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19/05/2008

Une substance (suite)

6d4e458882c139d3a5e09e8f531a6097.jpgCe n’est pas forcément ce qu’il y a de plus intéressant dans l’actu du jour, mais c’est probablement ce que les gens vont en retenir: après avoir chassé le tabac des lieux de convivialité, le gouvernement français s’attaque donc à l’alcool. Selon «Le Parisien» de ce matin, sur le bureau du Premier ministre François Fillon, figure une note officielle de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) lui recommandant de serrer vigoureusement la vis contre toutes les pratiques incitatives à la consommation d’alcool.

Visée: l’«happy hour», ces tarifs avantageux pratiqués par les bars à l’heure de l’apéro, pour s’attirer la clientèle dans l’espoir qu’elle reste en soirée. Une pinte de bière pour le prix d’un demi, c’est le genre de tarifs pratiqués à Paris pendant ce créneau horaire. Invoquant notamment l’alcoolisme grandissant chez les jeunes, la Mildt recommande à François Fillon d’interdire purement et simplement ces tarifs promotionnels. D’autres offres assimilées à l’«happy hour» sont visées: l’«open bar», la vente d’alcool à la bouteille dans les discothèques, etc.

Si une telle mesure est prise, les fêtards pourront toujours se rabattre sur les boissons énergisantes comme le Red Bull. En effet, dans un spectaculaire retournement de situation depuis la dernière note sur le sujet (ici), le gouvernement vient finalement d’autoriser la commercialisation en France, dès la mi-juillet, de la célèbre boisson ailée dans sa version originelle: à base donc de taurine, cette fameuse substance aux effets si controversés. En quinze jours, toutes les réserves sanitaires émises envers la taurine, qui avaient justifié le lancement sur le marché hexagonal uniquement d’une version allégée du Red Bull, ont donc volé en éclats, comme par magie. C’est le fruit d’un lobbying redoutable, exercé à coups d’avocats impitoyables. Le fabricant de Red Bull (troisième boisson non alcoolisée la plus consommée au monde derrière Coca et Pepsi) avait introduit plusieurs procédures devant le tribunal administratif de Paris, et réclamait 300 millions d’euros de dédommagement à l’Etat français pour avoir refusé la commercialisation de son produit. Grâce à l’accord qui vient d’intervenir avec Bercy, Red Bull a retiré sa plainte.

L’avantage à cette info, c’est qu’au moins elle donne la valeur marchande du fameux principe de précaution, clé de voûte du processus décisionnel français: il vaut donc 300 millions d’euros.

16/05/2008

Un bruit

71024d29c79edd22adb89d11b8ec0190.jpgTous les Parisiens ne sont pas chagrinés par le rafraîchissement de la météo intervenu dans la capitale depuis les orages de mercredi soir. Au contraire, ce rafraîchissement soulagera sans doute tous ces habitants des quartiers animés le soir et qui n’en peuvent plus du bruit des fêtards. Ce vacarme, en effet, va croissant avec la température ambiante, les clients des bars et bistros surchauffés ayant tendance à préférer la fraîcheur des trottoirs, où, en plus, on peut fumer librement. Dans certains quartiers de Paris, les soirs d’été les plus chauds, la tension est réelle entre les riverains qui essaient de dormir et les noctambules qui jouissent des plaisirs de la fête. Témoin notamment de cette tension, cette énorme banderole «LE BRUIT… CA SUFFIT!» vue l’autre jour aux abords du parc de Bercy: elle a été déployée par des riverains mécontents au sommet d’un immeuble à appartements qui surplombe plusieurs bars très fréquentés.

Le Conseil supérieur d’hygiène publique de France fixe à 60 décibels (dB) le seuil de nuisances sonores à ne pas dépasser sur une journée. C’est une recommandation purement théorique: une rue à fort trafic routier dégage un niveau sonore moyen de 80 dB. Et un coup de klaxon entendu à une distance de deux mètres fait carrément exploser l’intensité sonore à 100dB (Pourquoi croyez-vous que tous les piétons du monde fusillent du regard les abrutis d’automobilistes qui klaxonnent à leurs côtés?).

Fin 2007, une enquête épidémiologique menée par 78 médecins auprès de plus de 4000 malades de la région parisienne a montré qu’un tiers de ces patients se sont spontanément plaints du bruit. Elle a confirmé aussi que l’exposition au bruit a incontestablement un impact désastreux sur la santé. Dans Paris et sa région, la prise de médicaments contre l’hypertension artérielle est 5,6 fois plus fréquente chez les hommes de 40 à 69 ans dont le domicile est survolé par des avions à basse altitude. Les troubles du sommeil et les problèmes de santé sont deux fois plus fréquents chez les femmes subissant chaque jour plus d’une heure de transports en commun ou deux heures de trajet en voiture.

Un observatoire du bruit travaille depuis plusieurs années à quantifier et à tenter de réduire les nuisances sonores dans la capitale. Selon ses données, environ 360 000 habitants de la petite couronne subissent en journée, dans leur logement, une pollution sonore liée au trafic routier qui dépasse les 70 dB. L’on sait par ailleurs que plus de 2 millions d’habitants de la région parisienne sont affectés par des survols aériens à basse ou moyenne altitude.

Les cartes du bruit routier à Paris sont très colorées. Les espaces verts y apparaissent … en vert (intensité sonore faible, environ 50 dB). La Seine forme un long ruban jaune (bruit modéré, moins de 60 dB). Les voies sur berges et les grands boulevards sont en rouge (intensité élevée: de 65 à 75dB). Les Champs-Elysées et ses environs, les boulevards du quartier Opéra-Madeleine, le périphérique sur tout son pourtour, ainsi que les grandes gares de la capitale de même que leurs abords sont en bleu foncé (intensité sonore très élevée: plus de 75 dB) - et le demeurent y compris en soirée.

247809b26536e7e58878296a17a654a7.jpgFace à toutes ces nuisances, les conseils, rebaptisés «écogestes», donnés par la mairie de Paris pour réduire la pollution sonore liée à la vie quotidienne paraissent délicieusement dérisoires et décalés: «Je ne claque pas les portes dans l’immeuble», «J’amortis les bruits avec des meubles en bois, des tapis, des rideaux aux fenêtres», «Je pense à mes voisins: je baisse le son et je respecte le silence de la nuit». Surtout, ce merveilleux: «Je danse sans chaussures».

13/05/2008

Une solution?

599d60dcd8fca87a143854ab53055741.jpgLong, chaud et beau week-end. Mais il ne fut pas beau pour tout le monde. En effet, le pont de Pentecôte, comme invariablement chaque grand week-end en France, a été catastrophique en termes de sécurité routière: une vingtaine de personnes au moins ont trouvé la mort sur les routes du pays, ces derniers jours. Ce fut notamment le cas de cinq jeunes Français tués aux petites heures dimanche dans leur Clio sur l’autoroute A1, de retour d’une discothèque en Belgique où ils avaient fait la fête toute la nuit.

D’où la mesure annoncée par le ministre Jean-Louis Borloo: l’installation d’éthylotests dans les débits de boisson ouvrant jusqu’à deux heures du matin, de manière à donner à la clientèle la possibilité de tester son aptitude à la conduite en fin de soirée. A terme, 35.000 bars-cafés, 3000 discothèques et 6000 bars à ambiance musicale sont concernés.

Comme le rappelait une grande campagne d’information ce week-end, en France, «l’alcool est la première cause de mortalité sur la route: il est présent dans plus d’un accident mortel sur quatre. En 2006, si tous les conducteurs avaient respecté la limite de 0,5 gramme d’alcool par litre de sang, 1271 vies auraient pu être sauvées». Trois personnes sont tuées chaque jour dans l'Hexagone dans un accident de la route lié à la consommation d’alcool. Du coup, se dit le gouvernement, la mise à disposition d’éthylotests à la clientèle des débits de boisson ne peut qu’être bénéfique. Les cafetiers, sans être enthousiasmés, n’y paraissent pas résolument opposés. Quant aux associations de lutte contre la délinquance routière, elles estiment que ce ne sera pas la solution miracle. La mesure pourrait même avoir des effets pervers. En effet, témoignait une responsable associative ce week-end, des jeunes détournent parfois complètement les éthylotests mis à disposition dans les bars. En effet, ils s’en servent délibérément comme d’un instrument de mesure non pour savoir s’ils sont aptes à conduire mais… pour déterminer le vainqueur du concours du plus grand buveur de la soirée. Puis, le vainqueur couronné grâce à l’éthylotest, tous reprennent évidemment le volant.

c33828ad07d6663ede7fd36d45049d79.jpgTiens, parlant de bistrots, depuis la dernière note sur le sujet (ici), la mairie de Paris a pris une nouvelle mesure pour tenter d’amoindrir un des effets pervers environnementaux de la loi anti-tabac interdisant depuis le début de l’année de fumer dans les lieux de convivialité. Cette loi chasse les fumeurs dehors, à savoir là où, le plus souvent, il n’y a pas de cendrier. Les trottoirs de certains quartiers animés de la capitale ont donc tendance à se transformer en immenses dépotoirs à mégots (voir les quartiers Bastille et Oberkampf). Du coup, pour inciter les bistrotiers à en équiper leurs trottoirs, les cendriers mobiles installés sur le domaine public sont désormais exonérés de toute taxe de voirie. L’impact budgétaire de cette exonération est minime pour la ville de Paris, qui n’en espère pas moins un retour en termes de qualité de vie. Comme le disait l’autre jour l’adjointe au maire chargée du commerce, Lyne Cohen-Solal, «nous préférons que les cafés multiplient les cendriers plutôt que la ville ne devienne un cendrier géant!» L’été venu, en effet, il y plus ragoûtante perspective que de patauger dans les mégots en tongs ou autres sandalettes.

30/04/2008

Une plaie

a77693c8c89e96638eaa105ced28cfc1.jpgC’est de loin un des aspects les moins ragoûtants de la vie à Paris . Même si la capitale française n’est pas seule en cause, et partage ce fléau avec toutes les grandes métropoles de la planète. On veut parler des rats (à ce moment, frisson immédiat de dégoût du lectorat;-). On comptabilise deux millions de rats dans la Ville lumière, soit autant que le nombre d’habitants. C’est classique. A Rome, Londres ou New York également, on dénombre généralement un rat par habitant. A Paris, d’ailleurs, on peut tomber très facilement sur  ces rongeurs. Ainsi, dans les stations de métro, il suffit d’observer un peu attentivement l’environnement pour apercevoir des rats – en contrebas des quais, par exemple, se faufilant le long des rails –, à toute heure de la journée. Le soir, sur les grands boulevards, on en a déjà entendus en train de se goinfrer dans les poubelles. Et la nuit tombée, en footing au parc ou au bois de Vincennes, on les a déjà vus s’éparpiller en masse quand ils sont dérangés par les vibrations provoquées par les pas du coureur approchant.

Comme chaque année à cette époque, les services vétérinaires de la préfecture de police de Paris mènent en ce moment une grande opération de dératisation. Cette année plus encore que les précédentes, les contrôles seront renforcés. Ces dernières semaines, en effet, plusieurs supermarchés des quartiers populaires du nord de la capitale ont défrayé la chronique pour avoir dû fermer leurs portes quelques jours, tant ils étaient infestés de  souris et de rats. Mais le fléau touche évidemment aussi les beaux quartiers: une boulangerie très cotée et des restaurants ayant pignon sur rue y seraient actuellement confrontés.

D’ici au 27 juin, les propriétaires, gérants ou syndics d’immeubles parisiens sont invités par la préfecture de police à «prendre toutes les mesures nécessaires en vue d'assurer la destruction des rats et des souris». Passée cette date, si ces mesures d’éradication n’ont pas été prises par les particuliers, l'unité de la préfecture chargée de la prévention des nuisances animales dressera procès verbal. En attendant, la mairie réitère les mesures quotidiennes de prévention contre les rongeurs: poubelles étanches, denrées alimentaires inaccessibles, caves et cours en bon état de propreté, trous bouchés et bas de portes renforcés, soupiraux grillagés, étanchéité des tampons du tout-à-l’égout vérifiée.

 

b05b05a97830d6aa386bb1e6b959c8c4.jpgCar les rats, qui pullulent dans les égouts de Paris, profitent du moindre orifice pour s’en échapper et gagner les caves et cours d’immeubles (*). Là, ils rongent tout ce qui leur tombent sous la dent: du bois à l’aluminium en passant par l’ardoise, le cuivre et même le plomb – d’où des risques de courts-circuits, d’incendies et de fuites d’eau. Ces bestioles ont aussi la désagréable particularité de se reproduire rapidement: leur longévité est de sept ans et ils peuvent avoir trois ou quatre portées par an, de six à douze petits chacune. Pour les éradiquer, le service municipal d’actions de salubrité et d’hygiène (le bien nommé SMASH) utilise essentiellement des «anticoagulants à action différée», qui terrassent en quelques jours les rongeurs entrés en contact avec eux. Mais les employés municipaux ou préfectoraux n’ont pas la tâche facile. Outre que le rat est, paraît-il, un animal prodigieusement intelligent, il est doué, assure la mairie de Paris, «de capacités physiques étonnantes». Ainsi, «il peut grimper le long d’un mur en crépi, sauter à 60 cm en hauteur et 4,5m en longueur». (Nouveau frisson d’horreur du lectorat)

Bienvenue dans la vraie vie urbaine et parisienne. On est loin de la figure sympathique et malicieuse de “Ratatouille”, le rat parigo-hollywoodien qui s’est si bien exporté sur les écrans de cinéma du monde entier.

(*) Mais on ne sait pas si, comme son cousin new-yorkais d’«American Psycho», le best-seller de Bret Easton Ellis, le rat de Paris est assez bon nageur pour pouvoir remonter tout droit des égouts jusque… dans les cuvettes des WC pour ensuite, hop, ni vu ni connu et encore tout poisseux, sauter illico sur le carrelage de la salle de bains et conquérir l’appartement (troisième sursaut, là carrément épouvanté, du lectorat, qui n’en peut plus). Nous, en tout cas, depuis la lecture de ce passage littéraire horrifique, et en vertu du fameux et si français principe de précaution, on ne laisse plus jamais un WC ouvert – mais on ne se prend pas (encore) pour Patrick Bateman.

25/04/2008

Une substance

3c75393640bf6135dff0133378b49ef6.jpgLe week-end débute ce soir et le mois de mai, avec tous ses ponts, approche à grands pas. Les Français vont-ils profiter de tout ce temps libre à venir, et des beaux jours revenus, pour faire plus que jamais, voire immodérément, la fête? Dans l’Hexagone, en tout cas, le monde de la nuit vient de connaître une petite révolution: la mise sur le marché d’une célèbre boisson énergisante qui, si l’on en croit la pub, «donne des aiiiles» mais qui, jusqu’à présent, avait toujours été interdite en France. L’événement commercial n’a d’ailleurs pu échapper à personne vu le nombre de placards publicitaires à ce sujet publiés dans la presse ces dix derniers jours et le nombre de Minis qu’on a pu voir en rue, affublées de la reproduction géante de la fameuse canette bleue et argentée avec son taureau ailé.

 

L’arrivée d’un tel produit sur le marché français ne va évidemment pas impressionner les Belges, qui, eux, depuis quinze ans au moins, carburent à la vodka Red Bull en boîtes de nuit. Il ne va probablement pas non plus dissuader les frontaliers français de continuer à aller acheter cette boisson énergisante en Belgique.  En effet, le Red Bull français ne sera qu’une pâle copie de son voisin belge.

La recette traditionnelle de cette boisson est un cocktail de caféine, de vitamines et d’un acide aminé: la taurine. En France toutefois, cette dernière substance a été remplacée par un autre acide aminé: l'arginine. En effet, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) reste sceptique sur l’intérêt nutritionnel et surtout sur l’innocuité de la taurine. Selon un avis de l’Afssa relatif à cette substance, il est impossible «d’assurer avec certitude que les teneurs de taurine (…) relevées dans le produit ne présentent aucun risque pour la santé». L’Agence soupçonne même que la taurine puisse avoir, chez certaines personnes et dans certains modes d’utilisation, des «effets neuro-comportementaux indésirables». A son sens, l’effet de la taurine sur la glande thyroïde mériterait par exemple d’être étudié de manière plus approfondie.

N’y tenant plus, après avoir piaffé tant d’années à attendre aux portes de ce pays, le taureau ailé a donc fini par accepter de modifier sa recette magique pour être enfin autorisé à pénétrer le marché français. L’Hexagone n'en sera pas moins le seul pays du monde où les noctambules boivent du Red Bull sans taurine.

D’où, tout de même, quelques questions. Les fêtards français seraient-ils congénitalement plus fragiles que les noctambules d’autres pays? Le Red Bull à la taurine aurait-il pu être dangereux en France spécifiquement alors que, dans tous les autres pays du monde où il est vendu, il n’a, jusqu’à preuve du contraire, tout de même pas provoqué morts d’hommes? A l’heure où l’on prend l’avion aussi facilement que le train et où tout et n’importe quoi se vend et s’achète sur internet, quel est donc l’intérêt, l’efficacité, la cohérence et la crédibilité d’une mesure interdisant un produit alimentaire à Paris mais le tolérant à Bruxelles?

«Ce sont de très bonnes questions», a-t-on répondu quand on les a posées au service de com’ de l’Afssa. «Mais chaque pays a son propre mode de fonctionnement, c’est comme cela», a-t-on mollement argumenté. Dans ce dossier comme dans de nombreux autres concernant la santé en France, ce qui a joué ici, c’est donc une règle intangible, sacrosainte même, au point qu’aucun décideur politique n’ose plus désormais y déroger : le «principe de précaution». Face à lui, il n’y a plus qu’à s’incliner.

03/04/2008

Un premier bilan

Trois mois après l’entrée en vigueur, début janvier, de l’interdiction de fumer dans les lieux publics, les autorités françaises dressent un premier bilan. Et, à leurs yeux, il est très satisfaisant.

En termes de santé publique, les données remontées de 32 services d’urgence hospitaliers disséminés dans le pays montrent une réduction de 15% du nombre d’infarctus du myocarde. C’est tout à fait dans l’étiage des pays voisins ayant adopté la même interdiction de fumer: 11% en Italie, 14% en Irlande, 17% en Ecosse, etc. A l’échelle de la France entière et sur un an, cela signifierait 10.000 infarctus de moins, ce qui n’est tout de même pas rien.

En ce qui concerne l’impact économique de l’interdiction du tabac sur le chiffre d’affaires des bistrotiers et restaurateurs, les choses seraient moins graves que prévu. En trois mois, la fréquentation des bars et restaurants n’aurait reculé que de 3%. C’est dix fois moins que ce que redoutaient les bistrotiers et deux fois moins que la baisse de fréquentation de 6% enregistrée dans le premier mois et demi ayant suivi l’entrée en vigueur de la mesure. Comme il fallait s’y attendre, la baisse de fréquentation est essentiellement constatée au moment du café du matin, entre 9 heures et 11h30, et à l’apéro de la fin de l’après-midi. Les restaurateurs notent toutefois un effet positif à l‘interdiction de fumer: les tables se renouvellement plus vite, les gens étant pressés de sortir fumer leur cigarette après avoir mangé.

Cela dit, cette baisse modérée de 3% de la fréquentation n’est valable que pour les établissements des grandes villes. En monde rural, les bistrots devenus non-fumeurs auraient vu leur nombre de clients chuter de 10%. Une buraliste de Toulouse en grève de la faim depuis le mois de mars sur la place du Capitole – qui envoie aux médias internationaux des mails d’appels au secours: «Help me, please, do not leave me in» –  parle elle d’une dégringolade de plus de 30% de son chiffre d’affaires.

En trois mois, d’ailleurs, on a constaté que des îlots de résistance s’étaient formés. Sur le web, des sites ont été créés, qui recensent les bars, restaurants ou discothèques ayant aménagés des lieux pour les fumeurs, ces aménagements étant notés et commentés par les internautes. A Paris, dans certains quartiers popu-bobos du nord et de l’est singulièrement, il est difficile de se promener sans tomber sur des bars à chicha exhibant des banderoles antigouvernementales en vitrine. Devant le centre Pompidou un dimanche après-midi par mois, des fumeurs en colère ont pris l’habitude de se réunir pour dénoncer le décret antitabac. La place devant Beaubourg baigne alors dans une atmosphère bleutée. Tandis que, un peu partout dans la capitale, les rues et trottoirs des quartiers animés le soir ont été transformés en immenses cendriers dans lesquels tout le monde est contraint de patauger – sans que la mairie, curieusement, paraisse s’en soucier.

21/03/2008

Un niveau

378d14fbdcbb9f926230a72a8dd4c58b.jpgVoilà qui va intéresser les millions de banlieusards de la région parisienne qui, à longueur de journées, galèrent dans le RER. L’aveu est signé Guillaume Pépy lui-même, président de la SNCF, et il a été fait il y a quelques jours: dans le RER, «le niveau de service n’est pas acceptable».

Le patron des chemins de fer évoquait particulièrement le RER D, cette très longue ligne qui relie la capitale aussi bien avec le sud-est de la région parisienne (jusque la Forêt de Fontainebleau et au-delà) qu’avec toute sa banlieue nord. La SNCF promet «un plan de transformation en profondeur» du réseau, afin d’aider à le «remettre à niveau». L’objectif est d’«obtenir en 24 mois des premiers résultats tangibles sur la régularité, l’information et la sécurité».

Une autre innovation, déjà en route elle, concerne le RER C, la ligne qui dessert toute la banlieue ouest de la capitale, dont Versailles. La SNCF est en train de remplacer toutes les semelles de frein des rames, de manière à diminuer les frottements des roues contre les rails et, du coup, de réduire considérablement les nuisances sonores provoquées par le trafic. Grâce au nouveau dispositif, un train lancé à 90km/h émet 10 décibels de moins, son volume sonore étant dès lors divisé par deux. A terme, lorsque la réforme aura également été étendue au RER D, un demi-million de riverains seront soulagés.

c4e31a99e141202e8ff42ec0b5f5eddf.jpgA propos de nuisances dans les transports en commun parisiens, l’an dernier, la RATP et le gouvernement, par la voix de la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet, avaient promis de briser la confidentialité des mesures de la pollution effectuées dans le métro et le RER. Cet engagement avait été pris après la divulgation des résultats très inquiétants d’une étude sur la pollution par les particules à laquelle les voyageurs sont exposés. Dès 2008, avait-on promis, les mesures de la qualité de l’air effectuées pendant toute l’année par les capteurs dans différentes stations de métro («Franklin Roosevelt » et «Châtelet») et de RER («Châtelet-les Halles», «Auber» et «Nation») seraient rendues publiques. A partir de janvier, avait-on assuré, les résultats de ces mesures seraient publiés chaque semaine sur le site web de la RATP.

Ce matin, trois mois après l’échéance, on a eu beau chercher sur ledit site en tous sens, on n'a trouvé nulle trace de ces mesures. C’est vraiment se moquer du monde.

03/03/2008

Une épreuve

491c1c62177a1937f7f7f1f75280425e.jpgEn parler, c’est, une fois n’est pas coutume, tutoyer la périlleuse frontière entre le blog boulot et le blog perso, vu qu’on n’était pas du tout là en tant que journaliste. C’est aussi faire fuir en un seul clic tous les lecteurs que le sport fait irrémédiablement bâiller. On prend ce double risque. Parce qu’il s’agit tout de même d’un des grands moments de la vie parisienne, et donc qu’il peut aussi avoir sa place ici. Et parce que, on l’avoue, on ne s’en est pas encore tout à fait remis et, dès lors, on manque un peu d’énergie ce matin pour trouver un autre sujet du jour…

Hier donc, c’était le semi-marathon de Paris, un rendez-vous que ne manquent pour rien au monde tous les mordus d’athlé de France et d’au-delà (60 pays étaient  représentés, dont la Belgique avec quelque 150 coureurs).

A l’inverse des 20 kilomètres de Paris, c’est loin d’être une course facile et plaisante. D’abord, parce qu’elle se déroule en plein hiver – mais au moins hier, a-t-on évité la neige. Ensuite, parce qu’il y a foule: quelque 25.000 personnes, ce qui en fait le premier semi-marathon de France en termes de participants. Du coup, pendant les premiers kilomètres, tout le monde se bouscule et joue des coudes, ce qui est moyennement agréable. Enfin, parce que le profil de la course – qui, en gros, va du Bois de Vincennes à l’Hôtel de Ville, et retour – est traître. Relativement «roulant», comme on dit dans le jargon, dans sa première moitié, mais accumulant, dans sa seconde moitié, les raidillons exténuants et les faux plats épouvantables. Monotones, aussi, vu qu’une bonne partie de la course se déroule dans le bois, d’où moins de public et moins d’encouragements et surtout moins de panoramas urbains à admirer entre deux foulées.

«C’était beaucoup moins pénible que ce que tu nous avais décrit!», se réjouissaient  hier deux amis coureurs venus de Bruxelles spécialement pour l’occasion. Quasiment hilares, la ligne d’arrivée franchie. Visiblement shootés par les endorphines et le bon air parisien puisqu’ils en étaient presque à qualifier d’aimable cet infernal parcours. Sans doute n’ont-ils pas vu, à partir du kilomètre 17 ou 18, ces coureurs – souvent des jeunes gaillards en pleine forme, en plus – s’écroulant les uns après les autres d’épuisement sur le macadam, livides de fatigue, anéantis aurait-on dit, KO en tout cas, comme de grands blessés recouverts de couvertures de survie et entourés de pompiers affairés.

Autant on garde à chaque fois un bon souvenir des 20km, autant hier, comme les fois précédentes, on a pris peu de plaisir à ce semi-marathon. On en a même assez bavé, pour tout dire. Résultat des courses – c’est le cas de le dire ;-) –, le résultat a été assez catastrophique. Mais on s’en fiche assez, car une dizaine de minutes en plus ou en moins ne sont rien par rapport aux souvenirs inoubliables que laissent immanquablement ces grandes épreuves parisiennes d’athlétisme.

Il faut voir les métros de la capitale pris d’assaut par des myriades d’athlètes hystérisés. Se perdre sur l’esplanade du Château de Vincennes transformée en gigantesque barbecue à ciel ouvert ou dans le Parc floral reconverti en immense vestiaire. Sentir la pression physique de la foule qui piétine dans votre dos quand le coup de sifflet du départ est sur le point d’être donné. Entendre l’impressionnant martèlement en cadence de milliers de pas sur la chaussée. Assister à la cohue d’innombrables  bouteilles d’eau volant en tous sens après les ravitaillements. S’émouvoir à la vue de ces coureurs qui, même entre inconnus, s’encouragent et s’entraident. Vibrer au spectacle de tous ceux – trop peu entraînés, trop vieux, trop lourds, trop gros, trop ci, trop là –, qui sont toujours en train de terminer leur course si longtemps après votre arrivée. Qui, dans les cent derniers mètres, peinent, soufflent, grimacent, manquent de défaillir, fondent carrément en larmes parfois. Mais s’accrochent, continuent, puisent leurs dernières forces au plus profond d’eux-mêmes. Jusqu’à franchir à leur tour la fameuse ligne d’arrivée, littéralement portés par les applaudissements et les cris d’encouragement de la foule. Ce sont toujours des moments très poignants.

20/02/2008

Une “situation problématique”

30e7296f9d61cb43e111af50f987d640.jpgVous habitez Paris ou la région parisienne et éprouvez soudain l’envie, ou le besoin, d’un bon bol d’air? Ce n’est peut-être pas toujours une bonne idée de se précipiter à la fenêtre ou dans les rues, si l’on en croit le bilan 2007 de la qualité de l’air en région parisienne, dressé par AirParif. Plus que jamais, en effet, ce rapport confirme qu’on respire souvent mal, dans la capitale. Ce n’est assurément pas le meilleur aspect du bilan de Bertrand Delanoë mais, curieusement, on parle assez peu de la pollution en ville, dans cette campagne électorale pour les municipales.

L’année écoulée fut d’autant plus mauvaise en région parisienne qu’on a eu droit à deux bizarreries météorologiques, à l’origine de pics de pollution inattendus: une période de chaleur estivale en avril et une courte vague de froid intense les deux jours avant précédé Noël. Si le gendarme de la qualité de l’air à Paris note d’emblée «une tendance générale à la poursuite de l’amélioration», cela doit être par pure précaution oratoire et pour ne pas trop déprimer les lecteurs de son rapport, qui, dans les faits, identifie d’innombrables problèmes.

Passons rapidement sur les rares polluants sous contrôle, car ils sont en nombre si réduit: monoxyde de carbone, dioxyde de soufre ou métaux lourds tel le plomb. Pour tous les autres polluants, en revanche, AirParif diagnostique une «situation toujours problématique».

45cd1b9d2ea7d9ac8ccb34ebe17299b5.jpgL’ozone? «Les niveaux moyens de l’agglomération ont quasiment doublé depuis quinze ans», la seule (maigre) consolation étant que cela «se vérifie à l’échelle de toute l’Europe». Le dioxyde d’azote? A proximité du trafic routier (en bordure du périphérique, par exemple), les niveaux de pollution restent «forts» («deux fois supérieurs à la réglementation»). Du coup l’an dernier, 3,4 millions d’habitants de la région parisienne ont été exposés à un air de qualité inférieure à l’objectif annuel fixé. Les oxydes d’azote? «La moyenne 2007 n’évolue que très faiblement à la baisse par rapport à 2006, marquant ainsi une atténuation très nette du rythme de baisse régulière enregistrée depuis 1992». Le benzène? «Le niveau annuel est encore supérieur à l’objectif de qualité français».

Mais ce sont surtout les particules qui posent un gros problème. Depuis 2000, le niveau parisien de pollution par les particules s’était stabilisé. Mais 2007 «vient rompre cette tendance avec pour la première fois une remontée des niveaux moyens en Ile de France de 6 à 8% ». C’est habituel le long des axes routiers, où le seuil réglementaire a été «largement dépassé pour la cinquième année consécutive». Mais grosse innovation en 2007: «la réglementation est dépassée pour la première fois loin du trafic également».

4bf3d14ed0b3882ddce9b45a4f3f8f9f.jpgLa situation est-elle à ce point préoccupante qu’elle impose désormais une information et une vigilance accrues des Parisiens? Pour la première fois cette année, en tout cas, ceux-ci y verront un peu plus clair sur l’air qu’ils respirent chaque jour. Dès le printemps, en effet, le grand ballon montgolfière flottant au-dessus du parc André Citroën, dans le quinzième arrondissement, va servir d’outil d’information des habitants. Grâce à un système de diodes électro-luminescentes et selon les niveaux de pollution relevés au sol dans la capitale, ce ballon s’illuminera en vert (très bonne qualité de l’air), en orange (qualité médiocre) ou en rouge (très mauvaise qualité).

En 2007, il se serait majoritairement illuminé en orange voire en rouge. Et cette année? Pas sûr que ce sera beaucoup mieux. Mais au moins les Parisiens en seront-ils informés.

06/02/2008

Un «accident»

c58d624f1e252d7e5960082199335e2f.jpgC’est ce que la RATP appelle pudiquement «un accident grave de voyageurs». Un suicide donc, pour parler clairement. Le dernier en date est survenu pas plus tard que lundi midi. Cela s’est passé en plein centre-ville et en plein pendant la pause-déjeuner, à une heure d'affluence donc, sur la ligne 4, à la station "Etienne Marcel" précisément. Un homme s’est jeté sur les rails à l’arrivée du train et a été écrasé. Il a été évacué vivant et conscient par les pompiers. Ces derniers jugeaient toutefois son état extrêmement préoccupant et pour cause: il a eu les deux jambes sectionnées.

 

Ce genre d’atroce fait divers n’est pas rare dans le métro parisien. Le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail de la RATP a comptabilisé 189 suicides en 2005 et 149 en 2006 dans le métro et le RER. Ces chiffres sont relativement stables ces dix dernières années, malgré la forte augmentation du trafic. Ils n’en sont pas moins affolants. A la grosse louche, cela fait tout de même un suicide tous les trois jours dans les transports en commun souterrains parisiens. La RATP estime d’ailleurs qu’en moyenne, chaque conducteur du métro est témoin d’une tentative de suicide dans sa carrière.

 

Des mesures ont été prises pour tenter d’endiguer ce fléau. Les voies de la ligne 4 (la plus dangereuse, car c’est celle où les trains roulent le plus vite) ont été équipées de «fosses anti-suicide»: des petits abris creusés sous les quais, où les suicidés ont une petite chance d’être poussés par les trains qui les percutent, au lieu de finir écrasés sur les rails. Sur toute la ligne 14 (ligne automatique, sans conducteur donc), des portes-palières équipant chaque quai interdisent l’accès aux voies. Une dizaine de stations de la ligne 13 (la plus fréquentée) vont également être munies de ces portes. Idem d’ici à 2011 pour la ligne 1, elle aussi très fréquentée.

 

3c4a642b7b6a9cf41d0ba81568103774.jpgSi tant est qu’il y ait une gradation dans le malheur, il faut être particulièrement désespéré pour se suicider de manière aussi violente qu’en se jetant sous un RER ou un métro. Ceux qui décident de finir leurs jours de cette façon le savent-ils? La moitié des personnes qui tentent de se suicider de la sorte survivent. Mais sortent évidemment dans un état épouvantable de ce genre d’accidents.

 

Le problème dépasse bien sûr largement le cadre du métro et de Paris, et concerne de manière alarmante l’ensemble du pays. L’Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS) comptabilise chaque année en France quelque 11.000 décès par suicide. Celui-ci est devenu la première cause de mortalité chez les 35-44 ans. Dans trois cas sur quatre, ce sont des hommes qui décèdent de suicide, les femmes commettant elles proportionnellement beaucoup plus de tentatives. Quelque 40.000 tentatives de suicide seraient dénombrées chaque année chez les adolescents. Après les accidents de la route, les suicides constituent la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans. Autant de données au cœur des débats des «Journées nationales pour la prévention du suicide», qui ont débuté hier et se tiendront un peu partout en France cette semaine.

 

PS: C’est le jour, décidément. Ce mercredi après-midi, une dépêche AFP annonce qu’une femme de 25 ans s’est grièvement blessée ce midi en se jetant du premier étage de la tour Eiffel. Malgré les filets et barrières de sécurité, elle est parvenue à se lancer dans le vide à une hauteur de près de trente mètres. De source policière, son état est très sérieux.

22/01/2008

Un désastre

01ceecbd303f6c0ea92f5a2d23727932.jpgCela s’est passé sans tambours ni trompettes, en catimini presque, ce week-end en plein cœur de Paris, et on en a à peine parlé. Cela risque de faire bailler d’ennui les lecteurs non-parisiens et pourtant, cela traduit un problème de fond. Qui, outre qu’il en dit long sur les conditions de vie dans la ville, modifie considérablement la physionomie et le panorama de celle-ci. Cela s’est déroulé dimanche matin précisément, le long des quais de la Seine à hauteur du quai des Tuileries notamment. On y a fait un saut hier, et effectivement, c’est assez triste à voir.

 

Seules quelques vagues mottes de terre bien ratissées en témoignent encore: une vingtaine de platanes ont été abattus sur les quais dimanche. Des Tuileries jusqu’au quai Henri IV en passant par les quais du Louvre, de la Mégisserie et de l’Hôtel de Ville, une trentaine d’autres devront également être rasés dans les trois semaines à venir. Ce qui signifie que 10% des 600 platanes – pour certains très vieux – longeant la Seine auront bientôt disparu.

 

d328a5f410768863452b00e875092bc1.jpgL’UMP a dénoncé un «coup de force» et «une opération commando». Les comités de riverains, qui n’avaient pas été prévenus, n’en sont pas encore revenus. La Ville, en fait, a dû agir dans l’urgence, un rapport d’experts reçu vendredi soir indiquant que ces arbres pouvaient à tout moment s’écrouler sur la voie publique. Ces platanes, en effet, sont malades. Ils sont rongés par deux champignons (pour les connaisseurs: le polypore hérissé et la phélinne tachetée) qui fragilisent leurs troncs et menacent leur stabilité. Le pourrissement de ces arbres malades a été accéléré par l’été humide que l’on a connu en 2007.

 

Ce problème de santé ne se pose pas que le long des quais et que pour les platanes. Sur les quelque 100 000 arbres parisiens, près de 1500 doivent être abattus chaque année pour raison de santé, à cause de parasites ou «de la pollution et du stress» selon l’adjoint au maire Yves Contassot. Entre 2004 et 2006, 300 marronniers du boulevard Arago (pas loin du Jardin des Plantes) ont été rasés. Les érables souffrent aussi énormément dans la capitale: rien que cet été, 36 ont dû être abattus.

 

afc310a8c939e25abae6a8059565523f.jpgD’ailleurs, et il ne faut pas être botaniste mais simple piéton relativement observateur et attentif pour le remarquer, les boulevards et trottoirs de Paris témoignent à suffisance de ce mauvais état de santé général du monde végétal. Ils sont jonchés de feuilles mortes à longueur d’années et non plus seulement en automne, ce qui ne doit  tout de même pas être très normal.

16/01/2008

Un incontournable

a8a4aec01e389934718f4f055d5933b9.jpgL’hiver et ses plaisirs si typiquement et si délicieusement parisiens, dont on ne se lassera jamais. Le dimanche, prendre une douche brûlante après avoir longuement couru dans le froid majestueusement glacial du bois de Vincennes ou des voies sur berges. Dans ses déplacements en métro, privilégier la ligne 4 où, été comme hiver (mais c’est en hiver qu’on apprécie cela), la température ambiante dans les trains frise en permanence les 30 degrés. En rue, s’empiffrer de marrons chauds achetés à la sauvette, sentir leur chaleur roborative envahir les mains, la bouche puis le ventre, et poursuivre sa balade le nez en l’air tel un touriste ravi. En fin de journée, bouquiner au coin d’un apéro en terrasse de son bistrot préféré, à l’ombre rougie, douillette, ronronnante, vaguement bourgeoise pour tout dire, d’un parasol chauffant.

 

Cet hiver d'ailleurs, à Paris, les parasols chauffants sont plus courus que jamais. Voilà encore une conséquence de la nouvelle réglementation sur le tabac, qui, dans les bars, cafés et restaurants, a confiné les fumeurs en terrasse. Depuis, dans toute la France, les fabricants de parasols chauffants, de bâches et autres stores en plastiques ont vu leurs carnets de commande exploser. Chez Castorama et Leroy-Merlin, paraît-il, les rayons sont vides. Et, depuis début janvier, les ventes de bouteilles de propane, que l’on utilise pour les parasols à gaz, sont elles aussi en forte progression.

 

La mairie de Paris se frotte les mains. Chaque mètre carré de terrasse supplémentaire ouvert dans la capitale constitue pour elle une recette supplémentaire au titre de la redevance sur l’occupation des trottoirs acquittée par les restaurateurs. Les défenseurs de l’environnement et élus écologistes, eux, font la grimace. Les parasols chauffants, en effet, c’est très parisien, très confortable et très joli, mais ce serait tout sauf environnementalement correct.

Déjà, chauffer à longueur de journées une terrasse dont un côté est ouvert aux quatre vents relève de l’ineptie, en termes énergétiques. En plus, ces parasols chauffants consomment énormément (une bouteille de gaz toutes les 30 heures, en moyenne). Enfin, ils émettraient en fonctionnant un nombre considérable d’oxydes d’azote, au détriment de la santé des clients des terrasses qu’ils réchauffent.

L’idée donc a germé, dans la tête de l’adjoint au maire de Paris chargé de l’Environnement, le Vert Yves Contassot, de créer une taxe sur l’utilisation de ces parasols au gaz. S’estimant déjà surtaxés, les cafetiers menacent de monter au créneau. On n'a probablement pas fini d’en parler.

15/01/2008

Un règlement

0a25324ac777cc87a0b1c3d42d7b3276.jpgDeux semaines jour pour jour, ce mardi, qu’est entrée en vigueur la loi interdisant de fumer dans tous les lieux publics. Dans certains quartiers de Paris, cette nouvelle législation a déjà eu des effets spectaculaires. On s’en est rendu compte vendredi en fin de soirée dans les environs de la place de la Bastille, côté rue de la Roquette. Malgré l’heure avancée, les trottoirs étaient noirs de monde. De tous côtés, les bars, cafés et restaurants rejetaient sur la chaussée un flot de fumeurs venus assouvir leur addiction au grand air. Le tout, douceur du climat aidant, dans une atmosphère vraiment décontractée et bon enfant. L’ambiance du quartier s’en retrouvait plus festive que jamais.

 

Mais voilà qui ne va sans doute pas améliorer la qualité du sommeil des riverains. La nouvelle loi, au demeurant, pose pas mal de problèmes pratiques, qui sont encore loin d’avoir été tous réglés. Ce n’est pas pour rien si la mairie organise cet après-midi une «séance d’information» baptisée «La cigarette et la rue» et spécialement destinée aux «exploitants et salariés de restaurants, brasseries, hôtels, cafés, bars, bars-tabac, discothèques ou salles de jeux d’argent et de hasard» de la capitale. A l’ordre du jour des discussions, «les risques de nuisance sur le trottoir» qui découlent de cette interdiction de fumer.

 

La propreté est le premier souci municipal. Au petit jour, il est vrai, les rues de certains quartiers prennent l’aspect peu engageant de gigantesques cendriers. La mairie s’est donc lancée dans une grande campagne de distribution de cendriers de poche: petits boîtiers métalliques hermétiques, nettoyables et pouvant contenir plusieurs mégots. Elle invite aussi les exploitants d’établissements à mettre des cendriers sur pied ou muraux à la disposition de leur clientèle fumeuse, pour que celle-ci ne doive pas l’écraser sur le trottoir.

 

Mais dans ce merveilleux pays de paperasseries et de formalités qu’est la France, même l’installation de cendriers sur le trottoir n’est pas simple. Le règlement municipal stipule qu’une autorisation préalable «d’occupation du domaine public spécial cendrier mobile et sur pied» doit être demandée à la Ville. Cette autorisation est plus spécialement accordée par la «sous-direction du permis de construire et du paysage de la rue». N’importe quel cendrier ne peut être mis à la disposition du client. Il doit «être mobile, donc non scellé, sorti à l’ouverture et rentré à la fermeture de l’établissement», «de hauteur suffisante pour être aisément visible par les piétons», et ne peut pas «avoir d’angle vif, préférer les formes arrondies». Une fois le cendrier apposé sur le trottoir, «le passage pour la circulation des piétons doit être égal ou supérieur à 1,60m». Enfin, le propriétaire du cendrier devra acquitter un «droit de voie forfaitaire».

 

Lorsque donc toutes ces formalités auront été remplies, l’on pourra enfin commencer à penser à la propreté des trottoirs parisiens. Dans son infinie générosité, la mairie précise que «dès la demande d’autorisation déposée, la pose du cendrier sur pied sera tolérée pendant l’instruction de la demande». Cela doit être les Verts qui ont obtenu cela.

10/01/2008

Un arrêté

Fini l’alcool le soir, sur les Champs. Les fêtards ne vont parler que de cela, ce week-end à Paris. On précise tout de suite: les grands crus, les magnums de champagne et les cocktails exotiques pourront toujours couler à flots, à prix d’or et jusqu’au petit matin dans les bars lounge, clubs feutrés et autres discothèques enfiévrées de la plus belle avenue du monde. En revanche, comme c’est déjà le cas depuis très longtemps dans nombre de villes et d’Etats américains, la consommation d’alcool sera interdite sur la voie publique entre 16 heures et 7 heures du matin. Et, dès minuit, les épiceries de quartier ne pourront plus vendre de boissons alcoolisées à emporter aux petits banlieusards, touristes-routards et autres noctambules en goguette sur les Champs mais pas assez fortunés pour aller s'éclater dans ses hauts lieux de fête si astronomiquement tarifés.

 

C’est le sens d’un arrêté que vient de prendre le préfet de police de Paris. L’objectif est de limiter les nuisances sonores et les troubles à l’ordre public qui, d’après la préfecture, découlent trop souvent de la consommation nocturne d’alcool sur la voie publique.

 

Etendu à douze arrondissements, cet arrêté vaudra aussi pour nombre de quartiers de Paris un peu sympas et animés le soir: le Canal Saint-Martin, le Quartier latin, Montmartre, Beaubourg-les Halles, Oberkampf, etc. Et pour notre cher quartier Bastille, évidemment. Fini donc les fins de soirée à refaire le monde entre copains, au coin d’une Kro, sur un banc public boulevard Richard-Lenoir ou les pieds dans l’eau au Port autonome. Fini aussi le petit rosé à l’apéro autour d’une partie de pétanque endiablée quai de Jemmapes ou de Valmy. Les soirs d'été vont être différents à Paris – on en connaît qui ne s’en remettront pas. En même temps, au vu du nombre de gens qui, le samedi soir, déambulent une bière à la main dans les rues d’un quartier comme Bastille, on souhaite vraiment bonne chance aux pandores pour faire respecter cet arrêté préfectoral.

 

Après la cigarette interdite dans les lieux publics, l’alcool interdite sur la voie publique. L’autre soir sur M6, chez Fogiel, le chroniqueur-bouffon de service fustigeait ce qu’il présentait comme une dérive hygiéniste du pouvoir. Et chambrait la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, en lui demandant quand elle finirait par imposer la distribution de bouchons d’oreille aux entrées des boîtes de nuit, pour protéger l’ouïe des Français. La ministre, elle, ne plaisantait pas du tout. Et confirmait que son prochain chantier serait effectivement d’obtenir, par la loi s’il le faut, une diminution drastique du niveau sonore de la musique diffusée dans les établissements de nuit. Où cela va-t-il s’arrêter?

02/01/2008

Une acceptation

07ec4a5baabe61d885cfa6b66b707cb5.jpgUn peu de journalisme de terrain (on n’irait pas jusqu’à qualifier cela de journalisme d’investigation… ;-), pour bien commencer l’année. Ce mercredi est la première journée où les sanctions effectivement s’appliquent pour la fameuse nouvelle législation anti-tabac entrée officiellement en vigueur le 31 décembre à minuit, qui bannit la cigarette de tous les lieux publics y compris des cafés, restaurants et discothèques.  Comment cette législation est-elle appliquée dans notre cher onzième arrondissement? Ce matin, avant d’aller au boulot, on a fait le tour des bistrots du quartier.

 

A l’«Italian Style Café», rue Amelot, les rares fumeurs grelottaient en terrasse. Au bar-tabac «La Favorite», rue Saint-Sébastien, tous les cendriers avaient disparu mais les clients quasiment aussi: il y avait beaucoup moins de monde que d’habitude, sans que l’on sache si c’était dû à la nouvelle loi ou aux congés. Au bout de la même rue, au «Havane», les injures sexistes à l’encontre de la ministre de la Santé Roselyne Bachelot volaient bas. «Font chier, tout de même!», entendait-on 100 mètres plus loin, devant le «Bataclan Café», boulevard Voltaire, de la bouche d’une Parisienne en train d’allumer sa clope dehors après avoir descendu en vitesse son petit noir au comptoir. A deux pas, au bar PMU «Le Flash», on n’y croyait pas ses yeux. D’habitude, l’atmosphère y était tellement enfumée qu’il fallait y entrer en apnée. Ce matin, on y respirait divinement bien.

03c7be6a65fb5b10e99c1184c235add0.jpgMême sans enthousiasme donc, la nouvelle réglementation a l’air d’être plutôt bien respectée. Il faut dire que le montant des amendes sanctionnant les contrevenants est particulièrement dissuasif. Reste à trouver une solution pour que les trottoirs de France ne se transforment pas en gigantesque cendrier. On entendait à la radio ce matin que la ville de Paris songeait à un nouveau modèle de poubelle, les gens hésitant actuellement à y jeter leur mégot à peine éteint, de peur d’y mettre le feu. Ladite future nouvelle poubelle serait munie d’un cerclage d’acier qui permettrait d’éteindre efficacement sa cigarette avant de la jeter.

PS: Parlant de trottoirs, vu le nombre impressionnant de poubelles à verre qui, ce matin, débordent d’innombrables cadavres de bouteilles de champagne, les Parisiens ont bu plus que de raison, lundi soir…

26/09/2007

Un comble

137dac7ce19cfe411284c9b00a5690f8.jpgC’est vraiment un comble, cela. La même semaine où une étude montre que les Français mangent de moins en moins de fruits, de légumes et de poissons – parce qu’ils trouvent que ces produits sont devenus trop chers –, on apprend qu’ont fait leur apparition en France… les distributeurs automatiques de frites!

Des distributeurs de ce type ont récemment été installés dans le Nord-Pas de Calais (dans les villes de Valenciennes, Cambrai et Anzin particulièrement) ainsi que dans le Gard (au Grau-du-Roi). Fabriquées en Espagne et commercialisées en France par une société bretonne, ces machines proposent des barquettes de 150 grammes de frites cuites en 120 secondes dans de l’huile chauffée en continu. La barquette, évidemment, est livrée avec la dose ad hoc de mayonnaise.

Selon les statistiques officielles, plus de 20 millions de personnes en France sont actuellement en situation de surpoids, dont 6 millions peuvent être considérées comme obèses. La situation française est particulièrement préoccupante en ce qui concerne l’obésité infantile. En la matière, estiment les plus grands spécialistes, l'Hexagone pourrait avoir rejoint le niveau des Etats-Unis en 2020.

Ah oui, ce détail encore. Les statistiques en matière d’obésité montrent des disparités régionales: des zones comme le Nord et le Languedoc sont plus touchées par ce fléau que d’autres. Tiens, quel merveilleux hasard, il s’agit précisément des régions où ces distributeurs automatiques de frites ont vu le jour.

Que fait Roselyne Bachelot, ministre de la Santé paraît-il?

26/07/2007

Un tabou

Une petite note bienvenue ce matin dans le tonitruant (et légitime) concert médiatique de protestations à propos de ce pauvre Tour de France mort assassiné par le dopage. A France Info, un spécialiste avait l’outrecuidance de rappeler que le dopage ne concernait pas que le seul milieu sportif mais, culte sociétal généralisé de la performance à tout prix oblige, s’était depuis longtemps étendu au milieu professionnel en général.

En France, selon les statistiques officielles, un cadre sur cinq peut être considéré comme dopé. Puisque, pour travailler, tenir le coup et résister au stress, il a besoin de sa dose quotidienne d’anxiolytiques, antidépresseurs, hypnotiques, psychotropes et autres excitants. Ce taux de 20% de travailleurs dopés peut même être considéré comme très sous-estimé dans certaines professions particulièrement soumises au stress (pompiers, conducteurs de TGV, etc.).

Tiens, notait-on ce matin en entendant cela : pas un mot de la politique, milieu professionnel pourtant ô combien stressant par ses mœurs impitoyables et exténuant par ses horaires de travail chroniquement à rallonge.

Le dopage en politique, c’est vraiment un des derniers tabous de l’information en France – dans les autres pays aussi. On en a encore eu l’illustration lors de la campagne pour les élections présidentielles. Quand on leur posait la question de savoir comment donc leurs poulains faisaient pour tenir physiquement le coup pendant ces mois harassants de campagne, les communicants des candidats à l’Elysée servaient invariablement aux médias (comme ici) des recettes délicieusement anodines et naturelles: vitamine C, siestes et chocolat noir.

C’est évidemment se moquer du monde. 

27/06/2007

Un désir, ou pas

71cc0f640520c716cfe0c28f328e123c.jpgUn mythe s’écroule, aujourd'hui. Les meilleurs amants du monde, les Français? Plus vraiment. Selon la dernière enquête Durex, menée auprès de 26000 hommes et femmes dans 26 pays, seuls 25% d’entre eux se disent satisfaits sexuellement, contre 44 % en moyenne pour le reste du monde. Sur terre, seuls les Japonais font moins bien (15 %). Pourtant, avec 120 rapports déclarés par an, les Français ont une activité sexuelle plus importante que nombre d’autres nationalités. Détail qui tue: ils ne consacrent en moyenne que quinze minutes à un rapport, c’est encore moins que la moyenne mondiale, qui est déjà très expéditive (18 minutes).

«SOS désir» titrait du coup très sérieusement, en Une, le quotidien «Le Parisien» ce matin.

Dans les rues du onzième arrondissement, d’ailleurs, un petit plaisantin (*) a visiblement entrepris de réveiller la libido des habitants, en affublant les plaques des rues de dessins suggestifs.

Ainsi, boulevard Richard Lenoir, une paire de seins a remplacé sur la plaque le nom du manufacturier en l’honneur duquel l’artère a été baptisée - sa profession apparaissant encore toutefois sous lesdits attributs féminins, ce qui fait tout de même un peu bizarre. Un peu plus loin, rue Saint-Sabin, ce sont des jambes de pin up qui agrément désormais la plaque.

be9f653813161966e12391a4e4224bf3.jpgAlors que les tags et les graffitis se renouvellent habituellement très rapidement sur les murs de Paris, ces atours féminins sont là depuis plusieurs semaines et personne encore n’a osé y toucher.

 

(*) Une femme est peut-être bien à l’origine de cela mais, on l’a vérifié au dictionnaire, le terme plaisantin n’existe pas au féminin. Encore une illustration du sexisme de la langue française.

24/05/2007

Une candidate

465a468b39eb1a16e2d45433cb281933.jpgEntre les vieilles affiches des présidentielles et les nouvelles affiches des législatives, les murs de Paris, du coup vraiment très chargés en ce moment, ne laissent que peu de place aux autres candidats, ceux dont les médias ne parlent jamais et qui, pourtant, devraient faire l’unanimité.

C’est le cas de Sabrina, enseignante de 30 ans, dont on a croisé le portrait ce matin au détour d’une rue dans le onzième arrondissement. Ce n’est pas une candidate fictive: elle existe réellement. Mais elle n’est candidate à rien, à aucun poste en tout cas: elle est juste candidate… à un rein.

Comme Jean-Marc, candidat à une greffe cœur-poumons depuis un an, comme Philippe, candidat à un rein depuis cinq ans, Sabrina, en attente d’un rein depuis trois ans, sont les protagonistes, par affiches pseudo-électorales interposées, de l’«opération de guérilla marketing» menée par la Fondation Greffe de vie.

Tous les deux jours en France, un candidat à une greffe meurt à cause d’avoir trop attendu l’organe qui l’aurait sauvé. En effet, chaque année dans ce pays, seuls un tiers des malades en attente d’une greffe sont transplantés.

Pendant la campagne, de cela on n’a évidemment pas du tout parlé. Comme on a peu parlé en général des thèmes relatifs à la santé – ce qui est un peu curieux vu le nombre de gens pour qui l’accès aux soins commence à devenir vraiment problématique.

Pour que l’on reparle un peu du retard français en matière de greffes (23 donneurs prélevés par million d’habitants en France, contre 35 en Espagne), il a fallu la mort fin avril du jeune StarAcadémicien Grégory Lemarchal, atteint de la mucoviscidose et décédé à cause d’avoir trop attendu de nouveaux poumons. Depuis son décès, 33.000 demandes de cartes de donneurs d’organe ont été enregistrées. Dommage qu’il faille une mort pour en arriver là et que les campagnes de sensibilisation ne suffisent pas.

01/05/2007

Une recette, ou l'autre

 

«Et toi, comment tu fais pour tenir le coup?» Question favorite entre journalistes couvrant la campagne électorale, en ce moment. Ou, variante, entre journalistes et membres des équipes des présidentiables, ces deux groupes semblant se livrer à une compétition acharnée pour qui affichera la plus mauvaise mine et les yeux les plus cernés.

Nous, on fait

-comme Chirac pendant trente ans: des siestes-éclair d’une dizaine de minutes dès que l’opportunité se présente, dans des cars de presse, des TGV, des halls de gares ou des salles d’embarquement d’aéroports, voire en plein meeting entre deux orateurs mineurs ou au bureau entre deux papiers en essayant tout de même de ne pas s’endormir directement sur le clavier (l’empreinte AZERTY sur la face, c’est moyen);

-comme Bayrou: un régime alimentaire survitaminé à longueur de journées et ce dès le petit-déjeuner (oranges pressées, kiwis, etc.);

-comme Royal: le baladeur avec la musique préférée dans les oreilles et les yeux fermés pour s’isoler du monde pendant quelques minutes  – sans aller jusqu’à dire, comme la candidate socialiste, qu’à ces moments-là, on «médite»;

-comme Sarkozy: de la course à pied, le plus souvent possible;physiquement, cela ne repose pas vraiment mais nerveusement, cela détend magnifiquement.

Chirac, Bayrou, Royal et Sarkozy donc intuitivement réunis dans un seul et même mode de vie: quelle merveille d’impartialité journalistique ;-)

B.DL.