruits frais ont reculé de 12% et ceux de légumes de 14%. Les Français ne mangent plus en moyenne que 340 grammes de fruits et légumes frais par jour, soit même pas la dose quotidienne de 400 grammes recommandée par l’Organisation mondiale de la santé. Pour justifier leur faible consommation de fruits et légumes, les Français évoquent souvent le prix prohibitif de ces produits. C’est en partie vrai. Sur un an, les prix des fraises, des kiwis, des pommes, des asperges ou des endives ont augmenté respectivement de 4,6%, 35,7%, 5,7%, 13% et 15,7%. Mais, dans le même temps, le prix d’autres produits frais ont baissé: les carottes (-5,8%), les concombres (-15,3%) ou les tomates (-5,6%). Et, comme le rappelait l’autre jour une professionnelle du secteur, le produit le plus cher n’est pas toujours celui qu’on croit: «Avec un kilo de cerises à 5 euros, vous avez un dessert pour cinq ou six personnes. C’est moins cher que la majorité des produits de l’industrie agroalimentaire» - qui eux sont en majorité trop gras et trop sucrés.

En outre, en rue, les tentations de malbouffe se multiplient. Dans n’importe quelle grande ville de n’importe quel grand pays du monde, ou presque, vous trouverez sans trop de difficultés des pommes, des bananes ou des produits laitiers dans les distributeurs automatiques installés sur la voie publique. En France, en revanche, la plupart de ces distributeurs ne proposent encore que des friandises ou des boissons qui toutes font invariablement grossir. Jusqu’à la caricature. Il y a quelques mois (relire ici), des distributeurs automatiques de frites ont vu le jour dans le Nord-Pas de Calais et dans certaines stations balnéaires du Languedoc-Roussillon. A présent, c’est un autre type de distributeur qui semble faire fureur, en banlieue parisienne cette fois. On en trouve déjà à Levallois-Perret (Hauts de Seine) et à Aubergenville (Yvelines). Et on en trouvera demain à Bagneux et à La Garenne-Colombes (Hauts de Seine). Des distributeurs à… pizzas! Ces automates sont baptisés «Pizza’Lib», comme «Vélib’». Et ils préparent des pizzas en en 3 minutes, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.

Bienvenue au pays de la grande gastronomie.

29/05/2008

Une dispute

Cela se passe samedi, à 14 heures devant Beaubourg. C’est destiné aux Parisiens stressés (pléonasme?), qui n’en peuvent plus. Cela doit se situer quelque part entre la thérapie de groupe, le happening urbain (genre «flash mob», «freezing», etc.),  le jeu de rôle et le théâtre de rue. Ou tenir d’un peu tout cela en même temps et à la fois. C’est organisé par le collectif «Disputes gratuites».

L’obectif? «Recycler la colère, l’énervement et le stress». Le principe? «Il vaut mieux se disputer sans raison avec le premier venu qu’avec ses proches». Le concept? Le collectif fixe sur internet un lieu et une heure de rendez-vous dans Paris. Ensuite, «on y va, on s’insulte, on se dispute et on se crie dessus». On se dispute donc entre gens qui ne se connaissent pas le moins du monde, qui n’ont a priori rien à se reprocher, et qui n'ont dès lors pas la moindre raison de se disputer. Mais tous ensemble, pourtant, on joue voire on surjoue la dispute. L’avantage? «Ces disputes sont impersonnelles. Personne ne se sent visé. Personne n’est blessé. Et on peut rentrer chez soi ou à son boulot détendu, calme, en ‘socio durable partner’ accompli».

On irait bien.

26/05/2008

Une course

736e9df65fe0eff74b6c0180b71df539.jpgC’était dimanche. C’était le lieu de rendez-vous de pas mal de Parisiens mordus de course à pied, qui auraient été ravis de courir hier les 20 kilomètres de Bruxelles – une course manifestement assez populaire y compris en France – mais qui s’y étaient pris trop tard et n’avaient donc pu s’inscrire. C’était un semi-marathon. Cela se passait en banlieue parisienne… sur une base aérienne de l’armée, au cœur donc d’un immense domaine militaire, protégé sur tout son long par d’imposantes clôtures de barbelés. Et c’était assez drôle.

L’ambiance, en effet, rappelait immanquablement le film «Top Gun». Il y avait en fond sonore, et à tue-tête, de la mauvaise musique de variétoche telle que celle écoutée par Tom Cruise dans le bar où il essaie d’emballer sa supérieure. Il y avait, évoluant dans ce décor spartiate (vestiaire à ciel ouvert sur le tarmac, pas de douches, ravitaillements réduits au minimum, etc.), des militaires en treillis patrouillant en jeeps ou en compagnie de molosses patibulaires, des officiers aviateurs impeccables et multi-galonnés, et des athlètes galbés comme des médaillés olympiques. Il y avait aussi un cockpit d’avion de chasse dans lequel on pouvait s’asseoir et se faire photographier, un stand où l’armée de l’air essayait d’appâter de futures recrues, et même une tombola où l’on gagnait des baptêmes de l’air.

3a7835aee8f0e04c9f51e29b74b0b573.jpgOn n’avait jamais couru, auparavant, sur les pistes d’un aérodrome. Ce fut assez impressionnant d’aligner, sur 21 bons kilomètres, les plaques de bitume invariablement toutes identiques et rigoureusement ponctuées de diodes lumineuses bleues. Sur les bas-côtés des pistes, parmi les graminées, des coquelicots poussaient et des lapins gambadaient. L’horizon de cet aéroport, si infiniment plat et ras à perte de vue, ne mettait que plus en valeur les constructions boursouflées d’un ciel tourmenté de nuages d’orage.

Nombre de participants à cette course étant visiblement des militaires, le niveau a été assez rapide. Les quinze premiers kilomètres ont été sublimes. Déjà, d’habitude, il n’y a rien de tel, pour se laver l’esprit de ses soucis, que de se concentrer pendant environ 1 heure et demi sur le seul rythme de ses foulées (inspirer sur deux pas, expirer sur trois pas, et ainsi de suite, un nombre incalculable de fois). Mais là hier, le silence impressionnant qui régnait aux confins de cette base militaire immense n’était que plus propice à l’évasion des préoccupations. Les quatre kilomètres suivants ont été plus pénibles. Les deux derniers ont été carrément atroces. A de tels degrés d’épuisement, on implorerait tous les Dieux de la terre, on maudirait même père et mère pour que cela s’arrête.

c7d5a0067001fec7628b1ae6ebc96ef0.jpgLa ligne d’arrivée franchie, sous un soleil de plomb et dans un état second, on est resté une à deux minutes limite groggy, comme anéanti par la violence physique de l’effort, prostré et persuadé qu’on n’arriverait jamais plus à se relever. C’est ensuite seulement, quand le pouls se calme, quand le souffle s’apaise, que la sensation la plus fabuleuse qui soit s’immisce petit à petit. Puis, de seconde en seconde, envahit le corps et l’esprit. C’est à ce moment qu’on le sent: on revit. Ressentir ce plaisir si intense est, chaque fois, un moment vraiment fascinant.